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 Visite impromptue

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Maeda Ryohei

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Kuge

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MessageSujet: Visite impromptue Ven 26 Juin - 17:45


Ite
Début de l'année 34

Comme on aurait pu s'y attendre, Ryohei s'était perdu dans le dédale des rues de la capitale. Il s'était éclipsé de sa grande demeure pour accomplir une tâche bien précise et avait réussi à se dérober aux yeux de ses domestiques. Bien qu'il appréciait toujours leur compagnie, il se lassait bien vite de leur inquiétude constante et ne supportait plus qu'on ne le laisse jamais rien faire par lui-même. Maintenant qu'il n'était plus un enfant, tout ce qu'il désirait, c'était la compagnie d'amis avec lesquels il aurait pu faire mille choses amusantes. Mais malgré l'immensité de la ville et à son plus grand regret, il ne connaissait presque personne.
Devant lui se dressait toujours une multitude de choses inconnues et, émerveillé, il s'était laissé attirer de-ci de-là, comme un papillon, oubliant pour un moment la raison de sortie.

Observer les gens déambuler autour de lui était un réel plaisir. Il en voyait certains s'affairer et parcourir les rues d'un pas pressé, d'autres étaient plus tranquilles, en petits groupes, ils discutaient pour se rendre quelque part. Il y avait aussi des bushi revêtus de leur belle armure, sur leur côté un sabre était sagement rangé. Ils étaient si beaux que Ryohei aurait aimé que le temps se fige pour qu'il puisse les dessiner mais ils lui rappelèrent plutôt qu'il était temps de retrouver son chemin.

En début d'année, le froid était terrible et il n'avait autrefois presque jamais l'occasion de sortir. Mais cette fois, il était bien déterminé à braver ses démons, rien n'aurait pu lui faire changer d'avis. L'anniversaire de son frère allait bientôt arriver et, tellement admiratif devant sa brillante ascension, il tenait plus que tout à lui offrir un cadeau bien personnel.
Il avait pour cela besoin de l'aide de quelqu'un, n'étant lui-même habile de ses mains que pour manipuler un pinceau. Sans qu'il ne sache trop pourquoi, il avait tout de suite pensé à Kanzen, un jeune homme qu'il avait rencontré une fois, et brûlait maintenant d'envie de mettre son projet à exécution.

Marchant d'un pas léger mais un peu lent, il s'arrêta plusieurs fois, demandant une direction à un commerçant ou un passant, n'ayant jamais acquis le moindre sens de l'orientation. Chez lui, il aurait pu se promener les yeux bandés tant il connaissait les lieux mais ici, tout était si vaste qu'il en avait presque le vertige.
Au bout d'une bonne heure de tâtonnements, il finit par arriver devant la porte tant recherchée. Il avait dû tellement marcher qu'il ne se sentait plus très bien maintenant et usa de ce qu'il restait de ses forces pour frapper à la porte. Quand on ouvrit, on put nettement voir un jeune homme tremblotant légèrement et aussi blanc que la neige.

― Bon... bonjour, je me nomme Maeda Ryohei. Je souhaiterais rencontrer Fukyuu Kanzen, murmura-t-il d'une voix faible.

Un frisson le parcourut et il se rendait compte qu'il grelottait de froid. Quel idiot ! Il allait encore être malade. Heureusement, on eut pitié de lui et on le laissa rentrer, lui demandant seulement de patienter un instant. Ryohei se retrouva à nouveau seul et un peu déstabilisé, c'était bien la première fois qu'il osait ce genre de chose.


Dernière édition par Maeda Ryohei le Dim 12 Juin - 16:58, édité 1 fois
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Taii

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MessageSujet: Re: Visite impromptue Ven 3 Juil - 11:36

Au cœur du jardin central de la vaste demeure des Fukyuu qui avait autrefois abritée Shizue-dono elle-même, le kuge respirait l'air le plus frais qui soit en tout Yokuni, du moins, si l'on escomptait celui raréfié des plus hauts sommets du domaine des glaces. Levant ses iris sanguins vers les cieux, il ne pouvait guère se soustraire à la magnificence d'une chute de neige cristalline reflétant un soleil des plus timides.

Le thé brûlant matinal qu'on lui avait apporté au bord du jardin et qu'il avait délaissé au bout de deux gorgées était déjà gelé à son grand dam. Perdu un instant dans sa contemplation, il se rappela qu'il devrait bientôt retrouver les guerriers de Miyuki, lorsque les températures seraient plus favorables, revoir son maître et ami, tenir un sabre et jouer au samuraï plutôt que d'en être un à part entière.

Il avait fait une nouvelle demande d'anoblissement militaire toute personnelle à son cousin et Daimyo du clan, mais la réponse tardait à venir. La fois précédente, il n'y en avait même pas eu. Mais cela n'entachait pas le moral du crin-blanc, qui tendit les mains pour recevoir quelques flocons et en apprécier le toucher doux et glaçant. À sa ceinture, il s'autorisait depuis peu le port de l'une de ses plus belles œuvre.

C'était son garde-fou et une représentation de ce qu'il souhaitait être, allant à l'encontre même de son rang et de sa caste. On ne le jugeait que peu par rapport au sang tout particulier qui coulait dans ses veines et il en profitait un peu honteusement. Alors il alla chercher la tsuka de son katana et offrit liberté à sa lame, puis dégaina son jitte qu'il tint comme un wakizashi.

Il ne possédait pas ni n'osait façonner la véritable marque du rang des bushis, former un daisho complet aurait été une insulte, celle de trop pour être exact et il appréciait de flirter avec l'insolence, mais pas d'en franchir le cap. Le shamisen de Rin vint chanter dans sa tête, souvenir d'une soirée avec la reine des papillons de l'okiya des Hateku qui s'était finalisé par un résultat qui n'avait aucun rapport avec le travail d'une geisha, mais il n'en regrettait pas la conclusion néanmoins.

Porté par cette mélodie se rejouant en pensé, il se mis à danser sur les notes, tâchant d'attraper les cristaux avec le mono-uchi de son arme. Exécuter cette improvisation le vivifiait, le réchauffait et dessina sur son expression un sourire radieux. C'était en cela qu'il prenait plaisir. Bien loin de lui l'ignorance de la fatalité que l'usage de l'acier pouvait avoir, mais il en concevait néanmoins toute la beauté.

En plein cœur de son enchaînement, il sentit sur lui les regards braisés des plus impressionnables des domestiques de la maisonnée et celui, plus désapprobateur de sa mère. Sous les mauvaises ondes qu'elle lui envoyait, il cessa ses pas et rengaina ses armes en éclatant d'un rire aussi joyeux qu'il n'était franc. La journée serait longue d'ennui, donc, puisque rien n'était vraiment prévu… Alors il la passerait à s'amuser avec Yaiko, puisque c'était ainsi et cela lui plaisait à elle de toute façon.

Mais avant de lui faire savoir les douces attentions qu'il lui réservait, il demanderait un nouveau thé brûlant. L'exercice n'avait pas suffit à contrer l'intense fraîcheur qui endurcissait les disciples des monts gelés du centre de Yokuni. Son amie et servante passa devant lui en courant à sa grande surprise, tant est si bien qu'il la suivit du regard. Le bambou creux de l'entrée venait d'être frappé et elle allait à la rencontre du visiteur à l'origine du coup.

Il avait été si faible que Kanzen ne l'avait point entendu alors qu'il était bien arrivé dans le couloir pourtant. Yaiko avait l'ouïe fine et expérimenté d'une excellente hôte, ce qu'il n'était décidément vraiment pas. La vaste porte principale fut ouverte alors sur un homme tremblant qui tenta de se présenter. Il n'aurait pas eu à le faire que l'albinos aurait tout de suite reconnu l'un des plus bel être qu'il ait jamais eu a admirer.

Leur rencontre, à la cours d'Ite, avait été celle de deux jeunes nobles s'ennuyant devant les mondanités du palais de la capitale et la grâce des traits de l'héritier des Maeda, ainsi que ceux que ses mains produisaient du bout d'un pinceau. Il eut d'abord souhaité se jeter à la rescousse du jeune homme, de le couvrir de son propre haori s'il le fallait, mais il savait pouvoir compter sur le cœur des domestiques de la maisonnée des Fukyuu, bien loin d'être ignorants des noms des plus hautes familles du clan.

La demande de Ryohei avait été de le rencontrer, il avait bien entendu cela malgré le ton cassé par le froid du pauvre artiste. Laissant le soin de l'accueil aux serviteurs de la demeure, il alla se trouver un kimono propre afin de recevoir le garçon plus dignement que ébouriffé par l'exercice matinal. Lorsque Yaiko vint le chercher pour lui annoncer ce qu'il savait déjà, il inclina la tête sur le côté en lui offrant un sourire ardent, la rangée haute de ses dents visibles et derrière ses iris le reflet de ce qu'il avait espéré de ce jour et qu'il repousserait à un autre avec plaisir.

La visite de Ryohei embellissait son humeur déjà radieuse. Finalement, il n'allait pas s'ennuyer, il en était certain, mais le mystère de la venue de son homologue et artiste l’intriguait énormément. Il susurra plus qu'il ne prononça clairement les mots qui suivirent à sa plus qu'amie :

Pourrais-tu faire porter un thé brûlant à la salle où ce gentil Ryohei et moi allons nous rencontrer ? Je n'ai guère su profiter dignement du miens et je soupçonne notre invité imprévu d'en avoir le plus grand besoin.

Il serra une bonne fois pour toute son obi autour de sa taille et se dirigea joyeusement à son entrevue surprise. Lorsqu'il pénétra dans la pièce, il avisa le descendant des Maeda avec une chaleur immense. Par les Kamis que cet homme était séduisant se dit le pur-sang Fukyuu en l'avisant d'un regard mutin. Enfin, il s'inclina poliment et annonça d'une voix chaleureuse et enjouée :

O'hayo gozaimasu, kan'gei, Maeda-san ! L'on m'annonce le plaisir de votre venue et qui plus est, celui de votre demande à me rencontrer tout personnellement. Je ne vous cacherais pas la joie que vous me faites à votre visite impromptue ni la curiosité que cette dernière provoque fatalement quant à l'objet de votre présence.

Néanmoins, le pauvre ère ne cessait de grelotter, inquiétant quelque peu le noble hôte, sur ce quoi il ajouta, la mine rassurante :

Nous vous portons séant de quoi vous réchauffer le gosier, mon bon ami. Je ferais demander de quoi vous couvrir aussi… Il serait bien dommage que le clan ne vienne à apprendre que l'un de ses plus éminents représentant soit affublé d'un mauvais rhume et cela ne se passera pas en ces murs, j'y veillerais tout personnellement !
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Maeda Ryohei

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MessageSujet: Re: Visite impromptue Sam 11 Juil - 20:43

On le mena à l'intérieur de la demeure et le froid, malgré sa persistance, n'avait plus la même emprise en ces lieux. Cela ne suffit toutefois pas à réchauffer l'être frêle et ces frissons qui parcouraient son corps échappaient à tout contrôle. Tentant d'oublier son inconfort, il posa les yeux autour de lui et fut rapidement impressionné par cette grande demeure. Oh, il n'avait rien à envier aux Fukyuu quand il s'agissait d'aisance, la fortune ayant toujours souri à ses ancêtres et il n'y avait qu'en terme de pouvoir qu'un décalage immense existait ; le Maeda n'avait pu en hériter de son illustre famille qui ne connaissait que les arts du guerrier.
Il sursauta à l'arrivée de son hôte, ne l'ayant pas entendu entrer et n'imaginant pas qu'il viendrait si vite à sa rencontre. Après tout, il avait sûrement beaucoup de choses à faire, lui qui était le cousin de leur daimyo.

Les voir l'un en face de l'autre avait quelque chose d'assez surprenant, ils se ressemblaient avec cette peau pâle et ces longs cheveux blancs qu'ils avaient tous deux, bien que Ryohei y mette plus de discipline. Leur tenue avait la même richesse mais l'une dévoilait un véritable guerrier et l'autre un être frêle.
Il ne doutait pas que Fukyuu Kanzen fasse la fierté des siens, à ses yeux, il semblait exceller en tout, autant du côté des guerriers que de celui de la cour où son éloquence et sa prestance étaient sans pareil.

Il ne pouvait être qu'admiratif devant son aisance et même face à une visite à l'improviste, il savait se montrer disponible et chaleureux. Lui, n'était alors qu'un homme timide et même s'il se sentait prêt à traverser la ville pour un peu de compagnie, il l'était aussi pour s'enfuir à toutes jambes.
Ryohei s'inclina pour le saluer à son tour.

― Bonjour, Fukyuu-san ! Tout le plaisir est pour moi. Comment vous portez-vous depuis notre dernière rencontre ? Répondit-il poliment.

Il était bien loin de montrer le même enthousiasme que son hôte mais était ravi de le rencontrer à nouveau. Ils ne s'étaient vus qu'une seule fois et n'avaient pas eu le temps de tisser des liens solides. Avec le temps, Ryohei espérait qu'ils puissent devenir de bons amis car il sentait qu'ils partageaient tous deux de nombreux points communs.

― Je vous en remercie, ajouta-t-il en souriant, touché par tant de bienveillance.

Hélas, le mal était déjà fait : être resté si longtemps dans le froid avait eu raison de sa faible constitution et il était bon pour être enfermé pour quelques jours chez lui, dans le meilleur des cas. Mais il ne pouvait lui avouer que la maladie était pour lui une compagne fidèle puisqu'il se faisait une fierté de le garder en bonne santé. C'était une chose à laquelle sa maison avait dû se résigner depuis longtemps, abandonnant l'espoir de faire de lui un guerrier et on l'avait gardé prisonnier pendant des années dans cette grande demeure, le coupant du monde extérieur.
Dans son enfance, il n'avait connu que de nombreux sensei venant lui enseigner les connaissances de ce monde et les arts dont il aurait besoin pour devenir kuge. Son apprentissage était toujours rapide mais ponctué de longues périodes d'inactivité. Aujourd'hui encore, il n'avait pas toujours la capacité d'étudier ou de travailler et il souffrait depuis longtemps de la sévérité de ses maîtres. Quoi qu'il fasse, rien n'était assez bien ni assez beau et, à leurs yeux, il était probable qu'il ne réussisse jamais.

La première fois qu'ils s'étaient rencontrés, Kanzen avait aimé ce qu'il lui avait montré, mais ce n'était alors qu'une improvisation qu'il avait créée pour satisfaire les nobles autour de lui lorsque la conversation s'était portée sur la calligraphie. Il se demandait ce qu'il penserait d'une de ses véritables œuvres mais alors qu'il s'apprêtait à ouvrir la bouche, ils furent interrompus par l'arrivée d'une servante.
Elle leur apportait le thé promis ainsi qu'une couverture dans laquelle le jeune homme s'enveloppa, retrouvant alors une chaleur supportable pour son maigre corps. Il attendit en silence que le thé soit servi et apporta doucement la tasse jusqu'à lui pour y tremper ses lèvres. Curieusement, il ne craignait pas de le boire ainsi, sans doute par habitude, et se sentit tout de suite mieux après avoir bu une gorgée de ce thé délicieux.

Ayant retrouvé quelques forces, il décida de reprendre la conversation, s'efforçant de garder son calme et de lever une voix claire et non tremblante de timidité.

― Il me tardait de vous rendre visite et je regrette bien de ne pas avoir eu les capacités pour le faire plus tôt. Vous m'aviez parlé des lames que vous forgiez et, bien que je sois tout à fait ignorant à ce sujet, j'aurais aimé pouvoir admirer votre travail.

Sa voix s'était faite quelque peu hésitante, ayant parfois du mal à trouver les bons mots mais il espéra y avoir mis assez d'assurance. Il leva alors les yeux sur son hôte pour voir sa réaction mais, se rappelant de quelque chose, ajouta aussitôt :

― Vous m'aviez aussi fait part de votre intérêt pour ma calligraphie et j'ai pensé que vous aimeriez voir l'une de mes œuvres. J'espère qu'elle vous plaira, dit-il en souriant.

Il sortit alors un parchemin de ses vêtements et le posa sur la table. C'était l'une de ses œuvres personnelles et non l'un de ces éternels travaux de recopie qu'il faisait sans cesse. Il y avait tracé l'histoire des Fukyuu, de manière assez concise car il ne disposait pas d'un livre entier et avait peint, au cours de son écriture, le portait de leur actuel daimyo, Fukyuu Yukimura.



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Taii

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MessageSujet: Re: Visite impromptue Mar 28 Juil - 1:03

Il paraissait au sang-pur que les Kamis avaient fait de Ryohei une véritable œuvre éphémère. Elles étaient les plus merveilleuses en réalité. Il s'était déjà émerveillé une fois devant la prestation d'un humble heimin sur un bloc de glace tombé des montagne. Le portrait d'une femme âgé avait trouvé place sur la surface gelée d'une façon parfaitement sublime, de telle manière qu'il n'eut jamais pu constater tel réalisme dans les traits représentés de toute autre œuvre que ce soit.

Au midi, la prestation coulait tristement et avait fini par ne plus devenir qu'une image polie par la chaleur à la fin de la journée. Son interlocuteur lui rappelait tout à fait cela. Il semblait à Kanzen n'avoir jamais vu des lignes aussi douces caractérisant un être humain comme les Divins l'avaient fait de l'héritier des Maeda. Pour autant, il lui paru aussi qu'un simple coup de vent pourrait emporter le bellâtre dans les méandres d'une mort certaine.

À le voir ainsi s'emmitoufler dans la couverture apportée et à se jeter sur son thé brûlant, le cousin du Daimyo manqua de se défaire de son haori pour en couvrir une fois de plus le jeune homme, puis de le prendre dans ses bras afin de lui apporter la chaleur de son propre corps comme source de réconfort. Mais les usages l'interdisaient et Ryohei était un kuge, comme il l'était lui-même. L'étiquette était leur code comme celui du bushido pour les samuraïs.

Il se contenta alors d'écouter son invité imprévu et de s'installer non loin de lui, lui offrant une expression aussi ravie et sincère qu'il l'était réellement à son égard. Le garçon lui rappela enfin ce qui lui avait directement plu en ce qui le concernait au-delà de sa plastique immaculée et parfaite. À la cours d'Ite, leur première rencontre avait été la découverte d'un talent incroyable pour le pinceau et les encres.

Et dans la danse de son bras, dans les tracés exécuté, le descendant des Fukyuu avait vu un art quasi guerrier s'exprimer. Au sein des calligraphies de leur auteur affaibli, il avait senti les coups de lame des lignes les plus fines, les frappes d'estoc habile dans chaque pointe exécutée, les parades dans les vides et s'était même laisser hypnotisé par les très légères tâches volontairement laissées ça et là pour l'authenticité de la prestation, lui évoquant la fatigue d'un tel enchaînement et la fierté de l'avoir accomplie.

Ryohei ne posait pas la question de savoir si Kanzen souhaitait admirer une de ses nouvelles œuvres, il savait pertinemment que c'était le cas. Pour preuve, il n'eut pas à prononcer le moindre mot que déjà, l'artiste dévoilait un long parchemin. Ce dernier révéla la représentation de son illustre cousin auréolé de kanjis narrant succinctement l'histoire du clan. C'était une œuvre abasourdissante d'une extrême complexité qui devait avoir tenue pour occupé le frêle maître un temps impossible.

Le sourire du noble élancé s'estompa, trop ému pour le maintenir sur son visage. Il détailla chacun des mouvement que son interlocuteur avait du produit pour rendre un tel résultat. Ce n'était pas là une calligraphie, mais une véritable estampe et même bien plus que cela qui lui était ainsi dévoilée. De voir ainsi Yukimura piégé dans le papier le figeait de surprise et de lire autour de ce dernier les hauts faits de sa mère avant lui, Shizue-dono, lui fit battre le cœur à la chamade de fierté d'appartenir à une si prestigieuse lignée.

Pourtant, il ne s'agissait pas habituellement d'un fait qui pouvait l'enorgueillir. Il n'avait pas choisi son lieu de naissance, ni son sang et qui le connaissait intimement savait qu'il était loin de se satisfaire de cela pour bien des raisons et bien des rêves inavoués. Il fallut un temps infini à Kanzen pour arracher ses yeux de bronze de la prestation graphique et il fut à peu prêt certain qu'une larme ou deux avaient perlées le long de ses joues lorsqu'il se mit à nouveau à sourire de façon radieuse avant de déclamer à son invité :

Maeda-san, vous illuminez une journée morose en laquelle je ne croyais pas pour me divertir. Votre visite impromptue aura déjà participé à l'embellir de votre simple présence, mais cela rend ce jour spécial entre tous pour l'émule que je suis de votre talent. Je ne pensais pas que vous vous souviendrez mon intérêt pour la calligraphie, d'autant plus la votre. Et je ne soupçonnait pas que vous fûtes capable de bien plus que de donner beauté à l'écrit, en piégeant dans le papier mon brave cousin et notre Seigneur à tous.

Il s'inclina alors, plein d'humilité, avant de remercier l'auteur :

Domo arigato gozaimasu, Maeda-san. Vous m'honorez en me montrant ainsi votre œuvre. Pour ma part, je ne suis qu'un humble artisan à mes heures perdu et ce dont je suis capable n'a rien de comparable avec ce que vous venez de me dévoiler, j'en ai bien peur. Mais puisque vous y voyez un intérêt…

Il détacha Ha no Tamashi de son obi et le posa de façon cérémonielle devant les deux kuge. Tout aussi respectueusement, il libéra la lame de sa saya et la déposa délicatement à côté de cette dernière, dévoilant son fil aussi pur que le teint des deux hommes, voire plus clair encore qu'une neige illuminée d'un soleil d'été. La tsuka du katana était faite d'un seul tenant plus blanc encore que sa lame, comme si la poignée était en ivoire.

Les mukegi najako, menuki et same-hada, les trois clous soudant la sori à la tsuka, étaient d'un or riche et visible, tout comme la kashira, le bout extrême de la poignée et la tsuba, sa garde. Le tout s'harmonisait avec les couleurs du noble hôte, mélangeant ainsi la douceur d'une surface enneigée et la chaleur des rayon du soleil jusque dans ses vêtements.

Au devant de sa pièce maîtresse à l'heure actuelle, Kanzen fut à nouveau touché par l'humilité et se départi de son sourire éternel, sachant qu'il ne saurait jamais reproduire l'une de ses œuvres une seconde fois. Il tourna ses yeux en amandes vers Ryohei et le dévisagea un instant, curieux, avant de demander enfin :

Il s'agit là de Ha no Tamashi, le tranchant de l'âme, mon propre sabre sommes toute. Vous dites avoir eut une certaine hâte et regrettez de ne pas être venu me voir plus tôt… Oserais-je vous demander pour quelle raison ? Vous paraissez souffrir de nos conditions, mais les bravez pour être mis en face de l'une de mes prestations…

Bien que vous m'honoriez encore à nouveau par cela, je ne veux pas être responsable de la perte d'un être tel que vous et serait inconsolable d'apprendre un jour votre trépas alors que vous tentiez de vous rendre en ma demeure pour en admirer l'une de mes œuvres. Je vous remercie à nouveau de m'offrir le plaisir de la découverte de votre talent… Mais vous n'êtes pas venu simplement pour cela, n'est ce pas ? En ce cas, que puis-je pour vous, Maeda-san ?
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MessageSujet: Re: Visite impromptue Jeu 6 Aoû - 18:13

Une angoisse terrible s'empara du jeune homme lorsque son hôte saisit le parchemin et commença à le dérouler. Il avait pour lui une admiration croissante et bien qu'ils se connaissent à peine, sa longue solitude l'avait idéalisé à un tel point qu'il lui était presque nécessaire d'obtenir son approbation. Qu'allait-il faire s'il n'aimait pas son œuvre ? Il était sûr que ça allait être le cas, il ne se verrait alors recevoir qu'une politesse convenue et se graverait dans son esprit comme un imbécile sans talent, un moins que rien, suffisamment orgueilleux pour vouloir lui apprendre des choses sur sa famille et s'en attribuer la noblesse. Un désespoir profond s'était emparé de son cœur et tout le courage qu'il avait longuement amassé pour venir jusqu'ici et lui montrer ce parchemin avait subitement disparu, le laissant terriblement seul, partagé entre la crainte et la honte.
Il avait posé sa tasse, baissé les yeux, perdu dans la contemplation de ses mains crispées. Il avait mis tout son cœur dans cette œuvre, il avait voulu l'honorer et faire de ce cadeau un majestueux compliment et priait maintenant pour qu'il en soit ainsi. Il réalisait douloureusement la difficulté des relations humaines ; brisé entre la solitude et sa timidité dévorante, il se sentait proche de défaillir et usait de toute sa volonté pour n'en rien paraître. Mais celle-ci l'abandonnait elle aussi peu à peu, le laissant nu aux bouleversements de son âme comme un naufragé perdu dans une tempête.

Le silence était devenu pesant sur ses épaules, le temps parut durer une éternité, à tel point qu'il finit par retrouver le courage pour lever la tête, tremblant. Kanzen ne le remarqua même pas, perdu dans sa lecture, et cela permit à Ryohei d'oser l'observer un moment. Il n'avait pas l'air vexé, plutôt captivé par sa lecture et il resta là, sans comprendre ce qui se déroulait sous ses yeux, sans même se permettre de bouger, de peur de briser ce moment de calme qui n'était soudain plus si pesant au fond de son cœur.
Ce fut sa voix qui le tira de sa paralysie et il resta encore un moment immobile, se demandant s'il n'était pas en train de rêver. Jamais de sa vie on ne lui avait fait tant de compliments et il s'en sentait à la fois gêné et terriblement reconnaissant, ébloui par ses mots, la chaleur de sa voix, ou tout simplement son sourire.

― Non, je... commença-t-il d'une voix tremblante, trahissant son émotion. Il s'arrêta, cherchant à lui donner un peu plus qu'une phrase confuse. Tout l'honneur est pour moi Fukyuu-san et si ma présence comme mon œuvre ont pu vous offrir ne serait-ce que le plus petit des divertissements, alors j'en suis plus qu'heureux.

Il s'inclina à son tour, avec un immense respect et le bonheur de se sentir enfin utile aux yeux de quelqu'un. Ses compliments et sa gentillesse l'avaient ranimé d'une nouvelle force et il se sentait infiniment redevable envers son hôte. Et c'est avec un silence presque religieux qu'il le regarda exposer son propre katana, s'émerveillant de la finesse de cette œuvre comme des gestes délicats et habiles qu'il usait pour le manipuler.
Son immense admiration pour Fukyuu Kanzen ne pouvait que grandir davantage à la vue de cette lame. Ryohei n'était certainement pas un homme d'arme, il n'aurait rien pu attester quant à la solidité ou l'utilité de celle-ci mais en tant qu’esthète, il ne pouvait que se sentir désarmé. Frappé par tant de beauté, il n'était-là qu'un homme devenu de pierre et ses yeux brillants ne pouvaient plus s'en détacher.
Il se surprit à imaginer Kanzen l'utilisant et le voyait comme un danseur, reproduisant à merveille un enchaînement martial. Cette lame semblait lui aller si bien, il avait su trouver le génie d'assortir parfaitement cette arme à son âme. Il se demanda s'il serait un jour capable du même talent.

― Pardonnez-moi de vous contredire, Fukyuu-san, mais vous n'avez rien de comparable à un simple artisan ! Ha no Tamoshi, répéta-t-il doucement. Ce nom prononcé à voix haute semblait pourtant ne s'adresser qu'à lui-même, comme s'il avait voulu s'assurer que son existence était bien réelle. Puis il se détacha de l'arme, plongeant soudain ses yeux dans les siens. C'est certainement la plus belle chose que j'ai jamais vue. Je ne saurais jamais vous remercier assez pour m'avoir offert la vue d'une telle œuvre, ajouta-t-il en s'inclinant, tentant de mettre tout ce qu'il pensait dans ce geste, à défaut de trouver les mots à la hauteur.

Il fut tenté de se laisser à nouveau hypnotiser par le katana mais se ressaisit, pensant ô combien il serait malpoli s'il ne prenait pas la peine de répondre à ses questions. Et il était plus que tout en droit d'en obtenir.

― Comme vous le savez peut-être, je n'ai pas hérité de la bonne santé de ma famille et j'ai dû traverser une longue période de maladie peu après notre rencontre. Malheureusement, il ne m'a pas été permis de vous rendre visite plus tôt et je tenais à effacer ce regret aussi vite que possible.

Comment pouvait-il lui expliquer qu'il redoutait de se faire oublier à ses yeux ? Certains méprisaient parfois ses longues absences et il avait espéré plus que tout que son rêve d'obtenir sa sincère amitié ne s'envole pas en fumée, comme cela avait été le cas avec tant d'autres. Il ne pouvait pas lui avouer qu'il avait tenté de lui écrire mais qu'il s'était trouvé si faible qu'il n'avait pas même été capable de tenir un pinceau entre ses doigts. Il ne pouvait pas comprendre, pire, il pouvait le trouver ridicule et c'était une pensée qui lui était intolérable.

― Mais soyez serein, mes médecins m'ont affirmé que j'allais mieux et que je pouvais sortir.

Ce n'était pas tout à fait exact et il se garda bien de lui révéler qu'à ses yeux, une après-midi à ses côtés valait bien le prix d'être malade pour quelques jours. Il en aurait été vexé, lui qui semblait se soucier sincèrement de sa santé. Il se demanda à ce moment-là si la raison de sa venue n'était pas seulement une excuse pour lui rendre visite, il avait juste envie de le connaître davantage mais se trouvait trop intimidé pour lui poser la moindre question.
Il but une nouvelle gorgée de thé, retrouvant peu à peu son calme.

― Lisez-vous dans les pensées ? Répliqua-t-il avec un sourire. Je suis ravi d'être en votre compagnie mais vous avez raison, ce n'est pas la seule raison de ma visite. Il se trouve que l'anniversaire de mon frère aura lieu dans quelques mois. Vous avez certainement entendu parler de lui, il est devenu un samouraï de talent qui fait l'honneur de ma famille. J'aimerais lui faire un cadeau à la hauteur de son mérite et je sais maintenant que je ne me suis pas trompé en venant jusqu'ici. C'est avec tout mon respect que je souhaiterais vous demander de forger une lame pour lui. M’accorderiez-vous cet honneur ?

Il s'inclina à nouveau, tremblant à l'idée qu'il puisse refuser mais fut stoppé court dans ses craintes quand il releva la tête. Son regard tomba à nouveau sur le katana et il fut saisit de l'envie de le tenir, comme hypnotisé.

― Puis-je ? Demanda-t-il.



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MessageSujet: Re: Visite impromptue Ven 5 Fév - 20:05

Il y'avait beaucoup de sincérité en la personne de son invité, si tant est qu'il émerveillait à plus d'un titre l'artisan. Néanmoins, vraisemblablement à l'opposé de celui qu'était l'héritier des Maeda, Kanzen était d'une nature extrêmement extravertie, ouverte et se mêler aux autres, les entendre et les comprendre avec passion était le cœur même de sa personnalité. Il avait ainsi apprit à voir plus loin que les mots, jusqu'à lire le langage du corps dans les moindres aspects de la physionomie de son interlocuteur.

La duperie, les faux semblants et les masques que l'on dressait face à lui ne l'étaient qu'en pure perte. Si innocent et bienveillant fut-il, le mensonge de l'artiste rapport à sa santé n'en était pas moins un et fut percé à peine prononcé. Mais il n'en laissa rien paraître pourtant. Ryohei était honnête, sa volonté n'était pas de nuire, simplement de préserver son homologue de la moindre inquiétude à son sujet.

Alors il ferait en sorte de ne pas en montrer, le mal étant cependant fait, il en ressentirait inévitablement. Attristé à l'idée qu'une simple escapade pusse en vérité être un risque pour son partenaire de discussion, il ne pu recouvrer son sourire totalement afin de garder la face. Tout deux s'étaient montrés admiratif du travail de l'autre, et la demande qui ne tarda pas à venir puisqu'elle avait été soupçonnée rapidement fut dévoilée sans mal.

De fait, son hôte lui avait fait don d'une merveille, il était tout à fait normal de considérer un présent en retour. Mais à dévoiler son chef d’œuvre ultime à ce jour et devant la réaction du noble calligraphe, le forgeron s'en trouva désarmé. Lorsque son interlocuteur le pria de bien vouloir lui laisser tenir son sabre, Kanzen était certain qu'il décevrai le jeune homme lorsqu'il lui annoncerai la triste réalité.

Cela ne l'empêcha néanmoins pas de prendre cérémonieusement le katana, sa main droite sur la poignée, la gauche sur la lame, toute deux ouverte et la levant délicatement vers l'enfant des Maeda, invitant ce dernier à la tenir à son tour. Tout en s’exécutant de la sorte, il répondit, bienveillant, mais loin d'être aussi lumineux que de coutume, d'un ton emprunt de calme et d'humilité devant son propre travail et ce qui était devenu son honneur fait d'acier :

Le mérite de votre estimé frère est une nouvelle gloire portée au nom de votre famille et vous m'en faites un plus grand encore en me distinguant pour produire la lame qui veillera sur son devoir. Mais avant cela, je dois vous faire deux aveux qui font ma honte.

Il laissa l'arme dans les mains frêles de son auditeur, puis poursuivit simplement :

Vous n'êtes pas sans ignorer que chaque œuvre est unique et vous ne douterez donc pas du fait que je serai incapable de reproduire Ha no Tamashi, pas même pour ma propre personne. Sumimasen…

Il s'inclina pour ponctuer sa phrase, mais il n'en avait de toute évidence pas terminé, aussi enchaîna t-il avant même de s'être totalement redressé :

Pour ce qui est de mon second malaise, il s'agit du procédé de création. Je suis tout à fait capable de façonner l'acier pour que son esthétique soit aussi travaillée que celle de cette épée que vous tenez. Mais je ne vous insulterait pas en soupçonnant que vous n'ayez pas deviné que son aspect n'est guère son seul atout. Elle revêt de bien d'autres miracles qu'une condition particulière et nécessaire m'a permis pour parvenir à ce résultat.

Il laissa un instant passer avant de poursuivre, un lourd silence que rien ne vint perturber, pas même le vent, pourtant éternel, des contrées du centre de Yokuni. Puis il reprit :

Cette lame n'a vu le jour que parce que j'en connaissais parfaitement le propriétaire final. Il n'est rien de ma propre personne que j'ignore et c'est cela qui m'a permis d'investir un talent que je n'ai pas naturellement dans l'acier qui a donné naissance à ce katana. Lorsque je m'employait à lui donner vie, j'ai senti couler en moi une assurance et une grâce digne d'un Kami. Mon don habituel ne saurait pas… éveiller le métal comme je suis parvenu à le faire cette fois là.

Kanzen savait ses propos parfaitement nébuleux, il avait lui-même du mal à comprendre comment ses mains avaient pu se trouver responsable de cette arme. Alors lorsqu'il fallait exprimer la manière dont il avait aboutit, c'était une épreuve autrement plus complexe. Il tenta tout de même en poursuivant :

Je suis tout à fait ouvert à l'idée de forger un sabre d’exception à votre frère. Mais il n'aurait rien de pareil à celui là, j'en suis désolé. Pourtant, votre cadeau mériterait pareil retour tant vous touchez mon cœur par cette estampe… Pourtant, il faudrait que votre sang devienne le mien, que le moindre des actes de votre parent me soit narré au point que je puisse les visualiser en fermant les yeux, que j'apprenne à le connaître sans la moindre omission, dans le moindre détail.

Une rencontre n'y suffirait pas, vivre à mes côtés quelques jours ne serait pas assez… Je prie Itegami pour que vous parveniez à démêler mes propos hasardeux sans mal et compreniez ce que je tente malhabilement d'amener.


Finissant son laïus, il se courba poliment pour s'excuser. Mais alors que son nez fut prêt à toucher le sol, il se demanda soudainement s'il ne s'était pas trompé et si Ryohei n'attendait pas simplement de lui un katana d'excellente qualité, mais en rien comparable à Ha no Tamashi. Il en fut confus, si bien qu'il se redressa vivement pour trouver le regard de son interlocuteur afin de percer les mystères de ses pensés avant qu'il puisse à son tour s'exprimer et peut-être corriger son propre égarement.

Mais rien n'y fit et il ne pu plus qu'attendre le retour de son confrère artisan.
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MessageSujet: Re: Visite impromptue Lun 15 Fév - 20:12

Émerveillé par un travail d'une telle envergure, il se sentit envahi par une émotion nouvelle alors que l'objet de son admiration la plus sincère s'approchait irrémédiablement de lui. C'est dans un geste solennel et lumineux  que Fukyuu Kanzen amena la lame jusque dans ses mains et il dut user de toutes ses forces pour ne pas trembler à ce moment-là. C'était non sans lui rappeler cet instant de la cérémonie du thé où il recevait à son tour un bol merveilleux pour y tremper ses lèvres et goûter à un breuvage céleste. Mais cette fois-ci, il se trouvait petit et insignifiant, pâle et plat en comparaison de cette arme d'une pureté infinie, forgée par un maître comme il n'en avait jamais connu. Il n'aurait pu prononcer de mots à ce sujet, ils étaient tous trop ternes et injustes pour en qualifier la splendeur et devant une telle vision, il n'avait que le silence et ses vertueuses pensées pour se recueillir.
Ryohei était trop honnête pour vouloir s'accaparer un tel trésor et il s'était contenté d'approcher l'arme un peu plus de ses yeux pour imprimer en lui une image, un souvenir fabuleux qu'il n'oublierait jamais. Dans ce moment-là, il se jura de poursuivre la calligraphie avec plus d'ardeur encore, il ne pouvait plus se résigner maintenant, il ne pouvait pas mourir aujourd'hui, pas tant qu'il n'aurait égalé cette merveille dans son propre art. Dans sa tête, il se trouvait encore incapable d'en imaginer les moindres traits, les mouvements qu'il lui faudrait adopter et il espérait que son ami lui donne au cours de cette rencontre une quelconque piste. Qu'importe qu'il soit ignorant aujourd'hui encore, il avait cet espoir et cette énergie en lui qui ne mourraient jamais, le poussant sans relâche à traverser les maladies et à mettre toute son âme dans son art. Tenir un pinceau entre ses mains, noircir une feuille pour en transformer le paysage le portait vers d'autres horizons et devenait dans ses moments de profonde solitude une raison de vivre qui transcendait tout le reste.

Ses yeux glissaient le long de la lame à la recherche du moindre détail, alors qu'il lui répondait et il écouta distraitement les compliments que l'on faisait sur son frère. On ne tarissait jamais d'éloge à son sujet, il semblait être le fils, le samouraï prodige que l'on attendait depuis longtemps et au cours de leur enfance, il en avait toujours été terriblement jaloux. Denjiro était comme un soleil, il attirait autant le monde autour de lui que l'admiration et tout semblait lui réussir si facilement quand il lui avait fallu tant d'efforts pour arriver jusqu'ici. Mais ce n'était que des caprices d'enfant et Ryohei l'aimait trop pour éprouver à son sujet un quelconque sentiment négatif. Il était simplement lassé du regard d'autrui, il n'avait besoin de personne pour en faire l'éloge, les compliments venaient tous seuls et il souhaitait plus que tout réduire la distance qui avait rendu si éloignés deux frères. C'était en partie l'une des raisons de sa visite, peut-être que cette nouvelle tentative aurait davantage de succès...
Ses paroles, pourtant, en finirent bien vite avec les platitudes courtoises et elles éveillèrent en lui un nouvel intérêt. Il commença à lui parler de cette lame qu'il avait forgée, de sa technique et de sa façon de faire dans ce qu'il voyait lui-même comme un art aussi haut que tous les autres.

Il voulait déjà s'excuser et le prévenir. Oui, Ryohei comprenait, il lui présentait aujourd'hui ce qu'il considérait comme le sommet de son art et comme lui-même le pensait parfois, il s'imaginait totalement incapable d'en reproduire la perfection, de faire quoi que ce soit de meilleur. Le jeune homme n'était pourtant pas de cet avis, son optimisme lumineux lui disait qu'il ne fallait jamais s'arrêter, jamais croire qu'on avait atteint la fin de sa route et qu'il fallait encore et encore persévérer ; dans cet unique espoir d'atteindre de nouveaux horizons qui lui feraient enfin comprendre que tout ce qu'il avait fait jusqu'à maintenant n'était rien.
Doucement, il releva la tête et lui adressa un sourire chaleureux, prenant soin d'écouter chacun de ses mots sans l'interrompre, touché de reconnaître dans ses propos des pensées qui étaient parfois les siennes. Ses yeux brillaient d'un attachement sans faille, dans ses explications, même ses paroles étaient belles et il se sentit plus que tout ému lorsqu'il lui décrit la manière dont il avait forgé Ha no Tamashi. Ce n'était pas beaucoup de détails, mais ça lui suffisait largement, il lui avait offert une part de son secret et il ne pouvait que lui en être infiniment redevable.

Ainsi c'était dans sa connaissance de lui-même, en plongeant au plus profond de son âme qu'il avait réussi à faire naître une telle merveille. Ça lui apparaissait maintenant comme une évidence. Il avait toujours mis tout son cœur à l'ouvrage, mais même dans ses créations, il s'était à chaque fois efforcé d'imiter quelqu'un, de se rapprocher de quelque chose auquel il aurait voulu ressembler. Pourtant, il avait aujourd'hui acquit suffisamment de maîtrise pour cesser de se laisser porter, il était temps qu'il révèle la propre forme qu'il donnait à son art et il devrait le faire en cherchant dans les méandres de son âme, qu'elle soit malade, triste ou rayonnante.
Dans ce moment d'inspiration inattendu, sa timidité avait totalement disparu et même s'il laissa à son compagnon le temps de reprendre son souffle, il savait déjà ce qu'il voulait répondre.

― Je comprends, Fukyuu-san. En tant qu'artiste, nous nous laissons porter par notre inspiration et il arrive qu'en certains moments, cet art nous transcende totalement pour faire naître quelque chose de merveilleux. Je puis attester que votre lame en fait partie et je comprends à quel point il peut être difficile de reproduire à nouveau ce miracle.

Ses mots étaient doux, bienveillants et son regard rempli d'amitié. Il n'hésitait plus cette fois à le regarder et à avancer ses propos.

― En tant que calligraphe, je suis encore bien loin de votre niveau et je n'ai jamais eu l'occasion de créer quelque chose d'aussi... Il s'arrêta. Non, il n'avait pas de mots pour dire ce qu'il pensait, puis il reprit, plus enflammé cette fois. Mais je suis certain que Ha no Tamashi ne sera pas le sommet de votre art et que vous pourrez forger de plus belles armes encore, plus puissantes encore... Pas dans leur tranchant, mais dans ce qu'elles communiqueraient, pensa-t-il. Peut-être pas pour mon frère et encore moins pour moi, mais...

Les mots lui manquaient et il ne s'en sentait pas ridicule cette fois, il savait parfaitement que Kanzen comprendrait ce qu'il voulait lui dire.

― Dites-moi ce dont vous avez besoin pour revenir ne serait-ce qu'un peu dans cet état d'esprit qui vous a conduit à former pareille merveille. Rien ne me ferait plus plaisir que de vous aider, ne serait-ce que de loin, à vous aider dans cette entreprise. Et je...

Il aurait aimé lui dire qu'il ne lui en voudrait pas s'il ne parvenait pas à un tel résultat, il était simplement passionné par cet homme et d'autant plus à l'idée de pouvoir apporter quelque chose dans son travail, il aurait voulu lui dire qu'il souhaitait plus que tout l'aider à élever son art et qu'il pourrait tout faire pour cela, quand le monde cruel le ramena froidement à la réalité.
Une douleur saillante s'élevait dans sa main gauche et quand il baissa les yeux, il put voir la lame enfoncée profondément dans sa paume. Dans ses mots, dans sa passion, il ne s'était pas rendu compte à quel point l'arme était tranchante. À cette vision, il se sentit défaillir et ce ne fut que trop involontairement qu'il vit l'arme glisser de ses mains pour tomber au sol, faisant ressentir son tintement aigu dans le bref silence qui s'était installé, comme s'il avait fait naître un vacarme au cœur d'un temple vide.

En un fraction de seconde à peine, son front s'était cogné contre le sol et il se maudissait lui-même, terriblement honteux d'un tel acte et d'être maintenant en train de tacher ses vêtements et la maison de son hôte de son sang écarlate.

― Je vous en supplie, pardonnez-moi cette effroyable offense, lâcha-t-il dans un souffle, d'une voix fragile et cassée.

S'il en avait eu la force, il se serait enfui sur-le-champ pour se jeter dans une rivière, mais il se tenait simplement plaqué au sol, faible et lamentable, incapable d'arrêter les larmes coulant sur ses joues et la détresse qui s'était emparée de son âme. Comment avait-il pu tout gâcher ?



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MessageSujet: Re: Visite impromptue Lun 7 Mar - 11:17

Ryohei, de par ses réactions au contact du sabre premier de l'artisan, comblait d'honneur ce dernier de la plus belle des manières. Il paraissait subjugué, intimidé par Le tranchant de l'âme, ses longues mains de créateurs tremblaient au contact de l'acier comme si on lui avait confié l'existence d'un hypothétique descendant au Daimyo et qu'il dû veiller à sa santé. Le sang pur des Fukyuu assista avec délice à l'étrange alchimie qui se produisit entre son arme et le calligraphe, la force de cette dernière s'infiltrant dans les veines de son homologue.

Le doux et frêle héritier des Maeda déchargeait les faiblesses dont il se prétendait affublé, son aura gagnant en puissance et en stature alors que sa peau et l'acier du katana se rencontraient. Ce n'était pas là le rôle de cette épée, créée dans le but de briser les œuvres futures s'il commettait l'erreur de concevoir pour un être indigne, néanmoins, Kanzen fut enchanté que son garde-fou puisse agir ainsi sur cet être qui lui faisait face.

Comme écho à ses pensés, son interlocuteur changé par la caresse du métal de son œuvre reprit la parole d'une voix assurée, toute différente de celle qu'il avait eu l'instant précédent. L'homme qui faisait front au forgeron irradiait d'un charisme nouveau et la flamme qui brûlait dans son regard n'aurait pas su laisser de glace quiconque, le Fukyuu de sang n'y fit pas exception et fut aussi ému que lorsqu'il avait découvert pour la première fois les délices du corps féminin.

Fort heureusement, les propos du Kuge firent remettre les pieds sur terre à l'épéiste qui se focalisa sur ces derniers comme une ancre afin de ne rien laisser paraître à son émoi et de préserver son assurance naturelle. L’ambiguïté des termes dont il avait usé à l'attention de Ryohei pour tenter d'expliquer son procédé créatif n'avait pas été totalement compris par ce dernier. Il lui était impossible d'être clair à ce sujet tant la chose lui paraissait issue du néant.

Le crin-blanc se souvenait de ce qu'il avait ressenti durant le processus, de cette force qui l'avait investi sans qu'il n'en connaisse la provenance. Mais il ne coupa pas son hôte pour cela, le laissant aller à l'expression d'une inspiration mêlée d'humilité et d'une grande douceur. Ce que tentait de transmettre son homologue pour définir son ressenti face au sabre, à cette capacité qu'il prêtait à l'artisan de pouvoir fabriquer une œuvre digne, voire supérieure au Tranchant de l'âme, tout ceci aurait pu n'être mis en œuvre que pour flatter l’ego du bretteur, mais loin de cette conclusion allaient les pensés de ce dernier.

Il en vint à comparer le niveau respectif de leur talent et Kanzen allait rétorquer le contraire de ce qui venait d'être exprimé au vu de l'émotion déclenchée par l'estampe du calligraphe si il lui en avait laissé le temps, celui-ci poursuivant son propos après avoir émis un désir inexprimé jusque là, même si la chose ne fut pas faite ouvertement, d'être un jour le sujet de l'une des œuvres du forgeron.

Mais alors que le kuge affaibli exprimait sa volonté de soutien dans l'optique créatrice d'une prestation d'acier plus pure encore que le katana qu'il tenait, la lame mordit dans les chair du noble sous le regard catastrophé de son auteur. L'horreur se passa en deux temps, le maître du pinceau se rendant compte du chemin que le fil de la lame avait pris, puis son effondrement à terre, laissant s'échapper son agresseur inanimé au sol dans un fracas violent brisant la sérénité de l'instant.

Dans un réflexe propre à la foudre elle même et le tout réunit dans un même mouvement, l'épéiste amateur attrapa un linge de table, réduisit la distance qui le séparait de son homologue et se jeta sur lui sans faire grand cas de son sabre. Veillant à ne pas être touché par le sang de ce dernier, il enroula le tissu sur la plaie afin d'en contraindre l'écoulement dont elle était responsable, puis il se mis à genou et plaça la tête de Ryohei sur ces derniers et leva la sienne en direction du couloir jouxtant le lieu de leur échange.

Sa voix sortie fermement, mais elle était dépourvue de la moindre panique, mais non d'urgence:

Yaiko ! Ryohei-san aurait besoin par ici de l'un de tes talents au plus vite après s'être esquinté sur ma vilaine épée !

C'était clair et bien suffisant, on entendait déjà la jeune femme acquiescer, comme si elle s'était trouvée non loin et à disposition du moindre de leur caprices, ce qui était probablement le cas, puis le bruit de ses pas s'éloigner d'abord derrière les mur de papiers. L'attention de l'artisan retomba sur son interlocuteur, le mouvement provocant le glissement d'une cascade de ses cheveux coulant autour du visage du blessé.

La main droite du bretteur soutenant l'arrière du crane de l'héritier des Maeda, l'autre effleurant du bout de ses doigts la joue de ce dernier comme si il avait été un trésor pour qui mille soins n'étaient pas encore suffisant à rendre l'honneur de sa présence. Le ton de Kanzen revint, porteur d'une douceur infinie et ses traits fins marquaient l'image d'une inquiétude mêlée d'une chaleur sans limites :

Baka… Si Ha no Tamashi avait eu une bouche, je l'aurais sommé de vous présenter ses excuses. Je devrais la briser rien que pour avoir osée goûter à votre inestimable chair. Vous n'avez pas à demander le pardon pour une offense qui n'est pas de votre fait.

Plus rapidement que ne le suggérait le ravissant yukata dont elle était vêtue, la servante intervint dans la pièce, se mettant en seiza à la hauteur du membre blessé et s'affairait déjà à l'aide une vasque d'eau bouillante, d'un linge immaculé et d'une bouteille dont l'odeur d'alcool se rependit dans la pièce. L'héritier des Fukyuu profita de ce temps pour dégager une mèche des traits de celui qui couvrait son sol, puis l'une des siennes derrière son oreille afin d'éviter à ses cheveux de venir étouffer son égal tandis qu'il réduisit encore la proximité de leur visage et ne reprenne la parole, au frontière du murmure :

Vous êtes aveugle de penser que votre don puisse être inférieur au miens et je me sentirais insulté si vous prétendiez que l'émoi que votre estampe a produite en moi n'est que le fait d'un amateur, bien que votre seule existence suffise à m'émouvoir. Vous m'honorez de votre demande et je l'accepte sans concession à l'exception d'une seule que je vous citerais après la révélation du procédé qui est le mien pour donner vie à l'acier comme avec ce vilain Tranchant de l'Âme…

Il marqua un temps de pause, laissant sa suivante désinfecter la plaie, ce qui ne pouvait pas être sans douleur. Il avait eu la conscience de prendre la main intacte du jeune homme dans celle qu'il avait de libre afin qu'il pusse la serrer dans sa peine. Mais le don de Yaiko était tel que cela ne durerait pas et une fois la paix revenue tandis qu'elle poursuivait ses soins, Kanzen reprit, un sourire attentionné sur un masque de profonde affection :

Ce dont j'ai besoin, Maeda-san afin d'établir ma performance est un lien plus étroit que vous ne pouvez l'imaginer. Je dois connaître mon modèle corps et âme, mieux qu'un parent pour un enfant, mieux qu'un amant pour l'objet de ses désirs. Le secret ne pourrait s'immiscer dans ce procédé, qu'il soit à propos des surfaces de peau couvertes par un vêtement ou à celle des pensés les plus intimes. Vous comprenez à présent la difficulté d'une telle prestation et le pourquoi de l'existence seule de Ha no Tamashi, qui m'est dédiée. À ce jour, je suis l'unique modèle mise à part cette charmante personne ci-présente ayant accepté cela et je comprendrais que vous ne puissiez pas vous prononcer pour votre frère…

La servante parut avoir terminé son office, mais n'avait pas quitté les lieux afin de se montrer aussi disponible que possible. Ses joues rosissaient à l'entente des mots de son maître qui clôtura ainsi :

… Mais à votre sujet, je suis certain que vous pouvez tout à fait être honnête. Vous n'êtes pas venu pour vous, mais c'est bien à vous que je le propose. Je ferais toute les belles lames que vous souhaiterez à l'attention de votre parent, mais pour vous, elle serait exceptionnelle. Que dites vous à cela, Ryohei du clan des Maeda ?
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MessageSujet: Re: Visite impromptue Dim 27 Mar - 1:32

Le vacillement qui s'était saisi de son cœur lui avait fait perdre toute notion de la réalité. La douleur n'était rien confrontée au chaos qui avait assailli son esprit et si ses yeux ne savaient plus cerner la netteté de sa vision ordinaire, ce n'était qu'une pâle image de l'extrême désemparement qui l'habitait. Prosterné au sol, implorant le pardon de son hôte pour la terrible faute qu'il avait osé commettre en sa présence même, il ne se rendit pas compte qu'il s'était déjà occupé de sa main ensanglantée, n'entendit pas qu'il avait déjà appelé sa domestique pour qu'elle vienne lui porter secours. Sa réaction avait été si vive que même sans aucun trouble, il aurait sans doute été surpris. Quand il réalisa enfin, sa tête était posée sur les genoux de Fukyuu Kanzen et ses mains sur son visage.
Reprenant peu à peu ses esprits, il releva le haut de son corps, mais même si une fois assis en seiza, il tentait de retrouver un peu de dignité, de calme, les larmes ne cessaient de glisser sur ses joues, sans jamais qu'il ne puisse les retenir. Lorsqu'il essaya de le rassurer de quelques mots, lui assurant que tout ça n'était pas de son fait, il secoua doucement la tête pour nier ses mots, éparpillant sur son visage l'eau qui y coulait avec abondance.

― Non... Vous vous trompez... balbutia-t-il difficilement, désormais incapable de s'exprimer sans cette confusion qui s'était emparée de lui.

Il se tut, car les mots lui manquaient, et même si son corps semblait immobile, son âme tremblait à tel point qu'il n'était plus alors capable du moindre raisonnement. Plus désorienté que jamais, il se laissa distraire par Yaiko qui fit irruption dans la pièce et saisit sa main entaillée, défaisant le bandage de fortune qu'on lui avait fait pour appliquer de l'alcool sur sa plaie. Il grimaça face à la douleur, mais ne prononça pas un mot, se contentant de l'observer. Elle agissait méticuleusement, avec calme, et son image semblait le ramener lentement à lui-même.
Le visage de Kanzen était si près du sien qu'il rougit légèrement, fuyant son regard.

Ryohei ne se sentait pas assez tranquille pour être sûr de comprendre le sens de chacune de ses paroles. Son cœur battait encore si fort qu'il aurait pu défaillir à tout instant et il usait de toute son énergie pour reprendre le contrôle de lui-même. Sa main serrant la sienne semblait vouloir le rassurer, tout comme chaque mot qu'il avait prononcé jusqu'à maintenant. Mais au fond de lui, Ryohei ne pouvait se le pardonner, son acte, les pensées même qui avaient effleuré son esprit avaient impliqué cette sévère punition. Comment avait-il pu oser prétendre tenir son sabre quand les Kami eux-mêmes lui avaient interdit d'emprunter cette voie ? Il avait été arrogant, imbécile et il se détestait pour cela. Lui qui avait tout fait pour réussir dans son propre chemin, avait presque cherché à le renier en ces quelques mots qui lui avaient été immédiatemment fatals. Ce n'était pas par plaisir qu'on ne laissait pas à sa portée la moindre lame, pas même un couteau de cuisine dont il n'aurait su que faire. Il était conscient, autant que les autres, de sa maladresse et avait fini par l'apparenter à une malédiction.

Son cœur s'était calmé, sa vision n'était plus troublée par ses larmes et il passa délicatement sa main valide sur ses joues pour en effacer les traces. Il devait s'en faire le serment, ne plus jamais toucher à une arme, ne pas même en éprouver le désir ; ce n'était pas le destin qu'on avait choisi pour lui.
Quand Kanzen eut fini de parler, il osa enfin relever la tête et croiser son regard. Il ne pouvait pas affirmer être à l'aise maintenant qu'il avait perdu toute son assurance, mais il tenta de rester calme et de se montrer tel qu'il devait paraître.

― Je vous remercie Fukyuu-san, commença-t-il d'une voix légèrement tremblante. Vous êtes plein de bonté pour moi qui suis si maladroit, vous me permettez même de connaître une partie du secret de votre art, de l'essence de vos si belles lames. Je ne saurais jamais vous remercier assez pour cela.

Puis il se tourna en direction de la domestique.

― Merci à vous aussi, Yaiko-san, vous êtes une guérisseuse de talent et je ne doute pas que grâce à vous, cette blessure ne sera bientôt plus qu'un mauvais souvenir.

Il essaya de sourire à l'intention des deux personnes présentes dans la pièce, mais ses lèvres s'étirèrent à peine et ce n'en était là qu'une pâle imitation. Sentant que ce qu'il restait de sa confiance était sur le point de s'effondrer, il baissa à nouveau la tête, évitant de renouer entre eux un contact qui ne ferait que le déstabiliser.

― Fukyuu-san... C'est un immense honneur que vous me faites, je ne puis le refuser, mais... il s'arrêta un instant, silencieux.

Une partie de lui aurait voulu ne rien dire, pourtant, avec un seul mot de plus il était déjà allé trop loin. Ryohei refusait de toute façon de lui mentir, il n'allait pas céder à cette résolution qu'il venait tout juste de prendre par simple respect, sens du devoir. Il se sentit défaillir à nouveau, mais tenta de se ressaisir. Sa voix devait être plus tremblante que jamais et il faisait tout pour retenir ses larmes.

― La première chose que vous devriez savoir à mon sujet est que je ne peux tenir d'arme entre mes mains. Pas parce que je ne suis un guerrier, ni parce que je suis un simple kuge ! Je veux dire... Ce qu'il vient de se passer n'est peut-être pas une preuve à vos yeux, mais... sachez qu'en chaque circonstance où j'ai eu la prétention de vouloir tenir un sabre, je me suis toujours blessé. Une fois de plus encore, aujourd'hui même, j'ai été arrogant en pensant que je pourrais surmonter cela. C'est comme... une malédiction, voyez-vous ? Je ne saurais l'expliquer.

Au fil de ses mots, il s'était senti un peu plus assuré, alors qu'il se confiait à son hôte en toute sincérité, et avait réussi à nouveau à accrocher son regard pour ne plus le quitter cette fois-ci. Il avait besoin qu'il comprenne ce qu'il lui expliquait, même si ses paroles n'étaient pas toujours bien choisies et que leur confusion ne faisaient plus honneur au nom des Maeda.

― Il faut que vous sachiez, j'aimerais beaucoup accepter votre proposition si c'est ce que vous voulez vraiment et plus que tout encore, si quelque part dans cette expérience, je puisse vous permettre de progresser dans votre art. Mais quoi qu'il arrive, je ne pourrai jamais toucher votre lame, tout comme elle ne tranchera jamais rien. Ce n'est pas vraiment en adéquation avec votre travail, votre art, je le crains, tout comme je ne suis pas destiné à suivre la Voie du guerrier.

Il parvint à sourire cette fois-ci. Lui avouer tout cela faisait naître en lui comme une sorte de soulagement, il ne voulait en aucun cas lui donner de fausses illusions, le guider vers un mauvais chemin, un de ceux qu'il n'aurait pas voulu suivre, mais qu'il eut pris à cause de quelque tromperie.

― Quelle que soit votre décision, je serais ravi que vous forgiez une lame pour mon frère et même si vous ne la considérez pas assez bien à vos yeux, elle sera toujours pour moi l'un des fruits uniques de votre merveilleux talent.



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MessageSujet: Re: Visite impromptue Lun 11 Avr - 19:25

Il était clair que l'héritier des Maeda se trouvait encore choqué de l'accident dont il était la source et qui n'avait eu pour effet que de le blesser lui-même, aussi bien dans son corps que dans son amour-propre, du moins était-ce ce qu'il laissait entrevoir. Cependant, si le choc était visible, au moins cela ne l'empêcha pas de parler le moins du monde, offrant à chaque mot qu'il prononçait un nouvel élément à la collecte dont le chien blanc avait parlé plus tôt.

Ce dernier ne pouvait plus se dépeindre d'un sourire sur lequel venait se mêler la mutinerie dont il était coutumier, ainsi qu'une affection pour son homologue qui lui plaisait à chaque instant de plus belle que le précédent. Kanzen, comme Yaiko au vu de sa posture, restait aux aguets des mouvements du jeune noble pour sa sécurité et ne manqua pas de hausser un sourcil à la description de cette étrange maladresse faite malédiction dont il se disait affublé.

Cette dernière pour autant ajoutait de l'eau à son moulin et il se creusait dors et déjà les méninges de la façon dont il allait rendre hommage à cet homme tout particulier. Mille et une idées fusèrent dans son esprit tandis que Ryohei l'abreuvait d'éléments à son sujet, en toute sincérité et pour le plus grand honneur et un certain plaisir du Fukyuu de sang.

Ainsi, il fut impossible à ce dernier de rebondir sur les propos de son interlocuteur de façon immédiate, préférant le laisser à la libération de ses mots ce qui eut d'ailleurs un effet visible sur l'artiste qui paraissait s'apaiser au fur et à mesure de son léger discours. Lorsque ce dernier fut fini, son expression était radieuse et il s'écria alors, manquant de faire sursauter sa domestique par cet enthousiasme soudain :

Ah ! Alors c'est entendu et vous ne serez pas venu pour rien, Maeda-san ! Je ferais cette arme d'honneur pour votre frère et trouverait le miens dans le choix que vous fîtes pour sélectionner votre artisan.

Il mit son visage dans entre ses mains et posa ses coudes sur ses genoux dans une attitude enfantine lorsqu'il poursuivit avec un soupçon de malice dans la voix :

Vous n'avez pas à me remercier ni à vous excuser pour quoique ce soit. Et puisque vous dites que vous ne pouvez pas refuser, alors faisons comme cela… Je vous ferais une lame. Celui que vous pourrez porter sans risque pour vous ou votre entourage. La marque de mon intérêt à votre égard… Et de mon respect tout autant.

Ses traits changèrent doucement, glissant vers un masque d'amusement étrange mêlé d'un soupçon de défi, il enchaîna alors :

Je suis moi-même un… simple Kuge, non un guerrier. Le sabre n'est pas l'expression seule de nos samouraïs protecteurs, Maeda-san. Si je puis me permettre d'en faire mon art, il ne peut être exclusivement dédié aux bushis. Je porte sur moi mon katana en symbole de la noblesse de mon sang et il n'est pas dédié à heurter qui que ce soit. Je le maudirais un certain temps, à ce sujet, d'avoir osé vous toucher de la sorte…

Une ombre fugace passa sur son regard lorsqu'il avisa un très court instant l'épée puis il revint, lumineux derechef.

Mais fi ! La lame est le reflet de son propriétaire. Il me suffit donc de parvenir à cerner celui que vous êtes et je pense pouvoir y parvenir avec votre concert. Façonner le fer que vous pourrez porter et toucher est un défi que j’apprécierais de relever.

Il se frotta le menton, révélant ses dents, particulièrement intéressé et ajouta alors :

Vous tenez là quelque chose, Maeda-san. Une lame qui ne tranchera jamais rien…

Il se leva soudainement et marcha au travers de la salle, perdu dans ses pensés, laissant perplexe sa suivante qui ne savait plus réellement où se mettre vis à vis des gestes de son seigneur excentrique. Ce dernier faisait dorénavant les cent pas sans ne plus sembler faire attention à son invité. Puis il s'arrêta aussi soudainement qu'il avait débuté son étrange marche solitaire et clôtura simplement :

Avez vous d'autres projets en ce moment ? Un katana digne de ce nom mérite un mois… Tout au plus… Mon atelier peut me permettre de lancer la conception de deux lames simultanément, ainsi, celle de votre frère aura au moins le droit à un traitement décent avant de se finaliser avant celle que je vous dédierais, celle-ci sera plus longue à produire cependant. Resteriez vous disponible les deux mois à venir, Maeda-san ?

Il avait tourné son visage vers son interlocuteur et levé un sourcil dans l'unique attente de la réponse qui viendrait. Pour autant, il finalisa ainsi dans un sourire radieux :

Nous allons beaucoup avoir à parler. Je vous serais particulièrement gré si vous acceptiez l'hospitalité de ma demeure pour un temps, en vérité.
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MessageSujet: Re: Visite impromptue Mer 27 Avr - 23:18

Le poids de ses mots s'était fait lourd dans sa gorge et dans sa bouche, lui dire toutes ces choses avait été difficile et il s'était senti encore un moment lesté comme s'il lui était impossible de se libérer de toute cette tristesse qu'il avait laissé sombrer en lui. Il avait voulu cacher toutes ces choses, les enfouir en plus profond de lui-même pour les oublier, puisqu'il ne pouvait s'y dérober que partiellement. Les faire remonter à la surface, ne serait-ce que pour alléger un peu son cœur, juste pour un petit moment, semblait avoir été un effort considérable. Finalement, il se trouva dans une situation étrange où il sentait l'effet de ces deux choses complètement contradictoires, jusqu'à ce que son côté optimiste reprenne définitivement le dessus.
Alors que Kanzen commençait à répondre à son trop long discours qui avait surtout sonné comme un aveu, il en profita pour se réinstaller de manière un peu plus décente et pour mettre davantage d'ordre dans son esprit. Cet homme en face de lui ne méritait certainement pas de le voir dans un état pareil, il méritait qu'on lui offre une bonne compagnie et que l'on soit avec lui un ami sincère. Ryohei espérait qu'il ne ferait plus de faux pas et qu'il saurait petit à petit effacer ces drôles de souvenirs par d'autres, de bien meilleure qualité.

Il lui avait en tout cas offert un merveilleux sourire lorsqu'il lui annonça qu'il acceptait de forger une lame pour son frère. C'était là la raison de sa venue et il fondait dans ce cadeau le profond espoir de nouer des liens un peu plus solides avec son aîné.

― Je vous remercie, se contenta-t-il de glisser simplement, de peur de l'interrompre de trop dans ses paroles.

Il ignorait sans doute à quel point il pouvait lui être reconnaissant, ni toutes les attentes qu'il avait pour ce travail que Kanzen allait faire. Peut-être que lui aussi, il pourrait prendre cette tâche à cœur, plus que pour une simple requête.
Et puis il sourit à nouveau quand il lui parla de la lame qui serait pour lui, mais en se montrant un peu plus timide et effacé, cette fois. Il se réjouissait pourtant de tout cela, sachant quelque part au fond de lui que cela devait vraiment faire plaisir à Kanzen. C'était un échange équitable et favorable à tous deux, chacun ayant accepté la requête de l'autre. Mais il était aussi curieux, curieux de voir comment serait cette arme qui ne blesserait pas, comment cela pouvait être vraiment possible. Allait-il faire une lame qu'il n'aiguiserait pas ? Serait-ce alors un véritable travail pour cet artiste de renom ? Et n'allait-il pas trouver quand même le moyen de se blesser avec ? Au fil de toutes ces années, Ryohei se sentait parfois capable de toutes les maladresses, surtout avec ce genre d'objets qu'il avait presque fini par redouter.

Mais il ne s'inquiétait pas, il se sentait même de plus en plus fier et ravi à cette idée, cette pensée qu'il aurait lui aussi un jour sa propre arme et mieux encore, celle qui lui correspondait. Lorsque Kanzen aurait fini son travail, comment allait-il pouvoir le remercier ?

Puis, quand le jeune homme se mit à lui parler un peu plus de lui, il se sentit légèrement amusé. Lui, un simple Kuge ? Il était vrai qu'il n'avait pas été fait samouraï, mais il pensait sincèrement qu'il valait bien mieux que beaucoup d'entre eux et que s'il le devenait un jour, il ne pourrait sans aucun doute faire qu'un excellent guerrier. Il se demandait d'ailleurs pourquoi il n'avait pu suivre cette Voie, était-ce une volonté de sa part, un refus de sa famille, une toute autre raison ?
Mais il n'osa pas lui poser la question. D'autant plus avec la suite de ses paroles. Une lame, le reflet de son propriétaire ? Il se demanda un bref instant si Kanzen allait le blesser un jour, tout comme l'arme avait entaillé sa main aujourd'hui… Mais ce ne serait alors qu'un accident et puis, en regardant bien les choses, est-ce que ce ne serait pas lui plutôt qui pourrait se blesser au contact de Kanzen ? Il rougit légèrement à cette pensée un peu bizarre et la chassa presque aussitôt de son esprit.

Muet pour un petit moment encore, il resta là à l'admirer dans son élan, visiblement déjà passionné par ce nouveau travail et débordant d'idées en tous genres. De ce côté-là, ils se ressemblaient énormément. Combien de fois n'avait-il pas eu ce même éclat étincelant dans les yeux, fait les cent pas, le visage tout entier tourné vers une multitude de pensées qu'il fallait alors trier pour en tirer le meilleur ?
Un peu rêveur, il se sentit lui-même emporté par son effervescence et avait envie de se mettre à son tour à créer quelque chose, n'importe quoi, quel que soit le genre, mais quelque chose qui lui plairait et le passionnerait tout autant. Il se mit donc à flotter un instant dans ses propres rêveries et commençait déjà à saisir au loin quelques idées auxquelles il aimerait se consacrer quand son interlocuteur l'en tira brusquement.

Étonné tant il ne s'attendait pas à cela, il resta d'abord interdit avant de s'empresser de lui répondre, ne voulant pas être d'un silence pénible.

― Eh bien j'ai effectivement quelques projets, mais rien qui ne me rende vraiment indisponible, il s'agit avant tout de calligraphie. Tant que j'ai mon matériel avec moi, le lieu importe peu et ça ne m'empêchera que rarement de pouvoir converser.

Bien au contraire, cela lui ferait d'autant plus plaisir, lui qui était bien trop accommodé à sa froide solitude ! Une fois l'effet de surprise passé, cette demande lui faisait vraiment chaud au cœur. Sa famille n'était presque jamais là, ses récentes périodes de maladie l'avaient coupé du monde par intermittence, si bien qu'après avoir à peine connu quelques personnes à la cour, il n'avait pas eu l'occasion d'affermir ces liens trop fragiles. Sa timidité parfois dévorante et ce silence forcé dont il était fort honteux ne l'avaient pas aidé dans ses affaires et l'avaient laissé à la dérive. Pour être des plus sincères, il aurait même pu dire qu'il était et se sentait terriblement seul et que la plupart de ses liens n'étaient au final que les lettres qu'il recevait de ses lointaines correspondances.
Ces derniers temps, il n'avait eu pour seules occupations que son acharnement à la calligraphie et quelques promenades pour profiter de l'air frais et de la ville, des choses qu'il aimait de tout cœur, mais qui n'étaient malheureusement pas suffisantes à son bonheur.

― C'est une offre très aimable et très généreuse que vous me faîtes. Si tel est votre désir, alors c'est avec un grand plaisir que j'accepte, poursuivit-il, assez enjoué et lui offrant un de ses plus beaux sourires. J'aurai besoin bien sûr de récupérer quelques affaires, mais rien de très encombrant.

Non, Ryohei n'allait pas prendre de place ici ! Il se ferait même tout petit s'il le fallait tandis qu'il n'avait qu'une seule certitude : il ne pourrait que se plaire ici, aux côtés de cet homme à peine plus âgé que lui, mais qu'il trouvait déjà si talentueux.

― J'ignore de quelle manière vous voulez procéder, mais si vous avez des questions, je m'efforcerai d'y répondre avec autant de sincérité que possible, ajouta-t-il plus doucement, hésitant, peut-être.

Il ne pouvait dire ce qu'il en serait, non, il savait que cet exercice ne serait pas des plus faciles. On lui avait toujours appris à faire bonne figure, à préserver les autres d'un tempérament qui pourrait déplaire, à être avant tout de bonne compagnie plutôt qu'un compagnon honnête. Et s'il n'avait pas pour principe de mentir, il savait déjà en temps normal éluder et déguiser ses propres sentiments, lorsqu'on ne le déstabilisait pas avec une force qui lui était inconnue. Oh, ce n'était pas pour tromper, mais simplement par soucis de bienséance et par bonté généreuse, il voulait avant tout être agréable et plaisant aux yeux des autres et n'hésitait jamais à mettre à profit toutes ses leçons de kuge en devenir pour cela.
Ainsi, il lui sourit de plus belle, lui offrant un visage avenant, bien loin de celui de toute à l'heure qui s'était montré affolé et désemparé. Même ses joues en avaient perdu toutes traces.



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MessageSujet: Re: Visite impromptue Ven 29 Avr - 10:34

L'ambre des iris du sang pur des neiges n'aurait pu manquer la façon dont son homologue de la noblesse du clan le regardait, même si on lui eut ôté la vue. Il se demanda si dans ses regards pour Ryohei pouvaient se ressentir autant de respect et de passion à son égard que ce-dernier semblait avoir pour lui et il l’espéra sincèrement de tout cœur, car rien n'était plus proche de la vérité que cela.

Mais tout ceci se relégua de façon bien secondaire dans le chemin de ses pensées, tant il fut transporté de joie lorsque sa proposition étrange, pour cette deuxième entrevue seulement, avait été acceptée avec spontanéité et sans que cela ne gêne l'artiste le moins du monde. Cela allait même au-delà en vérité, il pouvait lire la reconnaissance dans les expressions du calligraphe, ce fait précis l'intrigant au plus haut point.

Les idées de la façon dont il allait pouvoir l'accueillir affluaient en tout sens dorénavant qu'il avait reçu une réponse affirmative et il se mettait à tourner le regard dans la pièce, comme si il pouvait voir au travers des murs de papiers de riz pour déceler laquelle des pièces de la vaste propriété familiale deviendrait le bureau et la chambre de cet hôte estimé entre tous. Il revint rapidement à son invité, les mots de ce dernier pareils au flot d'un bras fragile de rivière, mais dont l'écoulement des eaux apaisait les sens et s'y laissa quelque peu dériver avec délice.

Les derniers qu'il prononça alors emballèrent Kanzen, sa corde d'esthète ayant été pincée avec une infinie précision bien qu'il ait déjà apporté plus d'un indice à son procédé créateur, du moins, celui tout particulier qui lui permettait parfois d'aller bien au-delà de son propre talent, mû d'une inspiration qu'il ne ressentait qu'auprès des êtres qui s'accordaient à merveille vis à vis de son cœur.

Enfin, il plissa ses paupières de façon espiègle tout en répondant au sourire qui lui fut fait pour toute conclusion de ses réponses à ses nombreuses questions, laissa passer l'instant et se mis à battre des joyeusement des mains soudainement, provoquant un sursaut de surprise de Yaiko.

Ne prêtant pas plus d'attention à cela et aux traits accusateurs qu'elle lui adressa à cet instant, il se réinstalla face à son fascinant interlocuteur, croisant ses jambes sous sa longue personne, ses dents à moitié révélées par la ligne que ses lèvres ouvrirent avec douceur. Tout à cette chaleur qu'il adressait au descendant des Maeda, il se laissa aller à sa joie face à la réponse affirmative qui lui avait été faite d'une voix pareille à celle d'un rayon de soleil sur les flancs des montagnes enneigées :

Vous nous honorez, ma maison et moi, Ryohei-san, tant et si bien qu'il m'est plus qu'étrange que nos familles ne soient pas devenues amies plus tôt. Votre présence sera une richesse inestimable entre mes murs, et il va de soit qu'elle trouvera en ce domaine tout ce qu'elle pourrait désirer. Faites venir tout les éléments nécessaire à votre occupation, ma demeure est bien trop vaste pour le seul homme que je suis et mes quelques serviteurs.

Le peu d'autres Fukyuu-nés qui auraient pu se trouver ici se nichant entre les murs de Kyuden Yuki, aussi la place est si commune par ici qu'une garnison entière de nos armées pourrait s'y trouver logée sans que ses guerriers ne se croisent obligatoirement tout le jour. Et mes gens seront des plus ravis de servir un autre que moi, avec toute les excentricités dont je me sais capable. Peut être voudront-ils vous suivre le jour où vous quitterez mes murs, mon devoir accompli, bien trop contents de trouver en vous un maître bien moins fatiguant !


Son rire sonna clair dans la pièce, le rouge montant aux joues de la proche suivante de l'artisan. Il se reprit alors et poursuivit sans rien avoir perdu à son engouement :

Et j'insiste, tout le plaisir est pour moi que vous puissiez accepter ainsi ma si prompte invitation. Et j'ai dors et déjà des questions concernant votre confort… Il me serait cruel de vous laisser transporter vos affaires jusque chez moi. Ne pourrions nous pas envoyer une estafette chez vous afin de demander leur envoi ?

Mes amis ici seraient aussi tout à fait capable de vous épargner cette tâche si vous leur décriviez par le menu ce que vous désireriez retrouver dans mon domaine pour votre plus grand confort et votre effort créateur dont je me languis dors et déjà d'être le témoin. Acceptez aussi ce caprice de ma part, si vous le voulez bien. Vous imaginer à nouveau comme vous êtes arrivé à ma porte me déchirerait le cœur.


Bien qu'il l'eut dit avec le sourire, il était clair qu'il était totalement sincère à ce sujet. Le souvenir de l'état de Ryohei le poussa même à prier sa domestique de leur apporter un nouveau thé et un grand renfort de confiseries. Puis il en revint à son visiteur, son charme d'être ainsi face à lui n'ayant quitté ses traits en rien, il s'attaqua à la partie la plus intéressante de la curiosité exprimée par l'artiste :

Ma manière de procéder est toute aussi simpliste qu'elle pourrait vous paraître complexe, je suppose. Comme je le disais, je ne dois rien ignorer de vous et la chose est réciproque. Je vous vois déjà comme un ami cher, mais cela va encore bien au-delà. L'étiquette que nous pourrions avoir en publique et de laquelle on nous abreuve depuis notre plus jeune age, Maeda-san, n'aura pas sa place entre ces murs.

Les apparences n'ont aucune espèce d'importance, seule la clarté limpide de la vérité devra être notre langage et notre manière de communiquer. Vous voir à l’œuvre de votre merveilleux art me semble une pièce des plus solide à mon édifice. Nos discussions seront nombreuses et risqueront peut être de vous sentir à l'étroit en ma compagnie, je le déplore et espère le contraire, bien entendu, mais je ne peux parier sur une vision si optimiste de la chose.

Vous deviendrez mon sujet d'étude et ma passion, il n'est rien que je ne puisse ignorer à votre propos. Bien évidement, je serais aussi vrai et prêt à éclairer la moindre de vos lanternes en ce qui me concerne et en juste retour des choses. Je prie simplement les Kamis que Fukyuu Kanzen ne se révèle pas d'un entourage désagréable à vos sens… Cela m'attristerait profondément.


Il avança alors son visage, se penchant légèrement en direction de son interlocuteur, l'ambre de ses iris brillant d'un intérêt évident et clôtura enfin son long monologue chantant :

Je ne veux rien vous imposer qui vous soit incommodant ou déplaisant. Il m'est une certitude que votre présence et la proximité que je vous demande me sera un ravissement de chaque instant. Mais vous, Maeda-san… Vous sentez vous prêt à tout cela ?
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MessageSujet: Re: Visite impromptue Dim 1 Mai - 3:45

La joie qui s'empara de son hôte à l'instant où il accepta sa proposition fut comme un cadeau qu'il semblait ne pas mériter, mais qui l'envahit d'un bonheur qu'il n'avait pas connu depuis longtemps. C'était bien la première fois qu'on se réjouissait autant de sa présence et il lui aurait fallu un temps infini pour le remercier de cet intérêt qu'il lui portait. Ce fut à ce moment-là peut-être qu'il réalisa à quel point toute cette admiration et ce plaisir d'être à ces côtés étaient des sentiments qu'ils partageaient tous deux. Ryohei aurait certainement pu pleurer de joie, s'il n'avait pas réussi à contrôler suffisamment les émotions qui se reflétaient à la surface de son visage.
Sa chance devait être immense pour qu'il ait réussi à attirer autant d'amitié de la part de cet homme qu'il admirait avec tant de force. Il était donc plus que tout ravi d'avoir osé accepter son invitation et le poids de sa solitude semblait maintenant avoir totalement disparu de ses épaules. Il commençait déjà à imaginer ce que pourrait donner cette amitié naissante et qu'ils voulaient tous deux plus que tout renforcer, sans jamais réussir à saisir la force du lien qui pourrait un jour les unir. Mais envisager toutes ces choses-là était déjà plus que suffisant à son bonheur.

Tous deux semblaient chacun s'être envolé dans leurs propres pensées respectives, anticipant sans doute ce qui allait se passer et la manière dont il faudrait organiser les choses. Ryohei, lui, ne pensait qu'à ce nouveau bonheur qui lui paraissait trop irréel pour être vrai. Pourtant, il n'avait pas besoin de se pincer pour être sûr de ce qu'il s'était passé. Il arborait un grand sourire, sa maladie était partie pour un temps, il avait grandi et le monde acceptait enfin de s'ouvrir totalement à lui et lui offrait cette félicité qu'il avait plus que méritée.
Seul le claquement parvint à le faire sortir de la bulle de son imagination et il recentra alors toute son attention sur Kanzen, lui souriant de plus belle lorsqu'il se mit à parler.

Son cœur se serra lorsqu'il apprit qu'il vivait la même situation que lui, seul dans une grande maison avec pour unique compagnie les domestiques. Ryohei n'avait rien contre son personnel, mais il ne s'agissait ni de famille, ni d'amis, deux choses dont il avait toujours eu cruellement besoin et qui lui avaient presque toujours manquées. Kanzen ne semblait pas vivre si mal cet état des choses, mais il aurait voulu qu'il n'en soit pas ainsi, qu'il soit toujours bien entouré : il le méritait très largement.

— Je vis moi-même seul dans ma grande demeure, ma famille étant toujours mandée ailleurs et c'est là une bien triste solitude. J'espère que ma compagnie saura briser cela, même si je suis un homme plutôt discret, répondit-il simplement, essayant de se livrer à cette sincérité qui lui était demandée, quand il n'aurait d'habitude jamais osé prononcer une chose pareille, de peur de mettre son hôte dans l'embarras.

Puis il fut question d'affaires d'ordre plus pratique, alors qu'il répondait à sa nécessité d'avoir à amener quelques affaires à lui. Toutes ses propositions étaient pleines de générosité, mais aussi d'inquiétude et de réalité. Ryohei savait bien lui-même à quel point il pouvait parfois se fatiguer vite et qu'il serait plus sage de confier cette quête à des personnes en parfaite santé, mais il n'était pas sûr que tout cela soit très efficace.

— C'est très gentil de votre part, mais je pense que j'aurais quand même besoin d'être présent pour réunir mes affaires, d'ici, je ne suis pas sûr de savoir quelles sont exactement les choses dont je vais avoir besoin et je risque d'en oublier bon nombre, forçant vos serviteurs ou les miens à d'incessant allers-retours inutiles. Je préférerais donc rentrer chez moi, mais rien ne vous empêche de m'accompagner si le cœur vous en dit et je vous promets que je ferai attention à ne pas trop me fatiguer. Et puis, je ne pense pas que ce soit tout à fait urgent, pour l'instant.

Il sourit à nouveau et remercia Yaiko qui venait de leur apporter un peu de thé et quelques gâteaux, dont il en mangea un ou deux, accompagnés d'une gorgée du breuvage chaud, tout en écoutant les explications de son interlocuteur. Il fut aussi surpris qu'heureux de l'entendre dire qu'il le considérait déjà comme un ami cher, ne cessant encore et toujours de se demander ce qu'il avait fait pour mériter tant d'amitié de sa part, ni de remercier les Kami pour ces merveilleux instants qu'il partageait à ses côtés.
Le jeune homme écouta attentivement la description de ce qu'allait être leur vie pour les jours à venir et il acquiesça de temps à autre en silence, jusqu'à ce que son tour de prendre la parole arrive. Mais il n'était pas tout à fait sûr de saisir toute la subtilité de ses mots, de leur sens et surtout, de savoir ce que tout cela allait impliquer.

— Je… Je n'en suis pas tout à fait sûr… je ne pourrais pas vous répondre avec exactitude… Mais… Et il releva son visage qui s'était muré derrière quelques profondes pensées, lui adressant alors un sourire clair et un regard doux. Mais nous verrons bien, je ne peux pas vous dire à l'avance comment les choses se passeront, mais je ferai de mon mieux pour vous aider dans votre œuvre et je souhaite de tout cœur, autant que vous, que nous partagerons ensemble de merveilleux instants. Je vous montrerai tout ce qu'il vous plaira concernant ma calligraphie et mon travail d'historien, cela me fera même très plaisir de pouvoir partager cela avec vous, Fukyuu-san.

Quel ravissement ce serait pour lui de dévoiler son travail – qui se trouvait aussi être une passion – à quelqu'un d'autre qu'un maître sévère qui ne serait venu que pour le juger froidement ? Il avait bien sûr bien des progrès à faire en terme de qualité, de maîtrise et de technique, mais en ce qui concernait son imagination et ses créations, il préférait mille fois mieux les critiques et remarques d'un ami. Aujourd'hui, il pouvait constater avec plaisir qu'il en aurait toujours un à ses côtés pour cela.

— Et vous, pensez-vous que vous pourriez me montrer un peu plus de votre art, plus qu'avec de simples mots ou explications ? J'ai bien souvent entendu les sabres à travers leurs maîtres samouraï, mais jamais à travers celui qui les a créés.

Déjà suffisamment historien dans l'âme, il aimait croiser les informations de différentes sources avec différents points de vue et était impatient de voir son ami à l’œuvre, de pouvoir comprendre davantage ces lames qui le fascinaient tant grâce à lui. Kanzen allait bien vite réaliser à quel point il pouvait être curieux.



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MessageSujet: Re: Visite impromptue Dim 8 Mai - 19:51

Alors que la voix de son interlocuteur entreprenait de répondre à ses mots, Kanzen se sentit profondément affecté par la solitude manifeste et décrite par Ryohei. Il ne se sentait pas triste de ce fait pour sa part, le peu de Fukyuu encore vivants ne s'occupant pas de lui, ni depuis les flancs montagneux du Palais de la Capitale, ni depuis Birei pour ceux qui s'y trouvaient. Il avait fait de ses suivants ses amis et plus encore, concernant certains, s'en trouvant parfaitement heureux de cela.

Le fait n'enlevait rien à la joie qu'il ressentait d'accueillir le fragile artisan, sentiment renchéri par l'accord qui lui avait donné et la chaleur avec laquelle il l'avait manifesté. Il ne put refréner une légère inquiétude de passer sur son visage lorsque le kuge lui assura devoir lui-même procéder à son  déménagement temporaire et la réponse à son invitation à l'accompagner lui paru tout à fait évidente.

La réaction de l'héritier des Maeda face à la description du processus relationnel ouvrant à la pleine mesure de la créativité de Kanzen ne manqua pas d'élargir son sourire tant elle l'amusa. Car lui-même était bien conscient qu'il ne s'agissait pas d'une science exacte, mais uniquement des hypothèses qu'il avait conçu à la lumière de ses essais et ses rares réussites. Son katana était clairement son propre reflet et il avait été d'une simplicité enfantine à concevoir, tant sa connaissance à son propre sujet était large.

Il ne voulait pas parler du wakizashi qui restait enfermé dans un meuble, sur un portoir, symbole des bushi et de la caste militante de la noblesse qu'était celle des Samouraï et dont il ne faisait guère parti. C'était l'image de la seule personne qui s'était laissée approcher comme il l'avait indiqué, peut être même beaucoup plus qu'il n'en avait été nécessaire et avait participé à une partie de la compréhension du forgeron pour son art.

Le sang-pur ne put en vouloir à son homologue de ne pas pouvoir être catégorique quand au relationnel qu'ils pourraient entretenir, mais il s'éclaira lorsque ce dernier lui accorda la démonstration de ses talents et d'un trait de sa personnalité auquel il n'avait plus pensé. La culture du géant des glaces n'avait guère à rougir à propos de l'histoire des siens et de celle de Yokuni tout entière, mais Ryohei était tout à fait indiqué pour lui apporter des éléments dont il était ignorant.

La matière en soit ne l’intéressait pas autant que cela, pourtant,  d'imaginer le jeune homme lui faire la leçon n'aurait pu le rendre plus joyeux qu'il le devint à cette nouvelle. Enfin, la dernière question de son vis à vis n'aurait pu l'enchanter outre mesure, ses dents se révélant à nouveau dans leur blancheur nacrée, il ne put s'empêcher de reprendre la parole face à la demande, comme il était pressé de lui indiquer une partie du processus créateur dont il avait dressé le cahier des charges un peu de la façon dont il le voulait :

Il va de soit que vous en serez le témoin direct, Maeda-san. Les mots ont leur limite dont les actes ne s'encombrent pas, effectivement. Ma joie serait infinie si vous parveniez à vous investir de chacune des parcelles de la renaissance que l'acier aura entre mes mains, ce serait même pour moi un honneur que de vous partager ceci.

Tout en énonçant la fin de ces termes, il se redressa et s'étira, les poings plaqués sur ses reins et s'étendant de toute sa haute taille. Puis il plaça ses mains sur ses hanches, comme si il y-avait fort à faire, ce qui devait probablement être le cas. Dans ses yeux brillaient une flamme atypique du stoïcisme Fukyuu lorsqu'il reprit la parole :


Ne vous en faites pas pour la façon dont les choses se dérouleront. J'ai toute confiance dans le fait que votre esprit d'auteur ouvrira ses portes à toute la sincérité requise pour alimenter ma créativité. Et je ferais de même pour inspirer la votre, tant il me tarde de vous voir à la production de l'une de vos œuvres, quelque forme puisse-t-elle revêtir. Qui plus est, vous m'honoreriez en m'apprenant plus que ce que je ne sais déjà à propos de notre passé.

Kanzen se rapprocha de son homologue et lui prit délicatement les mains dans les siennes, non sans s'être accroupi au préalable, entrant intentionnellement dans son espace personnel et radieux dans son expression, puis il poursuivit :

Il me faut aller en ville pour obtenir le métal qui deviendra l'âme de votre frère et  mon don à la votre, si vous pensez devoir vous rendre chez vous pour réunir vos biens, je vous laisserais y aller avec ma douce Yaiko et quelques autres amis à mon services dès que vous jugerez nécessaire de vous y rendre. J'ai en ma possession une chaise à porteur que je n'aime guère utiliser, mais qui vous protégera du mal durant ce trajet jusque chez vous. Mes gens ne sont pas aptes à la soulever et je ne le souhaite pas non plus, mais mon amie si-présente ira louer les bras de quelques honnêtes travailleurs pour vous épargner la moindre fatigue que je ne saurais tolérer.

Il passa ses pouces légèrement sur le dos des mains de son convive puis les libéra, se relevant dans le même mouvement et faisant mine de sortir de la pièce, comme si le fait était acquit. Sa suivante, croyant comprendre le geste se redressa à son tout pour aller à sa suite, mais dans son demi-tour, se heurta au dos de son maître.

Ce dernier se retourna non sans l'aviser avec affection et lui prit doucement le menton entre son pouce et son index droit avant de lui embrasser le front, la poussant au spectre le plus profond du rouge que des traits pouvaient avoir, mais il ne lui laissa pas le soin de rétorquer face à cet acte des plus intimiste qu'il venait de lui imposer :


S'il te plait, Yaiko-chan, pourrais tu veiller au bien de cet homme pour moi ? Il m'est particulièrement précieux, comprends-tu ? Je ne pars pas longtemps, c'est une promesse. Si d'aventure mon invité souhaite se rendre à sa demeure tandis que je ne suis pas rentré, suis le sans attendre avec les nôtres.

Sans paraître gêné le moins du monde par ses propres actes, il retourna à nouveau son attention vers son merveilleux hôte et termina :

Si cela ne vous dérange pas, Maeda-san, évidement. Je ne peux plus retenir mon enthousiasme de me remettre à nouveau au labeur pour un être tel que vous, aussi je me dois d'aller marchander le fer au plus vite, car il me faudra un temps infini pour trouver la matière dont la douceur égale celle de vos mains. Bien entendu, vous pouvez rester ici le temps qu'il vous plaira, ces murs sont les vôtres durant mon absence, profitez donc pour visiter la maison des Fukyuu si le cœur vous en dit. Il n'est évidement aucun lieu sur lequel vous ne pourriez pas poser vos yeux ici.

Puis il libéra le visage de sa servante et disparu par delà le seuil de la pièce, non sans prendre congé d'une humble révérence pour Ryohei.
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MessageSujet: Re: Visite impromptue Jeu 12 Mai - 0:38

Était-il possible que son sourire étincelant puisse s'effacer à un moment de son visage ? Ryohei bénissait autant cette journée au château qui leur avait permis de se rencontrer que cette idée qu'il avait eue de lui rendre visite et ainsi que le courage dont il avait été capable pour le faire. Il avait peut-être bravé le froid, abîmé pour un temps sa santé, mais ce n'était probablement que justice pour ce cadeau inestimable que la présence de Kanzen lui offrait à chaque seconde. Pouvait-on rencontrer quelqu'un capable de manifester autant de gentillesse à son égard, d'éprouver autant de plaisir en sa compagnie ?
Modeste comme il l'était, Ryohei savait très bien qu'il n'était qu'un jeune homme timide, ignorant des relations sociales et ennuyeux comme tout. Et pourtant, sa présence semblait toujours mettre en joie son interlocuteur et il réussissait si bien à le mettre à l'aise, qu'il avait l'impression d'en être transformé, pour le meilleur, bien évidemment !

Ryohei ne pouvait qu'être admiratif devant son aisance innée et sa façon si naturelle d'exprimer ses émotions quand lui préférait se cantonner au silence et garder ses sentiments pour lui, de peur de mal faire. C'était après tout son caractère et il se devait bien de l'accepter, mais il aurait aimé pouvoir se mouvoir ainsi, tant il lui semblait libre et enjoué.

Ses réponses le ravirent parfaitement et pour cette fois, il n'eut pas de peine à montrer la joie qu'il éprouvait, se laissant même aller à un petit rire, plein de gaieté.

— Il me tarde de découvrir dans vos gestes cette aptitude qui rend vos créations aussi merveilleuses !

Le jeune homme ne pouvait pas croire à sa chance. On pouvait dire qu'il ne connaissait strictement rien à cet art tout particulier et il était certain qu'il aurait l'occasion d'apprendre énormément de choses à ce sujet, surtout quand on voyait à quel point Kanzen pouvait être bavard ! Avec un peu de chance, peut-être qu'au bout de cette longue observation, il saurait comprendre ce qui rendait son art unique et les subtilités qu'il était incapable d'imaginer pour le moment.

— Puisque je vais habiter ici, vous aurez très rapidement l'occasion de me voir à l’œuvre, mon travail m'occupe toujours de nombreuses heures dans la journée. J'espère simplement que cet art immobile ne sera pas trop ennuyant pour vous.

À peine son sourire tenta-t-il de s'effacer qu'il resurgit à nouveau. Non, il ne lui laisserait pas l'occasion de s'ennuyer, ils pourraient toujours discuter des choses qui les passionnent, Ryohei n'en doutait pas une seule seconde tant la conversation semblait déjà facile avec lui. Il avait même du mal à s'imaginer ce qu'il en serait plus tard, lorsqu'ils se connaîtraient assez pour être vraiment proches. Était-ce au moins possible d'améliorer cela ?

Il hocha la tête pour acquiescer lorsqu'il lui parla de ses achats de matières premières. Ryohei avait très envie de l'accompagner, mais il n'en dit rien. Il était clair que Kanzen s'inquiétait de son état de santé et qu'il ne voulait pas le voir errer sans fin dans les rues de la ville ; il avait sans doute raison à ce sujet, mais lui n'était pas encore assez sage pour vouloir toujours s'y plier. Mais il préféra quand même refréner cette envie, pensant alors qu'il devrait bien avoir l'occasion de faire cela, un peu plus tard.

— Très bien, j'espère que vous trouverez assez facilement ce précieux métal. J'utiliserai la chaise à porteur si cela peut vous rassurer, il est vrai que nos demeures ne se trouvent pas tout à côté.

Malheureusement, pensait-il, mais ce n'était plus important maintenant qu'il pourrait être avec lui tous les jours. Il s'était décidé à écouter la voix de la raison, préférant largement pour le moment soigner cette nouvelle amitié plutôt que de se laisser porter par cette imprudence née de son enfermement. Il finirait par s'y livrer inexorablement, incapable de profiter modérément de sa bonne santé lorsqu'elle revenait à lui et ne regrettant jamais d'en payer le douloureux prix.

Inconsciemment, il avait doucement serré les mains de Kanzen, comme s'il avait voulu prolonger cet instant encore un peu, avant de les laisser s'évader loin de lui. Puis il se leva à son tour, sentant bien que le moment de leur séparation allait arriver d'un instant à l'autre. Lorsqu'il fit rougir sa servante avec ses manières des plus extravagantes, Ryohei ne put s'empêcher d'éclater de rire. Décidément, il n'y avait que lui pour être capable de faire des choses pareilles !

— Cela me ferait mal au cœur de restreindre cette ardeur qui vous va si bien et je suis moi-même impatient de vous voir à l’œuvre, Fukyuu-san ! S'exclama-t-il, enthousiasmé par un Kanzen si communicatif. Je vous attendrai et en profiterai pour me familiariser un peu plus avec votre belle demeure.

Saluant courtoisement son ami, il lui offrit son dernier sourire de la journée avant qu'il ne s'éclipse de son champ de vision. Puis, se tournant vers Yaiko, il s'inclina à nouveau.

— Je m'en remets à vos bons services, Yaiko-san.

*

La demeure de Kanzen était sans aucune contestation d'une richesse et d'une taille qui dépassait bien celle de sa famille. Ainsi, il avait passé un long moment à en admirer les pièces et les décorations qu'on avait toujours placées avec goût. Lorsque la nuit recouvrit la ville de son voile obscur, il se douta qu'il ne rentrerait pas ce soir et, après avoir mangé l'excellent dîner qu'on lui avait préparé, il s'installa dans la chambre qu'on avait choisie pour lui. Elle était sans doute trop grande et trop confortable pour le simple homme qu'il était, mais il ne s'en plaignit pas, sombrant bien vite dans un sommeil réparateur, plus que mérité.
La journée avait été pleine d'émotions et de sources de fatigue, laissant en cette belle soirée le jeune Kuge à bout de force. Pourtant, il n'aurait pour rien au monde voulu qu'il en ait été autrement.

Par chance peut-être, il n'eut aucune séquelle du froid qui avait gelé ses os ni de toute cette fatigue qu'il avait accumulée, comme si son esprit plein de vie avait réussi à balayer toutes ces inquiétudes. Il était encore tôt dans la matinée lorsqu'on l'emmena jusque chez lui, mais Ryohei était impatient de s'installer et plus que tout, il avait besoin de son matériel pour poursuivre ses études.
Une fois qu'il eut averti ses domestiques de son absence et qu'il leur ait donné ses instructions, il passa plusieurs heures à flâner chez lui, indiquant ce qu'il voulait emporter, prenant parfois de longs moments pour réfléchir et choisissant toujours avec soin les ouvrages qu'il allait emmener.

Une fois rentré dans la demeure abandonnée des Fukyuu, il passa certainement deux fois plus de temps à ranger les affaires qu'on lui amenait au fur et à mesure. Il n'avait pas pris des milliers de choses, mais suffisamment pour qu'il n'ait pas besoin de repasser chez lui sans cesse. Puis, toujours sans nouvelle du maître de maison, il occupa le reste de sa journée à la calligraphie, appréciant de retrouver sa sérénité habituelle, quand toutes ces choses nouvelles ne faisaient que perturber son esprit et le fil de ses pensées.
Tout occupé à effectuer ces mouvements qu'il connaissait par cœur et dont il essayait toujours d'améliorer la souplesse et la précision, il ne voyait plus le temps passer et ne s'arrêtait que lorsque la fatigue l'y obligeait.

Ryohei aurait presque eu l'impression d'avoir retrouvé sa solitude habituelle, puisque seuls le décor et les domestiques avaient changés, si son inquiétude avait cessé à un moment de l'habiter. Ce ne fut bien évidemment pas le cas, mais, ne trouvant aucune réponse auprès de ses domestiques et étant incapable de faire quoi que ce soit, il dut se contenter d'attendre. C'était certainement sa quête qui devait s'avérer difficile et qui prolongeait autant son absence. Après tout, s'il avait eu la possibilité de parcourir le monde pour trouver un pinceau inestimable, ne l'aurait-il pas fait sans regrets ? Mais ce n'était là que des pensées pour se rassurer, puisque aucune nouvelle n'était là pour en appuyer la véracité.
Pourtant, un matin, alors qu'il entendit un mouvement inhabituel dans la maison calme, il sut instantanément et, abandonnant aussitôt son travail, il se précipita jusqu'à l'entrée pour accueillir son retour avec sourire des plus éclatants.

— Okearinasai, Fukyuu-san !



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MessageSujet: Re: Visite impromptue Mar 17 Mai - 17:46

Le sujet étant entendu, il ne prit pas longtemps à rassembler quelques affaires puis espèces sonnantes et trébuchantes avant de quitter sa demeure pour trouver une écuries louant ses montures. Il ne fut pas tatillon sur l'animal pourtant de belle espèce et le port altier à la robe crème dont il s'accommoda, sa seule idée en tête étant sa destination.

Il favorisait Yama, le nombre d'écoles de sabreurs s'y trouvant encourageait les forgerons les plus émérites d'y établir leur commerce et les minerais riches embusqués sous la glace et la pierre de ces hauts monts était prisée des mineurs qui trouvaient à leur tour leur compte. Le noble était originaire de ce domaine et même à présent qu'il s'était définitivement installé à la capitale, il lui arrivait par plus d'une fois de revenir sur les terres l'ayant vu grandir.

Malgré son expertise du terrain, il lui fallut une mi-journée pour rallier le district, l'obligeant cependant à faire halte dans une auberge de passage, la nuit ayant surpris son périple. Le pur-sang des Fukyuu se leva de bonne heure afin de visiter les différents ferronniers de sa connaissance et de trouver la matière première qui deviendrait entre ses mains une arme d'honneur et une autre de cœur.

Si il ne fut pas difficile pour l'acier qui se transformerait en sabre, en en choisissant un de belle facture aux alliages rares, il manqua tout juste de penser que la Lune apparaîtrait le jour suivant avant qu'il ne soit certain de la sélection qu'il ferait pour son œuvre dédiée à son nouvel ami. Pourtant, au crépuscule du regard de Dame Soleil, il tomba sur une humble échoppe étalant ses métaux comme à la foire et remarqua, à moitié recouvert de lingots de fer banaux, un dernier étonnamment clair.

Petit et rabougrit, il avait tout d'une chute plus que d'un véritable morceau travaillé d'un assemblage maîtrisé. Le commerçant s'excusa même lorsqu'il remarqua l’intérêt que le pauvre bout exerçait sur Kanzen, tentant de le substituer de son regard. L'esthète attrapa l'orphelin dépareillé aussitôt, le rapprochant de l'ambre de ses yeux pour le regarder de plus près avant que le marchand ne parvienne à le retirer.

La clarté de la pièce n'avait rien d'anodin et il tomba instantanément sous le charme de cette dernière, lui souriant comme il aurait pu sourire à une conquête et la serrant contre lui tandis qu'il versait une obole bien trop généreuse au détaillant qui dû très certainement se demander s'il n'avait pas eut affaire à un ingénu fortuné. Tout en quittant le fournisseur, il ne cessa pas de soumettre la petite brique à son appréciation.

De légères veinules trahissant la teneur élevée de carbone marbrait cette dernière dont la majeure partie de la surface était bien plus clair que l'acier. Le composite du matériaux devait être dû au hasard, car il n'en avait jamais vu de tel, si bien qu'il passa sa nuit à dévorer l'objet du regard depuis l'établissement qui l'eut reçu à son arrivé.

C'est à brides abattues qu'il reprit le chemin du retour, mais les précautions à entreprendre pour son trajet lui firent perdre un nouveau jour et ce ne fut que le lendemain matin qu'il entrevit la Capitale à flanc de montagne et le Château Yuki se profilant au loin. Sa fière monture retournée à son propriétaire grassement rémunéré lui aussi, il lui fallut retenir son enthousiasme pour ne pas se ruer chez lui à toute jambes.

Lorsqu'il pénétra enfin, il était si enflammé que la pauvre Yaiko qui était venu à sa rencontre pour l'accueillir s'en retrouva enlacée par la taille et menée dans une ronde soudaine qui manqua de lui faire perdre l'équilibre. Elle n'aurait pas eu tord de penser qu'en d'autres circonstances, il ne se serait pas arrêté en si bon chemin. Le sourire du jeune maître des lieux était resplendissant et alors qu'il se séparait de son amie, il trouva le moyen de briller de plus belle tandis que Ryohei apparaissait à son tour, pareille expression sur le visage pour lui souhaiter la bienvenu chez lui.

Le svelte géant alla rapidement à la rencontre de son invité et lui prit délicatement les mains en riant avant d'annoncer chaleureusement :

Aha ! Maeda-san ! Gomenasai pour cette absence alors que vous venez à peine d'arriver en mes murs, mais cela n'aura pas été vain, je vous l'assure ! J'ai sur moi de quoi satisfaire votre demande et mon caprice par la même occasion et ce de la plus belle façon !

Il alla chercher dans son sac de voyage les deux lingots et les mis sous le nez de son hôte comme si cela aurait pu lui évoquer quoique ce soit, puis il les désigna l'un après l'autre :

Le grand sera pour votre frère, il en ressortira la lame que vous êtes venu chercher ici et je vous promets qu'elle sera digne de votre nom et de ce qu'elle se devra de représenter. Pour le second, ne le jugez pas à sa taille, je n'aimerais pas à le voir rougir, car de mémoire d'artisan je n'ai jamais vu ni entendu parler de quelque métal posséder un tel éclat. Je prie les kamis qu'il soit, comme je le pressens, aussi précieux que vous l'êtes et qu'il puisse devenir entre mes mains l'expression du respect que j'ai à votre égard !

Il laissa sa pauvre suivante encore légèrement chamboulée se charger de ses affaires puis il enroula les deux briques d'alliages dans des tissus tirés de son obi pour les y attacher l'instant suivant. Enfin, il se retourna à nouveau vers le calligraphe, ses yeux grands ouverts et d'ajouter :

Oh ! Avez vous pu rassembler vos possessions et vous installer confortablement ici ? Vous trouvez vous inspiré des lieux ? Oh ! Montrez moi donc vos instruments si ils sont déjà là, je serais honoré de les… OH ! Avez vous vu mon établis et ma forge ? Si ce n'est pas le cas, il est indispensable que vous puissiez la découvrir avant que je ne l'active, car dès lors, elle change du tout au tout et peut se montrer agressive pour d'autres que moi.

Le crin-blanc se rendit compte de sa trop grande excitation et se reprit immédiatement, une main derrière la tête s'emmêlant dans ses cheveux et ses traits discrètement gênés :

Ah, gomen… Je ne sais plus me tenir… Allons donc déjeuner si vous le voulez bien avant cela. Je suis très curieux de ce qui vous a amené à exercer votre talent de calligraphe si cela était un choix de votre part… Ce serait un bon début pour apprendre à mieux vous connaître. Du moins, si cela ne vous ennuie pas, évidement !
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MessageSujet: Re: Visite impromptue Dim 22 Mai - 19:23

Un éclat de rire lumineux vint accompagner l'accueil que fit Kanzen à Yaiko. Après quelques jours en sa compagnie des plus calmes, où il n'avait pas le moindre geste qui s'écarte de l'étiquette, les excentricités de son ami devaient bien la changer ! Il n'y avait que lui pour être capable de se livrer à de tels élans d'affections et, au lieu de se sentir gêné à une telle vue, il était toujours ravi de le voir aussi expressif. Ryohei était capable d'admirer bien des personnes, mais Kanzen semblait former dans son cœur une place toute spéciale, avec cette certitude qu'il n'y aurait jamais personne capable d'être comme lui, rien qui ne pourrait remplacer ce vide, s'il venait un jour à l'abandonner.
Le retour de cet homme énergique ne pouvait pas être mal reçu : il avait ce don fantastique qui mettait tant de vie dans la maison qu'à lui seul, il devait bien former la présence de plusieurs personnes, surtout s'il s'agissait d'êtres aussi silencieux que lui.

Le jeune Kuge lui offrit son sourire tout entier quand il vint prendre ses mains et il les serra doucement, plus que ravi de le retrouver, même s'il n'avait pas vraiment l'habitude de ce genre de contact. C'était sans nul doute cette proximité que manifestait Kanzen qui lui faisait croire qu'en si peu de temps à peine, leur amitié avait grandie. Était-ce le cas ou une simple illusion ? Il n'aurait pas su le dire, mais s'en fichait bien, se livrant entièrement à ce plaisir qu'il avait encore si peu connu. Son esprit des plus naïfs en avait totalement abstrait la moindre pensée négative, n'imaginant même pas qu'il pourrait le délaisser ou le mépriser un jour. Cela lui avait parfois causé bien des tristesses, mais cette candeur lui permettait aussi de profiter sans limite des plaisirs d'une nouvelle amitié.

— Ne vous en faites pas, murmura-t-il doucement, cela m'aura permis de connaître le plaisir de vous retrouver.

C'était sa façon de voir les choses, il aimait toujours n'en garder que le côté positif et de toute façon, il n'avait pas vraiment eu le temps de s'ennuyer. Son absence lui avait permis de se familiariser peut-être un peu plus facilement avec les lieux et il avait pu avancer tranquillement dans son travail, essayant de faire naître de ses mains disciplinées les plus belles courbes et les plus beaux traits pour montrer à Kanzen l'ampleur de sa maîtrise.
Puis il s'empressa de lui montrer ses découvertes. C'est avec un regard des plus brillants qu'il accueillit les morceaux de métal. Il n'avait encore jamais vraiment eu l'occasion d'en voir sous cette forme-là. Ryohei était impressionné rien qu'à l'idée de savoir qu'on pouvait faire de ce genre de choses des armes aussi nobles et des objets aussi raffinés. Pris par la curiosité, il fit glisser ses mains sur les deux métaux pour en connaître la sensation et en comparer les toucher. Il sourit en pensant que le métal sous cette forme ne pouvait certainement pas lui faire du mal. Il les contempla méticuleusement, gravant leur image dans sa tête, il voulait s'en souvenir pour le jour où il verrait les armes terminées et où il pourrait imaginer leur complète transformation.

— Ils… ils sont vraiment très beaux, répondit-il, ayant du mal à s'exprimer à leur sujet tant il était ignorant de ce domaine. Je fais entièrement confiance à votre savoir de forgeron quant au choix des matériaux et je suis certain qu'il est toujours excellent.

Il avait très envie de voir le travail qu'il allait en faire, de connaître la manière dont on pouvait maîtriser ces matières si dures pour les plier à sa propre volonté. Mais ce temps viendrait bientôt et il saurait parfaitement  en avoir la patience.
Ôtant ses mains des précieux objets, fruits de son voyage, il le regarda les emballer avec soin dans les tissus où il les avait conservés. Puis celui-ci, visiblement pas le moins du monde fatigué, se mit à l'assaillir de tant de questions qu'il ne sut au début pas très bien auxquelles ni dans quel ordre répondre. Il ne lui en laissa d'ailleurs pas le temps puisqu'il poursuivit pour l'inviter à déjeuner. Ce n'était pas très important, maintenant qu'il serait là jour et nuit, ils auraient tout le temps qu'ils voulaient pour satisfaire à la curiosité de l'un ou de l'autre, mais Ryohei pouvait comprendre son empressement ; malgré sa réserve naturelle, il avait lui aussi envie de faire de même et ne se retenait que grâce à son éducation et à la vue d'un Kanzen aussi énergique, qui ne cessait de le couvrir de ses mots enflammés.

Riant à nouveau, il agrémenta ses mots d'un énième sourire avant de prendre la parole à son tour.

— Ce serait avec grand plaisir Kanzen-san !

Les deux hommes et la domestique se mirent aussitôt en route et il profita du court chemin qu'ils avaient à faire dans les couloirs pour répondre à quelques-unes de ses questions.

— Je suis bien installé maintenant, j'ai pu faire venir toutes les affaires dont j'avais besoin et Yaiko-san s'est très bien occupée de moi, me permettant de me familiariser avec les lieux et de faire la connaissance de vos autres domestiques. Votre demeure est sans conteste bien plus confortable que la mienne, je ne pourrais jamais vous remercier assez d'être si bon avec moi.

Il se tut un léger instant, s'arrêtant dans les politesses qu'il avait dites de façon si naturelle. C'était une telle habitude pour lui qu'il n'avait même pas besoin de réfléchir, même s'il pensait toujours ce qu'il disait et qu'il n'en aurait jamais fait une flatterie. Mais Kanzen était un homme bien particulier et il se dit que son comportement, trop répété, pourrait sans doute lui déplaire.

— Quant à mon talent pour la calligraphie, ce qui l'amena et qui me poussa à en faire mon métier fut des plus simple.
Arrivés dans le salon, ils prirent tous les deux place autour de la table, attendant qu'on leur serve les mets et il put tranquillement poursuivre la fin de son histoire.

— On se rendit très rapidement compte que je ne pourrais pas être samouraï, j'étais à peine né que ma santé était déjà très mauvaise, bien pire qu'aujourd'hui et l'on chercha alors toujours de nouvelles choses à me lire pour occuper mon immobilité forcée. C'est là qu'est né mon goût pour le savoir. Pour répondre à mon haut rang, on choisit de me faire Kuge et dès que cela fut possible, on fit venir de nombreux sensei pour me former à tout ce que je devrais savoir. La calligraphie en faisait partie et c'était bien l'une des rares choses que j'étais capable de faire, compte-tenu de ma faible constitution. Un pinceau n'est certainement pas un objet lourd et rester longuement assis ne m'a jamais posé de problème, bien au contraire.

C'était finalement, en dehors de la lecture, de ses leçons sur l'éloquence, l'étiquette ou la manière de se mouvoir, de ces temps si longs à augmenter son savoir, une des rares activités physiques à laquelle il pouvait s'exercer. Cela en aurait fait rire plus d'un, mais pour lui, c'était devenu quelque chose d'heureux et en constatant que même lui pouvait s'y consacrer pendant des heures, cela n'avait fait qu'augmenter sa passion.

— J'y ai rapidement pris beaucoup de plaisir et mon esprit aussi rigoureux que perfectionniste s'est acharné à vouloir maîtriser à tout prix cet art. Ce fut très long et difficile comme je ne pouvais pas toujours pratiquer, mais je finis par révéler un certain talent. Mes parents cherchèrent alors pour moi les meilleurs maîtres et je dus me plier à leur insatiable exigence. Aujourd'hui je suis encore loin d'en maîtriser tous les aspects, mais je pense qu'ils pourraient être fiers de ce que je suis devenu.

Présenter ses œuvres à des regards moins tranchant l'avait énormément aidé. Certains de ses maîtres s'étaient révélés très hostiles à la vue de ses premières créations, des prémisses qui le faisaient se sentir différent d'un simple calligraphe, bon dans son domaine. Petit à petit, il avait commencé à en faire quelque chose de plus beau, de plus abouti, bien plus précis et il espérait qu'ils pourraient maintenant voir avec plaisir les progrès qu'il avait fait, même si certains ne l'admettraient sans doute jamais.
Il avait encore de nombreuses années devant lui pour se perfectionner et il rêvait qu'un jour son métier, parfois considéré comme si ordinaire, pourrait lui apporter la renommée si chère aux Maeda ainsi que l'honneur qu'il n'avait jamais pu obtenir en tant que samouraï. Ce jour-là, il cesserait d'être un fardeau pour sa famille.



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MessageSujet: Re: Visite impromptue Lun 30 Mai - 18:52

La table fut dressée en un rien de temps par les mains expertes des suivants de la maisonnées. La présence supplémentaire du calligraphe ne paraissait en rien les gêner ni freiner la mise en place des différents sets, couverts et senbeïs qui ouvriraient l'appétit d'un repas complet dont le but était d'entamer la journée avec force et vigueur.

Laissant à leur tâches les siens, toute son attention captivée par les éléments de réponses que lui fournissait l'héritier des Maeda, le gracieux titan alla s'installer en tailleur, ses mains enroulés autour de ses pieds et penché en avant, les yeux grands ouvert à l'écoute du récit qui lui était fait. Le moindre mot de son interlocuteur était bu comme l'on pouvait déguster la plus travaillée et la plus fine boisson de l'Est, si bien qu'il ne prit pas garde au thé qu'on plaça rapidement devant eux.

Mise en parallèle à celle de Ryohei, l'histoire de Kanzen semblait lui être diamétralement opposée. Lui-même n'avait guère souffert du moindre souci de santé, étant d'une nature plutôt solide et pleine d'une énergie dont il avait toujours eu du mal à étancher la soif. Sa quête de l'exutoire idéale avait été autant recherchée pour son entourage que pour sa propre personne, rester immobile lui ayant toujours été le plus pénible des fardeaux, il n'avait jamais souhaité imposer son trop plein de vie à ceux qui partageaient son chemin, ou ne faisaient que de le croiser.

Le résumé de son vis à vis prenant fin, il se redressa à moitié tout en battant des mains, les yeux plissés et les lèvres arquées en une expression de joie sincère. Il saisit sa tasse fumante entre ses doigts liés, souffla sur le sommet du contenant et trempa les lèvres dans la boisson avant de prendre la parole de sa voix enjouée :

Subarashī ! Je suppose que mes serviteurs furent enchantés de vous avoir pour unique invité durant mon absence, il m'arrive parfois de prendre un peu de… Place, à plus d'un titre. Je ne doute pas de la qualité des soins que Yaiko ait pu vous apporter, de nobles geishas lui jalouseraient sa beauté et ses talents et je lui suis gré d'avoir été si attentionnée à votre égard.

Le fait que la cible de ces compliments se trouva tout juste être en train d'amener quelques brioches à la vapeur ne semblait pas être un hasard. Elle fit tout son possible pour ne pas laisser paraître ce nouvel embarras dans lequel il apparaissait vouloir la plonger, mais ses joues la trahirent autant que le léger trébuchement dont elle fut la victime, gardant néanmoins la face et déposant son plateau sur la table.

Ses yeux n'auraient pas pu être plus accusateur lorsqu'elle les riva un fugace instant sur le maître des lieux avant de quitter la pièce derechef pour aller chercher un nouveau met. La fine ligne de dents révélées attestant de la volonté mutine du kuge, il poursuivit sans laisser d'autre temps mort tout en réorientant ses iris vers son agréable hôte :

Il m'est cruel à chaque fois de vous entendre parler de votre condition physique complexe, d'autant plus que de savoir que votre passion et votre art sont issues de ces maux que vous me décrivez. Pourtant, j'en conçois aussi un sentiment à la limite de la reconnaissance, car les Kamis seuls sauraient quel talent le pays aurait pu perdre si vous vous trouviez plus disposé au combat. Fils de samouraïs, vous voilà kuge… Je suis un Kuge qui aura toujours aspiré à devenir samouraï. De la noblesse du sang à celle des armes, nos destins semblent avoir connus un drôle de croisement, ne trouvez vous pas ?

Un voile de mélancolie passa sur son visage, mais cette surface n'avait pas l'air de pouvoir s'attacher une expression sombre durant plus d'une fraction de seconde, la lumière y reprenant sa place plus rapidement qu'un battement de paupière. Il reprit chaleureusement :

Quand bien même êtes vous déjà un maître à mes yeux, devenir celui de tout les aspects d'un art me semble impossible. Nous aspirons tous néanmoins à nous y parfaire, malgré l'ampleur de la tâche qu'une seule vie ne suffirait pas à mener à bien. C'est dans cette vaine tentative que se trouve la force de l'homme qui s'y dédie, votre force à vous, Maeda-san. Si vous parvenez déjà à m'émouvoir autant à votre stade, chaque jour de pratique de votre don vous mènera à un pinacle dont mes rêves ne sauraient rendre la gloire.

Perdu dans cette dernière pensée, le crin-blanc attrapa une brioche qu'il fractionna d'un coup de dent  à moitié songeur. Ce qu'il imagina le hissant dans les nuages à ce que ses traits laissaient deviner. Il n'en finit pas moins de revenir à la réalité, sa bouchée bien avalée et son attention de nouveau adressée à son pair. Le Fukyuu de sang n'en avait pas fini et il lança alors :

Pour votre estimé frère, un katana. Je ne crois pas vous avoir dis que je savais déjà ce qui vous siérait à ravir selon ma propre étude… Voudriez vous l'apprendre ou le découvrir ? J'aimerais mesurer la valeur de mon choix en vous instruisant à son usage… Mais vous pourriez souhaiter en avoir la surprise je suppose !

Enfin… Quoiqu'il en soit, finissez donc votre repas dans la paix, nous irons à mon atelier ensuite et je vous révélerais les premières étapes de la naissance d'un sabre. Je suppose qu'en échange de cela, je pourrais vous demander d'assister à votre propre processus créatif, qu'en dites vous ? J'aimerais tout savoir de cela ! Est-ce aussi cérémonieux et rigoureux dans la forme que celui de la forge ?


Lorsqu'il clôtura enfin, son expression avait adopté une attitude de curiosité enfantine tranchant radicalement avec ses traits d'adulte affirmé, l'espoir brillant dans ses prunelles de voir son intérêt comblé.
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MessageSujet: Re: Visite impromptue Dim 5 Juin - 22:36

Tout en parlant, le jeune homme avait pris beaucoup de plaisir à regarder les domestiques s'affairer, pas qu'il ne se satisfasse tout particulièrement qu'on fasse beaucoup de choses pour lui, mais il appréciait autant leur rapidité que leur précision et il admirait toujours leur travail avec un étonnant respect. Tout comme ceux de sa maison, ceux-ci avaient dû le comprendre maintenant, en l'espace de quelques repas, car il se montrait lui-même fort attentionné envers ceux qui prenaient soin de lui et avait commencé par tous vouloir les rencontrer et connaître leurs noms. Il savait aujourd'hui nommer chacun d'entre eux et presque les reconnaître de dos, pour ceux en tout cas qui ne se ressemblaient pas trop.
Le jeune homme accueillit d'ailleurs leur venue et leur travail avec des sourires remplis de gentillesse et avait même salué discrètement ceux qu'il n'avait pas encore eu le temps de voir en ce début de matinée. En un rien de temps, on avait étalé des mets succulents sous leurs yeux et même s'il n'avait pas très faim avant de venir, il sentait déjà son appétit venir rien qu'à leur vue, ce qui était parfois d'une cruelle nécessité tant il lui arrivait de manger peu, comme si son corps lui-même cherchait à entretenir sa maigreur.

Les premiers mots de son hôte firent naître en lui un rire amusé. Il était vrai que Kanzen pouvait se montrer très rapidement exubérant et plus que tout extraverti, mais ces traits lui allaient si bien qu'ils ne le choquaient même pas. Mieux encore, il n'aurait pas pu l'imaginer autrement.

— Oh je suis certain que votre présence leur a manqué. Je suis si calme et si discret que la maison a paru bien vide sans vous et je pense très sincèrement que tout le monde est ravi de votre retour, répondit-il avec peut-être un peu trop de naïveté.

Mais son idée lui plaisait et il s'y attachait sans aucun mal, aimant à croire que même si ses serviteurs avaient pu être heureux d'avoir eu un instant pour souffler, sa présence leur demandant sans doute beaucoup d'énergie, ils avaient quand même fini par regretter son absence. Chacun d'entre eux était souriant et tout à fait aimable en tout cas, ils ne pouvaient donc pas être malheureux. Comment aurait-ce pu être le cas avec Kanzen pour maître, de toute façon ?
Le kuge avait baissé les yeux quand il avait vu Yaiko rougir, compatissant pour la pauvre jeune femme que son ami se plaisait à faire tourner en bourrique. Il semblait aimer la mettre mal à l'aise quoi qu'il arrive, mais c'était bien plus de la taquinerie que de la méchanceté. Ryohei, qui lui ne se serait jamais permis une telle chose, avait bien envie d'intervenir en sa faveur, mais il n'osa pas lui-même, se contentant simplement de lui adresser un sourire bienveillant et un regard rempli d'encouragement, alors qu'elle allait partir.

Puis il revint très rapidement à son interlocuteur, l'écoutant silencieusement alors qu'il attrapait avec ses baguettes un des mets que l'on venait d'apporter pour le glisser dans sa bouche. Comme prévu, il était succulent, bien meilleur que sa propre cuisine et Ryohei se demandait bien quel pouvait être leur secret. À ses mots, son sourire s'étira de plus belle, alors qu'il allait lui répondre.

— Ne vous en faites pas pour ma condition, elle s'est grandement améliorée et en grandissant, j'ai pris assez de force pour lutter contre la maladie. Je vais bien maintenant. Et vous avez raison, cela m'a permis de dévoiler en moi un talent, alors que je n'aurais peut-être été qu'un médiocre samouraï. Avec le temps, j'espère pouvoir en faire un immense bien pour un moindre mal.

Il rit un instant, il n'avait pas été tout à fait sincère dans ses mots, mais n'avait pas tellement cherché à en faire un mensonge, Kanzen pouvait tout aussi bien lire entre ses paroles ce qu'il ne disait pas. Il n'avait pas tout à fait accepté encore de ne pas être un samouraï, notamment lorsqu'il voyait son frère, déjà si brillant dans son domaine. S'il avait été à son image, comment aurait-il pu être médiocre ? Quant à sa maladie, elle ne s'effacerait jamais, pas au point d'être ainsi dénigrée, car même s'il n'était plus projeté sur d'aussi mortelles rives qu'au cours de son enfance, chacun de ses passages demeurait terrible et ne lui épargnait pas de regarder ce funeste abysse qu'elle lui promettait inexorablement.
Pourtant, il gardait la détermination de devenir un maître dans son art, un pilier dont on parlerait longtemps et qui aurait réussi à transcender les choses. S'il n'y avait qu'une seule chose dans laquelle il pouvait mettre sans concession toute son énergie, c'était bien celle-ci.

— La calligraphie est un rêve que je n'abandonnerai jamais. Puisque je dois être totalement sincère avec vous, je peux donc vous avouer que je continue à la pratiquer même quand je suis malade. Quand mes forces me le permettent bien sûr, mais on a toujours voulu me l'interdire, prétextant que cela pourrait empirer ma situation. Cela me fait du bien, au contraire, et quand je n'ai plus personne pour me battre, alors c'est pour elle que je le fais. Il s'arrêta, légèrement ému, se rendant compte qu'il n'aimait pas vraiment parler de ça. Inconsciemment, il avait baissé la tête, mais la releva pour poursuivre. Vous ne devriez pas me considérer comme un maître, croyez-moi, je suis encore bien loin sur cette voie et je n'ai pas encore égalé mes propres sensei, mais cela arrivera un jour, soyez-en certain.

C'était l'un des rares sujets capable d'éveiller en lui non seulement ce regard passionné qu'il avait pour tant de choses, mais en plus cette résolution, ce dévouement sans faille qui lui offrait presque un regard de guerrier. Tout en parlant de sa maladie, il avait réveillé en lui cette lutte intérieure et ses yeux étaient devenus plus durs, un visage qu'on ne lui découvrait d'ordinaire que dans l'intimité.
Mais Kanzen semblait avoir en lui ce don pour dévoiler la véritable nature des gens et en l'espace de quelques conversations, il n'en avait probablement jamais autant dit à qui que ce soit, à l'exception de Yoshifumi peut-être, mais celui-ci ne pouvait être constamment présent pour lui.

Pourtant, il en revint tout aussi rapidement à sa lumière bienveillante et ce visage sombre semblait comme avoir été une illusion qu'on aurait crue apercevoir entre deux battements de paupières. Assez surpris et presque émerveillé par ses propos, il sourit de plus belle. Il était très impatient de voir à quoi ressemblerait le katana pour son frère, mais il avait encore plus envie de connaître ce qu'il lui réservait.

— Je suis certain qu'une surprise aurait été très agréable, mais je pense que je suis trop impatient pour ça ! S'exclama-t-il en riant. Lui aussi l'était n'est-ce pas ? Toutefois, je suis certain que votre choix est le meilleur qui puisse être !

Il l'avait dit sur le ton de la plaisanterie, mais le pensait avec beaucoup de sincérité. Comment pouvait-il en être autrement quand il faisait face à un tel forgeron, qui plus est sans doute le seul à avoir l'idée et la volonté de lui forger une lame, tout en connaissant sa constitution et sa maladresse.

— Je suis très impatient de vous voir à l’œuvre, vous m'avez déjà tant parlé de votre travail qu'il me tarde de le découvrir de mes propres yeux ! Et bien évidemment, ce sera avec grand plaisir que je pourrai vous montrer ma façon d'étudier l'art de la calligraphie. Je ne sais pas si les cérémonies en sont vraiment similaires, mais je crois qu'en ce qui concerne mon art, il n'y a pas vraiment de rituel défini et chacun se prépare comme il l'entend. Malgré les rigueurs qu'il faut parfois suivre, je vois mon art comme une expression de la liberté.

Puis il se tut à nouveau, profitant de ce silence pour manger encore un peu, bien qu'il n'avait cessé de le faire au cours de leur repas que pour parler. N'ayant de toute façon pas besoin d'avaler une grosse quantité de nourriture, il eut rapidement terminé et se contenta d'attendre tranquillement que son hôte ait terminé pour se lever et le suivre jusqu'à la forge.



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MessageSujet: Re: Visite impromptue Mer 8 Juin - 9:55

Le masque des expressions que son vis à vis lui rendait passionnait véritablement Kanzen. Ryohei se montrait bien plus subtil qu'il ne savait l'être, mais la lecture des sentiments changeants de ce dernier s'avérait aussi fluide qu'il était sincère avec lui. Il le trouvait néanmoins humble de penser avoir été une présence rapidement oubliée entre ses propres murs. Du peu qu'il le voyait depuis qu'il était rentré, ses domestiques et son amie auréolait d'une certaine sérénité qu'il n'avait jamais su leur apporter.

Il n'ignorait cependant pas ne pas leur mener la vie dure, bien au contraire, la seule chose qu'il leur imposait était l’honnêteté de ses humeurs et parfois, de ses désirs. Il n'avait pas envie ni n'était enclin à cacher à un homme si doux comme l'était son interlocuteur cette relation qu'il entretenait avec ses suivants. Ces derniers étaient éduqués, lettrés et leur familles n'étaient pas uniquement grassement rémunérées ou honorées d'être sous le service d'un Fukyuu de sang.

Elles étaient suivies par le kuge qui veillait à leur confort continu, se présentant plus comme un soutien que comme un maître. Le cas de Yaiko, qui avait grandit avec lui, était plus particulier. Elle était autant sa meilleure amie, sa sœur et son amante à la fois. L'amour qu'ils partageaient était d'autant plus compliqué qu'il possédait ces trois facettes. Le rang et la caste les poussaient à ne pas partager la même couche, mais leurs rencontres charnelles étaient placées autant sous le signe de leur attachement que celui d'un jeu.

Il n'était pourtant pas question d'appartenance. D'apprendre qu'elle aurait pu un jour se marier à un homme de sa condition ne le dérangeait pas le moins du monde, au contraire, il en aurait été parfaitement heureux et cessé de se montrer si intime avec elle dans l'instant. C'était probablement d'ailleurs ce qui faisait que cela ne se produisait pas, à son grand dam. Mais ces pensées ne persistèrent pas bien longtemps face à l'aura que dégageait le calligraphe et l'épéiste fut charmé qu'il tente de le rassurer quant à son état physique.

À peine arrivé entre les murs de sa demeure, il lui était apparu cher instantanément et Kanzen imaginait peu de chose qu'il ne serait pas capable de faire pour rendre la vie plus douce à Ryohei, tant qu'il en aurait la capacité ou le pouvoir. L'ambition que l'esthète tenait au sujet de son art ajoutait au précieux qu'il représentait aux yeux ambrés de son hôte. Il ne faisait aucun doute pour ce dernier que le trait présent et futur de l'artiste ne pourrait jamais blesser qui que ce soit, mais réchaufferait plus de cœurs en Yokuni que les lames que le forgeron produirait ne protégeraient de vie.

Mais alors que son invité traitait du sujet qui lui était irremplaçable, le crin-blanc le vit s'éveiller, comme porté par une force qui lui avait été étrangère jusque là à son regard ambré. C'était avec une passion enflammée qu'il traitait de son talent, très rapidement atténuée par son harmonieuse modestie. En vérité, il était tel une estampe merveilleusement bien intégrée à la pièce, lui apportant l'habillage nécessaire pour la rendre plus riche qu'elle ne l'avait jamais été.

Le noble imaginait quel vide son homologue laisserait après son départ, aussi bien dans l'espace qu'en son sein, mais il tâcha de ne pas s'en montrer affecté afin de ne pas indisposer ce dernier. Seule la réaction joyeuse de l'écrivain empêcha la mélancolie de s'installer sur les traits de l'épéiste lorsqu'il évoqua son impatience de savoir ce que l'artisan lui réservait.

Tout le long de leur échange, ce fut tout juste si l'héritier des Maeda avait pu picorer les plats qui leur avait été servis, pour le cas du svelte géant, les assiettes et bols vides s'étaient empilés de façon visible, sa faim n'égalant que son exubérance. La brioche qu'il avait débuté d'avaler en avait précédée bien d'autres, mais pour autant, il n'avait fait subir à son entourage aucun affront de mauvaise tenue, ses bouchées maîtrisées, les coups de ses baguettes précis et silencieux.

Il veillait à ne prononcer aucun mot sans avoir au préalable vidé l'intégralité du contenu de sa bouche avant de parler à nouveau d'une voix enchantée :

Ne vous en faites pas pour mes amis. Je les sais aussi sensibles que moi à propos de la douceur de votre présence quand je vous dis que cette dernière les aura apaisés, je parle aussi en mon nom. Je tâcherais de ne pas trop vous dévoiler l'inquiétude qui pourrait être la mienne par rapport à ces fatigues que vous décrivez et vous ne manquerez d'aucun soins en ces lieux afin que votre séjour vous soit des plus agréables.

Enfin, je veillerais à me montrer légèrement moins envahissant que je ne peut l'être en temps normal afin de vous offrir le cadre créateur le plus inspirant possible.


Son sourire s'était étendu, espiègle, à cette dernière remarque, mais il ne fut pas long à reprendre la parole sans avoir perdu le moindre enthousiasme :

Je ne mettrais aucune condition à la façon dont vous vivrez ou pratiquerez votre art, que vous soyez au meilleur de votre forme ou sous les tonnes de couvertures dont les miens vous couvriront si il s'avère qu'un mal vous menace. Et votre modestie vous honore en ne vous décrivant pas comme le maître que je vois.

Je pourrais presque me montrer insulté d'avoir pu me laisser émerveiller comme je le fut par l'étudiant que je croisa à la cour d'Ite et par l'homme qui m'aura offert ce si inestimable présent au jour de son arrivée dans mes murs…


A nouveau, son expression lui trahit l'humour qu'il mettait dans ses propos, mais sa sincérité quant à son appréciation du niveau de son interlocuteur était parfaitement authentique, il enchaîna néanmoins rapidement afin de ne pas laisser planer le mystère de savoir s'il était sérieux ou non :

… Enfin ! N'ai-je pas dis que tout maître ne pouvait prétendre atteindre véritablement la quintessence de son art ? Si cela pouvait advenir, pauvre de celui qui atteindrait ce pinacle… Car alors sa vie serait vide du sens même de la recherche de la perfection qu'il nous est impossible à atteindre. Je respecterais cependant votre volonté et je tâcherais d'être plus discret vis à vis de ce statu dont je vous sait pourtant parfaitement digne déjà. En ce qui concerne ce que je vous réserve…

Il tourna son attention vers son amie en lui souriant joyeusement tout en lui demandant :

Yaiko-chan ? Pourrais tu m'apporter la première arme que j'ai pu brandir, s'il te plaît ? Montre la nous simplement, elle t'appartient à présent et je ne saurais t'en soustraire.

Le visage de la servante s'éclaira comme cela n'avait jamais été le cas jusqu'alors, elle manqua même de glisser lorsqu'elle se releva de son seiza pour aller chercher ce qui apparu comme un trésor dans ses prunelles, non sans avoir répondu d'un Hai bien trop euphorique à la demande effectuée. L'insatiable appétit du maître des lieux en profita pour faire disparaître une nouvelle brioche durant la courte absence de sa suivante.

Elle revint enfin les bras chargée d'un petit paquet enroulé de soie dont elle fit cérémonieusement le déballage. Elle alla s'installer auprès de Ryohei et lui dévoila le contenu, incapable d'effacer sur ses traits toute l'affection qu'elle avait pour l'objet. Ce qu'elle lui tendit pour qu'il le prenne dans ses mains était un jitte de très haute facture, long comme un wakizashi. Cette arme dépourvue de tranchant ni vraiment pointue à son extrémité possédait un crochet étrange en lieu et place de la tsuba que l'on aurait du y trouver.

L'épaisseur de son acier apparaissait pourtant comme bien plus solide que celui d'une lame travaillée, sans pour autant se trouver plus lourd. Kanzen laissa un temps passer dans la démonstration de l'arme et l'étude personnelle que son invité pouvait en faire, puis il n'hésita pas à en faire la présentation, ayant joint ses mains devant son visage et se reposant sur ses coudes installés sur la table à cet instant :

La seule arme qu'un Kuge puisse se servir. Je prévois quelques apports particulier à la conception que je ferais de celui que je vous réserve, mais dans les faits, il ressemblera à cela. Elle ne nécessite ni force ni endurance, seule une certaine souplesse est nécessaire à son emploi. Elle ne peut vous faire de mal, mais peut briser la lame d'un katana si utilisée comme il se doit.

Sa conception est telle qu'un coup paré face au tranchant d'un sabre ne pourrait espérer que s'effriter à son contact. Il s'agit en tout point de l'expression même de l'art de la défense et de la protection. Car je n'imagine pas que vos mains puissent être capable de verser le sang de qui que ce soit, car cela serait indigne de leur pureté.


La visite de sa forge attendrait. Il ne voulait perdre en aucun cas les réactions que cette annonce ferait sur son hôte. Rien au monde n'aurait pu l'y soustraire.
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MessageSujet: Re: Visite impromptue Dim 12 Juin - 16:55

Comme Kanzen pouvait se montrer aimable et généreux avec lui ! Le moindre de ses mots semblait être comme un soleil qui l'illuminait constamment et il le regardait d'une telle manière, qu'il lui était devenu impossible de se sentir comme le moins que rien qu'il pensait parfois être. Le noble Fukyuu effaçait tous ses défauts pour n'en faire que des qualités et il avait l'impression, à ses côtés, d'être une toute autre personne, mille fois meilleure. Et il avait envie de tendre vers cette vision pour en faire à ses propres yeux une véritable réalité. Il était vrai que les gens étaient facilement doux et sereins en sa présence, son calme et sa bienveillance constante savaient les apaiser et leur faire oublier toutes sortes de contrariétés. Ryohei, lui, s'efforçait toujours d'être agréable et mieux encore, aimait apporter ce plaisir si particulier aux autres. Dans l'éclat des regards de ceux qui l'entouraient se reflétait son propre bonheur et il n'avait besoin de rien d'autre pour être heureux, qu'importe que sa vie n'ait pas été ce qu'il espérait et qu'il n'aille pas aussi loin qu'il le désire. Il aimait vivre à travers les autres, transposant autant son bonheur que sa tristesse dans leurs propres sentiments, tant son empathie pouvait être élevée.

— Je vous remercie, Fukyuu-san, pour tous ces compliments que vous me faîtes à chaque instant et je m'efforcerai toujours de vous apporter cette douceur dans tous les moments où vous en aurez besoin.

Ce n'était là qu'un sourire qu'il lui adressait à nouveau, mais au fond de lui, il pensait qu'il aurait pu faire n'importe quoi pour garder pour toujours dans ses yeux ce bonheur qui semblait l'habiter, qu'il allait tout faire pour que jamais une ombre de tristesse ne s'y installe, ne serait-ce qu'une seule seconde.

— Ne changez pas, je vous en prie, j'aime cette vivacité qui vous porte constamment et qui manque tant à mon âme. Votre incroyable énergie est une constante source d'inspiration pour moi.

Et il prenait de plus en plus de plaisir à le regarder toujours s'agiter et communiquer ses émotions avec autant de sincérité, sans chercher à les voiler, sans leur donner un temps de réflexion qui les auraient dénaturées. Pour lui, le spectateur, celui qui vivait dans l'imagination, mais si peu dans l'action, c'était un véritable délice, comme si ses propres idées étaient capables de sortir de son esprit pour se matérialiser devant lui, mais avec une liberté et une grâce incroyables.

Tous les compliments sur sa calligraphie lui allaient droit au cœur et l'encourageaient sans cesse dans sa persévérance. Il n'avait peut-être jamais croisé quelqu'un capable de s'enthousiasmer autant sur ce qu'il faisait et il se sentait comme élevé à une toute autre échelle, comme si, rien qu'en lui présentant son travail, il avait déjà pu progresser. Il avait toujours fait toutes ces choses pour lui, mais à le voir et à l'écouter, il avait envie d'atteindre un niveau encore supérieur, rien que pour s'accorder avec la hauteur de ses compliments et leur offrir un juste support.
Il ne finit par lui offrir qu'un sourire, encore plus étincelant et heureux si cela était possible, car il ne trouvait plus rien d'autre à lui dire qu'un millier de remerciements. Il aurait aimé pouvoir le rencontrer bien plus tôt, pouvoir se ressourcer dans la lumière qu'il lui procurait à chaque instant, car il était certain qu'en sa compagnie, il lui était impossible d'être malheureux. Sa générosité était sans égal et peu à peu son visage prit une teinte légèrement rosée, touché par tant de sentiments.

— Non en effet, le seul sommet que nous pouvons atteindre est celui qui nous limite. Il faut toujours savoir regarder devant soi en repoussant toujours ce but que l'on cherche incessamment à approcher. J'espère que l'un comme l'autre, nous saurons toujours avancer sans jamais nous arrêter.

C'était ainsi qu'il voyait les choses, il ne se fixait pas de limites et refusait de se laisser entraver par ce qui l'empêchait d'avancer. Quand il arrivait au bout d'un chemin, alors il réinventait, transformait, de telle sorte à ce qu'il n'ait jamais vraiment arrêté de progresser. Ses innovations lui avaient valu les foudres de certains de ses sensei, mais il avait persisté dans son entêtement, voyant toujours au-delà de ce qu'on avait voulu établir pour lui et pour son art et c'était aujourd'hui ce qui formait la base de sa propre technique.
Avec le temps, il se sentait plus aguerri et plus assuré, assez pour commencer à défier à voix haute ce qu'on avait voulu irrémédiablement fixer. Kanzen lui procurait par ses mots une nouvelle force et d'une certaine manière, il l'avait déjà aidé à progresser, raffermissant sa volonté à poursuivre ce chemin qu'il inventait, alors qu'il se jetait dans le vide en chute libre, oubliant tout ce qu'on lui avait appris jusqu'à maintenant pour en faire tout autre chose.

Mais il laissa là ses pensées pour se recentrer sur ce qu'il se passait autour de lui. Voilà qu'il s'était laissé emballer par ses propres réflexions, par son esprit beaucoup trop rêveur et qu'il en avait presque oublié qu'il se trouvait en si charmante compagnie, ayant déjà commencé à manier ce pinceau qu'il gardait toujours dans un coin de sa tête.
Yaiko sembla ravie de leur présenter l'ancienne arme de son maître dont elle avait pu hériter et, se penchant dans sa direction, il lui offrit d'abord un sourire plein de douceur avant de se concentrer sur son observation. Même s'il n'y connaissait pas grand-chose en matière d'armes, il put tout de suite reconnaître qu'elle était d'excellente qualité et en admira aussitôt le travail fin et soigné qui avait été accompli pour la faire naître. Timidement, il n'osa qu'effleurer l'objet du bout des doigts et ne le saisit jamais vraiment entre ses mains. C'était la possession de Yaiko et elle semblait y être si attachée qu'il n'aurait certainement pas osé ne serait-ce que poser les yeux dessus, en d'autres circonstances.

Tout en continuant son examen, il écouta très attentivement les propos de son ami. Il ne connaissait pas beaucoup cette arme et encore moins son maniement, mais il aurait le temps d'apprendre cela et puis, il s'imaginait mal aujourd'hui se promener avec une arme. Quand il l'aurait forgée, il l'entreposerait sûrement pour que tous puissent l'admirer et ne la sortirait que pour son propre plaisir.
Son regard était lumineux lorsqu'il le dévoila à nouveau à son ami, osant enfin se détacher de cette arme si plaisante à ses yeux, tant pour sa bonne qualité que pour son aspect artistique.

— C'est vraiment une très belle arme que vous avez là, Yaiko-san, complimenta-t-il la jeune femme avec une sincérité désarmante.

Rien qu'à la voir, il pouvait deviner le soin qu'elle lui portait et l'affection qu'elle avait pour cette merveilleuse arme. Ryohei n'osait pas imaginer à quel point celle qu'il ferait pour lui serait magnifique.

— L'arme que vous envisagez de forger m'a l'air véritablement merveilleuse et je suis presque trop impatient de pouvoir la contempler de mes propres yeux. Il est certain que je ne pourrais pas me blesser avec celle-ci.

Et il lui adressa alors son plus beau sourire, comme unique cadeau pour le moment de son immense générosité, mais il entrevoyait déjà la façon qu'il aurait de le remercier, peu importait le temps que cela lui prendrait.



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MessageSujet: Re: Visite impromptue Dim 19 Juin - 21:58

Plus encore que les traits qu'il se savait arborer du fait des mots de son homologue, ce furent ceux de sa servante et confidente qui s'illuminèrent sous les propos de Ryohei. Il s'agissait là de bien plus que de la fierté et cela enchantait le maître des lieux de la voir ainsi, cela faisant un certain temps déjà qu'il n'ignorait plus l'affection qu'elle lui portait et qu'il se savait bien incapable de lui rendre à la hauteur qu'elle méritait.

Peut être un jour, leurs jeux n'en seraient alors plus et de nouveaux horizons s'ouvriraient pour eux, mais elle n'était pas son unique, du moins ne le sentait-il pas à cet instant, sinon une amie à qui il permettait plus que toute autre. Il n'en fut pas moins attendri et s’imagina déjà l'amusement qu'ils partageraient plus tard, par simple plaisir mutuel. Il en revint au kuge émerveillé, priant de redécouvrir cet engouement lorsqu'il finirait l’œuvre qu'il lui dédierait.

À plus d'un titre, depuis qu'il avait pénétré sa demeure, Kanzen fut certain que si les kamis avaient fait de son interlocuteur une femme ou lui l'inverse, il aurait vécu là un véritable coup de foudre. Bien trop amoureux des douceurs féminines, le seul blocage du genre stoppait net la pensée qu'il aurait pu rencontrer là son âme sœur.

En lieu et place de cela, il fut sûr que l'héritier des Maeda était le frère de cœur que le sien avait toujours appelé, mais il s'en tint à garder la chose pour lui, de crainte d'incommoder ce dernier par une telle familiarité si soudaine après si peu de temps passés ensemble.

Bientôt, Yaiko récupéra son bien et disparu pour le porter où elle seule savait, non sans croiser le regard de son seigneur qui la remercia d'un hochement de tête aimable non sans une lueur de connivence discrète. Le sang-pur des Fukyuu se leva alors, époussetant son hakama et étirant son dos avant d'inviter son vis à vis à faire de même d'un ton enjoué :

Allons-y, Maeda-san, si vous le voulez bien ! Je brûle de vous montrer ce qui me sert de pinceau et le cadre sédentaire de ma discipline !

Sur ce quoi, il se pencha pour attraper une nouvelle brioche et fit demi tour une fois que l'artiste lui emboîta le pas. Ils sortirent de la vaste pièce à vivre et salle à manger pour passer par le couloir intérieur de la propriété plutôt que l'engawa qui reliait par le jardin central toute les salles entre elles ou presque.

La demeure était un véritable palais pourvu d'un étage unique, ses limites, même en périphérie de la Capitale, dépassait allègrement les cent tsubo et ce ne fut que lorsqu'ils parvinrent à son extrémité Sud, descendant un couloir aux murs de pierre plutôt que de papier de riz et passèrent une porte massive de bois sur gonds qu'ils pénétrèrent enfin le domaine créatif de l'artisan.

De toute évidence, cette partie de la maisonnée était la plus récente de l'habitation et s'en détachait architecturalement parlant autant qu'elle s'en excentrait. À moitié creusée dans le sol, murée de minéraux divers, aucune décoration ne venait l'embellir et seules deux ouvertures sur l’extérieur en éclairaient la surface. Il fallut à Kanzen allumer une lanterne prête à cette emploi et disposée à l'entrée de la salle pour en révéler le contenu.

Le plancher n'était couvert d'aucune latte ni de tatami,  seule une terre brune et tassée à l’extrême permettait de s'y déplacer. Le noble chaussa une paire de getta laissée là dans ce but et en désigna une autre pour son ami, comme s'il eut été prévu qu'un invité se présente ou que le forgeron puisse avoir besoin parfois d'un assistant.

L'austérité de l'environnement n'était brisée que par la présence d'un râtelier où pinces, marteaux et piques d'acier se trouvaient accrochées dans un coin non loin duquel s'étendait un tapis de paille tressée de façon si serrée qu'il aurait tout aussi bien pu servir de contenant pour recueillir de l'eau sans qu'une seule goutte ne puisse la traverser.

Un établi se tenait face au revêtement étrange sur lequel une enclume rectangulaire et d'un bac vide. Le long du mur à la droite de cet attirail se situait un four rempli de charbon éteint, culminé d'une cheminée de laquelle provenait un faible courant d'air frais et incrustée à même la paroi.

À la gauche de la pièce, une autre porte semblait donner sur l’extérieur. D'un geste ample de son bras libre, le géant désigna la chambre dans son entier, un sourire radieux sur le visage, non dépourvu d'une certaine fierté :

Bienvenu, Maeda-san, dans la chambre où naissent mes créations !

Yaiko reparu sur ce geste depuis le passage qu'ils avaient empruntés pour parvenir en ces lieux et porteuse d'une dizaine de lingots d'acier parmi lesquels se trouvaient les deux qu'il était parti acheter les jours précédents. Elle les disposa auprès du tapis et se retira en saluant poliment les deux kuge. Kanzen s'avança vers l'enclume et se mit à parler comme pour lui-même, les yeux sur le foyer comme s'il pourrait l'allumer de la simple intensité de ses prunelles ambrées :

Oroshigane, tsumikawashi, kitae, shita gitae, age gitae, shintestu, tsukurikomi, sunobe, hizukuri, shiage… La discipline et la cérémonie de chacune des étapes de l'expression qui est la mienne peut paraître si codifiée qu'elle ne laisse pas l'imagination agir à sa guise. La chose est en partie vraie et tout aussi fausse à la fois. Il n'est pas un coup de marteau qui soit identique, le minerai ne peut être purifié deux fois de la même manière, même l'angle de la lame ou la solidité du métal n'en sortira jamais jumeau à un autre.

Il retourna son attention vers son invité, ses dents révélées dans une attitude joyeuse :

Tout comme chaque traits que vous posez sur le papier, n'est ce pas, Maeda-san ?
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MessageSujet: Re: Visite impromptue Dim 17 Juil - 13:32

À ses mots, le jeune kuge se leva aussitôt, tout aussi impatient que son hôte d'arriver jusqu'à la forge, l'un voulant découvrir ce milieu qui lui était inconnu tandis que l'autre désirait en diriger la visite. Le chemin fut assez long pour arriver jusqu'à la forge, la demeure des Fukyuu étant des plus étendues. Il n'avait pas encore eu le temps de se familiariser avec l’entièreté des lieux en quelques jours à peine, aussi en profita-t-il pour apprendre à se repérer davantage et ils arrivèrent finalement jusqu'à une partie de la maison qui semblait beaucoup plus récente que le reste. Ryohei n'avait encore jamais été jusque là et il fut surpris de découvrir un tel lieu, puisqu'il n'existait bien évidemment aucune construction de ce genre chez les Maeda.
Chaussant les getta qu'on avait prévues pour un éventuel invité, il suivit son ami à l'intérieur de la forge. L'endroit était parfaitement atypique, comme il n'en avait encore jamais vu et, poussé par une intense curiosité, son regard s'attardait de toutes parts sur des choses nouvelles. Il découvrait des minéraux dont il ignorait tout, ainsi que des outils et des installations dont il aurait été bien incapable de deviner l'utilité, que d'un simple coup d’œil ou après une longue observation.

Comme il aurait pu se l'imaginer pour tout atelier, il n'y avait ici rien de superflu, pas de décorations ou de choses qui auraient apporté un quelconque confort, même pour le regard. Cet aspect brut des choses lui parut presque étrange, surtout après avoir vu bon nombre des richesses de la maison. Ce n'était pourtant pas déplaisant, lui-même étant plutôt un homme simple qui ne s'attardait pas trop sur le superflu. De la même manière, il n'avait pas besoin d'une belle pièce et de grands vases pour s'adonner à la calligraphie, il lui fallait simplement son matériel et une lumière assez importante pour qu'il ne se sente pas gêné, même s'il lui arrivait parfois de travailler à la lueur d'une bougie.
Bien des questions s'imposaient à son esprit sans qu'il n'ose vraiment les énoncer à voix haute. Avait-il besoin de le faire ? Il n'aurait su dire dans quel sens orienter la conversation et se fiait donc entièrement à son hôte, certain qu'il saurait lui expliquer chacune des choses qui composaient son art.

Avec son habituel sourire, le jeune homme essayait de s'imprégner de cette toute nouvelle atmosphère et d'imaginer son ami travailler afin de faire naître une lame de sa création, mais aucune image ne pouvait lui venir en tête tant il n'avait pas les moindres bases sur le sujet. Sa famille aurait sans doute jugé que ce n'était là qu'une chose pour les roturiers s'il s'y était intéressé en leur présence pourtant, rien qu'à l'écouter, il y voyait très clairement une forme d'art, pas moins noble que n'importe quel autre qui puisse exister. Ce qu'il faisait ici, n'était-ce pas la matérialisation de l'honneur même du samouraï ?

— C'est… c'est très impressionnant. Jamais je n'aurais pu imaginer qu'une forge ressemble à cela, à vrai dire je n'aurais su concevoir quoi que ce soit à ce sujet. Je crains qu'il ne vous faille me faire une présentation de toutes ces choses qui vous permettent de forger de si belles lames, car je n'ai pas la moindre base à ce sujet et je risque de me trouver rapidement perdu, avoua-t-il simplement.

Mais il en était presque heureux tant il aimait parfaire ses connaissances dans tous les domaines. N'était-ce pas ce vers quoi devait aspirer tout érudit ? Il n'avait pas peur de s'éloigner de ses domaines de prédilection pour peu qu'il soit guidé par quelqu'un qui s'y connaissait lui-même et il ne faisait aucun doute que Kanzen était tout désigné pour celui-ci.

Attentif, il l'écouta citer beaucoup de termes qui ne lui évoquaient encore une fois qu'une seule chose : son ignorance profonde en la matière. Le mieux qu'il pouvait faire pour le moment était de retenir tous ces mots, tout comme chacune de ses paroles et il faisait confiance à sa bonne mémoire pour cela. Habitué à apprendre tant de choses, il retenait assez vite, mais pour cette fois, il fut plutôt content de se dire qu'il avait des semaines devant lui pour ce faire. Nul doute que le procédé devait être compliqué et qu'il n'allait pas comprendre tout cela et encore moins les subtilités que ça impliquait en une seule journée.

Dans un murmure, il essayait de répéter les mots pour s'en imprégner davantage, son regard se perdant sur les lingots que Yaiko venait d'apporter. Il était incapable de reconnaître le moindre métal et ne se serait pas risqué à deviner. Éloigné depuis si longtemps des armes, de ces objets qui lui furent dès son plus jeune âge interdits, il s'y connaissait certainement encore moins que les samouraï.

— Vous avez raison Fukyuu-san, tout cela dépend de tellement de choses ! Du tremblement de nos mains jusqu'à nos états d'âme. Mais c'est aussi cela qui nous permet de faire naître des créations uniques, inestimables ! S'exclama-t-il.

Bien sûr ce pouvait être frustrant, l'idée d'atteindre quelque chose de sublime pour ne plus jamais savoir le refaire était sans doute l'une des plus grandes peurs de l'artiste, mais Ryohei était un homme optimiste et il voulait croire qu'il était toujours possible de s'améliorer. Tous deux suivaient une voie dont ils n'atteindraient jamais la fin, à moins de poser eux-mêmes leurs propres limites.

— Je m'en remets à vous pour m'initier à ce noble art, onegai shimasu, ajouta-t-il simplement dans un sourire tout en s'inclinant avec respect.

Ses yeux brillaient d'un éclat qu'il ne connaissait peut-être pas, trahissant autant sa curiosité que son envie d'apprendre, toujours mêlés à une joie certaine.



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MessageSujet: Re: Visite impromptue Ven 12 Aoû - 21:19

Rien au monde n'aurait pu ternir l'éclat qui se reflétait sur les dents dévoilées du sang-pur des glaces à la vu et l'entente de l'enthousiasme de son pair. Ryohei l'avait ainsi suivi à sa demande, les yeux aussi ouverts que cela pouvait être, tâchant de capter au mieux ce que Kanzen tâchait de lui révéler sur son propre art et plaisir. Leur entente était évidente et le crin-blanc savait qu'il n'aurait pas à se répéter en expliquant les étapes de création d'une lame, comme il l'eut prévu depuis le début.

Si son ami se révélait d'une stature frêle et fragile, malgré sa haute taille, il n'était aucun doute quant à la vivacité et la force de son esprit dont l'artisan doutait d'égaler la hauteur sans non plus s'en trouver jaloux. Le Fukyuu de lignée se dirigea alors vers les lingots bruts, qui tenait plus d'amas hasardeux de métaux divers que d'un alliage compacté en brique bien délimitée puis il en prit un entre les mains avant d'amorcer son sujet :

Le Tatara. Je ne pratique pas moi même la partie de mon art consistant au choix des minerais et à sa réduction de part l'endroit où nous nous trouvons. Il s'agit de la préparation du fer, du satetsu, alors encore sous sa forme sortie des mines… Le mien provient de Yama pour des questions d'origines et de traditions, mais on raconte que les sables d'Ariake, en Kenshu, sont les plus prolifiques en la matière… Enfin… Cette poudre est triée, selon l'expertise des mineurs, parfois se contentant de les identifier à la couleur, mais on raconte que certains maîtres reconnaissent différents métaux à leur simple odeur.

Il alla alors chercher, non loin de son four, une petite boîte vieillie par la chaleur qui pouvait régner en ces lieux, revint auprès de son interlocuteur et lui en révéla le contenu, soulevant le sommet du coffret pour lui montrer une poudre grossière sur laquelle la lumière de la lanterne accrochait ses reflets. Les yeux ambrés du noble tombaient non sans une étrange affection sur la limaille tandis qu'il poursuivit :

Satetsu, donc. Le principe est d'abord de construire un four en terre… Il est à chaque fois différent, vous comprendrez vite pourquoi… afin d'y jeter le sable ou les graviers qu'un feu poussé aux soufflets jumeaux situés de part et d'autre sans interruption et ceci pendant des jours. Je ne voudrais pas voir les mains de Yaiko usées par les ampoules pour un caprice comme celui d'affiner le métal… J'apprécie de pouvoir choisir mes lingots chez des senseïs réputés pour le moment. Peut être un jour remonterais-je mon art à sa source, en participant au recueil des paillettes de fer dans les rivières ou en administrant moi-même les fouilles au cœur des monts pour trouver mon matériau… Enfin…

Il rangea alors la boite, la déposant sur l'enclume près du centre de la pièce et revint vers son auditoire restreint, soulevant à nouveau l'amalgame d'acier entre l'héritier des Maeda et lui-même pour continuer enfin :

Un jour pour monter le four, trois pour fabriquer ceci, le kera, puis un dernier pour l'extraire du fourneau qui sera détruit pour y parvenir… La complexité et la place nécessaire pour cette étape doit l'être tout autant en ce qui concerne la récupération de l'encre qui vous permet d'user de votre art, Maeda-san… Ensuite vient la réduction du minerai qui permet de sélectionner le métal idéal à la fabrication d'un sabre : le tamahagane.

Il lança légèrement l’agrégat de fer et le rattrapa entre ces deux mains par pure espièglerie avant de poursuivre, non sans se positionner face à son four et désigner le marteau le plus imposant de son attirail, ainsi qu'une très longue pince :

Oroshigane est la véritable et première étape de ma vocation et le nom de ce qui naît lors de cette introduction à la forge. J'y reproduis approximativement le même principe que lors du tatara. Il s'agit ici d'une version miniaturisée du procédé que je vous ais décris plus tôt dont le but est de distinguer… Du degré de solidité, mais aussi de la teneur en carbone du métal… Bref… Ce passage n'a rien de passionnant et tient encore du fait d'obtenir la matière plus que de véritablement lui faire prendre forme.

Son sourire s'élargit alors qu'il attrapa un second lingot qu'il disposa à côté du premier sur son enclume avant de mimer la possession des deux outils qu'il avait distingué plus tôt, s'installa sur le tapis de paille tressée et singea les actes qu'il serait amené à perpétrer pour ce qu'il décrivit alors :

Une fois satisfait de mes lingots, dont la conception nécessite la présence d'un tiers, Yaiko s'avérant une alliée rompue à cet art parmi les autres dont elle possède le talent, vient le Tsumikawashi qui me verra assembler les morceaux d'aciers entre eux avant le kitae, le forgeage en lui-même. Je succède chauffe, martelage et refroidissement jusqu'à ce qu'un amalgame plus conséquent naisse enfin. Cette étape peut durer un certain temps, car il s'agit là de créer la l'authentique base du katana…

Relevant son regard ensoleillé vers son pair, il lui adressa une expression des plus joviale avant de lancer :

Vous pourrez vous tenir présent autant de fois que vous le souhaiterez, Maeda-san ! Ce lieu pourrait vous paraître paradisiaque au vu de la température qui s'y élève lorsque je procède à mon art… Depuis un coin opposé de ma position actuelle, je suppose. Si le frais de nos terres s'avère un inconfort de trop malgré le soin que mes suivantes portent au chauffage de mon domaine, cette pièce deviendra la plus agréable du lot… Tant que vous ne vous tenez pas trop près de mon four.

Bien engagé dans sa description de chaque pas donnant lieu à la naissance de l'arme emblématique de la caste des samouraï, cette légère digression n'affecta en rien sa volonté de partager son savoir avec le calligraphe dont il avait capté l'intérêt. Il éprouvait une curiosité au moins égale pour le don cultivé par Ryohei et espérait pouvoir obtenir en retour de sa franchise une autre pareille dont il ne perdrait pas la moindre miette. Pivotant sur son séant à l'aide de ses mains, il fit face au kuge et poursuivit, sans reproduire les gestes qu'il ferait cette fois, se contentant de les énumérer de ses doigts :

Nous y reviendrons lorsque nous y serons, mais après cela vient l'indubitable cœur de ma passion, le Kitae donc. Celui-ci se divise en deux étapes : Shita Gitae et Age Gitae, le forgeage de l'ébauche, puis des finitions. Je vous passe grands nombre de sous étapes codifiées dont je vous ferais le détail au fur et à mesure, bien avant d'en arriver là. Néanmoins, nombreux maîtres ne pratiques pas de la même façon à partir de cette étape et diverses écoles se contestent l'autorité de la meilleure méthode… De nouvelles se créant chaque jour, j'imagine. Pour ma part, je tâche de compulser chacune d'entre elles à ma façon, du moins, de celles dont j'ai la connaissance !

Il se releva alors et se mit face à son invité, les mains sur les hanches et les traits amusés avant d'ajouter :

Chaque brique de métal est feuilletée une bonne quinzaine de fois lors de l'épuration de ces dernières et la tradition nous pousse à plier vingt-trois fois le pain qui naît de leur assemblage, une fois martelé et étiré avant de recommencer à nouveau. Je n'ai jamais pris le soin de compter et cela est impossible… Mais la plupart des sabres de facture honnête que vous voyez trôner à la ceinture d'un bushi est le résultat d'un feuilletage pouvant atteindre plus de trente-milles couches… Au bas mot. Et tout ceci se produit avant la trempe de la lame elle-même… Vous comprendrez pourquoi deux mois ne sont pas trop peu vous demander pour assister à une telle genèse, n'est ce pas ?

Le crin-blanc invita alors son ami à quitter les lieux en sa compagnie, quittant les getta dédiées à cet endroit et reprenant la route du salon qui avait accueillit leur rencontre. Sur le chemin de ce dernier, il conclut sa diatribe chaleureusement :

Nous aurons ainsi tout le temps de mieux nous connaître ! Il me faut parfois laisser reposer mon ouvrage des heures durant et la position assise me pousse à aller me dégourdir les jambes dans les rues de la Capitale, voir imposer ma présence à la douce compagnie d'artistes d'un tout autre genre. J'aimerais, si vous vous en sentez l'envie, que vous m'accompagniez lors de ces sorties… Sans vous obliger à quoique ce soit, Maeda-san.

Un masque subtilement malicieux se dessina sur son visage tandis qu'il retrouvait enfin les murs centraux de la demeure, ses prunelles n'ayant pas quitter son hôte un seul instant.
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MessageSujet: Re: Visite impromptue Mer 7 Sep - 2:39

Ce monde lui était totalement étranger et il n'y avait là rien qu'il ne maîtrise, rien même dont il ait la plus petite connaissance. D'autres se seraient effrayés de ce simple fait, mais pour le tout jeune érudit qu'il était un peu plus chaque jour, cela faisait naître un merveilleux sourire sur ses lèvres et une lueur sans pareille dans son regard. Plus que tout, c'était la vision de son ami qui le réjouissait au plus haut point. S'il avait été impressionné par sa prestance et son aisance dès le premier jour de leur rencontre, son attitude se révélait incomparable avec celle qu'il tenait en ce lieu. Il y vivait dans une harmonie parfaite et y connaissait si bien même la plus petite chose qui se trouvait ici, qu'il pouvait être certain qu'il y avait passé là des heures infinies.
Il vibrait alors d'une toute nouvelle force, si puissante qu'il s'en sentait lui-même investi, même s'il n'était là qu'un simple spectateur. Ce don, immense, merveilleux, magnifique, l'inspirait au plus au point et si jamais il en avait été capable, il ne pouvait désormais plus lâcher des yeux cet homme qui l'impressionnait plus que tout. Il rayonnait, avec plus d'énergie qu'un soleil, qu'un millier de soleils peut-être et il se sentait alors heureux, heureux de le connaître, heureux de pouvoir partager ces moments avec lui.

Il semblait qu'il ait besoin d'un public pour se révéler dans tout son éclat et Ryohei était plus que tout ravi d'avoir pu se hisser jusqu'à cette place qu'il jugeait terriblement précieuse. Pour rien au monde maintenant il n'aurait regretté d'avoir frappé à sa porte et d'avoir accepté de vivre à ses côtés pour quelques temps, quoi qu'il arrive.

Ses mots, son discours étaient d'une précision qui émerveillait son cœur et il se délectait de chaque explication, écoutant avec une attention extrême pour ne pas en oublier le moindre détail. Pour lui qui ne maîtrisait rien dans ce domaine, ce n'était pas si simple à comprendre, mais il semblait tant connaître son sujet et l'expliquait si bien qu'il n'avait plus qu'à se laisser porter par sa voix énergique. Il communiquait parfaitement et avec une telle facilité sa passion qu'il se sentait à chaque phrase encore un peu plus impressionné. Était-il capable, lui aussi, de s'exprimer ainsi lorsqu'il parlait de son art ? Avait-il cette éloquence pour en partager autant la nature et l'essence si délicate qui correspondait à la calligraphie ?
Pour ce domaine-là, il ne doutait pas de sa passion, mais il n'était pas du tout certain d'être bien clair tant il n'avait pas l'habitude de s'adresser aux autres, d'expliquer tout simplement, enfermé dans sa demeure avec seulement ses domestiques pour compagnie. Alors tout ce qu'il disait agissait aussi comme d'une leçon. Il se dit qu'il devrait lui demander un peu plus tard quel était son secret. Peut-être pourrait-il l'aider à s'améliorer de ce côté-là.

Totalement silencieux, immobile presque et sans doute plus sage que le plus sérieux des élèves, il rayonnait ainsi, émerveillé de toutes ces nouvelles choses et par l'être qui avait accepté de lui partager tout cela. Des questions lui venaient déjà en tête, il avait envie d'en savoir plus sur telle ou telle étape, il voulait le voir à l’œuvre aussi et se trouvait investi d'une telle curiosité qu'il s'en sentait même impatient, ayant presque du mal à se contenter des mimiques qu'il lui offrait. Mais il ne dit rien, préférait largement ne pas l'interrompre dans son parcours, alors qu'il lui apportait là le premier portrait de son long et passionnant travail. Ils avaient le temps. Au fil de la fabrication, il pourrait voir tout ce qu'il lui disait aujourd'hui naître sous ses yeux, il pourrait lui demander davantage de choses et discuter avec lui de ce qu'il ne comprenait pas. Aujourd'hui, il se laissait simplement guider, s'approchant pour contempler ce qu'il lui montrait sans oser jamais y toucher, suivant constamment ses mouvements pour ne pas s'éloigner de lui, tout en respectant une distance raisonnable.

Ici, mais comme chaque jour, chaque instant qu'il avait partagé jusqu'à maintenant à ses côtés, il se sentait heureux, à sa place même, tant son ami l'intégrait parfaitement à sa vie. Dans sa tête, tandis qu'il imaginait toutes ces étapes qui lui étaient décrites, un peu naïvement, un peu trop différentes de la réalité sans doute, il le contemplait. Il avait presque envie de rire de joie tant il se sentait bien ici, mais il n'osait pas produire le moindre petit son et restait là à garder toutes ces choses pour lui seul, même si son visage et son regard devaient bien exprimer une bonne partie de ses émotions.

S'il était déjà très impressionné par tout ce qu'il lui racontait, sa dernière explication eu l'occasion de faire naître en lui une grande surprise. Il n'avait jamais imaginé qu'il faille autant de couches, d'ailleurs il n'avait jamais imaginé qu'il faille un tel travail pour faire naître une lame, quand bien même il n'avait jamais sous-estimé ce domaine et qu'il avait pour celui-ci un immense respect. Il en était donc d'autant plus émerveillé et pressé aussi de découvrir tout cela de ses propres yeux. Mais il allait prendre son mal en patience et savait très bien qu'il pourrait profiter de chacun de ces instants, un peu plus tard. Pour l'heure, son ami terminait son discours aussi méticuleux qu'il lui avait paru enflammé et le jeune kuge l'accueillit avec un nouveau sourire.

Aligatô gozaimasu, Fukyuu-san, pour toutes ces explications. Déjà, je cerne bien mieux ce long travail qui amène à la création de si belles lames et cela ne fait qu'attiser de plus belle ma curiosité. Je serai ravi de vous regarder progresser à chaque étape de votre travail tout comme j'espère être capable de vous partager un peu de mon savoir, qu'il s'agisse de calligraphie ou d'un autre domaine, car j'essaye d'exceller dans bien des connaissances.

Il s'inclina avec plaisir pour le remercier de tout ce temps qu'il lui consacrait. Il avait toujours voulu des amis, de la compagnie, mais jamais il n'aurait pu imaginer que cela put être aussi agréable.

— Cela me plairait beaucoup de vous accompagner, n'en doutez pas un seul instant, d'autant plus que je connais bien mal cette ville dans laquelle je suis né pourtant, avoua-t-il.

Il ne s'était pas assombri, mais laissa les raisons de cette lacune en simples sous-entendus. Ryohei n'avait pas tant envie de parler de ces choses-là quand il se sentait si bien en sa compagnie, il n'avait même pas du tout le cœur à réfléchir aux aspects sombres de sa vie et voulait simplement profiter de ces instants pour rire et s'amuser. À ses côtés, il ne doutait pas que cela puisse arriver souvent. Il lui faudrait bien aborder ces sujets puisqu'il avait accepté de tout lui dire, mais ils trouveraient d'autres moments pour ça, plus appropriés sans doute.
Laissant échapper un léger rire, il reprit :

— Que diriez-vous de commencer dès maintenant ? Cela fait déjà quelques jours que je ne suis pas vraiment sorti, pas de l'enceinte de votre demeure en tout cas et cela me ferait beaucoup de bien de me promener un peu. Si cela vous convient à vous aussi, bien entendu.

Il sourit de plus belle tout en se demandant ce qu'il pourrait bien lui faire découvrir dans la vaste cité qui abritait pour lui encore beaucoup de mystères. Un jour, il la connaîtrait par cœur, peu importait le temps qu'il lui faudrait, mais un jour, il pourrait devenir le guide parfait de la magnifique cité des glaces.



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