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 [Quête] Paralysée

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Amadotsu Kodan

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Taisho

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MessageSujet: [Quête] Paralysée Dim 8 Fév - 9:58

PARALYSEE



Yokuni n'était plus que le pâle reflet de lui-même depuis des semaines déjà. Chaque clan pansait ses blessures et les nouvelles affluentes de toutes les contrées décrivaient le lourd tribut prélevé par l'assaut général des yokaïs dans les quatre coins du pays et la soudaine cessation de ces derniers. Une lueur vive, colère divine, avait mit un terme à tout cela d'un coup d'un seul, laissant abasourdie l'humanité et les domaines de l'Empire totalement exsangues.

Le bilan était critique. Depuis Shiro Kiyooki, palais ancestral de la famille gérante de Kazan, son gouverneur et Taisa du feu croulait sous les rapports des éclaireurs encore valides du clan et sous les courriers de ses différents alliés hors de ses propres frontières. Son visage était émacié à présent, ses cernes creusées par la fatigue et l'inquiétude grave de l'instant. Son Daimyo et sa Kannushi étaient revenus endormis à Moe, sous une escorte muette de désespoir. Son Taisho avait purement et simplement disparu, et il ne se faisait pas d'illusion quant à son sort.

Fervent croyant de la Destiné en toute chose, il n'acceptait pourtant pas qu'une telle fatalité pusse s'être abattue d'un coup d'un seul en tant d'endroits différents. À l'Ouest, les lettres de son ami et homologue du Tigre, ce bon Juubei, lui annonçait que leur Daimyo était introuvable, que la divine élue de Gekigami partageait le sort de celle de Moegami et que leur Généralissime avait purement et simplement déserté. Il avait été inquiet de voir un instant les troupes de la foudre s’amasser à sa propre frontière, mais après une déclaration d'amitié renouvelée, ces dernières s'étaient montrée pacifique et s'étaient dispersées. Sous la tutelle de leur maître des Ombres, l'intouchable Jonin du Tonnerre, le clan des Kenshu montrait les crocs et prouvait ainsi qu'il n'avait pas posé un genou à terre malgré les événements.

Il s'était senti chanceux lorsqu'il entendit parler de l'agressivité avec laquelle le Tigre s'était dévoilé aux limites du domaines des Fuukyu. Les enfants des Glaces éternelles n'allaient pas bien du tout non plus… On entendait dire que Yukimura s'était changé en monstre sans once d'humanité, que le Taisho borgne et inébranlable des enfants d'Itegami était tombé sous les lames d'assassins, son remplaçant choisi à la hâte s'était montré efficace contre les ambitions de la Foudre, mais avait aussitôt disparu à son tour. Seule leur jeune Kannushi, la voix du Dieu-bœuf, paraissait épargnée parmi les piliers du clan.

À l'Est, le bilan n'était pas meilleur. Les brumes, comme le Tigre, n'étaient plus gouvernées par leur Dame. La petite Taisho ne répondait pas à ses missives, malgré leur rapports habituellement ouverts, si l'on considérait le peu de reconnaissance que l'héritière des Kasuga avait pour les disciples du Feu. Cela pouvait être dû à tant de choses différentes que le premier Amadotsu n'osait se prononcer. Leurs alliés du Nord Est avait perdu leur Dame à leur tour, puis le Seigneur de leurs armées.

La conclusion de tout ceci était que les clans n'étaient chacun géré que par une poignée d'éléments, rarement habitués à une telle responsabilité. Et tout cela sans compter le fait que la Capitale Impériale s'était fermée dans un mutisme total. Mais derrière ses rapports et les mètres entiers de missives de tout bords qu'il recevait, le bushi des volcans n'était obnubilé que par Okaruto. Il accomplissait son devoir en toute hâte, déléguait un maximum, au grand étonnement de son entourage, à commencer par son second et ancien tuteur, Benihito Kurogane, qui ne l'avait pour ainsi dire jamais connu ainsi, paraissant presque fuir ses propres charges.

Elle ne lui avait plus répondu depuis l'annonce de son voyage en Asagiri, domaine de la brume. Elle ne donnait plus signe de vie depuis des semaines et son inquiétude était si grandissante qu'il avait perdu tant de poids qu'on ne le reconnaissait que difficilement au sein même de sa propre administration. Le sommeil de son Seigneur était un coup dur. Celui de sa chère Kannushi avait manqué de le rendre fou. Mais de ne pas savoir ce qu'était advenue la belle Nadeshiko avait manqué de terrasser l'inébranlable Volcan Apaisé.

Il tremblait, autant de fatigue que de peur, en parcourant les missives en diagonale, sans la moindre attention. Il signait machinalement les rapports et les ordres. Que Kazan brûle n'était pas plus important pour lui à présent qu'un verre de saké renversé au sol par inadvertance, même si cela se déroulait devant ses propres yeux. Il aurait du se rendre en Moe, il aurait du se montrer ferme et aider la Jonin qui, à l'image de celui des Kenshus, tâchait de tenir le clan entre ses mains. Mononoke ferait sans lui… Il lui avait détaché l'un de ses Taii à la place.

Il avait à nouveau délégué. Rien ne lui parvenait plus des terres des enfants de Kasugami. Il maudissait Riyu et la jeune Kohaku de ne pas lui retourner ses suppliques. N'avait il pas offert son aide à ce clan autrefois, sans rien demander en retour ? N'avait-il pas montré son intérêt et son amour pour ces terres qui n'étaient pas les siennes ? La diplomatie et son aide désintéressée d'autrefois était ainsi remerciée qu'il aurait souhaité avoir les armées du Feu sous ses ordres pour frapper les brumes de plein fouet par vengeance.

Il se sentait si vide, si diminué, que plus d'une fois, il pensa à tomber sur son wakizashi et de mettre un terme à son existence, puisque Amaterasu semblait vouloir lui détruire l'esprit, ainsi que celui de tout Yokuni. Mais alors qu'il en vint à avoir ces sombres pensés, ses mains tremblantes et usées frôlèrent un coffret dans lequel il avait rangé avec attention les courriers de l'héritière des Zenmyo. Il ouvra ce dernier et étala devant lui chacune des lettres écrites des plus beaux caractères qu'il avait pu contempler de toute sa vie. Il les relue une par une et une centaine de fois. Chaque mot lui apportant une force nouvelle, chaque phrases anodines témoignant des actes de la douce Nadeshiko, des faits banals sommes toutes, l'histoire d'une vie, depuis qu'ils s'étaient vu cette première fois en Moe et qui s'était suivie par d'autres rencontres, trop rares aux yeux du guerrier, mais qui définissait à présent les raisons de sa présence en ce monde.

La commissure de ses lèvres s'arquèrent en un pénible sourire, comme elles ne l'avaient plus fait depuis longtemps. Il se crispa sur un dernier courrier, les derniers mots apposés dessus signalant l'envie de la belle de revoir prestement le guerrier, que ses cuisiniers avaient encore franchit un cap dans la qualité de leur prestations culinaire. La lettre se froissa entre ses doigts gagnés d'une puissance qu'il croyait perdu à jamais. Il voulait la revoir. Il sentait au plus profond de son âme qu'elle personnifiait sa destiné et qu'elle était toujours de ce monde, mais perdue au cœur de la brume à présent.

Ce coffret venait de lui insuffler un sentiment perdu depuis la gigantesque lueur qui avait mit fin aux assauts des créatures spirituelles. Il s'accrocha à cela et le nomma espoir en son sein. Kurogane était venu aux nouvelles, père adoptif inquiet et il ne pu que sourire de fierté à la vu d'un Kodan s'équipant pour la guerre, de ses atours martiaux les plus ostentatoires et malgré son état physique amoindri. Le môn des Kiyooki et des Setsu flottèrent sur son plus riche haori qu'il avait passé sur sa plus solide armure, noire et or, marquée de l'héraldique familiale et de Kazan à la fois.

L'unique Amadotsu annonça simplement à son ancien tuteur qu'il lui transmettait les rennes du domaine et de ses responsabilités, qu'il allait accomplir une mission de son propre chef et seul. Qu'il s'agirait soit de sa dernière, soit du premier pas d'une destiné plus grande encore. Le vieil homme sut qu'il n'y avait rien à dire, ni à questionner dans sa compréhension de la détermination de son ancien élève lisible par la flamme brillant aux tréfonds de son regard. Il parti le soir même cette décision prise, sa monture apprêtée pour un long périple.

Ses superstitions et ses craintes des voyages nocturnes n'avaient plus aucune emprise sur lui et son choix était fait de manière à rester inconnu de ses gens. Le désespoir frappant Kazan n'avait pas besoin d'être renforcé par l'annonce de  sa disparition inopinée. Il avait toute confiance en Benihito pour laisser croire qu'une tête pensante et bien faite était toujours à la tête du territoire des volcans endormis, voir même à le laisser entendre dans tout Setsu.

Et c'est à brides abattues qu'il fondit vers Asagiri, sans cartes, sans se servir du moindre élément de la route qui lui aurait indiqué sa bonne progression et ce en ne faisant que le stricte minimum d'arrêt en ravitaillement et en repos, aussi bien pour sa monture que pour lui-même, dusse-t-il poursuivre son chemin en rampant, tirant ses sabres et son épée derrière lui, uniquement mu par son unique espoir. Depuis les rares auberges par lesquelles il passa, il envoya des missives au Dragon de l'Est et au clan des brumes tout entier afin de les prévenir de sa venue, n'attendant plus de réponses de leur part, mais tâchant de ne pas pénétrer au sein de leurs frontières sans qu'ils n'en soient avertis.

Il avait beau s'attarder le moins possible à un endroit donné, les estafettes étaient bien plus mobiles que lui et il en vint à envier leur mobilité. Le chaos régnait en maître dans tout le pays et ce ne fut qu'au cœur même de Hokori qu'il apprit d'une oreille distraite que le Dragon avait chu des cieux, frappé par la malédiction qui avait touché bon nombre de Seigneurs et de Dames, garants du bon fonctionnement de l'administration de l'Empire.

Le clan tenait entre les mains de ses Lieutenants et de la si jeune Kannushi des brumes. Il doutait des capacités de cette dernières dans ce domaine et ne connaissait aucun des deux Taisas dont on mentionnait les noms à son passage. Unzen-Taisa et Daiyuki-Taisa. Il ne connaissait aucune de ces deux familles, signifiant par là et au vu de son degré de savoir en héraldique qu'il s'agissait probablement de guerriers issus des plus humbles castes de samuraïs qui soient. Mais il ne doutait cependant pas de la qualité de ces derniers, connaissant la Dame des Kasuga et son tempérament particulier, avant même son accession au rang de Taisho.

Il était parvenu sans grandes encombres jusqu'au territoire des enfants de Kasugami, mais plus il progressait, plus il du accompagner ses demandes de kobans en nombres de plus en plus élevés, malgré l'authenticité de ses passes droits, hérités de ses services passés pour Okaruto. L'époque était devenue complexe et il se senti chanceux de parvenir à traverser Kasu sans encombre, même en comptant ses nombreux pots de vins versés ça et là.

Son nom faisait encore écho, fort heureusement, il était un ami déclaré des brumes et des routes commerciales impossibles s'étaient ouverte entre eux et Setsu grâce à son amour pour ces terres et les gens qui l'habitait. Qu'il soit Taisa du feu en inquiétait plus d'un et ralentit grandement son périple plus il se rapprochait de la fin de son voyage, mais rapidement, on en vint à rappeler les événements de Noumu et du rôle qu'il avait tenu à l'époque, uniquement accompagné dans une étrange affaire par la Taii Ota Kohaku. Bon an mal an, il parvint à sa destination ou du moins, à sa périphérie.

Une quarantaine frappait Asagiri et il lui fut impossible de poursuivre jusqu'à la cité, à son grand désespoir. Les bannières de Okaruto flottaient sur un blocus comme il n'en avait jamais vu auparavant et pourtant, c'était exactement ce genre d'affaire qui l'avaient mené autrefois à pénétrer les terres des brumes. L'héraldique des Sashimonos claquant au vent l'intrigua au plus haut point, car mis à part le môn reconnaissable entre tous des trois gourdes, le second apposé était un cercle unique, mauve, immaculé. Il ne fut plus libre de ses mouvements dès lors.

Considérant la simplicité avec laquelle il était parvenu jusqu'à destination, il fut prit d'une frustration terrible, Asagiri à portée de mains, mais incapable d'aller à sa rencontre et de trouver celle qui était devenue la seule excuse à sa survie. Il se montra insistant, promit ce qu'il doutait pouvoir promettre, offrit la totalité de ses kobans restant afin de pouvoir rencontrer l'officier en charge de ce blocus, quel-qu’il soit.

Des jours entiers passèrent ainsi sans qu'il ne fut écouté ou que ses demandes ne soient entendues, mais il ne lâcha pas prise. Finalement, par dépit ou par respect, on lui annonça que le Taisa Daiyuki Raiken le recevrait pour l'entendre. Sa joie gagnée par cette nouvelle tomba aussitôt qu'il fit face à l'officier. De son existence entière, il n'avait vu homme plus grand que cela. En ces temps troublés, il se prit même à penser qu'il s'agissait d'un Yokaï déguisé ou de l'incarnation de la fortune de la Guerre elle même, Bishamonden, qui l'avisait d'un regard aussi noir qu'une nuit sans étoile.

Alors qu'il sentait que le moindre mot qu'il prononcerait à son égard serait celui d'une sentence de mort, il vit sur le visage émacié du géant le reflet d'un fait si familier et si brutal qu'il en resta coi. Ce Raiken partageait sa propre affliction, en tout point identique à la sienne. Et le Taisa des brumes devait l'avoir vu à son tour. Ils étaient deux Guerriers ravagés par les événements, mais plus encore, par l'inquiétude croissante de ne plus voir l'être qui les complétaient.


L-M-M-J-V-S-D

Kazan Chinsei-ka


Dernière édition par Amadotsu Kodan le Sam 15 Juil - 21:22, édité 1 fois
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Daiyuki Raiken

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Taisa

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MessageSujet: Re: [Quête] Paralysée Sam 7 Mar - 23:08

Asagiri. Raiken aurait apprécié s'y rendre plus tôt. C'était là un euphémisme d'ailleurs. Il aurait du imposer sa présence au vu des résultats. L'Ombre du Dragon n'avait pas été invité à accompagner ce dernier, malgré l'état dans lequel elle lui était revenue de sa campagne maritime en Eiichiro, malgré ce qu'elle lui avait promis et ce qui s'était passé ensuite. Les mots n'avaient donc pas suffit, elle l'avait affublé de ce titre par punition, du moins, c'était ainsi qu'il avait cru qu'elle le pensait de prime abord, mais il ne savait plus guère quoi penser à présent.

Second. Il devait la suivre, s'inspirer d'elle pour lui succéder un jour, jour qu'il ne souhaitait arriver sous aucun prétexte, mais une situation qu'il avait chérit en son sein, sans pour autant se l'avouer à lui-même. Ce qui n'avait rien changé en réalité. Car plutôt que lui, c'est Unzen-taisa qui avait suivit Riyu, répondant aux suppliques des notables locaux pour organiser une quarantaine de la province, sujette à un mal dont les causes étaient inconnues.

Les rapports du domaine parvenaient difficilement au premier Daiyuki, en poste à Hokori à ce moment là pour assurer la présence d'un haut gradé militaire dans son fief martial, mais il ne s'était pas véritablement inquiété pour le sort de son Taisho, la mission dont elle se chargeait ne semblant pas périlleuse, presque des vacances même, aux yeux de ce qu'elle avait vécu en mer et qu'elle lui avait conté par le menu. Bien évidement, il avait juré, hurlé sa promesse de ne jamais la laisser la séparer de lui.

Mais cela était sans compter le têtu de cette femme. Elle ne lui avait pas demandé la permission, elle ne l'avait pas laissé l'accompagner, elle lui avait ordonné de garder son poste, sans qu'il n'eut mot à dire. Ignorant de la réalité de la situation à Asagiri, il avait finalement été prévenu par son homologue de la gravité de la situation par un rapport succin qui ne lui était pas vraiment dédié. La folie qui s'abattait entre Kokyuu et Hokori, la maladie prenant la province où s'était rendue Riyu, tout ceci avait été le fait de Yokaïs.

L'éclat surnaturel qui avait prit les Cieux si soudainement ces derniers jours avait apparemment mit fin aux actes des créatures spirituelles, mais avait aussi emporté la moitié de la population dans un sommeil que rien ne paraissait pouvoir briser. Dès lors, il s'était fait un sang d'encre, car si il avait été épargné, rien ne liait véritablement les victimes en torpeur par rapport aux éveillés. Aucune de ses missives, dès lors, ne revint vers lui, porteuse de la réponse à son unique question, obsessionnelle, compulsive : Qu'était advenu le Taisho ? Unzen-Taisa y répondit donc indirectement dans un pli réservé aux armées, annonçant qu'elle était tombée au sommet d'une muraille dans ce coma qui avait touché l'Empire tout entier.

Le problème de l'exclusion n'étant pas réglé et Haruya semblant souhaiter partir vers l'Est pour on ne savait quelle raison, Raiken y trouva là une excellente excuse pour lui échanger son poste afin que chacun y trouve son compte. Lorsqu'il arriva dans les limites de la cité, le chaos visible environnant lui retourna le cœur. Il se demandait comment une quarantaine avait-elle pu dégénérée ainsi en un tel massacre.

Autour de la ville, des centaines de soldats avaient établi un cordon de sécurité aussi large qu'il était possible. Des tentes avaient été montées à la hâte pour prendre soin des guerriers blessés par les Nue et de ceux qui s'étaient tout simplement écroulé, inconscient, sans raisons. Se ralliant sous sa bannière, les hommes en place décrivirent par le menu les événements. Malgré les détails apportés par ces derniers, la situation semblait plus floue que jamais.

Le budoka doutait même de la légitimité du blocus au vu du peu de précision régnant autour de la soit-disant maladie qui avait été à l'origine de l'état de la province. De tout cela, il n'en avait cure. D'un simple ordre, inconditionnel, il brisa l'isolement de la cité afin d'aller rechercher ceux qui étaient tombés dans un sommeil dont rien ne pouvait les faire sortir. Il n'y eut pas de tentative de l'en empêcher, si cela avait ne serait ce qu'été possible de toute façon au vu de son état.

Il était le Géant des brumes que seule le Dragon avait su dompter et jamais sa colère n'avait été si visible auparavant. Il revint accompagné des hommes qui avaient osés le suivre dans sa démarche, tirants chacun un frère ou un civil assoupi. Ses bras chargés d'une silhouette si petite par rapport à sa propre stature, mais que chacun reconnu comme étant l'héritière des Kasuga. Son visage était si sombre et si fermé qu'on le compara dans son dos à un cadavre ambulant et que la maladie d'Asagiri l'avait très certainement frappé.

Dans un entrepôt à grains reconverti en hôpital de fortune pour les éminences touchées par la malédiction des Cieux, il la veillait dorénavant jour et nuit, sans que le sommeil ne vienne le prendre. Il n'avait autorisé qu'une seule autre victime à se trouver dans la même pièce que son Taisho. Une noble des Setsu s'était trouvée prise dans le blocus de la ville et avait été victime des mêmes maux que Riyu. Malgré tout son désespoir, Raiken avait souhaité ainsi éviter que le moindre conflit d'ordre politique ne vienne s'ajouter à la détresse du pays des enfants de Kasugami. Les jours avaient passés, sans que rien ne change à la situation.

Des mikos étaient venues des temples avoisinants pour s'occuper du soin des dormants, nettoyant les dames afin que leur honneur soit préservé. Ce matin là, il se tenait au chevet de la guerrière des Kasuga. Assis sur un simple tabouret, ridiculement petit pour sa carrure, ses mains jointes devant son visage comme s'il était en proie à la prière, mais les yeux fixant son général borgne dont l’œil d'or unique n'était même plus visible. Ce n'était pas la première fois qu'il procédait ainsi, mais ce fut bien une nouveauté que ce qui suivit.

Une miko s'occupait de la noble Setsu. Représentante de la famille Zenmyo à ce qu'il avait entendu par hasard et sans y prêter trop attention. La terreur de cette dernière n'aurait pas pu être plus grande lorsque le Géant sorti de ses gonds sans que rien ne pu préparer personne à cela.  Il se leva soudainement, attrapant son siège improvisé et le jetant avec une force telle qu'il s'éparpilla en copeaux sur le mur le plus proche. Ses yeux dorés injectés de sang et ses lèvres retroussées révélant des dents d'un blanc laiteux, ses cheveux se soulevant sous un phénomène d'électricité statique dont des arcs intenses parcourait son corps dans un crépitement sinistre justifièrent en un instant l'un de ses nombreux surnom. Le cri de peur de la miko fut totalement noyé sous le rugissement du Tigre des brumes.  Il empoigna le col de Riyu dont la tête n'était plus portée par aucune force et l'amena à lui sans ménagement. Ses premiers mots, ceux qui suivirent son hurlement bestial, furent aussi puissant que la foudre s'abattant sur une plaine, à trop grande promiscuité d'un voyageur :

VOUS ! JE DEVRAIS VOUS ECORCHER VIVE ! VOUS M''AVEZ MENTI ! VOUS M'AVEZ TRAHI ! JE DEVAIS ETRE LA ! JE DEVAIS VOUS SUIVRE ! A QUELLE OMBRE DIT ON DE RESTER SUR PLACE ? A QUEL SECOND ORDONNE-T-ON DE MANQUER A SON DEVOIR LE PLUS IMPORTANT ?

La miko terrorisée, fut l'unique témoin visuel de cela, personne n'osant intervenir à l'écoute de l'expression de colère du Taisa. Mais la suite fut tout à fait différente cependant et seule la prêtresse y assista et pu entendre les mots qu'il prononça d'une voix brisée :

Vous… Pourquoi ? Pourquoi m'avez vous écarté à nouveau ? Suis-je ainsi le suivant que l'on oublie, le serviteur dont personne ne veut ? Pourquoi me faire miroiter un avenir à vos côtés en digne guerrier Okaruto si cela consiste à me placer au plus loin de vous ? Pourquoi m'avoir gardé en vie si je ne suis qu'un bagage inutile ? Répondez moi…

Il fondit en larme, plaquant son front sur celui de son officier endormie. Il pleura comme un enfant, sans la moindre réserve. Il répéta simplement, d'une voix si plaintive  et si misérable qu'elle n'aurait pas du appartenir à un tel être :

Répondez moi…

Changeant progressivement sa prise, ses bras finirent par enrouler le petit corps de la samuraï-ko dont on avait dépossédée de son armure et vêtue d'un simple kimono pâle. Il la serra dans ses bras, laissant sa profonde détresse s'exprimer sans la moindre retenue. Tant et si bien que la terreur de la miko se transforma en peine pour ce géant aux pieds d'argile qui s'effondrait sous ses yeux. Aucune énergie n'affluait dans les membres tombant de Riyu et s'il n'y avait pas eu la main de son lieutenant pour maintenir sa tête contre sa large épaule, elle serait de nouveau tombée en arrière comme celle d'un simple mannequin d'entraînement truffé de paille.

La prêtresse vint, d'abord hésitante et craintive puis portée par un sentiment maternelle, poser sa main sur le dos nu du colosse et lui murmurant délicatement que cela irait bien, que Kasugami veillait sur elle et tout ses enfants. Il se retourna vers elle et malgré toute l'indifférence qu'il avait eu pour la religion jusqu'à ce jour, il voulu croire dans les mots pleins de chaleur de la disciple spirituelle. Dans un hoquet, il reposa délicatement son Taisho dans sa couche et la recouvra avec un soin extrême de la couverture qu'il avait lui-même dérangé dans son accès de rage.  

Souriante, une main sur son avant bras droit, l'infirmière improvisée alla embrasser le front de Riyu. Il imita ce geste alors qu'elle l'invitait à procéder de la même manière. Un mouvement futile, inutile, purement symbolique et qui allait à l'encontre totale de son pragmatisme et de ce en quoi lui-même avait toujours cru : L'efficacité et la logique. Il apposa un baiser à l'endroit même où la Miko avait exécuté le siens, entre les deux franges violacées qui auréolait le visage de l'enfant des Kasuga.

Plus tard, il quitta la pièce et laissa la prêtresse s'occuper du Général des Armées du clan. On vint le chercher très vite après cet événement afin de le prévenir qu'un représentant des Setsu s'était présenté à la limite de la quarantaine et demandait à rencontrer l'officier en charge du blocus. Si ce fait n'avait rien pour intriguer le géant de prime abord, le témoignage de l'insistance et de la patience de l'homme, apparemment présent depuis des jours sans que le sommeil ne souhaite le prendre lui non plus, piqua sa curiosité. Il daigna alors se présenter à lui. Au loin, on lui montra le Taisa Amadotsu Kodan, cet officier du feu qui en appelait tant après lui. Ce nom ne lui était pas tout à fait inconnu et il l'avait lu une ou deux fois au sujet de faits divers, notamment à Noumu, mais dont il ne se souvenait plus véritablement. Il était triste à voir en réalité.

Alors qu'il s'approchait du disciple de Moegami qui le dévisageait étrangement, il vit sur son visage émacié le reflet d'un fait si familier et si brutal qu'il en resta coi. Ce Kodan partageait sa propre affliction, en tout point identique à la sienne. Et le Taisa des flammes devait l'avoir vu à son tour. Ils étaient deux Guerriers ravagés par les événements, mais plus encore, par l'inquiétude croissante de ne plus voir l'être qui les complétait.
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Amadotsu Kodan

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MessageSujet: Re: [Quête] Paralysée Lun 9 Mar - 23:42

L'on dit souvent que des guerriers n'ont pas besoin de se parler pour se comprendre ou pour se transmettre un message. Il leur suffit de croiser le fer pour qu'un lien se crée. Certains prétendent même que cela leur permet de mieux se connaître mutuellement que leur propre famille. Il n-y-eut pas le moindre coup entre le disciple du feu et celui des brumes. Le simple échange de leurs regards leur permirent de savoir instantanément qu'ils souffraient des mêmes maux.

Ils tinrent ainsi le silence, dans la gêne des soldats Okaruto avoisinants, inquiets de ce que leur Commandant profondément touché par les événements pouvait faire au samuraï des Setsu dans l'état où il était. Mais rien ne vint de ce côté là. Aucune agressivité, pas un seul geste. Ils restèrent simplement là à se dévisager pendant de longues minutes. En étranger de ces terres, Kodan se senti obligé de rompre ce statu quo.

Mais l'impression que le géant lui laissait n'était pas négligeable. Aucun homme de sa connaissance ne l'égalait en taille, ni en carrure. Il en vint à se demander si un Oni aurait pu être plus grand et plus large que cela. Engoncé dans son armure d'apparat, il espérait ne pas avoir l'air aussi frêle qu'il était devenu, rongé par le désespoir et l'absence de tout signe de vie de cette personne qu'il était venu chercher. L'état de la terre de ses ancêtres et de son clan n'avait plus une traître importance à ses yeux. Que Setsu brûle si il ne pouvait plus jamais contempler la douceur des traits de la douce dame des Zenmyo.

Ce Raiken partageait la douleur de ses traits, mais son corps ne semblait pas affecté par cela. C'était un amas de troncs puissant, une incarnation de quelque Dieu de la Guerre. Il le détailla de pieds en cap. Daiyuki, cela ne lui disait décidément rien du tout. Sa tête devait être trop embrumée pour faire appel à son savoir en héraldique. Il trancha tout simplement ces réflexion en se raclant la gorge et en parlant assez clairement pour ne pas paraître faible. Ce n'était pas le moment :

Je suis le Taisa Amadotsu Kodan, Gouverneur de Kazan et serviteur de Setsu. J'ai cru comprendre que vous déteniez l'une de nos citoyennes. Il est bon que nous puissions chacun retourner en nos terres respectives en ces temps troublés et il ne fait aucun doute que cette dernière manque à sa famille. Elle est de la haute famille des Zenmyo, Nadeshiko est son prénom…

Le colosse sembla l'écouter, mais rien ne lui fut rendu en réponse, il se contenta de l'aviser d'un regard fermé. Son visage dans lequel le premier Amadotsu avait lu tant de similitudes l'instant d'avant se révélait d'une impassibilité de marbre. Ce géant détenait toute les cartes de ce jeu, aucune stratégie n'était envisageable dans sa situation. Il était si totalement acculé et dépourvu que rien ne venait à son esprit pour inverser la donne. Cela pouvait tout à fait s'arrêter là sans qu'il ne puisse faire quoique ce soit.

Au fond du gouffre de son âme, Kodan pensa un instant à sortir sa lame de son fourreau si on l'y poussait en ignorant sa supplique. La vacuité d'un tel geste fut la seule raison qui l'en garda. Ses poings se serrant jusqu'à s'en faire blanchir les phalanges et à n'en plus sentir ses doigts, il s'obligea cependant à soutenir les yeux dorés de son homologue des brumes. Sans que rien ne l'y prépare, Raiken fit demi tour et parti dans le sens par lequel il était arrivé.

L'héritier des Kiyooki manqua de se briser à cette image, il s’apprêta à lui hurler dessus, à le supplier de l'entendre, mais avant même qu'il n'eut à agir de la sorte, le budoka immense s'arrêta et tourna son visage vers lui, puis il l'invita d'un simple geste du menton à le suivre. Il fallut toute la maîtrise au Volcan Apaisé qui ne l'était plus vraiment pour ne pas se mettre à courir vers cette infime lueur d'espoir comme un enfant perdu derrière un parent qui avançait trop vite.

L'officier Okaruto reprit sa marche sans vérifier qu'il le suivait bien. Kodan était un homme de haute stature, mais de se tenir ainsi derrière le Taisa des brumes lui permit de comprendre la perspective du commun des Setsu à sa vu ou celle de son Daimyo. Ils avancèrent ainsi au travers du blocus vers un bâtiment excentré de la ville. Celle ci était encerclée d'un cordon de guerriers bien plus épais que le faible blocus de Nomou, lorsqu'il avait lui-même agit dans l’intérêt des enfants de Kasugami aux côtés de la jeune Taii Ota Kohaku. Cela lui paraissait s'être passé depuis une éternité alors que quelques mois à peine séparaient ces deux faits.

Sous le préaux de la demeure, certainement un ancien hangar à céréales reconverti à la hâte en lieu de soin, il put voir un spectacle qu'il ne connaissait que trop bien ces derniers temps. Des gens, soldats, civils, paysans, dormaient d'un sommeil profond que rien ne pouvait briser. Il y avait néanmoins des blessés mêlés aux endormis. Les choses ne devaient pas s'être passé le plus calmement qui soit en Asagiri. La cité lui avait semblé accidentée, lorsqu'il était arrivé quelque jours plus tôt, cela devait en être le résultat.

Ils passèrent une porte latérale de piètre facture pour pénétrer dans le cœur même du bâtiment puis, au détour d'un couloir, le géant des brumes se stoppa devant une porte, la tête baissée. Kodan retrouva le visage de l'homme qui lui ressemblait tant lorsqu'il tâcha de comprendre les raisons qui motivait cet arrêt. Il amorça un geste bienveillant, mais retint son geste au dernier moment. Ce n'était pas honorable. Il ne voulait pas insulter ce samuraï sur ses propres terres en lui montrant de la pitié. Il patienterait le temps qu'il faudrait, même si son cœur prévoyait déjà ce qui se trouvait derrière la porte et s'était mit à battre à la chamade.

Raiken frappa délicatement sur le ventail qui glissa sur lui-même l'instant suivant. Une prêtresse, les manches de son kimono retroussées et les bras humides, était venu leur ouvrir. Elle laissa le passage ouvert au Taisa Okaruto, un mince sourire bienveillant à son égard puis elle dévisagea celui des Setsu, incrédule, mais ne fit rien pour l'empêcher de prendre la suite du colosse. Celui ci posait son regard sur une literie et de nouveau, pointa l'endroit du bout de son menton, dans un silence total.

Le premier Amadotsu dévisagea une dernière fois l'officier en charge et se frappa de stupeur de ne pas connaître le son de sa voix. Mais toute les considérations passèrent au second plan. Sa vie même n'avait plus la moindre importance. Car sur le lit que le géant avait désigné, la femme endormie qui s'y trouvait était la synthèse même des raisons de l'existence du bushi du feu. L'étiquette n'avait plus lieu d'être.

Sa noblesse, ses ancêtres, son éducation n'étaient plus rien pour lui. Il avança, presque chancelant vers elle, ses mains se levant doucement, comme si la distance lui permettait déjà de la toucher. Ce qu'il ne fit pas. Il apposa ces dernières sur le bord du lit une fois arrivé à sa hauteur. Ses yeux se brouillèrent et un sourire nerveux éclaira son visage émacié. Personne ne le regardait de toute façon et quand bien même, il n'avait plus honte de rien.

Dans son dos, le géant s'en alla, tirant la miko derrière lui et le laissant seul avec celle pour qui il avait parcouru la moitié d'un pays dévasté. Il ne l'avait jamais vu dormir. Et même dans ces tristes conditions, touchée par il ne savait quelle malédiction, il jugea que de toute sa vie, c'était là le plus beau spectacle qu'il lui eut été donné de voir. Même ainsi, elle auréolait de cette lumière qui avait manqué de l'aveugler cette première fois où il fit irruption dans ses jardins, guidé par un simple chat et qu'elle s'exerçait au kyudo.

Elle semblait apaisée, ses cheveux cascadant sur ses épaules en de longues traînées d'un noir impeccable. C'était inconscient, si bien qu'il fut choqué par sa propre attitude, mais il lui parla pourtant, sachant qu'elle ne lui répondrait pas. Sa voix était éraillée, usée, mais elle n'était pas dépossédée de cette chaleur si exclusive qui était réservée à la Dame des Zenmyo :

Ah… O'hayo, Nadeshiko-sam… Nadeshiko. Cela fait longtemps que nous ne nous sommes vu, n'est ce pas ? Le cadre n'est pas des plus idéals à nos retrouvailles, j'en suis désolé. Je suis parti précipitamment, sans me soucier de rien. Ha ha ha ! Si vous me voyiez le triste spectacle que je vous offre, je ne suis pas très certain que vous me laisseriez vous approcher à nouveau. Mais… Je suis là à présent. Et je compte bien vous ramener auprès des vôtres. Chez vous. C'est une promesse.

Ce dernier mot vint le percuter de plein fouet, il leva le regard vers un point fixe au fond de la pièce. Et se mit à chercher dans son sac de voyage quelque chose. L'objet trouvé, il l'avisa avec un sourire franc et brûlant à la fois. Puis il apposa kazan'bai no yuki à la droite de la belle endormie. Enfin, il s'agenouilla devant la couche et prit l'une des mains de Nadeshiko.

L'intimité de ce geste l'aurait profondément déçu de lui-même fut un temps, surtout que cela intervenait alors qu'elle n'était pas consciente pour en accepter toute la signification. Mais ces considérations n'avaient aucune espèce d'importance dorénavant. Il embrassa le membre et le tint au creux des siennes. Puis il conclu, une certaine force revenue au fond de sa voix :

Vous la connaissez déjà. Neige de Cendre est à vous depuis le premier jour. Je vous l'ai dis, je ne vois pas de meilleure gardienne que vous pour elle. Votre éclat… éclipse toujours… Et totalement toutes les merveilles que j'ai pu… Voir.

Il s'assoupit alors. Des jours de veilles enfin récompensés. Une semaine, peut être plus sans que le sommeil ne le prenne. Le poids de la fatigue le laissant choir doucement, tout juste supporté par les maigres forces lui restant. Sa main droite toujours agrippée à celle de la belle, son bras gauche ballant au bord du lit et sa tête reposant aux cotés du visage de l'héritière des Zenmyo. Le volcan était de nouveau apaisé.


L-M-M-J-V-S-D

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MessageSujet: Re: [Quête] Paralysée Lun 30 Mar - 17:09

Ils furent ainsi à se dévisager durant un moment. Raiken aurait eu long à dire sur ce que lui renvoyait le regard de son homologue des Setsu. Ce n'était pas là l'image qu'il attendait d'un Colonel du Feu. Cet homme possédait une chaleur qui n'avait rien du bellicisme de flammes dévorantes, mais tenait bien plus d'un âtre doux et réchauffant. Ce à quoi il fallait ajouter une inquiétude palpable. Ce Kodan se prétendait l'envoyé de son clan afin de ramener une noble à sa famille, mais il ne devait pas un instant croire que le Tigre de brume allait avaler ces couleuvres.

Le Taisa Amadotsu était indubitablement venu de son propre chef, et dans ses sombres iris brûlait tout autre chose que le sens du devoir. Si le géant savait être inquiet par son extrême loyauté, son interlocuteur devait tout simplement être un amant perdu sans sa belle… Ou bien un soupirant, si cette dernière ignorait le sentiment de l'homme qui lui faisait face. Quoiqu'il en soit, il était évident que le gouverneur de Kazan était éperdument amoureux de la Dame des Zenmyo.

Raiken n'avait rien à répondre à cela et quand bien même, il sentait dans l'aura de son vis à vis un désespoir si profond que le simple fait de ne pas accéder à la requête qu'il émettait provoquerait son effondrement le plus total. Et il savait mieux qui quiconque où le désespoir pouvait mener. Ce Taisa mourrait d'un refus… que ce soit de son propre fait ou celui du Tigre de brume, poussé à arrêter ce forcené. Ce Setsu n'était pas du tout à l'image de ce que l'on contait à leur sujet, il était… Droit, sincère.

Quand bien même aurait-il été téméraire et impétueux, hautain et belliqueux, cela n'aurait probablement rien changé. En ces temps perturbés, Raiken ne serait pas à l'origine d'un conflit inter-clan, il se l'était promis à lui-même et à son Taisho endormi. Il se mettait à la place de son vis à vis, comprenant que dans une situation inversée, il n'aurait pas agis différemment. Non… C'était faux. Il aurait laissé un tapis de sang et de morts dans son sillage avant de succomber au nombre de ses adversaires.

L'homme qui lui faisait face était infiniment plus diplomate et maître de ses sentiments qu'il ne l'était lui-même. Sans un mot, il fit demi-tour. Il n'était aucun besoin de dire quoique ce soit. Puis il retourna son visage vers le Setsu afin de l'inviter à le suivre d'un simple mouvement du menton. Ils parvinrent ainsi à l’hôpital de fortune, Raiken sentant la fébrilité du colonel du feu à mesure qu'ils progressaient. Puis il arrivèrent devant la porte de la salle qu'il avait lui-même aménagé pour les Dames de Haut-rang.

Derrière cette dernière, l'élue du cœur de son homologue se tenait endormie, ainsi que… Il stoppa net, n'osant plus ouvrir  le passage. Il se mit à prier. Il souhaita du plus profond de son être que le Dragon soit réveillée lorsqu'il passerait le seuil de la chambre. Qu'elle lui hurle dessus pour son incompétence et qu'elle lui jette sa gourde d'Umeshu pour trinquer et se réconcilier. Il sentit Kodan dans son dos, bien plus calme que lorsqu'il s'était confronté plus tôt.

Son malaise avait été perceptible. Ils venaient d'échanger les places en un instant. Il devenait le désarmé… Le Taisa du feu avait repris l'ascendant sur son esprit et s'inquiétait de la réaction qu'il venait d'avoir. Il fut néanmoins gré à son homologue de ne pas aller plus loin dans sa démarche, car il n'aurait pas souffert que l'on pointe du doigt sa faiblesse. Cela lui remit les pieds quelque peu sur terre et il parvint à trouver la force de frapper à la porte.

La Miko leur ouvrit alors, lui offrant un sourire bienveillant et l'interrogeant du regard à propos de celui qui se tenait derrière lui, mais les laissants tout deux passer lorsqu'il amorça de rentrer dans la pièce. Il n'osa guère poser un regard sur le petit lit du coin gauche de la pièce ou tout son univers se trouvait assoupi et désigna simplement une nouvelle fois du bout de son menton ce que Kodan était venu cherché depuis le haut Nord de Yokuni.

Raiken fut presque choqué du changement d'attitude de l'officier de Moegami lorsque celui ci se dirigea vers la couche de celle qui semblait être tout pour lui, titubant plus qu'il ne marchait véritablement. C'en fut trop. Il prit la manche de la prêtresse et sorti calmement de la salle en la tirant délicatement derrière lui. Ses yeux d'ors allèrent se poser sur son Général, toujours endormi malgré sa prière. Son visage était si doux qu'elle paraissait rêver. Il voulu se rassurer en pensant cela. Au moins ne vivait-elle pas son enfer.

Il tira le ventail derrière lui afin de laisser le Setsu à son instant privé. De son côté, il mesurait déjà l'importance de ce qu'il venait d'accomplir. Bien que cette quête semblait animée d'un sentiment personnel, l'homme de Kazan n'en était pas moins un officier du clan des flammes. Il l'avait reçu et mené à l'objet de sa quête sans rien demander en retour… Pour le moment. Car la situation d'Asagiri n'était pas éclairée et il avait déjà compris la différence qui le séparait de Kodan lorsqu'il avait interverti les rôles en pensé.

Il avait senti la paix habituelle de cet homme et la tempérance qui les opposaient tout deux. Raiken était parvenu à sortir un certain nombre de disparus dans sa quête de son Taisho, dans une cité prétendument ravagée par la maladie. Il avait touché le corps de son général et ne sentait rien qui puisse être assimilé à une faiblesse issue d'un état de souffrance physique sinon un manque flagrant de sommeil, mais rien qu'il ne pourrait pas gérer. Tout à ses réflexions, il avait porté sa main gauche à son menton. La prêtresse de Kasugami ne tenait plus en place dans la périphérie de son champ de vision. Intrigué, il sorti de ses pensés pour l'interroger du regard quand à son comportement.

Eh bien ? Qu'avez vous donc ainsi à vous tortiller de la sorte ? Demanda t-il sans trop la brusquer.

Monseigneur… Les endormies… Elles ne peuvent guère s'occuper d'elle même. Mes sœurs et vos soldats se chargent du gros des assoupis, mais pour Kasuga-sama et la dame des Setsu, il en est de ma responsabilité. Répondit-elle timidement.

Bien entendu, il le savait. Il s'agissait des rares fois où il avait permis qu'on ne le sépare du Taisho durant ces derniers jours. Mais il n'avait jamais eu la curiosité de comprendre ce que cela impliquait, quoique son imagination était assez fertile pour entrevoir les soins que l'on apportait aux endormis afin de maintenir leur corps dans un état décent. Il allait devoir se charger de séparer le Taisa du Feu de sa bien-aimée, bien qu'il venait à peine de le laisser avec elle.

Quel ne fut pas sa surprise lorsqu'il revint accompagné de la miko et découvrit le guerrier du Nord, terrassé par la fatigue, sa main tenant celle de la Dame des Zenmyo fermement. Il avisa la scène un instant, partagé entre le choix de le laisser à son sommeil, ou celui de lui faire quitter les lieux pour que la prêtresse puisse procéder à ses soins. Mais c'est une toute autre idée qui s'imposa à lui soudainement. Il tourna son attention vers la représentante du Kami des brumes et s'adressa à elle en murmurant :

Dites moi comment vous procédez. Déclara-t-il simplement.

Ah ! Eh bien… Nous les nourrissons avec de la pâte de riz et de haricots broyés accompagnés de lait et d'eau tout en veillant à ce qu'ils avalent bien le tout en leur massant la gorge jusqu'à l'abdomen. Nous nous occupons ensuite de leur toilette, puis les recouchons dans de nouveaux linges… Répondit-elle, particulièrement gênée.

Bien. Apportez le nécessaire aux soins. Je me charge du Taisho pendant que vous vous occupez de la Dame du feu.

La miko ne compris pas instantanément ce qui venait de lui être demandé, si bien qu'elle s’apprêta à s’exécuter. Puis finalement, dans une soudaine prise de conscience de ce que cela impliquait, elle se retourna vivement, les yeux écarquillés d'une profonde terreur. Il lui fut impossible de mesurer son ton lorsqu'elle répondit enfin :

Que… Non ! Cela ne vous est pas autorisé ! Le Taisho est une Dame, son honneur se doit de rester intact sous ma responsabilité !

Elle ne réalisa trop tard ce que sous entendait sa réaction. Un battement de cœur grave, amplifié par la véritable caisse de résonance qu'était le torse du Géant des brumes, se fit entendre dans la pièce. Le regard du Tigre était presque fou, ses iris d'or tintés de sang. Ses cheveux se hérissèrent quelque peu sous l'activité électrique qui menaçait de s'emparer de lui. Il tourna son visage vers elle sans faire le moindre geste supplémentaire, sa voix tonna alors, bien indifférente à la présence du Lieutenant du Feu endormis non loin :

Qu'osez vous imaginer ? Qu'est ce que votre esprit malade vient de penser à l'instant ? Je suis l'ombre du dragon. L'OMBRE ! Cela fait bien trop longtemps que l'on me détache de mon maître et JE me chargerai dorénavant de la maintenir en forme jusqu'à son réveil. JE la traiterais avec dignité, elle est mon GENERAL, mon honneur sera de la traiter comme tel et le sien restera parfaitement intact entre mes mains. Le mien ne souffrira pas d'être insulté une deuxième fois, malgré le secours que vous nous apportez ici et que vous avez su m'apporter, je n'aurais aucun regret à prendre votre existence si votre pensé infâme se révélait réitérée.

Les jambes de la prêtresse manquèrent de force et elle se retrouva à genou, dévisageant le colosse courroucé, effrayée de sa propre méprise plus que par la colère du Taisa. Elle se releva fébrilement et acquiesça silencieusement tout en tremblant, manquant de glisser lorsqu'elle sortit précipitamment de la pièce en quête de tout le nécessaire de soin. De son côté, le gouverneur de Kazan dormait à poings fermés.

Lorsqu'elle revint, Raiken n'avait pas exécuté le moindre mouvement, son regard replongea dans le sien avec une telle colère qu'elle sentie ses larmes monter aux yeux. À cet instant précis, elle compris qu'elle avait simplement confondu l'homme et la femme avec les deux guerriers qu'étaient Riyu et le premier Daiyuki. Elle disposa les larges bassines à côté de chaque lit et apporta l'étrange gruau nourrissant sur des plateaux laqués. Puis elle remplie les cuves d'une eau claire et réchauffée accompagnées de sceaux et de linges. Il lui fallut plus de la moitié d'une heure afin de rassembler tout l'attirail sans que le commandant ne bouge d'un seul orteil durant le moment, ni ne la quitte de ses iris de fauve.

Puis il s'adoucit. Son attention se reporta enfin vers la Dragonne endormie. Il n'avait pas besoin que la Miko lui explique ce qu'il avait à faire, cela lui semblait évident. Il s'installa à côté d'elle, un bol plein de pâte de riz dilué dans un mélange de lait tiède de chèvre et d'eau dans la main droite. Il glissa son bras gauche sous la nuque de sa Dame et s'en aida pour l'asseoir à moitié tout en tenant son visage par le menton. Elle était si petite que cela se fit en un très court instant, et il était déjà à vider une légère partie de la mixture dans la bouche du Général borgne.

Comme il lui avait été indiqué, il massa la gorge pour provoquer la déglutition et agit ainsi, petit à petit, jusqu'à parvenir à vider un premier bol complet. Il se prit à sourire doucement à une pensé qu'il eut alors et murmura à l'oreille de Riyu :

Désolé. Ce doit être vraiment infect. Et je ne suis pas certain que l'Umeshu vous soit accordé dans votre état.

Il avait dors et déjà oublié la prêtresse qui avait certainement du séparer les Setsu et entreprit de s'occuper de la dénommée Nadeshiko. Il fut heureux du sommeil profond de Kodan, car il n'aurait pas souffert que ce dernier ne le juge pour son acte envers son Général. C'était un geste de pur loyauté et il regrettait ne pas l'avoir déjà eu depuis qu'il avait prit son poste à Asagiri et trouvé l'héritière des Kasuga. Puis son esprit se focalisa sur l'instant présent. Il savait que la suite allait être beaucoup plus complexe que le simple fait de l'acte de nourrir.

Il n'eut aucun mal à prendre la jeune femme au creux de son bras gauche pendant qu'il disposait la bassine. Mais la suite fut beaucoup plus difficile à gérer. Il détacha le obi qui ceignait la taille de la Dragonne, puis la plaça dos à lui. Tout en la supportant de son propre torse, il la défit de son kimono, découvrant délicatement les lignes de la samurai-ko pour la plonger en partie dans la bassine, la tête de cette dernière sur son épaule. Rien ne lui échappait plus dorénavant et il ne pourrait pas la nettoyer dignement tout en fermant les yeux.

Malgré les soins qui lui avait été apporté, il remarqua à quel point Riyu avait maigrie. Mais cela n'entachait en rien la désirabilité que ses formes avaient toujours eut sur le budoka. À nouveau, il eut un murmure pour l'oreille de son Taisho :

Alors ? Pas de remarque salace et moqueuse de la situation cette fois ci ? Je ne vous entends pas persifler sur votre connaissance de mon attrait à votre égard. Alors ? Rien du tout ?

Il ne put s'empêcher de sourire. C'était un moment particulièrement intime et il était heureux de le vivre tout en haïssant le fait qu'elle ne soit pas consciente du mal qu'il se donnait pour elle en cet instant. Des frissons le prenaient à chaque fois qu'il passait le linge trempé d'eau savonneuse sur la poitrine de son Général et lorsqu'il parcourait avec une douceur infinie ses territoires les plus privés tout en veillant à ne pas leur porter outrage.

À l'aide d'un seau, il entreprit de lui nettoyer les cheveux. Ce n'était pas forcément nécessaire et tenait plus du caprice qu'autre chose, mais il s'y appliqua avec le plus grand soin. Évitant soigneusement de faire rentrer de l'eau par le nez ou la bouche du Dragon, il apporta un soin exceptionnel à chaque mèche, de la racine à la pointe de chaque fin fil capillaire. Son bras gauche lui ceignait maintenant la taille, lui-même s'était assit, enroulant la bassine de ses propres jambes, finissant de rincer la belle de son unique bras droit.

Lorsque qu'il fut persuadé qu'elle était parfaitement impeccable, il l'enroula dans un linge afin de la sécher doucement, puis la revêtit d'un kimono propre, lui entourant à nouveau la taille d'un obi afin que sa pudeur ne lui soit plus révélée. Malgré tant d'instants passer ensemble, c'était la première fois qu'il avait vu son Général dans son plus simple appareil. Il l'allongea, d'abord sur le ventre, en veillant à ce que sa gorge soit bien dégagée pour qu'elle puisse respirer dans cette position.

Raiken n'était pas un masseur, ni n'en avait reçu la moindre éducation, mais il avait une connaissance précise de chaque muscle du corps humain. Ce savoir lui avait servi jusque là à frapper juste et mortellement. Mais à cet instant, sur son Taisho, chacun de ses gestes furent mesurés, adoucis, pareil à des caresses afin de stimuler la moindre fibre du corps de son commandant. D'abord le dos, puis le fessier, les cuisses, les mollets, la nuque et le cou. Puis il la retourna doucement avec une lenteur infinie. Les bras, les mains, les hanches, l'abdomen et les joues.

Son esprit avait dorénavant une connaissance de chaque pouce qui faisait du Dragon de l'Est ce qu'il était. Il la recouvrit, non sans avoir changé les linges de son lit au préalable. Le Tigre était parfaitement apaisé, mais son cœur menaçait de rompre l'entrave de sa cage thoracique et de sortir tant il battait à la chamade. Il s'inclina devant elle comme un serviteur devant son Seigneur après une mission accomplie. Mais cela était plus pour le spectacle qu'il adressait en vérité à la prêtresse qui n'avait pas du perdre une miette de ses mouvements envers Riyu. Car lorsqu'il parvint à mi-hauteur, il murmura une dernière fois à son Taisho :

Je ne vous parlerais jamais de ceci, Kasuga-sama. Je ne parviens qu'à peine à vous préserver lorsque vous êtes éveillée… Pourtant, lorsque vous êtes endormie, que ce soit à Kasu, dans mes quartiers, ou ici, je peux enfin me charger de votre sécurité et votre bien-être. Mais de cela, vous n'en saurez jamais rien. J'en viendrais presque à souhaiter que vous n’émergiez pas de votre dormance… Presque.

Puis il acheva par se redresser et se retourna vers la miko. Il ne lui adressa plus aucun mauvais regard et la salua humblement. Cette dernière avait mit bien moins de temps que lui pour s'occuper de la belle du Nord et, fort heureusement, il n'en avait rien vu. Kodan dormait toujours sur la literie de la Dame du feu, la prêtresse ayant étrangement replacée sa main dans celle du bushi. Elle lui sourit, soit leurrée, soit attendrie de ce dont elle avait été le témoin. Mais cela n'avait plus la moindre importance à présent.
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MessageSujet: Re: [Quête] Paralysée Sam 9 Mai - 20:42

Lorsqu'il sorti enfin de ses songes, le bushi du feu se rendit compte qu'on l'avait couvert d'une couverture et laissé auprès de cette femme qu'il était venu chercher. La nuit était tombée et probablement fort avancée dans son cycle et la pièce était illuminée de quelques lanternes. Kodan fut interloqué de remarquer qu'on l'avait laissé seul, peut être par égard ou pour une toute autre raison, ce qui ne lui paru d'aucun intérêt, trop heureux de pouvoir tourner son regard sur la belle endormie… Dont il tenait l'une des mains dans la sienne.

La honte qui le prenait était grande, car intime était ce geste et malgré les courriers échangés après leur rencontre, rien ne lui prouvait qu'elle ressentait le même sentiment que lui. Pourtant, il s'autorisa à lui caresser cette main, plus tendrement encore qu'un amant, puis il se leva et malgré les courbatures qui l'accaparaient à cause de la fatigue et de sa position lorsqu'il s'était endormis, il vint poser un baiser sur le front de Nadeshiko.

Les Okarutos s'étaient occupés d'elle avec tant de soin qu'il n'eut pas l'impression un seul instant qu'elle ne subisse le moindre trauma. Elle paraissait simplement dormir d'un profond sommeil. Il s'attarda sur ses lèvres, promesses d'une douceur infinie. Mais malgré la pensé qui l'assaillit alors, il se refusa totalement à s'offrir leur contact. Il avait été déjà bien assez indigne comme cela. Le Taisa des flammes reposa le membre chéri de la maîtresse des Zenmyo sur sa poitrine et fit demi tour.

Il avait besoin de se rafraîchir grandement à présent. S'apprêtant à sortir, il ne remarqua qu'à ce moment là le second lit de la pièce et l'âme qu'il contenait. Ce n'était pas une personne très grande, puis un reflet sur la chevelure de l'assoupie, car il s'agissait indéniablement d'une femme, vint à le faire tiquer. Rares étaient les toisons à renvoyer la lumière qu'elles recevaient de cette manière… Quoique celle du Taisa Daiyuki n'était pas en reste de ce côté là… un violacé sombre étrange, très loin de la pigmentation courante des Yokunis comme la sienne, plus ébène ou brune qu'autre chose.

Un doute l'envahit alors et il se retint de se précipiter vers la couche de justesse. Lorsqu'il parvint à la hauteur de cette dernière, il fut horrifié de constater qu'il s'agissait de Kasuga Riyu elle-même, vêtue des mêmes atours que Nadeshiko, qui se trouvait là. Il ne l'avait plus revu depuis leur rencontre, alors qu'elle était Taisa et que la cicatrice qui lui barrait l’œil droit n'existait guère.  Mais il avait eu l'occasion d'apprendre beaucoup à son sujet, ce qui tenait de la notoriété publique majoritairement, dont sa nomination au rang de Taisho, de la légende du Dragon de l'Est s'intensifiant jusqu'à ce qu'il entende les murmures de ses propres hommes, inquiets de la possibilité de croiser le chemin de ce personnage dépeint dans les histoires sur un champ de bataille.

Ainsi, le général des brumes était tombé. Okaruto devait être dans une situation aussi critique que celle de Setsu et il comprenait la facilité qu'il avait eu pour arriver jusqu'à Asagiri et la difficulté à laquelle il avait du faire face pour être mis en présence de celle qu'il était venu chercher. Le Volcan apaisé soupira de lassitude, le pays traversait des heures sombres et ceci était d'une origine si obscure et surnaturelle... Il détestait tout simplement ça.

Il se claqua les joues entre ses mains, il n'était pas temps de se démonter et il avait une dette envers le clan des disciples de Kasugami qu'il n'était pas certain de pouvoir rembourser. Il allait falloir trouver un moyen pourtant et son homologue colossale lui apporterait peut être un début de réponse. Il quitta ainsi la pièce, non sans un regard teinté de pitié pour Riyu et un second, plus long et très différent pour sa compatriote prise dans un rêve sans fin.

S'il ne savait pas encore comment, il savait pour qui il se battrait contre les kamis eux mêmes, s'il s'avéraient qu'ils étaient les coupables de l'état de celle qui, un jour, lui avait ouvert sa porte et par dessus tout, volé son cœur.


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MessageSujet: Re: [Quête] Paralysée Ven 21 Juil - 19:06

Impossible pour lui de parvenir pleinement à se détacher de l’image du Dragon vaincu par les Kamis, dépérissant à petit feu sur un lit et non vaillamment au combat où il aurait pu la suivre dignement. À nouveau, elle le laissait seul à combattre sans lui, à défier sa destiné sans son concours. Ces choses là ne s’étaient jamais bien finies depuis qu’il l’eut pleinement rejoint, trois ans auparavant.

Il se focalisa tant bien que mal sur la représentation de la province et la position des guerriers dont il s’était investi de la charge actuelle, ceux ci regroupant autant les forces de Gareki-Taisa, la garde prétorienne du Taisho et une partie de ses propres hommes. L’un de ceux là veillait à tout mouvement qu’il pourrait opérer sur la table de commandement, prêt à transmettre l’ordre implicite que cela engendrerait.

Raiken était reconnaissant envers ses Taii de ne pas attendre de lui autre chose que des gestes et des regards, loin de se trouver un leader capable d’enflammer le brasier de la loyauté dans le cœur des combattants s’alignant sous sa bannière. Il s’était toujours incarné en figure de proue, montrant par l’exemple plus que par la théorie efficace d’un stratège compétent.

De fait, les siennes s’en retrouvaient sommaire et les ashigarus et bushis portant son sobre kamôn étaient de plus en plus connus comme une force de frappe silencieuse et particulièrement pragmatique, à l’image de celui qui les menait. Bien loin de son domaine de prédilection qu’était une première ligne sur un champ de bataille, il devait pourtant se recentrer sur ce à quoi lui et les légions des brumes en présence pouvaient servir ici, puisqu’il ne pouvait rien de plus pour celle qu’il était venu rejoindre de toute façon. Ainsi, la venue de son homologue des flammes était salutaire.

De son temps en Kenshu, il avait entendu parler du volcan apaisé et des quelques prouesses qu’on lui avait prêté, mais il ne s’agissait à cette époque que d’un humble taii alors que lui même était déjà devenu Taisa du Tigre. L’ombre du Dragon assoupi se fustigea, se sentant honteux de l’ignorant qu’il était à l’époque, bien peu intéressé par les faits des grands noms de ces terres, si centré sur sa propre personne.

Enfin, quoiqu’il en était, il doutait que Kodan fusse un colonel comme il se trouvait lui-même, secret et froid, depuis que leur regard s’étaient croisés. C’était là les prunelles de quelqu’un qui avait une toute autre relation que lui vis à vis de ses guerriers, de cela, il en était certain.

Fermant les yeux à la décision qu’il était en train de prendre sans la moindre honte, il disposa les fanions des samouraïs des brumes en parti vers les villages avoisinants avant d’illustrer son geste en quelques paroles succinctes attestant de sa volonté de bien veiller au repli de la population de la cité même de Asagiri et qu’elle soit accueillie avec les égards qu’elle méritait parmi leur frères et sœurs alentours, le temps que les choses soient plus claires ici.

Ce qui avait motivé Riyu à venir en personne en ces lieux était un mal inexplicable qui avait emporté près d’un quart des habitants de la région. Pourtant, depuis la lueur des cieux, on ne comptait plus un seul cas autre que celui, plus dramatique encore, de la léthargie qui s’était abattue en tout Yokuni au vu des missives qu’il avait pu lire d’un œil distrait.

À ce fait incroyable, il ne pouvait rien, cela les dépassait tant et si bien qu’ils se contentaient tous, au travers du territoire Impérial, de prendre soin de ceux qui étaient tombés. Lui avait le devoir de libérer cette circonscription, de la rendre aux fidèles d’Izanami, de lui faire retrouver sa paix et sa réputation d’apaisement des corps et des esprits.

L’ironie de la situation aurait pu le faire rire… Les brumes de la province étaient renommées pour leur dons curatifs… Et cette dernière se trouvait actuellement sous quarantaine pour une affliction dont on ne trouvait plus trace. Enfin, il entendit derrière lui les pans des portes coulisser et la démarche lourde de leur nouvel invité. Relevant la tête et sans se retourner, il prononça alors d’une voix neutre :

Nous partageons une peine commune, Amadotsu-san et il m’est cruel de vous dire que j’attends un retour naturel de votre part vis à vis des services que les brumes vous offrent en ce moment. Laissez moi vous expliquer à présent comment je compte que vous nous rendiez la pareille, disciple de Moegami…

Lorsqu’il se retourna, il fit tomber son regard de fauve ambré sur la silhouette trapue de son homologue, croisant les bras face à lui et sans faire le plus petit effort pour apparaître aimable. Il n’avait guère le temps pour cela de toute façon.
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