AccueilFAQRechercherMembresS'enregistrerConnexion

Partagez | .
 

 {Terminé} Ne jamais se voir en peinture

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Denbee Eisei

avatar

Retiré

Messages : 689
Date d'inscription : 22/06/2013

Feuille personnage
Age: 29
Titre: Fainéant-taisho
Liens:

MessageSujet: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Sam 29 Juin - 20:22

La journée s'annonçait bien. Elles s'annonçaient toujours bien lorsque je pouvais rester couché dans mon futon et éviter par là même une journée de travail harassante-den. C'était un peu le cas de toutes les journées, d'ailleurs, puisque je vivais dans mon bureau, ce qui n'était pas si gênant que ça puisque le Taisa prenait soin de ne m'informer de rien. Mon prédécesseur s'était emparé de mes droits de propriété sur un terrain avec des possibilités de construction intéressantes dès qu'ils m'avaient été remis, s'assurant de cette façon que... eh bien-den... je passerai bien plus de temps que nécessaire dans mes quartiers. Il avait lui-même fait installer le lit en face de la table de travail, devant laquelle je paressais aujourd'hui, comme hier et avant-hier. Il avait également refait la décoration, de telle sorte que la moitié de la pièce se retrouvait maintenant encombrée de plantes en pot-den. Il avait pensé me faire plaisir. Je le soupçonnais d'avoir voulu rendre le coin aussi agréable que possible, pour les mêmes raisons que précédemment citées-den. Malheureusement, ses talents en botanique et sa vision du FengShui étaient une sainte horreur. Mais je m'y étais habitué et rien ne pouvait déranger ni la sérénité ni le demi-sommeil dans lesquels j'étais plongé, que ce soit la pluie qui battait tambour contre la fenêtre, l'agitation dans les couloirs extérieurs ou encore le grincement de réprobation que fit la porte coulissante quand un imbécile l'ouvrit-den. Je m'étais également tellement habitué à ce bruit, qui me semblait se produire et se reproduire sans cesse, qu'à présent je ne réagissais même plus lorsque je l'entendais.

Il me sembla que le nouveau venu marqua une pause sur le pallier, peut-être le temps de s'interroger sur ma position et mes occupations actuelles-den. Aucune fumée ne s'échappait de ma tête, preuve de mon activité très réduite à ce moment. J'étais nonchalamment couché, dos à l'entrée, le visage appuyé dans une main-den. Je ne bougeais pas. Il n'en fallut pas plus à l'invité surprise pour s'avancer sans bruit, peut-être même sur la pointe des pieds. L'erreur qu'il commit fut de sortir son katana de son fourreau et de n'avoir pas cherché à réduire le cliquetis que cela provoquait-den. Il le savait, pourtant...
« Bonjour Toro-taisa-den, lançai-je d'une voix lente et fatiguée sans me retourner.
- … Bonjour, Denbee-taisho. Je constate avec surprise que vous ne dormez pas. » Avec surprise ou déception ? Telle était la question.
Je me redressai lentement avant de me frotter crâne et œil, ce qui eut pour effet de faire rengainer son arme à Naguro Toro, Taisa de Kenshu et mon principal détracteur-den. Vingt deux ans d'expérience militaire se tenaient à côté de moi, et bien plus d'années dans ses veines jouaient la mélodie de la frustration sur ses tempes. J'avais aussi fini par m'y habituer, ce n'était pas la première fois qu'il pénétrait dans mon bureau aux moments les plus inattendus-den. Le problème, c'est que je l'attendais tout le temps.

Émergeant doucement, je mis un moment avant de réaliser où je me trouvais. Même si je le savais pertinemment-den. Je me trouvais toujours désespérément  au même endroit.
« Vous auriez dû venir cinq minutes plus tard-den.
- J'en prends note, Denbee-taisho.
- Ce n'est jamais que la cinquième fois que vous ratez vôtre tentative-den. Vous persévérez, c'est bien-den », remarquai-je en me relevant pour me diriger à l'allure d'un mollusque de l'autre côté de mon bureau.
S'y trouvaient des restes de repas, yakitori à moitié mangé et fond de soupe froide, au milieu des papiers, pinceaux et autres étuis jamais débouchés-den. J'y retrouvai aussi mon bokken sous un haori sale, lui-même sous une geta qu'il me semblait avoir perdu depuis des siècles. Je la fis disparaître, de même que mon arme que je rejetai par terre sous l’œil désabusé du Taisa-den. J'arrêtai mon ménage-là. J'en avais déjà trop fait pour aujourd'hui-den. Et j'en avais oublié de finir ce que je voulais dire à l'idiot grognon.
« Tout vient à point à qui sait attendre-den, ajoutai-je, sachant ô combien il détestait attendre. Je regardai sa tempe et les sillons gonflés qui s'y agitaient. Rien ne sert de courir il faut partir à point-den.
- Je sais, Denbee-taisho.
- La patience est la mère des sages-den. Il n'avait aucune patience et crachait sur les sages.
- J'ai compris, Taisho.
- C'est bien-den. Persévérez-den. »

Sans plus lui accorder d'attention, je reniflai ma soupe et pris la brochette en main pour en éprouver la fraîcheur-den. Le tout me sembla encore bon, alors j'entrepris d'en tremper l'un dans l'autre avant de manger. Je vis Toro détourner le regard et s'agiter sur place. Ah, oui, c'est vrai-den...
« Vôtre grève de la faim se passe bien, Taisa-den ?
- Très, merci.
- Vous avez obtenu ce que vous vouliez-den ?
- … Non, puisque vous êtes toujours-là, Taisho.
- C'est bien, c'est bien-den. Je vous souhaite de réussir, alors-den. Qu'est-ce qui me vaut vôtre visite, au fait, Naguro-den ?
- Oh... Rien. Je passais voir comment vous alliez, Taisho. Comme ça fait un moment qu'on ne vous a pas vu.
- Ah ? J'ai pourtant fait le tour de la salle de restauration hier-den. Et les recrues, que font-elles-den ?
- Rien non plus, Denbee-Taisho.
- Vous voulez dire qu'on recrute de jeunes gens qu'on paye ensuite à ne rien faire-den ?
- C'est ça, Taisho.
- Bien, bien-den. C'est intéressant-den. »

Je m'essuyai la bouche sur le premier parchemin que je trouvais à portée, m'interdisant de le questionner sur tous les faits qu'il me cachait et que je savais pourtant. Je finissais toujours pas tout savoir, que ce soit en écoutant une conversation entre deux Lieutenants, ou en me promenant par hasard au milieu des problèmes-den... Le Kami semblait vouloir que je gère l'armée et que je le fasse bien, bien malgré les manigances entours.
Je froissai le papier pour le jeter finalement par-dessus mon épaule. La réaction de son propriétaire fut immédiate-den. Il faut dire qu'il l'avait posé sur mon bureau/table à manger il y a de ça plusieurs semaines et que le parchemin n'avait toujours pas changé de place depuis. Jusqu'à maintenant en tout cas-den.
« Vous vous êtes essuyé sur ma pétition, Taisho. Des gens importants l'avaient signée et j'imagine que vous n'avez pas eu le temps de la lire. Je regardai ladite pétition souillée de gras derrière moi, petite boule minable sur les tatamis. Mon nom suivi des caractères « démission » y apparaissaient encore visibles. On aurait pu croire que je l'avais fait exprès-den.  
- Effectivement-den. Mais comme vous ne faites rien, j'imagine que vous avez le temps de la refaire-den. » Je lui souris avant de me lever, une fois la soupe finie, non sans bruit de succions.  
« Je vais aller me promener maintenant-den. Je pense revenir dans... oh... deux heures au moins-den.
- A la fin du service de jour, Taisho. Comme toujours.
- Ah ? Oui, oui, c'est ça-den. »
Je m'enfonçai bokken et geta à leurs places respectives puis attrapai l'haori sale et l'ombrelle disparue derrière un érable en pot. Je me passai le premier sur les épaules et ouvrai la deuxième avant même de sortir, des fois que ma chance ait envie de se cogner dessus et d'y disparaître une bonne fois pour toute. Ça ne marchait jamais-den.
« Oh, et... vous penserez à huiler vôtre arme... - Segumi, je crois que c'est comme ça que vous l'appelez-den ? - la prochaine fois ? S'il-vous-plait-den. »

Et c'est sous le regard assassin du Taisa que je partis en direction de l'hanamachi. Malgré la pluie, je traînai en chemin, regardai ici et là les courbes fatiguées des bâtiments de Geki-den. Il y avait définitivement mieux comme architecture et comme temps. J'en avais vu de bien plus intéressants dans les livres étrangers, fleuris, astucieusement accordés au paysage. Sous mon regard, l'un et l'autre semblaient ici se battre pour remporter le trophée du plus déprimant-den. C'est finalement la devanture du Lys d'été qui remporta la première manche, ennuyante de part son manque de nouveauté. J'y avais mis les pieds pour la première fois il y a trois ans de ça déjà et depuis rien n'avait changé-den. J'y allais souvent, très souvent même pour fuir des situations comme celle que je venais de vivre avec Toro. Ou, plus généralement, toutes les situations bien emmerdantes de mon quotidien, ce qui revient à dire que je m'y rends tous les jours ou presque dès que je suis réveillé-den. Mais rien ne changeait jamais dans le quartier des geisha, difficile de croire qu'il s'agissait du lieu de tous les délires.

J'entrai par la porte habituelle, sans faire attention aux personnes qui se trouvaient derrière-den. Je laissai mon ombrelle dans un coin et, ne saluant aucun des participants au spectacle qui se jouait ici, rejoignis vite une pièce adjacente, privée. Je retirai mes geta sans chaussette une fois passé le montant de la porte, ôtai mon haori dégoulinant d'eau pour le jeter par terre et allai finalement me poser lourdement sur le premier fauteuil qui se trouvait-là-den. Je soupirai bruyamment en renversant la tête.
« Enfin tranquille-den. Quelle journée de merde-den. »


Dernière édition par Denbee Eisei le Ven 10 Jan - 6:10, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité

avatar

Invité


MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Sam 29 Juin - 22:56

« Vient Miharu, aujourd'hui on va faire un tour en ville. Je veux que t'apprenne à bien marcher et te tenir. On va faire en sorte que tous les regards se posent sur toi. »

Habillées comme il faut dans des kimonos multicolores, elle en vert et jaune avec son col rouge de maiko et l'obi en traîne, moi en bleu foncé et or, le col blanc d'une geisha expérimentée. On avait remonté et coiffé ses cheveux blonds, uniques, pendant des heures. Parsemé de lys et de perles on  voulait faire en sorte que les gens se retournèrent rien que pour ses cheveux. Dans le peuple commun ça aurait été vu comme une maladie, une paria, différente des autres. Dans le monde des geisha, cette différence est acclamée. Grâce à ce physique hors du commun elle était presque sur d'avoir un avenir prometteur en tant que geisha. Ses parents le savaient, c'est pour cela qu'ils l'ont vendu dans la maison Natsuyuri. Et c'est pour lui donner encore deux fois plus de chances de réussir et faire la fierté de la maison que j'étais là pour la guider.

« Attends... Passe-moi la poudre, Miharu. Regarde dans le miroir. Tu ne crois pas avoir oublié quelque chose ? »

Le visage blanc tel un parchemin, mais les oreilles roses... Ça ne passait pas. Et elle avait tendance de les oublier à chaque fois. Je pris donc la brosse de bambou et les blanchis moi-même. Pour moi même je préférai éviter le maquillage. Ça rappelait de mauvais souvenirs et je n'avais aucune raison de faire l'effort.

« Voila, parfait. Suis-moi. »

On partit alors faire un tour dans la capitale. Ça faisait du bien de sortir de la maison. La tension y était insupportable ces temps ci. Il y a à peine trois ans, ce n'était pas le cas. Ce n'est que depuis l'arrivée de nouvelles maiko, toutes plus attirantes les unes que les autres, que la guerre avait commencé. Les geisha, de ma génération, de loin plus moches, avaient acceptées qu'elles ne feraient jamais fortune avec leur visage. Elles voulaient alors se rattraper avec celui de leur petite sœur. Et comme j'avais déjà assez comme ça – à leur avis – ce n'était certainement pas ma petite sœur qui allait gagner la bataille. Elles faisaient tout pour en tout cas.
Arrivées au cœur de la capitale, couvertes de nos plus beaux parasols, on paradait en regardant les boutiques. Je n'avais pas à lui faire beaucoup de remarques. Elle se débrouillait incroyablement bien. Elle était fière et jouait des épaules et du regard quand un jeune homme osait croiser sa route. Cela me faisait rire, j'avais l'impression de ne plus rien avoir à lui apprendre. Pourtant on venait de loin. Il y a à peine trois mois elle était trop timide et ne regardait que ses pieds. On va dire qu'elle a prit goût. Et je voulais bien la comprendre. Remettant mes cheveux derrière mes épaules je savais bien que j'attirai aussi les regards et ca me plaisait toujours autant.

« Oneesan ! Regarde regarde ! T'as vu comment il m'a regardé hahaha. Oneesan... T'as vu ce beau garçon, comment il m'a regardé ? »

Elle adorait les beaux hommes. Et espérait un jour se trouver un danna beau et fort. Le contraire de mon danna quoi. Pourtant elle aimait me rassurer qu'il était parfait. Trop gentille la gamine. Trop naïve. Les beaux danna... Ça n'existait que dans les légendes. Des danna fainéants et qui ne servent à rien, ça, c'est la réalité.
Sur notre chemin du retour elle ne cessait me raconter à quoi ressemblait l'homme de ses rêves. Heureuse, excitée, pas du tout prête à devenir geisha. Elle ne réalisait toujours pas que nos rêves n'avaient aucune valeur. On ne cherche qu'a payé notre dette chez okâsan et se faire des réserves pour les années à venir. Les histoires d'amour, c'est pour les princesses.

Arrivées au Hanamachi on prit le temps de passer par un banquet. J'y avais repéré l'un de nos clients habituels et plusieurs geisha de la maison avec leur petite sœur. On ne m'avait jamais dit qu'il y avait un événement aujourd'hui...  Les garces. On s'y installa aussi du coup. Envahissant ainsi l'espace de plusieurs de nos sœurs. Mais cela importait peu. Il y avait encore un autre banquet ce soir, bien plus important et que j'avais à mon tour gardé secret des autres. Ceci n'était donc qu'un simple passage. Histoire de dire bonjour, rapporter l'attention sur nous et intéresser les hommes à Miharu. Mission accomplie. Il ne fallait pas plus d'une demi heure pour les rendre impatient pour ce soir.

« Vient Miharu, on a encore quelques courses à faire aujourd'hui ! »

On sortit donc du banquet, tout sourire, fières de notre apparition. J'avais beau critiquer les pestes de la maison. J'étais encore pire. C'est ma petite sœur qui allait devenir une légende ! J'en ris encore quand on arriva dans la maison. Ce n'est qu'en pénétrant dans ma chambre que mon sourire disparu...

« Combien de fois dois-je vous rappeler que vous ne pouvez venir ici, Denbee-taisho ? »

... pour faire place a mon visage crispé que je n'avais qu'en sa présence. C'est a dire au moins une-deux heures par jour. Miharu, elle, était toujours contente de le retrouver dans ma chambre. Elle s’agenouilla donc pour ensuite s'incliner comme il se doit. Lui souhaitant la bienvenue dans la maison. Drôle de fille. M'obligeant à être polie aussi.

« Thé aux algues comme d'habitude je présume ? 
Histoire de faire puer ma chambre comme tous les jours... Avec du konbu bien sur ! Pas la peine de me le rappeler Denbee-taisho. Tu nous apportes ca, Miharu ? Avec les en-cas habituels. Yaki tori etc... Tu sais bien. Merci. »

Je m'installai à ma place habituelle, du bon côté, qu'il n'avait pas a se tourner la tête pour me voir. Car c'était trop fatiguant pour notre cher fainéant-taisho. Comment je fais pour le supporter tous les jours comme ca ? A peine installée comme il faut Miharu revint dans la chambre avec tout ce que je lui avais demandé. C'était tellement pratique d'avoir une petite sœur. Quel dommage qu'elle ne le restera pas tout le temps. Je lui servis le thé et attendis qu'il parle en premier. Il n'aimait pas les questions et parlera bien quand il aura bu son thé et se sera reposé.
Revenir en haut Aller en bas
Denbee Eisei

avatar

Retiré

Messages : 689
Date d'inscription : 22/06/2013

Feuille personnage
Age: 29
Titre: Fainéant-taisho
Liens:

MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Dim 30 Juin - 0:58

« Oh. Miharu-chan. Je n'avais même pas remarqué que tu n'étais pas là-den. Je suis content de te voir-den. »

Les deux jeunes femmes venaient visiblement de rentrer et je n'avais effectivement pas remarqué leur absence. Je redressai la tête puis souris à la plus petite, qui savait se montrer charmante et en tout point serviable-den. Je l'aimais bien, notamment pour cette deuxième qualité. Si tous les samouraïs avaient pu être de ce genre...
J'inclinai la tête en réponse à son respect, que j'appréciai aussi tant que ça ne durait pas trop longtemps-den. Comme tous les gamins, elle savait souvent se montrer ennuyante et gonflante. Très vite. Trop vite-den. A peine ces salutations terminées, et sans relever la remarque de l'hôte, je reposai mon attention dans le vide, quoique vide n'est pas vraiment le mot adéquat pour qualifier l'espace qui me faisait face. « Espace » ne l'est pas non plus d'ailleurs, puisqu'il n'y en avait décidément plus-den. La chambre privée de Rakurai, puisque c'était ni plus ni moins que sa chambre personnelle de femme avant d'être une salle de jeu geisha, croulait sous l'abondance à la fois de décorations et de meubles. Tapis, miroirs, draperies, coussins et ainsi de suite flirtaient avec commode, paravent, table et futon-den. La chambre en elle-même avait beau être grande, parfois on avait l'impression de ne pas avoir assez d'espace pour respirer. Mais ça ne me dérangeait pas, je m'y faisais servir comme un Daimyo par la petite sœur de Raku et pouvais m'y cacher quand j'entendais une unité à ma recherche-den. Ça n'arrivait pas souvent. Que je sois présent ou non ne changeait rien à l'organisation chaotique de l'armée de Kenshu qui, je dois le dire, avait de quoi s'inspirer de l'organisation de cette chambre-den.

Je reçus avec un certain plaisir mon en-cas habituel, servis, comme d'habitude, par la petite Miharu à qui je tapotai doucement la tête en remerciement-den. J'appréciai également, quoique sans le dire, la façon qu'eut Tenin de se placer dans mon champ de vision restreint, une attitude à présent naturelle. Il n'y avait vraiment qu'ici que je me sentais en paix, serein, dans mon univers. Ça manquait peut-être un peu de verdure, mais ça ne m'empêchait pas de considérer les lieux comme chez moi-den. Il n'y avait d'ailleurs que Raku et Miharu pour savoir à quel point j'adorais le Konbu et le thé aux algues, aussi bizarres soient ces caprices. Je trempai d'ailleurs les petits morceaux d'algues dans l'infusion avant de les sucer bruyamment, me renfonçant dans mon siège-den. Un moment passa sans que je ne dise rien. J'avais parfois besoin de silence, ne serait-ce que pour laisser le temps à mon cerveau de se remettre dans un mode de fonctionnement normal-den. Et ce n'est qu'une fois que j'eus fini de mastiquer mes petits délices que je sortis ma pipe, sachant pourtant que la jeune femme du lys d'été ne supportait pas que je fume dans ses quartiers. Je fis quand même signe à Miharu de s'approcher pour lui demander de m'apporter une coupelle où vider ma pipe, un coussin où appuyer mes pieds, pourquoi pas un tabouret tant qu'elle y était, et si sur le chemin elle pouvait me retrouver le sandogasa que j'avais oublié la dernière fois et m'apporter le shamisen de sa grande sœur afin que j'apprenne enfin à en jouer, je lui en serais vraiment reconnaissant-den. Je conclus ma requête avec le plus grand sourire qu'il m'était possible de fournir, à savoir un demi, avant d'encourager la petite dans sa quête. Entre autres habitudes qui me tenaient la gorge, celle de profiter de la naïveté de cette pauvre enfant était incontestablement celle qui me menait la vie la plus dure-den. A tel point que j'en oubliai de faire attention au coup de foudre non loin de là.


Dernière édition par Denbee Eisei le Dim 30 Juin - 4:17, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité

avatar

Invité


MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Dim 30 Juin - 2:10

Tout ce qu'il faisait me dérangeait. Sa façon de manger ces foutus konu, de boire son thé, chaque petit bruit qu'accompagnait tout ça. Puis le pire. Il fumait dans ma chambre! Il osait... Fumer... Dans ma chambre... Un jour je lui casse sa pipe ! (Et autre chose aussi sûrement.) Mais ce qui me dérange aussi, c'est sa façon d'abuser de Miharu. Au début, il n'aimait pas trop qu'une personne me suive comme ça sans arrêt. Ça perturbait soi-disant son calme quand il vint ici. Puis il avait remarqué que finalement, elle n'était pas si nulle que ca la petite. Très serviable et bien trop naïve. Un mot gentil et elle faisait tout ce qu'on voulait.

« Denbee-taisho... Je vous ai pourtant dis tant de fois de ne pas fumer ici. Vous n'écoutez donc jamais ? »

Tous les jours la même chanson. Et tous les jours il m'ignorait sur la question. Je me félicite de ne pas encore avoir perdu patience. Miharu s'affairait un peu partout dans la chambre. Courant d'un coin à l'autre, elle était motivée de servir au mieux son taisho. Et j'avais beau lui dire qu'elle ne devrait pas faire ça... Elle continuait quand même.Elle lui apporta une petite assiette pour sa pipe, sortit mon shamisen de sa cachette. Caché exprès, pour que le taisho n'y touche pas. Mais que voulez-vous, elle ne savait pas dire 'non' la petite. Alors voila que la chambre s’envahit de fausses notes dans un rythme complètement improvisé. Il n'y avait qu'une chose qui manquait à l'appel. Le fameux sandogasa. Je savais bien qu'il y tenait, mais malheureusement pour lui, il l'avait oublié chez moi il y a trois jours. Même jour où un autre client m'avait offert un magnifique bonzaï. Le lien entre les deux ? Il me manquait un pot de fleur. Et puis ça donnait bien avec le bonzaï au milieu et toute une collection de fleurs séchées au tour. C'était assez grand pour faire un super ikebana1. Depuis tout ce temps que je cherchais a me venger d'une façon où d'une autre. Miharu qui n'était pas au courant de cette blague me regardait, paniquée. Mais où était donc ce sandogasa ?

« Toutes mes excuses Denbee-taisho, mais j'ai bien peur que les shikomiko² ont prit votre chapeau pour un pot de fleur. J'espère tout de même que la composition florale vous plaise. »

Montrant cette fois ci un véritable sourire je fis un signe de la main vers le peu de verdure qu'il y avait dans la chambre. Miharu, encore plus paniqué en attendant la réaction du fainéant-taisho, s'assit enfin à mes côtés. Le shamisen se tut pendant quelques secondes. Le temps pour Miharu d'essayer de détendre l'atmosphère. Se remémorant tout ce que je lui avais appris, elle commença la conversation. Où plutôt, elle posa LA question. En voyant le seul tableau sur mon mur, et sachant que je ne répondais jamais aux questions à son propos, elle voulait tenter sa chance auprès du taisho. Ayant sa petite idée de la signification, en plus d'avoir demandé a d'autres sœurs, elle n'en pouvait plus de curiosité. J'avais vu ce qu'elle regardait depuis la tantôt. Et j'avais aussi vu que ses yeux avaient commencé à briller.

« Denbee-taisho... Est-ce bien vous et oneesan sur ce beau tableau ??? »

Je savais – dès que j'avais vu ce taisho dans mon sofa aujourd'hui – que j'aurais du la faire sortir de ma chambre. Non seulement pour la protéger de ce loup qui profitait bien trop de sa gentillesse, mais aussi pour éviter ce genre de questions. Mes poings se crispaient déjà en attente de sa réponse. Miharu... Pourquoi me faisait-elle ça. Je me raclai la gorge en la fixant. C'était le signe qu'elle devait prendre comme « CA SUFFIT ! ». Mais il était déjà trop tard. Mon danna bien aimé s’apprêtait déjà à répondre.



1.Composition florale
² Le rang avant Maiko, s'occupent de nettoyer tout, faire la cuisine etc. Début de formation pour devenir geisha en 'observant'.
Revenir en haut Aller en bas
Denbee Eisei

avatar

Retiré

Messages : 689
Date d'inscription : 22/06/2013

Feuille personnage
Age: 29
Titre: Fainéant-taisho
Liens:

MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Dim 30 Juin - 22:12

Mes doigts s'étaient crispés sur les cordes de l'instrument, ajoutant à la petite mélodie déjà bien massacrée quelques notes indécentes en plus. J'avais baissé la tête en écoutant le devenir de mon sandogasa-den. Je n'offris aux deux demoiselles devant moi plus qu'une touffe de cheveux désespérée, désabusée et, oui, fatiguée, grasse et mal entretenue. Impossible de m'en remettre ; je passai les cinq minutes suivantes dans cette position, sans bouger, me remémorant tous les bons moments que j'avais passé avec ce chapeau sur la tête-den... Jamais il ne me serait possible d'en retrouver un de cette facture. Enfin, si, mais je ne trouverai jamais la motivation nécessaire pour ce faire, quand bien même il y aurait une échoppe sur mon chemin-den. Celui-là, je l'avais eu sans avoir à fournir d'effort ; je ne l'avais même pas payé. Je l'avais obtenu en cadeau après avoir acheté deux exemplaires du recueil « Les arbustes et les poiriers du nord-est », lesquels prônaient, justement, la facture particulièrement exotique et judicieuse de l'atamadai à l'intérieur, qui permettait au sandogasa de convenir à toutes les têtes, dont la mienne particulièrement difforme. Il était génial, en sommes-den. Il m'avait protégé des longues journées de pluie sans que j'aie à fatiguer mes bras en portant cette stupide ombrelle, que j'avais d'ailleurs mis des jours à retrouver derrière ce stupide érable. Je n'étais pas sortis des quartiers protégés de la pluie pendant trois jours et, apprendre ce à quoi avait servi mon très cher chapeau pendant tout ce temps me... déprimait énormément-den.  

Je relevai finalement la tête quand Miharu posa sa question. Je ne compris vraiment de quoi elle parlait que lorsque je regardai dans la direction que pointait son doigt, à savoir celle de l'unique affiche placardée au mur de cette chambre-den. Sur le chemin, mon œil croisa la figure crispée de Raku. Puis il fit des allers retours entre ces trois informations, le temps que ma petite tête les enregistre dans le bon ordre et lance le processus très lent de traitement et d'action-den. Je posai le shamisen à côté de moi et laissai ma pipe dans son assiette avant de me gratter l'intérieur de l'oreille, signe d'une réflexion en cours. Je ne voyais pas bien la peinture de ma place, mais il était facile de deviner de quoi il s'agissait-den. Après tout, il n'y en avait qu'une et j'avais passé tellement de temps ici à éprouver de mon postérieur chacun des coins confortables que je connaissais décidément chacun de détails présents ici. Je n'avais certes pas remarqué la présence du nouveau bonzaï et de mon sandogasa qui lui servait de pot mais cela pouvait s'expliquer tout simplement par l'habitude et la flemme de découvrir pour redécouvrir toujours les mêmes choses, ce qui faisait que, oui, je passais à côté des nouveautés de ce genre-den. Je souris une nouvelle fois à Miharu avant de lui répondre.
« Oui-den. C'est lorsque je suis devenu le danna de Raku-den. Et, poursuivis-je en me penchant vers elle pour lui parler d'une voix plus basse, histoire d'éviter que sa grande sœur ne m'entende, ce qui était difficile puisque cette femme avait des oreilles de lynx, c'est ce qui va t'arriver un jour aussi, Miharu-chan-den. Un jour, tu deviendras comme Raku-san, une vraie geisha fourbe et ronchonne, qui n'a envie que d'argent et qui maltraite son pauvre danna qui l'aide à réussir sa carrière-den (je lui offris une figure triste). Tu ne veux certainement pas devenir comme elle, Miharu-chan-den. Tu n'imagines pas toutes les contraintes que ça a-den. En plus cette cérémonie était vraiment ennuyante et longue-den. Comme tu peux le voir sur l'image, les kimono n'étaient même pas beaux et okâsan n'avait pas fait beaucoup d'effort pour arranger Raku-san-den.
 » Ils n'étaient pas confortables non plus remarque-den... Et il n'y avait même pas de konbu à la cérémonie-den... Je ne voudrai vraiment pas que tu vives un jour pareil-den. »

Et je me renfonçais dans mon siège, satisfait de moi, pour m'humecter les lèvres dans mon thé poisseux-den.
« Je suis sûr que tu as pleins d'autres rêves bien plus intéressants que celui de devenir comme ta oneesan-den. »
Revenir en haut Aller en bas
Invité

avatar

Invité


MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Lun 1 Juil - 0:04

«QU'EST-CE QUE T'AS D.... »

Je le savais. Ses remarques allaient encore une fois m'énerver. Oubliant ainsi la petite sensation de victoire que j'avais eu avec le sandogasa. Il faisait semblant de chuchoter à l'oreille de Miharu, mais bien sur que je pouvais tout entendre. Et ce n'était certainement pas la première fois qu'il essayait de retourner le cerveau de ma petite sœur. Heureusement qu'elle n'est pas assez sotte pour le croire. Mais c'est bien à cause de lui – que maintenant – elle rêve de jolis garçons.

« Miharu, peux-tu quitter ma chambre s'il te plaît... Referme bien la porte et va t’entraîner au kokyu. »

Il ne fallait pas plus que ça pour lui faire comprendre. Lui faire comprendre que j'allais sortir de ma peau pour lui hurler dessus, à ce foutu fainéant-taisho. J'attrapai un yaki tori – que j'avais commandé spécialement pour moi – et inspirai bien fort. La brochette fondait dans ma bouche, me faisant presque oublier que je devais encore l’engueuler. Alors j'inspirai un bon coup et je commençai ma tirade. Non seulement il insultait la maison et okâsan en parlant ainsi de la cérémonie, mais il perturbait la formation de Miharu.

« Denbee-taisho... »

J'avais appris cette technique d'okâsan. Annoncer le nom doucement avant d'exploser. Alors que je gueulais comme il faut, je me rappelais la cérémonie. J'avoue que tout s'était passé trop vite, mais elle n'en était pas pour du moins magnifique. Une cérémonie digne de ce nom. Et bon-sang que j'étais belle ce jour-là ! On y avait passé toute la nuit ! J'avoue que la peinture ne le m'était pas parfaitement bien en portrait, mais c'était le cas. Vêtue d'un kimono kurotomesode noir agrémenté du blason de notre maison, un lys d'été blanc. Les cheveux à moitié relâchés et garnis de fleurs. Une peau parfaite et égale, sans poudre blanche. Les yeux noircis grâce au khôl et les lèvres rouge-sang.  J'étais fatiguée après toute ces préparations, mais à la fois satisfaite. Cette fois-ci le taisho n'allait pas rester de marbre.

« ... OSEZ ENCORE POURRIR LE CERVEAU DE CETTE INNOCENTE GAMINE... »

Cela dit, le taisho n'était pas trop mal non plus ce jour-là. Il m'avait fallu un moment de le retrouver dans la foule, ayant déjà oublié son visage, mais enfin retrouvé – même si très déçue au début – je sais maintenant que c'était l'un de ses meilleurs jours. Pas de kimono fushia ou de motifs papillons pour une fois. Non. Simple et sobre, il avait une certaine classe. Plus tard j'appris que ce n'étais pas de la classe, mais juste de la nonchalance.  

« ... ET ARRÊTEZ DE LA TRAITER COMME UNE ESCLAVE... »

Okâsan n'avait pas arrêté de sourire ce jour-là. Même durant la nuit, quand je me préparai, elle m'avait chanté des chansons et caresser mes cheveux. Gorõ-sama, de son côté, avait l'air de se trouver dans le même monde de bisounours. Je les suspectais même de se jeter des regards un peu trop étranges l'un à l'autre. Il y avait définitivement quelque chose entre ces deux là !

Tous ces souvenirs rien qu'en regardant ce bête tableau. J'ai longtemps hésité à le jeter et finalement, j'avais fini par l'accrocher au mur. M’empiffrant d'un cinquième yaki tori et ayant fini ma tirade, je regardai en direction de mon danna. Ugh. Lui au moins était plus intéressant sur la peinture.

« Avouez... J'étais quand même belle ce jour-là... Et vous avez bien mangé quand même ! »

Je souris encore en y repensant. Enfin, pas que j'étais moche maintenant, loin de là. Mais cette cérémonie était un jour unique dans une vie de geisha. Bien-sur qu'on y était encore dix fois plus belle. Tout ça pour un fainéant-taisho qui n'avait pas trouvé mieux à faire que de s'empiffrer de nourriture.


Dernière édition par Natsuyuri Tenin le Mar 2 Juil - 4:10, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Denbee Eisei

avatar

Retiré

Messages : 689
Date d'inscription : 22/06/2013

Feuille personnage
Age: 29
Titre: Fainéant-taisho
Liens:

MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Mar 2 Juil - 3:11

L'oni était sorti de sa boîte, il n'y avait définitivement pas de meilleure comparaison avec ce qu'il se passait maintenant. Raku invectivait, hurlait, crachait, mâchait, réprimandait... dans un ordre qui lui importait peu, parfois les cinq en même temps-den. Je me soumis à son humeur, obligé, responsable, conscient. Je l'écoutais ; moins par intérêt que par obligation-den. Elle parlait tellement fort que mon unique oreille n'avait pas d'autre choix que d'entendre ce qui forçait pour entrer. Je regrettais souvent de n'avoir plus qu'une seule oreille dans de pareilles situations (lesquelles avaient tendance à se reproduire chaque fois que je parlais à Miharu), me disant qu'il aurait été plus facile d'essayer d'esquiver les mots quand deux entrées se battent pour les recevoir. Mais je n'en avais qu'une, et je la sentis d'ailleurs commencer à chauffer furieusement-den. La jeune femme se tenait pourtant assez loin, ses cris me revenaient par impulsion, claquaient, valdinguaient sur les meubles et les encombrements pour frapper mon tympan. Mon œil, tout aussi solitaire, subissait autant ses réprimandes à grand coup de cillements-den. Je la regardai enchaîner les yokitori pour se récrier de plus belle, admiratif d'un certain point de vue sur sa façon d'enfourner les premiers comme du bois dans une cheminée pour cracher ses flammes ensuite. C'était toujours un spectacle particulièrement impressionnant et je me demandais toujours si les brochettes et les rugissements n'étaient pas liés les uns aux autres par une quelconque forme d'adéquation quantique-den. Plus de yakitori équivalait à plus de rage. C'était vraiment fascinant-den.

Malheureusement, je ne pouvais pas me cacher derrière de telles explications pour éviter le savon. Je savais que j'étais dans mon tort et, pire que ça, je savais qu'elle avait raison. Évidemment, je n'avouerai jamais ni l'un ni l'autre et, si par avant j'avais tenté de m'exprimer en même temps qu'elle, aujourd'hui j'avais abandonné cette idée farfelue depuis longtemps-den. Il était impossible de lui parler, premièrement parce qu'elle n'écoutait pas et qu'elle criait trop fort mais aussi et surtout parce qu'elle ne laissait définitivement aucune place à la parole. Et puis j'étais bien trop lent pour suivre ses nouveaux arguments avant d'avoir fini d'énoncer le mien-den. Et, oui, elle avait raison. Je profitais de l'innocence de Miharu, à tort ou à droit, et le faisais sans vergogne chaque fois que je la voyais. J'aimais me faire croire que ça participait de son éducation dans cette maison, mais c'était définitivement le flegme et la fainéantise qui en étaient la source-den. J'appréciais aussi clamer qu'à son âge elle avait tout à fait le droit de changer d'avis concernant son avenir et de plaquer cette baraque sordide pour quelque chose de moins lourd à porter, ne souhaitant à personne de voir ses rêves se briser en milles morceaux parce qu'un certain Taisa avait envie d'enrôler des gamins dans des rues sans se soucier de savoir s'ils ont des parents ou non. Parents qui, d'ailleurs, ne venaient jamais réclamer leur fiston chéri-den. Je ne souhaitais vraiment pas à cette pauvre fille de vivre la même chose que moi et je rêvais de savoir que tous les petits enfants de Yokuni réussissaient à réaliser les leurs. Cependant le système ne fonctionnait pas comme ça. Miharu avait une dette à payer à l'okâsan et devrait s'y soustraire en travaillant-den. Les orphelins étaient inutiles, ils n'avaient personne ? Ce même système prévoyait de leur trouver une place dans la société là où elle en requérait toujours : dans l'armée, quand bien même le Taisho avait fait interdire de pareilles manœuvres. J'avais fait officiellement interdire de pareilles manœuvres, et pourtant les rangs de l'armée de Kenshu se retrouvaient chaque semaine gonflés de quelques pauvres gosses sans famille-den. Je fermai l'oeil là-dessus car le système fonctionnait et que... oui, l'armée avait toujours besoin de jeunes bras qui ne demandaient qu'à être nourris, logés en contre partie de quoi ils avaient l'horrible malheur d'apprendre un métier-den.

Raku avait raison et l'avait toujours eue. Même lorsqu'elle disait qu'elle était belle et qu'on avait bien mangé-den. C'était effectivement vrai ; rien ne l'était plus. Mais c'était aussi affreusement ennuyant et déprimant. Je n'avais pas esquivé une conversation avec Toro pour en subir une du même genre avec ma favorite-den. Je repris ma tasse en main avant de me lever, dans un pieu silence, pour me diriger vers l'image accrochée au mur, source de tous les conflits. Je ne l'avais jamais vraiment regardé en détail-den. Je trouvais déjà extraordinaire que le peintre ait pensé à me représenter dessus, alors les détails...

Empoignant le tableau pour le décrocher après avoir dû lever les jambes pour escalader des coussins, je le regardai en y découvrant qu'il me rendait finalement justice. Facile, je n'étais pas très beau de base et j'imagine qu'il était plus simple d'améliorer mon visage que d'en reproduire toutes les aspérités fatiguées-den. J'y étais représenté debout, à gauche, avec le kimono qu'avait porté Gorō avant moi pour une cérémonie identique avec une geisha dont le nom échappe à tout le monde. Il était évidemment aux couleurs de Kenshu, pâle, simple, confortable, du genre à mettre en avant des épaules fuyantes-den. A côté, figurait Raku et rien de tout ce que j'avais pu dire à Miharu ne transparaissait au travers des traits du dessin. On y voyait en revanche ô combien l'auteur avait été perturbé par la jeune femme-den.

Je revins d'ailleurs vers celle-ci pour m'asseoir à mon tour sur un coussin près du kotatsu, un sourire très discret aux lèvres. Je ne quittai pas le cadre des yeux, même après l'avoir posé sur la petite table-den. Que de souvenirs dans cette peinture...
« C'est vrai qu'on avait bien mangé-den... dis-je d'une voix faiblarde et roque. Et dire qu'une heure avant de poser pour ce peintre j'étais encore en train de lire un livre sur le mizu-age-den... »
Revenir en haut Aller en bas
Invité

avatar

Invité


MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Mar 2 Juil - 17:02

Je le suivais des yeux – en espérant qu'il ne renverse pas sa tasse de thé qu'il tenait toujours – alors qu'il escaladait mes coussins pour attraper le tableau. C'était bien la première fois qu'il s'y intéressait ainsi. De mon côté j'avais déjà passé plein de fois à l'analyser. Des fois la nuit, quand je ne trouvai pas le sommeil, très souvent quand j'étais fâchée ou énervée contre le fainéant-taisho, rarement quand j'étais de mauvaise humeur et ça m'est même déjà arrivé de pleurer en face. Mais là, ça n'avait rien avoir avec le tableau, il me rendait juste encore plus dépressive, quand j'étais déjà triste. La seule peinture où je figurai, et c'était raté ! Ça rendrait triste n'importe qui. Tous ces efforts pour ressembler à une déesse, pour n'avoir qu'un tableau moche en souvenir.

« C'est vrai qu'on avait bien mangé-den.... Et dire qu'une heure avant de poser pour ce peintre j'étais encore en train de lire un livre sur le mizu-age-den... »

Il s'était rapproché très lentement. Tout comme il s'était levé très lentement pour aller voir le tableau. Tout se passait dans un rythme posé chez mon danna. J'avais du coup pas fais attention a ses mouvements. Il était spécialement doué pour se rendre invisible et inintéressant à regarder. Du coup je m'étais saisie quand il était venu s’asseoir prêt de moi au lieu de son sofa habituel. Pas qu'il ne le faisait jamais, juste que cette fois-ci il avait un drôle de regard. Et puis... Pourquoi parlait-il du mizuage tout à coup ?

« Oui... Le mizuage, une lecture intéressante j'imagine... Qu'aviez vous trouvez dans ce fameux livre ? »

Il m'avait amusé. Cela faisait trois ans que c'était mon danna et encore jamais il avait fait la moindre intention d'attendre quelque chose de moi, à part du thé et très rarement une mélodie au shamisen. Je ne pensais même pas qu'il savait ce que le mizuage voulait dire. Du coup, je voulais savoir ce qu'il aurait pu en lire.

Il y a trois ans, j'avais énormément peur de ça. Déjà que je ne voulais absolument pas qu'une chose pareil me touche. Mais surtout, je ne voulais pas qu'il découvre mon dos. Il était moche, vulgaire et pas là pour être montré. J'y tenais, que personne ne le voit. Même Miharu, qui est très proche de moi, sait qu'elle ne doit pas venir me déranger quand je prends mon bain. Je l'ai d'ailleurs toujours pris durant la nuit. Quand je savais que mes sœurs n'allaient pas y être. Ils ont souvent fait la remarque, que c'était étrange que je ne voulais pas me laver avec les autres. Peut-être que j'étais un homme disaient-elles alors. Certaines le disaient pour rire, d'autres y croient vraiment, mais ce n'était que de la jalousie ça.

Je lui resservis du thé, attendant toujours sa réponse. Très curieuse, presque contente. Pas parce qu'il m'excitait cet homme, loin de là. Mais j'ai toujours pensé qu'il me trouvait moche. Déjà qu'il me pensait vieille au début, qu'il ne me complimentait jamais et qu'il disait que j'étais laide à Miharu. Alors que je savais pertinemment bien que je ne l'étais pas ! Quand même, ça me travaillait. Alors qu'il s'approche maintenant, je le prends comme l'ultime preuve qu'il ne me trouve quand même pas si moche que ça... Pathétique, non ?
Revenir en haut Aller en bas
Denbee Eisei

avatar

Retiré

Messages : 689
Date d'inscription : 22/06/2013

Feuille personnage
Age: 29
Titre: Fainéant-taisho
Liens:

MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Jeu 4 Juil - 21:32

Pathétiques. Mes connaissances sur les geishas l'étaient, au moins autant que celles sur les femmes-den. Je ne m'étais jamais intéressé à ces sujets, pensant n'avoir jamais affaire au premier et croyant comme la majorité des hommes que j'apprendrai sur le deuxième en temps et en heure avec un spécimen sous les yeux. Le fait est que lesdits spécimens ne s'étaient jamais intéressés à moi non plus et que nos interactions s'étaient bien souvent arrêtées à « Vous êtes qui, déjà ? On se connaît au moins ? ». Mais j'avais dû apprendre-den. Ma rencontre avec Rakurai m'y avait obligé quand j'avais décidé de la prendre pour favorite et que j'avais senti que je ne pouvais plus faire marche arrière, surtout parce qu'un mur nommé Gorō Gō se tenait là et m'en avait empêché. Mais j'avais appris et j'avais dû le faire vite car tous les événements s'étaient enchaînés dans une précipitation folle-den. Je n'aime pas faire les choses sans avoir un minimum de connaissances et ce bien malgré tout le je-m'en-foutisme qu'on me prête. J'aime prendre le temps de comprendre, analyser, savoir, sans quoi il est bien difficile de soupirer, de dire que ce n'est pas important et que, oui, effectivement, je m'en fiche complètement-den. J'ai beau être fainéant, je ne peux pas m'empêcher d'en être un bon, qui correspond sommes toutes à la définition des livres.

C'est d'ailleurs dans les livres que j'avais appris l'essentiel des choses à propos des geishas-den. Il s'était révélé difficile d'en trouver sans aller directement questionner les okiya de Geki. Comme il n'y en avait aucun qui traitait du sujet dans mon échoppe favorite, j'avais dû trouver autre chose-den. Si je m'étais effectivement rendu dans le quartier des plaisirs pour ce faire, j'étais parvenu à esquiver l'exercice des questions en faisant la découverte d'un bazar dans une ruelle sombre et peu banale, où il me semblait que toutes les prostituées se rendaient pour faire l'acquisition de quelques nouveautés. On m'y avait regardé de travers dès qu'on s'était rendu compte de ma présence, aussi avais-je eu l'intelligence de m'y rendre incognito, c'est-à-dire sans le kimono fuchsia qui m'étais déjà associé-den. Je lui avais préféré ma tenue de recrue autrement plus sobre, celle-là même que je portais il y a des années pour couper les patates, sachant que tout le monde connaissait déjà mon nom à ce moment-là, quand bien même je n'étais le nouveau Taisho que depuis quelques heures et, qu'à défaut d'être capables de reconnaître ma tête dans la rue, on avait essayé de se souvenir de mon image par le biais de mes habits. Aussi, j'entendais déjà jaser tout autour de moi ; loin d'être mal à l'aise au sujet de mon expérience (ou plutôt de ma non expérience) avec les femmes, j'avais très vite compris à quelle allure l'opinion publique évoluait et quelles en étaient les répercutions, Gorō m'en ayant de suite mis en garde-den. Il était de ce fait facile de tromper tout le monde en troquant du violet criard et du jaune pour du gris et du blanc, surtout qu'aucune rumeur à mon sujet ne laissait croire que je possédais de tels accoutrements dans ma garde robe. J'avais l'allure du soldat flemmard que j'avais toujours été, ce qui m'avait de suite remis dans une attitude confortable et agréable, idéale pour farfouiller dans un tel foutoir sans me faire aborder – ce que personne ne faisait de toute façon-den.

Entre autres bouquins très explicites, j'étais tombé sur celui traitant du mizuage. Le temps jouant contre moi, j'avais été obligé de m'en repartir avec cet unique exemplaire dans les mains et d'aller sitôt rejoindre la troupe pour la cérémonie-den. Et si je n'avais eu que le temps de le feuilleter avant d'avoir à subir l'avènement, j'avais en revanche eu trois ans pour le finir et combler mes lacunes. Et je continuais encore à le faire chacun des jours qui passaient, sans que jamais personne ne soit au courant-den. Enfin, Gō l'était et me mettait une pression folle ; il passait son temps à me demander où j'en étais de mes découvertes et expériences, impatient sans doute d'apprendre que j'avais enfin... euh... mis la main à la pâte-den. Mais je n'étais définitivement pas pressé et toutes ces questions-là me passaient au-dessus de la tête. En parler était comme demander un peu plus de thé, ce que je fis d'ailleurs avant de répondre à la question de ma favorite-den.

Sans relever le regard, je sortis ma main droite de sa manche pour la passer dans mon kimono. J'en ressortis ledit livre, parcheminé d'une couverture évocatrice, à l'apparence aussi neuve qu'au moment où il avait été écrit-den. Me savoir à me promener tous les jours avec un tel ouvrage pouvait surprendre et susciter les questions. J'aimais l'avoir toujours sur moi lorsque je savais que j'allais me rendre au Lys d'été dans le soucis de devoir attendre l'arrivée et le service de la geisha sans occupation-den. Je respectais les livres bien plus que tous les vivants ennuyeux de cette ville, aussi préférais-je à leur compagnie celle des pages. Je le posai délicatement sur la table, devant les yeux de Raku avant de me gratter le torse pour laisser mon bras en écharpe dans l'ouverture du tissu-den. J'adoptais souvent cette attitude. Mon accident n'avait pas seulement engendré la perte d'une partie de mon visage ; je ressentais parfois des douleurs musculaires que seuls le repos et l'immobilité pouvaient résoudre-den. Ça ne m'empêchait pas de me fourrer un doigt dans l'oreille chaque fois que celle-ci me grattait, ce qui était le cas maintenant.
« Ce que j'y ai trouvé-den... Oh... des choses intéressantes-den. Ça m'a surtout permis de comprendre vôtre fonctionnement-den. Gratte, gratte... Mais je me pose une question, Raku-san-den. Comme tu es une geisha et que ce n'est pas moi qui t'aies permis de le devenir, et que je n'ai pas vu d'Ekubo-den... Je suis très intrigué par ton cheminement-den. Je remontai enfin mon œil sur elle pour lire son expression. La mienne n'exprimait rien. Pas de gêne ni aucun intérêt indécent. J'avais la même figure que d'habitude. Comme tu es jeune, j'aurai aimé savoir quand est-ce que tu es devenue geisha-den. »

J'avisai ma tasse de thé vide au passage, que je déplaçai aussi dans sa direction du bout des doigts, lui signifiant pour la deuxième fois que je souhaitais qu'elle remédie à cette peine.
Revenir en haut Aller en bas
Invité

avatar

Invité


MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Mer 24 Juil - 16:57

« Ce que j'y ai trouvé-den... Oh... des choses intéressantes-den. Ça m'a surtout permis de comprendre vôtre fonctionnement-den... Mais je me pose une question, Raku-san-den. Comme tu es une geisha et que ce n'est pas moi qui t'aies permis de le devenir, et que je n'ai pas vu d'Ekubo-den... Je suis très intrigué par ton cheminement-den. Comme tu es jeune, j'aurai aimé savoir quand est-ce que tu es devenue geisha-den. » 

Comprendre notre fonctionnement, ça m'étonnerai. C'était bien la personne qui nous comprenait le moins. Rien que le fait qu'il se trouve dans ma chambre PRIVÉE en ce moment, était une assez bonne preuve. Tout comme le fait qu'il parle de mon mizuage... Ça ne se faisait pas vraiment. Même chose pour mon 'cheminement'... Ça ne devait pas intéresser et encore moins intriquer, normalement. Mais contre toute attente, ça ne me dérangeait pas de lui en parler. Justement, j'avais l'impression d'avoir attendu trois ans pour tout lui raconter. Enfin, pas tout, bien sur, mais mes origines déjà... Pour commencer.

Puis ca me rappelait plein de souvenirs. Des bons et des... plus lugubres. Mais surtout des beaux souvenirs. Normal, quand on vient d'un autre clan, connu pour sa nature et sa beauté, pour enfin atterrir dans  un pays où il ne fait que pleuvoir. Pourtant, je ne peux pas râler, c'était bien le seul pays à m'avoir accepté tout de suite, sans trop de questions.

« Il y six ans, dans le magnifique Okaruto, je suis passée de petite maiko à belle geisha. Vous-êtes vous déjà rendu dans ce pays, Denbee-taisho ? Si oui, je crois bien que vous partagerez mon opinion sur sa beauté. Si non, je vous propose vivement de vous y rendre un jour... Si cela est possible, bien sur. »

Et qu'est ce que j'aimerai moi même y retourner. Sachant parfaitement bien que c'est complètement impossible. Enfin, y retourner pour un moment seulement, comme des vacances, pas pour toujours. Malheureusement, les geisha n'ont pas de vacances. Et même si on est libre de faire ce qu'on veut à partir de nos 30 ans... Je doute que ce sera bien vu en tant qu'héritière de la maison. Dommage.

« Là-bas, plus précisément à Noumu, l'hanamachi n'a rien avoir avec celui-ci.

Je souris en y pensant... Notre okiya – comme chaque okiya de Geki – faisait bien piètre image à côté de ceux du village des plaisirs. Bien plus grand et certainement plus beau... Il y avait de la concurrence dans chaque maison. Tellement de magnifique maiko pour un si petit village. On était entraînées comme nulle part ailleurs avant de devenir geisha. Tout ça rien que pour avoir une chance qu'on achète notre première nuit.

Il faut attendre des années avant même d'intéressé les hommes à son mizuage. Vu le grand nombre de maiko. Heureusement que j'avais la meilleure des grandes-sœurs, qui n'était autre que la légende de sa génération. Bref, avec son aide et le talent que je possédais déjà, il ne m'était pas plus compliqué que ça de trouver à qui donner un gâteau de riz. »

Je balançais mes cheveux par-dessus mon épaule, fière. Après tout, j'avais le droit de l'être, j'étais devenu geisha bien avant les autres maiko de mon age. Et vendue à un prix très intéressant. Avec un tel départ, l'hanamachi attendait beaucoup de la jeune Rakurai. Ca m'amusait de penser que les autres okiya étaient très certainement ravis que j'avais disparu de Noumu. Et surtout ravis – secrètement – que toute la maison avait brûlée, avec la plupart de ses belles femmes. Même si les jours qu'ont suivit le drame ils ont fait semblant de pleurer devant les cendres de l'okiya.

« Que savez-vous encore sur les geisha et nos fonctionnements, Denbee-taisho ? »

J'avais envi de l'embêter. Puis ça nous évitait de partir trop en détail sur ce qu'il s'était passé. J'aimais bien parler du temps passé à Noumu, mais je n'avais pas trop envi de lui raconter ce qu'il s'était passé après. L'incendie, le voyage jusqu'ici... Ce sera encore mensonge sur mensonge sur mensonge.  C'est bien plus sympathique de taquiner le taisho qui sait si peu du monde.
Revenir en haut Aller en bas
Denbee Eisei

avatar

Retiré

Messages : 689
Date d'inscription : 22/06/2013

Feuille personnage
Age: 29
Titre: Fainéant-taisho
Liens:

MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Dim 4 Aoû - 20:14

Je me décomposai sur place au fur et à mesure qu'elle parlait. On put carrément voir un ralenti de la surprise prendre d'assaut mon visage et, plus généralement, tout le reste de mon corps pour y établir un nouveau règne infini-den.

J'avais d'abord ouvert un œil plus gros quand j'avais entendu le mot « Okaruto » sortir de sa bouche. Ensuite, la mienne s'était élargie vers le bas quand elle avait parlé de voyage et avait fini en une magnifique ouverture béante où l'air n'entrait plus puisque je ne parvenais plus à respirer-den. Mon nez avait rendu les armes quand elle m'avait proposé de me rendre dans ce « pays » car il était le premier à savoir ce que ce genre de mot provoquait chez moi. Et la fin de son discours, une vraie apothéose, m'avait obligé à clouer ma main au rebord de la table pour ne pas tomber-den. Je tirai sommes toutes une mine de six pieds de long lorsqu'elle me demanda ce que je savais des geishas, chose que j'entendis à peine tellement mon oreille bourdonnait sous l'affluence d'informations nouvelles et d'excitation pure. Et je m'en contre-fichais éperdument-den. Quelque-chose d'autrement plus intéressant venait d'arriver. Quelque-chose d'exceptionnel-den ! Quelque-chose de grandiose-den !! Cette journée était magnifique-den !!!

Je mis cependant du temps avant de reprendre mes esprits ; il me fallut d'abord parvenir à comprendre ce qu'il se passait vraiment, là, tout de suite, maintenant afin de bien réaliser dans quelle position je venais de me mettre-den. J'en oubliai même l'existence de ma tasse de thé vide et pourtant j'avais cruellement soif. Je baissai la tête d'un air sombre sans rien dire, les doigts crispés sur le kotatsu-den. Je portai ma main libre à mon nez et l'y appuyai obligeamment, en prévention.

Et les pensées fusaient dans ma tête en même temps-den. Bon sang-den ! On avait déjà passé trois ans à se côtoyer quotidiennement avec ou sans le désir de se parler et je n'apprenais que maintenant qu'elle n'était pas de Kenshu !! Comment avais-je pu passer à côté d'une telle chose-den ??!! Moi qui m'étais targué depuis tout ce temps d'en savoir autant sur les clans étrangers, d'avoir appris dans les livres, de collectionner les poèmes, les calligraphies, les dessins, les peintures et plus encore de trucs divers et inutiles... Je n'avais pas été fichu de voir qu'elle n'était pas d'ici-den ! Et la coquine ne m'avait jamais rien dit-den !!! Pourtant... pourtant-den !!!! Je me crispai un peu plus en me disant qu'elle m'avait caché cette vérité malgré le fait qu'elle savait pertinemment ma passion pour l'étranger et plus généralement pour tout ce qui n'était pas de Kenshu. Tout le monde le savait-den ! Tout le monde savait que je détestais la pluie d'ici, l'orage et que je ne rêvais que de voir d'autres horizons, d'en apprendre plus sur le reste du monde et ainsi de suite-den... Et il m'avait fallu trois ans pour me rendre compte que ça faisait exactement trois ans que j'avais rencontré un membre du clan Okaruto avec lequel partager des histoires-den ????!!!!

Je me raidis sur place face à cette affreuse réalité. J'étais passé pour un imbécile depuis tout ce temps – je veux dire : plus que d'habitude-den. Je me sentais vraiment ridicule. Je me revoyais en train de lui parler de tout ce que j'avais lu à propos d'Okaruto et elle... elle... elle s'était foutue de ma poire pendant trois longues années-den !!!!! Je réprimai quelques spasmes nerveux ; si je me fichais bien de l'image qu'on avait de moi en règle générale, je me rendais compte que j'avais énormément de mal à accepter qu'on se fiche royalement de moi concernant ma passion secrète. ET C'EST CE QU'ELLE AVAIT FAIT-DEN !!! Mais je ne lui en voulais pas vraiment passées cinq bonnes minutes à essayer de me contenir en me répétant le vœu de non-violence que j'avais formulé et tout un tas de choses hautement idiotes censées recentrer le Qi que j'avais dû apprendre après mon accident. J'y parvins, lentement mais sûrement-den. J'avais l'impression de la sentir jubiler à côté de moi, heureuse qu'elle devait être de son petit effet de surprise. Je me mis à espérer vivement que Gorō Gō ne soit pas dans le coup-den. Malheureusement, à la seconde même où je me mis à le penser, je savais pertinemment qu'il le savait et qu'il avait peut-être programmé tout ça. Cette fois, je ne pus pas me retenir de laisser éclater un petit rire, désabusé, et me jurai de suite après d'aller lui rendre une petite visite-den.

Je relevai enfin la tête vers Raku. Un sourire contrit tirait mon visage-den. Je lâchai le bord de la table pour appuyer ma tête à ma main et regarder la jeune femme, avisant une nouvelle fois ma tasse toujours aussi vide sur le chemin. Je la pris pour exécuter ce que je n'avais jamais fait en trois ans ici, pas même le jour de la cérémonie qui me liait à ma favorite, soit : me servir moi-même-den. Et ce n'est qu'une fois que je revins, avec la lenteur qui m'était propre, que j'ouvris enfin la bouche pour lui demander avec la plus grande douceur de me parler un peu plus de Noumu, pourquoi pas de ce qu'il y avait de si différent entre les deux hanamachi qu'elle connaissait, des paysages, du temps et plus vraiment de son mizuage-den. Je ne tardai pas à la harceler de nouvelles questions. Et jamais aucunes sur elle ni sur les raisons qui l'avaient pousser à quitter son pays-den.
Revenir en haut Aller en bas
Invité

avatar

Invité


MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Lun 12 Aoû - 20:48

J'étais plutôt contente de moi même. Cela faisait 3 ans que je rêvais de le couper dans ses tirades sur les autres pays. Toujours à lire des livres du genre « les cinq choux différents de Keito » ou encore « Les 1001 légendes d'Hakuba ». Je savais bien qu'il avait une passion pour l'étranger, mais au grand jamais je n'avais imaginé une telle réaction. Qui aurait cru qu'une ancienne habitante d'Okaruto allait tant l'intéressé ? Enfin, non, ce n'est pas l'habitante même qui l'intéressait, bien sur, mais Okaruto même. Et j'en avais des histoires à lui raconter. Non seulement de Noumu, mais aussi d'autres villages. D'autres clans même !

Alors, après m'être remise de son action – c'est à dire se servir du thé, comme ca – et contente de ne pas avoir à parler de moi même, je racontais.

« Je dois dire que cela fait presque 6 – si ce n'est pas 7 – ans que je n'y ai plus mis les pieds! Alors bien de choses on très certainement changer...

Je racontais alors quelques histoires, connues à l'hanamachi de Noumu. C'était de loin le plus bel hanamachi de Yokuni. On avait l'impression d'y entrer dans un autre monde. Un monde magique presque. Plein de couleurs, des artistes qui montraient leurs talents, les meilleurs plats servit avec le meilleur saké, des belles femmes partout, de la bonne humeur... On ne s'y ennuyait pas ! Puis, si l'ambiance devenait insupportable, il suffisait de faire que quelques pas pour se rendre dans les plus beaux paysages du pays. Calmes, paisibles, avec une brume presque permanente pour quelqu'uns. Oui, Okaruto avait de quoi se vanter.

...Rien à voir avec Kenshu, qui est plutôt triste... Je crois que vous êtes d'accord avec moi là-dessus... Au fait, Okaruto est le contraire de Kenshu. Si Kenshu est plutôt réserver... Okaruto est extravagant... A sa manière. Pas comme Setsu par exemple...

Alors je lui racontais un peu plus des paysages que j'avais vu, comparant d'abord les différentes régions de Okaruto que j'avais vu. Ensuite en rajoutant d'autres paysages des autres clans. Eiichiro aussi avait de quoi se vanter. Setsu déjà moins. On ne pouvait pas comparer l'Est à l'Ouest. Kenshu est moche par rapport à Okaruto. J’oublie toujours pourquoi je me suis arrêtée ici finalement...

...Même le temps y est plus favorable qu'ici ! Si on oublie la brume, qui peut être un problème des fois, il n'y pleut pas du tout comme ici. C'est à dire, tous les jours. Trop humide Kenshu, si vous voulez mon avis ! »

Même le temps est triste ici. Vraiment, il n'était pas né dans le bon clan mon danna. En même temps, il était peut-être bien fait pour vivre dans un clan triste. Et puis, j'étais peut-être bien la seule a le trouver triste. Non, ce n'est pas possible...
Alors, comme mon danna avait une bonne oreille, pour ce sujet en tout cas, je continuais les histoires. Persuadée de le rendre très très jaloux en ce moment. J'étais contente. Pourquoi avoir attendu trois ans déjà ?

« Prenez-moi avec vous, si vous aller un jour à Okaruto ! »

C'était sortit tout seul de ma bouche et au lieu de changer tout de suite de sujet j'avais couvert ma bouche avec mes deux mains. Comme ci j'avais dis un truc absolument interdit... Ce qui n'était pas le cas. Mais j'étais gênée de m'être permise un telle chose et surtout surprise de moi même. Alors, me trouvant soudain très bête – pour aucune raison, vraiment – je me levai pour resservir du thé dans la tasse toujours aussi remplie de mon danna. Avec la soi disant excuse qu'il avait prit du thé froid au lieu du bon thé chaud. Je n'avais aucune raison d'être si gênée pourtant. Ces histoires de règles de geisha commençaient sérieusement à me rendre folle.
Alors que j'étais partie chercher le thé – laissant mon danna seul pour cinq bonnes minutes – je ne pu m’empêcher de rêver de mon ancien clan. Je m'étais interdite d'y penser, mais maintenant qu'on m'avait demandé – et presque supplier du regard – d'en parler... En détail. J'avais envi d'y retourner. Il fallait que j'y retourne ! Voulant me changer les idées, je me servis du saké, oubliant comme d'habitude que celui-ci ne me faisait plus effet. « A toi Tenin, parce que t'es belle. » Hop, petit toast dit, saké engloutit, j'étais bonne pour retourner dans ma chambre, où mon danna était toujours.

« Et voici le thé, j'y ai même rajouté votre kombu préféré, Denbee-Taisho. »
Revenir en haut Aller en bas
Denbee Eisei

avatar

Retiré

Messages : 689
Date d'inscription : 22/06/2013

Feuille personnage
Age: 29
Titre: Fainéant-taisho
Liens:

MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Mar 13 Aoû - 15:35

« Mmh... je  crois que je n'ai plus faim-den... » lui répondis-je une fois qu'elle fût revenue, le regard dans le vide.

J'avais encore ses récits dans la tête, rêveur, quoique perplexe sur ses sentiments vis-à-vis de Kenshu-den. Je partageais parfois son avis sur la tristesse du pays, surtout parce que j'avais passé ma vie ici et qu'à force de voir le même décor je m'en étais lassé. Je savais pourtant, sans vraiment me l'avouer à moi-même, que ma place était ici-den. J'avais l'impression, à moins de m'en être convaincu et persuadé à force de voir mes rêves s'éloigner de moi, désabusé que je devais être sans doute, que le Kami, celui-là même qui avait fait en sorte que j'entre dans l'armée et que j'en devienne le Général, ce Kami-là, celui qui jouait avec mon destin, lui voulait que je reste ici et que j'y fasse quelque-chose. Je doutais alors de pouvoir un jour quitter Kenshu autrement qu'en étant obligé de suivre le Seigneur dans ses entreprises-den. Ou à moins d'y être forcé par un quelconque stratagème perfide soigneusement pensé par mon Taisa. Il était tout à fait capable de m'envoyer à l'autre bout de Yokuni et de me faire passer pour déserteur-den.

Mais Kenshu restait malgré tout un beau pays quand on savait comment le regarder. Tout en reposant mon œil sur ma favorite, qui me paraissait se demander si j'étais malade puisque je boudais mon thé et mes kombu, je me demandais si elle avait eu l'occasion de mieux visiter le pays depuis son arrivée dans l'Okiya-den. Les geisha n'avaient pas vraiment le droit de sortir de leurs maisons ; c'est à peine si elles pouvaient se promener dans l'hanamachi plus d'une heure de temps. Je me savais en quelques sortes être le seul à pouvoir lui permettre de voyager et, à défaut de pouvoir l'emmener là où elle le souhaitait vraiment pour le moment, me prit soudainement l'envie de lui montrer ce que le ciel du grand Ouest avait de plus beau-den. Peut-être dans l'espoir de balayer la mélancolie de son visage. A moins que ça n'ait été par simple jalousie, histoire de prouver qu'ici aussi on avait de belles choses-den.

Je me levai donc une nouvelle fois pour me diriger vers la porte de sa chambre, sans rien dire. J'attrapai mon haori aux couleurs de Kenshu, sombre et paré ici et là de zébrures dorées que l'humidité et le manque d'entretien gâchaient complètement-den. Je le jetai sur la geisha puis pris mon ombrelle que j'ouvrai d'un coup de main avant d'aller récupérer ma pipe, non sans faire tomber quelques bibelots sur mon passage. Le bonzaï qui reposait dans mon sandogasa fut l'une de mes victimes et celle sur laquelle mon regard s'arrêta le plus longtemps-den. Je ne pris même pas d'air gêné, je restai absolument... nonchalant au milieu du foutoir que je venais de mettre dans la chambre.
« Oy-den. Il faudra le jeter si tu ne le replantes pas-den. » Lui dis-je seulement en désignant l'arbre tristement ramassé par terre avant de me diriger de nouveau vers la porte que j'ouvris cette fois-ci. On put entendre la musique des pièces adjacentes-den.
- Je ne sais pas si tu le sais, repris-je de ma voix fatiguée habituelle, mais il pleut dehors-den. Alors si tu veux venir, il vaut mieux que tu mettes mon haori-den. Et reste à côté de moi, je n'aimerais pas avoir à tenir cette fichue ombrelle en l'air pendant trop longtemps, c'est chiant-den... Je m'enfonçai encore le doigt dans l'oreille, toujours aux prises avec une réflexion difficile et lente. Habille toi-den. Je t'attends dehors-den. »

Et je sortis effectivement pour l'attendre, tout en fumant ma pipe, le manche de l'ombrelle coincé derrière mon coude toujours en écharpe dans mon kimono-den. Elle allait certainement me trouver bizarre. Elle m'avait de toute façon toujours trouvé bizarre-den. De mon côté, plus j'en apprenais sur elle, plus j'étais content de l'avoir pour favorite. Je l'avais d'abord choisi pour son surnom : « coup de foudre »-den. Bien plus original et marrant que toutes les « Princesse du Lys bleu ». Puis j'avais appris à vivre avec son caractère et sa personnalité pas toujours faciles à supporter, quoiqu'ils lui faisaient parfois avoir des réactions amusantes-den. J'apprenais à présent qu'elle était étrangère, qu'elle avait beaucoup voyagé... Malgré son jeune age, elle devenait de plus en plus intéressante et intrigante à mesure que les années passaient. Et quelque-chose me disait que je n'avais pas fini d'en découvrir à son sujet-den. Lui offrir le privilège de monter sur la muraille de Geki et de voir comment naît le fameux orage de pluie si « triste » de Kenshu était la moindre des choses que je pouvais faire pour elle. Il n'y avait rien de plus captivant à Geki-den. A part peut-être ses geisha étrangères-den...


Dernière édition par Denbee Eisei le Jeu 15 Aoû - 0:35, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité

avatar

Invité


MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Mar 13 Aoû - 22:35

Je savais très bien que ma question était plutôt soudaine, mais certes pas déplacée ! Et jamais je n'aurai cru qu'il refuse du kombu... Ça l'avait tant contrarier ? Au point de carrément partir d'ici ? Je ne pus cacher que j'étais déçue. Ce qui ne dura pas longtemps, car il me prit par surprise en me jetant son haori à la figure. Me débattant tant bien que mal avec le bout de tissus je voulais lui crier dessus – comme d'habitude – que je n'étais pas sa bonne à nettoyer tout ses vêtements et qu'il devait arrêter de me le demander, mais... Il ne le demandait pas. Alors je me tus et je le regardais foutre le bordel dans ma chambre. De plus en plus surprise.
Ça faisait longtemps que je n'avais pas sentis tant d’émotions en seulement cinq minutes. Car après la surprise vint l'amusement. J'étais contente de mon coup avec le bonzaï. Non seulement parce que j'avais eu l’occasion de me venger, mais surtout... Ah, on s'en fout ! J'étais contente de moi et c'est le principale. Je voulais lui répondre d'un ton bien sarcastique qu'il ne devait pas se faire du souci pour l'arbre, mais il avait été plus rapide, m'invitant à le suivre. On partait pour Okaruto ? Ce n'était pas possible. Il m'aurait fallu deux jours pour ramasser toutes mes affaires avant d'y aller. Je n'étais pas prête. Et puis... Il n'avait pas du boulot à faire ? Il pouvait se permettre de partir – juste comme ça – en vacances vers un autre clan ? Oubliant un moment mes manières de geisha je le regardais, incrédule, la bouche ouverte. Pas sexy !

« Habille toi-den. Je t'attends dehors-den. »

Au lieu de lui répondre ou de m’exécuter tout de suite, je restais assise, comme je l'étais depuis que j'avais posé le thé sur la table. Incapable de faire deux choses à la fois, j'étais trop occupée à me demander ce que je devais faire. Peut-être que c'était une blague, une vengeance pour son sandogasa... On partait vraiment pour Okaruto ? Non, c'était impossible, il l'aurait laissé savoir. Alors on allait où ? Enfilant le haori en vitesse, je me regardais dans le miroir. Heureusement que je m'étais faite belle avec Miharu, aujourd'hui. Remettant quelques mèches rebelles derrière mes oreilles je partis ensuite vers la porte. Puis retourna en arrière, dans ma chambre – direction le couloir où se trouvaient les autres geisha – pour demander à une petite shikomiko de ranger ma chambre et replanter le bonzaï dans le jardin. Mon petit plan avait fonctionné et il serait bien mieux dehors.
Enfin prête, je sortis de ma chambre et y enfila mes sandales-casse-pieds.  Mon danna était toujours là, en train d'attendre patiemment  Quelque part il me surpris une nouvelle fois, j'avais eu peur qu'il serait déjà partit, marre d'attendre. Me voyant arriver il remonta un peu l'ombrelle et la tint pour nous deux. C'était bien la première fois que je le voyais si galant. Alors je posai ma main à l'intérieur de son bras, pour être sure d'être bien à l’abri de la pluie et le suis.

Dans la ville, surpeuplé alors qu'il pleuvait – mais comme il pleut bien trop souvent, plus personne n'y prête attention – plusieurs réactions à la vue du taisho. Ce n'était pas du tout comme se promener avec Miharu. Quand on n'était que deux, on attirait le regard de tout les hommes, jeunes et vieux. Il y avait même des femmes qui ne pouvaient s'empêcher de regarder. Certes pas avec la même admiration que les hommes, celle-ci cachée par la jalousie et le dégoût pour certaines ignorantes. Marcher au bras de mon danna, c'était intéressant. Pas grand monde avait l'air de remarquer que c'était le taisho. Il y avait même des gamins qui couraient vers leurs mamans parce que « Maman ! Maman ! La madame elle marche avec un fantôme ! Son ombrelle elle vole toute seule ! ». En plus de se faire bousculer pas mal de fois. De mon côté je n'avais pas ce problème, mais je me souvins de notre première rencontre et alors surtout notre cérémonie, où je m'étais assise à côté de la mauvaise personne, ayant complètement oublié son visage. Il me fallu plusieurs mois pour m'y habituer. Je me souvins aussi comment je me saisissais tous les jours les premières semaines. Il avait tout de suite pris l'habitude de se rendre dans ma chambre. Alors il arrivait qu'il était déjà la durant des heures, sans que je le remarque. Imaginer le stress quand vous pensez être tranquillement en train de vous peigner les cheveux et qu'une voix – sortie de nul part – vous demande du thé aux algues. Où encore, quand vous voulez vous asseoir dans votre fauteuil, mais qu'il y a déjà quelqu'un dedans. Alors je pouvais comprendre que pour certains, c'était comme ci je me promenais seule. Pourtant il y en avait – peu, certes, mais quand même – qui le reconnaissaient. Ma présence les choquait tellement qu'ils n'osaient pas venir lui adresser la parole. Que faisait le taisho avec une femme ? Pas que c'était interdit, au contraire... Mais le taisho de Kenshu n'était jamais aux côtés d'une femme ! Geisha ou simple civile... Jamais !
Amusée par les différentes réactions, je regardais partout au tour de moi. Me demandant aussi où on allait. L'idée de se rendre à Okaruto avait finit par quitter mon esprit. On ne se rendait pas vers les portes du village. Alors où allait-on ? On n'avait pas encore marché longtemps, mais on marchait lentement. Mes sandales-casse-pieds m'y obligeant. Gauche droite gauche droite, les rues devenaient des ruelles et on finit par s'arrêter devant une petite maison pas très... Belle ? Je tournai la tête vers mon danna, curieuse de ce qu'on faisait ici.

« Denbee-taisho ? Où allons-nous ? »
Revenir en haut Aller en bas
Denbee Eisei

avatar

Retiré

Messages : 689
Date d'inscription : 22/06/2013

Feuille personnage
Age: 29
Titre: Fainéant-taisho
Liens:

MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Sam 17 Aoû - 14:44

J'avais gardé contenance tout le long du chemin jusqu'au poste de garde secret-den. Je m'étais habitué aux bousculades et aux remarques depuis longtemps. Les gens avaient arrêté de faire attention à moi dès que j'avais atteint l'âge ingrat et, bien que j'avais essuyé des moments de tristesses et de dépressions indicibles quand j'avais réalisé à quel point je restais invisible aux yeux des femmes, je m'étais fait une raison et subissais depuis ces aléas de la vie sans broncher-den. Je ne peux strictement rien y faire de toute façon ; je ne suis pas ce genre de Taisho qui font s'éventrer les pauvres gens qui ne leur brossent pas les waraji avec les sourcils. Je m'étais donc tout simplement contenté d'avancer au même rythme que ma favorite, qui, par chance, se révélait être aussi lent que le mien, et avais seulement lâché des « ce n'est rien-den » chaque fois qu'on me rentrait dedans, quand bien même les gens ne se rendaient pas compte qu'ils venaient de percuter et de manquer faire tomber le Général de Kenshu. Heureusement pour mon pauvre corps frêle, nous avions rapidement rejoint les petites ruelles sinueuses et boueuses où aucune âme, mis à part celles qui trouvent dans l'obscurité des opportunités d'enrichissements exceptionnelles, ne se promenaient vraiment-den. C'est dans ce calme-là que j'en vins à être un peu déçu, quand même, de ne pas me faire plus remarquer par le monde avec une femme comme Rakurai au bras. Si même une geisha de son calibre ne parvenait pas à interloquer les gens de ma présence à ses côtés, alors personne n'y parviendrait jamais-den. Pourtant... pourtant, le jour de nôtre cérémonie... enfin... non... pas tellement... mais... enfin... on n'avait pas été jusqu'à me prendre pour un yokai-den... Il faut dire que mon prédécesseur avait bien aidé à ce sujet aussi-den... il avait passé son temps à rappeler à tout le monde que j'étais là, bien présent, que mon nom était Denbee, que j'étais le nouveau Taisho et qu'il fallait bien concentrer son regard entre le cerisier et la jeune demoiselle pour me voir. J'avais apprécié l'intention-den... plus que les gestes faussement discrets au-dessus de ma tête.

Je soupirai mentalement en me remémorant ce souvenir qui faisait partie intégrante des moments où j'avais été visible et absolument ridicule en même temps-den. Je redonnai par ailleurs mon attention à ma favorite pour esquisser un léger sourire en guise de réponse à sa question. J'ouvrai ensuite la vieille porte de la maison insalubre sans rien dire et refermai l'ombrelle avant d'entrer dans l'obscurité de la bâtisse-den. C'était une petite pièce où l'humidité avait fait son nid et rien, mis à part une lanterne posée à même le sol, ne laissait croire à de la vie ici. Il y avait pourtant quelqu'un dans cette atmosphère poussiéreuse et fraîche, qui puait le moisi et le laissé en décrépitude, assis contre un des seuls murs encore en état de supporter la toiture-den. Je m'éclaircis la gorge pour ramener le samouraï à l'éveil puis le félicitai de son travail, lui évitant le supplice des excuses toutes faites :
« Je vois que vous tenez bien votre nouveau poste, Samo-san-den (j'appelais tous les samouraïs “Samo”, c'est plus facile à retenir). Je suis au moins sûr que les murs ne tomberont pas avec le soutient que vous leur apportez-den. Félicitations-den. » Il bégaya quelques pardons maladroits et se rendit finalement compte de la présence de Raku. Ses yeux se reportèrent sur moi qui avisais déjà la bouteille à côté de lui-den.
« On ne fait que passer, ne vous inquiétez pas-den. On ne va pas vous déranger-den. Je m'approchai doucement en pointant le récipient du doigt. C'est ça qui vous aide à rester éveillé toute la journée, Samo-san-den ? Vous permettez que je vous l'emprunte-den ? Je n'ai pas l'impression que ça fonctionne très bien-den. » Je lui souris amicalement et pris l'objet pour m'en débarrasser dans les mains de Raku. Je demandai ensuite au brave guerrier si son coéquipier avait lui aussi eu des difficultés à rester éveillé et nous emmenai ensuite vers le couloir de la maisonnée-den.

Le seul moyen que nous avions de ne pas nous perdre dans la noirceur de l'endroit était une petite lueur au fond, à côté de laquelle on devinait un deuxième homme, debout celui-ci, qui s'inclina sitôt qu'il me reconnut. Nous échangions à nouveau quelques mots, suite auxquels il nous ouvrit la porte qu'il gardait et qui donnait sur un escalier en pierre brute. On aurait pu le croire sculpté à même une grotte, et c'était un peu le cas si on se perdait à imaginer que la grande muraille de Geki en était une-den.

Bien que plus humide et froid que la maison, l'intérieur de la muraille se trouvait être plus éclairé. Des torches vives s'agitaient sur notre passage et nous guidaient vers la sortie : le sommet inaccessible de la grande muraille-den. J'arrêtai Rakurai avant d'ouvrir la trappe qui donnait sur l'extérieur et la regardai intensément.
« Si tu parles de l'existence de cet endroit à qui que ce soit ou tout simplement de ta venue ici-den... Je serai dans le devoir de te faire exécuter-den. Et comme elle me sembla choquée par mes mots, incapable de prendre la mesure du vrai et du faux, je lui souris tout en tapant sur le bois avec l'ombrelle et ajoutai :
C'est malheureusement l'une des options que je devrai considérer si des rumeurs se répandent au sujet de geisha sur la muraille-den. »

Un autre Samo-san nous questionna au travers d'un judas dans la trappe et je demandai à ma favorite de se boucher les oreilles tandis que je donnai le mot de passe-den. Nous montions peu de temps ensuite pour nous retrouver sur le plus haut sommet de toute la capitale. Il n'y avait pas d'endroit plus élevé à Geki-den. Il n'y en avait pas de plus impressionnant, de plus brut ni de plus protégé, surveillé, défendu ni admiré. J'invitai une nouvelle fois Raku à me suivre pour aller nous arrêter sous un poste de guetteurs protégé des intempéries et posai enfin les coudes sur le mur de pierre que la pluie avait soigneusement poli depuis des années-den. Je soufflai silencieusement cette fois encore, laissai ma pipe de même que l'ombrelle sur le parapet et mes yeux se perdre dans l'horizon sans fin.
« Ça ne devrait pas tarder maintenant, dis-je au bout d'un moment. J'inspirai l'air vif de ces hauteurs et commençai un semblant d'explications sur les raisons de notre venue ici : Je crois que j'ai toujours voulu voyager-den. Enfin... non-den. Pas vraiment-den. C'est trop fatiguant et puis je n'ai pas vraiment confiance en les chevaux-den. J'ai toujours fait en sorte d'être de corvée de cuisine pendant les cours de monte-den. Il serait peut-être plus juste de dire que j'ai toujours voulu voir autre chose que Geki-den. Je fis une pause le temps de chasser de ma tête toutes les images déprimantes que la ville m'évoquait. J'y avais passé l'intégralité de ma vie-den. Je la connaissais par cœur, si on oubliait les quelques chemins que je me refusais à reprendre et desquels je gardais pourtant des visions floues, troubles et désagréables.
- Malheureusement, expirai-je, le Kami en a décidé autrement-den. Je souris amèrement. Jiji-san m'a fait intégrer l'armée et il a voulu que je devienne Taisho-den... J'imagine que je pourrais partir si je le souhaitais vraiment, non-den ? C'est ce que je n'arrête pas de me dire depuis... un moment-den. Enfin... j'inspirai une nouvelle fois : Quand il a été trop tard pour apprendre à monter à cheval, je suis venu ici-den. Et j'y reviens chaque fois que l'envie d'abandonner Geki me prend-den. J'aimerai que tu voies pour quoi-den. »
Revenir en haut Aller en bas
Invité

avatar

Invité


MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Dim 8 Sep - 19:16

Le fait qu'il ne réponde pas à ma question, me rendit encore plus curieuse. C'était bien la première fois qu'il m'emmenait quelque part. J'avais abandonné l'idée du voyage improvisé à Okaruto pour faire place a des pensées les unes plus dingues que les autres. Qu'est ce qu'on venait faire dans ces petites ruelles ? Dans une cabane à moitié détruite par le moisi... Ça avait tout d'un endroit très louche. En plus il avait répondu a ma question avec un sourire. Ça voulait dire quoi ca ? Ce n'était pas rare les histoires de femmes kidnappées, vendues en tant qu'esclave à des seigneurs louches de régions reculées de Yokuni. Mon danna était capable de faire ça ? Je n'aurais pas dû critiquer son clan. Où bien il me prenait pour une espionne d'Okaruto et allait m’exécuter ? J'aurais dû tenir ma langue. J'avais lâché son bras avant d'entrer dans la maison à contre cœur. Ce n'est qu'en voyant le garde bafouiller devant son taisho que j'avais cessé de me faire de drôles d'idées de kidnapping. Mais je n'étais toujours pas à mon aise (l’exécution restait possible).

C'était la première fois que je voyais mon danna en vrai taisho. Il savait parler a ses soldats. Jamais je ne lui avouerai que ça m'étonnait. Pour moi, c'est le fainéant-taisho... Je ne le voyais pas du tout comme un vrai général. J'arrêtai mes réflexions quand il me passa la bouteille du samouraï. Ne sachant pas quoi en faire je la tins à deux mains, loin de moi. Hors de question qu'elle salisse mon kimono, on ne sait pas où ça a traîné avant !
Ne sachant toujours pas où il m'emmenait, je me contentais de sourire gentiment aux gardes qu'on passait. Tous me regardaient un peu bizarrement, ne sachant sûrement pas ce qu'une geisha faisait ici. Où ne comprenant pas ce qu'une femme faisait avec le taisho tout simplement. Ou une combinaison des deux peut-être. Je ne me sentais toujours pas à l'aise. Non seulement a cause de ces gardes, mais surtout parce qu'il faisait si sombre dans cette maison. (Les exécutions se faisaient toujours dans le noir comme ça?) Puis je n'aimais pas ne pas savoir où j'étais. De peur d'être laissée seule dans l'obscurité de la maison humide, je suivis le taisho de très prêt. Les mains au tour de mes bras, tirant à l'haori qu'il m'avait prêté. Tout, pour ne pas attraper son bras comme une gamine. Depuis quand j'avais peur du noir, sérieusement ? Non non, j'avais juste un peu froid à cause de l'humidité, pour ça que je me fais un câlin toute seule, bien sur.

Même si l'escalier était mieux éclairé, ça ne rendait pas les choses plus agréables. Cette fois ci je devais me concentrer comme jamais pour monter les marches sans glisser ou tomber. Pourquoi il y avait tant de marches ? Je ne me souviens pas d'une tour aussi haute à Geki pourtant. Alors que j'avais tout fais pour ne pas toucher les murs sales, je ne pus m’empêcher de m'y appuyer quand on s'arrêta enfin, j'étais essoufflée.

« Si tu parles de l'existence de cet endroit à qui que ce soit ou tout simplement de ta venue ici-den... Je serai dans le devoir de te faire exécuter-den... C'est malheureusement l'une des options que je devrai considérer si des rumeurs se répandent au sujet de geisha sur la muraille-den. »

Je le regardais. Non, je le fixais de mes grands yeux devenus énormes, qui menaçaient de tomber de leurs orbites. De tout ces trois ans il n'avait jamais dit une telle chose. Etait-il sérieux ? J'avais du mal à le croire, pourtant, je sais déjà que je n'oserai jamais le défier en parlant de cette journée a qui que ce soit. Il ne devait non plus pas me demander deux fois de me boucher les oreilles, je m’exécutais en une seconde. Finalement il devenait une toute autre personne quand il se prenait pour le taisho. C'est presque flippant.

Arrivée tant bien que mal – surtout mal – sur la muraille, je restais debout sans bouger, reprenant mon souffle. Je ne connaissais personne qu'avait un jour été sur la muraille. Même si je suis persuadée que Gorõ-sama avait aussi emmené okâsan ici, dans leur jeunesse, sans aucun doute. La vue était époustouflante et me fit tout de suite oublier la maison humide et l'escalier dangereux. J'étais tellement prise par ce que je voyais que je n'avais même pas remarqué que je tenais encore cette foutue bouteille. Pire encore, je la serais contre mes beaux habits. Alors que je la posais par terre, me demandant pourquoi je l'avais toujours en mains et comment j'étais monté jusqu'ici avec, je me retournai vers mon danna.
J'étais habitué à le trouver bizarre. Mais cette fois-ci il était vraiment bizarre. Pas lui-même ! Il n'avait pas l'air dans son assiette et j'y étais sûrement pour quelque chose avec mon discours sur les différents clans. Je n'avais rien répondu a ce qu'il venait de dire, mais était surtout curieuse de ce qu'il voulait que je vois. J’avançais alors jusqu’à me trouver a ses côtés, posant ma main sur son bras. Depuis le début de notre promenade jusqu'ici j'avais senti l'irrésistible envie de le tenir. Une fois pour ne pas tomber, l'autre fois de peur et maintenant... Pour je ne sais quelle raison, mais je me sentais bien comme ça. Ne sachant toujours pas ce qui allait se passer je fixais les nuages noirs, au loin, qui grandissaient de plus en plus.
Revenir en haut Aller en bas
Denbee Eisei

avatar

Retiré

Messages : 689
Date d'inscription : 22/06/2013

Feuille personnage
Age: 29
Titre: Fainéant-taisho
Liens:

MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture Dim 15 Sep - 20:58

Je regardai la main sur mon bras avec étonnement avant de détourner vivement la tête-den. J'entendais déjà les gloussements lubriques de mon prédécesseur et l'imaginais m'assaillir de clins d’œil entendus dès lors qu'il aurait appris notre venue ici. Il l'apprendrait forcément ; il finissait toujours par tout apprendre quand il ne s'inventait pas des histoires-den. Je sentais par ailleurs le rouge me monter au visage et une chaleur toute particulière me prendre bien malgré la fraîcheur que nous offrait ce surplomb. Une sensation familière qui n'était pas vraiment due à un contact féminin-den. Ou peut-être que si... le fait est que j'étais plus souvent venu ici que je n'avais enlacé de demoiselles, alors... Alors je reportai mon attention sur le ciel en face, malaise et images embarrassantes chassés par la masse de nuages qui coupaient la silhouette de la montagne où ils se ressemblaient à présent-den. L'orage n'en était qu'à sa couvée, si bien qu'on pouvait voir tout un échantillon de teintes de gris défiler dans la coupole, évoluer vers des nuances plus sombres, grossir dans les nues comme une tâche d'encre dans une coupelle d'eau. Je sentais déjà l'air s'alourdir et monter en tension alors que les voiles de cotons se tenaient encore loin-den. Mon propre épiderme m'assurait que l'atmosphère se galvanisait bel et bien, ce qui m'obligea à libérer mon bras de la prise de Raku pour remettre de l'ordre dans ma chevelure qui avait tendance à se mettre à la verticale à mesure que l'orage s'approchait et grossissait.

Je posai l’œil sur ma favorite, inquiet de connaître ses impressions, quand le vent se leva et vint agiter de saccades la structure de l'abri sous lequel nous nous tenions-den. La toute première lueur fulgura à l'intérieur d'un monticule, sembla se réverbérer dans toute son immensité jusqu'à ce qu'on ne puisse plus la voir. Le tonnerre gronda peu après-den. Et la pluie redoubla sur le monde devant nous. Nous n'entendions que le bruit du vent ; le calme avant la tempête littérale-den. Je souris, la main toujours plantée sur le crâne.
« Il semblerait qu'aujourd'hui... »
Le vent avala la fin de ma phrase dans un mugissement lugubre. L'ambiance était tout autre à présent, curieux mélange que seule la nature était capable de produire, entre beauté et puissance voltaïque-den. On ne voyait plus la montagne. On ne voyait plus le soleil-den. On ne supposait sa présence qu'à cause des quelques rayons qui perçaient la nébulosité comme autant de regards que portait Gekigami sur ses terres. Le ciel était abandonné aux nuages qui avançaient à une allure folle-den. Les regarder donnait le vertige et l'impression que le monde tournait, que le temps accélérait en nous laissant-là, en dehors de toute prise.

Je redescendis la main sur celle de Rakurai, des fourmillements plein les doigts-den. Je lui intimai ensuite de fermer les yeux alors que les éclairs illuminaient les nuages en quasi-permanence. J'en fis de même de mon côté et me tins droit pour prendre une plus grande inspiration de l'air brassé et humide qui nous venait-den. La pluie redoubla de nouveau, si bien que le bruit des gouttes sur la toiture au-dessus de nous semblait être celui de cailloux. Le ciel gronda une nouvelle fois, plus fort, plus proche aussi et je serrai la main de ma favorite avant d'éternuer-den. Et d'éternuer. Et d'éternuer encore-den. Je marmonnai quelques inepties, alors, avant de laisser Raku pour m'enfoncer les deux bras dans le kimono et trembloter pitoyablement. Les premiers éclairs zébrèrent le levant quand je lui signalai que j'allais me rendre au poste de la vigie, au chaud-den.

Je me détestai, moi et mes idées stupides, tout en me dirigeant d'un pas extraordinairement rapide vers ledit poste qui surplombait la muraille. Ce n'était pas pour rien que je ne sortais jamais sans mon haori ; je tombais malade quasiment chaque fois que je l'oubliais, à coup sûr-den.

Pipe en bouche, je me pressai dans l'encadrement de la porte en attendant qu'on m'ouvre, claquant des dents. J'avais laissé l'ombrelle à la charge de ma favorite que je ne pressai pas de me rejoindre et que j'observai, en outre, sur ce fond déchiré que nous offrait le ciel. L'anarchie dans laquelle elle se tenait, les flashes de lumière bleue, le rideau de pluie, le vent qui balayait le tout à l'unissons la rendaient particulièrement...
« Taisho-sama ?
… particulièrement...
- Taisho-sama ? Tout va bien ?
… vraiment...
- Euh... Vous êtes tout rouge et vos cheveux pointent vers le ciel, Denbee-Taisho. Vous avez besoin d'aide ?
- Un thé-den. 'besoin d'un thé-den. »

(Je me jetai à l'intérieur de la bâtisse à peine eus-je pris conscience que la porte était ouverte-den. C'était un huis-clos étroit étonnement haut de plafond. On avait eu la bonne idée de réfléchir avant de le bâtir-den. On avait dû réaliser que pour mieux surveiller les alentours mieux valait se tenir en hauteur, ainsi le poste de garde de la muraille dérogeait-il à la règle millénaire des toits à se casser la nuque par terre de tout Geki. Je m'installai au milieu de la pièce après avoir constaté la propreté des lieux-den. Tandis que Samo'-san s'afférait à la préparation du thé, je m'enlaçai et m'enfonçai dans mon kimono détrempé en essayant de faire revenir un peu de chaleur dans mon corps. On a beau venir d'une contrée orageuse, quand on a passé sa vie dans des couvertures, le climat fait toujours des dégâts-den.
"Vous avez fait le ménage avant de me faire entrer-den, reniflai-je quand on me remit la précieuse boisson fumante. Elle était presque brûlante-den.
- Euh... évidemment, Taisho-sama.
- ... C'est bien-den. Je me blottis, en vain, autour de la tasse. Parfois je regrettais de ne pas être un ver ou une limace, bref, n'importe quoi qui aurait pu s'enrouler autour d'une source de chaleur aussi petite que l'était le récipient que je tenais maintenant-den. Il y a une femme dehors-den... Peut-être pourriez-vous la raccompagner discrètement chez elle avant qu'elle ne tombe malade, Samo'-san-den.
- Bien, Taisho-sama."

J'attendis d'être sûr qu'il fût bien parti pour ressortir le carnet du mizuage que je ne quittais jamais. Si la peur de l'ennui était la raison pour laquelle je me promenais avec chaque fois que je rendais visite à ma favorite, elle n'était en vérité pas la seule-den. En tournant les pages dans le bruit fondu de la tempête du dehors, je sentais le pourpre me reprendre les joues à mesure que mes doigts approchaient de la reliure en cuir.

J'y trouvai, enfoncé maladroitement dans un coin, la petite reproduction de la peinture de notre cérémonie-den. Y figurait évidemment Rakurai, habillée de la plus belle façon qu'il soit. J'avais bien sûr rencontré des femmes, en partie à cause de mon prédécesseur, mais en regardant cette réplique du seul souvenir de ma rencontre avec elle, je ne pouvais m'empêcher de me dire qu'elle était définitivement la seule à trouver place dans ce cœur plein de fainéantise et de désintérêt qui était le mien-den. Ceci n'avait évidemment rien à voir avec le fait qu'elle venait d'un autre clan. Tout comme son age, au fond, tout au fond, c'était une variable "bonus"-den. Un "bonus" qui coûtait cher en kimono, chausses et autres bêtises, certes, mais le bonheur n'a pas de prix, aussi stupide soit-il. Le mien l'était particulièrement en sa présence, me fis-je remarquer en sirotant mon thé déjà froid-den.

Samo'-san était déjà de retour avec mon haori et la nuit déjà tombée quand je me décidai enfin à ranger le livre et à rentrer au quartier général.

En repassant sous l'abri où nous nous étions tenus, je m'arrêtai pour regarder le ciel sombre tranché en deux par les nuages-den. Si je savais que le temps passait vite lorsqu'on s'éperdait à observer les belles choses - après tout j'étais un expert en perte de temps-den -, je ne savais pas en revanche qu'il le faisait aussi pour les belles personnes. Rakurai méritait sans doute plus q'un hanamachi et une muraille sous la pluie-den. Je n'avais pas besoin d'en connaitre plus sur son passé et les conditions médiocres de son présent pour l'aider à se forger un bel avenir... Enfin-den ! Si compté qu'un Taisho aussi stupide que moi pouvait lui servir à quelque-chose.)
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: {Terminé} Ne jamais se voir en peinture

Revenir en haut Aller en bas
 

{Terminé} Ne jamais se voir en peinture

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Roulotte dela peste maison!
» Je pensais ne jamais te voir ... [PV Prédictions Macabres]
» Pokemon Jaspe.
» [Terminé] Un bon petit film [Emma]
» 101 TH AIRBORNE (Armée terminée en 1 semaine de quickpainting)


Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
-
..
..
...
...
..
..
...
.
..Robin Hood : Les Mystères de Sherwood...Ewilan RPG..
....La Sérénissime..