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 [Terminé] Avant de panser les plaies, il faut les inventorier

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Iyashi Kurome

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Kannushi

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MessageSujet: [Terminé] Avant de panser les plaies, il faut les inventorier Mar 31 Mai - 21:06


"Hiromu ? Apportez moi mon kimono avec les phénix en fil de bronze je vous prie. Et dites aux autres aides de tâcher de nettoyer une des salles de méditation."

L'enfant engoncé dans sa tenue de moine obéit promptement, quittant la pièce très vite après une inclinaison franche mais courte. Les yeux striés d'or de la Jushoku le suivirent quelques instants, emplis de bienveillance, puis ils se posèrent de nouveau sur son bureau et les nombreux objets qui s'accumulaient sur sa surface.
Ouvert sur le bois poli, un rouleau de soie portant la marque d'Amadotsu Kodan se détachait des livres de comptes, missives écrites hâtivement et autres lettre à moitié finies qu'elle devrait envoyer bientôt. Le pli du Taisho comportait un message écrit dans un langage fleuri, marque évidente d'un esprit habitué à la politique et aux discours alambiqués. Ce n’était pourtant qu'une simple notification, une manière de la prévenir : le géant de Kazan était en route pour venir inspecter les restes du temple de Kaigen et souhaitait être accueilli avec les honneurs dignes de son rang.
C'était bien normal, après tout. Un homme de cette envergure, fort de son poids politique et militaire, ne pouvait être reçu comme le serait un simple paysan, ou même un aristocrate de moindre naissance.

Si elle l'avait pu, Kurome aurait sorti les grands moyens pour impressionner. Un tour des plus belles pièces du sanctuaire sans doute, un thé dans les jardins propices à la méditation et aux discussions, et une rencontre avec la Kannushi bien entendu. Mais les jardins avaient brûlé, le temple n'était plus que poussière, rocs brisés et cendres voletantes. Et Ame...
Ame ne parlait plus. Elle ne voyait plus personne, enfermée dans ses quartiers où on faisait porter vivres et toilettes dont on ne savait si elles servaient réellement. Peut-être que l'avatar de Moegami n'était même plus dans l'enceinte du bâtiment, mais nul n'avait l'autorisation de pénétrer au sein de son aile. Alors ils attendaient tous, inquiets, qu'elle daigne s'afficher en public. Et chaque jour qui passait renforçait leurs pires craintes.
Si elle en avait eu le droit, la jeune femme de Keito aurait simplement fait fermer le temple le temps qu'il puisse être nettoyé de fond en comble et la maitresse des lieux tirée de son antre. Seulement voilà, elle ne pouvait pas mettre à l'arrêt le coeur même de la religion en Setsu, pas même pour en panser les plaies.
Il était alors bien normal que le bras droit de Setsu Gekido lui-même vienne voir de quoi il en retournait. Et même si sa visite arrivait au pire moment, elle se devait de la rendre aussi fastueuse possible.

Hiromu revint bientôt avec un paquet de bois laqué entre les mains qu'il déposa près du bureau de sa supérieure. Une inclinaison pour lui, un hochement de tête pour elle, et il était déjà reparti de la pièce, laissant la place à deux Mikos plus âgées.
Elles furent également saluées d'un gentil sourire et d'un salut léger, puis la jeune femme se leva de derrière la massive table de bois.
Les deux aides se mirent rapidement au travail pour l'habiller, leurs mains habiles soignant les plis, les noeuds et les nombreuses couches de son kimono de cérémonie. Une sous-tenue blanche, un col supplémentaire vert d'eau, le kimono aux phénix apaisés tissés en fils de bronze, un obi-age gris, un obi figurant des érables écarlates sur fond bleu-vert. Et les décorations dans ses cheveux, à sa ceinture, à ses oreilles... Mille et uns détails qu'il fallait organiser, harmoniser, pour qu’enfin la dignitaire religieuse soit présentable devant de nobles yeux.
Juste à temps, elles finirent leur travail d’habilleuses. Kurome était à présent vêtue comme son rang l’exigeait, très digne dans sa soie ornée d’oiseaux de feu presque pas maculée de cendre. Tout juste eut-elle à épousseter une de ses manches pour chasser la légère couche grise qu’il s’était accumulée dessus. Même les boites en bois ne parvenaient pas à repousser la dévastation ambiante…
Heureusement que ses tenues préférées n’étaient pas au temple de Kaigen, songea-t-elle. Un soupir discret s’échappa de ses lèvres lorsqu’elle se vit dans le miroir d’argent poli que lui tendait une des aides.
Ca ferait l’affaire, vu les circonstances.

Merci. Vous pouvez disposer.

De nouveau, les saluts et les sourires, puis le départ. La jeune Jushoku était seule dans la pièce maintenant, et elle y resta le temps de quelques respirations pour profiter du silence tant qu’elle le pouvait.
Puis elle prit son courage à deux mains, enfila ses chaussures et sortit de la pièce pour s’avancer vers l’entrée du sanctuaire où elle attendrait le chef militaire.
Au moment où elle commençait à arpenter les couloirs, faisant attention à bien enjamber les débris qui n’avaient pas encore eu le temps d’être débarrassés, Hiromu arriva en courant vers elle. Il s’arrêta juste à temps pour ne pas la percuter, hors d’haleine, et dût s’accorder quelques instants pour reprendre son souffle. La haute-prêtresse le regarda faire en souriant, amusée de le voir si dévoué à sa tâche.

L'estafette du seigneur Amadotsu est arrivé, c’est cela ?

Il releva le visage vers elle, les mains toujours solidement arrimées à ses genoux, et fit un signe de tête affirmatif.

Merci Hiromu. Vous pouvez vous reposer quelques instants, je vais à la rencontre du messager. N’oubliez pas de boire de l’eau après vos efforts.

Elle lui dédia un clin d’oeil taquin, sans aucune méchanceté, avant de se remettre en marche tranquillement.

Le soldat délégué par Kodan venait juste de se voir proposer une boisson et une collation lorsque la jeune femme arrivait à l’entrée du temple. Une Miko s'élança vers sa supérieure pour la mettre au courant des noms et statuts du messager, puis elle repartit vers l'intérieur.
Tout en s’avançant vers lui avec calme et grâce, la douce prêtresse le détailla. Il était presque effrayant, dans son armure rouge ornementée, avec ses cicatrices lui parcourant le visage. Quel genre de combat pouvait laisser de telles marques sans tuer un homme ? Quel genre d'homme avait assez de volonté pour se relever après ce genre de blessures ?
De près, c'en était que plus impressionnant. Mais le plus terrifiant dans sa personne, c'étaient ses yeux vides de vie, glacés, observateurs. Comme s'il jaugeait le monde sans y voir la beauté, en vérité, ce qui était pour l'aimable demoiselle d'une tristesse infinie. Sans son éducation parfaite et ses années d'expérience en dissimulation de ses pensées, Kurome aurait même pu avoir un mouvement de recul en l'approchant.
Mais il n'en fut rien : elle s'inclina gravement, et bas, devant son visiteur de marque. Son visage ne trahissait qu'une légère curiosité et sa bonhommie habituelle que nulle émotion négative ne semblait entacher.

"Bienvenue au temple de Kaigen, sire Shinshiro. Votre présence annonce-t-elle comme je le pense celle, très prochaine, du seigneur Amadotsu ?"

L'autre se contenta de hocher la tête une seule fois, économisant ses moindres mouvements, puis se remit à attendre patiemment. La jeune femme lui sourit aimablement et se tourna elle aussi vers l'esplanade dévastée devant le bâtiment, dans l'expectative du son des sabots de chevaux et des voix d'hommes qui ne tarderaient sans doute pas, annonçant Kodan et sa suite.



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Amadotsu Kodan

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Taisho

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MessageSujet: Re: [Terminé] Avant de panser les plaies, il faut les inventorier Jeu 2 Juin - 20:31

Il n'avait fait que remettre constamment le dossier à plus tard, que ce soit volontairement où par le biais d'autres distractions que la vie avait souhaitée dresser sur son chemin. Mais il était un fait que l'homme pieu et le serviteur des Flammes qu'était le récemment nommé Taisho Amadotsu Kodan ne pouvait guère laisser le statu de Kaigen dans l'oubli. En un sens, il regrettait d'avoir ignoré Hibana si longtemps, le souvenir qu'il entretenait de sa dernière visite en était un domaine flamboyant, à l'image même de la spiritualité caractéristique du clan des brasiers infinis.

Il se rappelait le Temple majestueux et son hôte toute particulière dont il avait perçu toute la chaleur engoncée dans cette âme d'apparence glaciale. La nouvelle de sa destruction lui avait été pareille à la froide morsure de l'acier d'une lame tranchant ses chairs de part en part. Mais d'autres faits s'étaient succédé, sans qu'il n'eut pu en contrôler un seul, ballotté dans un chaos de bouleversements sur lequel il n'avait pu espérer la moindre maîtrise.

Depuis son retour du territoire des brumes, tout s'était enchaîné à une vitesse dépassant l'entendement, le fait qu'il se trouvait encore debout et si digne à ce jour ne tenait qu'à l'un d'eux, le plus bienheureux, celui qui était devenu son îlot de paix au centre d'un Océan de tempêtes. Depuis que l'onabugeisha des Chizuru était venu le chercher et raffermir son engagement auprès de lui, il envisageait l'existence d'un point de vu si différent que la fureur de la Destinée passait sur lui comme un ouragan sur un mont inaltérable.

Il avisait le monde avec une paix inédite, fort du soutien d'une mortelle et même de celui d'un Dieu. Maître secret de la Pierre, il avait préservé l'ardeur de l'enfant igné qu'il avait toujours été, faisant écho à son surnom de façon prédestiné. Au sommet de son shire immense, il ne lésinait pas sur la vitesse pour rejoindre séant les lieux dont il avait déjà fait part de sa venue. Suivi de sa garde rapprochée, puisqu'on lui refusait à présent de voyager seul, il avalait la distance le séparant de la demeure de la voix même de Kagutsuchi en ce monde.

Il révérait toujours le Kami avec piété, un autre ayant néanmoins prit sa place d'honneur depuis et de constater l'étendu des ravages que le domaine saint de Setsu avait pu subir lui enserrait le cœur dans un étau. Shinshiro Jigake ne le quittait plus depuis son retour à Kazan, autant par fidélité, supposait-il, que par crainte qu'il ne disparaisse à nouveau comme il l'avait déjà fait. Le Taii était parti au devant afin d'avertir les instances de Kaigen de son arrivée imminente.

Ce dernier s'avérait un homme d'un pragmatisme absolu dont Kodan appréciait la présence tant il parvenait à palier à la tolérance trop grande qu'il se savait posséder, mais il plaignait ceux qui pourraient être amenés à accueillir son lieutenant et faire face à cette antithèse du clan personnifiée. L'héritier des Kiyooki s'amusait parfois à lui deviner une ascendance issue des Glaces de Fukyuu et si un soupçon de vérité pouvait s'y trouver, il n'en aurait pas été étonné pour un sous.

Cela faisait ainsi quelques heures que son second les avait précédés, bien meilleur cavalier qu'il ne l'était lui-même. Sa monture avait beau être l'une des plus massives du pays, capable de supporter la charge de son poids additionnée à celle de son armure sur de longues distances, on ne pouvait pas dire qu'il s'agissait de la plus rapide, bien au contraire. Sur ses flancs, les poneys yokuni paraissaient ridicules, mais bien plus lestes, gravitant tels de petites lunes cendrées et ambrées autour d'un soleil noir.

Bientôt, le Temple apparu au loin, révélant les sévices qu'il avait accusé, sa superbe bien diminuée comparé au souvenir du bushi qui s'en trouva le cœur brisé à sa vue. Ils rejoignirent ainsi le monument en demie-teinte, le général descendant à terre dans un fracas de métal une fois face au seuil de l'édifice, ses yeux sombres rivés sur son ésplanade en reconstruction.

Il laissa Tsuma yōji no kamigami harnaché à son destrier pour pénétrer dans l'enceinte uniquement pourvu de son daisho. Pour toute parure, il portait son armure de façon visible, son haori immaculé glissé pour la partie supérieure dans son obi, son kamôn personnel brillant sur son dō. Les soheis prévenus le laissèrent libre de ses mouvements, mieux que cela, ils le gratifièrent d'un salut martial qu'il leur rendit avec honneur.

Deux mikos vinrent le chercher depuis l'entrée principale afin de le guider auprès de la personne qui maintenait la cohérence de Kaigen tant bien que mal. Le premier Amadotsu ne savait rien de cette dernière, si ce n'était son nom et son rang. Il lui fallut néanmoins une certaine maîtrise de ses expressions pour ne pas apparaître comme déçu de ne pas être mis en face de la Voix devenue muette de Moegami en personne, en lieu et place du Jushoku Iyashi, comme on le lui avait présenté brièvement.

Ce sentiment ne dura que l'instant d'un battement de paupière, car dès lorsqu'il aperçu Jigake, il su que la femme qui se tenait non loin de lui – chose qui était un fait à saluer, d'ailleurs – se trouvait être l'interlocutrice demandée pour sa visite. Elle était d'une beauté subtile et dégageait une douceur infinie qui aurait pu faire chavirer les cœurs de biens des hommes, lui-même doutait qu'il aurait pu résister aux traits délicats rehaussés d'un maquillage d'usage parfaitement maîtrisé si il n'avait pas déjà connu celle à qui sa vie était dédiée.

Son sourire débuta de reparaître alors qu'il plongeait ses yeux de cendre dans le brun-ambré des iris de sa future vis à vis. Tandis qu'il parvint à leur hauteur, sa maussaderie et ses inquiétudes s'étaient envolés devant le talent de la présentation-né qu'incarnait la haute prêtresse dont il n'avait pour ainsi dire jamais vu un tel soin appliqué dans les atours.

Le moindre pli de ces derniers se manifestait comme choisi et étudié. Kodan s'inclina plus bas qu'il ne l'aurait du selon son rang, radieux et étrangement rasséréné. Ce n'était pas comparable à la force que lui prêtait la seule présence de la lancière gardienne de son âme, mais cela n'en fut cependant pas beaucoup moins chaleureux.

O'hayo gozaimasu, Jushoku Iyashi. Je suis Amadotsu Kodan, Taisho des Flammes immortelles au service de Setsu Gekido-sama et du moindre de ses administrés. Je vous remercie de m'accorder cette audience malgré le poids du devoir qui s'abat sur vous en ces heures sombres. Vous connaissez les raisons de ma présence et il me serait pénible d'abuser de votre temps que je sais précieux.

Néanmoins, je dois avouer m'être attendu à un champ de ruines alors que l'on me transmettait les horreurs subies par Kaigen… Soit étaient-elles fort exagérées, soit quelqu'un en ces lieux s'est donné beaucoup de mal pour rendre un son éclat à la demeure de Kagutsuchi.


Il se releva de sa politesse, affichant une expression solaire et facétieuse à la fois, un sourcil relevé par rapport à l'autre et la commissure droite de ses lèvres arquée vers le haut.


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Kazan Chinsei-ka
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Iyashi Kurome

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Kannushi

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MessageSujet: Re: [Terminé] Avant de panser les plaies, il faut les inventorier Sam 4 Juin - 20:34


Le Taii Shinshiro n'était pas une personne des plus causantes. Heureusement pour lui, la dernière dignitaire religieuse active de Kaigen n'était pas du genre à forcer quelqu'un à parler : elle se tenait, détendue et tranquille, à ses côtés sans broncher. Ses yeux étaient fixés sur la grande porte de l'enceinte, sa posture n'exprimant ni impatience, ni inconfort. Elle profitait même de la situation pour réfléchir à diverses affaires dont elle se chargeait, tirant profit du silence quasi-imposé.
Ce ne fut que lorsque le calme fut troublé par des hennissements de chevaux et le cliquetis de leur harnachement que Kurome s'anima de nouveau. Elle vérifia du bout des doigts sa mise, sa coiffure, et se composa un gentil sourire d'occasion pour recevoir le seigneur Amadotsu.
Et elle ne fut pas déçue par le Taisho. On le disait un volcan apaisé, une montagne en marche, et ces métaphores n'étaient pas lancées ainsi, sans base de vérité. Il était immense, bien plus grand que le plus grand des Sohei sous ses ordres, et taillé comme un roc. L'armure sur ses épaules avait beau renforcer sa stature, on pouvait facilement deviner que sa musculature tenait plus de l'ours que de l'Homme... Ce qui était également le cas de sa pilosité semblait-il. Kodan avait tout du général de carrière et elle comprenait qu'il soit tenu en si haute estime même parmi les courtisans.

La Jushoku attendit qu'il la rejoigne aux portes même du sanctuaire, l'observant traverser les rangs des prêtres-guerriers qui le saluèrent sur son passage.
Lorsqu'enfin le géant de Kazan parvint près de la petite prêtresse, ils ne lui laissa pas le temps de s'incliner en première, comme l'usage aurait pu le vouloir. Surprise mais flattée, elle le laissa faire sans dire mot, son sourire se teintant de sincère amusement. Puis il la complimenta sur la tenue du temple, et ses joues tournèrent au rose.

"Vous êtes bien trop bon, Taisho Amadotsu-sama."

A son tour, elle salua d'une profonde courbette, mains proprement posées sur les cuisses. Lorsqu'elle se redressa, elle posa quelques instants son regard sur les yeux couleur d'acier de son interlocuteur avant de baisser les siens pudiquement.

"Le sanctuaire garde malheureusement les cicatrices des plaies qui lui ont été infligées lors de cette tragique nuit, malgré nos efforts. Nous n'avons pour l'instant pu parer qu'au plus pressé, comme vous le verrez j'en suis sûre. Au moins avons nous toujours un toit au dessus de nos têtes, et nos disparus ont pu faire leur dernier voyage..."

Son gentil visage laissa passer une fugace impression de tristesse, de regret, faisant écho aux pensées de la belle. Il ne se passait une journée sans qu'elle ne se lamente de n'avoir pu faire mieux lors des événements chaotiques ayant suivi l'embrasement du ciel.
Mais le passé était passé, et l'on se concentrait sur le présent lorsqu'on voulait avancer. C'était le cas de Kurome, aussi sourit-elle de nouveau à l'illustre visiteur de "son" temple avant de lui faire signe d'entrer dans le sanctuaire avec elle.

Les portes s'ouvrirent silencieusement dans leurs gonds récemment huilés, dévoilant les couloirs tant bien que mal nettoyés du grand bâtiment. Le parquet avait été ciré là où on le pouvait encore, les parois en papier de riz remplacées par des cloisons neuves, les lanternes éclairant les corridors changées. Il y avait une impression de chaleur, de réconfort ce dégageant des bois lasurés et des grands piliers de pierre claire, comme si le bâtiment lui-même essayait de procurer de l'affection et du soutien à ses habitants.
Mais les plaies restaient bien visibles. Là une trace de brûlure sur un mur, ici des marques de griffes des Komainu gravées dans le bois des sols ou encore un monticule de débris qui n'avait encore pu être sorti du temple. Tout le lustre du monde ne pouvait parvenir à dissimuler des dégâts aussi important, qui nécessiteraient de véritables travaux avant de pouvoir être réellement traités.
Et ils avançaient au milieu de cet étrange mélange de ruines et de soin, croisant quelques religieux affairés qui les saluaient avant de retourner à leurs occupations.

"Souhaitez-vous vous rafraichir un peu ou vous reposer avant d'inspecter le temple, Amadotsu-sama ? J'ai fait chercher de l'eau fraiche pour vous et vos hommes, mais je peux également envoyer quérir du thé si vous le préférez. S'il vous sied plus de faire le tour du sanctuaire maintenant, je serais honorée d'être votre guide."

Elle s'arrêta devant la porte d'une des salles de méditation, celle qu'elle avait fait nettoyer avant l'arrivée du Taisho et de sa suite. En attendant la réponse du général à l'imposante stature, elle ouvrit la cloison de papier pour dévoiler une table basse garnie de cruches emailées et de plats de sucreries subtiles, décorées de délicates fleurs de sucre.
Nul ne pourrait dire que la Jushoku et le temple de Kaigen ne faisaient pas honneur aux traditions de l'hospitalité, même dans l'adversité.



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Amadotsu Kodan

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MessageSujet: Re: [Terminé] Avant de panser les plaies, il faut les inventorier Lun 6 Juin - 18:11


Dès les premiers mots qu'elle prononça, le Jushoku de Kaigen se révéla d'une des plus agréables compagnie au regard du bushi des volcans. Percluse des usages, elle ne lui fit aucune faute et se confirma une hôte chaleureuse, personnifiant la sérénité qu'un tel chef-lieu laissait entendre. Malgré cela, le tableau qu'elle lui dépeint de la situation qu'il pouvait contempler de ses propres yeux se trouvait malheureux à voir, d'autant que la jeune femme s'en dépeignit fort affectée, comme si la faute d'un tel phénomène pouvait lui être imputée.

Bientôt, joignant ses propres mots à ses gestes, elle lui fit débuter la visite du domaine qu'il ne reconnaissait qu'à moitié. Son dernier passage au temple datant de sa rencontre avec l'élue de Kagutsuchi, des mois auparavant, il avait beaucoup de mal à superposer les images de ses souvenirs à celles que ses yeux lui rendirent.

Lorsque les lourdes portes de la demeure Divine s'ouvrirent face à lui, il ne put que se montrer surpris par les premiers soins qui avaient été apportés, si bien qu'il fallut que ses iris se posent directement sur les griffures monstrueuses dont les murs avaient gardés la trace pour qu'il fut bien certain que même au cœur du lieu votif, les combats avaient été âpres et sévères.

L'étrange dualité qui se dévoilait alors, entre la beauté des lieux et leur triste état, était un fait qui laissa le guerrier légèrement mélancolique, si bien que l'invitation que lui fit la haute prêtresse lui apparue comme des plus bienvenues. Il accepta d'un humble signe de tête, son sourire revenu sur ses traits pour l'attention qui leur avait été faite, à ses hommes et lui. D'un simple coup d’œil dans leur direction, il les invita à son tour à sa suite.

Quelques instants plus tard seulement, le cercle de guerriers parmi les plus proches du Volcan se tenait autour de la table dressée, attendant de se faire servir plutôt que d'en prendre l'initiative et de paraître indisciplinés, malgré la soif qui était évidement la leur. Le silence fut brisé par le Général lui-même, de son ton enjoué et malgré l'accent rauque des Kazanites dont celui-ci était un pur fruit, à n'en point douter :

Commençons par cela, Iyashi-san. Un thé serait un ravissement, si cela ne vous dérange pas, bien entendu. Il ne sera pas dit de Kaigen que ses blessures puisse affecter sa chaleur ! Vous faites de nous des invités honorés et nous vous accordons toute la confiance qui vous est due.

Le mot d'ordre avait été donné, tous se séparèrent de leur daisho, nouant leur saego à la tsuba de leur katana et wakizashi puis les glissant sur leur droite finalement. Il n'y eut aucun retardataire, ce fut là le mouvement d'un seul homme qui se répéta simultanément dans des mains différentes à chaque fois.

Une fois ceci fait, ils s'inclinèrent tous en direction de la Jushoku, le Taisho compris et se montrèrent patient dans l'attente que leur verre furent remplis. En gourmand, le premier Amadotsu s'était déjà emparé d'une friandise disposée là à leur discrétion et prit mille précaution de l'avoir bel et bien engloutie dans son intégralité avant de reprendre :

Pour le reste de la visite, nous verrons cela plus tard. J'aimerais tout d'abord que vous m'énonciez par vos mots ce qui est ou reste à faire pour rendre le plein éclat à ces murs, leur symbole, comme vous le savez, est d'une importance capitale. Dans un second temps, parlez moi de la Voix de Moegami… Que fait Shimizu Ame-dono alors que son peuple pleure son silence ? Pourquoi n'est elle pas elle-même venue à ma rencontre ou bien, ne serait-ce qu'invité dans sa retraite ?

Il haussa un sourcil à ses propres questions, intrigué bien plus qu'il n'apparaissait guère insulté et poursuivit non sans s'éclairer à nouveau :

Non pas que vous ne soyez pas digne de représenter le Temple à mes yeux, Iyashi-san, ma seule  inquiétude est celle de Setsu toute entier à l'heure actuelle et vous me semblez tout à fait indiquée pour remplir la tâche qui est la votre en cet instant.

Les regards des samouraïs dirigés là où regardait leur maîtres, certains n'osaient cependant pas dévisager la jeune femme, masquant difficilement l'attrait qu'elle exerçait sur eux. Jigake restait impassible, l'héritier des Kiyooki, quant à lui, se montrait tout aussi imperturbable tout en incarnant le parfait opposé de son subalterne vis à vis de la douceur qu'il dégageait. L'héritier de Kazan ne laissa néanmoins pas le silence s'installer trop longtemps pour conclure :

Avant que vous ne me le montriez, j'aimerais connaître l'état des lieux selon vos propres termes. Le clan est amoindri de son cœur et de son esprit depuis que ces derniers se sont réveillés de leur sommeil, je ne veux pas qu'il apparaisse comme uniquement mené par ses bras armés comme cela fut le cas du domaine des Foudres il n'y a pas si longtemps. La spiritualité de notre domaine doit illuminer les espoirs des nôtres et il va de soit que vous obtiendrez ce qui sera nécessaire pour parvenir à ramener Hibana à la lumière.

Il s'installa alors plus confortablement et profita d'un verre d'eau pour se rafraîchir en attendant le thé proposé et accepté, ainsi que les premiers éléments que Kurome pourrait lui offrir en réponse à ses propos.


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Kannushi

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MessageSujet: Re: [Terminé] Avant de panser les plaies, il faut les inventorier Lun 13 Juin - 22:01

Kodan n'avait eu qu'à dire un mot pour qu'une nuée d'aides, de Mikos et de jeunes moines à peine sortis de l'enfance ne se mettent à s'affairer, obéissant au signe de main discret de leur supérieure aux cheveux d'un brun glacé. Le Taisho aurait le droit à un thé vert délicat, cultivé à Keito même, mêlé de fleurs printanières séchées : une saveur différente du simple macha qui était généralement servi, mais il provenait des réserves même de Kurome en attendant que les cuisines puissent de nouveau stocker le thé proprement.
Pendant que les jeunes apprentis religieux s'occupaient de préparer et d'apporter la boisson, la jeune femme se retrouvait seule face au général et à ses plus proches subordonnés. Une situation que d'aucuns auraient pu redouter, mais qui n'effrayait pas outre mesure la haute-prêtresse. Il lui suffisait de se concentrer sur l'immense Amadotsu et sa voix qui roulait comme les pierres le long d'un flanc de montagne. Cet homme avait-il seulement une caractéristique ne renvoyant pas à son surnom ?
Elle se laissait presque bercer par ses intonations rocailleuses, savourant l'accent brutal de Kazan si éloigné de celui, propre et net, qu'elle avait appris à la cour de Moe et qu'elle utilisait encore. Un sourire tranquille sur le visage, elle attendait patiemment que son invité lui fasse part de ses questionnements afin d'y répondre au mieux, ignorant les regards fuyants de ceux qui semblaient gênés à l'idée de la fixer plus de dix secondes... S'ils pensaient dissimuler l'effet que sa présence leur faisait, ils se trompaient assez magistralement, mais ils amusaient également la Jushoku qui avait l'impression de se retrouver au milieu de sa petite cour d'enfance.
Au milieu de ces yeux fuyants et de ces accents chantants, la jeune femme n'en oubliait pas moins de noter chacune des questions de Kodan pour pouvoir y répondre au mieux. Elle fut toutefois chagrinée par celle concernant la Kannushi, sachant ce qu'elle devrait y répondre. Elle savait que le Taisho l'avait déjà rencontrée et imaginait bien qu'il aurait aimé la revoir, surtout après son tragique sommeil prolongé...

Alors que tous ces nobles guerriers finissaient de s'installer devant la frêle Jushoku, la volée de jeunes apprentis pénétra timidement dans la salle. Un mouvement de tête, un geste gracieux du bras, et voilà qu'ils s'affairaient à remplir les verres des combattants, s'appliquant à ne surtout rien renverser et à ne pas se brûler avec leurs théières de fonte, le tout sous le regard joyeux de la dernière des Iyashi. Chacun de ces petits habitants du temple était comme un parent éloigné à ses yeux, et elle était presque émue de les voir ainsi servir parfaitement des invités de marque. D'autant plus qu'il s'en sortaient tous très bien. Elle prit note de leur faire porter des mochi et des prunes séchées et salées ce soir, après leur dîner.
Quelques instants après être entrés, les jeunes ressortirent de la pièce, laissant dans leur sillage des verres pleins de thé fumant. Et Kurome, enfin satisfaite de voir les invités du sanctuaire correctement installés, s'inclina avec grâce devant eux avant de s'asseoir également.

"Vous êtes de nouveau bien trop bon à mon égard, Amadotsu-sama. Je ne suis qu'une simple gestionnaire de ce temple, et non point la Flamme guidant l'âme même de Setsu. Je puis organiser le soin des plaies physiques, tant du Temple lui-même que des habitants aux alentours... Mais je ne suis pas celle qui leur rendra espoir et les inspirera. Cette tâche est celle de la Voix même de notre Kami..."

Elle prit une longue inspiration, calmant par là les émotions qui se bousculaient dans sa gorge. L'envie de crier, celle d'abandonner la tâche de titan qu'elle se retrouvait à devoir accomplir, la tristesse à l'idée qu'Ame n'aie même pas daigné apparaitre devant ses propres suivants ou ses amis. Rien qu'elle ne puisse montrer à Amadotsu Kodan, très occupé et non moins important membre de la noblesse du Clan.

"... Mais comme vous le voyez, Shimizu-sama n'est pas des plus présentes en ce moment. Pour tout vous dire, elle s'est enfermée dans son aile du sanctuaire et nous n'avons aucunement le droit de la déranger. Nous ne pouvons que lui apporter de la nourriture aux portes closes de sa demeure personnelle et prier pour qu'un jour prochain, elle nous éclaire de nouveau de sa présence."

Prières qui restaient désespérément sans réponses, ce qui l'inquiétait au plus haut point. Elle finirait par se demander si la Kannushi ne s'était pas simplement enfuie dans la nature, profitant de la situation pour se libérer du fardeau de sa position. Ce n'était probablement pas dans la nature d'Ame, mais tant qu'elle ne donnerait de signe de vie, cela resterait une possibilité.
Dans l'immédiat toutefois, Kurome n'avait ni le temps ni l'envie de forcer les portes du sanctuaire personnel du dirigeant suprême des ordres de Moegami.

"Nous devons donc nous concentrer sur les tâches à notre portée, nous qui n'avons pas été touchés par la grâce de notre Kami lui-même. Nous avons de nombreux sols encore abimés par les griffes des monstres nous ayant attaqués, le toit des bâtiments utilitaires a été touché par les flammes et moults piliers et murs son également à changer. De nombreuses chambres pour les invités de marques sont encore à nettoyer et à remettre en état, et les jardins sont absolument épouvantables. Il nous faut également remplacer les Komainu, certainement par d'autres statues pour ne pas provoquer inutilement la population locale."

La jeune femme se laissa le temps de reprendre son souffle, permettant à son auditoire de prendre la mesure des travaux encore à effectuer. Elle même semblait assez sereine, buvant sans broncher une gorgée de thé, drapée dans son kimono impeccable.

"Après quoi nous pourrons rallumer la flamme sur l'esplanade. Et, si Moegami nous le permet, celle dans les coeurs des croyants de Setsu."

Ses yeux pleins d'espoir, de foi lumineuse, se posèrent dans ceux du Taisho comme pour tenter lui insuffler sa tranquille confiance en l'avenir. Elle souriait toujours, comme si la montagne énorme de tâches à accomplir n'était qu'un léger inconvénient, une ornière dans le chemin qui serait bientôt derrière eux.



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Amadotsu Kodan

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MessageSujet: Re: [Terminé] Avant de panser les plaies, il faut les inventorier Mar 21 Juin - 19:36


À peine la demande de mon Taisho fut faite que s'affairèrent une myriade de petits serviteurs autour de nous en un ballet si bien ordonné qu'il me fallut qu'un infime instant pour y trouver un parallèle avec la parade d'une division. Leur discipline et leur précision n'auraient pu m'échapper quand bien même l'on aurait pu bander mes yeux lors de cette démonstration.

Bientôt, ils furent passés, laissant dans la pièce chaque tasse remplies, de nouvelles friandises déposées proprement et je ne vis ni la moindre goutte, ni aucun rebut à terre bien après leur disparition. Mon avis sur cette femme allait changeant au fur et à mesure que cette entrevue se prolongeait et j'y trouvais pour une fois un intérêt.

Si l'accueil de la noblesse m'avait toujours laissé de marbre, m'insupportant même parfois, tant cela s'avérant une perte de temps, de voir ainsi ces troupes juvéniles s'agiter avec méthode et organisation me laissa croire en la capacité inattendue de véritable leader-né de cette Kurome. Son geste aurait pu échapper à mes pairs et à mon Seigneur, mais mes yeux ne furent pas dupes de la discrétion qu'elle eut pu mettre dans ce dernier et qui avait provoqué ce spectacle dont je fus le témoin appréciateur.

Elle n'était donc pas uniquement l'une de ces femmes que l'on mettait là pour faire joli, quoiqu'en cela, elle brillait parfaitement, mais elle faisait preuve d'un talent dont j'étais certain qu'il manquait encore à bon nombre d'officiers du commandement de l'armée des Brasiers. Pour l'usage, nous primes tous une première gorgée du breuvage pendant qu'il fut encore brûlant sans s'en montrer affecté en digne fils des Flammes que nous étions.

Enfin, l'échange reprit entre notre hôte et mon Général pour quelque chose de plus mondain, l'humilité déployée par la jushoku aux mots de mon maître apparaissant déséquilibré au vu du manque total d'initiative que la soit-disant porteuse de la Voix de Moegami. Je ne peux qu'avouer m'être laissé séduire par l'implication qui se dépeignait sur les traits de la haute prêtresse tandis qu'elle poursuivit son discours, excusant l'inutile Kannushi dont nous dépendions tous pourtant.

Je n'eus jamais l'insigne honneur d'être mis en présence de cette personne dont le Gouverneur de Kazan et l'héritière des Iyashi traitait, mais je ne pouvait croire être le seul à penser que Setsu ne lui devait rien à elle, que des personnes comme Mononoke, le Volcan Apaisé ou cette Kurome étaient de ces gens qui faisaient la véritable gloire de mon clan.

La révélation de la religieuse ne fit qu'enfoncer plus profondément le clou de ma conviction à propos de celle que Kagutsuchi avait choisi pour demeure de chair. Ma foi pour mon kami protecteur était et subsiste à ce jour impeccable, seules ses capacités peuvent amener la purification sur les Terres Impériales.

Mais parfois, j'en viens à croire que sa kiseru divine ne soit pleine d'un tabac de mauvaise facture qui lui aurait fait tourner la tête lorsque j'entends parler de Shimizu Ame et de ce qu'elle représente. Quoiqu'il en soit, vint bientôt l'état des lieux demandé, mais la question et la réponse avaient étés prononcées pour la simple forme de le faire, car il n'était rien d'autre qu'un renfort en mains d’œuvre que les bataillons du Phénix guidés par l'autoproclamé Amadotsu pourraient offrir.

Je doutais qu'elle en fut ignorante, car déjà, je me sentais certain que la prêtresse accumulait simplement les aides bienvenues, de quelque bord que cela pouvait venir. Les fonds dont elle aurait besoin viendraient de la noblesse, les matières, des commerçants… Au moins était-il évident qu'une légion serait déployée en Hibana pour sécuriser et apporter soutien à la reconstruction.

Mais alors qu'elle conclue et riva son regard dans les prunelles sombre de l'héritier des Kiyooki, aucun d'entre nous n'aurait pu ne pas jalouser notre Seigneur de jouir de sa position tant il fut intense en tout point, auréolant d'une passion que nous aurions tous suivis jusqu'à la mort si elle nous en avait fait la demande. Je n'étais pas sans savoir que des événements avaient changés dans la vie de mon Taisho, mais que cela ait pu le modifier au point qu'il puisse ne montrer aucun affect autre qu'une désarmante politesse face à la merveille que représentait Kurome m'impressionna.

Aucun autre orateur n'aurait pu se révéler parmi nous pour répondre à notre hôte, autre que lui. Devant nos yeux et face au silence radieux imposé par la dévote, il leva sa tasse de thé à sa droite dont il apparu qu'il l'eut vidée totalement et déclama alors non sans la désigner de sa main libre :

Ah ! Je reconnais bien là les fragrances florale des feuilles de Keito ! Leur douceur et la délicatesse de leur arôme vous plongent dans la tiédeur même du printemps ! Je me sens revivre et honoré par cette attention ! Les feuilles de Keito, une sensation pure.

Je fus tout bonnement ébahis par l'incongruité de cette réplique, mais au sourire qu'il rendit ensuite, ma conscience eut un éclair de lucidité. J'étais sincèrement persuadé que l'homme qu'était Kodan ne manquait en aucun cas de respect face à ce qui avait été dit, c'était tout bonnement sa façon d'être et d'alléger le sujet afin de renforcer encore la confiance des propos que la belle descendante des Iyashi avait eut.

Fort heureusement, il poursuivit son discours de cette voix dont nous partagions lui et moi l'accent, mais pourvu d'une chaleur qui ne se trouverait certainement jamais dans la mienne :

Domo arigato, Iyashi-san, pour tout ce que vous faites, vos gens et vous-même. Je ne crois pas être trop bon en annonçant que la seule Flamme guidant l'âme des Setsu ici est la votre, si celle qui en est la voix est cloîtrée dans ses appartements et se refuse aux visites et aux apparitions. Vous panserez les blessures de ce temple comme vous le faites déjà et je n'ai pas l'ombre d'un doute quant au fait que vous serez bien à la source du retour à l'espoir et à l'inspiration dont vous vous interdisez le mérite à venir.

Ces temps sont terribles, certes, mais ils sont aussi source de grands changements. Si la tâche appartient bien à celle dont vous parlez, son aliénation à ses sujets nous oblige à nous préparer à passer outre. Mon cœur se rassure de voir qu'une partie de la solution existe déjà en Kaigen. Vous m'apparaissez comme ayant les choses bien en main et je me sens presque de trop entre ces murs. Mais je ne veux pas dire là être venu pour rien.

Votre état des lieux est certes complet, mais il va me falloir le voir de mes yeux pour considérer ce que l'Armée vous adjoindra comme aide.


J'avisais mes pairs sourire aux mots de mon Général, la commissure de mes lèvres trahissant même d'un soupçon d'expression. Amadotsu Kodan ne m'avait jamais semblé être un maître du verbe et des usages comme la haute prêtresse qui nous faisait grâce de son accueil travaillé. Il n'était à la tête de la totalité des armées du clan que depuis une soixantaine de jours et ce n'était que depuis quelques semaines qu'il se mêlait enfin à ses troupes.

Mais si son ton n'avait rien d'une douce caresse, si il s'avérait maladroit dans les termes qu'il choisissait parfois, il donnait l'impression de voir en chacun de nous un élément précieux, prépondérant à l'identité même du clan et en sa force. Et cette foi en l'homme et en l'avenir que je n'étais pas certain de tout à fait partager avec lui, il le faisait avec cette Iyashi Kurome dont l'aura plus que la beauté nous avait tous séduit.

Dès mon premier pas posé en Kaigen, j'étais déjà certain de ce qu'il ferait pour ce haut lieu de prière, mais qu'il en vienne à passer si simplement sur l'implication de la kannushi était un coup que je n'avais guère vu arriver et qui était à mettre au crédit de notre vis à vis. Après tout ce que j'avais pu entendre à propos de Shimizu Ame de la bouche même de mon Seigneur, qu'il se soit résolu à sa pure et simple éviction de la résurrection du temple était presque choquant, même si l'on considérait l'urgence de la situation du domaine des Disciples de Moegami.

Je haussa les épaules intérieurement, mes préoccupations n'étaient pas là de toute façon. Je n'étais pas destiné à rester, Moe s'avérant devenir mon devoir bientôt. Je laissais donc ces deux âmes s'embraser de concert pour que le mouvement de la renaissance puisse prendre son envol.

Nés des cendres, y retourner, en réémerger… Tels sommes nous en ces frontières.


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MessageSujet: Re: [Terminé] Avant de panser les plaies, il faut les inventorier Jeu 23 Juin - 23:12

Amadotsu-sama était décidément un personnage aussi surprenant que séduisant. C'était le seul qui restait de marbre face à elle, alors que tous ses suivants tentaient de détourner le regard ou de reprendre leur contenance, mais également le seul qui la fit rire franchement. Sa tirade d'appréciation du thé de sa région avait été tellement impromptue et sincère que la Jushoku se laissa aller à exprimer doucement son amusement, dissimulée derrière la manche de son kimono de cérémonie. Un son gentil, qui enlevait le poids sur ses épaules et résonnait comme une clochette dans la pièce de réception.
Elle reprit cependant bien vite sa contenance pour écouter les paroles du géant de Kazan tout en buvant lentement son thé, s'arrêtant par moments pour se concentrer plus fortement sur ce que lui disait le titanesque général.
Kurome ne put s'empêcher d'incliner profondément sa jolie tête à chaque compliment que lui faisait son vis-à-vis, rougissant délicatement au passage. Elle avait pourtant l'habitude des flatteries, en bonne habituée des cours et des manipulations politiques... Kodan semblait toutefois bien plus sincère que les courtisans aux dents longues dont elle recevait d'habitude les attentions, et la prenait donc à contre-pied. Ce n'était pas désagréable, en vérité... Elle pourrait vite s'habituer à être mise en valeur par un guerrier plutôt qu'un noble gratte-papiers.
Mais là n'était pas l'objectif de cette discussion.

La seule surprise du discours du Taisho fut sa promptitude à passer outre l'autorité d'Ame. Il l'avait pourtant déjà rencontrée, et avait semblé particulièrement peiné en voyant que ce n'était pas la lunaire Kannushi qui l'accueillait aux portes du sanctuaire. Les paroles de la solaire haute-prêtresses avaient-elles réussi à le convaincre de l'inutilité actuelle de l'élue de Moegami ? Etait-il plutôt en train d'essayer de faire lui-même le deuil de sa présence pour l'instant ?
Quelle que soit la réponse, il ne devait le faire de gaité au coeur. La gorge de la Jushoku se serra et elle tendit instinctivement le bras pour poser sa petite main pâle sur l'avant-bras protégé du géant. Non pas qu'il aie spécialement besoin de réconfort, non... Mais elle souhaitait tout de même lui signaler qu'il n'était pas le seul à se lamenter de l'absence d'Ame, et qu'elle comprenait la situation.

"J'ose encore croire que notre Kannushi bien-aimée ressurgira bientôt et qu'elle nous guidera hors de cette longue nuit. Tout espoir n'est perdu tant que nous continuons de prier Moegami : il est après-tout le Kami du renouveau. La flamme ressurgira d'une braise s'il le faut."

Elle enleva alors sa main et rassembla le tissu de son kimono pour se lever plus facilement. Ses invités avaient tous fini leurs thés et la collation : ils avaient certainement hâte de faire le tour du temple désormais. C'était le but de leur visite, non ?

"Si je peux vous inviter à me suivre... ? Je souhaiterais vous montrer les dégâts comme vous me le demandez, afin que vous puissiez constater l'étendue des dommages."

Gracieuse comme l'oiseau, elle se redressa promptement sur ses pieds et fit signe a ces messieurs de la suivre à l'extérieur.

A peine la porte passée, la parenthèse se referma. Le temple n'était pas impeccablement nettoyé et approvisionné comme la salle de réception le laissait croire. Une légère odeur de bois brûlé flottait même dans les airs, malgré l'aération acharnée opérée par les religieux.
La petite procession s'avança dans les couloirs à la suite de la non moins petite prêtresse. Des Sohei les suivaient des yeux lorsqu'ils passaient devant, comme pour vérifier que personne ne se montrait inconvenant avec leur supérieure, puis ils retournaient à leurs occupations lorsqu'ils étaient satisfaits de savoir en sécurité la Jushoku.
Laquelle faisait, pendant ce temps, office de guide attentionné. Elle ne manquait jamais de signaler une marque réellement large sur le sol pour que tous l'enjambent en toute sécurité, ou bien une poutre laissée là en plein milieu qui nécessitait une escalade rapide pour être franchie.

"Comme vous pouvez le voir, nous avons tenté de dégager en priorité les accès les plus utilisés. Nous n'avons pas encore pu nous occuper des parquets les plus abimés, car nous attendons encore les matériaux dont nous aurions besoin pour remplacer les lattes. Faites attention, ce pilier ne tient plus très bien."


Ils passèrent heureusement devant le bloc de bois porteur manquant de s'effondrer au moindre coup de vent sans qu'il ne tombe sur personne.

De temps en temps, Kurome ouvrait les portes coulissantes d'une pièce et laissait Kodan jeter un oeil à l'intérieur, tandis qu'elle détaillait les dommages. Des tatamis éventrés, des pans de murs entiers mangés par les flammes qui avaient surgi dans la confusion, alors que des lampes à huile étaient renversées sans ménagement. Parfois des statues gardiennes détruites au milieu d'une salle de prière, écrasant sous la pierre brisée de précieuses effigies ou peintures. Un spectacle qui arrachait à chaque fois un soupir désolé à la prêtresse.
Mais elle continuait la visite, passant de salle en couloirs à d'autres salles encore, faisant remarquer le moindre détail qui demanderait l'attention de ceux qui aideraient à la reconstruction. Rien ne semblait trop trivial pour la frêle demoiselle : tout devait revenir à la normale pour que Setsu aie une chance d'oublier la tragique nuit où les cieux s'étaient ouverts.
Aucune cicatrice ne subsisterait, pas si elle avait son mot à dire sur la situation.

Enfin, ils arrivèrent aux jardins du temple. Autrefois une merveille de sérénité, ornée de dizaine de plantes aux couleurs diversifiés et impeccablement arrangées pour se mettre en valeur mutuellement, il offrait désormais le triste spectacle d'un champ de ruines. Des carrés entiers de terre avaient été retournés par les griffes puissantes de Komainu. Les arbres avaient été en partie déracinés dans la bataille, parfois envoyés à plusieurs mètres de leur position originelle.
Nouveau soupir de la jeune femme.

"Et voici les jardins. Ce n'est bien sûr pas la priorité... Mais j'aimerais qu'ils retrouvent leur beauté d'origine, si je le puis. Que tous puissent de nouveau venir méditer sous les branches des pruniers lors des nuits tièdes d'été et que les enfants en apprentissage puissent de nouveau voler des cerises lorsqu'ils le souhaitent."

Un grand sourire à demi-nostalgique creuse des fossettes sur ses joues alors qu'elle relève les yeux vers le colosse aux cheveux bruns.

"Qu'en pensez-vous, Amadotsu-sama ?"



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MessageSujet: Re: [Terminé] Avant de panser les plaies, il faut les inventorier Ven 1 Juil - 22:47


Il laissa s'échapper un soupir lorsque sa charmante hôte se montra bienveillante à son égard au point de venir briser la distance les séparant et de poser une main apaisante rapidement suivie de propos qui l'était tout autant. Kodan devait se trouver un livre ouvert pour que la prêtresse puisse ainsi lire ce dont son cœur souffrait sous la surface de ses propres mots au sujet de la Kannushi. Il n'avait jamais bien su interpréter ses sentiments à son égard, cette fervente passion qu'il avait entretenu immédiatement à son contact et la chaleur qu'il avait su trouver cachée derrière le masque impassible de l'héritière des Shimizu.

Celui des Kiyooki était certain cependant que si la femme des brumes qui possédait son amour n'était pas revenu lui présenter sa descendance puis s'être de nouveau imposé à sa vie et si Iha-Naga ne l'avait pas désigné pour élu, l'absence de réaction de la Voix de Kagustuchi aurait été un coup terrible porté aux fondation de son âme. Le bushi trouva néanmoins délicieuse la tentative de leur hôte pour adoucir ce qu'elle avait pu voir sous le masque de vaillance qu'il lui avait proposé le long de leur échange.

Rien n'aurait non plus pu lui faire changer d'avis sur la capacité de Setsu de renaître de ses cendres et quand bien même celle qui était investie par Moegami lui-même n'émergerait pas de la poussière avec ceux qu'elle est sensée guider. L'espoir qui brûlait dans la voix de la Jushoku était pleinement partagé par le Général des Volcans et il ne doutait pas n'être tout deux que des exemples parmi tant d'autres de la foi des Setsu en leur capacités à passer caps et obstacles que le Destin leur opposait.

Tandis qu'elle retirait doucement sa délicate prise sur lui, il acquiesça, se joignant silencieusement à ces convictions qu'elle avait exposées. Lorsqu'elle se leva et expliqua la raison de son geste, ses hommes et lui se dressèrent comme un seul dans le froissement du métal et des tissus épais de leurs armures, suivant la grâce dont elle fit preuve, inaudible comparée au vacarme qu'ils produisirent. Et dès qu'ils furent sortis de la salle de réception, la réalité des blessures de Kaigen s'exposèrent à eux.

En guerriers pourtant, de tels dommages ne les choquèrent point et c'est avec gravité et non surprise qu'ils détaillèrent de façon experte ce qui avait pu provoquer telle marque ou laisser un impact dans le mur non loin duquel ils passèrent. De façon disciplinés, ils suivirent ainsi la religieuse dans cette visite tristement appropriée pour les soldats qu'ils étaient, le cœur du gouverneur de Kazan se serrant à la comparaison que ses souvenirs avaient des lieux lors de son précédent passage.

Dix mois plus tôt, il s'était senti écrasé par la magnificence du temple qui avait su enflammer ses sens. À présent il tâchait d'écouter et d'enregistrer chaque mot que leur guide prononçait afin de ne rien perdre aux éléments qu'elle aurait pu leur laisser afin de rendre sa gloire à la demeure de leur Divinité. Le premier Amadotsu trouva malgré tout regrettable de pouvoir visiter de façon si détaillée le monument une fois seulement qu'il eut été réduit à la moitié de ce qu'il fut.

Son imagination tâcha de combler les failles, redresser les piliers, colmater les murs afin de voir par le filtre de son esprit quelle merveille le bâtiment avait pu être, mais il était sûr que sa vision n'était qu'un piètre gribouillage comparé à la richesse qu'avait connu le domaine. Kurome se montra parfaitement méticuleuse, chaque dalle du parvis, les voûtes travaillées, jusqu'au plainte de bois laqué des pièces les plus éloignées du centre du palais spirituel, elle avait recensé la plus simple éraflure qui se devait d'être traitée.

Vinrent enfin les jardins, où s'exprimait selon le samouraï les arts dédiés à la plénitude, prépondérant pour un palais comme celui-ci et du rôle qui était le sien, bien qu'il n'eut jamais pu les contempler lors de ses passages en Hibana. Que l'héritière des Iyashi leur indique qu'il ne s'agissait pas là d'une priorité arracha un sourire charmé au Maître des Armées incandescentes et c'est dans cette expression quasi-paternelle qu'il l'avisa lorsqu'elle lui posa son unique question.

Rasséréné depuis un certain temps déjà de la savoir à la tête de l'entreprise qui verrait Kaigen reprendre de sa superbe, sa voix ne connu pas le moindre soupçon de doute et son enjouement était palpable lorsqu'il répondit enfin :

Le fond de ma pensé est que l'enceinte toute entière du Temple est à refaire. Que le commencement de ce renouveau puisse partir des jardins ou d'une alcôve masquée de tout les regards ne change rien… à dire vrai, il s’agirait même de l'inverse : Ces promenades sont le premier visage des lieux. Soignez les apparences avant même de vous attaquer au cœur. Si ceci était une bataille, j'oserais la comparaison qui m'est connue : Une victoire peut tout à fait s'acquérir si l'on fait croire à l'ennemi que la défaite est inéluctable.

Pour mon adversaire situé au loin, les poupées de pailles que je dresse au sommet des collines sont tout autant de guerrier qui prendront les vies des siens. Si il n'y a pas d'ennemi à considérer ici, prenez en compte mon exemple. L'illusion offerte renforcerait le courage, le courage alimenterait la passion… Bref, l'étincelle engendrerait l'incendie dont nous seuls sommes capable. Je vous délivrerais deux divisions entières des sapeurs de Moe.

Si les armes de sièges sont leur domaine de prédilection, l'architecture n'a aucun secret pour eux non plus. Je vous fais une confiance totale pour faire de ces destructeurs les meilleurs constructeurs qui soit. Néanmoins, je ne suis pas le mieux placé pour vous octroyer les matières dont vous parlez. Tout juste mon kamôn pourra vous être un soutien de plus dans vos relations commerciales, mais du peu que mes pieds me menèrent à la cour de Nikkou, le nom des Iyashi n'y étant pas inconnu, je suppose qu'il s'agit là d'un terrain que vous maîtrisez au moins autant que l'accueil de vos hôtes… N'est ce pas, Kurome-san ?


Son aimable sourire avait légèrement glissé vers une expression espiègle, mais sans qu'aucune méchanceté n'y soit décelable, quand bien même fut il possible qu'un tel sentiment puisse s'imprimer sur les traits du Seigneur des Volcans.


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MessageSujet: Re: [Terminé] Avant de panser les plaies, il faut les inventorier Dim 3 Juil - 11:59

La comparaison avec une bataille était surprenante, mais n'était absolument pas malvenue. La reconstruction du sanctuaire serait effectivement un véritable tour de force nécessitant de la sueur, des larmes et le travail combiné de centaine d'âmes avant d'arracher un semblant de victoire : rallumer la flamme de la foi au sein de Kaigen, et dans les coeurs de tout Setsu. Ce n'était pas un combat perdu d'avance, mais ils ne partaient pas non plus avec les avantages que la Jushoku aurait aimé posséder, comme la préparation ou la présence de leur général attitré. Enfin, elle ferait certainement avec ce qu'elle avait : sa débrouillardise et ses relations. Il s'agissait d'un bon début.

La jeune femme aux cheveux bruns souriait désormais plus joyeusement, le regard concentré sur son interlocuteur immense, les mains posées délicatement sur son obi ouvragé. Un léger souffle de vent vint faire tinter les boucles d'oreilles en forme de petites flammes qui ornaient ses oreilles, comme pour rappeler les fûrin qui auraient dû être attachés aux arbres du jardin.
Au rappel de ses prouesses dans les cours du Clan, elle inclina joyeusement la tête et laissa échapper un petit rire modeste.

"J'ai effectivement quelques amis dans diverses cours, Nikkou n'y fait point exception. Je tâcherais de me rappeler à leurs bons souvenirs afin d'obtenir leur aide et ne manquerais pas de citer votre immense générosité dans mes lettres. Face aux deux divisions que vous me promettez, ils seront bien obligés d'envoyer leurs meilleurs atouts pour espérer briller... Votre don, Amadotsu-sama, sera des plus utiles sur bien des plans. Je ne saurais assez vous remercier pour votre générosité."


La demoiselle s'inclina franchement cette fois, presque à angle droit, devant le géant de Kazan. Lorsqu'elle se redressa, ses yeux se perdirent quelques instants dans l'observation des jardins. On ne pouvait douter qu'elle les imaginait du temps de leur splendeur, parés de leurs plus belles couleurs et peuplés de religieux de divers rangs. Elle pouvait presque entendre les rires des enfants jouant à déranger les carpes des bassins.
Kodan avait raison, elle devait commencer par ce lieu symbolique avant de s'attaquer aux cicatrices des bâtiments. Pas uniquement parce qu'il s'agissait d'une part importante de l'image du temple, au même titre que les Komainu ou la flamme sur l'esplanade, mais également parce que c'était le lieu qui comptait le plus aux yeux des Miko, Sohei et autres moines vivant à Kaigen. Les religieux sous ses ordres étaient bien plus importants que les marques de griffes sur des parquets : ils devaient redevenir sa priorité.
Si cela passait par la priorisation des jardins sur les murs, sols et piliers du temple, elle changerait bien volontiers l'ordre dans lequel elle s'occuperait des soucis divers.

"Je vais suivre vos conseils et concentrer nos effort sur ces jardins. En attendant les matériaux, la main d'oeuvre que je pourrais solliciter auprès des maisons nobles du Clan, nous pourrons nous en occuper avec les seules mains présentes dans ces murs. Nous créerons de nous-mêmes les statues de paille les plus magnifiques que vous verrez de votre vie, à en faire pâlir d'envie les jardiniers de Birei même."


Une flamme s'était allumée dans son coeur, et elle ne pouvait s'empêcher de l'exprimer. Son ton se fit passionné, sa voix devint plus chaude et suave comme lorsqu'elle devait faire une discours visant à motiver les foules.

Dans la solitude de son esprit, Kurome voyait déjà l'achèvement des travaux. Les pelouses verdoyantes, les arbres chargés de fruits, le clapotis apaisant de petits ruisseaux tranquilles. Plus que réparer simplement les dégâts, elle comptait bien améliorer le paysage avec l'aide de ses subalternes : elle leur demanderait leur avis, ils pourraient construire ensemble quelque chose de plus beau, de plus personnel que le précédent arrangement paysager, sans pour autant perdre l'âme des lieux.
Et peu lui importait qu'elle n'aie peut-être pas le droit de changer ainsi le paysage, qu'il s'agisse potentiellement d'une tâche que seule la Kannushi pouvait décider de mener à bien ! La Jushoku savait que les anciens lui résisteraient, tâcheraient d'invoquer son poste de théorique inférieure à Ame... Elle n'aurait qu'à les charmer comme elle savait si bien le faire. Ce projet était devenu sien à partir du moment où l'idée avait franchi les lèvres du Taisho et elle ne se laisserait pas abattre par de mesquins suiveurs.

"Vous serez bien sûr le bienvenu lorsque les travaux seront terminés. Nous pourrions peut-être même intégrer de la pierre volcanique de Kazan dans ces jardins, en souvenir de votre bienveillance à notre égard..."

Un pétillement amusé dans son regard strié d'or, une main fine qui effleure un protège-bras laqué en guise de remerciements, et toujours un sourire aux lèvres. Il n'avait sans doute pas idée de la quantité de reconnaissance dont débordait actuellement le coeur de la haute-prêtresse.



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MessageSujet: Re: [Terminé] Avant de panser les plaies, il faut les inventorier Sam 9 Juil - 7:26

Le doute n'était plus permis face à l'enthousiasme que la haute prêtresse de Kaigen affichait malgré les blessures que son temple exhibait. Il était venu le cœur prit dans un étau en s'attendant à trouver une communauté brisée, à genoux devant l'implacabilité avec lequel le destin s'était acharné sur le domaine majeure de la spiritualité du clan. Ses protecteurs de pierres s'étaient retournés contre leur maîtres, on racontait même que l'oiseau de feu divin était apparu pour frapper ses plus fidèles serviteurs de plein fouet.

Mais face à cette jeune femme incarnant à elle seule une flamme que rien n’apparaissait pouvoir éteindre, le général n'aurait pu se sentir plus rassuré, car une unique braise perdue au milieu des cendres suffisait à faire renaître le brasier caractérisant la foi des Setsu. Elle disposait d'un poids indéniable auprès de la cour pour obtenir les faveurs nécessaires à cette reconstruction, soutenue par l'armée dont il était devenu le maître, il ne manquait aucun outil à la jushoku pour rendre sa superbe à la demeure même de l'âme des enfants de Moegami.

De pouvoir aider et attiser cet âtre vivace qu'il rencontrait pour la première fois seulement réchauffait le bushi au plus profond de son être et s'avérait un premier pas effectif en tant que taisho dans la défense des siens. Il ne manqua pas de s'amuser ni de faire la démonstration de cet état lorsqu'elle lui indiqua suivre son idée et reprit son exemple des leurres.

L'engouement dont elle fit preuve était communicatif au point qu'il aurait juré surprendre plus d'une fois les lèvres de son second s'arquer dans les prémices d'une expression que Kodan était certain de n'avoir jamais vu sur ses traits. Quant aux autres de ses hommes présents, il ne pouvait leur en vouloir d'éviter de croiser le regard de la religieuse ou au contraire, de se perdre dans ce dernier. Son sourire s'élargit tandis qu'il fut certain de devoir sa résistance aux charmes évident de l'héritière des Iyashi à celle qui partageait sa vie dorénavant.

Il retrouvait cette force de caractère propre à Saya que Kurome possédait de façon flagrante, couplé à cela une capacité de meneuse d'hommes dont elle avait fait marque quelques temps plus tôt que seul un idiot simplet n'aurait pas su voir et écouter avec sagesse. Pour sa part, il n'était pas ce genre d'officier sachant s'incarner en un phare, brûlant de mille feux que tous pourraient voir de loin et suivre dans l'obscurité.

Son propre leadership s'était toujours trouvé dans l'exemplarité et l'affiche de ses propres talents, mais ils portaient tout deux à leur façon un flambeau, la façon de le faire importait finalement peu, tant que les résultats étaient là. Elle finalisa alors ses propos enjoués par une invitation et un hommage qui allèrent droit au cœur du bushi des volcans, si bien qu'elle parvint somme tout à faire monter le rose aux joues burinées du guerrier qui s'était préservé jusque là de ce genre de signe d'émoi.

Il surplomba aussitôt la main qu'elle venait de poser sur son avant bras dans un geste autant protecteur qu'intime et annonça la voix forte de son émotion palpable :

Vous m'honorez et je ne saurais me soustraire à retrouver Kaigen et les merveilles qui s'y trouvent déjà. Kazan toute entière serait flattée de savoir un témoignage manifeste de sa chair minéral présente en ces lieux bénis entre tous.

Il retira délicatement sa main superposant celle de la prêtresse afin de la libérer, aucune gêne ne se lisait sur son visage sont le sourire révélait à présent une rangée de dents joyeuses. Certains guerriers de sa compagnie lui furent immédiatement envieux de l'attention dont il avait bénéficié et parfaitement jaloux de ce contact qu'il avait prolongé entre eux deux. Pourtant, loin du samouraï la moindre idée sous-jacente, il se rendait simplement compte faire la rencontre d'un être rare auquel il s'empressait de nouer un profond lien respectueux.

Alors la chose est entendue. Vous aurez l'aide de la caste militaire du clan. J'ai déjà pu voir que celle des membres de notre clergé vous était toute acquise et je vous fais confiance en ce qui concerne la noblesse de Setsu. Il ne fait plus l'ombre d'un doute que le temple est entre de bonnes mains et que ses murs ne resteront marqués que dans nos souvenirs qui s’estomperont avec le temps, contrairement à sa grandeur.

Il joignit le poing fermé droit dans sa paume ouverte gauche, rapidement imité par ses suivants en armure et salua la jushoku humblement avant de conclure :

Je ne vous ferais pas perdre votre temps plus que cela et nous avons tout deux fort à faire de notre côté pour prouver à Yokuni que les disciples de Kagutsuchi sont toujours bien là et que rien ne saurait altérer leur lumière. Je suis heureux d'avoir fait votre connaissance, Iyashi Kurome-san. Il ne fait pas le moindre doute que nous serons amenés à nous revoir dans un avenir proche.


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Iyashi Kurome

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Kannushi

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MessageSujet: Re: [Terminé] Avant de panser les plaies, il faut les inventorier Mar 12 Juil - 17:38

Kodan lui rappelait son oncle, en vérité. Par la carrure certainement, qu'ils avaient tous deux fort impressionnante, quoique le Lion écarlate soit encore plus grand que le Volcan. Mais aussi par leur subtilité, leur prose délicate issue d'années d'entrainement. Ils n'étaient pas que de simple soldats à l'esprit concentré sur la lame et l'Honneur : ils se montraient d'une politesse délicieuse et savaient faire montre d'une connaissance aigüe des coutumes. C'était un trait de caractère qui ravissait positivement la jolie Jushoku, toujours séduite par les traits d'esprit.

Cependant, voilà qu'était venue l'heure des adieux. Elle devait laisser le titan au coeur d'or repartir vers ses propres tâches, ses suivants avec lui, et retourner elle-même auprès des siennes. La promesse d'une aide venant de l'armée Setsu avait allégé son fardeau et c'était déjà bien plus qu'elle n'aurait pu espérer. Et il lui avait également montré une autre voie, qu'elle n'avait jusqu'alors perçue tant elle essayait de se concentrer sur des problèmes toujours plus urgents, toujours plus énormes.
La visite du géant de Kazan aurait été tout, sauf vaine.

"Je me montrerais en tous points digne de votre confiance, Amadotsu-sama, et tâcherais d'insuffler l'inspiration dont vous me fîtes présent dans le coeur des résidents de ce sanctuaire. Kaigen se redressera plus brillant, plus beau encore qu'avant cette funeste nuit, et nous saurons que ce miracle n'aurait pu avoir lieu sans votre aide."

Toujours pleine de reconnaissance, la jeune femme s'inclina devant son invité, puis devant ses subordonnés. En relevant sa tête, elle fit signe aux hommes de la suivre de nouveau dans les couloirs afin de les raccompagner jusqu'aux portes même du temple. Tout avait été dit, il était temps de refermer cette parenthèse désormais.

Le retour fut bien plus rapide que l'aller, la prêtresse n'ayant pas à présenter toutes les pièces et les dégâts qu'elles avaient subi. Ils enjambèrent presque naturellement les débris, ignorèrent les traces de brûlures et de griffes. Tant et si bien qu'une poignée de minutes plus tard, tout le groupe se retrouvait sur l'esplanade devant le temple où des moines tenaient prêtes les montures des samurais.
La haute-prêtresse marcha aux côtés du Taisho jusqu'à son immense monture dont elle se tint prudemment éloignée, sachant que l'animal était un cheval de guerre et non un poney pour enfants. Elle ne tenait pas à l'effrayer par un geste brusque dont elle n'aurait eu conscience.
Lorsque le guerrier massif fut enfin confortablement installé dans sa selle, la jeune brune aux yeux parsemés d'or leva une dernière fois son regard vers lui, son sourire solaire vissé au visage.

"Votre visite aura été plus qu'un plaisir, Amadotsu Kodan-sama. Les portes du temple vous seront toujours ouverte, si d'aventure vous viendriez à passer non loin de Kaigen, et je serais ravie de vous recevoir de nouveau, vous et votre suite."


Elle tourna juste légèrement la tête pour capter le regard de Shinshiro Jigake à qui elle décocha un battement de cils et un sourire ravageurs, comme pour jouer, avant de se reconcentrer sur le supérieur de l'homme couturé de cicatrices.

"Je prierais Moegami pour que votre voyage se fasse sans encombres. Allez sans crainte."

Un dernier salut, et la cohorte d'équidés et de soldats bardés d'acier se mit en branle. Le tintement des sabots sur les pavés de l'esplanade, puis sur la terre battue s'estompa progressivement. Le calme revint enfin sur le sanctuaire du Dieu-flamme, laissant Kurome à ses pensées toutes tournées vers le jardin.
Puis elle retourna à l'intérieur, petit flamme de soie écarlate et or, déterminée de nouveau à se démener pour sauver le bâtiment et la foi qu'il abritait.



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[Terminé] Avant de panser les plaies, il faut les inventorier

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