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 [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire

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Akogare Kitai

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Sohei

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MessageSujet: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Mar 7 Juil - 20:30


Les flammes lui dévoraient les chairs sans qu'il ne puisse faire quoique ce soit. La douleur, trop forte, lui annihilait toute possibilité d'apporter le moindre soutien aux prisonniers de la calèche embrasés. Bois, papier de riz et soieries ne ralentissaient en rien le feu affamé dont il sentait la langue lui passer sur le visage comme celle de quelque Oni pervers souhaitant le goûter avant d'en finir définitivement avec lui. Il se mis à hurler, non pas uniquement de douleur, bien qu'il n'en ai jamais ressenti une telle jusque là, mais de frustration et de colère mêlées face à son impuissance. Il se senti tiré, écarté violemment du braser, le regard de la prisonnière de ce dernier sembla soulagé lorsqu'il fut arraché à ce dernier. Il hurla sa peine physique et mentale à pleins poumons.

Puis ce fut le réveil. Gashiri le brusquait un peu afin de l'aider à sortir de ce cauchemar en le secouant par l'épaule. Bienveillant, son maître aux arts spirituels et aux armes, son tuteur et mentor, lui offrit un sourire chaleureux, tout en sachant pourtant qu'il n'en recevrait aucun en retour. Les yeux embués de larmes, Kitai s'arracha à l'étreinte de sa main aidante et se tassa dans sa propre couche, tirant au dessus de lui les couvertures afin de retrouver un semblant de solitude après de tels rêves. Le Soleil pénétrait la chambre de l'auberge, annonçant au jeune garçon que cette nuit était enfin terminée. Chacune d'entre elle, depuis la réalité de ces événements, n'était plus que le théâtre d'un souvenir qu'il revivait à chaque fois qu'il parvenait à trouver le sommeil.

Il l'acceptait plus facilement à présent, mais sa tristesse, sa douleur et la peur qui résultait de ses repos ne le quittaient que trop lentement. Gashiri, qui ne perdait guère patience et sourire, lui annonça au travers de ses draps dont il s'était entièrement recouvert qu'il était l'heure d'aller se décrasser à l’extérieur de l'auberge, de s'exercer quelque peu avant de mériter le petit déjeuner et de remercier Itegami d'avoir veillé sur eux un jour de plus. Renfrogné, la mine maussade, son jeune apprenti ne refusait pourtant guère ces coutumes matinales, les appelant même parfois en pensés, car elle lui permettaient de s'exorciser suffisamment de ses songes pour que le reste de la journée se passe sous de meilleures auspices.

Il quitta ainsi sa couche, attrapa son kimono d'étudiants en arts martiaux et théologiques, ainsi que sa lance et sorti de la chambre pour ne plus jamais y revenir. Il aurait préféré être au temple, dans la solitude reposante que lui permettait l'immense temple de Gakushiki et ses mille recoins, propices à l'isolation et la méditation, mais il accompagnait son tuteur, lui-même rattaché à la protection de la vieille Unmei. La mère de toute les mikos du sanctuaire du Dieu-Boeuf avait été dépêchée à Ite par la prestigieuse famille Shuzen afin d'apporter une éducation complète à leur petite dernière, de ce qu'il avait entendu des propos échangés par les deux adultes lors de la première partie de ce voyage.

Kitai n'avait pas demandé lui-même les précisions relatives à ce périple hors des murs rassurants du siège suprême de l'esprit des glaces, il s'en désintéressait complètement en réalité. Du haut de ses neuf ans, le regard qu'il jetait sur le monde n'avait plus lieu de s'illuminer pour quelque raison que ce soit de toute façon. Il trouvait un réconfort fugace dans son apprentissage au naginatajutsu et dans la prière, où il demandait la paix de son esprit et le repos de ceux des défunts de l'accident dont il porterait les marques à jamais. La mâtinée passa sans qu'il ne pipe mot, s'exerçant, priant, mangeant et marchant le plus silencieusement qui fut possible.

La capitale de Fukyuu l'exaspérait et il n'avait pas eu hâte de rentrer dans la cité-montagne. Le fait d'être entouré de tant d'étrangers l'irritait au plus haut point, si bien que Gashiri et Unmei eurent la décence d'esprit de lui adresser la parole le moins possible. Enfin, ils parvinrent à la vaste demeure des Shuzen où il fut laissé dans le jardin central avec son maître d'arme, la vieille miko disparaissant afin d'aller apporter son savoir à la fillette du clan dont on prêtait des talents de communion avec les kamis. Afin de garder l'esprit de son disciple aussi aiguisé que possible, et cela était un bien grand mot, son Sohei d'éducateur entreprit de le lancer dans une série d'exercices au naginata.

Il s'agissait bien là de la seule chose dans laquelle il montrait un talent certain, quoique plein d'une hargne embusquée dans les tréfonds de son cœur. Kitai trouvait dans les mouvements de son arme la seule exutoire valable, s’entraînant parfois jusqu'à épuisement afin que son esprit ne puisse plus se focaliser sur son passé. En vérité, force de pratique, il en avait révélé un véritable don. Dansants et tournants dans un balai qui tenait plus d'une danse gracieuse et ample que d'un art létal, maître et élève se coordonnaient, s'inspirant du souffle glacial du vent tombant des flancs de la vaste montagne-capitale. Au bout d'une longue heure de pratique, Gashiri prit congé un court instant de son jeune apprenti afin d'aller se débarbouiller ou de voir où en était la miko dans la dispense de son savoir.

Assis à même le sol, tenant son arme comme si elle se trouvait être le seul soutien de son existence, il se perdit à nouveau dans ses sombres pensés, son visage attestant de ces dernières, blessé en dedans comme en dehors, défiguré sur plus d'un tiers et laissant errer son regard perdu et bicolore sur le jardin. Il ne voulait pas fermer ses yeux, de crainte de revivre éveillé ses souvenirs passés. Puis il entendit la voix de Unmei, discutant avec entrain en compagnie d'une seconde personne. Ceci ne le frappa pas le moins du monde, préférant rester seul à tout point de vu et qu'on passe en le laissant tranquille, il évita de relever ses iris vers la source de ces voix. Mais alors qu'il se fermait totalement à son entourage, il perçu le rire de l'interlocutrice de la vieille maîtresse des Mikos du temple.

Un frisson le parcouru tandis qu'il avait l'impression qu'un souffle vivifiant chargé de la douceur d'une neige balayée par un vent printanier lui caressa l'échine. La joie de ce rire, le ton de cette voix le poussèrent rouvrir son attention au monde et de chercher sa source. C'était tel un chant, une musique comme il n'en avait jamais entendu de telle. Interloqué, la bouche mi-ouverte, il trouva l'origine du son, à moins que ce ne fut l'origine de tout à la fois. L'enfant qui marchait en compagnie  de la vieille femme devait avoir son âge. Pas bien grande, le teint pâle de la noblesse de son sang, elle ressemblait à une poupée dans ses kimonos ajustés. Il se leva brusquement pour une raison dont il ignorait totalement le fondement, se campant sur ses appuis comme à l'apparat, dans une position qui se rapprochait presque d'un garde à vous.

Mais sa surprise fut plus grande encore lorsqu'il se rendit compte qu'il était focalisé sur l'expression de joie de la jeune fille, il n'entendait plus que son rire. Le crépitement des flammes, le souvenir de sa propre chair cuisant et de la douleur qui avait été la sienne, l'ordre de sa mère de fuir… Tout cela ne subsistait plus. Seul restait l'éclat d’allégresse juvénile de celle qui devait être la dernière des Shuzen.
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Shuzen Seiko

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Kannushi

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Mar 7 Juil - 20:42

Je n’ai pas tout compris lorsque Zakuro m’a défendue il y a de cela quelques semaines. Elles sont belles, les Geisha, je n’aurais rien eu contre à découvrir ce métier ! Toujours maquillées, bien coiffées, posées, musiciennes et en bonne compagnie. Du moins, c’est que j’ai compris des propos de Mère, lorsqu’elle m’en faisait la description. Mais Zakuro a refusé. Il ne veut pas que je fasse mauvaise rencontre, que je sois « vendue », a-t-il dit. J’ai senti un soulagement dans le comportement de Seijin également, lorsque Mère a finalement cédé et accepté de me laisser choisir ma voie. Kazuo a trouvé cela bête, il pense qu’une femme ne doit pas avoir à faire ce choix, encore moins à huit ans. Mais n’a-t-il pas lui-même décidé de s’engager sur la voie du Bushido ?

Tout cela est flou pour moi. Toujours, on m’a appris à bien me tenir, à être polie et à respecter nos invités importants. En temps normal, de ce que me racontent mes grands frères, on cherchera bientôt un garçon d’une autre famille noble, avec lequel je serai sensée me marier et avoir des enfants. Notre famille doit se faire bien voit à Ite et c’est pour cette raison que mes frères sont ou seront tous Samouraï. D’ailleurs, si j’avais été un garçon, Père ne m’aurait pas permis de choisir autre chose. Chez les Shuzen, dans cette grande maison, on est sensés suivre la voie du paternel et devenir de grands guerriers. Au nom du Bushido, on doit tuer pour défendre le Seigneur et protéger le Clan.

En attendant, moi j’aurais aimé courir, jouer, profiter de notre cour immense. J’aurais aimé jouer avec des morceaux de bois comme le font mes frères et tomber en me salissant et en rigolant. Mais depuis petite, je souffre d’un mal inexpliqué. Rarement malade, je suis pourtant souvent fatiguée et ne peux que marcher lentement au risque de manquer de souffle et de me faire mal, si mes jambes ne tiennent plus. Zakuro et Kazuo critiquent souvent nos parents. Ils disent qu’ils sont trop exigeants et ne leur laissent pas assez de liberté. Mais je me sens chanceuse. Père m’a donné des dizaines de livres et m’a permis d’apprendre plein de choses sur Yokuni, grâce à cela. Mère, présente pour moi, m’a appris à tenir la maison, quelque chose que je peux faire, malgré ma santé fragile. Alors, moi, je ne peux pas les critiquer, même s’ils ne sont pas toujours très gentil ou affectueux. Et là encore, ils ont accepté de me laisser choisir ce que je voulais faire. Même si je trouve trop tôt, même si je voudrais continuer à lire tous les jours, simplement... J’ai le choix.

Et ce sont les Kami qui m’ont permis de choisir. Toujours là, depuis ma naissance. Dès quatre ans, j’ai des souvenirs d’avoir entendu des paroles, ressenti un toucher alors que personne ne voyait rien. Toujours bienveillants, parfois enseignants, ils ont été à mes côtés alors que je n’avais pas d’amis. J’ignore d’où ils viennent et je ne pense pas avoir déjà entendu Itegami mais ce sont peut-être ses amis qui viennent me chuchoter de douces paroles. Peu importe... j’y crois et ils croient en moi. Et tant que je croirais en eux, tout ira bien.

J’ai lu dans un livre que des dames appelées Miko officiaient dans les Temples à travers tout Yokuni, priant les Kami, dansant pour le repos des morts ou lors d’évènements, aidant leur prochain. Et j’ai commencé à rêver de cela, n’en dormant presque plus la nuit. J’ai été tellement insistante auprès de Mère qu’elle a convaincu Père de faire venir l’une de ses dames pour m’instruire et m’apprendre tout cela. Ainsi, je pourrai apprendre à mieux parler aux Kami ! Et peut-être pourront-ils aider mes frères à ressentir moins de rancœur et de haine, même dans le combat. Je rêve aussi de découvrir le Temple mais il est trop loin pour le moment et je ne peux pas me déplacer. Peut-être que les Kami me donneront la force d’y aller un jour.

Alors aujourd’hui, après qu’on m’ait aidée à m’habiller, je me coiffe seule et fait un effort pour attacher mes cheveux moi-même. Il faut que je présente bien pour que cette dame m’apprenne bien ! Qu’elle pense que je suis douée, qu’un jour je pourrai prier avec elle. J’entends quelques bruits dehors, alors que j’ai fini de me préparer. Parcourant lentement la maison, je vois Zakuro attablé mais le regard dans le vide.

- J’y vais, Onii-chan ! dis-je alors avec un sourire jusqu’aux oreilles.

Il se retourne et me sourit à son tour. J’espère être à la hauteur. Kazuo s’entraine à l’extérieur, sur le flan de la maison. En sueur et totalement impliqué, il ne remarque pas mon passage. Seijin me rentre dedans mais je ne trébuche pas, il devait marcher lentement.

- Pardon, Imoto-chan ! dit-il en posant une main sur ma tête. Je vais aller manger quelque chose avant d’entamer mon duel avec Kazuo. Bonne chance avec la Miko !

Il me sourit aussi et se dépêche d’appeler notre Mère, pour qu’elle lui prépare quelque chose de consistant. C’est le sourire aux lèvres que j’arrive enfin vers la porte, à coup de tout petits pas. Un homme se présente comme étant « Gashiri » et explique qu’il a escorté la Miko Unmei jusqu’ici, comme demandé. Mère les accueille et m’aperçois. Elle me demande de me dépêcher et de venir me présenter. Aussi vite que je le peux mais sans forcer, je m’avance alors et m’agenouille devant nos invités.

- Bonjour et enchantée, dis-je poliment en me penchant en avant. Je suis Shuzen Seiko et je vous remercie beaucoup de venir m’enseigner l’art d’être une Miko !

Unmei-san regarde son escorte et sourit en me regardant à nouveau, puis s’adresse à Mère.

- Vous avez là une ravissante petite fille, Shuzen-san !

Après quelques minutes et du thé, Gashiri – qui se révèle finalement être un Sohei – retourne à l’extérieur pour y retrouver son jeune apprenti. Je reste alors seule avec Unmei-san qui m’explique brièvement son parcours. En écoutant attentivement, malgré mon excitation, j’apprends qu’elle a été Miko très tôt et jusqu’à trouver un mari, duquel elle avait la chance d’être amoureuse. Cependant, lui aussi Samouraï, il avait perdu la vie après quelques années de bonheur. N’ayant pas d’enfants, elle a finalement décidé de retourner au Temple Gakushiki et d’enseigner aux plus jeunes, retrouvant sa foi et son envie d’être proche des Kami. C’est donc pleine d’admiration pour le courage de cette dame que j’écoute la suite. Suite qui m’apprend ce que je sais déjà mais aussi ce qu’elle m’apprendra en venant plusieurs fois par mois me rencontrer. Elle me dit que j’aurai des devoirs en son absence et qu’il faudra que je pratique. Frétillante, je ne demande que ça  et la remercie une dizaine de fois pendant la séance.

Unmei-san me propose de sortir pour prendre l’air et faire connaissance avec Kitai. J’en déduis qu’il s’agit de l’apprenti Sohei. Sur le chemin, alors que nous marchons à mon rythme, la Miko me décrit le garçon de neuf ans comme quelqu’un de renfermé, un peu bougon et au passé difficile. Il est difficile d’imaginer qu’on ait un passé difficile à neuf ans... moi qui ai toujours été protégée par trois grands frères et de nobles parents. Unmei-san me dit qu’il lui arrive de regarder l’entraînement de Kitai et de le voir tomber maladroitement, du moins à ses débuts. Bien que je ne sache pas à quoi il ressemble, j’imagine un tout jeune enfant tombé en avant, ne sachant pas se battre. Peut-être est-ce l’image de Seijin qui me revient alors... Mais je ris... peut-être un peu trop fort. Unmei-san rit aussi, avec davantage de retenue mais je sens qu’elle m’aime bien. Je l’aime bien aussi, elle est douce et gentille. Je la sens proche de moi par son amour pour ses êtres que seules nous pouvons entendre.

Nous nous approchons finalement du garçon et, alors que nous sommes encore à plusieurs mètres de lui, je le vois se crisper, comme s’il devait bien se tenir. Je m’arrête alors de marcher et l’observe longtemps. Il a bien habillé et possède déjà une lance, probablement pour l’entrainement. Nous nous regardons quelques secondes et je ne remarque que dans un second temps la vilaine brûlure sur son visage et ses yeux bleus remplis de sentiments négatifs. C’est donc cela, avoir un passé difficile... C’est être jeune mais ne plus être un enfant... C’est ne plus vouloir jouer alors qu’on le voulait tout le temps... C’est regarder le monde en refusant ses cadeaux... J’ai alors une envie irrépressible de courir vers lui, de le rattraper sans sa chute imaginaire, de le sauver de tout, du mal. Mes jambes bougent toutes seules et bien plus vite que d’habitude et je me mets à courir alors que je ne le peux pas.

Lorsque j’arrive vers lui, j’ai le souffle coupé mais pose tout de même mes deux mains fraiches sur le visage du dénommé Kitai, plongeant mon regard dans le sien. Avec le peu d’air qui me reste, je réussis à articuler quelques mots.

- Moi non plus... je ne peux pas jouer... Alors, si tu veux... nous pourrons... parler... la prochaine fois...

Un sourire se dessine sur mes lèves tremblantes et je me noie alors dans ses yeux. Le droit, plein d’eau, m’apaise et me donne le sentiment qu’il est plein de vie et de douceur. Le gauche, plus clair – probablement atteint par le feu – est plein de glace et démontre une force et une solidité de caractère, un genre de carapace. Je ne vois alors que du noir ; mes mains retombent le long de mon corps et je bascule en arrière. Je sens les bras de Kitai me soutenir pour éviter que ma tête ne percute le sol.

- Zakuro, Seiko est tombée ! crie alors Seijin fermement.

Ils arrivent alors tous les deux en courant, j’entends leurs pas sur le sol et je retrouve peu à peu la vue. Alors qu’ils s’excusent auprès d’Unmei-san et de Gashiri, je les sens me prendre des bras réconfortants de mon nouvel ami l’aperçois encore, avant que nous ne retournions à l’intérieur.

- À bientôt, Ki-chan ! dis-je alors avec le peu de voix qu’il me reste.

J’ignore s’il m’a entendue mais je suis alors convaincue que nous nous reverrons.


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Akogare Kitai

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Sohei

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Mer 8 Juil - 11:08

Elle lui court après sans prévenir, laissant tout les hommes et femmes autours d'elle dans l'incapacité d'agir un seul instant. Dès ses premières embardées, Kitai se rend compte que ce n'est pas la un geste naturel de sa part, ni une habitude. Tout montre dans sa course la préservation dont on éduque une personne fragile, mais alors pourquoi brise t-elle ainsi les chaînes de la précaution pour venir ainsi lui prendre le visage dans ses mains, lui prendre le visage comme personne ne l'avait jamais fait avant, de lui annoncer d'une voix entrecoupée de tentatives infructueuses d'inspiration ce qu'elle lui annonça.

Elle semble si inquiète, son visage de poupée est en émoi puis elle sourie. Son expression se veut rassurante et après ce qu'elle lui a dit, il a l'impression que ses yeux d'un noisette ravissant lui murmurent que tout va bien se passer à présent, que tout ira pour le mieux. Puis elle chavire, ses iris disparaissent sous ses paupières et son expression plonger dans l'inconscience. Elle ne semblait pas mû d'une grande force alors même qu'elle s'était jetée sur lui, dorénavant, elles semblaient toutes l'avoir abandonnée.

Dans un réflexe inconscient, le jeune sohei jette ses bras à la rescousse du corps chutant de la jeune fille, sa main droite passant derrière sa nuque, sa gauche l'attrapant par la taille. Elle ne pèse rien et il sent la finesse de son corps sous l'épaisseur du tissu de ses robes. Frappé par l'état physique de l'enfant des Shuzen, Kitai n'entendit pas tout le monde s'agiter autour de lui tandis qu'il était perdu sur la surface de ce joli minois et de l'attitude qu'elle avait eu à son égard sans pourtant le connaître un seul instant.

Deux de ses frères, Seijin et Zakuro, viennent à la rescousse de leur petite sœur déjà sécurisée et la soustraient à l'étreinte salvatrice de l'apprenti moine-combattant tandis que le regard de la petite fille s'éclaire à nouveau. Elle le hèle alors qu'on l'emporte dans la maisonnée. Une voix clair, un surnom issu de nul-part, Kitai ne peut rester que le plus muet du monde, interloqué, presque choqué, mais dépourvu du moindre sentiment désagréable en un seul instant. Il n'est pas surpris de ne pas avoir été remercié pour son geste envers l'enfant, il n'y pense pas même un seul moment. Il fixe le couloir par laquelle elle vient de disparaître, emportée par les siens, l'ombre d'un sourire sur la commissure de ses lèvres, convaincu qu'ils se révéraient.


Dès son retour au temple en compagnie de Gashiri et de la vieille Unmei, il fut aux aguets de la moindre rumeur d'un retour chez les Shuzen. Il lui arrivait d'espionner les conversation de la matrone des Mikos et de son tuteur afin d'y desceller des propos tournant autour de la jeune fille. C'est ainsi qu'il avait apprit son nom. Seiko. Il prononçait ce dernier comme un trésor, dans l'intimité de ses moments de solitude.

Perdant ses yeux dans les nuages durant les cours de théologie où les prières au dieu-boeuf en se souvenant de son visage et du regard qu'elle avait posée sur lui. Il ne faisait plus attention à la présence de ses frères d'apprentissage, dont il fuyait la compagnie habituellement et un jour alors qu'il se débarbouillait le visage, il fut surpris de croiser dans le reflet de l'eau claire sa propre expression : un sourire doux illuminant son faciès blessé.

Vint vite le jour où Unmei dû se rendre à nouveau à la demeure des Shuzen et, sous le regard bienveillant de cette dernière, il la pria de le laisser l'accompagner. Son cœur battait à la chamade à l'idée de revoir la jeune fille et le voyage lui paru durer une éternité tant il était en proie à l'impatience. Elle lui avait dit qu'ils parleraient lors de cette rencontre initiale et bien qu'il ne savait pas vraiment quoi lui dire lorsqu'ils se feraient face à nouveau, il tendait à ce moment fébrilement.

Ainsi, lorsqu'ils arrivèrent enfin chez elle, il patienta un temps infini dans le même jardin central où il s'était rencontrés le premier jour, jouant de sa naginata plus qu'il ne s’entraînait vraiment. L'un des frères de Seiko, du moins le supposait-il, s'amusait à décortiquer ses mouvements de la lance en y apposant son petit commentaire à chaque fois, parlant de passer sa garde facilement si un combat entre eux devait avoir lieu.

Ce fut bien le cadet des soucis de Kitai à vrai dire, rien ne semblait plus avoir d'emprise sur lui autrement que cette petite promesse qu'elle lui avait faite ce jour où elle s'était littéralement jetée sur lui. Lorsqu'il entendit enfin la vieille Miko échanger avec la petite voix de Seiko, il se mit à s'appliquer dans ses passes d'armes. Il se demanda pourquoi il agissait ainsi et si ce n'était pas un élan de frime mal placée, mais il ne changea en rien son attitude, pour une raison qu'il ignorait totalement, il voulait avoir l'air fort alors qu'elle lui avait dévoilée une faiblesse physique évidente.

Il souhaitait donner l'air de pouvoir la protéger, c'était pourtant là la seconde fois qu'ils se voyaient. Enfin, il cessa ses enchaînements et fit semblant de remarquer sa présence au bord du jardin alors que la réalité était très différente. Un sourire timide vint lui éclairer le visage et de sa main libre, il lui adressa un petit coucou lorsqu'il fut certain que les jolis yeux noisettes de la jeune fille ne viennent à croiser la bichromie des siens.

O'hayo, Seiko-san… Dit-il doucement d'une voix qui était tout à fait comparable à un souffle frais descendant de l’amont d'un haut pic… Je veux bien parler...
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Kannushi

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Mer 8 Juil - 20:13

Des jours, je me suis réjouie du moment où Unmei-san reviendrait m’enseigner. Elle n’avait pas eu de disponibilités la même semaine, ce qui repoussait la rencontre de plusieurs jours. Après l’incident du premier, mes frères ont veillé sur moi, chacun à leur façon. Zakuro m’aurait accompagné aux toilettes, s’il avait pu... Kazuo m’a grondée plusieurs fois d’avoir couru alors que je n’en ai pas le droit... Et Seijin a partagé quelques moments avec moi, pendant mes lectures. Je me suis vite rétablie ; ce genre de crises ne dure en réalité que quelques minutes, le temps pour mon corps de dire « stop, tu es allée trop loin ». J’ignore ce qu’Itegami veut me dire par cette limite mais, pour le moment, je sais que je n’ai pas le droit de faire comme les autres enfants et c’est malheureusement ainsi.

Et la voilà arrivée. J’aurais bien envie de sauter dans tous les sens mais je me contente de lui préparer un accueil enjoué avec le ton de ma voix et un bon thé. Elle ne me dit pas tout de suite qu’elle est venue accompagnée. Le cours commence sur les chapeaux de roues. Unmei-san me dit avoir constaté que, grâce à la lecture et à mon savoir spontané spirituel, nous pourrions atteindre un niveau élevé d’enseignement rapidement. Flattée dans un premier temps, je ne m’attends pas vraiment à ce qu’elle me parle tout de suite de la façon de prier, puis, seulement après, de l’histoire de chaque Kami des glaces. En une heure, nous revoyons la plupart des théories que j’ai pu lire et la Miko arrive au même constat.

- Tu es douée, Seiko-chan. Je suis convaincue que tu seras une excellente Miko.

Elle m’offre un sourire sincère et affectueux que je lui rend volontiers, rougissant légèrement. Je ne sais pas si j’aurais été douée pour jouer d’un instrument et tenir compagnie. Je ne sais pas si je serai une épouse dévouée et aimante. Mais, apparemment, Unmei-san sait que je serai une bonne Miko. Et cela suffit à illuminer ma journée. Du moins, c’est ce que je pense.

Alors que nous sortons dans le jardin, j’aperçois Kazuo retourner à son occupation. Tournant la tête, je vois alors Kitai, d’abord concentré à son entraînement puis surpris de mon arrivée – ne s’attendait-il vraiment pas à me voir alors que je lui avais promis ? Il me fait un signe pour me saluer. Nous nous approchons et la lumière émise par son sourire vaut finalement tout autant que le compliment d’Unmei-san de tout à l’heure. L’eau que j’avais vue dans ses yeux est donc bien là, bien présente, bien vivante. Unmei-san sourit aussi, tout autant sincèrement qu’à moi seule.

- Tu es douée, Seiko-chan... vraiment très douée, dit-elle en regardant l’apprenti Sohei. Je vais finir mon thé en compagnie de ta maman. Je reviendrai chercher Kitai quand nous devrons partir.

Je hoche la tête en la regardant puis mon cœur rate un battement lorsque j’entends pour la première fois la voix du garçon.

- O'hayo, Seiko-san… dit-il doucement, presque timidement. Je veux bien parler...

J’écarquille les yeux puis mon étonnement s’efface pour laisser place à un énorme sourire. Je suis heureuse. Heureuse de rencontrer quelqu’un de mon âge à qui parler. Heureuse qu’il soit revenu pour discuter. Heureuse qu’il devienne mon ami.

Je l’invite d’un geste de la main, toute guillerette, à me suivre à l’arrière du jardin. Je vois bien qu’il n’a pas de peine à me suivre, comme tout le monde. Une tortue pourrait me dépasser. Mais je ne veux plus inquiéter mes frères alors j’y vais doucement... et Kitai semble trouver mon rythme peu embêtant, puisqu’il me suit sans broncher. Là, près du petit étang, nous trouvons Kazuo, en plein entrainement. Il soupire d’agacement lorsqu’il nous voit nous asseoir mais finit par nous laisser tranquille, entrant dans la maison.

- Kazuo est venu te voir, juste avant ? Il ne t’a rien dit de méchant, j’espère... Il n’est pas une mauvaise personne mais il n’arrive pas à contenir son envie de se battre et sa colère. J’ai beau essayer de l’apaiser, il ne se calme pas et me gronde souvent. Mais il est mon frère, comme Zakuro et Seijin. Tous seront des guerriers, à l’avenir. Ils mourront pour le Daimyo, pour défendre Fukyuu et pour l’honneur de notre famille.

Le regard sur le bambou émettant un « clac » après que l’eau se soit écoulée, je me rends compte que j’ai commencé à parler alors que j’ai plutôt envie d’entendre Kitai. Je le sens hésitant et timide, alors je continue encore un peu, retrouvant mon sourire.

- J’ai grandi dans cette graaaannde maison, dis-je en agitant mes bras. Père et Mère sont autoritaires mais ils n’ont pas vraiment le choix, mes frères son turbulents. Zakuro est le plus calme et le plus fort des trois. C’est mon Onii-chan adoré, il est doux et toujours disponible pour moi. Il me fait beaucoup de cadeau et m’offre mes gâteaux préférés quand je suis fatiguée. Il travaille dur pour être Samouraï et plaire à nos parents, bien qu’il n’aime pas tellement se battre. Kazuo a cassé plusieurs fois les portes, en lançant des objets. Il est colérique et fait souvent des caprices. Il veut tout faire comme Zakuro mais n’arrive jamais à le battre. Seijin m’amène souvent des livres et me demande de lui lire quelques chapitres. Je sens qu’il aimerait choisir une autre voie, peut-être plus calme mais Père ne voudra jamais... Il tient à ce que ses garçons soient Samouraï, comme lui.

Un léger silence, je le regarde, posant mes mains sur mes cuisses, toute contente de pouvoir peut-être en apprendre plus sur mon nouvel ami.

- Et moi je suis là, à lire toute la journée. J’ai été très contente qu’Unmei-san vienne m’enseigner parce que j’adore les Kami. Je sais qu’ils veillent sur nous. Et même si je ne peux pas jouer, je peux les entendre chuchoter des choses que je ne comprends pas toujours mais qui me font du bien. Alors je suis heureuse de pouvoir apprendre à leur parler. Peu d’enfants passent par ici mais peu ont été d’accord de venir s’asseoir avec moi, comme tu l’as fait. Merci beaucoup, ça me fait très plaisir !

Je m’incline et lui sourit toujours.

- Et toi ? Tu as grandi où ? Gashiri t’apprend à devenir Sohei, non ? Tu as des amis au Temple ? J’ai entendu qu’il était énorme ! As-tu des frères et sœurs ? Comment sont tes parents ?

Je parle toujours trop, c’est ce que Kazuo me dit. Mais j’ai envie de le connaître, de tout savoir sur lui. Je ne réalise probablement pas l’impact que mes questions peuvent avoir sur quelqu’un au passé difficile...


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Akogare Kitai

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Sohei

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Jeu 9 Juil - 14:31

Rien n'aurait pu le préparer au sourire qu'elle lui rendit alors qu'il acceptait, des semaines plus tard, son invitation à une conversation. Elle était si spontanée, tranchant radicalement avec sa manière de se déplacer pourtant. Comme si son caractère était prisonnier des limites de son corps. Kitai avait compris qu'elle n'était pas pleine de ce côté là, lorsqu'elle avait voulu forcer sa cage de chair à courir à sa rencontre la première fois tandis qu'elle ne le connaissait pas.

C'était toujours le cas d'ailleurs et il était réticent à se dévoiler ainsi à la première venue. Mais quelque chose en lui lui disait que ce n'était pas le cas, qu'elle n'était pas n'importe qui. Alors il laissa cet instinct le porter, il se reposa dessus et se senti soudain particulièrement léger. Elle l'invita à le suivre, ce qu'il accepta en silence, curieux et sur la défensive à la fois. Elle fit plus attention à elle, mesurant son rythme, l'atténuant au possible, ce qui poussa le jeune moine à ralentir sa propre cadence de façon drastique, sans que cela ne le dérange pourtant.

Quelque part, il avait souhaité la revoir au plus vite et maintenant qu'elle était là, l'instant pouvait durer une éternité et la marche de Seiko donnait clairement cette impression là. Tant mieux. Il la suivrait ainsi aussi doucement qu'il n'était nécessaire, laissant le temps couler délicatement comme s'il hésitait à les brusquer. Il ne fit pas grand cas de la présence de Kazuo lorsqu'ils trouvèrent un endroit où s'installer, trop curieux de ce qui allait se produire ensuite et de ce que ce visage de poupée allait lui dire.

Elle débuta ainsi, partageant une inquiétude à propos de ce frère qui quitta les lieux en grommelant à leur égard. Il n'avait guère remarqué le manège du jeune homme tandis qu'il s'exerçait, l'esprit trop accaparé par cette réunion attendue et espérée depuis qu'il avait quitté la maison des Shuzen, des semaines plus tôt. Il voulu se remémorer les mots du fiévreux frère de sa jeune interlocutrice, mais il n'y parvint pas. Il se mit à réfléchir, quelque peu étonné d'échouer ainsi à se souvenir de quelque chose de désagréable, comme elle semblait l'indiquer.

Il avait une excellente mémoire, malheureusement, en ce qui concernait les faits les plus sombres de son existence et pourtant, rien n'y fit, Kazuo restait une ombre qui n'avait pas su poser ses griffes sur lui, trop concentré sur le petit soleil que s'était révélé Seiko dès le premier instant. Il n'eut ainsi pas le temps de la rassurer. Autant il n'avait éprouvé aucune difficulté à la suivre lorsqu'ils avaient marché, autant elle ne laissa pas à son cerveau un moment de répis, elle était déjà en train de dévoiler une partie de son histoire, celle des Shuzen et de cette demeure, la famille qui y vivait, leurs aspirations, les préoccupations de la jeune fille pour sa fratrie.

C'était un domaine totalement inconnu pour lui, une fable qu'il découvrait là sans la connaître de vécu. Un joli roman, comme beaucoup de choses qui semblaient tourner autour de son interlocutrice et ce malgré sa faiblesse physique visible. Une pause, très courte à nouveau, il la voit heureuse pour une raison qu'il ne comprenait pas. Le simple fait de discourir ainsi devait en être la cause, mais cela ne s'arrêtait pas là. Il comblait un manque ou alors était-elle ainsi avec tout le monde, il ne sut le dire et cela ne revêtait d'aucune importance en réalité, car la voir ainsi joyeuse et si claire faisait fuir les ténèbres qui l'envahissait.

Elle reprit alors et étrangement, il parvient plus facilement à se concentrer sur ce qu'elle lui décrivait à son propre propos. Il mit ainsi le doigt sur le fait qu'il trouvait plus simple qu'elle traite d'elle-même, de ses aspirations et de ses talents, c'est d'ailleurs tout ce qu'il retenait le plus facilement. Le nom de ses frères et de leur attitude nécessitait déjà un effort de réflexion pour qu'il parvienne à remettre les choses à leur place. Par contre, ce qu'elle faisait pour elle, tout comme son don et sa soif d'apprentissage vis à vis des Kamis, il n'avait aucun mal à le comprendre et à le stocker dans sa mémoire.

C'était comme si Seiko peignait son propre tableau avec un décor, mais que seul sa propre personne était colorée, laissant le reste défini uniquement par des traits de construction dans l'estampe. Il se prit même à rougir lorsqu'elle le remercia pour une chose dont il n'était pas responsable et voulu lui dire cela… Mais c'était sous-estimer la capacité de la jeune fille à reprendre rapidement, à ne laisser que de faible blanc.

D'autres aurait agit ainsi, Kitai aurait tourné les talons, ennuyé, ou se serait reposé lorsqu'ils auraient cessés de parler. Mais elle, c'était tout l'inverse. Il appelait sa jolie voix juvénile à s'exprimer à nouveau lorsqu'elle cessait, l'effet était totalement contraire à son habitude. Il se sentait bien lorsqu'elle parlait. Puis vinrent les questions. Elle lui avait dit beaucoup de choses en peu de temps à son sujet et il redoutait que cet instant arrive.

Se replonger dans les images de cette vie passé lui brûla le cœur comme son visage, son épaule et son dos l'avaient étés. Il serra ses deux poings sur ses genoux pour évacuer, tâchant de rendre un sourire forcé à son interlocutrice. Elle n'était pas responsable… Il ne voulait pas la faire payer pour d'autre. Il rassembla toute la paix qu'elle avait su instiller en lui afin de lui répondre d'une voix qu'il ne su dénuer totalement de tremolos et de hoquets. Il décida de trier les questions, de débuter son cheminement par le plus simple pour finir par le plus complexe à gérer :

Gashiri est mon maître et mon tuteur, oui. J’apprends beaucoup de lui. Il m'a montré le respect du à Itegami, la beauté des Monts des terres de notre clan et il m'enseigne l'art de la lance et du naginata. En ce qui concerne le Temple… Je ne sais pas, j'y vis depuis assez longtemps je crois et il est ma demeure. C'est plus grand qu'ici, c'est sûr… Mais nous y sommes nombreux et beaucoup de gens viennent nous voir… Ou plutôt, rencontrer notre Seigneur, Ouma Masaru-sama. Nous… Nous sommes là pour protéger. Protéger Masaru-sama et Unmei-sama et toute les autres mikos, les gens qui vivent là et qui ne se battent pas comme nous.

La suite allait être plus pénible, mais elle méritait bien qu'il n'ignore pas sa curiosité, il serra d'autant plus fort, à s'en faire blanchir les phalanges, ses poings sur ses cuisses.

Je… Je suis né à Miyuki… Dans un domaine de la pointe Nord où les frontières du Tigre et celle du … Phénix… Nous tenaient de part et d'autre. Je n'ai pas de frère, ni de sœur… Et je n'ai plus de parents.

Il transforma un sanglot en rire nerveux, trop fier pour s'épancher à nouveau. Il avait déjà trop pleuré, tant qu'il ne souhaitait plus sentir couler de larmes sur ses joues et surtout, il ne voulait pas montrer à cette jeune fille là autre chose qu'un sourire. Alors il le força, il éclaira son visage du mieux qu'il pouvait, et cela lui paru bien plus simple qu'avant. Il ne craqua pas, tint bon, et poursuivit, même s'il fut obligé de changer drastiquement de sujet, ou plutôt, de revenir à l'un de ceux qui l'avait précédés. Car une perspective venait de s'ouvrir dans le discours qu'avait prononcée Seiko :

Si tu parles aux Kamis, c'est que tu es douée des mêmes dons que Unmei-sama ! Et cela signifie que tu viendras habiter chez nous quand tu iras mieux ! J’espère que tu guériras vite…

Du moins, supposait-il qu'elle fut malade au vu de sa façon de se déplacer de l'instant d'avant et de l'accident qui s'était produit lors de leur première rencontre. Il fut choqué que cette simple perspective vienne soudain souffler sur les nuages noirs que son passé remémoré avait étalés. Plus rien n'était forcé alors dans son expression, il était juste heureux à nouveau.
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Kannushi

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Jeu 9 Juil - 17:49

J’ai fait une bêtise, une grosse bêtise ! Kitai hésite à me répondre... pire, la tristesse gagne son regard, bien qu’il tente de la cacher en serrant les poings. J’ai soudain peur qu’il s’en aille, blessé par mes questions. Je suis alors prête à m’excuser et à faire taire ma curiosité mais mon ami fait l’effort de répondre, la voix instable.

Pour une fois, j’imagine les entrainements d’un guerrier plutôt comme une danse. Bien qu’il soit peiné, Kitai semble aimer les enseignements de son Maître et la vie au Temple. J’avais d’ailleurs pensé en voyant Gashiri qu’il avait un visage très doux et qu’il devait aimer sa pratique au sein du Temple, aux vues de sa complicité avec Unmei-San. Naturellement, j’ai plus d’admiration pour les Sohei que pour les Samouraï, ces derniers servant le Seigneur mais ces premiers servant l’intérêt du Temple et des sanctuaires habités par mes compagnons invisibles. J’imagine Kitai ayant déjà beaucoup voyagé avec lui, avoir vu tout Fukyuu et s’être entrainé dans des conditions extrêmes. J’ignore si c’est le cas et aurais bien envie de le questionner mais je le laisse finir, ne voulant pas le blesser davantage.

Le garçon se crispe encore plus et je m’en veux pour de vrai lorsque je comprends avoir remué de vilains, très vilains souvenirs. Il développe beaucoup moins et essaye de cacher encore une fois son émotion en riant nerveusement. Seijin aussi fait ça, quand Père le contrarie. C’est alors l’inquiétude qui s’imprime sur mon visage. C’est donc cela, la solitude. Ne plus avoir personne de familier sur qui s’appuyer. Quand Kitai a-t-il perdu ses parents ? Que leur est-il arrivé ? Un flash me fait presque sursauter et je remarque à nouveau cette brûlure sur son visage – le reste du temps, elle est invisible.

Peut-être que c’est ça : un incendie. Peut-être mais d’où viendrait-il ? J’ai tellement lu sur les conflits entre les Clans... Peut-être sont-ce des Setsu qui ont attaqué Miyuki. Je ne peux qu’imaginer l’horreur qu’a vécue Kitai, alors que je ne connais pas toute l’histoire. Mais peut-être un jour arriverai-je à lui faire oublier les ténèbres et la tristesse qui l’entourent. Courageux, probablement comme au moment du traumatisme, il continue de parler et, bien que je voie qu’il se force dans un premier temps, son timide enthousiasme redevient naturel alors qu’il me parle de ma venue au Temple.

Je ne réponds pas tout de suite, bien que je lui rende son sourire. Visiter le Temple est un rêve depuis que je sais lire. Mais il est vrai que, plus j’avancerai vite, plus il sera temps d’aller directement à Gakushiki. Aux vues de mon état, il me sera alors difficile de revenir souvent rendre visite à mes frères et eux n’auront pas le temps de venir me voir. Ils me manqueront beaucoup... J’en perds presque le sourire mais Kitai me donne de l’espoir. Si nous restons amis, il sera là pour m’aider et me parlera. Unmei-san aussi ! Je suis convaincue que mon accueil sera chaleureux. Mais nous n’y sommes pas encore. Devenir Miko demande des années d’enseignements, de prières et beaucoup de concentration. Mon rythme est ralenti par mon état de santé mais je suis sûre que j’irai là-bas bien assez tôt !

- Je me réjouis de venir voir où tu habites et de rencontrer tout le monde ! Nous aurons l’occasion de protéger le Temple ensemble, chacun à notre manière !

Je ris. Gentiment, pas trop fort. Puis je finis par me relever. Je me baisse pour saisir la main de Kitai et l’entraîner à l’intérieur.

- Mère ne fait pas souvent des compliments mais elle dit que je fais très bien le thé. Tu veux goûter ? Et après, pourrais-tu me montrer quelques-unes de tes techniques ? Zakuro se bat à mains nues puis Kazuo et Seijin manient le katana. Je n’ai d’ailleurs jamais vu de lames comme la tienne d’aussi près !

La journée se termine joyeusement. Kitai ne parle que peu mais j’ai droit à quelques détails sur les jardins du Temple et à une jolie démonstration à l’extérieur. Sa façon de se battre ressemble bien à une danse, c’est beaucoup plus joli et réfléchi de ce que j’ai pu voir de mes frères. Unmei-san finit par devoir rentrer et c’est à nouveau tout sourire que je dis au revoir, espérant que la prochaine fois soit bientôt.

***
Deux ans plus tard.

Il est rare qu’il pleuve sur nos terres mais il pleut aujourd’hui. Peut-être les Kamis sentent-ils que j’aurais besoin d’aide, que l’eau serait la seule façon pour moi de bien respirer. Le médecin vient de partir en soupirant pour faire un rapport à mes parents. Impuissant, il ne peut me proposer que des remèdes rares pour rétablir ma respiration difficile. Voilà trois semaines que ne peux quitter mon lit, à part pour aller faire mes besoins. Je me sens prisonnière de la maison alors que je m’y sens si bien d’habitude. Prisonnière de ce corps fragile qui ne peut même plus m’amener d’air. La crise m’a prise en pleine lecture d’un paragraphe pour Seijin ; j’ai eu le souffle coupé et j’ai bien cru y rester. Paniqué, il a appelé Père et Mère qui ont fait venir l’un des meilleurs soigneurs de Fukyuu. Après m’avoir examinée dans tous les sens et m’avoir mis la tête dans la vapeur chaude d’un bain aromatisé aux herbes, il a établi que le moindre effort pourrait m’être fatal.

On m’a alors interdit de bouger et Zakuro s’est dévoué pour m’accompagner pour le moindre de mes déplacements. Embarrassée de déranger tout le monde, il a en plus fallu avertir Unmei-san que les rencontres devaient cesser pour le moment. Trop fatiguée, je dois même me forcer à manger pour éviter de perdre du poids. Jamais, de toute mon enfance, je n’avais été malade comme cela. Les déplacements étaient difficiles mais cela faisait partie de moi et je m’étais résolue à me déplacer doucement... La seule façon pour moi de me rétablir rapidement est maintenant de rester allongée et de faire le moins d’effort possible. Quelle leçon veulent donc me donner les Kamis ? Pourquoi m’infligent-ils de telles souffrances ?

C’est alors que j’ai fini de me faire coiffer et que je me suis recouchée que j’entends la porte coulisser.

- Kitai est à l’entrée, il voudrait te voir, m’annonce Zakuro.

Je mets quelques secondes à réaliser ce qu’il se passe et je pose des questions stupides avec ma voix sifflante, pour confirmer ses propos.

- Unmei-san ne devait pas venir, n’est-ce pas ? Nous l’avons avertie...
- Elle n’est pas là, seulement Kitai.

J’ai une irrésistible envie de m’assoir mais Zakuro a un mouvement rapide pour m’en empêcher.

- Je vais le chercher, ne bouge pas, dit-il, le sourire aux lèvres.

Mon corps est en agitation. Kitai s’est déplacé seul pour me parler ? Mais que va-t-il penser de cette pauvre fille allongée dans son futon, couverte jusqu’au menton, même pas capable de parler normalement ? A-t-il bravé l’intempérie pour venir me voir, rien que pour venir voir si j’allais bien ? J’en ai presque les larmes aux yeux mais mon émotion laisse place à un sourire timide et je l’accueille les joues rosies par sa venue, alors qu’il entre dans la pièce et s’assied à même le sol à côté de moi.

- Ohayô, Ki-chan, dois-je chuchoter. J’ai interdiction de me lever, je suis navrée... Mais merci... merci d’être venu... pour moi.

Je souris encore mais peine à empêcher la petite larme qui prend naissance au coin de mon œil de couler dans mes cheveux. Je ne me sens plus emprisonnée, avec lui à mes côtés car l’eau qu’il me donne à chacune de nos rencontres me soigne. J’en suis convaincue.


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Akogare Kitai

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Sohei

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Ven 10 Juil - 11:55

Il ne parvint pas tout à fait à la préserver de sa propre tristesse. Bien qu'il n'ai partagé cette dernière que très rarement et jamais complètement, seul Gashiri connaissait les tenants et les aboutissants de ce passé et pour cause. Malgré cela, ils n'en traitaient jamais ensemble. Le maître avait su prendre l'apprenti dans ses bras lorsque ce dernier était au prise de ses démons, ou que la peau brûlée de son corps lui faisait revivre l'atroce douleur de ce moment, comme s'il était à nouveau léché par des flammes vieilles de cinq années.

Elle était affectée, mais elle se mise à rire. Un son pareil à un doux ruisseau au cœur d'un bosquet clairsemé, reflétant un Soleil doux d'été. Kitai s'y plongea à ravir, fermant les yeux pour s'ancrer dans une réalité toute autre de la fatalité de ses souvenirs. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il sentit alors la main de Seiko sur la sienne, l'attrapant pour le lever et le guider à travers la propriété ! Bien entendu, il obéit au simple contact, si il restait assis là, elle ne pourrait jamais le soulever tant elle était fragile.

Il se reprit à sourire doucement, bercé par cette chaleur étrange qui émanait de la jeune enfant tout en la suivant sans ralentir la cadence. Aurait-il été garant d'une technique ancestrale et secrète qu'il lui en aurait fait démonstration malgré tout. Aurait-elle fait le pire thé de tout Yokuni qu'il aurait trempé les lèvres dedans avec délice. De sa courte mémoire, il ne s'était jamais senti aussi confiant et apaisé, même avant… Même avant ça. Alors qu'elle le tirait, il alla plaquer sa main libre sur sa brûlure au visage, mais il ne sombra pas dans le souvenir et se prit à regarder les cheveux dansant de Seiko. C'était tout ce sur quoi il devait se concentrer à présent.

Le reste de l'après-midi fut d'une douceur infinie, pareil aux grands yeux de la jeune fille, émerveillés par la description des jardins zen du Temple et du rythme synchrone des soheis exécutant leur gymnastique matinale, quelque jour que ce soit, même au plus fort de l'hiver, sans leur haut de kimono, afin de renforcer leur esprit et leur volonté tout en vivifiant leur corps. Kitai fit sauter ensuite sa naginata dans la main, comme l'enfant qu'il avait oublié d'être, un peu prétentieusement. Il voulait l'impressionner, lui montrer qu'il était doué, comme cela ne lui était jamais arrivé.

Mais tandis même qu'il s'apprêta à se mettre en garde, devant le regard impatient de l'apprentie miko, son cœur se mis à battre à la chamade. Il se sentit intimidé, comme si sa représentation avait une importance capitale. Surpris, il serra le pan de kimono qui cachait son cœur de sa main droite. Il respira, identifia en lui la source de son stresse et chercha un moyen de passer outre. Ce fut difficile, mais la solution s'imposa d'elle-même lorsqu'il s'attarda sur le sourire de celle qu'il acceptait comme amie. Il ferma les paupières, cette image ancrée dans son esprit et dans un souffle long et paisible, la pression soudaine s'évacua.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, il était aussi droit que le tronc d'un solide bouleau. Sa naginata à sa gauche, tendant vers le ciel et portée par sa seule main gauche. Il fit tourner son arme au dessus de sa tête puis cibla dans le fond du jardin un point qu'il ciblerait tout au long de sa démonstration. Il attrapa de sa main libre le bâton tournoyant et se figea un instant, une idée lui trottant en tête. Puis il se mis à sourire. Kitai n'était pas certain que leur destin les verrais se recroiser souvent et s'il serait amené à lui faire de nouvelles démonstrations. Mais il se fit une promesse à lui même et pour elle qu'il annonça simplement dans une voix déchargée du moindre poids, libre de toute entrave :

Some no mai… Dit-il simplement. Sa première danse pour Seiko.

Lier l'art du Naginata à la douceur de la jeune fille fut plus simple qu'il ne lui paru dans son improvisation. Naturellement, la lance se fit ondoyante, lancinante, protectrice. Le fil de la lame n'attaqua pas l'air, il se plaça simplement en réception d'une attaque illusoire, parant, contrant, feintant, entraînant par la force de l'assaut imaginaire l'ennemi qui l'était tout autant dans une chute provoquée par lui-même. C'était un kata pareil à l'eau, impossible à arrêter, sans la moindre agressivité ni rudesse. Kitai se sentait porté par son propre courant et ne vit pas l'instant passer.

Lorsqu'il fut enfin retourné à sa position initiale, comme le voulait le Cercle infinie de toute chose, il était certain de n'avoir jamais fait cette suite de coup là et d'autant plus sûr que c'était probablement la plus belle qu'il n'ai jamais faite jusque là.


Là ! Cela faisait deux ans qu'il travaillait sur Tsugi no mai, la danse suivante et il en était enfin satisfait. Il s'essuya le front et couru se débarbouiller, trop heureux et excité à l'idée de la montrer à Seiko.

Mais leur entrevue prévue, du moins… Celle qu'avait la vieille Unzen pour éduquer la jeune fille des Shuzen à la théologie et l'ésotérisme des Kamis, n'eut pas lieu. Repoussée à une date inconnue pour des raisons qui vinrent à inquiéter le sohei. Il se mis à tourner en rond, mais ne désespérait pas pourtant. Il refusait de s'inquiéter, de voiler son sourire dorénavant courant par les nuages de l'appréhension. Mais cela ne l'empêcha pas de prier la matrone des miko et son propre maître de le laisser se rendre à Ite pour prendre des nouvelles de sa seule amie hors du Temple.

Fort d'aucun caprice reconnu jusqu'à ce moment, on lui accorda celui ci quelques jours après l'annulation de la visite prévue de la prêtresse à la demeure des Shuzen. Lorsque cette autorisation lui fut donnée, Kitai parti sur le champ, bravant même le risque d'un voyage nocturne et d'éveiller les esprits de seigneur Lune pour parvenir au plus vite aux nouvelles de sa camarade. Pour ne rien arranger à son entreprise, les pluies du territoire des Foudres, à l'Ouest, semblèrent avoir décidées de venir envahir le domaine du Bœuf.

Les trombes d'eau ne cessèrent pas de tomber, se mêlant aux neiges des monts, rendant les cols impraticables à cause du verglas et de la glace maculant les routes. Mais ceci ne ralenti qu'à peine le voyage du jeune garçon, jusqu'au soir où il parvint sur le seuil de la vaste maisonnée de Seiko. Il s'était abrité du chapeau de paille en pointe dont les moines en transit avaient l'habitude de se couvrir et qui laissait invisible le visage de son porteur, mais ceci n'empêcha pas Zakuro de l'identifier dès le premier regard.

On le fit patienter dans le salon d'accueil un instant qu'il jugea interminable et qui ne dura en vérité qu'une poignée de minutes. Il faisait tourner son couvre-chef entre ses mains de façon nerveuse. La mine du grand frère de la jeune fille était parvenue à instiller en lui les graines de l'inquiétude dont il s'était préservé jusque là. Ce dernier revint le chercher, lui annonçant qu'il pouvait se rendre au chevet de sa petite sœur, mais qu'il ne devait guère la brusquer.

Comme si cela se pouvait. Brusquer Seiko était la pire des choses que Kitai pouvait imaginer lui faire. Néanmoins, il ne s'attarda pas sur ces pensés, manquant de ruer au travers de la maison pour rejoindre la chambre de son amie alitée. Il se tint la bride ferme, son cœur menaçant de rompre le rempart de sa cage thoracique tant il battait avec force, l'inquiétude l'ayant totalement envahi. Lorsque Zakuro lui ouvrit le ventail de la pièce où elle se trouvait, il parvient à concevoir sa maladie, mais toutes ses craintes s'évaporèrent en un seul et unique instant.

Il rentra dans la salle et s'agenouilla en seiza au chevet de la jeune fille qui l'accueillit pleine d'émoi. Elle paraissait si heureuse de le revoir que cela participa à évincer la peur qui s'était instillée jusque là et il lui rendit un sourire radieux. La maladie ou les Kamis savaient quoi avait eu beau frapper la la fillette, elle devenait de plus en plus jolie. Le rose qu'elle eut aux joues en le voyant le rassura plus que le faible chuchotement qu'elle lui adressa pour l'accueillir.

Il fit semblant d'être gêné par la supposition évidente de vérité que cette dernière annonça. Oui, il était venu pour elle évidement. Cela n'aurait rien changé si elle s'était trouvée dans le Yomi, il serait allé lui rendre visite là bas si cela avait été nécessaire. Il se frotta l'arrière du crâne, dérangeant son chignon et riant, faussement incommodé.

Yare yare daze, Seiko-chan, dit-il alors, le rouge lui ayant monté aux joues à son tour. J'ai quelque chose à te montrer, mais cela attendra que tu sois remise.

Il avait dit cela comme une évidence. Dans ses yeux brillait la flamme de la conviction que cela ne pouvait en être autrement. Elle se remettrait et il lui montrerait sa Danse Suivante. En attendant, il fouilla dans ses affaires de voyage et en sorti une boîte scellée d'un ruban dont il entreprit son ouverture une fois qu'il l'eut posé à côté de la tête de son amie.

Je t'ai apporté ça, une jeune fille du temple, une adoptée, comme moi, connaît mieux que personne ces petites sucreries là et sait parfaitement d'où les faire venir malgré ses six ans seulement. Il s'agit de mochis fabriqués par un artisan exceptionnel ! Tu iras forcément mieux après en avoir avalé un. Cette petite Miyuki les choisis avec génie, tu verras !

Il termina sa phrase, révélant le contenu de son petit paquet. Il devait y avoir une vingtaine de boulottes blanches et farineuses enrobées chacune d'une fine couche de papier de riz, probablement là pour les préserver. Le sourire de Kitai ne disparaissait pas, plus fort encore, plus chaleureux à présent qu'il avait pleinement conscience d'être en face de Seiko. Il approcha son visage de celui de la jeune fille et l'embrassa sur le front, désinhibé des règles de l'étiquette dont il se moquait à cet instant, de toute façon.

Je serais venu de toute façon, Seiko-chan. Cette fois ci, je serais le plus bavard de nous deux, c'est tout !

Il avait dit cela une expression taquine sur le visage. Au fond de ses yeux, on pouvait lire qu'il refusait totalement l'idée d'imaginer que l'état de la jeune fille puisse empirer. Un optimisme profond, aveuglant toute noirceur en lui, le persuadait visiblement qu'elle irait mieux, quoiqu'il advienne.
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Kannushi

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Ven 10 Juil - 15:27

Son sourire me réchauffe et me fait oublier la pluie et mon souffle prisonnier de ma poitrine. Kitai rougit alors, probablement ému d’être ici, tout autant que je le suis. Il s’en décoiffe le chignon et provoque en moi une envie de remettre tout cela en place. Malheureusement, je n’en ai pas la force et me contente d’écouter sa douce voix.

- J'ai quelque chose à te montrer, mais cela attendra que tu sois remise.
- Ça, ce n’est pas gentil... tu sais que je suis impatiente ! dis-je en faisant mine de bouder.

Je n’ai pas le temps de poursuivre qu’il sort une jolie petite boîte de son sac, la déposant délicatement près de ma tête pour m’en montrer le contenu. Curieuse, j’écoute attentivement ce qu’il me dit et ne peut m’empêcher de largement sourire lorsqu’il m’annonce avoir apporté des mochi.

- J’adore ça, les mochi !

Mon trop grand enthousiasme me fait tousser mais je me remets vite lorsqu’il ouvre enfin le petit coffret. Alors que je me tourne légèrement pour en saisir un, Kitai se baisse et m’embrasse sur le front. Ce geste alors complètement inattendu me fait perdre tous mes moyens. Le rouge et la sueur me montent au visage, bien plus qu’avant et je ne peux que bégayer face à tant d’affection.

- Je... c’est... je...
- Je serais venu de toute façon, Seiko-chan. Cette fois ci, je serais le plus bavard de nous deux, c'est tout !

Son air taquin et son sourire me calment alors et je retrouve un semblant de cohérence ainsi qu’une température normale.

- Merci, Ki-chan, dis-je doucement, en souriant, les larmes aux yeux encore une fois. Allez, goûtons ces boulettes !

Avec mon rythme de malade, je pioche dans la boîte et, voulant goûter une demi-bouchée, je m’en mets partout autour des lèvres. La saveur du dessert me fait frétiller le palais et je souris d’autant plus.

- J’aimerais vraiment rencontrer Miyuki pour savoir où elle trouve ces merveilles !

Le reste de l’instant, qui dure en fait jusqu’à la fin de la journée, Kitai me parle de ses entrainements, de Gashiri et d’Unmei-san, du Temple et de la petite Miyuki. Le temps file à toute vitesse mais j’aimerais qu’il dure toujours.

Les jours suivants, mon état s’améliore à vue d’œil. Petit à petit, je peux me lever, manger mieux et retrouver mon rythme précédent. Je suis complètement rétablie la semaine suivante, comme si les mochi avaient vraiment eu un pouvoir  ou comme si le baiser de Kitai avait retiré le mal de mon corps. Quoi qu’il en soit, l’enseignement d’Unmei-san reprend mais d’autres surprises m’attendent les années suivantes. Des surprises que je n’attendais pas.

***
Quatre ans plus tard.

L’année passée, je suis devenue une femme. Du moins, c’est ce que m’a expliqué Mère et les servantes de la maison. Le sang m’a rendue capable d’avoir des enfants et, un an plus tard – le temps de m’habituer à ces changements, on me présentera des hommes pour me marier et fonder ma famille. Mon corps change, c’est vrai. Le haut se courbe, mes seins se dessinent timidement et mes hanches me donnent des formes de dame. Mon visage prend petit à petit des traits plus délicats, mes joues ne sont plus aussi rebondies et mes yeux deviennent plus gracieux. Mais je ne me sens pas différente. Je suis toujours dévouée aux Kami, prête à prier et à leur demander de protéger ma famille et mon ami.

Je suis toujours heureuse que Kitai me rende visite avec Unmei-san, même s’il vient de moins en moins. Il a grandi, lui aussi et est devenu très beau. Il n’est plus le petit garçon que j’ai connu. Ses yeux deviennent plus déterminés, ses gestes plus affirmés et, très bientôt, il deviendra Sohei, comme l’est Gashiri. Bientôt, sa mission sera belle et bien de protéger le Temple. Il devra peut-être arrêter de venir me voir... Je ressens d’ailleurs des angoisses plus importantes ces derniers temps. Et s’il m’oubliait à cause de ses obligations ? Si finalement, d’autres Miko au Temple demandent sa protection, sa présence... quel choix fera-t-il ? Aura-t-il vraiment le choix ? Je suis assise, silencieuse, dans la pièce à vivre et je pense. Tout tourne dans ma tête, alors que je me fais coiffer et maquiller comme jamais on ne l’avait fait. Aujourd’hui, je dois avoir l’air d’une femme car quelqu’un vient me rencontrer.

La veille au soir, Zakuro a crié lorsque Père a annoncé la nouvelle. Devenu Samouraï il y a cinq ans, il n’a pourtant pas gardé la langue dans sa poche et n’hésite jamais à contredire nos parents. Seijin aussi s’est fâché mais contre Zakuro, le reprenant sur son langage et sur le respect qu’il devait avoir pour Père et Mère. Il a changé et s’est finalement plié à leur volonté, arrêtant petit à petit de me demander de la lecture, de s’occuper de moi. C’est le sang de Seijin qui a tâché le sol, assommé par un coup de poing de Zakuro, ayant perdu son sang-froid. Chacun a terminé dans sa chambre, à se faire la tête. Heureusement que Kazuo n’était pas là, la maison aurait été bien plus sale !

Quoi qu’il en soit, je n’ai pas eu mon mot à dire et n’avait d’ailleurs pas vraiment envie de parler. J’attends désormais la visite de mon premier prétendant. Père m’a juste dit qu’il avait dix-neuf ans, l’âge de Zakuro et qu’il était issu d’une grande lignée d’artisans. Je suis déjà heureuse de savoir qu’il n’est pas guerrier, j’ai vu assez de batailles chez moi ces derniers temps... Mon humeur n’est pas la même que d’habitude. Je n’ai pas envie de me battre, j’ai juste envie que les conflits cessent. Si pour cela, je dois le rencontrer, alors qu’il en soit ainsi.

Nous nous installons dans la salle d’entrainement, qui a été aménagée de six coussins, les uns en face des autres. Mes parents s’installent de chaque côté de moi et le jeune homme finit par entrer dans la pièce, accompagné de ses parents également. Nous nous inclinons chacun notre tour. Le garçon est sérieux mais charmant. Il a un physique peu original mais a des traits matures, il semble quand même sportif malgré le métier auquel il est prédestiné. Il m’adresse un sourire et je ne peux lui rendre le mien, me contentant de rougir, sans vraiment savoir où me mettre. S’en suit une discussion entre nos parents, comme s’ils négociaient de la marchandise. Les parents de Teki font des éloges sur ses talents, mes parents font des éloges sur les miens. L’instant me parait interminable ; je ne doute pas que ces gens soient charmants mais j’ai l’impression de perdre mon temps.

Puis vient un moment où on nous demande de sortir de la pièce. Apparemment, nous n’avons pas besoin d’entendre les conditions du mariage, ni de nous mêler de l’organisation. Côte à côte, nous sortons donc silencieusement et je reste plantée là, à côté de celui qui pourrait être mon époux. C’est apparemment à lui que je devrai faire du thé et à manger, c’est notre maison que je devrai entretenir, mon corps que je devrais lui donner, nos enfants que je devrais élever. Mais tous ces concepts sont bien trop confus pour moi et pas si intéressant... Moi je ne veux que les Kami, leur parler, les écouter. Je ne veux qu’aller vivre au Temple pour apprendre encore plus. Teki se place en face de moi et je relève la tête. Il est plutôt grand, comme Zakuro et m’adresse encore un sourire, me présentant sa main.

- Et si nous visitions le jardin ? Il m’a l’air vraiment joli, suggère-t-il.

Je place ma main dans la sienne, comme si je ne vivais pas vraiment l’instant et profite de la légère brise, qui me redonne un peu d’énergie.

- D’après vos parents, vous savez tenir un foyer mais qu’aimez-vous faire ? Quels sont vos centres d’intérêts ?

Mal à l’aise, je prends quelques secondes pour répondre. Après tout, il faut bien qu’il me connaisse pour ensuite décider si nous finirons nos jours ensemble.

- J’ai eu la chance d’être instruite et j’aime lire toute sorte d’ouvrages. Ma santé fragile m’empêche d’avoir une activité très sportive mais, effectivement, tenir la maison ne me dérange pas. Avant que vous ne veniez me rencontrer, j’ai suivi un enseignement pour devenir Miko, également. Les Kami sont comme une vocation, une passion pour moi. J’ai envie de tout apprendre sur eux, de les aimer autant qu’ils m’aiment. Je devais d’ailleurs normalement aller vivre au Temple Gakushiki, une fois prête à devenir Miko. Mais apparemment... c’est compromis.

Pour la première fois de ma vie, je me force à sourire. Nous nous arrêtons près de l’étang et je me rends compte que j’ai été impolie en ne lui retournant pas la question.

- Et vous, Teki-san, qu’aimez-vous ?

Il semble un peu perdu et me lâche la main. Apparemment, mes passions ne lui plaisent pas. Il me regarde de haut en bas à plusieurs reprises et s’attarde surtout sur mon visage, fuyant pourtant mes yeux.

- Ce sont des passions originales... chuchote-t-il.

Au loin, j’entends les parents de Teki le rappeler à l’intérieur. Gêné, moins sûr de lui, il accoure alors, sans me saluer. Je ne comprends rien à tout cela mais, apparemment, il n’y aura pas de mariage.

***
Je me suis fait rabrouer plusieurs jours durant pour mon « erreur ». Visiblement, aimer les Kami et aimer la lecture ne plaît pas aux hommes. Je soupire plusieurs fois pendant le sermon, n’ayant aucune envie de devenir quelqu’un d’autre pour l’intérêt de ma famille. Pour la première fois de ma vie, à nouveau, je me sens égoïste mais ne culpabilise pas de l’être. J’ai des désirs, des envies auxquelles on m’a permis d’accéder jusqu’ici. M’en priver me rendrait maintenant malheureuse.

Les semaines suivantes, alors que mes trois frères sont absents, je me sens terriblement seule. Les rencontres continuent et je ne joue pas le rôle de la parfaite épouse car ce n’est pas ce que je suis. Mes parents pensent que je jette le déshonneur sur notre famille en faisant passer leur seule fille pour la dernière des incapables. Les jeunes et moins jeunes hommes rencontrés sont tous aussi charmants les uns que les autres mais refusent tous ma main, comme si le fait que je sois fragile, cultivée et croyante les freinent dans leur idée de m’avoir pour épouse. Petit à petit, également grâce à l’insistance de Zakuro dès son retour, mes parents finissent par abandonner l’idée de me trouver un mari. Je ressors cependant transformée de cette expérience et c’est dans une humeur changeante et pensive que je reçois Kitai aujourd’hui, première fois depuis longtemps.

Je souris à peine lorsque je sors dans le jardin et l’aperçois. Alors que lui aussi est silencieux, nous regardons le fameux étang que tous mes prétendants ont voulu admirer. Je m’accroupis alors, plongeant un doigt dans l’eau. Je sais que Kitai est au courant de tous ces rendez-vous ; les séances d’enseignements ont dû être stoppées pendant un moment, Unmei-san a donc dû lui dire de ne plus me rendre visite de son plein gré. Lui-même en pleine nomination pour devenir Sohei, nous ne nous sommes que peu vus dans le courant de l’année. J’arrive sur mes quinze ans, je suis une femme impossible à marier et j’aimerais savoir ce que Kitai en pense. Je commence donc à parler, d’abord comme si je me parlais à moi-même.

- Maintenant, je peux avoir des enfants. On m’a toujours dit que tenir un foyer serait mon objectif. Puis Zakuro s’est battu pour me donner autre chose, me permettre de croire en un autre avenir. Maintenant je suis une femme et tous ces hommes... Tous ces hommes s’étaient déplacés pour moi, pour me voir encore plus belle qu’au quotidien, pour me flatter et imaginer une future descendance à qui ils pourraient apprendre leur art. La guerre, l’artisanat... même la prière. Mais tous, autant qu’ils étaient, seuls ou accompagnés de leurs parents, m’ont trouvée bizarre.

Je me relève, un peu difficilement et fait face à mon ami, baissant dans un premier temps la tête.

- On m’a permis d’écouter les Kami, de leur parler. On m’a permis d’apprendre l’histoire de Yokuni, l’art des fleurs, l’origine de la neige. Et on a essayé de me l’enlever pour me promettre à des hommes que je n’aimais pas. Alors que je ne sais même pas ce que c’est « aimer ». On m’a dit, après les rencontres, que je déshonorais ma famille, que je la faisais mal voir. Qu’à cause de moi, mes frères ne pourraient peut-être pas trouver d’épouses non plus, parce que leur petite sœur est trop étrange... et on pourrait penser qu’ils le sont aussi.

Ma gorge se noue, je relève la tête et le regarde. Kitai a grandi, il me dépasse de quelques bons centimètres, depuis la dernière année.

- Est-ce que je suis trop gâtée ? Trop égoïste de vouloir habiter ailleurs ? Trop obsédée par l’idée que je pourrais arrêter d’entendre crier, de sentir les conflits, de voir mes frères changés par la guerre ? Est-ce que j’aurais dû me mettre dans la tête que je suis une femme et que jamais, au grand jamais, je ne pourrais penser à autre chose que ce que me dicterait un homme ? Ki-chan, est-ce que... qu’est-ce qui cloche chez moi ? Pourquoi on m’a dit tout ça, alors que j’étais heureuse ? Pourquoi c’est si difficile de voir sourire les gens, les voir apprécier la vie qu’ils auraient pu avoir ? Et pourquoi ça me déçoit de savoir qu’être jolie ne suffira pas à contenter un mari ? Dois-je vraiment me changer complètement pour qu’enfin mes parents soient heureux ?

Mes larmes ne coulent pas, c’est presque la colère qui m’envahit. Et alors que je me noie dans les yeux de Kitai, je ne remarque même pas que j’ai saisis ses mains dans les miennes, dans l’espoir de m’accrocher à la joie, ce sentiment qu’il me semble avoir perdu petit à petit, toute l’année durant. Ses mains réconfortantes ont terriblement grandi. Kitai est un homme, comme ceux que j’ai vus, bien qu’il soit plus jeune que certains d’entre eux. Et les hommes ne m’aiment pas. Est-ce qu’un jour où l’autre, il va partir aussi, parce que je suis incapable de convenir à des principes universels ?


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Akogare Kitai

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Sohei

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Dim 12 Juil - 12:10


Elle perdit pieds quelque peu devant la marque d'attention du lancier débutant qu'il était et cela l'amusa grandement. Il s'était inquiété jusqu'à ce qu'il se trouve enfin en face d'elle, elle avait l'air bien l'air malade, affaiblie, mais dès lors qu'il avait croisé ces yeux, il n'avait pas voulu croire un instant que son état puisse empirer. Elle renforça cette idée tandis qu'elle rougissait à son baiser, ne manquant pas de le faire rire. Seiko piocha avec enthousiasme dans son cadeau, invitant l'apprenti sohei à ne pas lui laisser la totalité des friandises à manger.

Les mochis étaient succulent, c'était vrai. La petite fillette avec qui il avait eu quelques occasions de discuter seulement avait tout de suite abordé le sujet des sucreries et y semblait experte malgré son très jeune age. Il avait eu raison de lui faire confiance et comprenait tout à fait son amie lorsqu'elle voulait connaître la source de ces petites merveilles de bouche. Malgré la raison de sa venue chez les Shuzen, le sentiment d'urgence qui l'avait mené à traverser le pays pour rejoindre la Capitale et prendre des nouvelles l'unique demoiselle de cette famille, l'ambiance était chaleureuse.

Tout en mâchant un gâteau avec plaisir, Kitai souhaita faire la conversation, comme il l'avait convenu en saluant la malade :

Je voulais te montrer ma nouvelle danse. J'en suis assez fier en vérité ! Je l'ai appelée tsugi no mai, je te la montrerait lorsque tu iras mieux, j'éspère qu'elle te plaira. Gashiri était impressionné, il dit que je m'améliore tout le temps et que la naginata paraît avoir été créée pour moi. Une si grande arme, au début, cela me faisait peur. Mais il a toujours cru dans mes capacités et ces derniers temps,  je parviens à le surprendre lors de nos duels.

Il se frotta la tête, mi-gêné, mi-amusé et poursuivit :

Enfin… Il est toujours si fort… Même lorsqu'il me dit cela, il me bat avec une telle facilité que je pense parfois qu'il me félicite uniquement pour m'encourager à continuer. Mais il est vrai que les autres apprentis me paraissent plus lent, moins efficaces, plus dispersés… Je pense être devenu plus fort qu'eux… Je crois. Ça n'a pas d'importance tu me diras. Je veux juste devenir le meilleur d'entre nous pour que l'on puisse compter sur moi, pour que Gakushiki soit en sécurité.

Le jeune garçon sembla rêveur, appréciant ce destin qu'il souhaitait atteindre un petit instant, comme s'il y était. Puis il revint parmi les vivants en riant joyeusement. Il continua longtemps de parler, sans se rendre compte des minutes qui passaient, se transformant en heures. Et même s'il lui souri lorsqu'ils se quittèrent enfin, son cœur fut quelque peu serré et il en appelait déjà à leur prochaine rencontre.


La parade avait été audacieuse, le mouvement risqué pour lui-même et l'audace qu'il avait eu à se servir de la glace pour passer sous les jambes arquées de Gashiri avait été sacrément culottée. Mais le résultat était là. Son senseï était à terre, la pointe de la nouvelle naginata de Kitai en face des yeux, ce dernier tenant fièrement la hampe de l'arme, droit comme un i, ses yeux grands ouverts sur l'instant qu'il venait de vivre. C'était la première fois qu'il avait osé user de son environnement en plus de ses talents face à son maître et le résultat était probant.

Le bonze se releva, écartant la lame de la lance, le visage fermé. Debout, il dominait toujours tant son élève que ce dernier eu un mouvement de recul inconscient. Il espéra que cette victoire n'avait pas affectée son estimé professeur et tuteur de toujours. Ce dernier éclata alors d'un rire franc et attrapa la tête de son apprenti d'un seul mouvement qui fit sursauter le jeune garçon, pris au piège. De son bras libre, le moine combattant se mis à frotter la tête de l'étudiant avec vigueur, sans cesser de rire.

Lorsque Gashiri quitta la place du Temple, toujours prit de son inexplicable crise de joie, les autres élèves accoururent vers le jeune victorieux pour le féliciter et le porter aux nues, lui demandant comment il était parvenu à un tel exploit et l'applaudissant à bras rompus. De son côté, il avisait silencieusement le tranchant de son arme en souriant, fièrement, il venait de penser à inclure l'observation et l'usage du terrain dans son nouveau projet : San no yuki.

Cette idée le renvoya immédiatement à Seiko. Elle lui manque de plus en plus, si bien que certaine nuit, des cauchemars oubliés du passé ressurgissent. Il la voit parfois dévorée par les flammes qui lui ont pris ses parents. D'autres fois, ce sont d'autres pensés bien différentes qui l'assaillent la concernant. Elle a grandi, est devenue une adolescente magnifique et il se refuse à la voir autrement que sa plus chère amie. Mais son inconscient, l'animal stupide qui se terre au fond de son corps, lui, voit ce qu'elle est devenue.

Afin de solutionner ce problème, il a trouvé la paix dans la méditation et sa propre volonté. Mais même au plus loin dans sa pratique assidue de cette gymnastique mentale, il trouve le visage de la jeune fille et il entends ses rires. Ses visites se sont espacées malgré son besoin de la voir plus souvent. Au fur et à mesure du temps, il s'est consacré d'avantage à la lance et à la théologie, aux prières et à Itegami. Mais il savait se mentir, mis à part pour la Naginata, car elle serait l'objet de son véritable souhait.

Depuis quelque temps déjà, ce qu'il voulait défendre de son arme n'était plus le Temple et ses gens, quoiqu'il tenait sincèrement à eux. Mais ses rêves terribles parlaient d'eux même. Il voulait simplement être auprès de Seiko, de la préserver des maux de ce monde et de passer son temps à plaisanter en sa compagnie ou d'écouter ses passionnantes histoires sur le monde et ce qu'elle lisait. Il ne savait pas faire grand-chose, au-delà de combattre, de prier et de méditer, mais autant que faire ce peut, c'était à elle qu'il voulait dédier ces talents.

Puis il avait appris de la vieille Unmei que les Shuzen projetaient de marier son amie et que ses enseignements ainsi que les visites inopportunes de Kitai étaient devenues inappropriées. Il avait accueilli cette idée avec un sourire de façade, prétendant que celui qui serait choisi deviendrait le garçon le plus chanceux du monde. Et il avait trompé sa propre peine dans l'oubli total de l’entraînement, allant parfois jusqu'à tomber d'épuisement, sauter des nuits de sommeils pour atteindre un mouvement particulier qu'il avait vu chez Gashiri ou imaginé purement et simplement.

Un mal pour un bien, il était devenu plus que doué et les résultats étaient là, il avait atteint tout ses objectifs et même défait son senseï. Mais à présent qu'il était au sommet de sa montagne personnelle, les cieux étaient dégagés et il éprouvait comme unique besoin celui de partager ses joies avec Seiko. Il se sentait même accepter le fait qu'on ai trouvé un garçon pour la marier, tant qu'il ne les empêcheraient pas de se parler.

C'est un matin doux que la doyenne des Mikos vint le voir enfin, lui annonçant que le clan Shuzen souhaitait de nouveau faire enseigner les savoirs ésotériques et théologiques à leur jeune héritière et qu'on demandait donc à Unmei de reprendre ses instructions. Si il n'offrit qu'un sourire aimable à la vieille femme à cette nouvelle, le reste de la journée, Kitai ne pu pas s’empêcher de trouver chaque chose merveilleuse et de rire à tout, même aux plus mauvaises blagues de ses pairs de Gakushiki.

Quelques jours à peine après cette annonce, il se retrouvait dans le jardin si familier où il avait déjà partagé tant de moment avec la jeune fille, où leurs vies étaient dévoilées l'un à l'autre, le plus souvent dans les rires et la joie. Il s'apprêtait à en revivre un nouveau de la sorte, atténuant ses cauchemars par la même occasion. Il était revêtu de son nouvel atour de sohei, un kimono de combat sobre dans ses couleurs, mais fait à sa mesure, ne le gênant aucunement dans le moindre de ses mouvements, telle une seconde peau. Sa naginata tendait vers les cieux, une arme véritable et d'une qualité rare qu'il avait baptisé tant elle lui avait paru magnifique.

Il trembla presque d'impatience et même de trac à l'idée de la revoir. Il ne put non plus s’empêcher de sourire, aux anges à cette perspective et pourtant… Lorsqu'elle apparaît devant lui, toujours plus belle qu'avant, son expression le frappa en plein cœur. Le sourire qu'elle lui offrit fut d'une tristesse rare qu'il ne parvint à dire quoique ce soit. Elle s'approche du petit étang au cœur du jardin et s'y accroupie pour en frôler la surface. Sans que le moindre mot d'accueil ne soit échangé, elle se mise à discourir.

Les premiers mots furent un fait qu'elle lui envoya au visage et dont il ignorait même la possibilité. L'enfance devait être bien derrière eux pour qu'elle en vienne à traiter d'enfanter à son tour. La suite fut mélancolique, il voulu arrêter ce flot, faire cesser cette tristesse, mais son cœur lui indiqua qu'elle avait besoin de s'épancher de la sorte et qu'il allait devoir attendre jusqu'au bout pour réagir. En attendant, il ne devrait pas la quitter des yeux, ne pas perdre un seul de ses mots, mesurer chacun d'entre eux et tâcher de la comprendre, c'était certainement ce qu'elle voulait et il n'allait pas la décevoir maintenant qu'ils se retrouvaient enfin, c'était exclu.

Elle s'embrase, son discours devient une bataille, une série de questions suivent, posée à elle-même plus qu'à lui. Dans sa colère étrange uniquement tournée contre elle seule, elle ne pleure pas, solide malgré sa fragilité visible, pleine de doute, mais passionnée. Il la vit ainsi pour la première fois et bien que ce fut inapproprié, il la regarde avec une bienveillance et une chaleur infinie. Elle lui prit les mains inconsciemment et son contact fut si brûlant qu'il manqua, par réflexe, de les tirer de cette étreinte. Mais il ne le fit pas.

Seiko se tut alors le dévisageant à son tour, cherchant la bichromie de ses yeux, il n'a pas quitté un seul instant ceux de cette dernière. Il se mis à sourire, tout heureux de la découverte qu'il venait de faire sur la personnalité de sa très chère amie. Kitai sert ses propres mains sur celles de la jeune fille et vient coller son front à cette dernière sans quitter sa douce expression. Il y-a beaucoup à dire et il ne veut pas crier pour se faire entendre, il souhaite simplement qu'elle soit la seule dépositaire de ses mots et de si près, il pourra mesurer mieux encore la justesse de ses pensés sur le visage de l'enfant des Shuzen. L'étiquette n'a plus rien à faire entre eux deux depuis longtemps, il n'allait pas changer cela non plus. Il se mis à parler si bas, presque un murmure :

O'hayo, Seiko-chan… Je ne veux plus que nos rencontres soient ainsi séparées de tant de jours, de semaines… De mois. Je comprends l'honneur, je conçois le bushido, je le respecte alors qu'il n'est pas ma voie. Mais tu sembles tant te soucier de ta famille de ce qu'ils veulent pour toi… Mais toi ? Que veux tu ? Zakuro-san ne se bat-il pas pour t'offrir le futur que tu choisiras ? Et si pour une fois… Une seule petite fois… Tu pensais un peu à toi ?

Tu aimes lire… Tu aimes les kamis, le savoir qui tourne autour de ces derniers. Ce sont de nobles passions, plus honorables encore que celle de faire perdurer une lignée. Tu as trois frères puissants pour cela, les Shuzen ont un avenir assuré.


Il sourit de plus belle et poursuit doucement :

Il n'y-a pas de mal à vouloir être autre chose qu'un accessoire dans une maison et que de vouloir vivre pour soit. Les attentes de tes parents se sont vues flouées… Ils s'en remettront. Ils se souviendront de la joie d'avoir une si belle fille. Ils ne pourront pas regretter de t'avoir laissé choisir ta voie à la vue de tes sourires épanouies. Quel honneur que celui de compter parmi ceux de son sang une personne capable de ressentir les êtres spirituels ? Laisses les comprendre cela. Laisses leur digérer le fait que le magnifique oiseau que tu es est prêt à quitter le nid pour suivre son propre chemin.

Je ne sais pas quels étaient les critères de ces garçons et je m'en fiche éperdument. Tu dois aussi pouvoir choisir ça. Si je pouvais te le permettre, je ferais en sorte que tu puisses tout décider par toi-même et être heureuse devant ces choix. Restes toi-même dans cette incroyable gentillesse qui te caractérise, dans tes gestes pour les autres et dans ce regard que tu as pour notre monde que tu aimerais voir changer pour protéger les tiens. Je ne veux pas apprendre que tu aies pu faire quelque chose pour plaire ou par dépit.


Il se met à rire tranquillement et ajoute :

Si tu ne sais pas ce qu'est aimer, tu n'as qu'à me regarder, je t'aimes beaucoup, moi, ça doit ce voir quelque part ! Tu sais, on ne me laisse pas vraiment le choix de ce que je dois faire non plus. Mais il y'en a un que j'ai fais et que rien ne pourra m'empêcher d'accomplir tant que j'aurais un soupçon de souffle en moi : celui de te voir et de te parler. Tu ne peux pas jouer, tu te souviens ? Mais on peut parler. C'est tout ce que je veux, Sei-chan. Et c'est tout ce que je souhaites avoir à jamais.
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Kannushi

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Dim 12 Juil - 13:58

Kitai sourit. Depuis quand sourit-il plus que moi ? Et depuis quand l’étreinte de ses mains sur les miennes me fait oublier toutes mes peines ? « Depuis que nous nous connaissons » semble être la bonne réponse, bien que je ne connaisse pas sa vie d’avant. Mais lors de notre rencontre, il avait l’air perdu dans un passé sombre qui semblait alors lointain mais pourtant si présent dans son cœur. Notre rencontre a fait disparaitre ces ténèbres et, maintenant, c’est lui qui les retire de mon âme, lorsqu’elles ont le malheur de s’y glisser. En posant ainsi son front sur le mien, Kitai établit un lien qui ne sera jamais détruit, un lien qui nous unira toujours, un lien indescriptible ayant pris naissance d’une étrange manière. Et, alors qu’il murmure, je frissonne d’entendre sa voix et ses mots réconfortants qui m’ont tant manqués.

Il commence par me dire bonjour et par me dire qu’il ne veut plus autant de temps entre nos rencontres. Les yeux grands ouverts, je bois ses mots et les imprègne en moi. Moi non plus, je ne veux plus que nous soyons séparés si longtemps, cela ne me réussit visiblement pas du tout. Encore une fois, je culpabilise. C’est mon ami qui me fait rappeler ce pourquoi mon frère se bat depuis tant d’années. C’est mon ami qui me rappelle que mes frères s’occuperont de l’honneur pendant que je m’occuperai des Kami. C’est mon ami qui me demande de penser à moi et d’oublier ce que pensent les autres, peu importe qu’il s’agisse de mes parents ou non.

Alors qu’il me parle du fait qu’ils doivent accepter et qu’ils seront heureux de le faire, mes joues rosissent et ma colère se transforme petit à petit en soulagement, laissant mes larmes finalement rouler jusqu’en bas de mon visage. Imaginer que mes parents puissent être fiers de moi, admirer mon savoir et mes envies, les encourager et en parler autour d’eux me remplit de joie, alors même que j’ignore si c’est possible qu’ils ressentent cela un jour. Mais peu m’importe. Kitai me dit que je suis belle, que je suis un magnifique oiseau en plein envol et que la liberté que ces ailes m’offrent peut me permettre de déplacer des montagnes... du moins, de réaliser ce que je souhaite vivre. Kitai me dit qu’il veut me voir heureuse et libre de faire mes choix et je ferme enfin les yeux, laissant encore mes larmes couler, comme si elles ne demandaient que cela, après des mois d’emprisonnement.

Je les rouvre alors que nos fronts se séparent et que mes yeux rencontrent à nouveau ceux de Kitai. Et alors qu’il me dit qu’il m’aime et qu’il souhaite à jamais préserver nos moments de parole et d’échange, je deviens une vraie femme pendant ces quelques secondes. Le contact que nous avons alors à l’instant, main dans la main, me fait voir mon ami différemment. Et si, dans un autre monde, on m’avait présenté ce garçon aujourd’hui, accompagné de ses parents ou, à défaut, de son tuteur. Et si on m’avait dit qu’il était tout jeune Sohei, talentueux, motivé et que, dans la force de l’âge, il avait besoin d’une épouse. Si après un moment comme celui-ci, près de l’étang, je lui avais raconté mes passions et qu’il les avait acceptées en souriant et en me complimentant. Si en retournant dans la salle d’entrainement il avait été conclu un mariage... Aurais-je été aussi heureuse qu’aujourd’hui, me sentant moi-même et proche d’un homme respectueux et attentionné ?

Mon cœur s’emballe et je rougis davantage, comme le jour où j’ai reçu ce tendre baiser sur le front. Mon regard toujours planté dans le sien, je retire doucement mes mains des siennes et sors un mouchoir de ma manche pour essuyer mes larmes de colère. Je tente de respirer correctement et de garder mon calme, malgré cette réaction corporelle complètement inattendue qui, je l’espère, est passée inaperçue. Je sais que Kitai ne ment pas, qu’il est sincère dans ses gestes et ses paroles. Mais probablement parle-t-il d’un amour que nous ne connaissons pas encore et qu’il serait difficile à mettre au grand jour, surtout maintenant. Ses propos m’ont réconfortée et rassurée sur un avenir moins emprunt à la douleur mais il serait précipité d’envisager autre chose, autant pour nous que pour mes parents. Y a-t-il d’ailleurs seulement autre chose à envisager alors que nos priorités sont ailleurs ?

- Tu as toujours les mots pour me faire voir la vie le plus positivement possible, Ki-chan, dis-je en riant timidement. Je ne te dirai jamais assez merci pour tout ce que tu fais depuis notre rencontre... Mais merci, merci, merci, merci et merci, Ki-chan. Sans toi je serais descendue bien trop bas.

Je souris à nouveau sincèrement et retrouve le plaisir de le faire, comme si ce plaisir avait disparu alors qu’il était absent. Je recule d’un pas et quitte enfin ses yeux pour m’attarder sur sa tenue et sa nouvelle arme.

- Mais dis-moi, tu es un autre homme, aujourd’hui ! Je suis sûre que tu as la technique qui va avec cette allure de protecteur du Temple ! Tu veux bien me montrer ce que tu as appris ? J’ai pensé à t’écrire pour te le dire mais je me suis dit que le faire de vive voix serait plus agréable : Félicitations, Sohei-san !

Je souris et lui offre une courbette plus importante pour valoriser son rang et sa nouvelle prestance. Je pars ensuite m’installer sur le rebord surélevé en bois faisant le tour de la maison, endroit habituel pour admirer les représentations spectaculaires de mon ami.

- Allez, montre ! Et après, pendant le thé, je veux touuuut savoir ! Si tu es devenu Sohei, ça veut dire que tu as vaincu Gashiri... et je veuuuux les détails !

J’attends qu’il soit suffisamment près de moi pour clore cet épisode négatif de ma vie avec quelques sincères paroles.

- Tu sais, pour moi aussi c’était douloureux d’être séparée de toi... dis-je en m’empourprant à nouveau. Alors j’espère que la promesse qu’on s’est faite de se parler toujours et de se voir sera tenue. Moi, je vais faire en sorte de toujours sourire et d’être épanouie car, si cela peut te rendre heureux, alors je serai heureuse aussi. C’est l’un de mes souhaits les plus chers, avec celui de devenir Miko !

Je vais me dépêcher de vite apprendre pour vite aller au Temple Gakushiki et devenir Miko. Parler aux Kami est ma raison de vivre. Si je peux la partager avec Kitai, j’en serai d’autant plus comblée, car lui seul pourra m’apporter la lumière constante dont j’ai besoin pour avancer.

***
Deux ans plus tard.

« Itterashai ». C’est tout ce que j’ai dit à Seijin, la semaine dernière. Et il n’est jamais revenu.

Tout s’est passé à vitesse grand V pendant ces deux années. Rapidement reconnu en tant que Samouraï, mon frère a très vite fait ses preuves dans ses rangs et était tellement doué que le Taii l’a nommé à sa place, alors qu’il n’avait que dix-sept ans. J’ai très peu vu Seijin pendant sa promotion. Bien qu’il soit établi à Ite pendant ses permissions, il ne passait que peu de temps à la maison pour nous rendre visite. Les repas se faisaient à toute vitesse et il s’empressait d’aller en découdre avec Kazuo pour lui montrer leur différence de niveau. Il est vrai qu’il était doué, sûrement plus que notre aîné mais ce don s’est rapidement transformé en vanité et en prétention. Je me suis retrouvée à devoir calmer deux frères au lieu d’un et à chercher désespérément des moments d’échange avec Seijin. Mais rien à faire... La guerre l’a consumé comme le feu consume la glace et, bientôt, cette « qualité » lui a donné le commandement de son propre bataillon.

La veille de son départ, ma nuit fut hantée de cauchemars. Sachant qu’une importante bataille l’attendait, j’ai dormi sans vraiment le faire, imaginant du sang, des blessures ou pire. Le matin où il est parti, nous avons discuté autour d’un petit-déjeuner à peine entamé. Mon père et mes deux autres frères étant partis en mission et ma mère étant en visite chez une amie, nous nous sommes retrouvés face à face, dans un moment de silence.

- Tu ne manges pas plus ? demandai-je timidement.
- J’ai assez de force pour la bataille, ne t’en fais pas.

Il ne se voulait pas rassurant, il cherchait juste la paix. Je l’ai senti tendu et, pour tenter de le calmer, j’ai saisi un livre duquel je lui ai lu un paragraphe, doucement, avec une voix posée et pleine de bonnes intentions. Lorsque j’ai relevé la tête, j’ai rencontré des sourcils froncés et des poings serrés.

- Tu ne penses pas que je dois me concentrer, plutôt qu’écouter cela ? dit-il d’un ton ferme.

En le regardant de façon neutre, j’ai saisis que rien ne servait de se battre et de tenter de le convaincre. À quoi bon se fâcher avec lui ou tenter de le détendre si même le fait de me dire bonjour est devenu compliqué ? Je débarrassais la table et venais me rasseoir. Seijin baissa la tête, le poing toujours serré et finit par m’adresser des excuses.

- Pardon, Imoto-chan... Tout ce temps, j’étais tellement pris par... tellement pris par ce que voulait Père. Et je me suis dit que c’était forcément ma voie, puisque les Kami me l’ont imposée. J’aime me battre, j’aime honorer mon Seigneur et le Clan. Mais j’aurais tellement aimé... écouter encore tes histoires.

Mon cœur rata un battement de voir mon frère si ému, si emprunt aux excuses... et si proche de moi dans son ressenti. J’ai alors réalisé que mes frères n’avaient aucun soutien extérieur. Zakuro s’est trouvé une amie mais cette amitié est précaire à cause du fait qu’elle vit à Kenshu. Kazuo ne peut se défouler que sur les murs et Seijin... Mon si cher Seijin n’a aucun ami sur lequel se reposer. J’aurais aimé être cette amie, sa confidente. Mais quelque chose s’est cassé au fil du temps. Ce rapport complice que nous avions a été détruit par la guerre et par la voie qu’a imposée mon Père à mes frères sans leur laisser le moindre choix. Moi j’ai eu Kitai, qui m’a appris et fait réaliser que leur avis n’était pas important. Est-ce donc plus dur d’être un homme, avec des devoirs plutôt que des droits envers sa famille ? Spontanément, je saisis son poing serré dans ma main et le regardais avec amour. Pourquoi fallait-il qu’il parte à la guerre pour réaliser qu’il lui manquait quelque chose ?

- Seijin, nos parents ne sont pas ceux que nous aurions aimé avoir mais je pense qu’ils ont essayé de nous apprendre certaines valeurs. Père est strict mais il vous a appris à Zakuro, Kazuo et toi à être fiers de notre famille, à la protéger coûte que coûte. Je suis fière d’avoir trois frères comme vous mais encore plus fière de toi. Ton sens du devoir t’a fait quitter l’idée de suivre la voie qui était la tienne pour te consacrer entièrement à la volonté de nos parents et du Bushido. Je n’ai pas eu ce courage et ai choisi de me détourner d’eux. Tu as cette force en toi, cette force de te battre jusqu’au bout et de rester un homme admirable et admiré. Rends-toi compte : Taii à 17 ans, ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir ça !

Il arrêta de serrer le poing et me regarda droit dans les yeux. Les doigts blanchis par la force de son étreinte, il saisit alors ma main et la caressa de son pouce.

- Tu es courageuse, Imoto-chan. Bien plus courageuse que tu ne le penses... Et tu donnes du courage partout autour de toi. Je pense que nous serions perdus, sans toi. Tu es le soleil de nos vies, Seiko. Alors je penserai au soleil en combattant.

Je le remerciais alors d’un sourire et m’approchais de lui, contournant la table, pour l’étreindre comme nous ne l’avions pas fait depuis des années.

- Ittekimasu, me dit-il avec le sourire en fin de matinée, franchissant le pas de la porte.
- Itterashai, Onii-chan.

Et il n’est jamais revenu. Je n’ai réalisé que plus tard, qu’au moment de sa mort, mon cœur s’est pincé à m’en faire mal au thorax, comme s’il avait pensé une ultime fois à moi. Le lendemain matin, on demande à toute la famille d’aller reconnaitre un corps et, malgré le fait que je m’attende à voir son visage, mon cœur manque de sortir de ma poitrine douze fois sur le trajet. Une fois là-bas, lorsque le drap est retiré, je vois mon frère, les yeux fermés et le buste parsemé de taillades et autres perforations de katana. En contrepartie, son visage semble apaisé et serein. Je reste stupéfiée par la scène, mes frères non plus ne disent rien, puis je m’effondre et commence à pleurer. Seijin ne reviendra plus... plus jamais.

C’est cette pensée qui me hante pendant le reste de la semaine et d’autant plus après les funérailles. Enfermée dans ma chambre avant cette dernière, j’apprends directement pendant la cérémonie que Seijin s’est lancé à corps perdu dans la bataille avec tous ses hommes et qu’aucun n’a survécu. À quoi a-t-il pensé, personne ne le saura. Peut-être voulait-il encore faire ses preuves auprès de Père ou encore se prouver à lui-même qu’il pouvait y arriver. Ou peut-être le soleil l’a-t-il ébloui, la témérité l’ayant ensuite rendu totalement inconscient... Je reviens de la cérémonie totalement détruite. C’est comme si on m’avait enlevé une partie de mon cœur. Mon frère, mon si cher frère qui aimait la lecture et l’intellect. Mon frère qui pouvait passer des heures à flâner en regardant le ciel. Mon frère qui a commencé à se battre en pensant faire le bien. Mon frère, Seijin... que la guerre m’a enlevé.

La cérémonie a eu lieu hier et je ne pense plus qu’à ça. Même les prières n’ont plus de place. J’en fais tout de même quelques-unes, pour qu’enfin il repose en paix. Mais je fonds en larme à la moindre occasion. Je pense pouvoir sourire lorsque Mère m’annonce que Kitai est venu seul, aujourd’hui, pour me présenter ses condoléances. Mais je ne veux pas le voir... Je ne veux le voir qu’en riant et en souriant car je lui ai promis. Je lui ai promis que tout irait bien. Et pourtant je meurs d’envie d’avoir du réconfort, de penser à autre chose, de voir d’autres personnes que ma famille. Père est parti plusieurs jours, Mère est effondrée, Zakuro également. Et bien que ce dernier soit un soutien pour moi, le voir me fait constamment penser qu’il est ce qu’il me reste de plus cher, alors que Kazuo est parti complètement haineux, sans nous dire où il allait. Alors oui, je dis à Mère de laisser entrer Kitai et je me force de tout mon corps pour sourire.

Seulement, lorsque j’ouvre la porte coulissante de ma chambre et que je croise son regard compatissant, je ne peux retenir un sanglot.

- Pardon, Ki-chan... aujourd’hui... je ne peux pas sourire...

Je cache mon visage de mes deux mains honteuse, laissant mes jambes lâcher mon corps sur le sol, m’effondrant à nouveau. Seijin ne reviendra jamais car il a retrouvé le courage qui l’animait. Et, pour le moment, je ne peux pas supporter cela.


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Sohei

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Lun 13 Juil - 10:52


Elle brillait à nouveau devant lui. Les doutes et la tristesse de l'instant d'avant évanouis comme s'ils n'avaient jamais existés. C'était la la force de Seiko, lui n'avait qu'à y mettre les mots afin de la remettre sur la voie, ce n'était pas si compliqué que cela. Il trouvait ce fait impressionnant car au fond de son cœur subsistait toujours la terreur et la colère d’événements ayant eu lieu onze années plus tôt. Il les avait verrouillé, enfermé par la lumière que lui avait apporté la jeune fille dès leur première rencontre, mais elles étaient toujours là.

Il oubliait seulement et verrouillait plus profondément ces souvenirs lorsqu'il était face à elle. L'espacement de leurs rencontres avaient fait ressurgir ses cauchemars de manière récurrente et maintenant qu'il la détaillait du regard, il était à peu prêt sûr que sa nuit et les prochaines jusqu'à un certain temps seront douces. Il rêverait inévitablement d'elle, mais ça, il pouvait parfaitement le gérer. En attendant, elle était là à sourire à nouveau et il ne voulait pas en manquer un seul instant.

Il fait un tour sur lui-même afin de lui montrer sa tenue et l'homme qu'il était devenu, acquiesça en riant à la demande de démonstration et se frotta l'arrière du crâne, un peu gêné par les félicitations de la jeune fille. Puis, guillerette, elle s'écarte quelque peu de lui afin de le laisser maître de son environnement. La naginata est une arme alliant précision et amplitude et elle n'a pas oublié cela. Néanmoins, l'une de ses remarques heurte quelque peu la fierté du jeune sohei et il rétorque, la mine boudeuse :

Je suis le seul a avoir vaincu Gashiri une fois ! C'était une seule fois, mais heureusement pour nous, cela n'est pas le signe qui permet d'établir de notre mérite à passer moine-guerrier confirmé ! Par Itegami, Sei-chan, je ne sais pas du tout si j'en serais à nouveau capable ! Enfin, je ne suis plus un élève à présent et je vais te le montrer !

Son visage s'éclaire à nouveau, il débute San no Mai, la troisième danse, sa lance tenue comme s'il s'agissait d'une canne à pêche, en face de lui, presque perpendiculairement à son corps. Puis d'un seul bras, sans prévenir, il agrippe fermement la hampe de l'arme et tourne avec elle, un tour vers la droite, il récupère la lance dans son bras libre, un tour vers la gauche et il termine avec la naginata bien fermement tenue entre ses mains.

L'amplitude de ses mouvements désigne cette danse comme une suite d’enchaînement tout à fait propre à l’extérieur. Elle est composée de nombreux tournoiement et d'assaut aériens qui, sans adversaire face à son exécutant, paraît littéralement être un balai d'une grâce infinie. Pourtant, Kitai lui-même ne bouge que très peu, laissant son arme faire le gros du travail lorsqu'il la lance autour de lui où tournoie en l'air, porté par l'inertie de la naginata plutôt que par un élan qu'il aurait provoqué de son propre fait.

Lorsqu'il termine enfin, volontairement proche de Seiko, il n'a pas l'air d'avoir sollicité son corps de façon drastique. Il ne transpire pas ni n'est essoufflé. Et si cela peut être en partie due à la nouvelle force qui se dégage du jeune homme, elle vient surtout du fait que cette danse est opportuniste, usant d'un unique effort, celui du premier lancé de l'arme. Le reste tournant autour de la vélocité acquise par l’accélération progressive aidée du poids de la lance elle-même.

Il est fier de lui montrer, heureux de lui en faire la démonstration à présent. Mais alors qu'il s'attend à un petit applaudissement, il la voit s'embrunir et lui faire l'aveu de la réciprocité du sentiment de manque qu'elle eut durant cette période sans qu'ils ne se voient. Elle lui semble si adorable à cet instant qu'il ne peut s'empêcher de la dévisager, plein de chaleur à son égard. Il s’assoie en face d'elle, sa naginata visant le ciel du fil de sa lame et tenue de son bras gauche.

Te voir ainsi est le plus beau des cadeaux. Je serais toujours heureux dans ces cas là. Tu n'as pas à me remercier pour ce que tu penses que j'ai pu faire pour toi depuis que nous nous connaissons. Tu m'as sorti d'un puit où aucune lumière de filtrait, j'étais si seul alors. Ce que je suis devenu est entièrement ton fait. C'est à moi de te remercier pour cela !

L'instant fut très doux, puis Kitai enchaîna d'un rire amusé par la gêne qu'il occasionna et la suite de la journée compta la description demandée, forte de détails, de sa victoire contre Gashiri. Il lui parla du temple à nouveau et du Kannushi Ouma Masaru. Dans sa tête brillait l'espoir qu'elle pourrait bientôt le rejoindre à Gakushiki, mais il garda pour lui cette pensé qu'il jugea égoïste. En vérité, il était plus que ravi de la stupidité des nobles qui avait refusé leur mariage potentiel avec sa Seiko.

Mais de cela non plus, il ne traita pas.


Non ! Tu dois lever plus haut ta hampe, recentrer ton équilibre, sinon tu ne fais que te fatiguer en portant ta lance…

La voix de Kitai résonnait dans les murs du dojo du temple, entouré de tout jeune apprentis sohei. Gashiri était assis silencieusement, mais souriant, en bout de la salle où des vingtaines d'enfants recueillis par le temple voyait leur apprentissage débuter sous les conseils généreux et la douceur des façons du moine combattant aux yeux bicolores. Il avait changé, tant et si bien qu'il attirait les regards des mikos de son âge sans le remarquer.

Il ne remarquait pas non plus leurs attentions à son égard. Il était devenu plus franc, plus sincère et appréciait à voir les gens autour de lui les plus épanouis qui soit, cherchait toujours à faire rire et aider son prochain à sa mesure. Rien ne semblait plus pouvoir l'atteindre dans son humeur toujours plus radieuse. De son côté, ses cauchemars ne l'ennuyait plus autant qu'auparavant, il avait fait en sorte d'écrire à Seiko en plus d'aller la voir, diminuant ainsi l'espace du temps les séparant d'une certaine manière.

Depuis un an déjà, il avait pour petit passe-temps d'aider les moines aux cultures du temple. Les fruits et légumes de Fuyu étaient probablement les plus courageux de tout Yokuni d'oser ainsi pousser dans l'environnement le plus agressif qui soit au cœur des monts aux neiges éternelles. Il se passionnait de surveiller leur pousse et de juger de leur état de croissance. Tout à leur soins apportés, arrosant les plantes qui offriraient plus tard dans l'année leurs lots de fruits consommables par les gens de Gakushiki, Kitai accueillit chaleureusement la vieille Unmei lorsqu'elle se présenta dans le jardin intérieur.

Mais rapidement, la mine déconfite de cette dernière provoqua son inquiétude, pensant à tord qu'elle souffrait de quelques maux, il vint à sa rencontre et la questionna sur le sujet, son arrosoir en terre cuite fermement tenu entre ses mains. Elle mis du temps à lui répondre. Mais lorsqu'elle le fit enfin, il ne pu garder son emprise sur le contenant qui vint se briser au sol, laissant se répandre son contenu aux pieds du soheï.

Le matin qui suivit, après une nuit sans sommeil, Kitai quitta le Temple dans l'urgence pour la Capitale. Il ne s'accorda durant le voyage que de très courtes haltes. Il avait pourtant ses habitudes à présent et on le reconnaissait facilement à son visage atypique et à ses manières de plus en plus aimables au fil du temps. Mais il n'avait pas un instant à accorder à qui que ce soit cette fois ci. Il était focalisé, obnubilé par l'état dans lequel Seiko devait se trouver. Il ne voyait plus que cela lorsqu'il fermait les yeux, même un très court instant.

Malgré toute sa hâte et sa précipitation, il s'arrêta dans une auberge de passage afin de se rendre le plus présentable possible et de ne pas insulter les Shuzen. Il doutait presque qu'ils le laissent entrer, malgré son statu d'ami de la famille et plus particulièrement du membre de la même génération que lui. Revêtant son change, un vêtement d'apparat propre au repos des défunts, il changea la houppe rouge de sa lame pour un tissu d'un blanc immaculé afin de recommander l'âme du mort aux Cieux.

En son sein, il était fébrile. Lorsqu'il se présenta enfin à la porte de la maisonnée martiale des Shuzen, il fut accueilli d'un sourire triste par la maîtresse des lieu, mais au lieu de le reconduire, elle lui ouvrit grand les portes de la demeure et l'invita à patienter le temps qu'elle aille chercher sa fille, puisqu'il était évident que c'était elle qu'il était venu voir, la question ne se posant même plus depuis toutes ces années. Il aurait voulu pouvoir être un soutien pour tout les gens de cette famille. Mais il était trop concentré sur Seiko.

Lorsque elle apparaît enfin, merveilleuse dans son insondable tristesse, elle parvient tout juste à lui parler. Cinq mots… Peut être à peine plus, puis elle tombe. Kitai en lâche sa naginata sans aviser le point de chute de cette dernière, il se jette sur la jeune fille, le visage fermé dans une expression de profonde détermination. Enfin, il l'enserre dans ses bras, prenant sa nuque dans sa main droite pour aider la jeune fille à trouver place sur son épaule.

Son bras gauche entour sa taille sans le moindre mal. Elle n'a pas beaucoup grandi, elle s'est même affinée au niveau de sa silhouette, il l'a sent à travers son kimono, mais ses pensés ne vont pas plus loin que cela, tant il est focalisé sur la douleur de son amie. Il la laisse un instant s'épancher puis il enfoui ses lèvres à proximité de l'oreille d'adolescente. Lorsqu'il lui murmure, sa voix est pareille à la rumeur d'une rivière coulant au travers d'un bosquet doucereux :

Et pourquoi pas, Sei-chan ? N'est ce pas le meilleur jour pour cela, au contraire ? Seijin n'est pas mort, il est juste partie très loin, mais il est dans vos cœurs à tous et il vous voit en ce moment. Son chemin n'est pas pavé de lumière et il a besoin qu'on l'éclaire à présent. Lorsqu'il arrivera à destination, il pourra préparer les pièces de sa nouvelle demeure pour vous recevoir, le jour où vous aussi, emprunterez cette voie et serez à nouveau réunis. Ce n'est qu'un au-revoir, Sei-chan…

Une nouvelle vie hors de l'enveloppe de son corps s'offre à lui. Personne parmi les Shuzen ne peut le comprendre mieux que toi. Tu le sais au fond de toi que son esprit existe toujours quelque part. Il lui faut votre lumière et à destination, il pourra veiller sur vous. Il pourra vous prévenir des dangers imminents, vous protéger en vous murmurants à l'oreille ses avertissements. C'est ainsi que viennent les intuitions, grâce à ceux que l'on pense perdus, mais qui sont bien là à veiller sur nous.

Tu le reverras bientôt si tu le souhaites, Sei-chan. Lorsque tu t'endormiras, ton corps ne sera plus une barrière et tu pourras lui rendre visite dans tes rêves. Tu vois ? Ce n'est pas si terrible que cela. Juste un long voyage, juste un au-revoir. Ce ne sera peut être pas facile au début, mais tu comprendras que je ne te mens pas. Petit à petit. Le temps t'y aideras. Ce qu'il n'a pas pu faire en Yokuni, il pourra le faire là-bas. Il trouvera peut être une jolie fille à qui se marier et il te la présentera fièrement lors de vos retrouvailles.

Oh… Il est juste dommage qu'il ait appris l'art du sabre. Je crois qu'il n'en aura pas besoin une fois arrivé. Il pourra probablement se faire enseigner la culture des fruits et des légumes par un habitant des lieux. Tu me diras ce qu'il en est lorsqu'il répondra à tes questions ! En attendant, Sei-Chan, tu peux pleurer, mais tu ne peux pas ne pas sourire. S'il te voyait, là, qu'en penserait-il ? Il a besoin de votre soutien, pas de votre peine. Gardez cette dernière pour vous, échangez là entre vous, mais faites attention à ce qu'il ne la voit pas !

Montrez lui votre joie pour l'avenir magnifique qui s'ouvre à lui. Et de votre côté, profitez de ce monde là au maximum avant d'aller le rejoindre. Ainsi, vous aurez des milliers d'histoires à lui raconter ! Vous pourrez passer l'éternité à rire en sa compagnie. Est ce une perspective qui mérite que l'on perde pieds ? Est ce vraiment si terrible que cela ? Bien entendu, la porte qui mène à ce monde est pénible… Je ne te mentirais jamais et il arrive qu'elle soit même particulièrement douloureuse. Mais une fois son seuil passé… Ah… Sei-chan. Seijin est chanceux à plus d'un titre…

Mais viens, allons donc vivre un peu sans lui. Allons donc fouler Yokuni de nos pas, nous amuser, découvrir et nous battre pour ce qui nous est cher. Nous aurons ainsi tant de choses à lui dire, nos retrouvailles seront vraiment incroyables. Plus nous lui laisseront le temps de préparer sa future demeure, plus elle sera magnifique et grandiose. Qu'en dis tu, Sei-chan ? Et si nous lui laissions tout le temps nécessaire pour qu'il puisse construire un véritable Palais éclipsant même la Capitale Impériale par sa magnificence ?


Il écarta son visage et poussa délicatement Seiko par les épaules afin qu'elle puisse le dévisager. Il lui sourit alors de la façon la plus douce qu'il n'ai jamais pu offrir à quelqu'un.
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Kannushi

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Lun 13 Juil - 20:44

Mes pleurs sont silencieux mais mes larmes abondantes. Et pourtant, l’angoisse et la douleur disparaissent un peu plus alors que Kitai me serre contre lui. Son étreinte réconfortante et contenante me permet déjà de me sentir moins dispersée. Puis sa voix et son souffle sur la peau de mon cou me font comme sortir de la tristesse dans laquelle je me noie depuis plusieurs jours. Il m’avait dit que me voir heureuse était le plus beau cadeau que je puisse lui faire et je n’ai pas pu honorer son souhait. Malgré cela, il ne semble pas déçu de me voir dans cet état pitoyable et, alors qu’il me remet sur le droit chemin, je ne sens aucune morale dans ses paroles. Juste une envie profonde de me voir sourire et vivre ma vie malgré la disparition d’un être cher. Il en a sûrement perdu, lui aussi... Je ne peux que me rappeler que je ne connais toujours pas le passé de mon ami et qu’au fil du temps, j’ai de plus envie de tout savoir, puisqu’il sait tout de moi.

C’est lorsque Kitai parle de guider Seijin vers la lumière et de l’aspect de sa nouvelle demeure que je ferme les yeux. Je me surprends à imaginer tout ce qu’il me dit, à voir le monde que mon frère pourrait avoir atteint dans quelques temps. Un monde fluide et léger ou la souffrance n’existe plus. Un monde où Seijin serait débarrassé de ses doutes et de ses craintes. La voix de Kitai est alors lointaine mais toujours audible et je me sens, comme il le dit, endormie et proche de l’âme de mon frère. Il me semble alors même l’apercevoir au loin, chercher son chemin. Je l’appelle, il m’entend et me sourit, de la même façon dont il l’a fait le matin de son départ. Il s’approche finalement de moi et, alors que je ne suis pas loin de recommencer à pleurer, il m’offre un sourire des plus lumineux.

- Je me suis battu pour toi, Imoto-chan et c’était mon choix. La douleur m’a fait souffrir mais je suis soulagé. Tu vas bien et tu n’es pas seule. Alors ne pleure pas. Il faut que tu me laisses partir, maintenant.
- Quoi ? dis-je spontanément, la bouche tremblante d’émotion.
- Quand les proches des morts n’acceptent pas le départ de ceux-ci, une partie de leur être reste sur Yokuni. Ce fragment peut se transformer au fil du temps et, au lieu d’apporter de la chaleur au cœur de l’être aimé, il finit par le corrompre. Je ne veux pas laisser une trace sombre dans ton cœur, Seiko. Alors... laisse-moi partir. Je t’attendrai et veillerai sur toi.

Ma poitrine se dégonfle alors, j’arrive mieux à respirer et me sens libérée d’un poids. Il sera toujours là, à me voir et à m’envoyer des signes, comme le dit Kitai. Et quand mon temps viendra... Mais qu’il vienne tard. J’ai encore tellement de choses à vivre.

- Courage, Seiko. Et à dans longtemps.

Il me fait finalement un signe de la main et part courir rejoindre ce monde qui n’est pas encore le mien. Je reviens un peu plus à moi et entends Kitai m’inviter à vivre, en attendant de rejoindre mon frère. Je vois l’image de ce dernier complètement s’évanouir puis je sens les mains de Kitai sur mes épaules. Je retrouve alors son visage et reviens enfin à la réalité. La réalité m’a enlevé le corps de Seijin mais il est là, quelque part. Je le sais et je crois Kitai, maintenant. Si je vais bien, alors Seijin ira bien aussi et pourra « construire sa demeure » sereinement. Je dévisage un moment mon ami, comme si je n’étais pas encore tout à fait là. Je sens mes larmes séchées sur mon visage alors que je lui rends finalement un sourire timide.

- J’ai vu où il est, maintenant. Il sourit. Les blessures ne sont plus un problème. Et il m’aimera encore... Alors je crois... Je veux bien vivre pour toi, pour lui et pour moi. Parce que... parce que j’adore raconter des histoires alors je veux lui raconter un jour.

Ma détermination est elle aussi encore timide mais j’ai compris quelque chose aujourd’hui. Et, encore une fois, c’est grâce à Kitai. Mon si cher Kitai. J’oublie alors pour la première fois les commodités et passe mes bras autour de son cou pour lui offrir moi aussi une étreinte. Car là, ce qui me rend heureuse et qui, du coup, le rendra heureux aussi, c’est d’être dans ses bras.

***
Je pense m’être endormie contre Kitai car, lorsque je me suis réveillée, il n’était plus là. Quelques flash de la journée de la veille me sont revenus mais c’est avec le sourire que j’ai abordé les six mois suivants. J’ai tenu à reprendre assez vite les enseignements avec Unmei-san et j’ai consacré le reste de mon temps à mes parents et à Zakuro. Ce dernier s’est remis, comme moi, de la mort de Seijin. Certes, il est parfois encore douloureux d’imaginer qu’il puisse apparaitre dans la maison mais nous avons évoqué beaucoup de bons souvenirs ensemble. Kazuo reste, pour le moment, introuvable et cela met notre père dans une colère importante. Je ne m’en soucie guère : la distance qui nous sépare est grande, maintenant. Et s’il a besoin d’être loin de nous, qu’il en soit ainsi.

Une nouvelle volonté a pris naissance en moi, dès que j’ai été remise. Les images des blessures de Seijin m’ont donné envie de « réparer ». Si je peux réparer l’âme des gens, leur donner le sourire comme je l’ai fait avec Kitai et avec Seijin, alors je pourrais aussi réparer leurs blessures physique. Je commence alors à lire des dizaines d’ouvrages sur les pratiques de soins, à tel point que j’en dors peu. Je me découvre une véritable passion pour la couture et pour les plantes médicinales et demande à Mère s’il est possible de faire venir quelques fournitures à la maison. Elle accepte, souriant timidement à ma demande, peut-être contente elle aussi à l’idée que je continue ma vie.

Je m’entraîne alors des semaines durant sur de la peau de porc, proche de celle des humains, à raccommoder, faire des pansements et concocte mes propres mélanges. Je relis, entre deux visites de Kitai, les courriers qu’il m’a envoyés et laisse Zakuro faire de même ; son devoir le rappelle. Deux mois passent encore et Unmei-san m’annonce que je suis prête à  rejoindre le Temple et qu’elle m’a tout appris. Apparemment, j’apprendrai désormais plus en vivant sur les lieux et pourrai rapidement devenir Miko. J’attends alors plusieurs jours pour annoncer ma venue de vive voix à Kitai, Unmei-san ayant gardé le secret jusqu’au bout. Soucieux de ne pas freiner mes ardeurs, mon ami me demande tout de même d’attendre quelques jours supplémentaires, le temps qu’il prépare ce qui sera ensuite ma chambre.

Zakuro, Père et Mère sont là pour me voir partir et quitter le cocon familial avec bien plus d’affaires que je ne l’aurais pensé. Kitai vient me chercher seul, avec un cheval chacun et c’est émue aux larmes que j’embrasse Zakuro, saluant mes parents, soucieuse de savoir ce qu’ils deviendront maintenant. Je leur promets d’écrire souvent alors qu’Onii-chan me promet de m’écrire plus régulièrement encore. Et c’est en chevauchant pour la première fois que j’entame ce voyage vers le Temple Gakushiki.

***
Le trajet est long mais agréable. Je découvre le monde d’une toute autre façon et visite pour la première fois une auberge, apprend à faire du feu, à dormir sous une tente. Je parle à Kitai de tout ce que j’ai appris, alors qu’il m’explique enseigner son art à plein de nouveaux aspirants. L’imaginer en professeur sévère m’amuse et nous partageons beaucoup de moments de joie. C’est exténuée que je descends de mon cheval, compagnon de route sympathique dont je rends la garde à Kitai. J’observe alors le lieu et ne réalise pas de l’endroit où je me trouve. Me voilà devant le but que j’ai poursuivi toute ma vie. Je deviendrai Miko dans ses murs et ferai des dizaines de rencontres.

On commence par me regarder étrangement, comme si on me connaissait d’une certaine manière. Puis Kitai me guide à l’intérieur et m’explique brièvement où se trouvent les principaux endroits que je fréquenterai. Sa hâte nous amène finalement à la pièce qu’il m’a préparée. D’une main, il me guide pour éviter que je ne trébuche et me demande de fermer les yeux. C’est abasourdie que je découvre au final l’endroit. La pièce est, à mon sens, immense. Deux endroits distincts sont aménagés, l’un plus vide que l’autre mais je sais déjà ce que j’y mettrai. Du premier côté se trouve mon futon et quelques petits meubles sur lesquels poser mes affaires et mes livres. De l’autre, un grand espace « de travail » où je pourrai entreposer mes médicaments et mon matériel de soin. J’avais vaguement parlé à Kitai d’un endroit à moi où j’imaginais recevoir des blessés, les réconforter et les soigner dans une pièce sereine. Et c’est ce qu’il m’offre aujourd’hui. Ravie, je lui offre un sourire jusqu’aux oreilles et le remercie des jours durant de m’avoir préparé cette chambre. Qui d’autre aurait pu l’aménager aussi bien ?

***
Il me faut une bonne année pour m’intégrer aux us et coutumes du Temple, pour apprendre comment fonctionne la hiérarchie et m’habituer au rythme. Les prières sont plus fréquentes, effectuées en groupe et je n’ai plus autant de temps pour la lecture. Cependant, je m’y consacre toujours pour peaufiner mes soins. C’est un jour comme un autre qu’une petite fille se présente à moi avec une vilaine entaille sur le bras. Le magnifique jardin du Temple est désert et je suis l’une des seule à me trouver dans les couloirs, flânant comme une débutante. Je prends alors mon courage à deux mains et, voyant qu’un médecin mettra trop de temps à arriver, je finis par traiter moi-même la plaie.

C’est alors que je saisis délicatement le bras de la petite fille qu’une fine pellicule de glace semble s’apposer sur la plaie sanguinolente. Je reste concentrée malgré mon étonnement et réalise que cette glace vient bel et bien de moi, de la paume de ma main. Faisant confiance à mon instinct, je tente alors de contrôler cette pellicule, tout en continuant d’apaiser la fillette avec des mots rassurants. Elle finit petit à petit par arrêter de pleurer et en vient à me dire que la douleur a disparu. Je sens à mon tour un picotement intense sur l’endroit de la plaie situé sur le bras de la petite et comprend enfin ce qui sera l’un de mes pouvoirs. Ressentir la douleur des autres pour la traiter, peut-être est-ce cela mon destin. Je décide finalement de raccommoder la plaie avec deux points de suture et de la désinfecter avec un baume de ma fabrication, le tout protégé par un pansement. Fière du résultat, je le suis un peu moins lorsque les parents, en visite au Temple, retrouvent leur petite écorchée et le visage salis par des restes de larmes. Après quelques explications, le visage de la mère s’adoucit et elle finir par me remercier d’avoir fait tout cela, promettant de faire connaitre mon nom dans son village.

Petit à petit, la glace devient mon élément, celui que j’aime et que je m’entraine à utiliser sur des bobos et autres hématomes. Je commence à m’interroger sur les autres utilisations que je pourrais en faire. Kitai ne m’a pas encore montré de tels pouvoirs mais je sais que Zakuro peut en faire usage, de façon différente, cependant. Je lis aussi plusieurs livres sur le sujet et décide de tenter une expérience répartie sur plusieurs jours, jours de repos, évidemment. Je ne m’attends pas à provoquer la panique chez Kitai qui me trouve alors comme morte sur mon futon, au petit matin du jour commun de prière. Je reviens lentement « à la vie » et lui explique, après plusieurs minutes à tenter de le calmer, que je peux me faire presque passer pour morte grâce à la glace. Je réalise bien plus tard que le cœur de Kitai a failli s’arrêter à cause de la peur et non de la glace, ce jour-là.

***
Six mois passent encore et je continue, après ces découvertes à bénéficier d’enseignements. Cependant, Unmei-san tombe malade et délègue la tâche à quelqu’un d’autre. Les rapports ne sont pas les mêmes et la manière d’enseigner différente, d’autant que je peux montrer directement à cette autre personne ce que je vaux au Temple. Je rends régulièrement visite à Unmei-san qui est, ma foi, en bien piteux état. Déjà âgée, elle me confie à plusieurs reprises qu’elle pense être arrivée au bout de ses capacités. L’angoisse de la voir partir me prend à la gorge mais je me rappelle de l’épreuve traversée avec Seijin et me dis qu’il vaut mieux rejoindre les Kami que prolonger sa vie de souffrance.

À l’issue de ces six mois, je fais la rencontre de Kagura, une jeune femme magnifique à la grande sagesse et à l’humour particulier. Je me lie rapidement d’amitié avec elle, comme avec les autres Miko, bien que je sente un lien particulier qui nous unit. Et, en effet, lors d’une visite de Zakuro, ils échangent un regard que jamais je n’ai vu nulle part ailleurs. Plusieurs semaines passent et je me questionne sur les rapports et les discussions qu’ils échangent. Mon frère vient d’ailleurs de plus en plus souvent pour la voir et il arrive même que Kagura se déplace. Prise dans mon apprentissage, mes lectures et les bobos des gens venus du village d’à côté pour voir qui je suis, je n’ai rien vu venir et ce n’est que lorsque je parle à Kagura du sujet en question, quelques mois encore plus tard, que la réponse me vient.

- Je suis amoureuse de lui, Seiko. Voilà ce qu’il se passe, me dit-elle avec un sourire attendri.
- L’amour... c’est tellement abstrait, pour moi.
- C’est différent de l’amour que l’on porte aux Kami. On veut tout le temps être avec l’autre, il nous manque, nous rend heureuse par de petites attentions et il est le seul à pouvoir correctement nous réconforter. On sait et on sent que c’est lui l’élu de notre cœur, qu’on veut passer le restant de ses jours avec lui.

Je ne réfléchis pas immédiatement à cette version très romantique de l’amour et observe alors différemment les jeunes femmes du Temple. Certaines sont comme moi, absorbées par leur travail et leur dévotion. D’autres se laissent distraire. Il est vrai que beaucoup de jeunes garçons de notre âge sont agréables à regarder à Gakushiki mais je n’y avais pas prêté attention avant. Puis Kagura me parle du mariage qu’elle aimerait organiser avec Zakuro, à l’aube de mes dix-neuf ans et je me rends compte que le temps est passé vite. Pourtant, je les soutiens car elle m’a dit qu’elle serait heureuse avec lui et Zakuro m’a dit qu’il n’avait jamais été si heureux. Bien que mes parents soient totalement contre, c’est alors leur envie, de concrétiser cet amour. Amour si abstrait encore. Mais je réalise à le comprendre en observant davantage. Je réalise d’ailleurs que les beaux jeunes hommes Sohei ne sont pas les seuls à attirer les regards.

Alors que Kitai est assis à penser – probablement – je viens le rejoindre sur l’un des bancs placés sur le flanc du Temple. Les jeunes Miko me dévisage, comme si je leur avais piqué la place et je me demande soudain ce qu’en pense Kitai. Je me rends compte qu’il y a aussi longtemps que nous n’avons pas longuement discuté, comme avant. Est-ce que mon apprentissage a pris trop de temps à notre amitié ? Alors qu’il se tourne et vois que je suis là, mon cœur sursaute et je détourne la tête pour parler sans être gênée.

- Ohayô, Ki-chan, commence-je simplement. J’ai beaucoup... ces temps, j’ai beaucoup parlé à Kagura-dono et j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose. Je me rappelle de cette époque où on voulait me marier parce que cela arrangeait ma famille. Et jamais je ne me suis imaginée tomber amoureuse de l’homme avec qui je partagerais ma vie. Ces questions m’ont toujours effleuré l’esprit mais les Kami, ma famille, notre amitié... c’est toujours passé avant.

Je soupire et continue, comme embêtée de parler du sujet, comme si c’était quelque chose que je ne maîtrisais pas et qu’on ne peut pas maîtriser avec de la théorie. Agacée...

- Oui, je ne pense pas du tout à cela mais le sujet a l’air normal pour tout le monde. Alors je me demandais... vu que tu es là depuis bien plus longtemps que moi, si tu avais pu voir d’autres choses. Je me demandais, vu que beaucoup de Miko te regardent et t’admirent... Est-ce qu’il est déjà arrivé que l’une d’entre elle te déclare quelque chose ? Te demande de l’aimer en retour ? Est-ce que tu as déjà aimé, toi ? Eu envie de te marier par amour ? Et... désiré quelqu’un ? Kagura me dit toujours qu’elle veut Zakuro rien que pour elle, que rien ne pourrait les séparer, qu’ils veulent se marier, avoir des enfants... tout cela parce qu’ils s’aiment. Et je m’interroge... Parce que tu es le seul garçon que je connais vraiment, en dehors de ma famille.

Je chuchote finalement une dernière phrase.

- C’est peut-être pour ça qu’il m’arrive de penser à toi différemment...

Réalisant que ma phrase peut-être mal interprétée, je rougis légèrement et le regarde cette fois dans les yeux, attendant sa réponse.

- Mais qu’en penses-tu, toi ?


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Akogare Kitai

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Sohei

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Mer 15 Juil - 10:22

Le timide sourire qu'elle lui rend alors est un univers entier dans lequel il se perdit soudainement. Mêlé ainsi à ses larmes séchées, le visage de Seiko est auréolé d'une beauté qu'il l'avait toujours su avoir, mais dont il ignorait les significations sur lui. Et alors qu'elle l'enserre, au bord de l'épuisement, le cœur du sohei lui échappe totalement. Il l'accompagne, la tenant fermement comme il l'avait rarement fait auparavant. Quelque chose bouillonnant en lui d'inconnu et de parfaitement familier pourtant.

La respiration de Seiko, presque dans son cou, se fait plus ample et il se rend compte qu'elle s'est endormie, le tenant plus inconsciemment qu'autre chose. Il ne brise pas tout de suite l'étreinte, sentant contre lui cette amie qu'une chose au fond de lui souhaiterait qu'elle soit plus encore, mais qu'il ne comprend pas vraiment. Puis il la soutient par la nuque afin de regarder l'expression sereine qu'elle lui offre dans son sommeil. De son existence entière, il est alors persuadé de ne rien avoir vu de plus beau que cela.

C'est dans un silence total qu'il la porte jusqu'à sa chambre, en proie à un mélange aussi chaotique qu'agréable de sentiments. Sur le chemin, il croise le regard de la mère de la jeune fille qui se trouvait non loin de l'endroit où ils se trouvaient. Les stries qu'il voit sur son visage et le sourire doux qu'elle lui adresse alors lui font comprendre qu'elle n'a rien perdu de leur échange. Elle le salue aimablement tandis qu'il disparaît dans la pièce réservée à sa fille.

Et alors qu'il l'étend sur son futon et qu'une paix des sens semble l'avoir prise, il ne sourit pas lui même et n'est plus bien certain de voir Seiko comme son amie d'autrefois, mais il est bien incapable de situer ce qu'il ressent et il est certain que plus le temps passera loin d'elle, moins bien il se sentira.


Six mois passent alors, ponctués de visites et de la reprise de la formation de Miko pour la jeune héritière des Shuzen. Il tint à être présent à chaque fois, la jeune adolescente réalimentant à chaque fois le réservoir de sérénité et de bien-être du jeune garçon. Il est toujours un peu plus triste loin d'elle et toujours plus radieux lorsqu'il revient au temple de l'une de ses visites. Seiko change petit à petit, investie d'une nouvelle motivation. Alors qu'elle lui avait déjà et depuis des années pourtant, soigné le cœur et qu'il était certain qu'elle avait la capacité de le faire pour n'importe qui, elle se mise à apprendre à soigner les corps.

Lorsqu'il n'était pas dans la demeure de son amie à la voir ainsi s'instruire, il donnait tout ce qu'il avait dans la maîtrise de sa technique, l'étoffant, la rendant utile dans les lieux où une lance ne pouvait pourtant pas l'être. L'arme devint progressivement une extension de sa personne physique, un prolongement de son bras protecteur qu'il était capable d'utiliser dans toute les circonstances à présent, jusqu'au plus étroit couloirs. On ne le vit plus sans sa Naginata, ou très rarement. Si bien qu'on vint à lui octroyer un drôle de surnom issu de son propre prénom. Kitai devint Kirin pour bien des gens comme pour saluer le fait que son arme était devenue telle une corne frontale dont on ne le voyait pas se séparer.

Puis vint le jour que son cœur appelait depuis des années déjà où il fut envoyé pour escorter Seiko jusqu'à sa nouvelle demeure qui se trouvait être la sienne depuis ses quatre ans. Aucune tristesse n'aurait pu barrer son visage, pas même celle qu'inspiraient les chaudes larmes des Shuzen entre eux dans leurs embrassades pour souhaiter la bonne continuation du petit oiseau quittant le nid familial. De son côté, il ne voyait que la légitimité de l'instant. Depuis quelques temps, les visites ne lui suffisaient plus et il partait parfois de chez son amie plus perdu qu'autre chose. Le laps de temps séparant ses visites se ponctuait souvent à nouveau de ses cauchemars.

Il avait besoin d'exorciser cette époque, de tirer un trait dessus. Mais chaque fois qu'il voyait son visage dans un reflet, les flammes passées lui brûlaient à nouveau le visage comme au premier jour et il revoyait les morts, entendait à nouveau les cris, comme si il était retourné directement lors de cet incident fatal.

Il ne peut s'empêcher d'être bavard comme une pie lors de leur voyage vers Gakushiki. D'abord dans l’excitation de savoir qu'il pourra revoir Seiko presque chaque jour, mais aussi dans le souci qu'elle ne soit pas trop mélancolique, qu'elle ne considère pas sa séparation familiale comme un déchirement. Durant tout le voyage, il lui apprend tout ce qu'il peut à son sujet, bien qu'il lui ait partagé déjà beaucoup de choses lors de leurs rencontres auparavant. Il s'occupe de l'accueil dans les auberges, lui enseigne l'art du déplacement et lui montre tout les lieux les plus beaux qu'il connaît sur le trajet et qu'il eut recensé avec force de détail dans son esprit pour pouvoir un jour lui les montrer.

Depuis le temps qu'il s'était ouvert aux autres, grâce à l'adolescente et ce depuis des années déjà, l'unique fille des Shuzen n'était plus vraiment une inconnue au Temple. Certains avaient même douté de son existence tant Kitai la décrivait avec grande emphase. Pourtant, lorsqu'ils parvinrent au domaine le plus pieu de Fukyuu, personne ne vint douter de ce qu'il leur avait dit, certains affichèrent même une surprise visible devant la fidélité de ses descriptions de son amie.

Tout avait du être parfait pour accueillir Seiko et il avait partagé son temps entre ses entraînements, ses instructions des nouvelles pousses et la préparation du nouveau foyer de la jeune fille et particulièrement de l'endroit où elle se reposerait. Il avait fait en sorte de lui aménager un coin pour chacune de ses passions, dans une vaste pièce qui pourrait lui servir autant de chambre que de clinique improvisée, mais aussi de bibliothèque. Lorsqu'il l'invita à ouvrir les yeux pour découvrir ses nouveaux appartements, la réaction de son amie fut à la hauteur de ses espérances les plus folles pour son plus grand plaisir.


Une année ne suffit pas à habituer le jeune lancier à la promiscuité de celle qu'il voit de plus en plus différemment chaque jours. Il chérit chaque instant auprès d'elle et ne se lasse jamais de pouvoir partager ces derniers. Lorsqu'elle étudie, il en fait autant de son côté. Depuis peu, il sentait la force d'Itegami en lui et dans ses instants de solitude, il s'écartait du temple afin d'invoquer la puissance du kami des glaces pour en comprendre les limites et les possibilités.

Selon son état, le résultat pouvait être différent, mais il donnait à l'élément divin la forme qu'il souhaitait, s'extasiant sur la beauté de ce qu'il créait, ainsi que de la puissance qu'il parvenait à déchaîner. Il se jura de la montrer un jour à son amie, mais il était certain d'avoir encore besoin de pratique pour contrôler son don si particulier.

Un jour, alors qu'il était certain de vouloir lui faire le spectacle de son incroyable capacité, elle ne répondit pas lorsqu'il frappa à la porte de sa chambre. Curieux et quelque peu inquiet, il ouvrit le passage timidement tout en annonçant qu'il entrait. Lorsqu'il vit le corps étendu sur son futon sans qu'un souffle ne la prenne de sa chère complice, il en lâcha son inséparable Naginata au sol de stupeur et se rua à sa rencontre. Il ne connaissait rien à la médecine ni aux façons de savoir dans quel état une personne pouvait se trouver après un malaise, mais alors qu'il voit Seiko ainsi et qu'il lui prend une main, terrifié, il est à peu près certain qu'elle est plus froide que la glace elle-même.

Son cœur refusa totalement ce qu'il voyait pourtant. Il avait déjà été amené plus d'une fois à faire face à la mort et avait fini par accepter cette dernière lorsqu'il la croisait. Mais cette fois précise, son inconscient lui hurlait de ne pas croire ce que ses yeux lui montrait. Seiko ne pouvait pas disparaître, c'était inconcevable. Il l’appela, hurla son nom, ses iris ruisselant des larmes de la frustration et de l'injustice de la situation et son âme niant l'évidence qui se décrivait sous lui pour une raison qu'il ignorait.

Puis il y-eu un souffle. Suivi d'un second. Elle ouvrit les yeux doucement devant un Kitai soulagé. Ce dernier l'enserra contre lui comme si on lui avait fait le plus beau des cadeaux. Cependant, l'explication de Seiko quant à cet événement provoqua des journées entières de bouderies de la part du Sohei.


Lorsqu'il atteint l'age de dix-neuf ans, Kitai était devenu un adversaire incomparable à la naginata. Fukyuu comptait de nombreux duellistes et d'écoles d'arts martiaux, principalement à Yama et nombreux disciples du combat entendaient parler de plus en plus de la Kirin de Gakushiki. On vint jusqu'au temple pour le défier amicalement et tout personnellement. Il jouta contre des experts au sabre, aux poings, à la lance et à tout autre genre d'armes que ce soit sans connaître la défaite.

Qui plus était, les perdants, même les plus fiers, ne repartaient pas du Temple brûlés par la colère ou la rancune. Il avait une façon de les féliciter, de se montrer sincèrement impressionné par les capacités de chacun des combattant qu'il affrontait que ces derniers prenaient leur défaite comme un agréable moment d'apprentissage et un coup de chance du lancier. Ses victoires se multiplièrent sans qu'il ne soit à déplorer un mort ou un blessé grave.

Un jour, tandis qu'il venait de prouver une nouvelle fois à Gashiri qu'il lui était dorénavant supérieur en technique et en vitesse et qu'il s'essuyait le visage de la sueur occasionnée par la joute dantesque que le duel avait engendré, Seiko vint à lui, la mine fermée ou quelque peu perdue. Il était assis sur un banc du temple à repenser chaque mouvement, ses axes mélioratifs et les forces qu'il montrait déjà et sur lesquelles il pouvait compter.

Elle obtenait son attention de plus en plus rapidement. Parfois, il suffisait qu'il la voit au loin pour se perdre en pensés en la regardant. Perdu dans ses sentiments, il a beaucoup de mal à ne pas voir la femme magnifique qu'elle devenait. Elle avait dix-huit ans à présent et lorsqu'elle apparaissait dans le champ de vision du sohei, son environnement s'effaçait totalement, mais cela déclenchait parfois une certaine forme de mutisme de sa part dans son admiration constante de son ami et leurs discussions s'en trouvaient raréfiées.

Néanmoins et cette fois là, il fut tout particulièrement concentré sur ce qu'elle vint lui dire, car l'expression de cette dernière montrait bien qu'elle souhaitait de lui une aide qu'il était tout à fait prêt à lui offrir sans la moindre concession. Mais alors qu'elle lui décrit par le menu la raison de sa venue et qu'elle l'assaille de question, il plonge lui-même dans le chaos qu'il ressent de plus en plus ces derniers temps.

Si il ne s'était jamais rendu compte d'être la cible des regards de certaines prêtresse comme annoncé, il se souvint pourtant d'invitation qu'il avait poliment refusée, prétextant à raison avoir beaucoup à faire. Il n'avait pas fait attention jusqu'à présent, mais les visages déconfis de ces jeunes filles se réimprimèrent dans la toile de son esprit. Elles partaient souvent avec un sourire gêné et l'évitaient pendant un certain temps après son refus.

Tout ce que dit Seiko trouve écho dans les pensés du jeune moine combattant. Il n'est pas bien certain de savoir ce qu'aimer veut dire. Et la conception du mariage lui est tout à fait inconnue. Néanmoins, dans la description du témoignage de Kagura, il voit le reflet de ses propres pensés à l'égard de sa tendre amie. À ces mots, il ne peut empêcher son émoi de l'envahir et le rouge de lui monter aux joues. Si bien qu'il plaque le linge qui lui sert à se sécher de sa sueur sur le visage.

Ce qu'elle lui souffle et la question qu'elle lui pose enfin le pousse à retirer se dernier, découvrant son expression chaleureuse, quoiqu'un peu gênée et annonça d'une voix claire tout en se frottant l'arrière du crâne, emmêlant son chignon :

Ah… Je ne sais pas, Sei-chan… C'est beaucoup de choses auxquelles réfléchir je suppose. Je ne crois pas un instant qu'il te manque quoique ce soit cependant. Je ne cherche pas pour ma part à donner un nom ou un sens à ce que je ressent. Je me limite juste à me dire que je suis heureux ou malheureux, cela rend les choses beaucoup plus simple à imaginer et à gérer… Je suis content lorsque l'on m’apprécie et je fais en sorte d'éviter de m'attirer les foudres de ceux que j'aime.

Je ne sais pas si toutes ces considérations sont un sujet normal pour tout le monde, comme tu le dis… Mais il y-a bien quelque chose que je sais à mon sujet, si je devais faire un parallèle avec ce que tu me dis…


Il se mis à regarder le lointain, sa main toujours mêlée à sa toison et un air rêveur sur le visage, sa voix fut aussi douce que tranquille lorsqu'il repris :

J'aimerais que rien ne nous sépare non plus. Je ne pense à personne comme je pense à toi, à la façon dont je me complais à rester à tes côtés, même si nous n'avons rien à nous dire. Tout cela me rend heureux. Peut être parce que nous nous connaissons depuis longtemps, peut être parce que tu n'étais pas au temple avant… Je n'ai pas d'explication claire à t'offrir. Mais j'aime te regarder, j'aime te voir t'épanouir parmi nous à Gakushiki… Mon monde pourrait se contenter de te contenir toi et toi uniquement que je ne me sentirais jamais seul.

Kitai vint à défaire son chignon qu'il avait tant malmené et laissa couler ses cheveux le long de son dos. Puis il plongea ses yeux bicolores sur la miko, la dévisageant comme si cela avait été une première fois. Il se pencha vers elle et posa un doux baiser sur sa joue, puis en lui murmurant doucement à l'oreille :

Tu es devenue très jolie, Sei-chan. Comme je te le disais, je ne sais pas quoi en penser, mais je sais à quoi penser. Et je me conforte à l'idée de ton image. Tu dis penser à moi différemment ? Pour ma part, je ne fais juste que penser à toi tout court et je n'ai guère besoin d'autre chose, en réalité.

Il recula son visage après son aveux, un sourire emprunt d'une immense affection pour toute expression, sa gêne évaporée dans l'instant.
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Kannushi

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Ven 17 Juil - 14:18

Il me semble voir Kitai rougir et tenter de le cacher avant de répondre à ma question. Ma remarque l’a-t-il mis dans l’embarras ? Si c’est le cas, j’espère surtout qu’il pourra tout de même répondre sincèrement à ma question. Car il est peut-être le seul à pouvoir m’éclairer. Certes, Zakuro me raconte énormément de choses mais l’amour semble être un sentiment difficile à rationaliser. Mon grand frère, aussi expérimenté peut-il être sur certaines choses, n’a pas le recul suffisant pour me répondre tout de suite. C’est pourtant maintenant que je souhaite une réponse et espère que Kitai pourra me la donner. Et plus qu’une réponse, ce sont des conseils que je reçois en premier lieu, pourtant avec un air gêné et une main dans un chignon démêlé.

À chaque mot, ensuite, mes joues s’empourprent un peu plus et l’envie me vient de le faire arrêter de parler. Parce que maintenant que je le regarde et qu’il parle de moi comme d’un être précieux, je me rends compte que notre attachement est vraiment particulier. J’avais déjà trouvé Kitai beau mais pas à ce point, pas autant que lorsqu’il parle de moi. Zakuro m’a déjà dit que j’étais importante à ces yeux mais avec son devoir de Samouraï et son amour pour Kagura, je vois bien que je ne peux pas être sa priorité. Et c’est loin de l’attachement pour mon grand frère que je me noie dans les yeux de Kitai, alors qu’il s’approche de moi. Mon cœur manque de sortir de ma poitrine encore une fois et la douceur de ses lèves sur ma joue me fait tendre tout mon corps.

Son souffle et ses douces paroles frôlant mon oreille me font frissonner, puis je me liquéfie intérieurement lorsqu’il se recule enfin, m’offrant un sourire tendre et sincère pour conclusion de cet instant de proximité. Je ne peux alors que penser aux paroles de Kagura. Mes sentiments ne sont pas définis et, pourtant, alors que je regarde Kitai passer sa main dans ses cheveux exceptionnellement détachés, humides de sueur, j’ai envie que l’instant ne s’arrête jamais. Je me rappelle que sa présence me manque lorsqu’il n’est pas assez présent, qu’il me rend heureuse et qu’il a été le seul à pouvoir me consoler quand cela n’allait pas. En le regardant, je sais que je veux rester avec lui et personne d’autre. Et je sais que c’est en partie grâce à ces sentiments que je suis venue si vite au Temple pour réaliser ma volonté.

Je soupire alors, le rouge disparaissant tranquillement de mon visage, en même temps que mon cœur bat plus lentement mais tout aussi fort. Si c’est cela l’amour... quel sentiment agréable. Quelle satisfaction de se sentir aimée pour ce qu’on est, quel réconfort d’avoir quelqu’un sur qui se reposer, quelle sérénité de pouvoir se dire qu’il m’attendra toujours... qu’il ne voit que moi. Je lui offre d’abord un sourire, regarde alentours les Miko observant la scène de loin et ris légèrement. Je prends alors la ficelle des mains de Kitai puis me lève pour passer derrière lui. Je sors alors une toute petite brosse de l’intérieur de ma manche et commence à coiffer mon ami, délicatement.

- Je crois que je vais adopter ta philosophie... et défaire mon chignon de temps en temps.

En passant ma main dans sa tignasse, je découvre des détails que je n’avais jamais soulignés auparavant. Kitai a beaucoup de cheveux mais ils sont fins et délicats, très doux et léger. Je peine à les coiffer correctement car aucun n’a vraiment la même taille... Après cela, je saisis le tout, tendant d’envelopper son crâne de mes mains pour saisir l’entier et tirer le tout vers le dessus. La moitié se défait mais je réussis tout de même à refaire un chignon, nouant ce dernier avec la ficelle. Posant mes mains sur le dossier du banc, je me dis que ce moment pourrait être quotidien, que c’est de lui que j’ai envie de prendre soin, surtout. Mes doigts se baladent alors sur le bois puis sur les épaules de Kitai. Je laisse mes mains et mes bras glisser ensuite sur son torse et ma tête s’enfouir dans son cou. Je l’étreins ainsi, respirant sereinement et constatant qu’il a encore pris une carrure plus masculine. Alors que je le serre doucement, mon cœur s’emballe à nouveau et je lui laisse quelques mots tremblants pour finaliser cet instant.

- Moi aussi je vais penser à tes leçons, à ta façon d’être là, à ta voix, à ton visage... Et j’espère pouvoir en profiter le plus possible, maintenant que nous vivons tous les deux ici.

Je reste alors quelques petites minutes dans cette position pour finir par m’en détacher. Je finis par demander à Kitai comment se passe l’entraînement des nouveaux venus et lui donne quelques indications sur les préparatifs du mariage que Kagura imagine, dans lesquels je compte bien m’investir puisqu’il aurait sûrement lieu à Gakushiki. Mais ce mariage n’aura jamais lieu. Et bien qu’à vingt ans je devienne Miko, Unmei-san n’assistera pas à ma réussite.

***
Kitai et moi sommes à nouveau éloignés l’un de l’autre pendant les semaines qui suivent ces heures de complicité ambiguë. J’apprends au détour d’un couloir que Kagura s’est faite assassiner la nuit dernière et, bien que je sois choquée par l’évènement, je pense immédiatement à mon frère. J’annonce alors aux Prêtres supérieurs que je compte me rendre à la capitale pour soutenir Zakuro mais le vois un peu plus tard, effondré sur le même banc où tant de joie s’est partagée entre eux deux. Ce sont alors des jours à Gakushiki puis des mois de lettres envoyées contenant des mots réconfortants à l’attention de mon si cher frère qui me permettent de le consoler, comme Kitai l’avait précédemment fait pour moi. Zakuro, moins impliqué dans le monde des Kami, a eu beaucoup plus de mal à digérer la perte de celle qu’il voulait pour épouse. Et le fait que nous ne retrouvions pas le meurtrier ne lui permet pas de faire correctement son deuil. Pourtant, je le sens prêt à se relever, petit à petit et à affronter la réalité qui n’a jamais été vraiment facile pour lui, aîné de notre fratrie.

Quelques semaines plus tard, c’est finalement avec Kitai, que je rends visite à Unmei-san, alors clairement déclarée mourante par les médecins. Peu de visites sont autorisées mais on me permet de m’introduire dans sa chambre pour lui faire mes adieux, accompagnée de mon précieux ami comme soutien. Unmei-san n’arrive plus à ouvrir les yeux et peine à respirer mais elle arrive à s’adresser à nous, sur les mêmes termes que Seijin avaient utilisés. Sont-ce là les paroles que les Kami leur chuchotent à l’œil alors qu’ils aperçoivent la lumière qui les attend ?

- Nous nous reverrons dans longtemps, jeunes gens. Je compte sur toi,  Kitai, pour protéger ma meilleure élève. Je sais que tu le feras de tout ton cœur.

Je saisis alors la main du Sohei, émue. Mes larmes coulent mais je ne m’effondrerai pas, pas cette fois. Finalement, elle arrive encore à articuler qu’elle aimerait me parler seule à seule et, surprise, je laisse Kitai lâcher ma main pour retrouver l’extérieur.

- Il faut aussi protéger Kitai... Ce garçon... était détruit quand nous l’avons recueilli ici. Au-delà de ses blessures difficiles à soigner, c’est son cœur que nous n’avons jamais pu guérir. Tu l’as fait en partie lors de votre première rencontre... Je l’ai vu... sourire alors que nous nous préparions à venir te voir. Et pourtant... je l’entends encore parfois hurler, en proie à des cauchemars terribles lui faisant oublier le sens de la vie. Il le retrouve lorsque vous êtes ensemble mais il n’est pas guéri... Et j’ai peur qu’il se noie dans le désespoir, malgré ta présence... lorsqu’il est seul dans la nuit... Je ne connais pas son histoire mais je sais qu’elle le fait souffrir... Alors...
- Je le protègerai, Unmei-san, dis-je alors déterminée, lui saisissant délicatement la main. Je le jure devant mon instructrice la plus chère, au nom des Shuzen, devant les Kami et sur ma propre vie. Je le protègerai, je le jure.
- Bien... lâche-t-elle finalement dans un soupir.

Je retiens sa lourde main, amaigrie par la maladie et les années passées à mes côtés. Je m’accorde encore quelques minutes à ses côtés en pleurant silencieusement, contemplant aussi son sourire de soulagement. Et j’ignore alors jusqu’où me portera cette promesse, jusqu’où j’irai pour Kitai. Mais alors que j’ai promis ceci à Unmei-san et que je retrouve mon ami à l’extérieur, je me sens plus forte que jamais.

***
Quelques semaines plus tard.

La nuit est fraîche, agréable. Alors que je lis éclairée à la lueur d’une lampe à huile, je ne vois pas l’heure passer et me rends compte que je ne suis pas fatiguée ce soir. Mes nuits sont courtes, depuis que je suis Miko. J’ai encore plus envie d’apprendre, de voir, de prier. Mais surtout de transmettre. Les nouvelles jeunes filles arrivées ne sont pas beaucoup plus jeunes que moi mais j’ai déjà envie de leur dire à quel point il est agréable de vivre ici, de pratiquer, de créer des liens. L’excitation me donne plus envie de sortir que de dormir mais, lorsque je le fais, mes rêves sont teintés de beaux souvenirs.

Un léger mal de tête commence à prendre naissance à cause de ma longue lecture et, pour éviter qu’il ne s’installe, je décide de sortir quelques minutes pour prendre l’air. Arrivée à l’extérieur, j’entends un bruit étrange de l’autre côté du bâtiment, comme un cri, ponctué d’un sursaut. Curieuse, je passe l’angle du Temple et m’avance vers la lumière de la chambre de Kitai, située à l’étage. N’osant pas pénétrer dans cette aile du Temple la nuit, j’attends quelques minutes pour voir si quelque chose se passe. Je ne m’attends alors pas à le voir sortir en trombe par la porte à côté de moi.

Il manque de me percuter mais m’évite de justesse. Alors qu’il se retourne, je découvre une nouvelle expression sur son visage. Un mélange de douleur et de colère, sentiments que je n’avais même pas distingué la première fois où nous nous sommes rencontrés. C’était alors la tristesse qui envahissait l’enfant qu’il était à cet instant, le vide... le chaos, comme si Kitai se faisait avaler par le mal petit à petit. Là, je saisis alors tout autre chose, comme de la révolte et un sentiment d’impuissance. Bien qu’il tente de le cacher en retrouvant une expression douce et un sourire, il ne peut s’empêcher de placer une main sur son visage.

Ce côté, endommagé par je ne sais quel incident, me parait toujours inexistant. Pour moi, Kitai est beau et plus il grandit, plus il l’est. J’ai d’ailleurs réprimandé certains nouveaux aspirants, certaines Miko également, choqués de voir une telle brûlure et ne manquant pas de s’interroger sur l’origine d’une telle souffrance. De ce que je sais, seul Gashiri est au courant du passé complet de Kitai et c’est pour cette raison qu’il aurait accepté de devenir son tuteur. Pris d’affection pour lui, il aurait trouvé un moyen d’enseigner au petit garçon d’autrefois, sans le brusquer et en le valorisant un maximum. Mais Unmei-san, jusqu’à son dernier souffle, a entendu les cris de Kitai. Pas les cris que j’ai entendus, ces cris que l’on ne peut pas percevoir, ceux qu’on ne peut entendre que si on connait suffisamment bien une personne.

Mon ami s’approche et me demande gentiment ce que je fais là à une heure si tardive, faisant mine d’aller bien. Mais malgré la nuit, je sens sa voix tendue par la douleur qu’il ressent, le souffle écourté par le cauchemar effrayant qu’il vient de faire. Son teint est pâle, comme s’il avait vu un revenant et il transpire beaucoup. Je soupire alors et m’avance à mon tour, bien plus près qu’il ne l’est. Regardant son visage entier, saisissant sa main lui servant de « cache-misère » et touche à mon tour sa cicatrice, scrutant chaque détail de son être. Ce soir, je veux savoir pour qu’il puisse enfin extérioriser ce qui ne va pas, qu’il puisse pleinement vivre sa vie et arrêter de souffrir en silence, seul dans son coin.

- Qu’y a-t-il Kitai ? lui dis-je doucement, caressant doucement sa joue du dos de la main. Qu’est-ce qui te met dans cet état ?

Je ne veux pas devenir moralisatrice et le questionner comme d’habitude. Chaque fois, il a été là pour moi, il a écouté sans broncher et m’a fait part de son expérience. Alors ce soir, si ses confidences doivent durer jusqu’au matin, je suis prête à l’écouter et à le consoler. Car c’est aussi ainsi que l’on protège une personne, en commençant par elle-même.


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Sohei

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Ven 17 Juil - 19:30

Le spectacle du visage perturbé un instant de la Miko fut probablement l'un des plus cher souvenirs du lancier à ce jour. Mais ce dernier ne persista pas éternellement, passant à une toute autre expression, toute aussi belle à voir, mutine et amusée alors qu'après un coup d’œil sur un public qu'il ne voyait pas, Seiko répondit enfin tout en sortant une brosse à cheveux et entreprit de soigner la tignasse malmenée du sohei. Il fut surpris et ne su quoi faire d'autre que de se laisser faire, laissant passer son amie derrière lui sans moufter lorsqu'elle mêla ses mains à sa tignasse.

Il n'avait pas l'habitude de se laisser ainsi soigner, s'occupant de lui lorsqu'il le jugeait nécessaire, mais il se rendit compte que c'était loin d'être désagréable, il s'en senti même apaisé et ferma ses yeux au monde pour les ouvrir sur son moi intérieur dans le confort de la situation. Elle batailla quelque peu avec les finitions, ce qui ne manqua pas de faire rire doucement le budoka. Mais alors qu'elle termina de serrer son chignon, elle ne revint pas à ses côtés pour poursuivre la discussion.

Il entendait son souffle derrière lui et les mains d'héritière des Shuzen se promener sur le bois du dossier du banc sur lequel il s'était installé. Puis il manqua un battement de cœur alors qu'il sentit les bras de la belle venir l'enserrer proprement et enfouir son visage dans son cou. Sa respiration lui provoqua un électrochoc interne, mais il fit tout ce qu'il lui était possible pour ne rien trahir de son émoi, ne souhaitant briser l'instant pour rien au monde.

Les mots qu'elle lui souffla alors déchaînèrent le rythme de ses pulsation cardiaque et tandis qu'une fois prononcées ces paroles, elle restait là, il eut pour unique volonté de chercher quelque chose en plus, de partager ce moment d'une autre manière, sans savoir réellement comment. Il voulait l'avoir en face de lui, il voulait l'enserrer dans ses bras, il voulait passer sa main sur sa joue et plonger son regard dans celui de cette amie qui était plus que cela en vérité.

Mais il était totalement perdu, ne sachant quoi faire d'autre que de vivre le moment avec intensité. Il se promit de poser la question à Gashiri lorsqu'elle rompit l'étreinte, car il était persuadé d'avoir raté une opportunité et il se sentait partagé entre une profonde tristesse de cette proximité perdue ainsi qu'une joie intense d'avoir été si proche d'elle à la fois. Il ne parvient qu'à la dévisager avec une profonde chaleur et se demande si leur rapport étaient en train de changer, ce qu'il appelait de ses vœux et ne souhaitait pas en même temps.

Elle fut, comme à son habitude, capable de le recentrer immédiatement, passant sur un tout autre sujet, comme si il ne s'était rien passé de spécial entre eux, comme si tout cela était normal. Il ne refusait pas ça, car il était tout à fait heureux d'imaginer qu'un instant comme celui-là pouvait entrer dans leur normalité. Il appelait à plus de proximité avec elle chaque jour qui passait. En vérité, plus ils se voyaient et moins cela suffisait à Kitai. Bien qu'il ne vivait pas les séparations difficilement, son cœur ne lui laissait rien entendre d'autre que la volonté de nouveaux moments comme celui-ci.


Les semaines qui suivirent auraient du être celles qui les verraient se rapprocher d'autant plus, mais ce ne fut pas le cas. Nombreuses fatalités parsemèrent l'éclaircissement de leur relation et le sohei ne souhaitait rien d'autre que de lui apporter son soutien lorsqu'il le pouvait et qu'elle n'était pas en déplacement ou auprès de son frère effondré par la tragédie qui emporta sa dulcinée. Pour sa part, Kitai fit la transposition de la situation du frère de Seiko sur la sienne.

N'acceptant pas qu'un tel sort s'abatte sur sa chère amie, il redoubla d'effort afin de protéger Gakushiki au mieux de ses capacités, aidant Gashiri à organiser les rondes les plus efficaces possible après un si terrible événement. Une triste destinée en appelant une autre, on apprit bientôt que la matrone des Mikos étaient au crépuscule de son existence. Elle avait été une mère pour nombreux membres du temple et cela concernait aussi bien le lancier et la jeune élève de cette dernière.

C'est ensemble qu'ils allèrent lui faire leurs adieux afin de se soutenir l'un l'autre face à cette future perte évidente. L'état de Unmei n'était pas beau à voir et choqua profondément le moine-combattant, elle parvint à s'adresser à eux et le jeune garçon accueillit la main de la jeune prêtresse, la serrant délicatement afin de se montrer présent dans cette détresse qu'il partageait, mais qui ne lui provoquerait pas le même émoi. Il avait déjà versé presque toute les larmes de son corps lorsqu'il était enfant et les rivières de ses yeux lui paraissaient dorénavant asséchée.

Mais cela ne signifiait pas qu'il ne subissait pas la tristesse de l'instant, bien au contraire. La mourante leur fit ses adieux alors, émettant ses dernières volontés à leur égard. Bien entendu, Kitai acquiesça devant l'évidence de ce qu'il lui fut demandé, ces mots lui réchauffant le cœur malgré la mélancolie de l'instant. Elle finit par lui demander de la laisser seule en compagnie de sa tendre amie, ce qu'il accepta sans rechigner, car ses adieux étaient faits de toute façon et il savait que le professeur qu'elle avait été pour Seiko avait crée un lien plus fort entre elles qu'il n'y en avait entre la vieille femme et lui-même.

Lorsque elle revint de son dernier échange avec la maîtresse de toute les mikos du temple, la détermination qui trônait sur le visage de la jeune fille ne manqua pas de provoquer un sourire d'une chaleur intense au sohei qui la découvrait belle d'une nouvelle force et ne manqua pas de l'aiguiller sur son sentiment pour elle, toujours aussi incompréhensible depuis quelque temps.


Le feu l'entoure à nouveau, lui cuisant les chairs alors qu'il tente désespérément de sortir l'être aimé inaccessible pourtant. Le palanquin n'est plus qu'un immense brasier duquel il s'est échappé seul dans un réflexe de survie pur et simple. Il était retourné sur ses pas, affreusement conscient qu'il aurait du se retrouver en dehors en compagnie de celle qui lui avait donné jusqu'à la vie. Mais il n'est pas assez fort, il tire sur le bras, en vain, de sa mère piégée, son propre kimono adhérant à présent à la peau de son épaule et de son dos, fondant sous la chaleur environnante.

L'odeur de sa propre peau cuisant l'écoeur et la douleur est insupportable, mais poussé par sa détresse et sa compréhension bien trop jeune de l'imminence de la mort certaine de sa génitrice lui permette de la subir. Elle le regarde alors que le feu la recouvre entièrement jusqu'à brûler l'air de ses propres poumons, elle ne crie pas, pose un dernier regard sur sa descendance horrifiée et par ses dernières forces, elle se soustrait à ces petits bras qui tentent de la sortir de là puis le pousse brutalement hors de l'incendie. Il roule en arrière, arraché à elle soudainement et dans une incompréhension totale. Il hurle de frustration et de colère, tente de revenir à son secours, mais la fournaise lui ferme définitivement cette voie. Il tombe à genoux et cri à s'en rompre les cordes vocales et…

Il se réveilla en plein hurlement, ruisselant de sueur et le cœur menaçant de rompre sa cage thoracique tant il battait à tout rompre. Ce souvenir ne le quitterait jamais, parfois, le cauchemar était pire encore, car ce n'était plus sa mère qu'il voyait dans les flammes, mais celle qui dominait à présent tout l'espace de ses pensés. Il se leva brusquement, faisant peu de cas pour ceux qu'il aurait pu réveiller dans son cri. Il était trop âgé pour que quelqu'un ne vienne le rassurer et cela faisait un certain temps déjà qu'il connaissait un moyen d'exorciser ses démons, bien que cela était temporaire à chaque fois, preuve était le retour systématique de ce rêve trop réel qui le brisait sans cesse.

Le visage fermé par la colère de ne pas parvenir à oublier et à pardonner. La rancœur d'un passé qui l'avait marqué à vie sur une partie non négligeable de son corps. Il attrapa sa naginata sans prendre le temps de passer un haut de kimono sur son torse. Ainsi, tout juste vêtu de son hakama ceinturé sans le moindre soin apporté à l'image qu'il pourrait rendre, il courra en toute hâte vers l’extérieur, à la fois pour reprendre sa respiration qui était toujours affolée lorsqu'il sortait de ce cauchemar pénible et pour s'user dans l'exercice afin de retrouver le sommeil et d'oublier à nouveau.

Lorsqu'il surgit au dehors du temple, il manqua de peu de rentrer dans une Seiko à l'expression inquiète et fait un pas de côté in-extremis afin de lui éviter le moindre heurt. La bousculer aurait été catastrophique et dans son souhait extrême de la préserver de toute les douleurs, lui en infliger une, même minime, aurait été plus terrible encore que ses mauvais rêves. Son cœur se réchauffe néanmoins quelque peu à la vu de celle pour qui il ne sait pas ce qu'il ressent et toujours dans sa volonté de la protéger, même de lui-même, il posa un masque chaleureux sur ses traits tirés par la fatigue et la peine. Lorsqu'il parla enfin dans l'optique de briser le silence gênant qui s'installa, il sentit que ses efforts pour garder un ton simple et doux furent en pure perte :

Ah ! Sei-chan… Il est bien tard pour qu'une miko soit à se promener ainsi… Que viens-tu faire par ici à flâner ? J'aurais pu te blesser à l'instant…

Elle ne lui répondit pas ou du moins, pas par des mots. En lieu et place de cela, elle réduisit encore la distance entre eux, faisant fi de sa nudité partielle ou ne la remarquant pas à cause de la cible de son regard qu'était l'expression feinte de Kitai. Elle lui prit sa main libre dans la sienne et posa l'autre sur la partie marquée de son visage. Venant de tout autre, le geste aurait été très mal perçu, mais la douceur de la voix de la jeune fille ainsi que le contact de sa paume sur sa joue débutaient déjà d’apaiser le sohei.

Ils sont si proches qu'il sentit le souffle de son amie se mêler au sien, la distance étant si faible qu'un instinct le pousse à se rapprocher encore plus, mais alors qu'il y pense, elle lui posa cette question qu'il redoutait depuis tant d'années. Prit sur le fait et dans l'état dans lequel il se trouvait, nier était lui mentir, omettre aurait été une trahison et dans un cas comme dans l'autre, il se refusait à cela. Il la dévisagea un long moment, cherchant la force qui lui avait manqué durant tout ce temps sans lui raconter un passé qu'il lui devait tant il la connaissait et qu'elle ignorait depuis trop longtemps.

Il laissa tomber sa naginata au sol et de son bras ainsi libéré alla chercher la taille de son amie pour la rapprocher plus encore de lui et l'enserrer. À une si faible distance, il n'avait besoin que d'un murmure pour être entendu par elle et ainsi, il la fixa de ses deux yeux, laissant ses larmes couler pour la première fois depuis des années sans que cela ne vienne gêner son ton et son histoire :

Tu sais, Sei-chan… Il y'a une chose que je voulais te dire depuis longtemps à mon sujet…

C'est ainsi qu'il débuta son discours libérateur. Qu'il lui conta par le menu ce voyage au Nord des terres de Fukyuu et où ils furent pris par accident dans un conflit armé entre les forces du clan et celles de Setsu. Il lui raconta ce qu'il avait voulu faire, les cause de sa blessure et son impuissance. Il lui décrivit comment son destin lui fut arraché et transformé par cet événement et les cauchemars qui en avaient découlé depuis toutes ces années.

Tout cela sous l'épanchement de ses yeux qui avaient contenus trop de temps sa peine. Il lui promis ne concevoir aucune autre rancœur que contre lui-même et son incapacité à sauver celle qui l'avait vu naître à cette époque et qu'il avait été tiré de là par Gashiri en personne, puis adopté au sein du temple à partir de ce moment…

… J'étais si triste et tellement en colère, Sei-chan… Il a fallut que je te rencontre pour que les glaces qui avaient pris mon cœur ne fondent sous la chaleur dont tu irradiais alors. Je ne m'en rend compte que maintenant, mais tu as toujours été mon Soleil. J'aurais du te parler de cela depuis tellement de temps déjà… Je suis si désolé. Tu sais… Tu me demandais quelque chose le mois dernier et je prend conscience de la vacuité de ma réponse de ce jour. Sei-chan… Ce que j'aurais du te dire ce jour là, ou plutôt, ce que j'aurai du faire à ce moment pour dissiper tes doutes, se résume à ce geste simple…

Il se tut alors, offrant une expression pleine de douceur rassurante à sa partenaire. Gashiri avait été amusé par sa question au sujet des sentiments et lui avait indiqué par le menu ce que cela pouvait engendrer. Il n'était pas certain de la manière exacte de procéder, mais il réduisit le peu de distance qui séparait son visage de celui de Seiko et unit ses lèvres aux siennes sous la lueur des étoiles de la façon la plus tendre qui soit.
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Kannushi

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Dim 19 Juil - 12:37

Je regarde son arme tomber au sol, arme de laquelle il ne se sépare jamais maintenant, preuve qu’il est devenu fort. Qu’il la laisse tomber ainsi peut vouloir dire qu’il est prêt à se dévoiler et c’est alors que je relève la tête, remarquant qu’il est à moitié nu, qu’il me saisis par la taille, gardant son regard plongé dans le mien. Cette proximité n’a alors jamais été atteinte et je sens à la manière dont il me tient près de lui que notre relation a changé. Probablement n’est-il pas non plus au clair sur ses sentiments mais, bientôt, ils s’éclairciront et nous serons sûrement plus proches que jamais. Des papillons s’installent dans mon ventre alors que je passe un bras autour de sa taille, gardant mon autre main sur son visage, alors qu’il commence à murmurer, pleurant pour la première fois devant moi.

Ainsi donc, c’est un voyage qui l’a amené en des terres hostiles, pourtant les siennes à l’époque. Et j’imagine sans peine ce pauvre petit garçon arraché à sa maman par le feu, feu duquel elle l’a sauvé en le poussant de ses dernières forces. C’est non seulement par ce feu qu’il est marqué à jamais mais aussi par le regard de celle qui était alors tout pour lui. Je comprends mieux le vide qui l’emplissait et n’ai pas de peine à saisir le contenu de ses cauchemars. J’aurais pu en faire, moi aussi, si Kitai n’avait pas été là pour moi. J’aurais pu imaginer cent fois et plus Seijin déchiqueté par les lames de dizaines de katana, imaginer sa douleur et son cri au moment où il a rendu l’âme. Cette idée et la chaleur du feu, transmise par le corps de Kitai, me brûle les yeux et je commence moi aussi à laisser couler des larmes de douleurs. Mon ami termine son histoire, disant qu’il ne s’en veut qu’à lui-même, précisant qu’il aurait voulu la sauver.

Puis il parle au passé de sa colère, alors qu’elle est toujours présente, je le vois bien. Cependant son visage s’adoucit et, à nouveau, il parle de moi comme un tout, comme si j’étais sa vie. Rougissant d’un mélange incontrôlable d’émotions – la tristesse, le soulagement, la peur, l’admiration – mes larmes coulent toujours. J’ai envie de lui dire qu’il est le dernier à devoir faire des excuses, que ce soit à moi ou à sa mère mais il revient sur les questions que je lui ai posées il y a quelques temps. Il me dit que sa réponse n’avait pas de sens. Je ne comprends ce qu’il se passe que lorsqu’il s’avance encore, rompant facilement la seule distance existant encore entre nous, celle de nos souffles. Mon cœur bat à tout rompre alors qu’il provoque la rencontre de nos lèvres et je cesse alors de respirer deux ou trois secondes, les yeux ouverts de surprise. Car Kitai m’embrasse et ce n’est pas ce que des amis font...

Pourtant, alors que le fameux papillon déploie ses ailes dans mon ventre, ma respiration se calme et, bien que je sois encore bouillante d’étonnement, je me rappelle de la description des baisers de Kagura. Je sens le Sohei reculer lentement mais je le retiens par la taille et par la nuque, ma main s’étant relâchée sous le coup de la confusion du moment. Je replace alors mes lèvres sur les siennes, ne voulant absolument pas que ce moment se termine. Car maintenant, je sais tout de lui, de son passé à ses sentiments naissants pour moi. Alors que je caresse doucement sa bouche avec la mienne, je n’ai alors même pas peur d’être maladroite. Comme feu mon amie le disait, lorsqu’on est convaincue d’avoir près de soi la bonne personne, on ne peut que bien faire les choses. Alors que ce baiser nous unit différemment, j’espère tout de même que mon geste le rend heureux. Mais si je le suis, alors il l’est... n’est-ce pas ?

- Miko... tu ne dois pas faire ça. Pas maintenant.

Ce murmure familier dans ma tête, je l’ai déjà entendu. Mais je n’ai jamais voulu y faire attention. On me dit depuis longtemps d’accomplir mon devoir, de veiller à prier et à rendre hommage aux Kamis. De célébrer des unions en leur nom, de m’instruire et de ne penser qu’à eux. Jusque-là, j’ai accompli mon devoir avec brio, certains m’en ont même remerciée. Mais à chaque fois que j’ai été plus proche de Kitai, on me chuchotait de m’éloigner de lui, murmurant qu’il me détourne de ma route. Pourtant, je n’ai pas eu ce sentiment, au contraire. Kitai m’en a rapprochée en préparant ce lieu qui m’est cher, en me permettant d’accompagner mon frère et d’accompagner les nouvelles Miko. Et bien que mon désir le plus cher serait de pouvoir continuer avec lui, pour le moment, on m’interdit quelque part de le faire. J’ai essayé plusieurs fois d’interroger les Kami mais n’ai jamais eu de réponses. Je dois juste respecter la limite qu’ils m’ont fixée. Réparer l’âme des gens avec leur aide, c’est ce qu’ils me permettent de faire. Que ce soit mon précieux, trop précieux ami de toujours ou quelqu’un d’autre. À contrecœur, je retrouve alors ma volonté d’aider Kitai jusqu’au bout et termine lentement ce baiser, suggérant doucement un éloignement. Je reste cependant dans ses bras et, premièrement gênée, je baisse la tête en continuant de parler.

- Je suis probablement la seule personne à pouvoir te dire cela aujourd’hui, Kitai. Parce que nous nous connaissons maintenant tellement bien et parce que nous avons toujours été là l’un pour l’autre.

Légère pause, je réalise que je ne l’ai jamais appelé par son prénom entier. C’est ce surnom qui me lie à lui en tant qu’amie. Si je retire le surnom, peut-être me punira-t-on. Mais qu’on me laisse le droit d’être avec lui... Je relève la tête et me perd dans ses yeux. Je n’en perds pour autant pas mes mots.

- Lorsque Seijin est mort et que tu es venu me consoler, tu m’as dit que je devais le guider vers la lumière et c’est en essayant de le faire tout de suite que j’ai pu le rencontrer. Moi je pensais qu’en refusant de l’oublier, je pourrais le garder près de moi, me rappeler de son visage, me rappeler nos souvenirs communs. Mais il m’a confié que, si on garde une partie du mort avec soi, on l’empêche de retrouver la lumière. Et ce souvenir que les vivants ont alors conservé dans leur cœur, se transforme en quelque chose de maléfique, quelque chose qui peut les consumer toute leur vie.

Je retire mon bras d’autour de la taille de Kitai et saisis ses deux mains dans les miennes, m’éloignant finalement de lui. Je détruis alors un moment de complicité et espère secrètement qu’il y en aura d’autre, une fois qu’il sera guéri. Pour le moment, c’est ma conscience et mon envie de le sauver qui entrent en jeux.

- Je pense qu’en gardant cette tristesse et cette colère au fond de toi depuis la disparition de ta maman, c’est elle que tu as voulu garder. En conservant l’idée que tu aurais dû la sauver, tu as voulu la garder près de toi, ne jamais la laisser partir. Mais elle souffre ainsi... Déjà, parce qu’elle ne peut pas trouver la lumière dont tu m’as toi-même parlé. Ensuite, parce que la part qui se trouve dans ton cœur, à la base bienveillante, s’est transformée pour ne te vouloir que du mal. Je suis convaincue qu’elle voulait ton bonheur mais, maintenant, elle veut t’attirer vers elle et garder son petit garçon près d’elle. Et c’est en te détruisant qu’elle compte le faire.

Encore un silence, je lâche l’une de ses mains pour placer la mienne à l’endroit de son cœur. Ce contact direct me donne des frissons, j’aimerais poursuivre ce que nous avions commencé. Mais sans guérir Kitai, comme l’a dit Unmei-san, il pourrait se perdre... Et ne plus jamais me retrouver.

- Ce n’est pas l’image que j’ai d’elle, parce qu’elle est au courant que tu n’es plus un enfant. Mais lorsque tu l’étais, je peux l’imaginer attentionnée, prête à tout pour élever son enfant dans de bonnes conditions. Elle est passionnée et aime enseigner et t’apprendre tout ce qu’elle aussi a pu apprendre. Elle t’aime de tout son cœur et c’est pour cela qu’elle ne t’a pas permis de la rejoindre dans les flammes. C’est pour cela qu’elle t’a poussé à l’extérieur. En te donnant cette deuxième chance, elle ne voulait pas que tu rencontres une mère possessive et prête à tout pour t’entrainer vers les ténèbres. Non, elle veut... elle veut que tu vives. Et pour cela, il faut la laisser partir. Alors ferme les yeux, je vais te guider.

Kitai semble surpris mais je ne m’attarde pas trop sur sa réaction et garde mon sérieux. J’ignore à quoi il pense, s’il est contrarié que j’aie arrêté notre échange. Je le saurai sûrement plus tard. Le moment est maintenant et si les choses ne sont pas faites, alors Kitai souffrira toute sa vie. Alors qu’il ferme les yeux, je me dis que le plus dur est passé et j’ai confiance en lui. Je sais qu’il peut y arriver.

- En acceptant l’idée que tu n’aurais rien pu faire, en acceptant l’idée qu’elle t’a sauvé la vie en te donnant la sienne, ton esprit sera plus léger. C’est l’amour qui doit vous unir dans les souvenirs, pas la rancœur. La part sombre dans ton cœur va s’évanouir et, petit à petit, elle va récupérer ce petit bout d’âme qu’elle a laissé en toi au fil des années et que tu as retenu ardemment. Tu la verras, là-bas, elle te fera signe et articulera un « merci » puis un « à dans longtemps ». Ça sera dur de la laisser partir mais tu le feras quand même. Elle aussi construira sa nouvelle maison, avec des dessins de toi partout. Parce que ta maman adore dessiner, non ? Et comme elle te verra grandir encore, comme elle t’a observé tout ce temps-là, tout près, elle fera aussi des traits sur les murs pour indiquer combien tu mesurais à chaque âge de ta vie. Ta maman se demandera aussi à quoi ressemblera ta prochaine danse, combien de Miko tu accompagneras lors de cortèges ou de missions dans les villages. Puis elle se demandera aussi quand aura lieu ton prochain baiser...

Je ne quitte pas ses yeux, bien qu’ils soient fermés, jusqu’au moment où ils se rouvrent, doucement. La main de Kitai se relève légèrement et je comprends alors qu’il a réussi. Je le découvre décontenancé d’avoir ainsi pu accompagner sa mère vers la lumière et je ne peux m’empêcher de sincèrement lui sourire, fière du travail qu’il a alors accompli.

- Il y a des années, quand tu m’as dit que j’étais la seule à pouvoir le faire pour Seijin, ce n’est pas parce que j’apprenais à être Miko. Tout le monde peut accompagner ses proches vers la lumière. Car nous les connaissons, nous savons pourquoi ils sont encore dans nos cœurs. Et finalement, c’est nous qui les retenons.

Je vois lentement le soleil montrer un rayon, au loin, derrière une gigantesque montagne. Et c’est alors que le soleil se lève, regardant sa lumière, que je reviens sur ce qui nous a unis un peu plus tôt, perdant alors mon sourire.

- Kitai... Mon Kitai... Ce que tu as fait, ce que j’ai continué... C’était tellement intense que ce fut comme une évidence. J’ai suivi ton conseil et me suis contentée de penser à toi. Et plus j’ai pensé, plus j’ai arrêté de me poser des questions. Tu es mon ami, oui. Mais au fond de mon cœur, tu es plus encore... Je ne sais pas très bien s’il s’agit d’amour, tout ce qui m’arrive ces temps est très... soudain. Mais je tiens à toi... Parfois plus qu’aux Kamis. Et je crois que, malheureusement, ils n’aiment pas cela.

Je suis convaincue que j’ai quelque chose à accomplir, des pouvoirs ou des possibilités à acquérir avant de... Kitai, on s’est toujours tout dit et aujourd’hui plus que jamais. Mais dans un sens, on m’interdit de te laisser me découvrir entièrement, de me consacrer à toi comme j’aimerais le faire. On me donne une mission, on me dit que je suis Miko avant tout le reste. Je n’ai pas été mourante, je n’ai pas été Geisha, je n’ai pas été mariée... Et aujourd’hui... Je ne peux pas être avec toi. Parce qu’on m’en empêche jusqu’à ce que j’ai accompli ce que je dois accomplir.

Il ne s’agira peut-être pas de grandes choses mais je tiens à le faire. Car depuis toujours, même depuis avant notre rencontre, on me guide vers une rencontre. Une rencontre qui changera ma vie. Et au moment de celle-ci, je sais que je serai alors liée à un destin dont je pourrai disposer entièrement. Et à ce moment-là, je pourrai pleinement choisir ma voie. Celle qui me conduira sur le même chemin que toi... J’en suis sûre, ce jour viendra. Est-ce que tu veux bien m’attendre ? Attendre que nous nous rencontrions à nouveau ? Attendre que ce lien que nous construisons depuis toujours puisse se concrétiser ?

Tu n’as pas d’excuses à me faire... Tu m’as parlé de ton histoire quand il était temps, avant que ton cœur ne se consume. Et maintenant qu’il est complètement libéré, tu vas pouvoir vivre des choses incroyables et devenir le plus fort des Sohei. Parce qu’un jour, on voyagera, tous les deux. Un jour, on parcourra le monde ensemble pour apprendre toujours plus, sauver des vies et construire les nôtres. La nôtre... Alors attends-moi, vis des choses, suis la voie que tu aurais suivie sans moi, si cette rancœur ne s’était pas installée. Pose-toi des questions que tu ne te poserais pas si je n’existais pas. Ainsi, tu me raconteras chaque jour ce que tu as fait sans moi. Et je t’écouterai avec plaisir, jusqu’à ce que nos cœurs se rencontrent à nouveau. Je suis cruelle, Kitai, pardonne-moi... Je t’en demande peut-être beaucoup. Mais, finalement, notre lien de changera pas. Amis, jusqu’au jour où les choses changeront. Si tu le veux bien...


J’ai le cœur brisé, comme si j’avais dit un incroyable mensonge. C’est pourtant ce que je ressens à l’instant. Je ne veux que Kitai alors que j’ai finalement lâché ses mains. Je veux encore qu’il me serre contre lui, que nous partagions d’autres moments. Instinctivement, je pose mes doigts sur mes lèvres, encore brûlantes de notre précédent contact. Le papillon disparait alors et laisse place à quelques autres larmes. Et pourtant, paradoxalement, j’ai l’impression de faire le bon choix.

- Le moment n’est pas venu... me dit-on alors à l’oreille.

Et bien que je ne le veuille pas, j’en fais une conviction à suivre et une attitude à adopter. Mon devoir, aussi flou soit-il, passera avant mes propres désirs. Mais un jour... je sais que je pourrai lui dévoiler tout mon être. Kitai... Mon Kitai... Pardonne-moi.


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Sohei

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Lun 20 Juil - 18:08

Ce n'est pas ce que des amis font…

Mais Seiko n'est pas son amie. Gashiri l'est, presque un père même. Les autres moines du temples le sont, il donnerait sa vie pour eux. Les mikos aussi, elles sont toutes si amusantes. Le Kannushi, bien qu'ils ne se soient jamais vraiment entretenus ensemble. Les Onmyoujis de passage, les duellistes le défiant, les paysans allant au temple pour pèlerinage. Kitai n'avait pas d'ennemis, juste un pays d'amis. Seiko… Non… Seiko était bien plus que cela.

Ses amis lui manquait parfois, mais pour elle, il ne voulait plus imaginer en être éloigné. Tout avait commencé chez les Shuzen, devant cette petite fille essoufflée qui ne pouvait pas jouer, mais qui acceptait de parler, sans même le connaître alors, juste ainsi, parce que d'un simple regard, elle avait sondé son âme en un instant. Dès ce moment, il avait appelé leur retrouvaille de ses vœux. Ces dernières s'étaient espacées alors de plusieurs semaines, parfois de mois selon les événements, il y eut même une année pénible sans qu'il ne puisse espérer pouvoir admirer à nouveau son visage.

En ce temps, il aurait peut être pu l’appeler une amie, oui. Mais il en voulait toujours plus, bientôt, il se rendait chez elle sans attendre d'accompagner la préceptrice de la jeune fille, de son propre fait. Il pouvait rester des heures avec elle, ou dix petites minutes que cela ne changeait pas ni ne l'ennuyait, le laissant revenir au Temple renforcé et plus heureux que n'importe qui. Puis cela non plus ne suffit plus et comme par écho de son manque grandissant, elle avait finit par emménager dans l'immense domaine votif dédié à Itegami, la demeure de Kitai devenant celle de Seiko.

Il pouvait la voir chaque jour alors s'il le souhaitait. Mais cela, comme le reste, finit par ne plus suffire. Ce qui se passa ce soir là fut le pinacle de ce qu'il désirait plus que tout, l'expression de sa volonté d'être à la plus forte proximité de… Si elle n'était plus son amie, alors qu'était-elle devenue ? Il avait agit par pur instinct, sans savoir ce qu'il faisait réellement. La soudaineté de son propre geste manqua de le faire paniquer et de rompre immédiatement le contact qu'il avait lui-même crée, mais elle le retint, se joignant volontairement à l'étreinte et faisant de ce moment provoqué par un seul celui de deux personnes acceptant tout l'une de l'autre.

Dans la fusion de leur corps, son cœur s'emballait d'un rythme joyeux, mais sans la moindre contrainte, comme si on l'avait bridé tout ce temps et qu'il démontrait là sa véritable allure. Le rêve qui l'avait arraché à son sommeil n'existait plus à cet instant, les flammes de son passé dissipées par le souffle de la présence de… Ah… Oui… Il venait de trouver ce qu'elle était. Elle n'était pas son amie. Elle était son âme sœur. Et il ne voulait plus jamais qu'on le sépare d'elle, sous peine de suffoquer, de perdre cette force qu'il ressentait en lui alors qu'elle le retenait elle aussi par la taille et avait glissé sa main sur sa nuque pour lui faire assumer cette jonction qu'il avait provoqué.

Mais alors il la sentit frémir. Quelque chose en elle devait s'être brisé pendant ce merveilleux moment. Comprenant cela et dans la peur panique de lui avoir fait du mal, Kitai la laissa rompre délicatement la fusion de leurs lèvres entre-elles. Pourtant, elle ne se détacha pas de son étreinte, elle resta dans ses bras alors que, n'osant pas le regarder, elle débutait son discours. Elle l'appela par son prénom plutôt que son surnom, marquant quelque peu une volonté d'écartement, mais il n'est pas blessé par cela, ni choqué.

C'était trop rapide, trop instinctif, trop tôt. Plus de la moitié d'une vie à croire qu'ils se connaissaient, qu'ils étaient amis et tout cela venait de s'effondrer en quelque chose de différent, probablement trop brusquement pour elle. Il la laissa poursuivre dans un sourire qui voulait dire qu'il comprenait où elle allait en venir et que cela ne le dérangeait pas. Mais alors qu'il ne regrettait rien, elle se détacha de lui, s'écarta un peu plus tout en maintenant cependant la jonction de leurs mains ensembles.

Et alors qu'elle était parvenu merveilleusement bien à lui faire abandonner ses démons du passé, alors que sa nouvelle conscience de ses sentiments pour elle venait de balayer ses cauchemars et de lui faire oublier le plus terrible instant de sa vie… Elle le lui ré-infligea comme on assénait un coup de lance à un adversaire désarmé. Alors que seule l'image de Seiko envahissait son esprit, elle instille de ses propres mots le poison de ses souvenirs, comme si elle était parvenue à les bousculer, à les dégager de la conscience du sohei et les retenait in-extremis avant qu'ils s'évaporent.

Le sourire du moine s'évapora, choqué devant ce qu'elle lui infligeait sans s'en rendre compte. Il en vint à se demander si il lui avait fait si mal qu'elle cherchait à se venger. Mais en la fixant, il su que non, qu'elle tentait à la fois de se convaincre de quelque chose, d'une limite à ne pas franchir, de trouver un fait qui puisse empêcher un moment ce qui aurait pu se passer ce soir là. Alors il la laissa se tromper, il la laissa se perdre dans ce qu'elle pensait être l'état de sa propre conscience. Il a déjà fait ses adieux à sa mère depuis des années, grâce à la miko qui lui faisait face d'ailleurs. Son esprit était déjà plus léger. Il ne contrôlait pas ses rêves et c'était tout.

Elle ne pouvait pas savoir que ce cauchemars était le seul qu'il faisait, elle ne pouvait pas non plus imaginer l'instant qu'il avait vécu alors et par tout les kamis, il ne lui décrirait jamais dans le détail ce qu'il ne pourrait jamais oublier, tant cela était imprimé dans ses chairs. Si cette disparition fut violente cependant, il était le premier à suivre ses propre conseils et cela faisait longtemps qu'il avait laisser sa génitrice aimante partir construire sa demeure dans les cieux.

Mais Seiko était persuadée être en train de l'aider. Alors il joua le jeu. Il ferma les yeux, tentant de mettre en image ce qu'elle lui disait. Oh, il s'agissait de belles images, et puis elle parlait en même temps. Il n'écoutait plus ses mots, car elle se perdait dans ses descriptions. Mais cela ne voulait pas dire qu'il n'écoutait plus sa voix. Il se laissa porter sur ce flot, cette voix qu'il savait chérir à présent, ce son qu'il préférait à tout les autres, comparable à la plus belle rivière que Yokuni ait pu compter. Elle arrêta un instant le flux de ses mots, il rouvrit alors ses yeux sur elle et elle lui sourit.

Elle était la chose la plus merveilleuse en ce monde et elle aurait pu le poignarder à cet instant qu'il n'aurait pas pu faire autrement que de ce noyer dans son expression douce et chaleureuse. Il n'avait pas écouté le sens des mots qu'elle avait prononcé, mais devant ce sourire, il fut persuadé qu'elle était certaine de l'avoir aidé à faire la part des choses. Alors sans dire un mot, il lui sourit à son tour, un pieu mensonge sur le visage, il voulait simplement qu'elle se sente bien, qu'elle pense l'aider en faisait partie. Il allait si bien pourtant. Il avait enfin entendu les appels de son propre cœur et elle n'avait pas refusé purement et simplement la révélation de ce sentiment.

À un moment même, elle l'avait accueillit par la même passion, si bien qu'il savait au fond de lui qu'elle partageait le même doute quant à leur soi-disant amitié. Elle était probablement juste un peu moins certaine d'elle qu'il ne l'était lui-même et il était parfaitement conscient de la difficulté d'accepter un tel changement. Lorsqu'elle reprit la parole, il comprend un peu mieux ce qui la tracasse, ce qui combat en elle. Il ne peut pas s'empêcher de lui sourire, surtout lorsqu'elle parle d'amour, même si ce n'est pas avec certitude.

Elle avait l'air bouleversée, la douce expression de la jeune fille se dissipant dans son explication. Elle lui parla de théologie et d’ésotérisme. Pour sa part et tout moine qu'il était, il se savait d'une piété toute relative. Bien qu'il révérait les kamis d'une certaine manière, il ne les laissait pas gouverner son existence. Mais Seiko les entendait, c'était différent, et il ne voulait pas porter de jugement sur ce qu'il ne connaissait pas, et surtout pas si cela devait l'amener à juger celle qu'il se savait aimer à présent.

Bien entendu, alors qu'elle lui dit qu'elle ne peut pas être avec lui, c'est une écharde en plein cœur qu'elle lui envoi, mais il encaisse doucement, délicatement et sans la perdre du regard. Silencieusement, il veut juste lui montrer que tout va bien, qu'il comprend et qu'il sera toujours là de toute façon. Et puis tout n'était pas si terrible à entendre. Elle lui parlait d'une frontière et qu'au delà de cette dernière, elle serait amenée à prendre ses propres décisions. Alors c'est vers elle qu'il l'accompagnerait à l'avenir. Et c'était tout ce qu'il avait besoin de savoir.

Mais elle n'en avait pas finit. Et ce qu'elle dit lui faisait mal. Il voulait pouvoir la protéger de tout, mais il découvrit à cet instant qu'il avait un ennemi contre lequel il ne pouvait rien, contre lequel il ne pouvait pas se battre, ni se dresser pour l'empêcher de frapper celle qu'il aimait. Et c'était Seiko elle-même. Elle se détacha alors de lui pour s'enfermer dans sa propre douleur, comme si le fait de rompre le contact allait lui épargner cette dernière.

Il est attendrie par chacune de ses attentions dont elle pense qu'elle le protège. La tristesse qu'elle dépeint sur son visage est une réponse à elle seule et il en est enchanté. Devant lui, elle ne se rend même pas compte que tout en disant que leur lien ne changera pas, elle porte sa main sur les lèvres qu'il vient d'embrasser. Il fit demi-tour à cet instant, alla chercher sa lance tomber et revint immédiatement vers elle. Il alla poser sa main libre sur la tête de son aimée et lui ébouriffa les cheveux avec une douceur infinie, son expression dénuée de la moindre douleur et pleine de la radiance de sa joie d'avoir été plus sincère que jamais avec elle, si on exceptait son petit jeu de l'instant d'avant. Il répondit enfin à tout cela, d'une voix claire et sans le moindre accroc :

Yare yare… Bien sûr que j'attendrais. Et si ce n'est pas dans cette vie, ça sera dans la suivante, Sei-chan. Vas, accomplis, devient ce que tu décris, forte des choix que tu imposeras à ton destin. De toute façon, je refuse d'accéder à cette drôle d'idée que tu viens d'avoir. Je ne compte pas imaginer vivre des choses sans toi. Il n'y a pas de voie que j'aurais pu suivre sans toi. Je me serais probablement déjà perdu si tu n'avais pas été là. Mais il est vrai que même dans ce temple, nous pourrions ne pas nous voir un jour.

Où que l'on m’envoie en dehors de ce dernier… Ou bien toi… Pendant quelques semaines, peut être un mois, je ne sais pas. Alors oui, pour chacun de ces instants, je te raconterais ce que j'ai fais si tu veux bien m'écouter et j'en ferais autant. Mon cœur n'a pas besoin qu'on lui dise qu'il rencontrera à nouveau le tiens, car il ne pourrait guère envisageable qu'il puisse en être séparé, Sei-chan. Il est avec toi, que je le veuilles ou non.

Tu n'es pas cruelle, tu as un objectif à atteindre et cela est tout à mes yeux. Pour ma part, je te promets que je t'aiderais à l'atteindre, dusses-je y passer ma vie pour y parvenir et comme je te le disais à l'instant, je te donnerais rendez vous dans la suivante si les choses ne doivent pas arriver dans celle ci.


Il ramena la tête de son ancienne amie contre son front et la chercha dans un regard amusé avant de rajouter :

Allez, ne t'en fais pas. Je devrais m'excuser malgré tout de t'avoir mis dans cet embarras. Ne perd donc pas de temps et retourne te coucher afin de préparer la voie de l'accomplissement de ton objectif premier. De mon côté, j'ai à travailler le fait d'être le plus fort des sohei, comme tu le dis, puisque je m'en sent déjà capable.

Il lui embrassa alors le front et retira sa main de ses cheveux pour faire demi-tour et de se rendre en un terrain plus dégagé pour des exercices bien différents que ceux qu'il avait prévu lorsqu'il avait émergé de ses cauchemars. Il n'allait pas avoir à s'user, au contraire. Il allait devoir contenir cette nouvelle puissance. Il salua du bout des doigts sa bien-aimée qui se refusait pour le moment à cela et se mis en garde contre un adversaire invisible. Son sourire n'avait jamais été aussi radieux qu'en ce jour :

Elle ne lui avait pas dit qu'elle ne l'aimait pas. Elle lui avait juste dit de l'attendre, c'était presque comme une déclaration et cela lui suffisait amplement.
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Shuzen Seiko

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Kannushi

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MessageSujet: Re: [FB - Terminé] De l'innocence d'un sourire Lun 20 Juil - 20:52

J’ai peur que tout s’arrête, qu’il s’en aille. Et mon cœur s’emballe à nouveau lorsqu’il retourne chercher son arme. Mais sa main sur ma tête me rassure et la douceur de son visage me réchauffe, comme à chaque fois. Et alors il me dit qu’il attendra mais à mes côtés car il ne tient pas à éloigner nos cœurs. Mes larmes coulent encore et mes convictions sont une nouvelle fois ébranlées. Je ne pense plus à rien lorsqu’il me dit vouloir me raconter toujours des choses car je n’entends que sa voix à cet instant et ne veux en réalité qu’entendre la sienne toujours. L’optimisme de Kitai le pousse à me dire que, même si nous ne pouvons pas accomplir certaines choses dans cette vie, nous profiterons de la suivante pour le faire. En attendant, il restera avec moi et m’aidera à accomplir mon but.

Il m’embrasse finalement sur le front et son sourire m’emplit d’une paix certaine. Alors pourquoi, alors qu’il s’en va s’entraîner encore pour réaliser son propre objectif, mon cœur se serre ? Il ne partira pas, il me l’a promis. Il a accepté mon caprice et m’attendra, même jusqu’à une prochaine vie. J’étais pourtant convaincue de faire le bon choix, de poursuivre la voie qui était la mienne, celle qu’on me chuchote depuis longtemps. Alors pourquoi, alors qu’il s’en va s’entraîner, j’ai comme une ombre de regret dans mon cœur ? J’ai presque envie de le poursuivre mais n’y arriverai pas... Et je ne veux pas qu’il m’aide une énième fois à me relever. Je dois être forte et avancer seule mais avec l’aide de Kitai. Il ne doit plus être mon support. Je dois être sur un pied d’égalité avec lui si je veux le rejoindre un jour.

Après lui avoir rendu son geste, je retourne me coucher avec l’envie de sourire. Je m’endors presque instantanément et le rêve qui occupe le reste du matin est bien étrange, malgré la présence de lumières. Ces lumières ont des voix diffuses mais distinctes et semblent ne pas être d’accord sur un sujet précis.

- Itegami-sama, dit l’aura verte. Je protégerai Seiko au moment donné mais, s’il-vous-plaît, empêchez-la de succomber à ce malotru !
- Eh, soit poli, toi ! réplique l’aura jaune.
- Seiko passera une épreuve mais elle devra la passer seule, répond l’aura bleue, plus imposante que les autres. Tu ne pourras pas la protéger. Aucun de vous deux ne le pourra.
- Moi je ne veux pas la protéger, je veux l’embêter !
- Sale...
- Si Seiko ne peut se rendre compte de l’imposture, c’est qu’elle manque encore de pratique. Elle croit en nous et sauvera des vies, nous sommes tous au courant. Et le pouvoir que je lui donnerai lui permettra de faire la différence entre toi et lui, Ban. Mais cette épreuve n’aura lieu que dans quatre ans.
- Mais nous savons aussi ce qui arrivera à ce garçon ! Si cet abruti continue d’influencer et de retenir Seiko, elle...
- Alors elle réalisera à ce moment-là. Et ce sera le début de tout, pour elle.
- Ahahahahah.

L’aura jaune termine son intervention par ce rire aiguë et malhonnête. L’aura verte soupire alors, apparemment inquiète de mon sort. L’aura bleue, elle, s’évanouit lentement et laisse une petite lueur dans un coin de ma tête. Dans l’après-midi, alors que j’ouvre les yeux, je n’ai qu’un vague souvenir de ce rêve et n’en saisirai les détails que plusieurs années après, par petit bout, comme si on voulait m’empêcher de réaliser l’évidence. Et il faudra qu’un drame arrive pour que je saisisse tous les tenants et aboutissants des surprises que les Kami m’ont réservés ce matin-là.


[RP terminé !]


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