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 Iyashi Kurome [TERMINE]

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Iyashi Kurome

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Kannushi

Messages : 63
Date d'inscription : 05/05/2016

Feuille personnage
Age: 24
Titre: Jushoku
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MessageSujet: Iyashi Kurome [TERMINE] Ven 13 Mai - 21:05



IYASHI KUROME
☼ Nom : Iyashi
☼ Prénom : Kurome
☼ Surnom : Taiyouko, le petit soleil

☼ Âge : 24 ans
☼ Sexe : Féminin
☼ Statut : Jushoku
☼ Arme(s) : Les épingles qu'elle porte pour tenir sa chevelure sont les seuls instruments pointus qu'elle manipule désormais. En tant que Miko, elle a appris à manier la Naginata.






LIENS



Riyajû Hayato
Son oncle, Taisa et gouverneur de la province de Keito. Elle entretient une relation de confiance avec lui et n'hésite pas à lui demander conseil si elle en a besoin.
Keiiko Momiji
Sa mère, noble épouse et courtisane. Malgré leurs différends dans le passé, elles s'entendent bien. Momiji fait toujours part des derniers ragots en vogue à sa fille.
Iyashi Natei
Son père, mort. Elle n'en a aucun souvenir mais sait qu'il a été un héros de guerre.
Ishawari Seiichi
Son ancien potentiel mari, un noble. Elle entretient une relation amicale avec lui, mais d'aucuns murmurent que leur amour perdure. Le fait qu'il ne se soit pas marié rajoute une touche de vérité à ces rumeurs.
Miyako Kazue
Un ancien membre de sa cour et prétendant, noble. Elle apprécie toujours sa poésie et sa sensibilité, mais ne le voit que très rarement.
Yokarû Hisashi
Un ancien membre de sa cour et prétendant, noble. C'est son adorable et minuscule épouse qui envoie des messages à Kurome de la part de son mari. Elle pense toujours affectueusement à lui.
Atashi
Ancien mentor, Miko. Une jeune femme passionnante qu'elle voudrait voir venir à Hibana, mais qui refuse toujours.
Oharu
Ancien mentor, ancien Sohei. Une montagne tranquille qui l'a guidée sur le chemin de la prêtrise. Ils correspondent toujours.
Yoshio
Mentor, ancien Jushoku. C'est son meilleur ami au sein du temple et elle écoute toujours avec attention ses conseils. Il l'a aidée à devenir elle-même Jushoku.
Shimizu Ame
Supérieur directe, Kannushi. Kurome ne la trouve pas très impressionnante, avec son détachement et son air un peu perdu. Elle s'attendait à bien plus flamboyant, pour l'hôte de Moegami.




POUVOIRS ET MAITRISES


  • Hi no tsukai
    Le messager de feu

    Kurome invoque son messager sous la forme d'un petit animal pouvant tenir dans sa main. Cet émissaire est capable de mémoriser une courte phrase et de le porter au destinataire désigné par sa créatrice, qu'il retrouvera toujours. Afin de créer l'animal, la prêtresse a besoin d'un matériau inflammable : l'invocation durera le temps que mettra cette matière à brûler entièrement.

  • Hidane
    Les braises

    En effleurant votre peau nue, elle peut vous infliger la plus terrible des douleurs : vous avez désormais l'impression que juste sous votre peau, hors de votre portée, vous êtes lentement dévoré par un feu. Est ce une hallucination, ou votre épiderme est-il en train de se flétrir... ? Heureusement, il suffit de ne plus être à portée de vue de la Jushoku pour que la sensation se dissipe.

  • Hanabi
    Le feu d'artifice

    Kurome s'entoure d'une nuée de feu-follets de couleurs et formes variables, se mouvant gracieusement. Certains prennent la forme de créatures mythologies, d'autres de simples flammes aux couleurs chatoyantes, toujours de la taille d'un poing. Aucun de ces brasiers miniatures ne brûlera réellement, mais leur apparition fascine toujours petits et grands.



  • Tokusaku
    Le meilleur moyen

    La jeune femme est une planificatrice de génie. Donnez lui un objectif, une requête, un but à atteindre, et elle parviendra toujours à ses fins. A force de patience et grâce à sa capacité incroyable à appréhender les moindres obstacles pouvant se dresser sur son chemin, la servante de Moegami arrive à chaque fois à atteindre ses objectifs... Lorsqu'ils sont atteignables par des moyens humains, bien sûr : contacts, organisation, planification en avance et réserves prudentes sont autant d'armes qu'elle manie avec brio.

  • Gyomû
    La nasse

    Kurome n'est pas seulement une bonne planificatrice : elle est également au centre d'une réseau de contacts, connaissances et amis hauts placés sur qui elle peut compter. En échange de menus services, ou en l'honneur du bon vieux temps, ces divers alliés la tiennent informé des intrigues politiques en cours, des événements politiques, voire même de la transhumance des troupeaux. Tout ce pouvoir est bien entendu uniquement politique, mais il lui a été d'une grande aide en de nombreuses circonstances.



☼ Physique : Selon les critères de beauté en vogue dans sa province natale de Keito, Kurome a tout ce qui pourrait intéresser un homme.

Une chevelure d'un brun froid tout d'abord, longue et douce au toucher, manifestement entretenue avec soin, qu'elle tresse et orne d'immenses fleurs rouges et de bijoux précieux. Même lorsqu'elle se contente d'en faire un simple catogan noué d'un ruban écarlate, ses cheveux continuent d'attirer les regards.

Un visage aimable ensuite, aux traits délicats quoiqu'assez communs. Pas de pommettes exotiques ou de nez particulièrement charmant pour notre Jushoku, mais une simplicité régulière et rassurante qui, bien qu'incapable de surpasser les plus belles fleurs des Okiya de la capitale, suffit à l'élever légèrement au dessus des masses des jeunes femmes de Setsu.
Dans ce charmant minois sont enchâssées deux mirettes en tout point semblables aux pierres yeux-de-tigre : brun profond strié de doré, scintillant à la lumière. En bons reflets de l'âme, ils montrent une douce patience et une bonté sincère, et se teintent parfois d'une colère implacable d'autant plus effrayante qu'elle est exceptionnelle.
Contrastant avec sa peau pâle, ses lèvres d'un rouge intense apportent une touche plus dynamique au tout, rappelant aux yeux du monde qu'elle n'est pas simplement une gentille prêtresse, mais aussi une femme capable d'audace. Kurome prend un grand soin à peindre ses lèvres chaque matin lorsqu'elle doit paraitre devant d'autres personnes. Ce sera la seule touche de maquillage que vous pourrez voir sur son visage, à moins qu'une très grande occasion ne requière une apparence plus formelle –auquel cas elle se pliera à la nécessité et laissera ses aides s'occuper de la grimer.

La servante de Moegami pare son corps fin de grands kimonos généralement ornés d'iris, de papillons, de trèfles et d'hibiscus brodés ou peints dans des couleurs chatoyantes. Parfois de phénix, lorsque l'occasion s'y prête spécialement. Elle garde souvent auprès d'elle un sur-kimono molletonné : en bonne fille du feu, elle peut rapidement prendre froid dès qu'un coup de vent un peu plus frais s'approche d'elle.
Lorsqu'il s'agit d'avoir une activité demandant plus d'effort physique ou mental, elle se contente de vêtements plus simples, ceux qu'elle portait lorsqu'elle était encore une Miko, bien que les teintes soient différentes : un hakama pâle et un haut en coton brun et doré, parfois un très basique yukata aux motifs épurés.

Elle porte dans les cheveux, aux oreilles et à l'obi de sa tenue des bijoux finement ouvragés : perles de verre, pierres colorées et métal travaillé se mêlent harmonieusement pour mettre en valeur Kurome. Ces colifichets précieux lui sont envoyés par sa famille, tous les ans à sa date d'anniversaire, depuis qu'elle a rejoint les ordres religieux.

Malgré ses atours généralement travaillés, la jeune femme garde un port modeste et une attitude à l'avenant. On la voit généralement avec les bras dissimulés dans ses manches, croisés au niveau de son abdomen ou posés sagement devant elle, le regard ancré tranquillement sur les personnes près d'elle ou simplement sur le monde alentours.
 


☼ Caractère : Pour la plupart de ses connaissances, Kurome est facile à résumer en un seul mot : gentille. Aimable. Agréable. En bref, elle n'a pas volé son surnom de "petit soleil" et rares sont ceux qui ont eu à se plaindre de son comportement.

Comme les braises qui réchauffent discrètement, elle préfère apporter sa touche dans la vie des gens sans en faire une montagne. Efficace et peu prompte à claironner ses accomplissements sans y être invitée, elle se rend aussi utile qu'elle le peut sans attendre en retour. C'est cette apparente volonté de sacrifier la reconnaissance qu'elle pourrait avoir qui la rend paradoxalement si visible dans la société noble de Setsu : on ne lui connait nulle ambition démesurée, mais bien une envie de servir son Clan.
Elle écoute, encourage et guide les gens qui veulent bien lui ouvrir leurs cœurs. Sans jamais juger, ni volontairement outrepasser les limites, elle œuvre patiemment au bien-être de son entourage. Tous savent qu'ils peuvent solliciter une entrevue en cas de besoin.
Son accessibilité s'étend aux affaires du temple, puisqu'on n'hésite pas à la faire quérir dès qu'une question ou un conflit a besoin d'un médiateur aussi impartial que possible. Connue pour faire de son mieux pour n'avantager aucune faction interne au sein des ordres de Moegami, la Jushoku est souvent l'ultime recours lorsqu'une situation s'est envenimée. Elle respecte néanmoins l'autorité de sa Kannushi et n'hésitera pas, en cas de besoin, à lui demander de trancher lorsque la situation est manifestement au dessus de ses capacités ou attributions.

Au sein même du temple, Kurome est connue pour être un monstre d'efficacité. Il n'est d'événement à planifier à la dernière minute qu'elle n'aie sauvé, grâce à sa prévoyance et ses contacts aux quatre coins de Setsu. Même lorsqu'il s'agit de gestion journalière des activités, elle fait preuve de sérieux et reste carrée en toutes circonstances. Ses choix et actions sont documentés, raisonnés et argumentés, consultables en deux exemplaires aux archives du temple. Nulle montagne de paperasse soporifique et autres communications politiques ne l'effraient : plus les situations semblent tendues ou les délais intenables, plus elle prend plaisir à démêler les fils jusqu'à parvenir, finalement, à une situation plus apaisée.

Si jamais vous preniez le temps de discuter, voire de fréquenter, la douce demoiselle, vous découvririez une personne joyeuse, prompte à rire et à plaisanter, ouverte sur le monde. Elle ne s'ouvre cependant pas de suite à de nouvelles connaissances, plus par réserve que par réelle timidité. Il vous faudra persévérer, parfois plusieurs mois, avant qu'elle ne daigne vous considérer comme digne de son amitié et qu'elle ne laisse tomber le masque de la dignitaire religieuse. Ses véritables amis sont donc peu nombreux, mais elle les considère comme des réels membres de sa famille et elle place toute sa confiance en eux. On trouve d'ailleurs, parmi ses confidents, une flopée de petits oiseaux multicolores qu'elle élève depuis son enfance et dont elle a vu passer moultes générations.
Elle aime la poésie, et les histoires romanesques que l'on raconte aux enfants. Même en les sachant romancées, voire sans fondement réel, elle ne peut s'empêcher de se laisser porter par les récits qu'on peut lui faire ou qu'elle peut lire. Il est même courant de la voir éponger ses yeux après avoir lu un passage particulièrement émouvant d'un conte. Le demoiselle écrit même en secret... Mais elle ne supporterait pas que d'autres puissent la lire. Pas encore.
Fascinée par le beau sous toutes ses formes, elle admire les paysages superbes de Yokuni. Kurome n'a malheureusement plus beaucoup l'occasion de partir plusieurs semaines d'affilée en des lieux reculés pour profiter de vues exceptionnelles, mais elle se rappelle affectueusement des voyages qu'elle effectuait étant plus jeune. Si elle en avait l'occasion, elle se laisserait certainement tenter par une escapade plus ou moins longue en bordure de mer ou aux volcans majestueux de Kazan, afin de se détendre.

Mais comme les braises dont le calme est trompeur, la jeune femme dissimule très bien ses véritables intentions.
Son apparente absence de volonté de reconnaissance est calculée, millimétrée comme n'importe quelle représentation au temple. Loin de vouloir seulement aider pour le plaisir de voir les autres heureux, elle aspire à s'élever aussi haut que possible dans la société Setsu. La douce est littéralement rongée par l'ambition, probablement aidée par les encouragements familiaux. Etre au sommet de la pyramide des pouvoirs, aller au mieux de ce qu'elle peut atteindre, et ne jamais se satisfaire de n'être que seconde : là est son leitmotiv.
Ce n'est pas que Kurome n'a pas de coeur, ni même qu'elle n'a pas un réel amour pour les occupants de Kaigen. Au contraire, son affection et sa volonté d'aider son bien réels. Mais elle ne quitte jamais de vue son objectif, et ses gentils sourires peuvent dissimuler des plans bien moins altruistes.
Politiquement habile, elle s'est hissée jusqu'au poste de Jushoku tant grâce à ses talents utiles qu'à l'aide de subtiles manipulations. Il suffit après tout que les bonnes personnes, au bon moment, aient vent de vos exploits pour que vous passiez, mettons, de simple Miko à chef de temple.
Il suffit également, lorsque vous la provoquez ou l'agacez, de quelques paroles bien placées pour que son réseau ne se mette en branle contre vous. Votre mariage prometteur avec une jeune fille de bonne famille ? Le voilà révoqué, sans que vous sachiez pourquoi, et elle semble promise à un parti bien meilleur. Vous souhaitiez vous engager sous les ordres de tel Taii ? Un autre corps d'armée a demandé votre intégration dans ses rangs. Quel dommage...
Sa capacité de nuisance, tout comme sa colère, est à la fois anodine et dévastatrice bien que limitée à la frange bien née de la société Setsu.



Convictions


☼ Les clans : Kurome n'est pas une représentante de la noblesse Setsu pour rien. Elle est farouchement dévouée à son Clan, bien entendu le plus noble de tous, et espère sincèrement qu'il pourra s'illustrer sur la scène politique et militaire de Yokuni.
Mais elle n'est pas dupe : les autres Clans sont indispensables pour maintenir un équilibre, aussi précaire soit-il. Elle ne souhaite donc aucunement leur disparition, ni même spécialement leur déclin. Ce qui l'intéresse, c'est réellement que Setsu s'impose comme le meneur, l'indispensable puissance, en s'élevant au dessus de ses rivaux. Sans les écraser définitivement.
Ce réalisme vis-à-vis de l'équilibre des puissances la pousse à apprécier, légèrement, chacun des autres Clans. Elle n'a jamais eu de contacts particulièrement désagréables avec leurs représentants, les diplomates, prêtres et autres nobles étrangers obéissant toujours aux règles les plus basiques de la bienséance. Tout juste a-t-elle quelques réserves sur les membres du Clan Okaruto, à cause de leur tendance à se mettre à boire à des heures indues et donc à être bien plus bruyants que d'autres.

☼ Les Kamis : Il aurait été plutôt inconvenant qu'une Jushoku ne croie pas en les divinités, ne pensez-vous pas ? Heureusement, la jeune femme est aussi croyante que l'on peut espérer. Moegami, évidemment, est un des piliers de son existence. Elle est résolument persuadée de son existence et de la possibilité qu'un jour, il se manifeste à elle. En attendant ce moment, elle tâche d'être une servante dévouée et assidue du dieu Phénix.
Les autres Kamis ne peuvent pas s'attendre de sa part à une dévotion aussi totale mais elle les reconnait, les prie lors de grandes occasions et lorsqu'elle pourrait avoir besoin de leurs protections, ou faveurs, spécifiques. Il n'est pas dit que cela soit efficace mais au moins, elle est presque sûre de n'avoir jamais offensé un des dieux en particulier.

☼ Le système féodal : Toujours protégée dans sa cage dorée d'aristocrate, potentiel bon parti et membre du culte de Moegami, elle n'a absolument aucune raison de se plaindre du système féodal. Oh, bien sûr, elle voit les pauvres et les bougres de basse extraction dans les rues et les temples, et elle ne peut s'empêcher de les plaindre. Mais elle même n'a de raison évidente de vouloir se rebeller contre le système. Et à dire vrai, elle n'en a même pas l'envie.

☼ Les organisations : Kurome n'a connaissance d'aucune organisation secrète et si elle advenait à les rencontrer, elle tenterait certainement de s'en éloigner aussi vite que possible.

☼ Les derniers événements : Lors des événements récents, elle se trouvait au temple Kaigen pour aider les autres membres du culte de Moegami. Avec des Miko, elle est descendue sur la place devant le temple pour prier et rassurer tous ceux qui voulaient l'être malgré ses craintes pour sa famille.
Elle a obtenu des nouvelles des siens quelques jours plus tard, des mains d'un messager envoyé par sa mère.


A PROPOS DE VOUS
☼ Prénom/Pseudo : Ca varie beaucoup Very Happy
☼ Age : 25 ans
☼ Sexe : Femme
☼ Expérience de rp : J'ai commencé un peu avant 2005 et depuis je navigue entre RP sur forums et sur table
☼ Pourquoi ce clan ? Le rouge, ça va plus vite !
☼ Si vous venez à partir, imaginez la fin et/ou l'accomplissement de votre personnage : Kurome retourne dans sa famille pour faire un très bon mariage et pondre plein de petits Iyashi
☼ Comment avez-vous trouvé/connu Saigo Seizon ? Le bouche à oreilles
☼ Donnez nous votre avis sur le forum (design, histoire…) : Hé bien si je n'aimais pas, je ne me serais pas inscrite ? Et le design est très apaisant, c'est agréable à naviguer
☼ Plutôt tarte aux fruits ou gâteau chocolat ? Fruits, clairement



L-M-M-J-V-S-D



Dernière édition par Iyashi Kurome le Dim 29 Mai - 9:13, édité 14 fois
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Iyashi Kurome

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Kannushi

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MessageSujet: Re: Iyashi Kurome [TERMINE] Sam 28 Mai - 16:04

Histoire


L'histoire de Kurome commence avant même sa naissance, sur les terres de la région de Keito en territoire Setsu : Riyajû Hayato, samuraï originaire de Moe nouvellement promu Taisa, fut chargé de gouverner les terres au nom de Setsu Ichigo. Il s'installa donc avec sa famille près du village de Keito, dans une grande demeure autrefois tranquille qui allait devenir l'épicentre de la politique régionale. Tout autour se trouvaient les habitations de nombreux bourgeois locaux, petite noblesse militaire et autres samuraïs de haut rang qui s'empressèrent évidement de prêter allégeance à leur nouveau dirigeant.
Dans les bagages de l'officier se trouvait son épouse, affiliée lointainement au seigneur Setsu lui même, ainsi que sa soeur. Riyajû Momiji était une grande et belle créature de quelques dix-sept années, en âge de se marier et à l'avenir familial prometteur, qui attira instantanément les convoitises de toutes les grandes maisons locales.

Sachant l'importance que revêtirait les épousailles de sa seule parente proche, le Taisa prit son temps avant de se décider à donner sa main. Pendant plusieurs mois, il jaugea les prétendants et leurs lignées, n'hésitant pas à demander conseil à ses parents restés à la capitale.
La noblesse locale devint graduellement plus tendue, chaque chef de famille étant à la fois persuadé qu'il parviendrait à remporter la jolie promise, et totalement certain que ce serait son plus grand rival personnel qui aurait l'honneur de l'accueillir au sein de sa maisonnée. Cette situation ne fut pas sans causer quelques incidents qui durent être réprimés.

Hayato finit cependant par jeter son dévolu sur la maison Iyashi, pour le plus grand malheur de toutes ses rivales. Iyashi Natei était le dernier survivant d'une lignée issue des concepteurs de feux d'artifices réputés dans tout Yokuni. Petit à petit, la famille était parvenue à s'élever dans l'échelle sociale et, après l'Enfer Ecarlate, ils étaient enfin entrés dans les rangs de la noblesse militaire de Keito par le biais d'un dernier mariage particulièrement inspiré et une poignée d'exploits militaires de la part de leurs plus jeunes fils.
Natei étant un Taii prometteur et, pour ne rien gâcher, plutôt joli garçon, il était parvenu à s'attirer les bonnes grâce du chef de famille Riyajû.
Riyajû Momiji devint donc Iyashi Momiji par une belle journée d'automne. Sous les regards mi-dépités, mi-émus des représentants de diverses maisons, elle fit un mariage grandiose et tout à fait remarquable. La réception fut l'occasion, bien entendu, d'un feu d'artifices dont on se souvint encore des années après tant il fut magistral.


La belle et son militaire de mari s'installèrent sur les terres de la famille Iyashi, dans la grande maison un peu vide. La famille ne consistait plus qu'en son dernier héritier mâle, ses deux soeurs ayant été mariées ailleurs.
Natei n'était pas souvent dans la demeure : les obligations dues à son rang le tenait souvent éloigné plusieurs mois d'affilée de sa toute nouvelle famille. Lorsqu'il était présent, le couple était plutôt harmonieux et ils passaient de longs moments à déambuler en ville en discutant. Ils avaient bien entendu des prises de bec, et ne s'aimaient pas forcément de tout leur coeur. C'eut été difficile, dans un mariage d'intérêt... Mais au moins se respectaient-ils et Momiji était plutôt satisfaite de son existence.
Plus d'un an après le mariage, elle tomba enceinte. Ce fut en soi un petit miracle, vu la présence erratique de son époux. La nouvelle fut accueillie avec joie dans le microcosme de la noblesse : l'enfant à venir pouvait représenter l'héritier des Iyashi, celui qui permettrait à la famille de survivre une génération de plus.

Il fut vite évident que la grossesse serait dangereuse. La future mère n'était pas spécialement robuste et l'été s'annonçait rude, après un printemps déjà chaud même pour Setsu. La jeune femme fut donc confinée dans sa demeure, au coeur d'une des pièces les plus fraiches avec une totale interdiction de sortir si le soleil brillait dans le ciel. Nourrie presque uniquement de fruits stockés en sous-sol pour garder leur fraicheur, baignée plusieurs fois par jour, elle parvint à éviter les gros coups de chaud si dangereux pour elle. Ses chaperons eurent bien quelques frayeurs et Momiji s'ennuya fermement pendant de nombreux mois, mais l'avenir de la famille méritait ces quelques inconvénients.
Au terme de neuf mois cloitrée dans l'ombre et le frais, elle donna enfin naissance à l'enfant tant attendu. L'aristocratie régionale retint son souffle avant de l'annonce ne soit officiellement transmise à tout le monde : Iyashi Kurome était née.
Il y eu une vague de déception, vite chassée par la certitude qu'un autre enfant allait sans doute voir le jour au plus vite. Après tout, les deux parents étaient jeunes et avaient eu leur fille plutôt rapidement. Il n'y avait donc aucune raison de s'inquiéter.

Bien entendu, les choses ne furent pas aussi simples. La présence de Natei en sa demeure était toujours incertaine, et les Kamis ne semblaient être de leur côté. Un an, deux ans passèrent sans signe d'une nouvelle grossesse.

Kurome grandissait bien de son côté. C'était une enfant aimable, pleurant très rarement, aux grands yeux respirant le bonheur.
Couvée comme une princesse, elle fut très tôt sommée de ne prendre aucun risques : on lui assigna un chaperon qui avait pour ordre de ne pas la quitter des yeux et de l'empêcher de ne serais-ce que se cogner contre les meubles. Heureusement, l'enfant ne manifestait même pas les tendances suicidaires propres aux bambins et préférait largement jouer à toucher les cheveux des servantes plutôt que de se lancer à pleine vitesse contre les murs, pour le plus grand bonheur de sa mère.
Ladite mère, à mesure que le temps passait sans autre enfant en vue, devenait de plus en plus protectrice envers sa fille. Comme si elle avait l'impression qu'elle n'en aurait pas d'autre, elle la chouchoutait autant qu'elle le pouvait.

Il s'avéra que le pressentiment de Momiji était avéré.
Un peu plus de trois ans après la naissance de Kurome, Natei décéda lors d'une escarmouche en territoire Fukyuu. Il laissait derrière lui une veuve, une orpheline, et de très nombreux problèmes de succession.
Etant le dernier héritier mâle des Iyashi, nul ne savait ce qu'il allait advenir de la famille. Ses soeurs étant mariées, elles se trouvaient forcément exclues du potentiel héritage. Il avait bien des cousins, mais ils étaient éloignés, prêtres ou avaient simplement déjà fondé une autre famille stable sous un autre nom. Et sa fille... Hé bien elle était une fille, qui de plus est très jeune. Une proie facile pour toutes les familles aux dents longues de Keito, qui n'hésitèrent pas un seul instant en apprenant la tragique nouvelle.
Avant même que Momiji ne puisse enterrer dignement son époux, elle fut approchée discrètement par diverses oba-san, chefs de famille et autres jeunes loups prétentieux. Tous lui offraient leurs très sincères condoléances, leurs meilleures pensées en ces temps difficiles, et la promesse de l'aider si elle et la petite présumée héritière voulaient venir se réfugier sous leur toit en attendant que la dernière enfant de la lignée puisse prendre possession de ce qui apparemment lui appartenait.
S'ils pensaient que la veuve serait une proie facile, les "bienveillants" voisins n'auraient pu plus se tromper. Bien qu'affaiblie, elle eu la présence d'esprit de ne surtout pas agir, de rester aussi immobile qu'un roc au milieu de la tempête au moins le temps de pouvoir s'occuper des restes de feu son mari. Elle gagna ainsi deux semaines, le temps que le cadavre lui soit rendu et qu'enfin, il puisse avoir droit à une cérémonie funéraire digne de lui.

Le départ définitif de Natei eu lieu en une fin d'après midi où roulait un orage d'été, sous des nuages noirs menaçants. Les familles nobles de la région, Riyajû Hayato, et même quelques soldats ayant servi sous les ordres du défunt se rassemblèrent pour quelques heures. Momiji, le visage fermé, et Kurome toute en larmes discrètes restèrent devant la tombe bien après qu'elle aie été érigée.

Le lendemain, le microcosme politique de Keito fut ébranlé par une nouvelle des plus étonnantes. La famille Iyashi se plaçait sous la tutelle du gouverneur, le Taisa Hayato, qui avait avec bonté accepté leur requête. Les territoires, maisons et serviteurs liés à la famille se trouvaient eux aussi sous la garde des Riyajû. L'accord durerait tant que Momiji serait obligée de veiller aux intérêts de sa fille : à ses treize ans révolus, Kurome deviendrait la seule gestionnaire de sa famille et sa mère serait libre de se remarier si telle était sa volonté.
Dire que les autres familles prirent mal la nouvelle serait un doux euphémisme. On aurait pu entendre les exclamations outrées à des lieues à la ronde, tant la nouvelle fit scandale. Ce Taisa avait vraiment du toupet ! Marier ainsi sa soeur pour qu'elle puisse hériter du domaine d'une famille respectée, et rafler la mise après un si tragique incident ! N'avait-il donc aucune retenue ?
Un vent de révolte se mit à souffler, entretenu savamment par une poignée de chefs de famille ayant clairement des vues sur la main de la jeune orpheline. On se mit à menacer de porter l'affaire devant le seigneur Setsu lui-même, devant l'Empereur s'il le fallait. Clairement, la situation méritait une réaction de la part d'Hayato, et une réaction aussi rapide qu'il le pouvait.
Il fit ce que personne n'attendait de lui : au lieu de céder et de s'en remettre aux plus hautes instances, il prit l'affaire en main. Une semaine à peine après avoir réintégré sa soeur au sein de sa propre maison, il y fit venir un enfant mâle de chacun des rebelles les plus énervés. Un "invité", envoyé volontairement par sa famille lorsqu'on leur fit comprendre qu'ils n'avaient pas d'autre choix... Et que leur enfant grandissant près de Kurome, il se pouvait qu'arrivée à ses treize ans elle en choisisse un comme époux. La rébellion s'effondra immédiatement et fut instantanément remplacée par des machinations égoïstes. Le Taisa avait réussi un coup de maitre.

C'est ainsi que l'enfant grandit au milieu d'une véritable petite armée de prétendants. Comme une princesse au milieu de sa cour, elle faisait la pluie et le beau temps dans les coeurs de ses nouveaux camarades de jeu. Ils avaient beau être tous plus âgés qu'elle, il n'y avait aucun doute sur l'identité du chef de la bande. La petite fille aux cheveux bruns n'avait qu'à demander, et ils accourraient tous pour être le premier à ses côtés, pour tenter d'être le favori pendant quelques heures.
Ce n'était pas uniquement parce que leurs parents leur avaient enjoint d'être aux petits soins pour l'héritière des Iyashi, mais aussi parce qu'elle était une enfant absolument adorable. Rieuse, gentille, déjà jolie comme un coeur. Même les adultes ne pouvaient résister à son sourire plein de fossettes –et partiellement vide de dents pour l'instant.
Ses journées n'étaient que jeux et aventures dans la grande maison du gouverneur. Sous la supervision attentive de Momiji, elle construisait des châteaux de futons qu'elle défendait ensuite contre une poignée de garçons tirés au sort. Elle nourrissait les truites et les carpes du jardin, courait dans les couloirs et partait à l'aventure dans les domaines autour de la maison, toujours entourée de sa horde de prétendants et accompagnée d'un chaperon attentionné. La petite fille savait que la moindre tentative d'être un peu trop casse-cou se solderait par l'interdiction de jouer comme elle le voulait, aussi faisait-elle très attention à ne jamais dépasser les bornes imposées par les adultes.
Certains des garçons tentèrent bien sûr de l'entrainer dans des séances d'escalade ou d'équitation mais elle se borna à refuser et à proposer à ces jeunes mâles pleins d'enthousiasme de concourir plutôt pour son affection. C'est ainsi que se déroulèrent les premiers "combats" pour ses faveurs, à grands renforts de grimpette sur des arbres ou de galop autour d'un champ. Kurome couronnait toujours le vainqueur, qui devenait son favori pour la semaine... Ou jusqu'à ce que sa position soit mise en péril par un défi d'un jeune rival.
Hayato et sa soeur voyaient d'un très bon oeil les jeux de la fillette. Ils y trouvaient, à raison, de bons exercices pour en faire une diplomate et une politicienne habile. Le fait que les garçons grandissent ensemble assurait également leur cohésion et une chance d'obtenir une paix durable entre leurs familles. Il n'avait fallu que quelques années pour que la jeune orpheline ne devienne un véritable atout dans le jeu politique de son oncle.

Ce fut encore mieux lorsqu'on commença à lui fournir une réelle éducation. Alors que les garçons étaient entrainés par des maitres d'armes et des conseillers militaires du Taisa, la jeune  fille de quelques sept ans désormais était confiée à un aréopage de politiciens, poètes, chanteurs et musiciens. L'objectif était très simple : en faire une véritable papillon de cour, aussi charmant que mortellement habile avec ses avantages. Elle fut formée aux arts, à la lecture et à l'écriture, mais également aux arcanes de la manipulation subtile des autres et aux intrigues en court aux quatre coins de Setsu.
Les cours ayant lieu le matin, elle était libre de mettre en pratique ses nouveaux apprentissages l'après-midi, lorsque les garçons revenaient eux aussi de leurs leçons.
Elle commença avec modération par ceux de ses camarades qu'elle savait les plus sensibles à ses charmes. C'étaient les plus jeunes, les moins forts ou les moins habiles, ceux qui avaient rarement eu l'occasion de gagner les faveurs de la jeune fille, qui furent ses premières passes d'armes. Elle commit des erreurs de débutant bien sûr. Trop de confiance en elle, pas assez, trop de promesses ou de rivalités exacerbées entre deux prétendants. Aucune séquelle irréversible heureusement, mais elle se fit à chaque fois sévèrement réprimander par ses éducateurs. Elle était destinée à la grandeur. Au triomphe. Elle n'avait pas la latitude pour commettre de telles fautes. Et surtout, elle devait arrêter d'essayer d'être gentille avec tout le monde.

Alors Kurome progressa lentement. Elle se fit plus subtile, plus efficace, plus discrète. Elle monta son réseau d'amis les plus proches : pas les plus brillants spécimens de sa cour mais les mieux attentionnés envers elle, ceux à qui elle inspirait plus que l'envie d'un baiser sur la joue et qu'elle aimait particulièrement. Son cercle restreint.
Ils lui rapportaient les rumeurs circulant dans la horde de garçons, les dynamiques entre les différents jeunes hommes qu'elle pouvait ensuite exploiter, en échange de quoi ils passaient des après-midi entre eux à manger des mochis et jouer au kemari. Dans tout le troupeau de garçons, c'étaient eux ses vrais amis.

Momiji triomphait par procuration. Elle voyait son enfant, sa petite fille si mignonne et le dernier espoir des Iyashi, devenir une demoiselle capable de se défendre avec ses propres armes. Le coeur gonflé de fierté maternelle, elle passait ses soirées avec la petite à lire, lui brosser les cheveux et lui dire à quelle point elle était unique, précieuse. Destinée à de grandes choses. La gamine, bien sûr, adorait ces moments qu'elle pouvait passer avec sa mère... Mais à chaque fois, elle se trouvait encore plus persuadée qu'elle devait exceller en tous points si elle voulait rendre sa génitrice fière d'elle.
Alors la journée, elle redoublait d'efforts pour être la meilleure, ne se laisser surpasser nulle part si elle savait qu'il s'agissait de ses domaines de prédilection. Ses petits jeux au sein de sa cour devinrent de plus en plus complexes, leurs enjeux toujours plus risqués.

C'est dans ce mélange étrange de pression maternelle, de fierté personnelle et d'expérimentations qu'elle mit un pied dans l'âge adulte.
La puberté frappa fort et bien la jeune brune aux yeux striés d'or. En l'espace de quelques mois au cours de sa douzième année, elle prit plusieurs centimètres de hauteur et de circonférence en des points tout à fait intéressants pour les membres de sa hordes de prétendants. Les quelques garçons qui pouvaient encore voir en elle un camarade de jeu presque comme les autres furent obligés de changer leur fusil d'épaule et d'admettre très soudainement qu'ils voulaient plus que quelques heures de discussion avec elle.
Cela ouvrit un tout nouvel horizon de possibilités à Kurome. Non pas qu'elle fut particulièrement intéressée par le batifolage dans le foin en vérité, mais les jeunes hommes qu'elle évitait encore pour ses petites manipulations politiques à son échelle se transformèrent d'un coup en proies atteignables. Ils étaient plus âgés, et donc plus facilement déconcentrés par la simple vue d'une cheville ou d'un épaule... En tout cas ce fut la première chose qu'elle tenta.
Et elle échoua lamentablement, une fois de plus, dans ses premiers essais. Elle n'avait après tout qu'une douzaine d'année et aucune expérience dans le domaine de la séduction, aussi se contenta-t-elle d'imiter très maladroitement les femmes qu'elle avait vues au sein de la cour de son oncle. L'échec fut cuisant et l'humiliation particulièrement traumatisante.
L'adolescente refusa de sortir de sa chambre, prétextant d'abord une vilaine fatigue, puis cessant simplement d'essayer de se justifier. Il fallut que sa mère vienne la chercher et qu'elle console sa fille en larmes avant que celle-ci ne parvienne à se montrer de nouveau au grand jour.
L'adolescente laissa définitivement la séduction hors de son attirail politique après cet épisode. Elle n'avait pas ce côté langoureux, totalement indécent sans être dénudé qu'avaient certaines femmes, et elle ne l'aurait sans doute jamais. Non, elle devrait se contenter d'être gentille, aimable et rassurante : là étaient ses vrais talents, sa vraie nature.
Forte de cette conviction, elle s'attela à polir ses propres dons plutôt que d'essayer d'en emprunter à d'autres.


Après le doux été de son enfance, l'adolescence fut une période un peu plus difficile pour l'aimable Kurome. Ses soupirants les plus âgés commencèrent à quitter sa petite cour pour rejoindre les rangs de l'armée Setsu. Forts de l'éducation procurée par Riyajû Hayato, ils n'eurent aucun mal à trouver une unité souhaitant leur présence en son sein. Ce fut le temps des adieux et des larmes, lorsqu'il fallut laisser partir ceux avec lesquels elle avait passé une dizaine d'années parfois. Des amis, presque des frères, dont elle prenait chaque au revoir comme on prendrait un poignard dans le coeur.
Mais elle supporta dignement chacune de ces séparations, pleurant uniquement lorsqu'elle était hors de portée dans sa chambre puisqu'elle se devait de maintenir son rang. Elle offrit à chacun de ses anciens camarades de jeu une arme, forgée par les maîtres forgerons de Keito, en souhaitant qu'elles les protègent lors de leurs aventures solitaires. Puis elle les laissait s'éloigner pour saluer leurs familles, la lèvre tremblante et l'œil un peu humide.

Ceux des garçons qui restaient étaient soit plus jeunes, soit peu faits pour la vie militaire. Entourée de camarades plus proches de ses centres d'intérêts et de son âge, la jeune fille prit plus le temps de la discussion, de l'ouverture vers les autres. Le nombre de défis entre adolescents diminua sensiblement, leurs méthodes de séduction devenant plus subtiles que "qui montera le plus vite au sommet du grands arbre dans le pré nord".
On lui offrit des poèmes et des cadeaux mûrement réfléchis. Kurome fut comparée à toutes les merveilles du monde : aux étoiles des cieux sans nuages, à la mer après une tempête, à la pluie d'été... C'était à qui se montrait le plus surprenant, le plus abouti dans les oeuvres qu'il présentait à la belle.

Au milieu de sa cour de coqs se détachaient trois pas-tout-à-fait hommes. Ils étaient les plus brillants et les plus agréables du lot, si admirables qu'ils devinrent bientôt aux yeux de tous ses trois prétendants les plus crédibles. Il s'agissait de Miyako Kazue, Ishawari Seiichi et Yokarû Hisashi. Tous issus de nobles et anciennes familles, tous seconds fils, et destinés à devenir autre chose que des militaires de carrière. Les potentiels époux parfaits pour une jeune fille de haute extraction, dernière héritière d'une famille, bientôt unique détentrice des terres et titres des Iyashi.
Une féroce bataille s'engagea entre les trois garçons, mais il s'arrangèrent toujours pour que l'objet de leurs passes d'armes ne s'en doute pas réellement. Bien sûr, elle savait qu'il existait une rivalité entre eux... Mais jamais la délicate enfant ne fut vraiment consciente de toutes leurs escarmouches. Elle ne voyait que les invitations à des après-midi de balade, les poésies composées pour elles et les longues discussions passionnantes près du lac dans le jardin.

Mais elle approchait de ses treize années, et Momiji savait parfaitement ce qui se tramait dans les esprits des trois séducteurs. Après avoir tant répété à sa fille qu'elle était destinée à la grandeur, aux plus hautes sphères de la société, la mère se devait de s'assurer que son choix d'époux serait le meilleur qu'elle pourrait faire. Les trois garçon lui convenaient, tous pour des raisons différentes, cependant elle craignait que son enfant ne se limite aux frontières de la région de Keito. Peut-être devrait-elle plutôt contracter un mariage avec un jeune homme d'une autre région ? Cela soulèverait bien sûr nombre d'autres problèmes...
La veuve chercha donc conseil auprès de son propre frère. Il avait été si magistral dans sa gestion de la région et des tensions entre ses familles qu'elle ne pouvait ne pas se tourner vers lui, ne serais-ce que pour avoir un second avis sur la question. A eux deux, ils parvinrent à une solution qui semblait acceptable : aux treize ans révolus de Kurome, elle serait envoyée pour une demi-année à la cour de Moe avec ses trois prétendants. Sa mère serait également du voyage, marquant ainsi son retour à la vie publique après les dix ans qu'elle avait passé comme tutrice.

Les garçons et leurs familles furent consultés au sujet du voyage, et tout le monde sembla satisfait de la situation. La seule à qui on ne demanda pas, mais imposa ce transfert, fut la principale concernée. Mais la jeune fille ne s'en offusqua pas. Elle avait conscience qu'être lâchée ainsi dans la plus grande cour de Setsu représentait un cadeau immense, et elle assura à sa génitrice qu'elle tâcherait de s'en montrer digne.
Les quelques mois qui passèrent entre l'annonce du voyage et l'anniversaire de l'adolescente furent le théâtre d'un regain de lutte entre les trois jeunes coqs. Tous voulaient obtenir un avantage significatif sur leurs rivaux avant le grand départ pour revenir de Moe marié, si les Kamis leur souriaient. La situation se mua en véritable déluge de présents, de marches dans les endroits les plus ravissants de la région, de prouesses artistiques.
Leur potentielle promise n'avait elle presque plus un instant de libre, entre ses leçons qui s'intensifièrent également, les attentions des garçons, le reste de sa petite cour et la préparation de son anniversaire et du périple. Ce fut, sans exagération aucune, la poignée de mois la plus dure de son existence.

Et soudain, tout se simplifia. Kurome eut treize ans. Elle devint, par une douce journée d'hiver, l'héritière en bonne et due forme des Iyashi, une adulte et la responsable de son propre domaine. Et elle décida que son coeur penchait un peu plus pour Seiichi que pour les autres, mais qu'elle ne l'annoncerait pas avant d'être revenue de Moe.
La fête fut splendide et dura toute la journée ainsi qu'une bonne partie de la nuit. On tira des feux d'artifices bien sûr et on mangea sous des lampions multicolores suspendus dans le jardin de la grande maison des Iyashi. Nombre d'invités finirent passablement avinés, comme on pouvait s'y attendre, et certains tombèrent même dans le petit ruisseau qui bordait l'aile ouest de la maison.
Cependant l'événement le plus important se passa hors de la vue de presque tous les fêtards. Sous l'ombre d'un prunier, à l'abri des regards inquisiteurs, le jeune Ishawari rafla la mise du premier baiser d'une Kurome très timide. Il n'y avait aucun doute qu'il ne s'agissait pas d'une promesse, et surtout pas d'une faveur augurant un mariage, mais le jeune homme avait quand même réussi à remporter son avantage sur les autres. Ce fut un instant fugace, volé avant qu'ils ne doivent tous deux retourner au coeur de la fête et que l'on ne commence à se demander où était passée la raison de toutes ces libations.
Etrangement, le jeune homme sembla très satisfait pour le reste de la soirée.


Deux jours après la fête d'anniversaire, une petite procession quitta la province de Keito en passant par les routes impériales : les trois jeunes coqs, leur petit soleil de camarade de jeu et sa mère, suivis par des serviteurs et des samurais sur leurs fiers destriers. Le rythme de voyage était lent mais la région était assez proche de Moe pour qu'ils n'aient qu'une semaine de voyage en s'arrêtant en milieu d'après-midi et en repartant après une bonne nuit de repos.
Toute la durée du trajet, Momiji fut assaillie de questions sur la cour de Setsu Gekido. Elle dut admettre qu'elle n'avait connu que celle de son père et qu'elle ne connaissait de Gekido que ce que ses contacts avaient pu lui raconter. Elle donna cependant autant de conseils qu'elle le put à sa fille afin que cette dernière ne se fasse pas manger toute crue au premier pied posé dans le palais de Nikkou. Le but était, après tout, quelle fasse forte impression...
On décida également de la tenue que porterait l'héritière des Iyashi lors de son introduction à la haute noblesse Setsu : ce serait un kimono rouge sang et bronze, orné de motifs de cerfs et d'oiseaux peints et accompagné d'un obi d'un brun froid, proche de la teinte de ses cheveux pour les mettre en valeur.

Les garçons profitèrent de leur côté du voyage pour passer du temps entre eux. N'ayant pas le droit de voyager dans le chariot des femmes, ils se retrouvaient à monter à cheval à côté. Sans la pression familiale et le cadre de la maison des Riyajû, ils parvinrent à se rapprocher et à devenir plus qu'un trio de rivaux.

Au terme des quelques jours de voyage, la procession parvint enfin en vue du château de Nikkou. Le bâtiment fit forte impression sur tout le monde, mais la plus marquée fut manifestement Kurome. L'immensité de l'édifice, le nombre de personnes qu'il contenait sans doute et la magnificence de la vue lui firent se sentir très petite et très, très vulnérable soudainement.
Elle se mit à douter qu'une personne aussi insignifiante qu'elle ne puisse réellement conquérir sa place en ces murs. Après tout, qui était-elle ? La nièce d'un Taisa, certes, mais une noble provinciale avant tout, dont le terrain de jeu avait été infiniment plus petit que celui qui s'étendait maintenant devant elle. Comment pourrait-elle jongler avec tant de personnes à connaitre, tant d'intrigues à la fois ?
Il s'en fallut de peu pour qu'elle n'abandonne le voyage et ne reparte vers Keito, défaite par le poids devenu trop lourd de sa propre ambition. Sa mère parvint toutefois à la remettre sur pieds en quelques phrases. Elle aiguillonna sa fierté et son sens du devoir, lui rappelant qu'elle était faite pour se tenir au plus haut qu'elle pourrait atteindre, pour que le nom des Iyashi puisse être porté fièrement aux quatre coins du Clan. L'opportunité de baisser les bras n'était inscrite ni dans son sang, ni dans son éducation. Et si elle ne pouvait réellement pas supporter cette pression, elle n'avait qu'à rentrer chez elle et se couvrir de honte.
Ce fut tout ce qu'elle devait entendre. Alors que le convoi passait les portes titanesques de palais, l'adolescente renforçait son coeur et laissait sa fierté la porter. Elle allait conquérir cette satanée cour et personne ne l'arrêterait.

Des appartements leur furent attribués rapidement, permettant à chaque membre de l'équipée de se reposer et se rafraichir avant d'être réellement présentés au seigneur Setsu et à ses courtisans. Quelques curieux vinrent les saluer avant leur introduction officielle, principalement des nobles de même rang qu'eux. Kurome en profita pour prendre une première mesure des affaires actuelles avant de devoir s'éclipser pour passer le kimono adapté à l'occasion.

Lorsqu'elle entra pour la première fois dans l'enceinte de la cour, quelques heures plus tard, elle était impeccablement préparée. Son kimono flamboyait de concert avec ses lèvres, sa chevelure cascadait dans son dos grâce à sa coiffure juste assez provinciale pour la différencier des autres papillons nobles de la région, et elle se tenait, calme et réservée, juste en retrait de sa mère.
On n'aurait pu rêver de meilleure entrée pour la faire remarquer. Les trois jeunes hommes qui ne quittèrent ses côtés de la soirée firent se poser moultes questions aux jeunes filles en fleur locales, d'autant qu'ils étaient suffisamment charmants pour se détacher du lot des fonctionnaires et chefs de famille, mettant subtilement en valeur la demoiselle qu'ils entouraient de toutes les attentions. Son décalage avec les femmes plus assurées, plus agressives qu'étaient les habituées de Moe enflammait l'imagination. Et surtout, l'adolescente ne commit aucun faux-pas. Nulle parole en trop, nulle offense à relever : elle se montra polie et aimable avec tous, quoi qu'un peu réservée. On mit ceci sur le compte de sa fraicheur à la cour et de son jeune âge et on lui proposa de l'aider si d'aventure elle avait la moindre question.
De l'avis général, la soirée fut donc un succès. Kurome devint la coqueluche du moment, mais les autres n'étaient pas en reste. Momiji avait réussi à profiter du succès de sa descendance pour aborder d'anciennes connaissances et les trois jeunes coqs avaient attiré l'attention de la jeune population féminine issue de la moyenne noblesse. Tous se plaçaient en tout cas comme les dernières attractions locales.
La mère et la fille se mirent bientôt à l'oeuvre pour profiter de ce momentum. La première semaine ne fut pour elles que discussions autour de tasses de thés, marches dans le grand palais et entretien d'amitiés nouvelles. Elles faisaient au mieux pour trouver une place juste pour elles, ce qui leur permettrait de survivre à la lumière lorsque l'intérêt de leur exotisme aurait faibli. Car il était évident que d'autres viendraient bientôt et qu'une nouvelle mode se ferait, puisque telle était la vie d'une cour.
Heureusement leur coup fut réussi. La nouvelle mode vint et les deux Iyashi demeurèrent intéressantes aux yeux de la noblesse assemblée à Nikkou.

Ce fut le cas pendant au moins quelques mois. La gentille enfant de Keito se fit beaucoup d'amis au palais grâce à sa bonne humeur et son oreille attentive, et très peu d'ennemis. Alors qu'elle gravitait au début autour de dames bien plus puissantes et expérimentées qu'elle, Kurome se démarqua tout doucement et commença à avoir des gens qui venaient la voir elle, volontairement. On demandait parfois sa présence à des soirées dans des Okiya ou lors de balades dans les jardins où elle se retrouvait entourée d'autres charmantes créatures.

Malgré ces occupations mondaines, elle trouvait toujours du temps à partager avec Kazue, Seiichi et Hisashi.
Il devint bientôt évident que l'un d'entre eux était en tête sur la course à son affection, et les deux autres décidèrent d'un commun accord de lui laisser le champ libre. Moe regorgeait de demoiselles pouvant captiver leurs regards et satisfaire les ambitions maritales de leurs parents après tout, ils pouvaient donc cesser leurs vaines batailles. Ishawari était le grand gagnant.
La rumeur de l'idylle entre les deux jeunes gens se répandit dans tout le château comme une trainée de poudre, tant et si bien que des paris furent pris sur la date de leur engagement formel l'un envers l'autre. On les voyait d'ailleurs parfois marcher ensemble, riant à une quelconque plaisanterie et tout juste à une distance décente l'un de l'autre pour qu'on ne doute pas de leur chasteté.
En vérité, le plan de la jeune fille était tout tracé : ils annonceraient leur engagement juste avant de quitter Moe. Rentrés dans leur région natale, ils pourraient entamer les préparatifs pour la cérémonie qui aurait probablement lieu dans la quatorzième année de Kurome. Seiichi avait déjà donné son accord de principe et informel lors d'une de leurs discussions, alors qu'ils s'étaient retrouvés en fin de soirée pour s'exercer à la calligraphie.


Cette magnifique planification fut cependant troublée par un événement passablement imprévu.
Une nuit, alors qu'elle était allée se coucher tôt et seule, l'adolescente se mit à rêver. Elle flottait, éthérée, au dessus du palais de Nikkou. Sous elle se déroulait la vie nocturne de la cité-château, avec les nobles qui s'éclipsaient discrètement de chambres et d'autres, les servants qui s'affairaient à nettoyer le produit d'une journée de vie. Au dessus d'elle, les étoiles brillaient d'un éclat légèrement rougeâtre et gagnaient à chaque instant en intensité, jusqu'à ce qu'elle lève la tête vers les firmament.
Brûlant d'or et d'écarlate sur le ciel bleu de la nuit se détachait un phénix majestueux volant vers elle. Il passa juste à ses côtés, le bout de son aile flamboyante lui effleurant la joue au passage, comme une invitation à la suivre. Sans même réfléchir, elle se mit à flotter derrière l'animal mythique.
Il plongea bientôt vers le palais, empruntant des couloirs que la jeune fille n'avait jamais vus et qui étaient déserts. Parfois, elle se demandait pourquoi elle suivait ainsi le phénix, puis elle se rendait compte qu'elle n'avait même pas envie de rester sur place. Elle sentait, au fond d'elle, qu'elle n'avait d'autre choix que de voler près du grand oiseau.
Au bout du chemin se trouvait une grande arche que la rêveuse n'avait jamais vue. Un immense portail carmin devant lequel son guide ailé s'arrêta avant de se retourner vers elle. Il poussa là un unique cri, impérieux et chargé de majesté, avant de disparaitre dans une trombe de flammes.

Kurome se réveilla de ce rêve avec un seul objectif : trouver l'arche rouge. Sans prendre le temps de la réflexion, elle se leva de son lit et partit en courant dans les couloirs. Comme si son corps se souvenait parfaitement des détails du rêve, ses pieds semblaient la guider d'eux même au travers des allées. Elle n'y croisa personne, ce qui aurait dû l'étonner, mais elle était bien trop concentrée sur les tours et détours qu'elle prenait, espérant de tout coeur qu'elle ne se trompait pas.
Et soudain, elle se trouva devant le monument qu'elle cherchait. Aussi écarlate que dans son rêve, encore plus majestueuse, l'arche se dressait là devant elle. Dans son alignement brûlait un grand feu, éclairant une pièce chargée de fumées d'encens. Etait-ce un... Temple ? Le temple de Moegami ? Avait-elle rêvé du Kami ? Dans ce cas, pourquoi l'aurait-il conduite ici ?
Elle n'était pas spécialement religieuse après tout, et elle n'avait jamais mis les pieds dans ce sanctuaire en particulier. Si elle n'avait pas eu l'intuition profonde que le songe était des plus importants pour elle, l'adolescente aurait fait demi-tour. Mais au fond, tout au fond de son âme, elle sentait que ce n'était pas qu'un simple rêve.
Alors elle avança, sur la pointe des pieds, jusqu'à se retrouver face aux flammes qu'elle interrogea du regard. Comme si un simple feu pouvait répondre à toutes les interrogations qui se bousculaient dans son esprit...
Ce ne fut bien sûr pas le cas. Mais de derrière les flammes, une forme humaine se détacha et s'avança vers la jeune fille, contournant le foyer pour la rejoindre.

C'était une femme... Non, une fille. Un peu plus âgée qu'elle, fine comme une branche de saule et aux cheveux étrangement gris. Elle portait la tenue traditionnelle des Mikos et semblait surprise de voir quelqu'un dans le temple, probablement a cause de l'heure à laquelle la dernière des Iyashi avait surgi. Cette dernière se mit à essayer de s'excuser du mieux qu'elle pouvait. Profondément inclinée, elle bafouilla quelques phrases confuses avant de se faire interrompre par la prêtresse lorsqu'elle commença à parler de son rêve. La jeune femme aux cheveux couleur d'acier lui demanda de lui décrire précisément le songe, sans oublier le moindre détail, comme si tout pouvait avoir une importance capitale. La noble s'exécuta sans tarder ni omettre la moindre chose dont elle avait rêvé. A la fin de son récit, elle vit la servante de Moegami se plonger dans une réflexion longue de quelques minutes avant de lui faire signe de la suivre vers une petite alcôve.
Elles y discutèrent longtemps. Presque toute la nuit en vérité, puisqu'elles ne s'arrêtèrent que lorsque la pâle lueur du jour illumina l'intérieur du temple. Kurome s'excusa alors après de la Miko et lui promit de revenir bientôt au sanctuaire de Moegami pour la revoir.

Elle s'appelait Atashi et elle était servante de Kagutsuchi depuis ses cinq ans. Elle avait été déplacée vers Moe quelques années auparavant et, comme elle aimait l'atmosphère nocturne du château, elle avait été chargée de s'occuper du feu pendant la nuit.
Ce fut elle qui s'attela à la rude tâche de faire véritablement l'éducation religieuse de l'adolescente au sang noble. Kurome avait appris les bases, bien sûr : les noms des Kamis principaux, leurs attributions, comment prier. Mais pour ce qui était des subtilités et des arcanes de l'entretien d'un temple, elle était totalement novice. Elle n'avait jamais vu d'intérêt à ce type de connaissance, après tout...

Mais rêver du phénix avait changé cela, et maintenant deux parts d'elle-même semblaient s'affronter pour savoir qui aurait le dernier mot. La jeune Iyashi ne voulait quitter sa vie de cour, ses obligations et ses plans pour l'avenir. Elle avait après tout Seiichi et Momiji qui comptaient sur elle, sans oublier son titre de dernière héritière d'une famille... Et pourtant, elle avait aussi envie de rejoindre les ordres religieux. C'était comme un tiraillement incessant, un appel constant qui la forçait à revenir vers le sanctuaire dès que la nuit tombait.
Elle ne pouvait quitter son rang...
... Et elle le voulait pourtant.
C'était à n'y rien comprendre. L'adolescente était totalement perdue, incapable de faire un choix ni même de réfléchir réellement à la situation, car l'univers n'avait arrêté de tourner pour lui laisser le temps de penser tranquillement.
Entre ses sorties nocturnes au temple et ses journées remplies à la cour, elle ne vit pas les mois passer. A peine eut-elle l'impression de cligner des yeux que les six mois à la cour de Setsu Gekido touchaient à leur fin. Il ne lui restait qu'une poignée de jours et une montagne de question et d'indécisions, qui s'agrandissait à mesure que le temps passait. A trop attendre le moment propice, elle se retrouvait à se précipiter vers une impasse dont elle avait malheureusement parfaitement conscience.
Mais voilà, la peur la paralysait.

Ce fut alors que tout semblait perdu et que l'enfant de Keito paraissait prête à se résigner, à maintenir son rang en abandonnant l'envie lancinante de servir Moegami, qu'elle fit son second rêve.
Elle se trouvait de nouveau à planer au dessus de Nikkou, à observer les gens vaquer à leurs occupations sous elle. Au dessus de sa tête, les étoiles brillaient, rouges comme des rubis, illuminant de leur lueur le phénix. Il n'avait pas changé depuis la dernière fois : son plumage d'or et de sang étincelait toujours sur le dais bleu sombre du ciel, ses ailes de feu brûlant d'un éclat presque douloureux.
A nouveau, l'oiseau plongea vers le château et comme la dernière fois, Kurome le suivit. La véritable différence était que dans ce rêve, elle savait où ils allaient : les couloirs familiers menaient à la grande arche du temple qu'elle connaissait bien désormais.
Ils y arrivèrent rapidement et cette fois aussi, le phénix se tourna vers elle. Un chant impérieux s'échappa de sa gorge, faisant écho au regard qu'il posa sur la jeune humaine. Puis l'éclat des flammes se fit plus fort, tant qu'elle dut fermer les yeux. Lorsqu'elle les rouvrit, un kanji de feu se dessinait dans les airs. "Destin".

La jeune fille se réveilla soudainement. Tout au fond d'elle, le conflit s'était enfin terminé, laissant place à une calme certitude. Le phénix lui avait clairement montré la voie à suivre et le doute n'avait plus sa place désormais.
Elle rejoignit le sanctuaire sans courir cette fois.
A son arrivée, elle raconta à Atashi son nouveau rêve, et sa sérénité retrouvée. La prêtresse se contenta de lui sourire gentiment en lui disant qu'elle avait espéré que l'instinct et le phénix guideraient Kurome vers ce choix, et qu'elle la guiderait aussi longtemps qu'elle en aurait besoin sur les voies que Moegami avait tracées pour elle.

Sa décision de rejoindre les ordres religieux ne fut pas sans opposition. La plus farouche d'entre elle fut Momiji, qui n'avait absolument pas prévu de laisser sa fille abandonner son rang, sa famille et ses terres pour devenir Miko. Le rêve du phénix ne l'impressionna pas outre mesure, pas plus que les proclamations téméraires de sa fille comme quoi elle était une adulte et pouvait donc choisir librement sa voie. Après des années d'éducation et de préparation à en faire une épouse et une courtisane de haut vol, la mère refusait de voir tout ce potentiel gâché.
Leur dispute prit rapidement des dimensions telles qu'on dut envoyer Seiichi intervenir, séparer les deux femmes dont les cris montaient rapidement en volume. Le pauvre garçon était mal à l'aise au possible, bien entendu, mais il parvint à peine à ramener le calme dans la pièce en affirmant que de son côté, il laisserait sa désormais ex-future promise décider de son propre destin. Momiji refusait toutefois toujours l'idée que son enfant ne rentre pas à Keito pour se marier.
Ce ne fut que lorsque le maitre d'Atashi lui-même vint plaider la cause de la petit Iyashi auprès de sa génitrice que cette dernière céda. Probablement parce que le religieux en question était un ancien Sohei devenu prêtre principal du temple de Moe, un colosse charismatique répondant au nom d'Oharu... En tout cas, il lui suffit d'une après-midi de négociations pour que l'idée même de laisser sa fille devenir une Miko devienne acceptable aux yeux de la veuve.
Des son côté, Kurome jura que confier le domaine des Iyashi à Setsu ne serait que temporaire, qu'elle ne garderait pas la tenue de Miko jusqu'à la fin de sa vie. Elle quitterait les ordres et prendrait un mari, récupérant ce qui lui revenait de droit par sa naissance et permettant aux Iyashi de perdurer une génération de plus. Cette promesse sembla apaiser sa mère, qui daigna alors lui reparler.


Six mois après son arrivée à Moe, l'adolescente observa sa mère, ses trois anciens prétendants et leur suite quitter le palais de Nikkou. Lors de son arrivée, elle n'aurait pu imaginer ce dénouement... Ses plans, ses rêves et ses espoirs avaient été chamboulés. Elle craignait de devoir couper toutes les attaches qu'elle avait avec son ancien elle, ses années d'apprentie courtisane et son héritage de noble. D'avoir fait le mauvais choix et de le regretter. Mais elle se devait de rester forte et déterminée, et de ne pas oublier qu'elle était destinée à la grandeur. Guidée par des rêves de phénix. Elle triompherait.
Ce ne fut que lorsque la poussière soulevée par la procession finit par retomber qu'elle parvint à s'éloigner enfin de la porte. Derrière elle, Atashi attendait patiemment de pouvoir la guider vers sa nouvelle vie. La Miko expérimentée savait certainement à quel point la séparation pouvait être difficile, aussi ne pressa-t-elle pas sa nouvelle apprentie : elle lui laissa, fort poliment, le temps d'essuyer les larmes qui perlaient au coin de ses yeux avant de lui faire signe de la suivre.

Ce fut le début d'une nouvelle période de leçons et de découvertes pour la jeune fille. Ses années d'entrainement à la politique et à la manipulation ne lui furent pas d'un grand secours, à part pour charmer un des vieux prêtres du temple. La majorité de son temps étant réparti entre la prêtresse aux cheveux argentés et Oharu, ce ne fut pas la manière la plus efficace de s'épargner des corvées.

Ses tâches d'entretien du temple avaient lieu le soir et la nuit, en même temps que le tour de son mentor. La petite noble était chargée de nettoyer l'autel, les brasiers utilisés en journée et de ranger les multiples bibliothèques à disposition des prieurs. Et pendant qu'elle s'occupait les mains et les bras, Atashi lui posait des questions sur ses leçons de la journée. Parfois, lorsqu'elles avaient toutes les deux fini leurs devoirs nocturnes, elles s'asseyaient et l'autre Miko lui contait des histoires sur les Kamis, des légendes de héros mythiques, bénis des dieux.
La nuit étant longue pour elles, les deux jeunes filles avaient le droit de dormir un peu plus tard. Elles se levaient après le soleil, mangeaient rapidement et s'attelaient à leurs occupations de la journée.
Pour Kurome, c'étaient les leçons de l'ancien Sohei. Il lui apprenait les subtilités de la religion de Yokuni, les différente manières de prier Moegami, les rituels.
D'abord les plus simples, les prières basiques qu'elle avait déjà vues dans son enfance. Puis les rites compliqués : les mariages, les cérémonies de crémation, appeler la bénédiction des Kamis sur une maison ou un voyage. L'enfant était appliquée, mais il y avait beaucoup à retenir, des variations infimes à appliquer selon les situations, et rien de tout ça ne lui venait naturellement.

Pour ne décevoir ni ses professeurs, ni ses propres ambitions, elle travaillait aussi durement qu'elle le pouvait. Elle répétait ses leçons dans les salles de bains, lors de repas et même avant de se coucher, tellement tard qu'elle finissait par tomber de fatigue en plein milieu d'une prière plus souvent qu'à son tour.
Mais cette obstination et ce sérieux payèrent. Un an tout juste après le début de son éducation au temple, elle fut officiellement nommée Miko. On l'aida à enfiler la tenue blanche et rouge représentant sa nouvelle charge, puis on fêta très sobrement la chose avec un bon repas et une plus longue nuit de sommeil. Atashi lui offrit même un panier de cerises, qui s'avérèrent délicieuses lorsqu'elles les dégustèrent à côté du grand brasier pendant leur tour de garde.

La nouvelle position de l'adolescente aux cheveux couleur marron glacé ne changea pas tellement sa routine quotidienne. On y ajouta toutefois des leçons de combat, qui furent pour elle l'occasion de découvrir son potentiel de guerrière... Totalement inexistant.
On lui tendit d'abord un grand arc, qu'elle n'arriva  bander qu'avec difficulté. A côté d'elle, les autres Miko du sanctuaire visaient et tiraient leurs flèches avec une facilité déconcertante, toutes impressionnantes dans leurs mouvements fluides et précis. Et elle avait du mal à juste armer son arc. C'en devenait presque humiliant.
L'instructrice, une prêtresse plus âgée et aux bras épais et noueux, rit gentiment devant sa maladresse. Elle avait certainement vu passer des dizaines de jeunes filles peu douées, et savait reconnaitre une cause perdue. La dernière des Iyashi fut donc envoyée auprès de ceux qui apprenaient la naginata
Etrangement, elle se sentit mieux avec la grande lance courbée. Elle était lourde bien sûr, mais équilibrée et ne demandait pas tant de force brute. Kurome pouvait presque mettre à profit son entrainement de danseuse avec cette arme, ce qui lui convenait bien plus. Elle s'attacha à la discipline, même si ses muscles hurlaient à la fin de chaque entrainement et qu'elle savait pertinemment qu'elle ne serait jamais capable de s'en servir réellement si elle en avait besoin.

En plus du maniement des armes, elle fut intégrée plus fortement à la vie du temple. Elle fut de plus en plus souvent aide lors de cérémonies, à mesure qu'elle les maitrisait de mieux en mieux. On l'envoyait accompagner les nobles de passage qui souhaitaient se rendre au sanctuaire mais ne savaient pas le situer, puisqu'elle-même avait eu une éducation de courtisane et qu'elle savait s'y prendre avec les membres de la cour.
C'est ces compétences de papillon mondain qui la détachèrent des autres prêtresses et aides. La plupart des autres filles avaient des origines modestes, et n'étaient pas éduquées pour évoluer avec tant d'aise au milieu des couloirs du palais ou parler convenablement à des seigneurs et dames hauts placés. La gentille brune en était capable, et y excellait même.
Oharu y vit une belle opportunité pour le temple, et n'hésita pas à la saisir. Petit à petit, il fit de sa dernière recrue le point de contact entre la cour et son sanctuaire. Il lui laissa filtrer les requêtes, s'assurer de l'accueil des nobles les mieux nés, organiser les festivités concernant la cour elle-même lorsqu'il le fallait.

Bien sûr, ce travail n'était qu'à l'échelle du temple du palais de Nikkou, et la notoriété de la Miko n'en dépassait pas les murs. Elle avait beau apprécier énormément ses tâches et l'environnement du temple même, Kurome en vint à s'ennuyer.
Cela faisait plus de trois ans qu'elle servait au palais comme Miko. Elle était connue à la cour et chez les servants, appréciée des gardiens du sanctuaire, et ses tâches étaient agréablement familières. Elle stagnait. Et comment atteindre les sommets si l'on se contente du confort et de la facilité ? Elle se devait de trouver un défi. Quelque chose qui lui permette d'avancer de nouveau.


La réponse à ses prières portait le nom de Yoshio. Il avait été Jushoku pendant quelques années avant de se retirer de la fonction de devenir de nouveau un simple moine itinérant. Son compagnon de route n'avait prévu de l'accompagner qu'entre Hibana et Moe, aussi avait-il décidé de trouver une nouvelle personne avec qui voyager une fois arrivé à la cour, pour pouvoir faire le tour des temples principaux en Setsu.
Lorsqu'elle l'apprit, la prêtresse aux yeux striés d'or n'en crût pas sa chance. Elle qui ne souhaitait que du changement, de nouveaux défis, avait à portée la possibilité de partir sur les routes des terres du Clan avec nul autre qu'un ancien Jushoku. La plus prestigieuse fonction qu'elle pourrait briguer, juste après celle de Kannushi qui était inaccessible. C'était une occasion qui ne se présenterait jamais plus !

Avant même d'aborder le moine errant, elle demanda l'autorisation d'Oharu et d'Atashi. Les deux lui donnèrent même leur bénédiction, après quelques discussions et promesses. Ses deux mentors avaient bien senti qu'elle piétinait comme un cheval de course dans son box ces derniers temps, et ils espéraient qu'un pèlerinage l'aiderait.
Il fallut ensuite convaincre Yoshio qu'elle était le meilleur choix au sein du temple. Ce ne fut pas une mince affaire, le religieux ayant déjà exprimé sa préférence pour l'un des Sohei du sanctuaire. Il n'était pas évident qu'une Miko frêle, douce et incapable de se débarrasser de son vernis d'aristocrate était un meilleur choix... Ce n'était, objectivement, pas le cas.
Alors elle utilisa les moyens dont elle avait l'habitude et la maitrise : le jeu politique. Elle alla voir certains de ses amis à la cour, envoya des coursiers et des cadeaux choisis avec goût à quelques connaissances. Avant peu, son rival était demandé dans un temple de Boya afin de remplacer le grand-prêtre local, trop vieux pour continuer d'exercer toutes les fonctions dont il avait la charge.

Le moine en pèlerinage se rabattit donc, bon gré mal gré, sur Kurome.
Pour la seconde fois de sa vie, la jeune fille partit donc en voyage. Ce ne fut pas aussi luxueux ou détendu que le trajet qu'elle avait fait, il y avait bien des années de cela, pour arriver à Moe. Cette fois, ils voyageaient à pied avec une mule de bât et ils s'arrêtaient dans les temples ou les villages qu'ils trouvaient sur leur route.
Chaque soir, ils effectuaient un service religieux chez leurs hôtes afin de les remercier. On leur demandait généralement de bénir le hameau dans lequel ils étaient de passage, les récoltes ou encore les enfants. La douce noble s'étonnait à chaque fois des préoccupations de ces gens, qu'elle n'avait jamais réellement côtoyés : elle avait vécu toute son enfance dans une maison immense en ne manquant de rien, puis son adolescence dans un temple au sein du plus grand palais de Yokuni. Sa vie avait toujours été très éloignée des petites maisons simples de campagne, du chant du coq aux aurores et des bouillies de riz au bouillon pour tout repas.
Les premiers mois furent durs pour elle, le temps qu'elle s'habitue à la vie sur les routes. Les rencontres avec d'autres voyageurs lui semblaient alors agressives, les paysages mornes et toujours semblables aux précédents, la nourriture fade, son compagnon de route inintéressant. Elle regrettait, au fond d'elle, d'avoir tant insisté pour accompagner le moine sur son trajet.

Et un jour, comme par miracle, les mois de voyage eurent raison d'elle. Elle se réveilla avant l'aube et sortit du minuscule temple reculé dans lequel ils dormaient. Une tasse de thé fumante en main, elle regarda le soleil se lever sur les montagnes de Kazan, orner d'or et de tourmaline les sommets.
Soudain, le voyage n'était plus un fardeau. Son simple breuvage chaud était meilleur que les plats de fête qu'elle avait mangé à la cour, et le décor dépassait en magnificence tout ce que Nikkou pourrait jamais offrir.
Les dernières couches du vernis de son éducation avaient enfin disparu.

Même Yoshio n'en crut pas ses yeux lorsque sa compagne de trajet boudeuse se métamorphosa en vraie camarade. Il en fut néanmoins ravi, et il s'ouvrit à son tour. En quelques jours, l'atmosphère du pèlerinage changea complètement.
Kurome fit profiter son ainé de ses connaissances académiques et des potins de la cour, qu'elle tâchait d'actualiser à chaque fois qu'ils s'arrêtaient dans une maison noble. Elle lui conta des histoires de machinations et de coups subtilement menés, lui apprit les règles des plus délicates des poésies, l'art du dessin à l'encre et de l'arrangement floral. Elle s'occupait également de la mule et de l'entretien de leurs tenues de voyage.
Le moine, lui, apprenait à sa jeune comparse les rouages de la vie de Jushoku et de prêtre itinérant. Les différences presque invisibles entre les différentes régions pour ce qui était des croyances et des prières, la vie au service d'un Kannushi, les merveilles insoupçonnées qu'il avait croisées lors de ses voyages.
Ils ne cessaient de se surprendre mutuellement avec leurs connaissances, et profitaient de la présence de l'autre pour apprendre ce qu'ils n'auraient jamais pensé étudier.

Et ils le faisaient en parcourant tout le territoire Setsu à un rythme tranquille. Il leur arrivait de s'arrêter pour profiter d'un paysage ou d'un arbre fruitier sauvage, par exemple. Ils tombèrent sur des sources chaudes au milieu d'une montage, juste au pied d'une cascade, où ils se baignèrent avec délectation. Naviguèrent sur la baie entre Honoo et Boya. Virent des biches sauvages mais ne craignant pas l'Homme au coeur d'un forêt luxuriante, observèrent des vols de rapaces et des migrations de buffles...
Ils rencontrèrent des dizaines de prêtres, de Mikos, de jeunes nobles et d'oba-san qui les accueillirent en leurs demeures. Mangèrent cent fois les "meilleurs légumes marinés de tout Yokuni, je vous assure" et se régalèrent à chaque fois. Dormirent parfois sous le ciel plein d'étoiles, parfois sur les futons moelleux de leurs hôtes. Profitèrent de chaque nouvelle occasion de parler avec des personnes différentes.

Ce voyage métamorphosa définitivement la jeune prêtresse. Légèrement enrobée par des années de sédentarité lorsqu'ils avaient commencé leur pèlerinage, elle était désormais svelte et assez endurante pour tenir une journée de marche en montagne. Elle avait même fini par développer des compétences utiles au quotidien, comme la cuisine et la réparation du harnais de la mule.
Yoshio et elle étaient devenus presque inséparables. Presque comme un vieux couple, ils avaient leurs propres blagues, leur propre langage pour communiquer efficacement. Aux yeux de l'adolescente, il était plus qu'un mentor : il était un ami précieux.



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MessageSujet: Re: Iyashi Kurome [TERMINE] Sam 28 Mai - 22:45

Histoire


Il leur fallut presque deux ans pour arriver à Hibana, pour rejoindre le temple de Kaigen. Ils avaient parcouru les terres Setsu de long en large et vu tout ce qu'ils devaient voir, jusqu'au moindre petit temple de campagne. Il était temps qu'ils retrouvent tous deux leur place dans la vie quotidienne du Clan.
Mais pour conclure ce voyage, il leur restait encore le dernier sanctuaire, celui dont était parti le moine lorsqu'il avait commencé son pèlerinage. Celui de la nouvelle Kannushi, qui avant accédé à cet honneur pendant leur longue marche, et là où ils souhaitaient tous deux trouver une place.

Ils furent reçus par l'avatar de Moegami dans la journée même où ils arrivèrent. La mémoire la plus marquante que garda la Miko de cette rencontre, ce fut qu'elle n'était pas très impressionnée par l'incarnation même de son Kami. C'était une fille superbe, à n'en pas douter, et elle était en tous points impériale dans sa tenue écarlate. Mais elle n'était pas cette présence écrasante, flamboyante, qu'avait imaginée Kurome : c'était juste une personne frêle et visiblement détachée du monde qui l'entourait.
Quelque part, la jeune noble était déçue.

On les laissa élire domicile au temple, et Yoshio parvint à placer sa protégée auprès de son successeur au poste de Jushoku. Il lui procurait conseils et soutien tout en la laissant prendre ses marques par elle-même, ce qui était tout ce dont elle avait besoin. Ses années au temple du château de Nikkou lui avait appris la base de la gestion et de l'organisation nécessaires à un temple, et son travail à Hibana ne fut guère différent. N'étant qu'assistante, elle n'avait pas à s'occuper de la moindre problématique liée au sanctuaire, mais juste à se concentrer sur les tâches qui lui étaient attribuées.
C'était pour elle comme réapprendre à nager après une longue période sans pratiquer : les réflexes étaient toujours là, enfouis sous deux années d'errance sur les routes. Elle n'avait qu'à les dépoussiérer et les affûter de nouveau.
Et c'est ce qu'elle fit. Progressivement, elle s'empara de plus en plus de problèmes, de requêtes et de travaux à faire, tant et si bien que les autres assistants du Jushoku venaient parfois la voir pour qu'elle les aide. Kurome était sur tous les fronts, et elle y était efficace. Grâce à sa douceur et son amabilité, elle fit passer sa prise de contrôle progressive comme une aide providentielle qu'elle fournirait.
Les autres Mikos, les prêtres et les Sohei autour d'elle, tous se laissèrent avoir par sa tactique. Le glissement de pouvoir vers la jeune noble se fit tellement lentement, presque subrepticement... Comment auraient-ils pu s'en rendre réellement compte ?
Lorsqu'elle fut enfin en charge des dossiers les plus importants et le bras droit officieux du Jushoku, elle avait déjà passé deux années entière à oeuvrer au temple de Kaigen, à trimer jour et nuit pour arranger le moindre petit problème, organiser la moindre fête au sanctuaire.

Pendant plus d'une année, elle resta le bras droit du haut-prêtre. Elle était l'interlocuteur de référence sur de nombreux sujets mais ne manquait jamais d'en référer à son supérieur et à Yoshio. Elle participait à la vie du temple en plus de son travail administratif, aux cérémonies et aux prières et à l'éducation des jeunes. Elle n'avait peut-être pas l'affection de la Kannushi, qui ne semblait particulièrement intéressée par son existence, mais l'immense majorité des religieux dans le temple avaient au moins une bonne impression d'elle.
Les jeunes Mikos étaient particulièrement séduites par cette présence apaisante et affectueuse, qui parfois passait aux cours de maniement de la naginata ou à la préparation des repas. Certaines finirent même par devenir ses amies et ses aides, lorsque la charge de travail devenait trop lourde.
Et il y avait bien sûr Yoshio. Son confident, son meilleur ami, celui avec qui elle discutait des messages qu'elle recevait des ses connaissances à la cour de Moe et d'à quel point ils voulaient tous deux repartir en pèlerinage un jour prochain. Lui-même vivait tranquillement en accomplissant quelques rites et en se portant volontaire pour les cérémonies à l'extérieur du temple, ce qui lui permettait de ne pas rester enfermé en permanence... Mais ne l'empêchait pas de mettre son nez dans les affaires de sa protégée dès qu'il en avait l'occasion.

Ce fut d'ailleurs lui qui proposa le nom de la dernière des Iyashi lorsqu'on en vint à devoir remplacer un des deux Jushoku. Kurome avait alors vingt-trois ans, et elle fut la première étonnée d'être considérée pour le poste. Elle avait misé sur au moins trois ans de plus comme bras droit avant d'avoir la carrure pour prendre le poste en lui-même.
Le moine ne voyait pas les choses de cet oeil. Les candidats en lice pour la charge ne lui semblaient ni adéquats, ni qualifiés, et il estimait avoir suffisamment éduqué sa disciple pour qu'elle s'en sorte. Sa position unique d'ancien Jushoku et de mentor fut un énorme avantage dans la bataille silencieuse des nominations, et ce fut principalement son soutien qui permit à la jeune femme de tirer son épingle du jeu.
Il fallut plusieurs mois avant que le nouveau haut-prêtre soit annoncé. Pendant cette durée, tous les candidats firent marcher leurs relations pour obtenir les meilleures recommandations, venant de garants tous plus prestigieux les uns que les autres. La Miko ne s'en sortit pas mal grâce à ses connaissances à la cour de Moe, les membres de son ancienne cour à Keito et les alliés de son oncle Hayato. Mais ce furent les accointances au sein même du temple qui furent déterminantes.

Kurome fut finalement nommée Jushoku. Elle serait en charge de la gestion plus matérielle du temple tandis que son homologue, plus expérimenté, se chargeait de la relation avec leur Kannushi et des affaires ésotériques.
Ce fut très humblement que l'aimable jeune femme accepta sa nouvelle charge, lors d'une cérémonie émouvante et solennelle. Rien de particulièrement faste bien entendu, mais un passage de bâton en bonne et due forme pour marquer le coup. Après que la nouvelle se soit répandue, elle reçut de nombreux messages de félicitations de ses amis et alliés. Dans le lot se trouvait une lettre de Momiji, nouvellement remariée, et une autre de Seiichi. Toutes deux contenaient une épingle à cheveux ornementée qu'elle conserva précieusement.

La nouvelle promue se mit rapidement à la tâche, nommant des aides et distribuant les travaux à effectuer avec sagesse. Même sa jubilation intérieure ne parvenait à la déconcentrer de ses tâches, qui n'étaient après tout que des prolongations de ce qu'elle faisait déjà en tant que bras droit.
Elle sembla d'ailleurs n'avoir aucun soucis à se glisser dans son nouveau rôle. Quelques ajustements de ci, de là, sur sa routine déjà rôdée. Un changement de quartiers et l'acquisition d'une nouvelle pièce, rien qu'à elle, pour travailler. Le reste n'était que détails insignifiants à changer.
Le nombre de lettres qu'elle reçut augmenta toutefois. C'était d'anciens amis, des connaissances de connaissances parfois, qui sollicitaient son aide ou ses conseils. Ce soudain afflux de messagers ne dérangea pas outre mesure la prêtresse : c'était un signe qu'elle avait enfin atteint une position de pouvoir, et que son existence était importante. C'était sa destinée, après tout. Alors elle répondait aux messages, distribuait des faveurs si elles lui semblaient pertinentes. Ses petits jeux politiques avaient dépassé les frontières de la cour de Moe et ça l'amusait énormément.

De nouveau, le temple principal de Moegami se plongea dans une agréable torpeur routinière. Tous connaissaient leurs tâches, les mille rouages des ordres religieux de Setsu cliquetaient sagement dans la grande machine, effectuant leur travail sans broncher ni être interrompus.
Tout était calme. Tout était bien.


Jusqu'à ce que les cieux s'ouvrent et que les Yokais déferlent sur Yokuni. Durant la nuit d'horreur et les jours qui suivirent, le clergé tout entier se retrouva sans dessus dessous. La Kannushi était endormie, un des Jushoku disparu, le seigneur Setsu lui-même était plongé dans la torpeur.
Rien n'aurait pu préparer Kurome à ce chaos. Seules ses années d'entrainement à l'étiquette, sa fierté démesurée et sa rigueur lui permirent de tenir bon dans la tempête. Elle prit vite le contrôle des prêtres, moines et aides paniqués qui couraient partout et se chargea de les organiser comme faire se pouvait au coeur des événements, alors qu'elle-même était au bord de l'explosion. Ce fut la jeune femme qui envoya des religieux dans la ville pour qu'ils soulagent les craintes des plus faibles et qu'ils tentent de regagner leur confiance suite à la fuite des gardiens, à la chute d'Ame.

Tel l'abri durant une tempête, elle prit sur elle de protéger sa maison, celle qui lui avait confiée ses rêves de phénix. Si la Kannushi ne le pouvait, il était après tout normal que ses successeurs dans la pyramide des responsabilités le fassent.
Pendant des mois, elle lutta pour rétablir un semblant d'ordre et de normalité. Elle ne dormait presque plus, se nourrissait uniquement sur le pouce entre deux lectures de compte-rendus et de descriptions de situations aux quatre coins des terres. Et lorsqu'elle se prenait à fermer les yeux, à enfin s'endormir, elle faisait toujours le même rêve étrange d'une lumière lointaine, hésitante, perdue dans un champ d'ombre. Elle avait beau essayer de l'appeler, de s'en approcher, rien n'y faisait.
Elle avait l'impression de devenir folle. Mais elle devait tenir bon, pour son Clan et son Kami. Parce qu'elle avait encore l'espoir que tout pourrait s'arranger.

Seule dans le champs de ruines où s'était dressé le temple principal de Setsu, la jeune fille brune releva les manches dorées de sa tenue. C'était à elle de rétablir l'ordre dans sa propre maison, et elle ne faillirait point à la tâche.
C'était son destin, non ?



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MessageSujet: Re: Iyashi Kurome [TERMINE] Sam 28 Mai - 23:05

Ca devrait être terminé maintenant ! Je suis vraiment, vraiment navrée pour le pavé de compétition sur l'histoire je me suis laissée déborder, c'est maaaaal



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MessageSujet: Re: Iyashi Kurome [TERMINE] Dim 29 Mai - 19:16

Eh bien voila une présentation qui fera mémoire sur le forum. Si son caractère long pourra en rebuter plus d'un de façon évidente, elle est à lire comme un roman et non les narrations habituelles servant à dépeindre dans les grandes lignes le trajet de l'existence d'un personnage à nos jours. Il s'agit ici d'une histoire exhaustive et j'encourage vraiment quiconque à prendre le temps de la parcourir afin de vivre l'expérience que j'ai eu à la lumière de cette lecture.

Rien à dire autre que cela, rien à changer dans le plus petit détail farouchement recherché de ce récit. Travail de Titan à saluer tant il apporte et s'intègre à la storyline parfois compliquée du forum. On sent la quête du plus simple élément au plus large et la volonté d'apporter un domaine encore peu représenté parmi nous qui est souvent pourtant illustré dans diverses maîtrises liés à des ramifications politiques et d'informations. Vivement les premiers pas sur le forum de ce petit papillon enflammé qu'est Kurome et sans perdre plus de temps que cela il va de soi que j'use de mon devoir de validation pour te voir parader parmi nous.

Bienvenu donc, héritière des Iyashi !


Que se passe-t-il en ce moment sur Saigo Seizon ?

Avant de commencer
Tu peux remplir ton suivi après ton premier RP ! Il sera à mettre à jour à chaque fin de sujet RP et à chaque fin de quête ou d'Event.
Attention, les contrôles sont fréquents !

Voici le suivi vierge Setsu !

Remplis aussi ta feuille personnage qui servira aux autres joueurs. Pour cela, dirige toi vers ton profil !
Profites-en pour ajouter à ton profil un lien vers ta présentation et un autre vers ton suivi dans les cases prévues à cet effet.

Côté RP
Les membres sont libres de participer à la création du contexte en partie Encyclopédie. N'hésite pas à ajouter au forum tout ce que tu voudras, il y a peut être de bonnes idées dans le lot !
Pour cela, c'est ici.

Les correspondances d'attendent ! Il suffit de savoir écrire et lire pour rédiger le journal de ton personnage ou bien commencer de nouvelles liaisons. Viens donc rédiger tes lettres !

La partie Analepse te permet de creuser un peu ton personnage en écrivant son passé. Rendez-vous ici.

Tu peux à tout moment proposer des pré-définis ou bien des PNJs pour participer au contexte et au jeu de Saigo Seizon. Rends toi et ici.

Découvre toutes tes possibilités de jeu ici !

Autres
Beaucoup de nouveautés sont prévues et devraient améliorer le forum et sa formule. N'oublie pas de voter pour le forum !

Les membres pourront bientôt écrire l'histoire de leurs clans dans la joie et la bonne humeur !

Des débats sur le monde du forum RPG vont être ouverts.




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MessageSujet: Re: Iyashi Kurome [TERMINE] Dim 29 Mai - 21:18

Bravo à toi, histoire très originale que j'ai eu le plaisir de lire jusqu'au bout Wink


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MessageSujet: Re: Iyashi Kurome [TERMINE]

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Iyashi Kurome [TERMINE]

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