AccueilFAQRechercherMembresS'enregistrerConnexion

Partagez | .
 

 Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Shuzen Seiko

avatar

Kannushi

Messages : 147
Date d'inscription : 28/10/2013
Age : 27

Feuille personnage
Age: 26 ans
Titre: Kannushi
Liens:

MessageSujet: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Ven 10 Juin - 22:33

Épuisée. S’il existe un mot pour me définir en ce jour, c’est celui-ci. Mon envie de partager et de tout assumer a pris le dessus sur ma propre personne. Durant ce mois à Miyuki, je passais plus de huit heures par jours, parfois, auprès de Tanba-san, à le conseiller, à écouter, à m’instruire sur la gestion d’un Clan, une fois ses plaies guéries. Il en avait besoin, besoin de mes retours, besoin d’une oreille attentive depuis que son épouse est restée à Ite. Le Daimyo est seul et j’ai de suite pris à cœur de veiller sur l’homme fragile qu’il était, étant apparemment l’unique à qui il a dévoilé cette part si peu sûre de lui. Avec les autres, tous les autres, il est différent. Son sourire s’efface, la courtoisie qui le caractérise devient froide et terriblement formelle, j’en ai souvent frissonné pendant nos réunions. Mais lorsqu’il me regarde, lorsque nous pratiquons le kyûdô, lorsque nous discutons, son visage s’illumine et je saisis la vie en lui.

C’est en partie grâce à cette vie que j’ai pu pallier à mon manque de sommeil. Car le soir venu, j’avais à peine le temps de profiter d’un moment de tendresse avec Kitai que mes obligations envers le Clan me rattrapaient. Des papiers concernant la comptabilité, des travaux, les nouvelles admissions, les fêtes et cérémonies à organiser... Ne supportant pas de voir les parchemins s’accumuler sur la table de la chambre qui fut la mienne à Miyuki, j’en traitais des dizaines par tranche de demi-heure, souvent jusqu’au matin. Combien de fois mon aimé, après m’avoir installée dans le futon encore chaud de sa présence, partait s’entrainer et s’affairer à d’autres rencontres pendant que je rêvais de jours plus longs pour liquider tout cela ? Et combien de fois faudra-t-il encore que je le délaisse à cause de ce rang imposé par le Kami des Glaces ?

C’est le jour où je perdais connaissance que je réalisais que je ne tiendrai plus longtemps à ce rythme. On me ramassa en pleine rue alors que je prenais un peu de temps pour moi... le trou noir, d’un seul coup. Après trois jours de repos forcé, la réception d’autres parchemins et des visites de Kitai, de Bankichi, de Katsuya-san, de Hiro-san, de Maeda-san et de Tanba-san, je prenais ma décision. Il fallait que je lâche du lest sur quelque chose... et en voyant le regard inquiet de notre Seigneur, il m’était impossible d’imaginer délaisser ma place à ses côtés. On m’avait dit que les bons dirigeants savent déléguer. Pour moi, les Hauts-Prêtres sauraient gérer Gakushiki et prendre les bonnes décisions, j’en étais convaincue. Ils avaient su le faire après la destitution de Miyuki-san, ils sauraient le faire le temps que Tanba-san prenne de l’assurance.

Cependant, mon sens de l’équité et de la politesse m’empêcha d’envoyer un simple courrier pour officialiser la situation. Après l’avoir fait, je demandais quelques jours à l’Élu du Froid pour me rendre au Temple à pieds afin de leur remettre la missive en main propre et faire officiellement mes au revoir à ceux qui furent ma famille pendant de nombreuses années. Trouvant trop imprudent que j’y aille seulement accompagnée de Kitai, il ordonna qu’une patrouille de Samouraï nous accompagne. Voyant en cette petite route une occasion de retrouver l’amour de ma vie sans craindre d’être vus au grand jour, je réussis à négocier que les soldats prennent quelques heures d’avance ; ils verraient ainsi le danger approcher et pourraient nous avertir si les choses tournaient mal. Sachant moi aussi être inflexible quand je décide quelque chose, Tanba-san finit par céder.

C’est donc le sourire aux lèvres que je me lève ce matin, m’apprêtant pour la route, choisissant un kimono plus léger et pratique pour le voyage. Je fais également demander mon arc et mon tantô, pensant laisser ce dernier en souvenir au Temple pour les remercier de leur aide et m’entraîner une dernière fois au kyûdô avec les Miko. Imaginer quitter définitivement ce lieu me fend le cœur et je prie Itegami avant que nous partions dans l’espoir qu’un jour, j’y retournerais pour veiller sur eux comme ils ont veillé sur moi. Un « Yosh, allons-y » m’échappe lorsque je regarde Kitai, redécouvrant son visage, lui aussi heureux de partager ce moment avec moi. Après avoir promis dix fois à mon Seigneur que je reviendrai vite, nous partons enfin, la patrouille nous ayant devancés durant la nuit.

***

- Cela va me rappeler tout un tas de souvenirs de retourner au Temple. Tu sais, récemment, j’ai repensé à Unmei-san et aussi à Gashiri. Puis à mon arrivée, ton accueil chaleureux, nos échanges chez nous. Nos premiers fous rires, mes premières prières, tes premières danses... et nos premières fois.

Légèrement triste que tout cela soit passé mais encore plus que nous ne puissions pas profiter de la suite comme nous l’avions imaginé, j’attrape sa main pour stopper ses pas quelques instants.

- Je suis désolée, Ki-chan... dis-je en me noyant dans ses yeux bicolores. Je fais mon maximum pour t’aimer mais il me faudrait deux vies pour le faire aussi pleinement que je le voudrais.

Pas vraiment consciente d’être dans un certain déni, je prends sa deuxième main dans la mienne, désireuse de lui faire comprendre qu’il est important... si important.

- Tout ira mieux après cela, je veux y croire. Je passerai toujours beaucoup de temps avec Fukyuu-sama mais au moins... au moins tu auras mes nuits.

Mais je ne peux plus parler. C’est en l’embrassant tendrement que je réalise qu’aujourd’hui, bien que nous soyons toujours en été, le froid est mordant. Bientôt, il neigera sur mes doutes et j’espère que tout ce que je veux promette à mon Sohei se réalisera. Qu’un jour enfin nous puissions nous aimer et qu’Itegami cesse de m’imposer toutes ces épreuves.


L - M - M - J - V - S - D
Revenir en haut Aller en bas
Akogare Kitai

avatar

Sohei

Messages : 75
Date d'inscription : 07/07/2015

Feuille personnage
Age: 25
Titre: Sohei
Liens:

MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Mer 15 Juin - 23:07

Assis sur un mur bordant un escalier descendant, ses yeux aux saphirs de deux teintes admiraient l'horizon lointain où Dame Soleil émergeait pour embrasser les cieux de sa grâce, auréolant ces derniers de milles couleurs, les nuages et les terres allant vers l'astre aveuglant, réchauffant leur tons au fur et à mesure. Lui-même se trouvait dans l'azur sombre de la nuit mourante et voyait la Voie Impériale sortant de la cité devenir de plus en plus rougeoyante à mesure de son approche de la Divinité.

Le lancier était à peu prêt certain qu'en prenant cette route, il pourrait sentir la chaleur à mesure qu'il se dirigeait vers les rayons renaissant du cercle de pure lumière. C'était similaire à ce qu'il avait toujours éprouvé au contact de celle pour qui les battements de son cœur étaient dédiés, du moins, jusqu'à ces derniers mois. Sa vie incarnée face à lui avait été saluée des Kamis, devenue l'une de leur voix, elle prenait ce don d'une confiance supérieur avec pugnacité et ferveur, mais en ce qui le concernait, ils n'avaient fait qu'éprouver sa propre foi.

Seiko, avec qui il avait grandi, grâce à qui il s'était ouvert à la contemplation, aux sourires et au bonheur, pour qui il était devenu un défenseur émérite du Temple de Gakushiki, à qui il avait offert son âme et plus tard, en un temps où tout était plus simple, jusqu'à la moindre fibre de son corps. Il cherchait dans sa mémoire la radiance de son visage lorsqu'elle le dévisageait, ses sourires mutins, ses rires et les maladresses qui avaient bercés les premiers instants de ce nouveau sentiment auquel ils avaient donnés place, la chose lui échappait presque, ses souvenirs se faisant plus flous.

Oh, il l'avait accompagnée où qu'elle aille, tâchant d'être autant un serviteur qu'un amant dévoué, profitant de chaque moments qu'elle lui accordait au mieux de ses possibilités. Mais depuis qu'Itegami avait prit possession de l'héritière des Shuzen, tout lui apparaissait plus compliqué. Le dévouement qu'elle eut instantanément pour cet homme dont elle l'avait maudit de l'affliction d'Être-Élu ne s'était guère présenté comme un obstacle de prime abord.

Les premières heures de cette rencontre avaient trouvées leur place légitime dans la logique du dernier Akogare. Il connaissait sa bien-aimée mieux que tout autre et il avait compris qu'elle prendrait sa propre malédiction comme cause du tord infligé à cet hère devenu Seigneur des frontières du Centre.

Le moine-combattant avait salué la volonté de sa belle de rester auprès de cet homme blessé sur les épaules duquel un pays tout entier venait de tomber et bien qu'il ne su pas grand-chose de la politique, il était loin d'être aveugle pour comprendre que la tâche ne pouvait se montrer aisée au vu des temps maussade qui courraient. Mais les heures s'étaient multipliées pour se transformer en jours, ces derniers muant en semaines qui devinrent mois.

Elle avait passé le plus clair de cette période avec celui qui s'était rebaptisé Hankyou, Seigneur de Fukyuu dont Kitai n'ignorait rien des regards qu'il jetait à celle qui s'était dite son éternelle, pour le peu qu'il ait pu les surprendre. Kitai connaissait cette lueur et l'avait déjà vu dans les prunelles de Hiro, son pair dont il n'était pas sans savoir l’intérêt que celui ci éprouvait pour l'ancienne miko. Mais contrairement à ce dernier, elle n'avait jamais passé la majeure partie des heures du jour en sa compagnie.

La sensation nouvelle que cela faisait naître au sein du prêtre-guerrier était comparable à un étau placé autour de son cœur et dont un bourreau le pressait avec une lenteur infinie. Il ne daignait pas partager son mal avec celle qui lui accordait parfois encore ses nuits, mais lorsqu'il se réveillait seul d'un cauchemar, elle se trouvait souvent déjà parti auprès de celle dont elle jurait devoir se tenir à ses côtés pour le soutenir.

Un jour, alors qu'il était sorti s'adonner à une pratique de son art devenue trop intensive dans le seul but de combattre l'animal qui lui compressait les tripes, il avait surprit en contrebas une scène que ses yeux n'auraient jamais voulu voir. Seiko partageait une séance de kyudo avec le champion des glaces, puis il y-avait eu proximité, leur mains s'étaient trouvées et l'expression qu'avait eu celle à qui il vouait chacun de ses souffles se trouva radieuse comme…

Il s'attrapa la poitrine au niveau du siège même de sa vie, la douleur venait de le sortir brusquement du fil pénible et cuisant de ses pensées. Il se mit à souffler lentement, se ressourçant au vent matinal qui n'avait pourtant rien d'estival, même en Fukyuu. Ses promesses étaient devenues son leitmotiv, toutes celles qu'il avait faite à la nouvelle Voix de Oyamatsumi étaient le moteur de ses actes.

Kitai serra son poing de façon déterminée, avisant la Déesse en éveil devenue plus haute que l'instant précédente, il n'était plus sûr que d'une chose en ce jour et il s'y tiendrait à jamais, dusse-t-il disparaître dans la consomption de son âme pour cela : Il l'aimait et n'exigeait rien en retour. Le sohei sauta de son perchoir jusqu'au bat des escaliers dans un geste fluide. La route les attendaient pour le Temple auquel la nouvelle Kannushi voulait faire l'impasse pour l'avenir.

C'était le lieu de leur amour, c'était le lieu de leur vie, c'était chez eux pourtant. Mais il n'avait rien dit, subissant simplement la meurtrissure que cette révélation lui avait faite sur l'instant, comme si les Glaces bienfaisantes du pays s'étaient retournées contre lui soudainement, le prenant de l'intérieur et lui coupant toute arrivée d'air par la même occasion.

Il balaya cette idée d'un revers mental, rien n'était définitif, il ne pouvait pas penser qu'elle pensait vraiment tirer un trait sur ce monument qui s'avérait autant le toit qui l'avait adopté et recueillie que celui qui avait toujours été celui des Kannushi du Bœuf Divin. C'était une situation ponctuelle qui arriverait un jour à sa fin, Tanba devenu Hankyou devrait se passer de ses services au bout d'un temps… Il l'espérait et priait de tout cœur en tout cas.

L'épuisement dans lequel elle se mettait, aveugle à lui et persuadée le voir pourtant, aveugle de ses propres limites, elle creusait dans ses propre force tout comme elle le faisait dans celle du moine-combattant quand il la voyait s'endormir, presque s'évanouir auprès de lui. Le fait que ce se soit réellement produit une fois avait failli voir le lancier exploser sa rage, courir à la face de ce Seigneur dont il se moquait éperdument et le rouer de coups de ne pas voir le mal qu'il faisait à la plus précieuse personne qu'il connaissait.

Ce matin là, ne souhaitant pas ajouter un poids sur les épaules de son âme-sœur, la seule chose qu'il lui transmis sur le chemin du départ fut son éternel sourire irradiant de douceur, mais dont la chaleur factice masquait le plus douloureux mensonge qu'il se faisait à lui seul.


Il ne voulait certainement pas parler du sujet qu'elle tentait d'amener. Il voulait ignorer chacun des mots qu'elle prononçait, ne pas les avoir entendu. Les pensés de Seiko était pareilles à celles qu'il avait eut lui-même, qu'elle puisse laisser le sous-entendu qu'il pourrait s'agir d'un adieu au Temple était un nouveau coup de lance qu'elle lui infligeait d'un air innocent. Kitai aurait voulu diriger son regard vers elle, le sachant brûlant de colère, le souvenir d'un sentiment qu'il n'avait plus ressenti depuis des années entières et jamais à l'égard de Seiko.

Qu'elle lui rappelle ce qu'ils y avaient vécu était pire, si bien qu'il manqua de s'arracher à ce bras qu'elle jeta sur lui pour retenir son pas. Il n'en fit évidement rien, se noyant dans un premier temps dans ces yeux qui lui firent face lorsqu'elle le tourna à elle. Mais il sembla au lancier que l'ancienne Miko devenu bien plus que cela s'était vouée à sa perte lorsqu'elle s'excusa de faire son maximum pour l'aimer.

Sous entendant dans le même temps qu'un choix devait être à faire, mais que ce dernier n'était pas forcément en sa faveur. La fin de son propos n'eut rien de mieux à lui offrir, si bien qu'il commença de croire qu'il entendait le contraire même de ce qu'elle pouvait réellement dire. Le baiser qu'elle lui offrit alors fut un contact de peaux dans lequel il n'éprouva aucune paix.

Mais il lui sourit, encore, ses prunelles renvoyant une sérénité qui lui était pourtant devenue étrangère, il l'embrassa sur le front pour la rassurer, comme il l'avait toujours fait. Kitai prit la main de Seiko pour poursuivre leur route, la guidant d'un pas dont le rythme était joyeux, à l'opposé de son âme.

Pour autant, alors qu'ils marchaient ainsi, le simple contact des doigts de la plus haute sommité religieuse entre les siens déployèrent une douce chaleur qui ondoya de la pointe de ses phalanges jusqu'à son épaule pour se propager dans l'ensemble de son être progressivement. Ses doutes se dissipèrent, la sombre voûte qui s'était installée sur ses pensées s’estompa délicatement au point qu'il ouvrit les yeux de surprise, choqué de se sentir revenir à la légèreté.

Il s'arrêta et se retourna, son expression d'étonnement sur le visage alors qu'il admirait l'air curieux que son unique lui offrait du fait de son soudain stationnement. Tout ce que le temps pouvait lui offrir en sa compagnie était un cadeau en soit, qu'il ait pu jusque là profiter de sa présence si intensément était une chance dont il avait oublié jusqu'à l'essence. Gakushiki n'était qu'un lieu, des murs et des pièces visités et bien connues, rassurantes peut être, mais ce n'était pas chez lui.

Cette chose là se trouvait face à lui à ce moment, il s'approcha d'elle alors, sans mot dire, ses appréhensions disparaissant à mesure qu'il brisait la distance les séparant et que bientôt, un sens nouveau se trouva tandis qu'il l'enserra sincèrement cette fois, l'embrassant par la même occasion et persuadé que le seul lieu où il avait sa place était celui qu'elle foulait de ses pas.

Ses lèvres s'enflammèrent de ce feu, il se moquait bien de tout ce qui pouvait advenir, il se moquait de n'avoir que ses nuits, qu'une poignée d'heures, même de minutes, tant que le sohei pouvait posséder ces dernières dans l'expression pure de son amour pour elle. Il ne cessait de lui dire qu'il serait toujours là pour elle, alors il décida qu'elle en était déjà pleinement consciente et qu'aucun propos n'aurait à accompagner sa volonté de l'instant.

Tout à son baiser, il finit s'écarter d'elle pour mieux l'attirer à nouveau derrière lui, mais bientôt, le chemin disparu sous leur pieds, le prêtre-guerrier sortant des sentiers pour se diriger vers un bosquet le longeant. Ils s'enfoncèrent ainsi entre ses branches, s'engouffrant parmi les arbres jusqu'à ce que le lancier de la presse doucement contre le plus large qu'il trouva. C'est alors enfin que sa voix passa le seuil de sa bouche, ses mots se perdant dans le cou de la belle tandis qu'il l'étreignait passionnément :

Avoir tes nuits, Sei-chan ? Ne fait-il pas jour en cet instant pourtant et ne sommes nous pas livrés à nous-mêmes en l'état actuel des choses ? Je ne connais pas de maximum à l'acte de t'aimer et j'ai la chance de pouvoir me dédier entièrement et totalement à cela. Un sohei de plus ou de moins ne manquerait à personne. Tu disais avoir besoin de deux vies pour m'aimer pleinement, il m'en faudrait une armée entière. Mais je n'en ai qu'une seule à t'offrir, alors elle te le sera totalement. Dis… Tu te souviens de Shou et Yakuso ? Tu penses que…

Il regarda alentours, ses traits prenants un air de confidence amusée avant de poursuivre :

Tu penses qu'ils ont fait quelque chose dans les bois où nous les avons surpris ? Notre escorte nous précède d'une heure ou deux… Une de plus ne fera pas vraiment la différence, non ?

Ses dents supérieurs mordaient déjà sa lèvres inférieure alors que tout pressé contre elle, il entamait déjà de dénouer la ceinture de son élue. C'était ainsi qu'il voulait profiter de chaque instant que le destin leur laisserait partager. Mais il riva ses yeux vers elle, patientant son assentiment pour poursuivre ce qu'ils pourraient être amené à oser pour la première fois.
Revenir en haut Aller en bas
Shuzen Seiko

avatar

Kannushi

Messages : 147
Date d'inscription : 28/10/2013
Age : 27

Feuille personnage
Age: 26 ans
Titre: Kannushi
Liens:

MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Dim 19 Juin - 22:57

Peut-on aimer au point d’apprendre à mentir, de faire croire à l’autre que tout va bien alors que tout va mal ? Ki-chan fait comme d’habitude mais il ne parle pas, ne répond à aucun de mes mots, continuant de marcher, de sourire et de m’accompagner partout où je vais, peu importe qui se trouve en ma compagnie et comment ceux-ci peuvent le traiter. J’avais vu Tanba-san complètement ignorer mon aimé à plusieurs reprises et, pourtant, au lieu de m’indigner et de défendre l’élu de mon cœur, j’avais feint de ne pas voir cette faute, cette cassure qui n’avait pas lieu d’être entre eux. Suis-je si aveugle aux problèmes, à mes véritables responsabilités pour ne pas les affronter et réprimander la personne qui le mérite, sous prétexte que je me sens coupable ?

Je suis perdue dans la tiédeur d’un avenir incertain bien que dessiné par l’Élu du Dieu des Glaces, perdue dans ce monde duquel je me suis détachée en même temps que de Kitai. Maintenant cette main chaleureuse qui enveloppe doucereusement la mienne malgré le froid et le chaos dans lequel je suis plongée, je prie pour ne plus me perdre ainsi et trouver ma voie. Je pensais avoir découvert le vrai bonheur lorsqu’enfin j’avais battu et chassé le démon qui corrompait mes pensées. Mais voilà qu’à présent affublée de tant de destin incontrôlable et du sort d’un homme que je ne connais que trop mal, je ne sais plus comment penser et qui je suis réellement.

Persuadée que je ne trouverai pas la réponse aujourd’hui, je relève la tête alors précédemment noyée dans la blancheur de la neige, cette pureté qu’il me semble petit à petit avoir corrompu avec des pensées aussi versatiles que mon humeur. Mais lorsque mes yeux rencontrent le regard étonné de mon tout, je m’en étonne aussi, pourtant heureuse de découvrir cette nouvelle expression. Et enfin je sens la différence du Sohei présent par le corps et par l’esprit, celui qui me semblait s’en aller au loin, tandis que je le laissais pour me consacrer à autre chose. J’en ai le souffle coupé, lorsqu’il m’enlace et m’embrasse tendrement, la gorge nouée d’avoir sa réelle présence rien que pour moi dans cet hiver pas encore là mais duquel on peut déjà entendre les murmures annonçant sa venue.

Ainsi guidée par ses attentions et sa lumière, je me rappelle qui je suis : la Seiko que Ki-chan a toujours décrite. La femme qu’il aime et qu’il ne cessera jamais d’aimer. Voilà ce que je veux être maintenant. Et comme s’il avait lu dans mes pensées, mon danseur de foi m’entraine loin des regards indiscrets, dans un bosquet longeant le chemin que nous avons empruntés pour rejoindre notre foyer. Sans perdre de temps, mon amant m’enlace passionnément, chuchotant des mots doux dans mon cou et je laisse un soupir franc m’échapper alors qu’aucune union n’a encore eu lieu. Il me semble que je n’ai pas profité de sa présence depuis des lustres quand mon amour décide de parler finalement, m’expliquant une énième fois combien il tient à moi. Je souhaite un instant avoir moi-même dit tout cela mais me contente d’être comblée par ses mots.

Chacune de ses paroles me fait frissonner de plaisir et, bien que j’en saisisse le son, je ne comprends sa question et son attente qu’une fois ses doigts démêlant le nœud de mon obi, les yeux plein de hâte et d’envies. Rien n’empêche les miennes de se manifester et je sens déjà mon corps réagir à ce qu’il propose tacitement, naturellement, comme si l’évidence avait à nouveau frappé. Parce que je ne vois aucun motif pour refuser ses avances et surtout parce que j’en ai furieusement envie moi aussi, je rougis malgré le froid avant d’articuler quelque chose, la voix tremblante d’émotion.

- Kitai... Ki... tai...

Je ne peux rien dire d’autre, sévèrement attaquée par mon désir, par les battements frénétiques de mon cœur et par la possibilité de l’avoir là, tout de suite, rien que pour moi et sans rien d’autre à penser. J’en ai de la peine à respirer, tandis que j’avance mes lèvres vers les siennes. En même temps que j’investis sa bouche de ma langue, mes doigts tremblants trouvent finalement la ceinture de mon aimé que je détache avec une étrange aisance, pour mon plus simple contentement. Je touche du bout des doigts son intimité déjà prête à aller plus loin, toute aussi prête que moi alors que Kitai termine de se débarrasser plus hâtivement de ce qui le sépare de l’antre de nos plaisirs.

Tous les contacts dont il me gâte à l’instant sont comme des décharges me préparant à l’accueillir encore plus confortablement et, bientôt, même notre position verticale n’est plus un problème à notre union. Kitai se baisse légèrement et, après l’avoir guidé moi-même sur l’ouverture des délices tant attendus, je relève la jambe droite, celle-ci passant à l’arrière de ses reins pour l’inviter à entrer en moi aussi vite et intensément qu’il m’a déshabillée. Nous recommençons en plein extérieur ce qui nous avait uni à Gakushiki mais sans se cacher, cette fois, certains que personne ne peut nous surprendre ainsi en pleine nature. En fait... nous n’en sommes pas certains mais cette liberté de penser que ce n’est pas si grave me donne une force que j’utilise comme aide pour utiliser le tronc comme appui, d’abord avec mes mains et ensuite avec mon dos, pour ménager mon Sohei et le laisser m’investir puissamment s’il le veut.

C’est à l’instant comme si chacune de ses profondes visites me donnait une bouffée d’air, air dont j’ai manqué si longtemps malgré nos instants que je pensais complices. Mais à ce moment, plus aucune glace n’a de place entre nos deux corps, plus aucun mensonge et plus aucun supplice. La prise de ses bras sur mes cuisses et les quelques baisers qu’il égare sur ma poitrine encore bandée me font oublier même d’être discrète, mes soupirs se muant en voix et en articulations de son prénom, aussi claires que l’extase qui nous gagne brutalement, sans prévenir. Je ne me tends plus contre l’arbre qui a supporté nos ébats mais serre tout contre moi ma source de vie, qui doit alors gérer mes excuses en plus de mes maladresses pour me rattraper suite au déséquilibre provoqué par ma bêtise. Encore engourdi de notre intense échange, mon aimé bascule alors en arrière et j’ai les deux réflexes d’attraper sa tête et de pivoter son bassin pour que nous atterrissions chacun sr la neige, sans le poids de l’autre comme risque de blessure.

Je rouvre les yeux que j’avais fermés d’instinct et réalise que, malgré toute cette agitation, nous sommes restés fusionnés, comme deux parties d’un tout. Le froid ne me gagne pas encore tandis qu’un rire m’échappe, ma gorge se nouant dans le même temps et les larmes chaudes faisant fondre les cristaux de froid nous tombant à présent dessus. Pour cacher mes sanglots largement audibles, je passe sur lui, enfouissant ma tête dans son cou et mordant ma lèvre si fort que j’en ai mal.

- Gomene, Ki-chan... dis-je sans pouvoir arrêter de pleurer. Tu me rends si heureuse que j’en tombe à la renverse... Je ne veux que des instants comme ceux-là avec toi... rien d’autre... Juste toi et moi... C’était bien, quand il n’y avait que nous deux et notre amour... C’était si bien... Tu sais, tu peux avoir tout ce que tu veux de moi parce que, moi aussi, je t’aime à l’infini... Des fois je rêve de ne plus être Kannushi et de ne connaitre que le plaisir d’être tienne... Merci de me rappeler que je peux être juste Seiko, parfois... ta Sei-chan... Et tu sais, si Shou et Yakuso n’ont rien fait dans les bois, alors nous pourrons nous venter de l’avoir fait, nous.

Un léger rire, entrecoupé de quelques sanglots encore me fait étreindre MON élu contre moi, la chaleur s’en allant petit à petit mais nos cœurs battant à l’unisson. C’est la seule conviction que j’ai à cet instant.


L - M - M - J - V - S - D
Revenir en haut Aller en bas
Akogare Kitai

avatar

Sohei

Messages : 75
Date d'inscription : 07/07/2015

Feuille personnage
Age: 25
Titre: Sohei
Liens:

MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Sam 25 Juin - 20:33

Il ne l'avait pas débarrassée entièrement de ses vêtements afin de joindre leurs corps en se couvrant mutuellement de leurs atours et préservant leur peau de la morsure des souffles du froid de l'automne. Loin d'eux étaient la maladresse de leur premier échange, malgré l'intensité avec laquelle ils s'étaient offerts alors. Ils ne se préoccupaient pas de faire les choses comme ils auraient pu entendre que cela devait se dérouler, seul la satisfaction de leur infini désir traduisait l'expression de ces derniers.

Engouffré dans le cou de son aimée, le lancier se dit qu'ils étaient bien égoïstes de se livrer ainsi à ces effusions, prenant un minimum de précautions dans leur pudeur malgré le couvert par le rideaux naturel des résineux environnants. Malgré cela, Kitai n'en éprouva pas la moindre honte, tout le contraire même. Ce niveau là leur était dédiés à eux seuls, d'aucuns ou aucunes ne pourraient se targuer de partager avec l'un d'eux cette intimité, ces baisers et cette délicieuse faim les animant l'un pour l'autre.

Il l'enserra par l'intérieur de son kimono tandis qu'elle l'enlaçait de l’extérieur de son propre rempart de tissus afin de maintenir la cohésion de l'abri de leur tenue respective. Chaque friction de leur être fut un renouveau, une caresse faite à son âme, le rassurant et l'alimentant d'une énergie qui lui avait tant manqué ces temps. Dans l'atteinte de l'extase qu'ils ne parvenaient plus qu'à atteindre de concert, l'ancienne miko s'enroula autour de lui sans plus prendre garde à leur équilibre, ce dernier déjà bien affaibli par la crispation de l'effleurement céleste qui prenait le sohei.

Le geste eut pour effet de faire basculer leur balance et eux-mêmes dans le même mouvement, tant et si bien qu'ils tombèrent au sol accompagné d'un petit cri de surprise de Seiko alors que le pauvre moine tentait de la préserver du choc certain. Pourvue d'une envie similaire, sa moitié les fit pivoter sur leur axe et tout deux frappèrent les courtes herbes surplombée d'une fine couche de neige salutaire.

Les prunelles du prêtre-guerrier se rouvrirent en même temps que celles de son élue auxquelles elles firent face dans une expression d'étonnement de prime abord, puis le dernier Akorage se joint au rire de sa belle en réaction de leur situation amusante. Pour autant, l'euphorie ne dura que trop peu de temps, celle de la kannushi se changeant en sanglots qu'elle tenta d'étouffer dans le cou de son protecteur.

Les mots qu'elle ne tarda pas à lui offrir, au lieu de le toucher de tristesse, lui réchauffèrent le cœur. Il aurait tant aimé qu'elle les lui offres bien plus tôt, tandis qu'il s'enfonçait dans le doute de l'équivalence de leur sentiment, lui qui se croyait si exclusif et pensait voir sa bien-aimée partager son amour à d'autre. Mais il ne lui en voulu en aucun cas. Oh, il l'avait deviné juste avant de s'abandonner à elle, quelques instants avant qu'ils ne s'unissent, mais de l'entendre lui réitérer ce serment saupoudré des regrets que le Destin lui avait imposé l'embrasa totalement.

Lorsqu'elle l'étreint alors avec force, il n'est plus de place au moindre nuage dans l'esprit  du lancier et une part de ses souvenirs, ceux qui avaient osés lui laisser croire qu'elle n'était pas aussi sienne qu'il l'aurait souhaité, explosa en mille morceaux. Alors Kitai se retourna, emportant délicatement sa merveille à laquelle il n'était toujours pas détaché et se mit sur le dos. Il se redressa en position assise, poussant sa tendre moitié à l'entourer de ses jambes autour de sa taille.

Lui faisant entièrement face alors, un sourire qu'il n'avait plus eut depuis un mois, peut-être deux, vint illuminer ses traits, comme si aucune peine ne l'eut jamais traversé entre temps et que ce temps de douleur n'avait été qu'un mensonge. Il l'embrassa alors, plein d'une fougue retrouvée qu'il manifesta en elle, son intimité incarcérée dans la douceur de celle de son éternelle apparaissant de nouveau pleine de vigueur.

Rasséréné, prit d'un appétit qu'ils n'avaient jamais contenté deux fois d'affilé depuis le temps qu'ils s'offraient l'un à l'autre, il la souleva par d'onctueux à-coups, lui signalant que leur passion de l'instant n'était en vérité par terminée. Alors même qu'il l’entraînait derechef dans la fusion de leur corps et âmes tout en glissant sa main droite sous les bandages de la poitrine de son amour, il lui murmura à l'oreille :

J'ai aimé Sei-chan depuis que mon regard est tombé sur elle, il y-a de cela dix-sept ans, cette enfant qui me montra la lumière alors que j'étais certain que le monde n'était qu'une vaste étendue de noirceur. Je fus épris de la jeune apprentie miko qui me rejoint au temple, ses sourires et l'éclat du chant de ses rires me jetant aux portes d'un univers de bonheur.

La Kannushi qu'elle est devenue ne diffère en rien de celle qu'elle fut et il n'y a pas à rêver d'être autre chose ou de retourner dans le passé, car mes sentiments et mon serment n'ont pas changés à ton égard. Tu as toujours été auprès des autres, même lorsque ta propre santé n'était pas aussi solide qu'elle ne l'est aujourd'hui. Ton altruisme a prit une ampleur digne de ce que l'on attend de toi et je ne saurais te soustraire à cet amour des disciples d'Itegami, dont tu es à présent la Voix.

Sei-chan, si tu penses que je n'ai pas tout ce que je veux, il est bien une chose que je souhaites te demander… Autorises moi à te suivre partout, car être à tes côtés en toute circonstances me suffit. Je peux être silencieux, me faire petit si tu le souhaites, tant que tu me laisses simplement être auprès de toi. L'infini est bien faible pour mesurer mon dévouement, tu dois le sentir à présent. Je te rappellerais ma Seiko quand je penserais que cette dernière disparaît, ce qui n'est pas le cas.

J'étais trop aveugle pour m'en rendre compte, je ne te ferais plus cet affront, jamais. C'est à moi de te demander pardon, ma vie, mon univers, mon amour, non le contraire. Et pour Shou et Yakusho… Nous n'allons pas tarder à pouvoir les taquiner lorsque nous les retrouverons à Gakushiki avant de dire au revoir au temple ensemble… Et ce que nous aurons à leur compter n'est pas encore terminé…


La préservant du froid dans cette assise et gâtant son buste de caresses, il n'avait cessé en rien le rythme lancinant de ses douces soulevées, plein d'une force que l'épisode contre l'arbre n'apparaissait pas avoir entamée. Qu'elle fusse nouvelle ou sortie de nulle part n'avait pas la moindre importance, il s'offrit pleinement dans le seul souhait qu'elle l'accompagne une seconde fois au firmament.

Unis dans la chaleur de leur proximité entouré de la protection de leur vêtements, investi en elle au plus fort de son être, ce fut comme si l'hiver ne pourrait les atteindre. Mieux que cela, sous l'effort de cette échange passionné, son front perla d'une fine pellicule de sueur trahissant des températures que leur ébat engendrait.

Kitai succédait baisers fougueux et soyeuses attentions de ses lèvres dans le cou et la naissance des épaules de l'enfant des Shuzen à l'image d'une redécouverte de son corps, ce qui était systématiquement le cas. L'attente ne fut pas longue pour les voir atteindre la félicité de cette exceptionnelle union doublée et parmi les étoiles qu'ils visitèrent de concert, après lui avoir gentiment mordillé l'oreille, il lui souffla ces mots :

Sei-chan la Kannushi est Sei-chan, celle que je dois servir à ce jour en tant que sohei, celle que je servirais à jamais en tant que celui qu'elle a choisi pour elle.


Son éternuement se répercuta dans la vallée pour la troisième fois déjà. Inévitablement, il avait prit froid dans l'excès de confiance qu'il avait eu de pouvoir protéger son amour de la morsure des basses températures alors qu'il s'était tenu les fesses sur le sol gelé pendant si longtemps. Tout à fait gêné, il rassura Seiko du plat de la main, se mouchant dans un tissus prévu à cet effet. À vrai dire, il aurait pu apparaître comme piteux, il n'en était néanmoins pas autrement que le garçon le plus heureux et fou amoureux de Yokuni à cet instant, persuadé d'avoir retrouvé pour toujours celle qui complétait son cœur depuis qu'il était enfant.
Revenir en haut Aller en bas
Shuzen Seiko

avatar

Kannushi

Messages : 147
Date d'inscription : 28/10/2013
Age : 27

Feuille personnage
Age: 26 ans
Titre: Kannushi
Liens:

MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Mar 5 Juil - 22:13

Il me semble un instant que le froid revient mais me rends compte que je me fourvoie lorsque je me laisse porter, encore une fois, par mon tendre aimé. Il s’installe plus aisément en position assise et m’invite à me mettre à l’aise, mes jambes de part et d’autre de lui avant de m’offrir un sourire que je croyais perdu à jamais dans les méandres de la solitude. J’en ai la gorge nouée à nouveau, mes larmes ne laissant plus de place à autre chose qu’à la pleine émotion de voir Kitai heureux. J’ai alors l’impression de lui rendre un bien maladroit baiser, surprise par ce revirement de situation tout autant que de le sentir davantage en moi, comme si nous venions de commencer à nous gâter d’attentions.

Mon souffle s’adapte à ces nouveaux et doux cadeaux, que mon Sohei m’offre avec avidité et amour, ce sentiment qui réussit à me faire oublier même le sens de ce début de voyage. La réalité m’est rappelée par ses gestes tendres, confrontation tempérée à ces dix-sept ans passés à ses côtés. De longues années que j’aurais aimé prolonger encore avec lui, rien qu’avec lui. Mais Kitai m’a acceptée généreuse, altruiste et partageuse, il a contenu tout ce temps et semblait prêt à continuer de le faire, même s’il en restait si peu pour l’homme qu’il est devenu. Mon danseur de foi ne pose qu’une condition à cette indulgence déjà bien trop grande, celle de rester à mes côtés. Un seul dilemme me saisit alors : dois-je profiter de ses attentions, de notre instant ou lui donner une réponse immédiate, déjà prête en mon esprit ?

Il ne m’en laisse pas l’occasion. La position étant encore plus confortable que dans la source chaude représentante de notre première fois, je laisse mes mains se perdre dans son cou et sur ses vêtements, que je désirerais vraiment retirer pour toucher sa peau. Mais mes doigts ne peuvent que se perdre dans ses cheveux se dénouant sous l’action de ces premiers. Et je ressers mon étreinte lorsque mon aimé émet un vœu que j’ai déjà tacitement exaucé en me donnant ainsi à lui à l’instant. Je le veux pour moi, toujours, à tout instant et je souhaite qu’il cesse de se reprocher des erreurs qui n’émanent que de moi. Car tous les freins à notre relation sont nés de ma personne, tandis que le Sohei m’attendait, patiemment, tendant de saisir où je voulais en venir.

Alors qu’il arrête un instant de parler, je souhaite partager les efforts et tente à mon tour d’agrémenter notre étreinte de quelques mouvements de bassin, profitant de chaque baiser sur les quarts de ma féminité en véritable pionnier. Doucement et rapidement à la fois, nous atteignons de concert le summum du bonheur. Agrippée à mon existence, je me laisse aller une deuxième fois à l’abandon de mes forces. Pourtant, elles sont encore là car un frisson de plaisir parcourt mon échine au contact des lèvres de mon gardien. Sa promesse devient la nôtre et j’en accepte tous les délices par un murmure faible mais presque aussi incandescent qu’au début de notre égarement.

- Ki-chan le Sohei est Ki-chan, celui qui fait vivre la Kannushi par sa protection et respirer en tout temps celle qu’il a choisie pour lui. À jamais, bien sûr, car jamais je ne me suis sentie plus vivante qu’avec toi. Tu es mon eau du désert, ma chaleur de l’hiver et l’air salvateur dont j’ai manqué si longtemps.

Je m’assoupis presque dans ses bras mais le froid menace de nous gagner. Délicatement, nous nous remettons alors en état pour continuer notre périple. À peine commencé, celui-ci nous a uni, bien plus qu’en restant sur place, endroit qui requérait nos services. C’est donc moins de poids sur le cœur que je marche, les doigts de Kitai croisant les miens, pour laisser une partie de moi-même.

***

C’est une autre inquiétude qui me prends lorsque je constate que mon amant a pris froid, pendant notre échange, privilégiant ma protection à la sienne. Il me rassure mais se mouche bon nombre de fois, finissant même par laisser ma main se refroidir, désireux de ne pas me voir tomber malade à mon tour. C’est pourtant sereine, presque amusée de la situation, que je continue de marcher à ses côtés à un rythme soutenu. Pas besoin de beaucoup de mots, nos regards nous suffisent. Quelques baisers se perdent sur nos joues, nos lèvres et parfois même nos cous, sur le chemin. Mais nous sommes aussi conscients que le trajet ne doit pas s’éterniser. Les soldats nous ayant devancés de quelques heures nous attendent au relais désigné sur la carte commune de voyage et c’est aidés d’un pas décidé que nous terminons par les y rejoindre.

Mais arrivés devant la vieille bâtisse en bois servant de repère, presque parvenus au Temple, nous ne retrouvons pas les soldats. L’environnement est affreusement calme, l’ambiance pesante et contraste radicalement avec la joie que nous avions pu ressentir des instants plus tôt. Anxieuse, je sens mon cœur s’emballer lorsque je croise le regard d’un Kitai préoccupé, attentif, comme lors de ses séances d’entraînement. Aucune voix ne me chuchote la prudence mais un mauvais pressentiment me fait unir mes mains et mouvoir mes pieds pour bouger de quelques pas vers le bosquet gelé. Vers l’endroit où le sol remonte en forme de butte, je découvre une goutte de sang dans la neige. Puis une seconde, tandis que je relève le regard. Et je réalise trop tard que la butte n’est pas une déformation naturelle du terrain.

Les visages apparents des Samouraï choisis par Tanba-san pour notre protection expriment la peur, la douleur et la colère. Ils sont tous là, morts, depuis plusieurs heures probablement. Mon souffle devient irrégulier et, avant d’adresser une prière à Itegami pour le repos de leurs âmes puis le salut de leurs familles, je me retourne vers mon aimé, qui m’a suivi de près, sa naginata prête à l’usage. Je me cache, sans trop savoir ce qui pourrait nous attendre et je découvre une nouvelle expression de la détermination et du sérieux sur le visage de mon Sohei. Jamais pourtant je n’aurais souhaité le découvrir en réelle situation de combat. Mais l’arrivée de plusieurs soldats tâchés de sang dans notre direction me font réaliser que c’est inévitable. Ils portent des uniformes Fukyuu ; certains descendent des arbres que j’ai approché quelques secondes auparavant, d’autres semblent se fondre dans le nuage que forme la fine couche de neige soulevée par le vent.

- Un Sohei... ce n’est pas grand-chose à se mettre sous la dent, dit le premier, un mélange d’ennui et de folie sur le visage.
- C’est toujours mieux que les incapables, ça change ! dit le second.

Les autres rient. Ils me semblent nombreux et peu à la fois. Comment ont-ils pu décimer ces troupes si facilement ?

- Tout ça pour une Kannushi pas bien longue à déguster. Je ne crois pas qu’elle sache se battre.
- Elle peut savoir d’autres choses... Non ?
- Allons, un peu de tenue. Ne crispons pas les invités.

Je pince du bout des doigts le kimono de Kitai, tremblante et ne souhaitant qu’une seule chose : revenir à ces moments de tendresse qui nous unirent précédemment. Oublier la cruauté des hommes, la violence gratuite et revoir ce monde que j’imaginais dans ses bras. Mais cet univers semble s'évanouir, tandis que les premiers hommes dégainent, prêts chacun leur tour à bondir sur leur cible désignée et à défaire leur ennemi sous-estimé.


L - M - M - J - V - S - D


Dernière édition par Shuzen Seiko le Dim 31 Juil - 12:51, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Akogare Kitai

avatar

Sohei

Messages : 75
Date d'inscription : 07/07/2015

Feuille personnage
Age: 25
Titre: Sohei
Liens:

MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Lun 11 Juil - 13:50

Elle lui était belle et bien revenue, sans qu'il n'eut d'autre chose à faire que d'être lui-même. Seiko gravitait autour de lui en souriant, s'amusant tout en étant peinée à la fois du coup de froid qui l'avait prit lors de leurs jeux d'adultes extérieurs. Il n'en sentait quasiment plus les effets dorénavant, tant il était captivé par les attentions multiples dont elle le gratifiait au cours de leur route, l'engageant à en faire autant en retour.

Il n'était plus question que la plus petite ombre s'immisce, malgré le fait qu'ils ne devaient plus traîner en chemin, leur petits jeux leur ayant fait perdre un temps précieux… Ou plutôt celui de l'escorte qui leur avait été affectée, cette pensée apaisant le peu de scrupules que Kitai avait pu ressentir suite à leurs précieux égarements. La multiplication des baisers qu'elle lui prodiguait par pure espièglerie et les réponses qu'il lui offrait en échange ne manquaient pas d'alimenter le foyer de ses désirs pour elle lorsqu'il fut soudainement arraché à ces délicates idées par un lourd pressentiment.

Depuis un certain temps déjà, les environs familiers de Fuyu leur annonçaient que leur trajet toucherait à sa fin après les trois jours qu'avait duré ce dernier, mais avant de pénétrer définitivement sur le domaine de Gakushiki, le silence qui pesait sur le sentier avait débuté d'inquiéter le sohei. Les cols et les voies des versants n'étaient jamais fréquemment empruntés en Fukyuu entre les deux domaines du Nord, mais de là à ne plus croiser personnes.

Arrivés en vu du point de repère et de rendez-vous choisi par les guerriers du clan, ce fut presque comme si le lancier était parvenu à entendre le souffle du vent sur les flancs des montagnes lointaines, un frisson parcourant son échine en invité malvenu et oiseau de mauvaise augure. Il se focalisa sur la maisonnette et ses alentours, ses pupilles rétrécies à l’extrême tout comme il se tendit par la même occasion.

Son premier réflexe fut de maintenir la kannushi dans son champ de vision tout en balayant la zone du regard. Il ne put manquer les faciès des défunts lorsqu'ils parvinrent à leur hauteur, Seiko le précédent avec hésitation puis choquée, revenant auprès de lui en quête de protection. La main droite crispée sur le manche de sa naginata kozori, il ferma tout ses sens à l'exception de sa vue, ses iris couvrant le paysage frénétiquement.

Malgré sa piètre connaissance de l'héraldique, les hommes qui se révélèrent enfin depuis des tertres neigeux, des branches des arbres vigoureux avoisinants et des ombres jetées par certains de ces derniers, tous apparurent appartenir à l'armée des glaces. L'évidence de leur rôle dans ce théâtre mortel était inexplicable aux yeux du moine-combattant.

En ces temps où les fidèles d'Oyamatsumi faisaient front commun afin de montrer une unité sans failles à leurs voisins, où l'effort était à la reconstruction du domaine blessé, mais non à terre, des neiges éternelles, il semblait inconcevable au prêtre qu'un ennemi puisse surgir de l'intérieur. Devant cette impossibilité, il exclut instantanément la probabilité d'une telle insulte au sang et à la sueur que coûtait le courage de ne pas plier l'échine face à l'adversité et ces êtres furent immédiatement désignés comme tout autre chose que ce que leur apparence laissait suggérer.

Des milliers de raisons s'imposèrent à lui, Fukyuu ne pouvait pas sauter à la gorge de Fukyuu et ceux là n'étaient que des démons singeant les fiers bushi d'Itegami. Un premier parla, mais ne fut guère écouté, le scénario de la trahison qui eut lieu quelques heures plus tôt se dessinant progressivement dans son esprit. Comme lui, les vrais fils du givre devaient avoir été floués, approchés par ces honnis sans prendre garde en les pensants alliés.

La surprise et la lâcheté pour seules armes auraient suffit à permettre à une petite dizaine de félons de prendre les vies de trois fois leur nombre. Un deuxième répondit alors, ses propos ne furent pas plus considérés, le dernier Akogare se campant sur ses équilibres, une colère inconnue jusqu'alors se répandant en lui à la compréhension de l'ignominie qui s'était produite. Ils rirent, l'expression de leur sombre joie ramenant Kitai à la conscience de leurs existences.

Ils osèrent émettre l'idée d'un nouvel impardonnable alors que l'univers tout entier du templier serrait un pan de son kimono, pourvu d'un sentiment de terreur qu'il ne lui avait jamais connu à ce jour. Le dernier mot fut prononcé alors dans la seconde même. La lance du clerc avait disparu de sa position verticale, son bras tendu vers celui qui avait proféré son abjecte supposition du savoir de son élue, comme s'il le désignait, mais son haste prolongeant le geste terminait sa course la pointe dans la trachée de celui-ci.

D'un mouvement délicat de sa main libre, il invita alors son aimée à décrocher sa prise sur lui, sans un regard, le réservant à ses opposant,  pareil à des braises d'un feu azur porteur d'un courroux qu'on ne lui aurait prêté en aucun cas ni aucune circonstance. L'incompréhension était sur tout les visages à l'exclusion du sien, si bien qu'il empoigna sa pique de sa seconde main tout en la dégageant de sa première victime encore bien consciente.


Celle-ci ne fut pas encore effondrée lorsqu'un second fut fauché du pelvis à la base de son cou d'un arc ascendant plus fulgurant qu'un battement de paupière. L'éclair de lucidité paru frapper le groupe tandis que les premiers jets rubescent jaillirent de leur compères d'ores et déjà condamnés, mais la lame d'un troisième ne trouva jamais la libération de son fourreau, son propriétaire fermant une main qu'il n'avait plus sur son pommeau.

Sa jambe gauche tendue, la jumelle fléchie, le lancier venait de terminer une vrille, le long de Ha buki, son bras tranchant, parallèle à la surface de la neige sans qu'une seule goutte vermeille ne vienne en ternir l'éclat d'acier. Trois méprisables churent, l'un hurlant sa perte à genoux, les deux autres rendus muets à jamais. Les traits fermés dans des lignes immobiles et impassibles, Kitai leva ses prunelles, saphirs glacés porteurs d'une unique inclinaison : celle d'une haine implacable.

Toujours fort de leur supériorité numérique, les infâmes subsistant se jetèrent sur lui de concert, tant et si bien que le sohei se mit à courir, les bordants et les maintenant à distance du fil de son alliée matérielle. Il rua aussi vite qu'il le pu et aussi loin de la Voix du Kami que possible puis s'arrêta net au sommet d'un léger monticule de poudreuse, dominant légèrement sa demie-douzaine de poursuivants.

Le prêtre-guerrier fit alors volte-face, balayant d'un nouvel arc horizontal le terrain dont il n'allait plus concéder le moindre pouce à présent. Son coup latéral initiant une vrille lui permettant d'en enchaîner une seconde dont la vitesse, doublée par l'inertie engendrée, manqua de faucher de justesse un nouvel adversaire.

Mais il n'arrêta pas son geste, changeant l'angle de son arme subtilement sans user d'un soupçon de force pour cela, sa spirale contigu au sol s'élevant soudainement vers les cieux, il tourna sur l'axe de sa jambe, laissant passer sa hampe sous sa hanche puis la projetant en un coup d'estoc foudroyant à l'image d'un yumi tirant son trait mortel. La frappe fut si violente que le treillis de l'armure de sa cible vola en éclat de plaques de métal, la lance la traversant aussi simplement que s'il ne s'était agit que d'une meule de foin.

Le choc de la rencontre de la tsuba de la naginata stoppa nette la progression de celle ci dans le torse du belligérant, le jetant un mètre en arrière, ses compagnons ne lui portant plus aucune attention, cette dernière rivée sur ce religieux qui se révélait bien plus coriace que prévu. Se gardant d'entrer dans le cercle du moine, quatre des leurs gisant dans leur humeurs, les assassins annoncés se dévisagèrent un instant, rendant à leur tour une expression froide à leur si pénible opposant.

Ils se scindèrent subitement en deux groupes, trois se dressant en mur face à Kitai, les deux derniers retournant sur leur pas en direction de Seiko. Le clerc écarquilla les yeux face à cette initiative évidente et hurla sa frustration. D'un élan, il reprit sa danse circulaire, s'incarnant alors en un véritable typhon propulsant ça et là des volées de neige, mais n'importunant que peu les épéistes lui faisant front avec sécurité.

Dans un cri de rage, il s'affaissa sur ses appuis, lâcha la prise de sa main gauche et tendit à son paroxysme son bras droit et l'objet qu'il tenait, augmentant brusquement le rayon de son ellipse. Les mollets d'un premier se substituèrent alors pour toute réponse à ce mouvement et l'acier de l'outil de l'artiste martial entama ceux d'un second dans sa lancée, les deux blessés tombant à terre.

Face à ce retournement de situation, le dernier du trio y vit une opportunité pour pénétrer la garde du jeune frater furibond en jetant son sabre contre lui, mais celui-ci utilisait déjà le dynamisme de sa posture et de son élan pour rouler aux pieds de l'assaillant, usant de son propre dos pour lui heurter les genoux et rompre son attache au plancher. Le guerrier heurta violemment ce dernier, s'enfonçant dans le tapis gelé jusqu'à la terre.

Lorsqu'il eut voulu se redresser, la froide morsure du métal s'étendit en lui de son omoplate à son poumon, le fichant au sol comme un entomologiste le ferait d'un papillon rare. Retirant son engin de mort de sa dernière proie, le lancier riva son attention vers ceux qui s'étaient détachés du groupe décelant sans mal sa bien aimée qui, loin d'être stupide, s'enfuyait face à un poursuivant. La course tournait néanmoins en défaveur de la kannushi qui, bien loin d'être versée dans les arts de l’athlétisme, perdait de son avance sur celui qui la talonnait.

Le moine se mit à courir aussi vite que possible à la rencontre de l'honni, mais malgré toute la fluidité de ses enjambés, il fut rapidement certain que son élue serait rejointe par l'agresseur avant lui. Celui-ci levait déjà son katana au dessus de sa tête pour l'abattre sur la jeune fille alors que le prêtre tendait mécaniquement son bras, une dizaine de mètres en amont. Lorsque le sabre tomba, son fracas se répercuta dans tout le vallon.

Un écho de fer frappé retentissant plusieurs fois avant de s’estomper définitivement. Le clair du sabre ne rencontrait qu'une surface d'une immaculée blancheur sur laquelle il n'avait pas laissé la moindre marque, pire que cela, son fil s'était émoussé à son contact. Reculant d'un pas face à l'impossible, l'ennemi décrivit du regard une sphère parfaite de glace si compacte que sa seule surface argentée était visible.

Il n'y avait plus de Voix Divine à qui faire front, juste une gangue diamantine contre laquelle il apparu ne rien pouvoir faire. Prit par un pressentiment ou un élan de sagacité, il dirigea ses iris vers le théâtre du combat qu'il avait abandonné pour distinguer le sohei comme le désigner de sa paume ouverte, pour se rendre compte finalement n'être pas la cible de ce bras tendu. Kitai défia de ses prunelles disparates le méprisable, sa hampe plantée dans la neige à ses côtés et tenue fermement de sa main droite.

Un instant, le pseudo soldat sembla poussé dans une impasse, laissant une expression contrariée sur ses traits. Ceci ne dura cependant qu'une courte minute, les lèvres du guerrier s'écartant alors en un sourire énigmatique qui ne manqua pas d'intriguer le moine-combattant. Puis il fut frappé intérieurement par un doute soudain, comme une évidence, mais il n'eut pas le temps de concrétiser sa pensée que son champ de vision fut barré verticalement.

Quelque chose était passé devant ses yeux, fugace et apportant derrière lui une impression de terrible froideur. Après la fraîcheur étrange vint la morsure, une pointe de douleur qui émergea depuis son avant bras et qui s'étendit dans une réaction en chaîne instantanée jusqu'à son épaule. Tout ce qui fut blanc s'empourpra dans un rideau écarlate, mais son esprit était déjà à subir une meurtrissure pareille à celle de couler du métal en fusion directement sur son membre.

Au loin, il vit la gangue de diamant s'étioler, laissant réapparaître une Seiko stupéfaite et totalement dépourvue de la protection qu'il souhaitait lui apporter. Ses pupilles tremblantes s'orientèrent vers ce flot qui lui masquait en partie l'horizon, ce qu'il voyait ne correspondant pas à ce qu'il ressentait. Il se demandait quelle illusion pouvait bien être à l’œuvre pour être inondé d'un mal comme il n'eut jamais conçu en éprouver un jour sur une main qu'il ne voyait pourtant plus du tout.

Tout devint de plus en plus dur. Ramener vers lui son bras droit d'où jaillissait son sang fut le geste le plus lent qu'il eut connu de toute sa vie autant qu'un mensonge que ses prunelles lui imposaient. Il lâcha son arme, incrédule, pour plaquer de sa main droite son membre tronqué sur son torse. Il avait si mal, mais ce fut comme s'il vivait cela à l’extérieur même de son enveloppe. Kitai tourna son visage vers le second guerrier qui s'était lancé à la poursuite de son aimée, puis revint, le tint blafard, à cette dernière.

Il avait si mal… Mais il était trop fatigué pour hurler cette douleur. Son kimono s'imbibait de ses propres fluides vitaux, le teignant irrémédiablement comme il teignait la poudreuse alentours.  Il posa un genou à terre. Il allait se reposer un peu et en finir avec ses ennemis.

Ils rentreraient alors, la Kannushi et lui, en Gakushiki et tout irait bien.

Il se coucha dans la neige fondue de son propre sang et ferma les yeux en silence.

Il lui fallait juste un peu de repos.
Revenir en haut Aller en bas
Shuzen Seiko

avatar

Kannushi

Messages : 147
Date d'inscription : 28/10/2013
Age : 27

Feuille personnage
Age: 26 ans
Titre: Kannushi
Liens:

MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Dim 31 Juil - 17:05

Du sang... il y a tellement de sang. Déjà même alors qu’instinctivement et par la maîtrise de sa partenaire de danse, Kitai transperce la gorge de notre premier ennemi. Je ne veux pas voir cela. Je ne veux pas voir mon aimé tuer, mon amant si doux, si souriant lorsqu’il est heureux. Mais je ne peux pas fermer les yeux alors que l’inconnu encore conscient se fait scruter des regards stupéfaits de ses comparses, se métamorphosant vite en envie de vengeance. Notre contact se rompt et je contemple avec effroi le second se faire trancher d’un geste précis, comme si le Sohei avait toujours fait cela, puis le troisième perdre sa main en hurlant en compressant le membre tranché. Instantanément, je m’en veux de façon irrationnelle d’avoir encouragé Kitai à s’entraîner dur. Et je culpabilise tout autant d’avoir muré mon innocence dans le déni en osant imaginer qu’il ne s’agissait que d’une danse, d’un art... Comment les Sohei défendent un Temple si ce n’est en éliminant la menace ?

Ma voix s’échappe en un son que je n’identifie pas lorsque mon protecteur s’éloigne, se laissant courser par six autres soldats. Et tandis que mes prunelles ne le quittent pas un instant, je me projette dans cette réflexion du « pourquoi », sans malheureusement pouvoir trouver de réponses. Qu’est-ce qui poussa des Samouraï Fukyuu à éliminer leurs propres compagnons ? Je ne comprends pas la folie, je ne saisis pas l’intérêt-même d’attaquer les siens et je réalise pourtant que Kitai fait la même chose pour me préserver du mal. Ils savent, en plus, qui je suis et le rôle qui est le mien... pourquoi prendre le risque de mourir dans la honte, ne serait-ce qu’en se faisant attraper et punir par le récent Daimyo ? Ces élucubrations attendront pourtant d’autres délibérations communes car je n’arrive pas à détacher mes pensées de mon âme sœur, tandis qu’il continue de souiller la neige.

Puis c’est la peur qui, je ne sais comment, me donne la force de bouger légèrement, en voyant deux des assaillants revenir vers moi. Mes prunelles ne savent plus vraiment où chercher de l’aide à l’instant et passent de mon danseur de foi aux évidents agresseurs à une vitesse que j’en ai la tête vacillante. Son cri me ramène rapidement à moi et, bien décidée à rester vivante, je me mets à courir le plus vite que mes jambes ne puissent le permettre. Je sais cette course sans arrivée pour moi, aux vues de mon endurance bien faible. Mais j’espère ainsi faire gagner du temps à mon aimé pour qu’il me porte secours. Oh que je hais les Dieux et leurs caprices à cet instant, pour la première fois de ma vie. Je n’ai même pas l’idée de prier l’Immortel des Glaces, sachant pertinemment que s’il nous impose telle situation, c’est qu’il ne compte pas nous en sortir.

Je pense pourtant que le Divin me vient en aide au moment où, lancée les yeux fermés dans ma course effrénée pour la survie, je percute violemment une masse dure et froide, m’étalant au sol en tombant en arrière. J’ouvre alors mon regard sur une demi sphère opaque et entièrement blanche, me laissant assourdir par le bruit que la lame de mon poursuivait émet à pleine force sur le cocon à première vue fait de glace. Me redressant au plus vite, je touche l’étrange matière et comprend en traitant ce qu’il me semble avoir vu un peu plus tôt, que mon Sohei a tendu le bras dans ma direction. J’en écarquille les yeux de frayeur, accueillant son geste altruiste mais insensé alors que d’autres attaquants pourraient lui faire du mal. Ma gorge se noue... fort, si fort. Surtout lorsque je sens la Gangue disparaître sous mes doigts.

Puis vient l’horreur. Pire que le combat qui vient de se dérouler, pire que voir les corps de nos soldats étendus sur le sol, pire que me rappeler le visage de mes frères morts au combat. De mes yeux larmoyant d’être trop restés ouverts, je réussis à distinguer mon aimé et je comprends la situation si rapidement qu’il me semble encore une fois voir le futur. Mais ce n’est pas un futur que je peux empêcher. Kitai vient de se faire trancher le bras gauche d’une façon si nette qu’il ne semble pas réaliser que son ennemi est encore à côté de lui. Je hurle son nom comme je n’ai jamais hurlé tandis qu’il s’effondre lentement, couvert de son propre sang... beaucoup trop de sang.

Je hurle au point de me casser la voix et de ne plus avoir suffisamment de souffle pour recommencer une course et partir l’aider. Je l’amorce malgré tout mais ne respire déjà plus tandis que mon poursuivant obstiné m’attrape par la taille afin de m’empêcher de terminer mon trajet. Et j’ai beau me débattre, l’idée de n’avoir aucune chance de rejoindre mon aimé mourant me prend aux tripes, alors que le soldat savourant sa réussite passe derrière moi, agrippant mes cheveux et me forçant à m’agenouiller en plaçant sa lame sous ma gorge. Je n’ai que Kitai dans la bouche, dans mes yeux, dans mon ventre et je n’écoute qu’à peine ce que dit l’inconnu d’un ton dégoûtant.

- Shuzen-Taii nous a dit que la Kannushi sentait bon comme les fleurs... La fuite n’a pas altéré cela... Ni la douceur de sa peau...

Il relève le bas de mon kimono de voyage d’une main aussi sale que ses propos et se débarrasse rapidement de la seule couche protectrice qui l’empêchera de me souiller. Le meurtrier m’impose de me pencher en avant avec une force contre laquelle je ne peux rien mais je n’ai cure de ce qu’il peut me faire, si ensuite je peux rejoindre Kitai et le sauver. Je vois l’auteur de sa pire blessure se rapprocher de sa victime, admirant son travail du bout du pieds et paré d’un sourire qui fait froid dans le dos. Un signe ou autre chose empêche nos deux tortionnaires d’arriver à leurs fins, pourtant. Je vois mon propre tantô glisser de mon obi alors détendu par les manœuvre du porc dans mon dos. Et avec une force et une imagination certaine, totalement insoupçonnée jusqu’ici, comme si j’avais fait cela toute ma vie, je saisis la lame et la sors pour la première fois de son fourreau. Je ramène mon bassin en avant pour permettre à mon bras de basculer à l’arrière de ma nuque et trancher mes cheveux dans le vif, sans réflexion préalable.

Surpris par le geste, interrompu dans son ignoble action pas même entamée, mon agresseur reste si coi qu’il en oublie son tranchant et le fait glisser doucement sur ma gorge. Plaçant ma main gauche sur la plaie sans en jauger l’étendue et la gravité, je comprends que le malotru est juste assez longtemps stupéfait pour que je me retourne et lui plante mon arme franchement à l’intérieur de sa cuisse découverte de protections. Lui aussi hurle et il tente de m’empoigner à nouveau, jusqu’à ce que je retire le tantô de son artère, laissant jaillir le sang puis son réflexe de vouloir empêcher le sang de couler. Sans succès. Les battements de son cœur lui sont fatals.

Je me rhabille en vitesse le temps d’être certaine de cela, les picotements au contact de mes doigts sur ma gorge me faisant ouvrir les yeux sur une blessure bien ouverte mais loin d’être mortelle si je la laisse ainsi continuer de saigner. La précipitation m’empêche de toutes les façons d’avoir mal et d’oublier que je ne sais en temps normal pas me battre. Puis je prends conscience que je n’arriverai pas à courir à temps jusqu’à Kitai ; celui qui l’a blessé passe ses jambes de part et d’autre de mon aimé et s’apprêter à le transpercer sans plus de négociation.

Sans que je ne sache pourquoi, je me rappelle être équipée pour cette discipline que j'aime encore plus à l'instant et saisis mon arc resté accroché à mon buste durant le trajet pour finalement préparer ma flèche avec assurance et précision. Je n’imagine pas que l’homme est une cible pour m’aider à oublier le second meurtre que je m’apprête à commettre, je distingue parfaitement sa tête, désignée froidement comme but. C’est avec la volonté d’un tir précis mais dans ce désir d’éliminer la source de la souffrance de mon âme sœur que je décoche la pointe, celle-ci se logeant directement dans la tempe découverte de l’agresseur.

L’impact le fait basculer en arrière et, enfin, je peux courir avec ce qu’il me reste de force jusqu’à l’élu de mon cœur et de mon corps. C’est uniquement lorsque je l’aperçois ainsi allongé dans la neige, son avant-bras gauche séparé du reste et le blanc de la neige totalement recouvert de son sang que mes jambes cessent de me porter. J’arrive à me trainer jusqu’à lui, mon stress et l’urgence de la situation me faisant encore puiser dans des réserves que je ne me connaissais pas pour le retourner, le tirer contre moi et voir son visage.

- Ki... Kitai ! Kitai ! dis-je de ma voix brisée si peu reconnaissable.

Je confirme qu’il est évanoui en palpant sa gorge, son cœur s’accrochant à la vie de toutes les moindres forces dont il dispose. Habituée à côtoyer des blessures graves et le froid ayant favorisé un écoulement de sang plus lent, je laisse une dernière fois mon savoir-faire guider mes gestes, malheureusement bien plus tremblants qu’avant. Je déchire un pan de mon vêtement à l’aide de mes dents pour en faire un pansement hémophile très provisoire car je n’ai jamais traité de blessure d’une telle importance, laissant cette connaissance poussée aux médecins. Et tandis que je resserre le plus fort possible le « bandage », enveloppant le membre détaché dans un autre tissu, je commence à pleurer. Longuement, trop longuement, au point de ne plus pouvoir reprendre mon souffle. Car personne ne viendra nous chercher ici, si ce n’est les familles des soldats disparus. Et je n’ai pas la force de le trainer jusqu’au Temple... il aurait alors le temps de mourir trois fois.

Je m’agrippe à sa main valide, affreusement froide et le prends dans mes bras en le hissant à moitié sur moi pour le préserver d’une morsure à laquelle nous sommes normalement habitués. J’ignore si c’est l’espoir ou l’inconscience qui me pousse à utiliser mon Voile Glacé sur la plaie et le laisser s’infiltrer sous le tissu. Mais je le fais, décidée, m’imprégnant difficilement de la douleur que peut ressentir mon aimé dans l’inconscience, serrant les dents pour ne pas donner de cette voix que je ne reconnais plus. Jamais je n’ai eu si mal et je souffre tout autant lorsque je pense à ces instants que nous avons passés un peu plus tôt, si complices, si intenses... si merveilleux. Doivent-ils vraiment nous être ainsi arrachés ? Doit-on encore affronter ces épreuves malgré tout le soin que j’ai donné à répondre aux exigences d’Itegami ? J’entends une voix familière résonner dans ma tête, à ce moment-là et bien qu’elle me soit familière et donne un ton réconfortant, ce n’est pas celle-ci que j’aurais aimé entendre.

***

Nous arrivons à Gakushiki bien trop longtemps après l’incident. Mais nous y sommes arrivés, n’est-ce pas le principal ? Bankichi est finalement apparu, utilisant sa force pour m’aider à porter Kitai et m’expliquant qu’il ne pouvait pas venir nous secourir plus tôt, maintenu sur le plan céleste par des forces qu’il ne connaissait pas. Moi je les connais, ces forces et je commence sérieusement à penser, tandis que les Miko arrivent vers nous en courant, que l’Immortel des Glaces ne veut que mon malheur.

Les jeunes filles ainsi que deux Sohei arrivent pour porter mon aimé à l’intérieur, saisissant le bras tranché afin d’envisager des possibilités avec le médecin présent sur les lieux. Lorsqu’on sépare mon danseur de foi de moi et qu’on décide de me porter une attention particulière en voyant que je suis blessée, je ne peux pourtant m’empêcher de paniquer.

- Non, je... laissez-le moi ! Je veux rester avec lui, il a besoin de soins, il a perdu tellement de sang ! Laissez-moi rester avec lui, je ne peux pas laisser Kitai !
- Kannushi-sama, vous êtes blessée, vous aussi ! Et il faut laisser Akogare-san se faire examiner, il est entre de bonnes mains.
- Je ne peux pas, je ne veux pas... laissez-moi y aller...

Et je m’effondre, sans avoir la force de faire plus qu’abandonner mon voile sur sa plaie et que laisser mes consœurs m’entraîner où bon leur semble, loin de ma source de vie. C’est totalement incapable de parler et apathique comme jamais que je laisse les Miko me baigner soigneusement et m’emmener voir un autre soigneur. Ce dernier m’informe qu’il n’y a pas besoin de recoudre et que son onguent devrait permettre à la plaie de ne pas s’infecter mais je garderai une cicatrice. Je perçois sa gentillesse et sa sollicitude... pourtant, rien ne m’atteint, je suis comme enfermée dans cette image de l’origine de mon bonheur sans vie, couvert de sang, mourant et surtout loin de moi.

Les soins durent des heures, moments pendant lesquels on a le temps de m’aider à faire ma toilette, de m’appliquer ce pansement et de me questionner sur le combat pour traiter au mieux Kitai. Pensant bien faire, mes consœurs prennent soin de mes cheveux et les coupent en un carré que je n’ai pas le souvenir d’avoir connu. Mais en me découvrant dans le reflet de l’étang des carpes, encore sous le choc et anxieuse du verdict, je recommence à pleurer, gâchant les efforts de maquillage de mes amies. Et finalement, le couperet tombe : on vient me trouver dans la pièce qui fut ma chambre pour m’annoncer que Kitai ne pourrait plus manier la naginata que j’ai pris soin de ramener. L’os ayant été totalement sectionné, ainsi que les nerfs et la chair, il est impossible même au meilleur médecin de rendre son bras au lancier qu’il est.

Je m’effondre à nouveau car je ne sais pas ce qu’il deviendra sans son art mais enfin on me permet de le voir, une fois sa toilette et ses soins terminés également, installé dans une pièce isolée des dortoirs des hommes, au calme, au chaud et au sec. Je manque de tomber à la renverse lorsque je le vois étendu, couvert juste comme il faut d’un yukata et de draps propres, si beau et le visage serein malgré toutes ces horreurs, les cheveux lâches de soucis. Sans retenue alors, je me hâte de me coucher à ses côtés, sans prendre de place dans le futon qui lui est réservé mais me collant contre lui, de son côté valide, en espérant recevoir une étreinte en retour. En chuchotant, je tente de lui parler de ce que j’ai ressenti mais même en sachant qu’il ne peut pas m’entendre, rien ne sort à part de nouvelles larmes et le désespoir naissant qu’il pourrait ne pas se réveiller.

***

Trois longs jours ont passé et je suis toujours dans cette pièce, à veiller sur mon aimé. On m’apporte à manger, de la lecture et quelques débuts de responsabilités à prendre en tant que Kannushi. Pas encore remise de cet instant traumatisant et encore inquiète de cette longue rémission qu’affronte mon Sohei, j’avais informé les Hauts-Prêtres de ma volonté de départ de laisser tomber la gestion du Temple. Mais après des heures de doute et ce qu'il s'est passé avec Tanba-san, il m’était impossible d’envisager laisser tomber Gakushiki. Ainsi, on me donne quelques explications que j’écoute à moitié sur l’économie et l’infrastructure, deux points que je ne maîtrise pas encore. Mais on me laisse aussi le temps de digérer ce qui vient de m’arriver.

Mes réflexions sur la référence de Kazuo par ces agresseurs débutent souvent par un moment de déni, puis un moment de haine... Mais je n’ai jamais le temps de pousser la méditation plus loin, ni celle concernant le fait que j’ai tué deux personnes volontairement et de sang-froid. Accrochée tantôt aux vêtements de mon aimé, tantôt à son visage encore perdu dans le sommeil, j’agrippe surtout de toute mes forces l’espoir qu’il se réveille enfin pour partager mon traumatisme avec lui et l’accompagner dans le sien, lui expliquer ce qu’il s’est passé afin de mieux le préparer à la suite. En attendant, je viens toutes les deux heures dans cette pièce, ayant insisté pour m’occuper de la suite des soins sur son bras, tout à fait gérables pour les capacités que j’ai dans ce domaine.

Puis, quand je m’agenouille à ses côtés aujourd’hui, quand je prends sa main dans la mienne pour lui dire bonjour, je me fige lorsqu’enfin il ouvre les yeux. Doucement, légèrement, ses iris bicolores parcourent la pièce pour finalement se poser sur moi. Avant qu’il ne dise quoi que soit, je ne peux résister à mes larmes, presque trop peu abondantes par rapport à ce que je ressens... mais elles ont déjà tant coulé. Je ne les sèche pas et me penche pour déposer un doux baiser sur ses lèvres, bref mais tentant de lui transmettre tout l’amour que je ressens pour lui. Ma voix a recouvré sa sonorité naturelle et c’est  tremblante que j’accueille celui qui représente tout à mes yeux, maintenant qu'il est de retour dans notre monde.

- Okaerinasai, mon amour... je souffle en souriant, soulagée.


L - M - M - J - V - S - D
Revenir en haut Aller en bas
Akogare Kitai

avatar

Sohei

Messages : 75
Date d'inscription : 07/07/2015

Feuille personnage
Age: 25
Titre: Sohei
Liens:

MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Mer 24 Aoû - 5:51

Il avait fait si froid, mais tout cela était bien loin à présent. La douceur s'était superposée à la douleur, celle-ci toujours bien présente, comme le battement d'un cœur fait d'épines lui triturant les chairs, mais dans ses rêves, il était parvenu à la supporter, à la reléguer au second plan. Ses songes fiévreux et ses émergences sans cohérences s'étaient dissipés et il s'attela à ouvrir les paupières, un acte qui lui fut plus difficile qu'il ne s'y était attendu et alors qu'il y parvint, la lumière lui mordit les rétines tant et si bien qu'il s'y coupa dans un premier temps pour retenter la chose progressivement.

Sa tête était un champ de bataille, tout comme son corps perclus de traumas, de courbatures et de brûlures qu'il n'identifiait pas. Il se demanda de quoi avait on pu le sortir pour qu'il se retrouve dans un tel état, les doigts de sa main gauche le lançaient atrocement tandis que ceux de sa droite étaient enroulés dans le plus soyeux des écrins. Tout en s'habituant à la morsure de la clarté environnante, il parcouru la salle dont il ne reconnaissait pas les murs pourtant.

Le futon dans lequel il se trouvait était bien trop vaste pour lui seul et la richesse de ce dernier dépassait très largement tout ceux dans lequel il s'était allongé jusqu'à ce jour. Il s'interrogea soudainement de cette constante temporelle, bien ignorant de celle-ci aussi. Errant dans la nébuleuse de ses doutes et des vides immenses qui l'eurent fait échouer en ce lieu, il devait bien avouer y être dans un certain confort.

Enfin, ses prunelles disparates tombèrent sur un être surnaturel, Benzaiten incarnée ou quelque autre Kami des beautés dont il goûtait de nouveau les délices, car il la connaissait mieux que quiconque. Il eut voulu lui sourire doucement, bienheureux de la voir à son réveil, mais l'expression de cette dernière, aux tréfonds de la tristesse, le stoppa net dans son élan, si bien qu'il souhaita comprendre ce qui n'allait pas.

Des stries de larmes qui semblaient avoir coulées des heures entières rougissaient ses joues, son si merveilleux regard embrumé par celles-ci ne se détachait pas du sien et elle ne le laissa pas l'interroger sur l'évidente perte de ses cheveux qu'il surprit au dernier moment alors qu'elle apposa ses lèvres sur les siennes. Le contact fut des plus bienvenus, allant jusqu'à lui faire oublier ses maux, reléguant l'ignorance de sa situation et du pourquoi de celle-ci au plus lointain de sa conscience.

Le baiser fut court, mais enivrant, lui arrachant un sourire radieux alors qu'elle lui souhaita bon accueil d'une voix pourtant éraillée. Chaque chose en son temps et il ne doutait pas qu'elle lui expliquerait l'état dans lequel elle était, ainsi que le sien. Il lui répondit alors, enjoué, son ton légèrement empâté par son éveil récent :

Tadaima, Sei-chan…

Il serra la main qui était dans la sienne et tenta de lui dégager de sa libre une mèche trop courte du front afin de mieux la décrire. Pourtant, il ne put jamais aller au bout de son geste. En lieu et place de ce qu'il était pourtant certain de sentir bouger, seul le vide se trouvait. Son membre était bandé à la moitié de l'avant bras où il ressentait cette pénible morsure indéfinissable et martèlement incessant.

Ses perspectives se rétrécirent petit à petit sur l'impossibilité de ce qu'il voyait, ou ne voyait pas. À cet instant précis, il sentait un index invisible s'agiter là où rien ne se trouvait plus, si bien qu'il se mit à bafouiller, un sourire forcé sur les traits, à l'attention de celle qui se trouvait en arrière plan de ce spectacle absurde :

Que… Sei-chan… De quoi s'agit-il ???

Il relâcha le membre de son aimée retrouvée, oublieux du nouvel aspect de cette dernière et sa concentration rivée sur un néant inconcevable se situant au bout de son extrémité lésée. Enroulant ses doigts autour de sa moitié de bras, provoquant une nouvelle douleur lancinante à laquelle il ne fit pas attention, il fut prit d'un tremblement qui se généralisa, irrépressible, à l'ensemble de sa personne.

Ses yeux se troublèrent de larmes naissantes et un rire nerveux débutait de s'échapper timidement d'entre ses lèvres entre-ouvertes. En tout point de vu choqué, ses iris dilatés revinrent à son âme sœur, sur ce qui apparu comme son seul support, son unique espoir d'échapper à ce cauchemar qui débutait de prendre place à la réalité qu'il croyait avoir rejoint en s'éveillant, quelques instants plus tôt.

Puis ce fut comme un coup de marteau qu'on lui porta directement sur le front, délaissant de sa main valide ce moignon bandé invraisemblable pour plaquer sa paume sur le sommet de son crâne soudain prit d'un élancement fulgurant. Lorsqu'il ferma les yeux pour lutter contre ce nouveau mal, il fut martelé d'images, stroboscopique d'abord, puis de plus en plus détaillées. Dans le temps d'une plainte qu'il ne put refréner, ses souvenirs affluèrent en un bloc compact qui devint malléable, s'étendant face à son regard intérieur.

L'incompréhension d'une situation que Fukyuu n'aurait pas du connaître, le Bœuf contre le Bœuf, la froide détermination qui avait été sienne pour protéger ce qui comptait le plus au monde pour lui, son combat et la nécessité de prendre la vie qui avaient suivis, son geste dévoué, prière entendue à Oyamatsumi dont le don octroyé s'était vu plus précieux que tout ce à quoi il s'était attendu. Puis il y-avait eu le prix de l'abandon de ses instincts, de sa conscience uniquement vouée à la protection d'un unique être, de sa bataille inachevée.

On lui avait prit son bras défenseur, livrée Seiko à elle même et…

Il rouvrit aussi brusquement les yeux qu'il ne les avaient clos, frappé par la vague de sa mémoire. Il riva l'azur et le saphir de ces derniers vivement vers l'unique objet de son amour, visiblement inquiet et tendit son bras valide vers elle, posant sa main sur son épaule afin d'être certain qu'elle se tenait bien là, vivante et en bonne santé. Puis il lui demanda d'une voix sûre :

Sei-chan ! Tu vas bien ? Que s'est-il passé ? Ils ne t'ont pas fait de mal ? Comment sommes nous arrivés là ?

Il se rendit compte qu'il l’assommait de questions, aussi se mit-il à sourire, radieusement cette fois ci, et il l'enserra du mieux qu'il pu alors, l'attirant contre lui de la seule force de son membre disponible avant d'ajouter.

Non… Tu n'es pas obligé de répondre à tout ceci… Chaque chose en son temps. Tout ce qui compte est que tu te trouves ici et vivante. Loué soit Itegami de cela.
Revenir en haut Aller en bas
Shuzen Seiko

avatar

Kannushi

Messages : 147
Date d'inscription : 28/10/2013
Age : 27

Feuille personnage
Age: 26 ans
Titre: Kannushi
Liens:

MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Sam 27 Aoû - 17:59

Entendre sa voix est déjà un merveilleux cadeau. Goûter encore l’empreinte de ses lèvres sur les miennes alors qu’elles sont déliées est une récompense au plus intense effort de ma vie. Sentir sa main droite se réchauffer, maintenant qu’il me dit « je suis rentré », dépasse tous les soulagements que j’ai pu ressentir jusqu’ici. Je ne pense qu’à Kitai, bien qu’il soit là, près de moi et à son air lumineux, teintant toujours ses traits malgré un corps brisé par la bataille. J’en viens à souhaiter que jamais il ne puisse découvrir ce qui l’attend mais déjà la fatalité s’abat sur lui, lorsque mon aimé découvre son bras tronqué, membre que j’ai chéri comme le reste mais qui ne sera plus jamais complet malgré toutes les attentions du monde.

Son visage se transforme, parcouru par des expressions que je n’aurais jamais voulu voir non plus et j’étreins davantage sa seule main restante pour le réconforter du mieux que je le puisse, incapable de répondre à sa question encore, trop émue de le voir éveillé, trop chamboulée de le voir ainsi choqué par son état. Je me sens prête à pleurer à nouveau lorsque mon Sohei rompt le contact pour toucher cette nouvelle extrémité, ses yeux secoués par la douleur, son rire victime d’une panique de laquelle il tente de sortir en cherchant de l’aide dans mon propre regard contrit par une autre sorte de peine.  Mon cœur semble se briser lorsque je m’imprègne de sa complainte et je ne veux que le prendre dans mes bras pour lui demander de tout oublier. Mais peut-être se rappelle-t-il, maintenant, tout ce qu’il s’est passé ?

Oui, je le réalise lorsque mon Élu pose rapidement ses doigts sur mon épaule, plus concerné que jamais par mon état, comme frappé par un élan de lucidité. Il me bouscule de questions et je ne sais pas par quoi commencer, pour finalement qu’il me le suggère lui-même en m’attirant vers lui et m’offrir la première étreinte de son éveil, accompagnée d’un sourire. Ma gorge se noue alors qu’il évoque notre Kami, figure sacrée que j’ai pourtant en horreur depuis ces temps difficiles. Je l’étreins à mon tour, soupirant pour reprendre mes esprits, heureuse de le savoir si vif après un si long sommeil ; mon bras droit enserre sa taille, la gauche passe dans ses cheveux et j’enfouis mon visage dans son cou, pour retrouver cette odeur familière et apaisante.

- Je n’ai rien compris... dis-je pourtant d’une voix tremblante. Tout s’est transformé là-bas, même ton regard. J’ai eu peur, j’en tremble encore... peur d’être séparée de toi alors que nous venions à peine de nous retrouver pleinement. Je ne veux plus que cela arrive, plus jamais. Et ça... je ne le demanderai pas à Itegami mais je ferai en sorte, avec les pouvoirs tangibles qui me sont donnés, que toujours tu te trouves à mes côtés. Je ne laisserai plus personne se saisir d’une opportunité de nous désunir. En aucun cas.

Je le serre fort, trop fort car je sens sa respiration se saccader, bien que son étreinte soit présente aussi, du peu de force qu’il a conservé. Je dépose un léger baiser sur sa peau, puis un autre sur sa joue, me redressant légèrement mais gardant ma main gauche sur son bras valide, les doigts de la droite s’entremêlant maladroitement sur celle encore présente de mon danseur de foi. Ce n’est plus la tristesse mais l’aigreur de raviver ces mauvais souvenir qui me donne mal au ventre. Je ne fuis pourtant pas son regard, tentant de narrer le principal des évènements pour qu’enfin Kitai saisisse ce qui va nous attendre en termes de rémission.

- Lorsque tu t’es évanoui, celui dont tu me protégeais m’a attrapée pour m’empêcher de te rejoindre. Je n’avais que cette idée en tête : tout faire pour te sauver la vie. Alors je ne me suis pas occupée de ce qu’il tentait de me faire et ai attendu l’occasion pour lui retirer la sienne. Je n’ai perdu que mes cheveux, gagné une cicatrice au cou et ma dignité, intacte, m’a permis de me relever. Mon arc et la seule flèche que j’ai décochée m’ont offert la liberté de venir t’aider.

À nouveau incapable de parler, je me surprends à me sentir sale, profondément souillée d’une honte terrible d’avoir ainsi oublié qui j’étais quelques instants, pour un souhait égoïste qu’était le mien. Rougissante et tremblante comme au premier jour, je ne peux m’empêcher de me séparer de sa chaleur pour dissimuler mon visage derrière mes mains afin de continuer de parler.

- Moshiwake arimasen, Ki-chan... J’ai tué deux personnes, deux Fukyuu que leurs familles et les rangs ne reverront plus... J’ai changé en quelques secondes, remis toute mon existence et mes principes en question pour le dernier des Akogare... Mais je ne pouvais pas... C’était trop dur d’imaginer une vie sans toi... Il n’y a plus de vie sans toi... Non... plus rien...

Je me penche alors lentement en avant, ma tête se logeant dans le creux de son épaule, mes bras étreignant le sien plus légèrement qu’avant, mes tremblements refusant de se calmer.

- Itegami ne nous a pas sauvés, c’est Bankichi qui l’a fait, dis-je sur un ton net de reproches. Nous t’avons porté tous les deux jusqu’ici et il est venu régulièrement depuis prendre de tes nouvelles. Il n’est plus beaucoup d’amis que nous pouvons encore prétendre avoir... car même le Daimyo n’avait que faire de ton état lorsque ses pas l’ont mené ici. Tu es pourtant celui qui anime mes jours, celui qui m’a sauvée et peut-être alors serai-je la seule qui te sera reconnaissante. Mais je souhaite laisser toute ma gratitude déborder, d’une manière ou d’une autre, pour qu’enfin tu mesures à quel point je t’aime.

L’angoisse me prend soudain aux tripes et j’étouffe un sanglot, tandis que je le prends une nouvelle fois dans mes bras, grimpant sur lui sous les draps en faisant attention à ne le blesser sous aucune mesure, juste pour que nos deux chaleurs se mêlent, sommairement d’abord puis, avec du temps, intensément comme avant. Et je me perds dans son cou, trop honteuse encore de le voir, ce si merveilleux visage lumineux et infiniment doux que je chérirai jusqu’au dernier jour.

- Mais ai-je encore le droit de t’aimer si fort ? Et surtout peux-tu encore aimer celle qui t’a fait perdre ton moyen de danser ? Celle qui a insisté pour cette maigre escorte alors qu’il s’agissait d’un grand voyage ? Veux-tu encore chérir la Choisie d’Itegami, celle qui jurait que jamais elle n’userait de violence et prônait l’altruisme en brandissant la parole divine lorsque cela l’arrangeait ? Peux-tu accepter qu’un jour, Shuzen Seiko ait fait cette route avec toi dans le but de délaisser ses responsabilités pour aider un homme qui la convoitait en tant que femme et non en tant que Kannushi ? Me permettras-tu encore de t’offrir ma chair, encrassée par le sang et par les lèvres de ces prétendants faisant pâle figure à côté du véritable et unique élu de mon cœur ?

Je ne me sens pas digne de tout ce que tu m’as donné et tout ce que tu pourrais encore m’apporter. Mais s’il me revient un jour l’envie de prier le Dieu des Glaces alors la première prière que je lui adresserai, aussi égoïste soit-elle, serait que tu ne cesses jamais de me chérir... Si tu savais, Kitai... Je me sens aussi peu méritante de tes faveurs que je souhaite encore en jouir... Si tu savais, Kitai, à quel point je veux t’appartenir encore... Si tu savais à quel point je souhaite te rendre ce bras pour que tu puisses danser toujours...

Pardon... l’amour me rend sûrement folle et tu ne dois rien comprendre, mon aimé, à peine revenu de l’Enfer... Pardon de t’assommer avec tout cela. Le temps est avec nous, maintenant, n’est-ce pas ? Je ne veux pas peser sur toi... je ne veux plus... Tu dois guérir au calme...


Mes forces m’abandonnent et je ne peux que me positionner au mieux pour éviter de l’écraser avec mon corps, puis me taire pour le soulager du poids de mes mots. Je veux redevenir celle que je fus, la Seiko souriante et aimante que l’on semblait apprécier en tant que personne. Mais je m’en sais incapable sans la lumière qu’il me transmettra.


L - M - M - J - V - S - D
Revenir en haut Aller en bas
Akogare Kitai

avatar

Sohei

Messages : 75
Date d'inscription : 07/07/2015

Feuille personnage
Age: 25
Titre: Sohei
Liens:

MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Lun 19 Sep - 20:35

Au lieu d'une réponse immédiate à ses inquiétudes, elle se lova d'abord contre lui, l'enserrant à l'écho du geste qu'il avait pu effectuer grâce au seul concours de son bras valide, le flattant des douces attentions de ses doigts s'emmêlant dans ses cheveux auxquelles il aurait voulu à son tour rétorquer des mêmes gestes, rendu impossible par l'absence cruelle de la moitié de son membre gauche.

Il n'en conçu aucune peine pourtant, sinon une certaine frustration et quand bien même, celle ci fut rapidement remplacée par un tout autre état d'esprit tandis que la voix de son élue fit entendre sa voix brisée. Il ne pouvait rien faire d'autre que de lui sourire avec douceur alors qu'elle étalait ce qui lui apparu comme un cauchemar qu'elle avait vécu ce jour là dont les souvenirs étaient encore flous pour le sohei, sa seule blessure pour témoin que cela lui fut réellement arrivé et la brûlure continue qu'il ressentait à l'aboutissement de ce manque évident.

Une partie de son âme ne parvenait pas à regretter ce qui s'était produit tant le retour qu'elle lui faisait était porteur de la promesse d'un avenir qu'il avait souhaité dès le premier instant. Une autre, plus conséquente, était abattue de voir sa mie si désespérée, mais il se souvint sa propre peur, qu'on ai pu la blesser ou pire, la retirer à jamais à cette vie sans laquelle cette dernière ne pouvait tout simplement plus être vécue à ses yeux.

En se mettant à sa place de cette façon, il pu la comprendre pleinement, si bien qu'en reflet à l'étau dans lequel elle l'enfermait au fur et à mesure de ses mots, il l'enlaçait tout autant en échange. Néanmoins, sa force très largement amoindrie par son état et le soutien interdit du vide avec lequel il devait composer à présent laissa à Seiko le temps de prendre le dessus, lui coupant jusqu'au souffle par la même occasion.

Elle le préserva de l'étouffement auquel il n'aurait pas résisté, si heureux de la pression qu'elle avait exécuté sur lui, en y mettant fin de son propre chef non sans gratifier sa peau de la douceur de ses lèvres et faisant poursuivre à leur doigts ce que leur corps avait débutés. Ce qu'elle continua de lui raconter, hors du champ total de ses perceptions, lui compressa le cœur comme s'il avait été pris entre les pierres de l'enceinte du temple.

Elle avait du se défendre d'elle même au final, c'était là bien tout ce qu'il entendit de cette partie de son discours. Il n'avait pas été à la hauteur, n'était pas parvenu à la préserver du sang, ni de la laideur que le monde pouvait révéler et qu'il avait découvert avec elle. Le poids des existences qu'elle avait prise lui importait peu, ces hommes n'en avaient plus été lorsque leur crime s'était trouvé évident à son regard et lorsque l'un d'eux avait osé émettre son écœurant désir à la vue de la merveille que la jeune femme incarnait.

Il empêcha un sourire narquois de se dessiner sur ses traits tandis qu'il repensait au fait que c'était là le premier qu'il avait occis, il fut aidé en cela en se souvenant qu'elle aurait, par son impuissance avérée, pu perdre sa dignité ou même sa vie. De l'une ou de l'autre de ces pertes, il n'aurait guère pu y survivre, il était bien certain de cela.

Ces choses auxquelles elle était parvenu à échapper sans son aide, ses cheveux et cette cicatrice qu'il devinait sous le bandage dont il n'avait pas compris l'usage en le voyant lorsqu'il l'avait détaillée à son réveil, tout cela était le prix de son manque de vigilance, de son incapacité à la protéger pleinement.

Elle s'arracha à la liaison de leur main respective, le poussant à croire qu'elle avait pu, l'espace d'un fugace instant, déceler ce qu'il venait de penser et enfermant son visage derrière la barrière protectrice de ses doigts. Pour la première fois de son existence, il ne la compris pas instantanément alors qu'elle apparaissait déplorer ses actes et la fin de ceux qui aurait pu tout lui prendre. Elle lui sembla même jusqu'à se plaindre d'avoir agit ainsi, juste pour le sauver, lui.

Le coup fut dur à encaisser, quand bien même cherchait-il à percevoir, derrière le mur de chair qu'elle lui opposait en s'excusant, la réalité de ses pensés et si elle pouvait regretter d'avoir agis pour sa sauvegarde après lui promettre une vie indivisible comme elle l'avait fait pour toute introduction. Ce fut comme une nouvelle preuve de son incompétence ajoutée aux autres, celle d'être l'incarnation même d'une cassure dans l'identité même de son amour.

En lui faisant défaut comme il l'avait fait, elle avait dû passer outre sa nature, sa bienveillance, cette douceur même et cette innocence qui la caractérisait depuis toujours et était une part non négligeable des raisons qui faisait qu'il l'aimait. Par sa faute, elle avait le sang d'autrui sur les mains. Perdu dans cette spirale qui ne le menait qu'à plus de peine, il le fut tout autant, sinon plus encore quand elle posa son front sur la base de son épaule.

Il se demandait comment elle pouvait ne pas le haïr pour tout ceci, lui qui était l'unique cause de tout ce qui lui était arrivé, sentant au travers des tremblements qui l'affectaient sa peur rémanente et l'horreur de ce qu'elle avait vécu. Entendre une Kannushi abjurer l'être divin qui l'habitait ne pouvait plus le choquer qu'il ne l'était déjà, ni même de savoir qui d'autre qu'elle lui avait permis d'ouvrir les prunelles à ce jour nouveau qu'il aurait préféré à ce moment ne jamais vivre, encore moins d'apprendre que le champion d'Oyamatsumi était venu en Gakushiki sans s'enquérir de l'état du lancier incapable de veiller sur celle qui représentait tout ce qu'il avait.

Il ne se raccrocha à la réalité de ses propos que par la reconnaissance qu'elle lui promettait de lui exprimer, malgré ce qu'elle eut énoncé précédemment. Kitai baissa ses iris disparates sur sa choisie, son masque tiré par une expression d'incrédulité totale. Mais toute ces considérations s'effacèrent une après l'autre alors qu'elle se hissa contre lui, pressant sa chaleur à la sienne et qu'il la retrouvait enfin si totalement.

Alors ses doutes s'envolèrent et l'étreignit-il à nouveau aussi fort qu'il le pouvait, y ajoutant même l'aide du vestige de son bras gauche pour enrouler tant bien que mal et malgré la douleur sa précieuse Seiko. Il l'enserra d'autant plus lorsqu'elle reprit, prise de doutes pour une raison qu'il acceptait de ne pas comprendre, tâchant juste de lui faire ressentir sa présence au mieux de ses possibilités et de répondre sans prononcer le moindre mot à ces questions sur l'amour qu'il éprouvait à son égard.

Il n'écouta que pour moitié le chaos qu'elle exprimait, sans en ignorer l'essence pourtant, alors, sitôt eut-elle finit et se fut-elle redressée légèrement pour lui faire face en le dévisageant de ses yeux embrumés qu'il réduisit l'espace qu'elle venait de créer à nouveau pour lui offrir ses lèvres tout en l'attirant à lui. À ce baiser vint se mêler le goût des larmes qu'elle avait du passer des jours à verser, s'additionnant à celles qu'elle venait juste de libérer, quand bien même cela n'ôta rien à ce délice répété et retrouvé, auquel il transmit toute l'intensité de ce qu'il concevait à son sujet.

Il répondit à son tour une fois ce témoignage de sa ferveur établi, ses lèvres frôlant celles de son unique, ses yeux rivés dans les siens et dans son ton, aucune hésitation ne pouvait trahir la plus petite incertitude, comme s'il la disputait de la plus douce des voix pour les bêtises qu'elle venait de prononcer :

Non, je n'ai rien compris… Pas un traître mot de tout ce que tu me racontes, Sei-chan. Sauf peut être le fait que le temps puisse être notre allié, cela, je l'espère, je le souhaite de tout mon cœur, au point d'en prier un Dieu dont je ne peux m'empêcher de penser qu'il puisse avoir été présent pour nous, malgré l'imposition qu'il te fit de sa présence en ton sein. Le poids dont tu parles n'a jamais existé, il en va de ma propre décision de t'avoir toujours suivi et j'ai pris cette dernière le cœur léger. Alors ne vas pas dire que tu ne te sens pas digne de ce que je te donne et il n'est aucune prière que Oyamatsumi-sama ait à entendre au sujet de mériter cela, car en l'instant, je ne désire que te posséder… Et pour ce bras…

Il recula doucement tout en levant l'objet de ce vers quoi le sujet glissait, puis reprit en la fixant intensément derechef :

Ceci peut il être la cause de ton doute ? Penses tu que je puisses changer ma façon de t'aimer pour si peu ? Je danserais toujours pour toi, Sei-chan, quand bien même mes pas seront différents, devront-ils cesser à jamais pour autant ? Sa perte est ma très grande faute et la Choisie d'Itegami, mais avant lui, du dernier Akogare, n'est aucunement responsable d'avoir été victime d'une impossible trahison.

Comment pouvait-elle penser, un seul instant, que Fukyuu puisse combattre Fukyuu ? Ma maîtrise était trop jeune pour avoir le droit d'incarner le protecteur d'une Kannushi, mais je ne te demanderais pas si tu me veux toujours à tes côtés pour ce rôle, car il n'est nul choix que je t'offres quand à celui que je te promet de devenir. Avec ou sans le concours de cette main, je parcourrai les mêmes sentiers que toi et te préserverai à jamais d'avoir à protéger ta propre vie et la mienne, il n'est rien d'autre à regretter de sa perte que le fait que je ne pourrais plus sentir ta peau à la pointe de ces doigts disparus.


Malgré ses mots, un sourire lui irradia le visage tandis qu'il continua :

Il n'est nul sang, nul lèvres qui pourraient encrasser la pureté de mon aimée et elle m'a d'ores et déjà prouvé que son cœur est aussi mien que le mien lui appartient. La gentillesse seule de Seiko, cette merveilleuse douceur que je chéri plus que mon propre souffle, est l'unique fautive dans cet altruisme qu'elle a dédiée à beaucoup d'autres alors que mon propre égoïsme me faisait oublier qu'en tant que pieu-gardien, ma protection devait servir mon prochain et non uniquement une seule femme, fut-elle réceptacle d'un Kami. Mais je ne le regrette pas pour autant et je ne changerai en rien ce fait. Je suis et resterai dédié à l'unique fille des Shuzen, ma rencontre avec cette dernière ayant scellé mon destin au sien pour toujours.

Le lancier fit disparaître la distance les séparant alors, l'embrassant une nouvelle fois profondément, sans attendre qu'elle réagisse à ses propos, puis fit glisser ses lèvres le long de la joue de son amante avant de les perdre dans son cou pour y remonter langoureusement avant d'ajouter dans un murmure :

Tu souhaites laisser ta gratitude déborder, me permettre de te laisser m'offrir ta chair ? Si je ne suis pas déjà en train de la goûter de mon propre fait, c'est uniquement dû à la fatigue qui accapare mon corps en ce moment même. Mais ne t'écarte pas trop, mon amour, reste non loin de moi alors que je me remet. Tu n'auras guère à attendre longtemps la réponse à ta question. Ta vie vaut bien plus de mille bras. Avoir pu participer à la préserver au prix d'un seul… Par Amaterasu elle-même… Ma foi ne pourrait concevoir plus douce caresse. Les Dieux sont cléments avec leur serviteur de lui avoir laissé sa main directrice pour pouvoir chérir son univers. Tout ceci était peut être une leçon qui nous a été faite à toi comme à moi… Mais l'unique fait que je puisse en retenir est mon seul et unique brûlant désir à ton égard. Quelque chose peut-il être plus important que le fait que nous soyons réunis, ici, fort de ces volontés là ?

La pressant contre lui au mieux de ce que l'énergie qu'il avait lui permettait, il flatta alors son oreille d'une très légère pression de ses dents, son cœur battant et bien derrière lui furent le traumatisme de sa partie tronquée ou le choc des mots qu'elle avait pu prononcer, car tout ce qui avait de la valeur se trouvait à sa portée.
Revenir en haut Aller en bas
Shuzen Seiko

avatar

Kannushi

Messages : 147
Date d'inscription : 28/10/2013
Age : 27

Feuille personnage
Age: 26 ans
Titre: Kannushi
Liens:

MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Sam 12 Nov - 16:43

Je me demande jusqu’où j’ai pu mériter la douceur et la lumière que cet homme m’apporte, chaque seconde qui nous a été donnée, depuis que nous nous connaissons. Ai-je vraiment le droit de profiter de la chaleur qu’il me rend, avec ses deux bras, outils de tendresse et de réconfort à cet instant teinté de sentiments incontrôlables ? Il n’en est qu’un qui grandit positivement, finalement, c’est l’amour inconditionnel que je lui porte et continuerai de lui porter, cela même s’il me rejette pour avoir osé émettre que mes convictions auraient pu être plus importantes que lui. Je n’en pense évidemment pas un mot, je ne songe plus à rien d’autre qu’à Kitai lorsque, de toute la sincérité et l’affection dont il sait faire preuve, il m’offre un intense baiser.

Il nous lie encore une fois par ce précieux geste et par ses paroles, aussi douces que fermes, ne laissant que la plus évidente réponse m’emplir petit à petit de joie. C’est ma propre incompréhension qui fait cesser l’évasion de mes larmes, les yeux écarquillés pourtant, de plus en plus lorsque je saisis enfin la portée de ce qu’il ressent pour moi, par le biais de mots percutants mais sans une once d’agressivité. Mon Sohei est fatigué, oui mais jamais je ne l’ai vu si déterminé à me faire comprendre quelque chose, une chose si importante qu’est celle-ci : la portée et l’importance de notre lien, par-delà le temps, les épreuves et tout ce que nous pourrons subir encore.

Constater que mon aimé en soit encore à croire en le Kami des Neiges me fend autant le cœur que cela ne le répare. Quelle élue suis-je, si je suis incapable de croire en la divinité qui a fait de mon corps son réceptacle, qui a cru en moi après s’être relevé d’un acte qu’il pensait comme une trahison de la précédente Kannushi ? Ai-je ainsi osé mentir au Daimyo et, pire, à l’enfant-même d’Itegami qu’est Bankichi en disant que j’adresserais mes prières à cette entité, sans pour autant en penser un seul mot ? Je me déteste à cet instant mais cette haine s’envole aussitôt que mon danseur de foi me répète, avec motivation, que je ne dois remettre en aucun cas son jugement et ses décisions en cause, encore moins ce choix de m’avoir suivie.

Puis il met en évidence ce membre que je l’ai vu perdre là-bas, que je l’ai vu perdre ici lorsqu’il a pris conscience être de retour dans ce corps incomplet. Brandissant ce que je considère comme ma faute, il enlève le poids de mes épaules, le faisant devenir aussi léger qu’une plume, rien qu’en parlant de cet imprévu que personne ne pouvait deviner. Oui, nous ne pouvions pas savoir ce qui allait se produire... Car être le réceptacle d’un Dieu ne permet pas d’en devenir un. Et jamais mes rêves n’auraient pu m’aider à deviner telle horreur. L’auraient-ils permis, un autre fléau nous aurait poursuivi mais nous l’aurions affronté ensemble, comme à présent.

Kitai me promet. Il me promet de m’aimer un peu plus chaque jour, beaucoup plus chaque semaine et infiniment au fil des années. Ce beau jeune homme m’impose sa présence comme la plus délicieuse des gourmandises, comme la plus méritée des récompenses, sans me demander mon avis. Je suis encore incapable de sourire mais, déjà, je sens la chaleur de sa lumière réchauffer mon cœur meurtri par ces coups durs. Sa présence seule me suffit pour déjà mieux respirer, soulagée de milliers prétextes de culpabilité inutiles. Ses compliments finissent de m’achever, de me faire définitivement fondre pour toutes ses expressions, tous ces regards qu’il m’adresse et ce nouveau baiser, encore plus passionné que le précédent.

Aucun contact ne se rompt, son visage créant le lien entre nos deux peaux, ses derniers mots maintenant harnachées nos deux existences comme celle d’un seul et même être. Je me blottis contre lui, sans répondre dans un premier temps, profitant de mon âme sœur, comme jamais auparavant. Je m’imprègne de son souffle, me rappelle de chacune de ses caresses sur mon épiderme, de sa voix qui résonne encore en moi, telle la plus jolie des musiques. Un battement de cœur de Kitai, celui qui donne le départ à sa nouvelle danse, crée l’impulsion dont mon souffle à besoin pour se régulariser afin que, enfin apaisée, je puisse murmurer de jolies choses à mon aimé.

- Combien de leçons ai-je à prendre encore pour ouvrir les yeux ? dis-je sur un ton neutre, discourant davantage avec moi-même qu’avec mon élu. J’ai bien l’impression que celle-ci était la plus efficace. Mais tout de même... je continuerai à demander pardon. Je ne pouvais rien prévoir, c’est vrai mais qu’elle abrutie j’ai été d’imaginer que j’irai bien, même en m’éloignant de ton si scintillant rayonnement. On ne m’y reprendra pas, je peux le promettre à tous les mondes existants.

Lentement, je change de position, m’éloignant quelque peu de lui pour mieux me glisser sous la couverture qui le maintien à l’abri du froid. Délicatement, sans quitter ses yeux des miens, je défais mon obi et laisse les pans de mon yukata révéler une partie de ce que mon tout souhaite posséder. Précautionneusement, je délie sa propre ceinture, faisant ensuite glisser le tissu de part et d’autre de son buste, découvrant à mon tour cette chair de laquelle je ne supporte plus la séparation. Délicatement, je glisse ma jambe droite de l’autre côté de ses hanches, évitant dans un premier temps que nos deux intimités ne se rencontrent, je parsème son torse d’attentions, puis son ventre, pour finalement remonter dans son cou, puis à la commissure de ses lèvres.

- Que puis-je répondre à toutes ces injonctions ? Il n’est aucun autre choix pour moi que celui de t’aimer à jamais et comme jamais. Car tu es le seul, entre tous, entre tout ce qui existe, qui puisse faire taire Shuzen Seiko à l’aide de la plus adorable des attitudes. Tu es le seul à avoir toujours été là, le seul à le vouloir encore malgré tout ce qui peut se passer de mal dans une vie.

Il n’est aucun regret que je puisse avoir d’avoir fait passer ma Lumière avant mes convictions... Car les avis changent mais l’élan de vie peut disparaître, j’en ai bien pris conscience. Reste avec moi, s’il-te-plaît, mon amour. Parce que tu es bien plus que cela. Tu es mon souffle, ma raison, ma foi, tout ce qui fait que j’existe. Et bon sang, ce que j’aime exister...


Un sourire sincère étire ma bouche lorsque je réalise que le contact de mes petits monts de féminité sur sa poitrine a suffi à éveiller physiquement son désir. Laissant alors mon bassin rejoindre le sien langoureusement, mes lèvres rejoignent les siennes en un frôlement aussi tremblant que mon soupire.

- Il n’est pas besoin de doigts pour me toucher, Akogare Kitai... Ne sens-tu pas ma peau de la pointe de tout ce corps ? Sache que je vais désormais la chérir, des heures, des jours, des semaines durant, l’enveloppe sacrée de la plus belle âme de Yokuni.

Je réalise rougir, bien malgré moi, sans savoir s’il s’agit d’un excès d’émotion, de sensations ou de zèle. Mais il ne s’agit en aucun cas de honte ou d’embarras. Car je me trouve fusionnée avec mon univers et mon amour a bien raison : il n’est rien d’autre de plus important à cet instant.


L - M - M - J - V - S - D
Revenir en haut Aller en bas
Akogare Kitai

avatar

Sohei

Messages : 75
Date d'inscription : 07/07/2015

Feuille personnage
Age: 25
Titre: Sohei
Liens:

MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Jeu 20 Avr - 21:18

Tout du long de son discours enflammé, à l'invectiver de la plus douce des façons, à lui soumettre le plus délicat des soufflets, sans que la plus petite douleur ne puisse s'en laisser ressentir, il assista à l'acceptation totale de ses propos. Le besoin qu'elle avait de voir un partenaire, mais aussi un guide en lui fut une clarté infinie, si bien que cette lumière qu'elle dégagea, alors qu'elle aurait tout à fait pu se renfrogner, s'écarter, se soustraire sans mal à ses misérables restes de forces, tout ceci le persuada qu'il devait être cet homme pour elle et celui qu'il deviendrait dès cet instant.

S'il avait pu se montrer déraisonnable parfois, avec elle et dans leurs escapades, Kitai se rendait compte qu'il était la conscience de leur couple, celui qui avait les pieds les plus greffés sur terre, son sens des réalités, tantôt idéalistes, permettait plus souvent que de coutume Seiko de ne pas s'évader vers des sentiers impossibles. Et tout à ses cajoleries, ses baisers et ses caresses, elle débuta de lui répondre, montrant bien qu'elle était loin de se trouver blessée par ses quelques remontrances, bien au contraire.

Bien vite, elle se substitua néanmoins à ses attentions pour mieux se glisser sous les draps de sa convalescence, brisant tout les conseils que les soigneurs auraient pu lui donner, s'ils l'avaient fait. Enjôleuse, pleine de désir et prenant les devants, elle se défit de sa ceinture, laissant s'ouvrir les pans de sa tenue, révélant par la même occasion une partie des trésors qui s'y cachaient non sans manquer de le cribler des tisons ardents de ses prunelles.

Elle s'affaira très vite au lien qui lui ceignait lui-même la taille, ouvrant les tissus sur sa propre peau et débutant d'en gâter la surface de milles cadeaux avant de remonter sur ses traits et de reprendre son laïus chaleureux. Chacun de ses mots le rassurant sur l'utilité de ceux qu'il avait eut le moment précédent, le confortant même dans la justesse qu'il avait su leur donner et dans le fond de ce qu'elle lui disait, une justice envers cette abnégation qu'il avait perdu d'espérer, bien des jours plus tôt.

Un tel tord fut merveilleusement doux à assimiler, alors qu'elle se presse, sa nudité partiellement révélée, la douceur de sa fleur au contact de sa propre chair, elle parvint même à pousser le peu d'énergie qu'il avait en lui à se diriger vers sa lance de vigueur dont le seul but était de satisfaire la faim naissante de l'hôte divine. Et alors même qu'elle s'unit à lui, dans un soupir, il s'empressa de lui répondre dans un murmure entrecoupé de légères morsures et de séries de baisers infligés à son cou :

Je ne compte pas partir, ni jamais plus te laisser seule… Sei-chan… Je ne t'arracherai jamais cette existence que tu vois en moi comme je ne peux considérer autre vie que celle que je veux passer à tes côtés. Je ne peux pas faire autre chose que de rester l'esclave de ton désir, de me laisser traiter comme tu le souhaiteras jusqu'à me remettre… Lorsque ce jour viendra, tout le temps que je n'accorderai pas à ma rémission, à redevenir digne de te protéger, quelque soit les circonstances, quand bien même Yokuni soit sur le point de brûler…

Si avant même la fin du monde, il nous est laissé le temps d'une union, de ce jeu et ce partage qui est le notre, alors je chérirais ta chair comme je chéris ton âme. Et après cela, la moindre minute qui nous sera laissée à nous, quand tes offices se termineront et que mes rondes seront relevées, servira à retrouver la douceur de ta peau, le brûlant de tes baisers et la chaleur en ton sein.


Poussé par ses mots et sa soif d'aimer sa kannushi, une force nouvelle l'envahit, mêlant adrénaline et convoitise, il se redressa pour moitié, provoquant la chute du drap sur leurs hanches réunies soulevant son amante en s'harmonisant à son propre rythme, poussant plus loin son investiture. Bientôt, leur hauts de kimono tombèrent sous les à-coups, les laissant ainsi à la contemplation mutuelle de leur dévorantes ambitions.

Cependant, le pauvre sohei fut bien incapable de soutenir bien longtemps cette cadence et s'abandonna rapidement aux soins de son amante insatiable jusqu'à l'atteinte du paradis, l'explosion finale et sa chute dans les limbes, épuisé.

***

Il joua quelque peu avec cette sœur qu'il avait toujours connue, cette prolongation de ses bras jusqu'à ce jour. Un membre en moins ralentissait totalement ses mouvements, leur rapidité et même leur impact, tout cela n'était que la moitié de ce qu'ils avaient étés autrefois. Kitai s'était mis à l'écart de ses frères d'armes, pour plus d'une raison. Dans un premier temps, la vue d'un être amoindri n'était pas quelque chose qu'il souhaitait imposer à ses pairs et il ne souhaitait surtout pas leur montrer toute la peine qu'il pouvait ressentir à exécuter des gestes qui avaient été si simple pour lui auparavant.

Depuis quelques jours déjà, il était autorisé à sortir du lit et il s'était empressé depuis de ne pas trahir sa promesse faite à la seule qui comptait. Ainsi, il tentait l'élaboration d'un style de lance pour pallier à son handicape et lorsqu'il ne priait pas ou ne s'exerçait pas à cela, il tâchait de retrouver Seiko, peu importe ce qu'elle pouvait bien faire, tant qu'elle fut seule, pour lui montrer à chaque fois la fougue de son sentiment pour elle.

Ils s'étaient ainsi retrouvés tant de fois pour de galants échanges et d'autres, plus délicieux, qu'il l'avait vu lever les yeux, rougissante, le cherchant du regard, pensant qu'il allait surgir pour quérir ses trésors de nouveau. Cela lui permettait de tenir, tant il ressentait la détresse de cette inutilité à laquelle il était réduite. Car lorsqu'il se mêlait encore à ses frères, ceux ci le préservait de toute les tâches, se montrant même protecteur à son égard, ceux là même à qui il apprenait l'art du yari avant la perte de son bras. Le dernier Akogare soupira, mais il désespérait pas pour autant.

Il avait ainsi choisi un kimono aux longues manches afin de masquer son membre tronqué, ce dernier lui donnant des airs de vieux sage tandis qu'il méditait tantôt. Mais malgré tout ceci, le poids de son cœur était bien moins lourd chaque jour. Car il vivait ces derniers non loin de son aimée et il n'était plus une nuit qui ne connaissaient pas leur lot d'effusions. Soulevant son poignet dépourvu de main, masqué par la manche, il se mit à rire doucement et sincèrement. Le prix était finalement bien doux pour ces jours qui étaient les plus beaux qu'il eut vécu jusque là.
Revenir en haut Aller en bas
Shuzen Seiko

avatar

Kannushi

Messages : 147
Date d'inscription : 28/10/2013
Age : 27

Feuille personnage
Age: 26 ans
Titre: Kannushi
Liens:

MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Dim 28 Mai - 18:30

Il me promet qu’il ne partira pas. Il me promet qu’il restera là. Et au lieu de la naïveté et d’idées en l’air, moteur d’une vie aisée et chanceuse jusqu’ici, ce sont des faits qui s’imposent à moi. Oh je le sais qu’il n’est pas immortel, mon aimé. Je sais que le Destin peut me le prendre à tout moment. Mais son envie de rester à mes côtés, je le sais aussi, motivera le fait qu’il s’installe définitivement dans mon existence. Kitai le fait spontanément en se proclamant « serviteur de Sei-chan », celle qu’il a toujours aimée et qu’il jure de continuer à chérir tant qu’il le pourra.

Chacun de ses baisers et toutes les tendres lésions qu’il m’inflige en parlant m’emplit d’une certitude que je garderai à jamais en moi. Mon danseur de foi est là et, qu’importe comment, il continuera ses chorégraphies aussi gracieusement qu’il sait déjà le faire. Mon Sohei bouge déjà, sans que je ne sache avec quelle force il peut se soulever et m’envelopper davantage. Je laisse mon inquiétude de côté, voyant que l’homme qu’il est devenu souhaite endosser ce rôle que je le laisse prendre en gémissant de le savoir et le sentir ancré en moi.

Alors que les tissus caressent nos corps à leur tour, je redécouvre le sien de tous mes sens. Touchant sa poitrine et ses épaules puissantes, dessinant de mes yeux les contours de cette brûlure qui lui a enlevé sa mère, suivant le rythme de son souffle irrégulier, goûtant les saveurs qu’il dégage tandis qu’il s’allonge à nouveau et m’imprégnant de son odeur dont jamais je ne me lasserai. Je ne me trouve plus dans aucun rêve mais aucune autre réalité ne peut être plus douce que celle-ci. J’en apprécie donc tous les versants, jusqu’à me laisser transporter au sommet du bonheur avec ma raison de vivre.

Mon protecteur ne reste pas longtemps après cela, trop fatigué de ce passé récent, de ce manque qu’il ressentira désormais mais aussi de cette félicité dans laquelle nous venons de baigner. Je le laisse s’endormir en l’enlisant sous de tendres caresses, remettant son futon et ses draps en état après m’être séparée de lui pour cela. Alors qu’il dort profondément, je me rhabille de l’amour plein les yeux, voyant que s’étend sur son visage serein un merveilleux sourire.

***

Le passage précipité de Tanba-san a laissé des marques ici mais tout le monde assume la sienne et la porte avec fierté depuis qu’il s’en est allé pour Birei.

De mon côté, j’ai pu toucher du bout des doigts ce que je ferai, une fois en pleine possession de mes responsabilités. Plusieurs jours ont passé et nous avons guéri tous les deux à notre façon, nous apportant chacun un soutien qu’aucun religieux ou soldat ne puisse mesurer. Désireuse de paraître présentable, j’avais demandé souvent à ce qu’on m’habille pour compenser le manque que mes cheveux avaient laissés. Ainsi, on me fait porter des coiffes, des étoffes plus précieuses que les fortunes du Temple et des colliers faits main afin de dissimuler ma cicatrice... et les Miko se donnent à cœur joie dans leur tâche de me rendre toujours plus belle.

Au-delà de cela, les Haut-Prêtres me donnent déjà quelques conseils et surtout les consignes indispensables à la direction de Gakushiki. Dans mes mains passent des dizaines de documents, d’offrandes et de prières. Je me retrouve confrontée à la véritable définition de cette fonction que Miyuki-san n’a pas été en mesure d’assumer. Devant les parchemins de riz signés de sa main, une profonde gratitude m’envahit et je ne compte plus les fois où je remercie Itegami de m’avoir choisie.

Et lors de moments plus calmes, Kitai me retrouve, plus charmant, chaleureux et entreprenant que jamais. J’apprécie ces moments on ne peut mieux en lui rendant la même chose, si ce n’est plus et en entamant déjà cette vie que je veux pour nous lorsque le monde cessera de souffrir. Il m’arrive aussi des moments où je l’observe, de loin, se confronter à lui-même et à cette main qu’il n’a plus pour danser. Par chance, il n’est pas Samouraï et les autres Sohei l’acceptent, l’aide et le soutiennent. Toutefois, je vois qu’il s’isole légèrement, à certaines heures de la journée, lorsqu’il n’est ni avec moi, ni avec ses confrères. Et même si c’est toujours un sourire que je vois sur son visage, j’ai conscience de ne pouvoir compenser cette perte avec mes attentions, aussi dévouées soient-elles.

Aussi, je cherche pendant plusieurs jours encore une solution pour combler ce manque. Cela me donne l’occasion de retourner à la bibliothèque de Fuyu. Une pensée émue pour Maeda-san me fait sourire car je songe qu’il aurait adoré fouiller ici avec moi. C’est pourtant seule que je réussis à trouver une piste qui, je l’espère, ne contrariera pas mon aimé. Il s’agit de faire venir au Temple un Maître du bois renommé et de le laisser nous montrer son art.

***

Je fais demander le professionnel le plus rapidement possible et fait quelque peu connaissance avec lui avant de quémander la présence de Kitai dans la même pièce. Le vieil homme a les mains usées et le frottement de ses dernières sur les tatamis, lorsqu’il s’incline bassement pour accueillir le moine, manque de me faire grimacer. Mon aimé s’installe en face de l’inconnu et à ma droite, l’air dubitatif mais tout de même attentif à mes propos, puis à ceux du nouveau venu.

- Cet artisan s’appelle Giichi Jin, commence-je en regardant droit devant moi, légèrement mal à l’aise de ne pas en avoir parlé à ma source de vie précédemment. J’ai trouvé son nom et son histoire dans les archives de Fuyu et ai découvert que, toute sa vie durant, il a travaillé le bois de toutes les façons possibles. Il a créé des œuvres d’art mais a aussi aidé son prochain en élaborant des meubles, des bô et autres objets personnalisés.

Je baisse légèrement la tête et me décide à retrouver les yeux de Kitai.

- Je veux que tu restes à mes côtés... c’est une promesse que tu m’as faite. Et pour cela, il te faut travailler dur, ce que tu fais déjà chaque jour. Mais en discutant avec Giichi-dono qui a partagé son expérience et sa sagesse avec moi, j’ai compris qu’il est des choses du corps que le cœur et l’âme ne peuvent remplacer. Gomen... je ne voulais pas t’en parler avant. Je ne voulais pas que tu sois blessé par cette proposition...

Voyant que je peine à assumer mon choix, l’homme se râcle la gorge timidement et me demande de prendre la parole, ce que je lui laisse faire d’un hochement de tête.

- Le bois est une matière plus noble que l’on pourrait le penser. À l’heure du métal et des révolutions, j’apprends toujours de nouvelles choses en écoutant et en touchant cette matière aussi ancienne que Yokuni. J’ai eu à travailler deux membres dans ma vie, deux morceaux dans lesquels les guerriers qui les ont utilisés ont placé leur âme. Ils sont encore vivants aujourd’hui et combattent, au nom de Fukyuu, car ils peuvent marcher au-devant du danger sans plus avoir peur.

Si votre devoir est de protéger Shuzen-sama, comme elle me l’a expliqué avec émotion, alors ce sera un honneur pour moi de vous confectionner une main. Il ne s’agit pas d’apparence et notre Kannushi l’a bien compris. Mais les Dieux nous ont fait équilibrés. Il n’est pas de honte à manquer de cela, la parité d’esprit se gagne avec les années et nos erreurs. Mais le corps, lui, a été fait de façon symétrique. Et si cette égalité est troublée, alors c’est tout notre être qui s’en retrouve déstabilisé.

Vous êtes un lancier d’exception et la foi vous anime, tout comme elle anime notre bien aimée Élue lorsqu’elle parle de vous. Je n’ai aucune prétention à part celle de pouvoir vous garantir une meilleure maîtrise de votre naginata lorsque, de l’autre côté de ce corps, se trouvera une nouvelle partie de vous. Vous réapprendrez à marcher, à combattre et à aimer ainsi complet à nouveau. Mon expérience me le dit : l’équilibre fait des miracles.


Un silence s’installe dans la pièce. Et pour la première fois de ma vie, j’ai peur de regarder Kitai. Peur surtout qu’il pense que, comme ses confrères, je cherche à le décharger ou à le materner. Je ne peux désormais plus qu’espérer qu’il accepte ce don comme un cadeau lui permettant d’avancer plus aisément vers l’avenir.


L - M - M - J - V - S - D
Revenir en haut Aller en bas
Akogare Kitai

avatar

Sohei

Messages : 75
Date d'inscription : 07/07/2015

Feuille personnage
Age: 25
Titre: Sohei
Liens:

MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Ven 14 Juil - 11:59

Les subtilités de ce nouvel équilibre lui obligeait à tout réapprendre, pour autant, il s’adaptait, jouant sur le poids de sa lance pour le propulser, usant de l’inertie pour se lancer plutôt que la force de deux bras. Le résultat était intrigant, mais manquait tant d’impact et de vélocité qu’il était poussé à palier le résultat par une extrême mobilité. Là encore, son pas n’était pas aussi plus aussi sûr, glissant souvent, sous estimant l’équilibre nécessaire à la réception d’un saut, se trouvant à briser celui-ci en penchant souvent trop du côté droit.

Plus d’une fois il soupira et jura, mais il se relevait systématiquement, la naginata étant toute sa vie et ne se voyant pas reprendre l'entièreté du maniement d’une arme afin de recouvrer pleinement son statut de défenseur de Gakushiki. Ce jour, sa patience s’amenuisait à mesure qu’il tentait d’établir une danse inédite, exploitant au mieux sa situation physique, si bien qu’au bout d’une énième chute, il faillit jeter sa kozori de dépit avant de stopper son geste, la mine lasse.

Ses pensées dérivèrent rapidement vers une exutoire parfaite pour oublier sa frustration, le réconfort qu’il trouverait auprès de la régente même du temple et des soins qu’elle seule était capable de lui prodiguer. Surprit fut-il lorsqu’un frère vint le trouver avant cela, lui transmettant l’invitation de Seiko elle-même qu’il prit pour un concours du Destin, le sourire joyeux qui s’était dessiné à cet idée s'estompant quand il parvint dans la pièce même où se trouvait l’héritière des Shuzen, celle-ci n’était pas seule.

Haussant les sourcils de curiosité, il répondit au salut que le vieil homme lui adressa puis vint s’installer silencieusement en seiza aux côtés de la kannushi en préservant une distance respectable au vu du rang qui le séparait de celle-ci. Un calme gênant s’installa doucement et Kitai sursauta presque lorsque son amante vint à prendre enfin la parole, lui présentant le visiteur et débutant de lui décrire les circonstances de sa présence.

Se tournant subtilement vers elle, il la vit courber l’échine de toute apparence désolée de l’entreprise dans laquelle elle s’était lancée. Elle poursuivit depuis sa position contrite, honteuse pour une raison que le sohei ne parvenait pas à cibler. Il n’était pas d’accord avec ce qu’elle disait, mais ne voyait cependant pas le moindre mal à ce qu’elle puisse le penser. Devenue trop hésitante, celui qui s’était fait annoncé comme étant Giichi Jin reprit la parole après avoir obtenu l’assentiment de la Voix Divine.

Au fur et à mesure que l’artisan développait son sujet, le dernier Akogare avait l’impression de s’être réveillé dans une autre dimension que la réalité, du moins, après qu’il eut révélé le motif de sa présence. En aucun cas le moine combattant ne se sentait l’envie qu’un étranger qui pensait le connaître lui tienne un tel discour et il s’était vraiment perdu en conjectures inutiles au yeux du jeune prêtre.

Lorsque le silence revient, le sohei ne put s’empêcher d’éclater d’un rire clair, tendant son bras valide, la paume ouverte face à lui afin d’excuser son soudain émoi. Il mit un certain temps avant de recouvrer son calme et quand il y parvint, il fut contraint d’essuyer une larme naissante à son oeil avant de répondre enfin d’une voix dénuée du moindre doute ou de la plus petite animosité :

Ha ha ! Sumimasen… Giichi-san, Shuzen-sama… Tant d’efforts dans cette présentation, tant de soin apporté, pensant fort étrangement que je puisse ignorer le plus petit mot que j’ai pu entendre ? Vous souhaitez me faire faire un postiche, kannushi-sama ? Faisons-donc cela, votre gentillesse me va droit au coeur ! Je suis votre éternel défenseur et si vous pensez que cela pourra m’aider dans l’objectif de ma vie, alors il n’y a pas de doute à avoir, par Itegami !

Il se calma un peu plus, un sourire indélébile sur les traits, posant sa main sur son genoux, l’autre bras plié contre lui avant de reprendre, serein :

Vous pensez que je ne sois pas au fait de ces histoires d’équilibre ? Vous pensez que je ne saurais pas m’adapter à une situation ? Cela ne fait que si peu de temps que je suis de nouveau sur pieds et vous ignorez, Giichi-san, l’ampleur de mes progrès. Je suis partagé entre l’idée de vous faire mentir et celle d’accepter votre généreuse offre. Mais puisque cela est de l’idée de ma Kannushi, je n’ai proprement rien à redire.

Je m’habituerais à un membre factice comme je me serai habitué à ne rien avoir du tout. Point besoin de ces longues explications et de ces propos se voulant rassurant, je n’en ai guère nécessité, merci néanmoins pour votre sollicitude. Aussi, je ne perdrai pas mon temps et ma salive à vous expliquer à quel point votre raisonnement ne tient pas… Nous avons chacun nos domaines, n’est ce pas ? Vous donnez au bois une forme et celle ci pourrait avoir l’apparence d’un bras, soit, faites.

Je suis un sohei de Gakushiki, pratiquant depuis vingt ans mon art d’une seule et unique façon. J’ai été sot de ne pas me diversifier, mais ceci n’aurait été qu’une question de temps, avec ou sans votre concours. Ne vous sentez pas obligé de me faire la leçon alors qu’une simple annonce de la fabrication de votre ouvrage aurait suffit.


Il se retourna vers son élue à lui, franc et sincère dans la radiance de son expression et poursuivit :

Vous n’aviez pas besoin de vous broyer tant les sang, Shuzen-sama, je serai toujours à vos côté et j’apprécie votre initiative, l’accepte même avec plaisir, mais cela sera uniquement parce que vous en avez l’envie et cela ne me blesse en aucun cas. J’imagine que Giichi-san est doué et que l’objet sera joli ! Mais tout ce discours n’était vraiment pas nécessaire, je vous l’assure…

Enfin, il haussa un sourcil au duo avant de clôturer, intrigué :

Et maintenant quoi ? Il y’a quelque chose que je puisse faire pour vous aider dans votre entreprise, Giichi-san ?
Revenir en haut Aller en bas
Shuzen Seiko

avatar

Kannushi

Messages : 147
Date d'inscription : 28/10/2013
Age : 27

Feuille personnage
Age: 26 ans
Titre: Kannushi
Liens:

MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai) Dim 30 Juil - 14:19

Je m’attendais à beaucoup de choses mais pas à cela. Un rire. Le même que lorsqu’il est heureux mais aussi le même que lorsqu’il est confus. La mine inquiète et encore plus mal à l’aise que précédemment, je regarde mon aimé s’excuser de sa main valide puis par les mots, une fois remis de cette réaction spontanée. Mon cœur se serre tandis qu’il qualifie cette aide de « postiche » mais la sérénité et le visage imperturbable de l’artisan m’apaisent légèrement et je détourne le regard pour mieux écouter les arguments de mon Sohei.

Je suis encore une fois surprise du ton que mon amant emploie, contrastant réellement avec la prétention de ses propos. Je ne le sens pas imbu de lui-même, plutôt propriétaire d’une nouvelle assurance que je ne lui connaissais que peu jusqu’ici. Il avait toujours été certain de ses mouvements, c’est sûr. Mais il était parfois maladroit dans l’expression de son ressenti, pendant ces années. Alors, voir ainsi Kitai certain qu’il se débrouillerait sans aide me chaud au cœur... mais me projette également sur l’immense rappel de l’orgueil de mes frères, juste avant qu’ils ne périssent ou s’enfuient pour combattre.

Confrontée à son refus de faiblesse, je cherche visuellement du soutien dans les jardins, jusqu’à ce que la tristesse me ramène au Maître et à sa plénitude. Respectueux, il écoute mon protecteur et s’imprègne de ses mots mais c’est comme s’ils ne lui faisaient aucun effet. Il ne sourcille même pas lorsque Kitai met à terre ses explications, admettant simplement qu’elles ne sont pas suffisamment concrètes ou encore lorsqu’il confronte le Menuisier à son inutilité. Mon organe de vie se serre tant que j’en perd un instant mon souffle, lorsque ma raison d’être me rassure en disant que je n’aurais pas dû en faire autant pour si peu.

Loin d’être à bout de souffle, Giichi Jin s’incline en guise de remerciement et répond, encore une fois avec mon accord, de la façon la plus calme qu’il m’ait été donnée de voir.

- J’ai vécu suffisamment longtemps pour apprendre de ces guerriers certains de tout. Finalement, j’ai dû accepter d’emporter mes conseils dans ma tombe, Akogare-san. Car ils ne sont d’aucune utilité à celui qui croit en son art comme aux Kami. De fait, loin de moi l’idée et la suffisance de vous donner une quelconque leçon aujourd’hui.

Mon but et mon travail sont de répondre à une demande qui me semble justifiée, celle de servir une cause, la vôtre, mais aussi l’incarnation endormie de notre Dieu des Glaces. Si j’y parviens, alors mon rôle aura été pleinement rempli et je pourrai rejoindre les cieux, accompagné de mes acquisitions, sans aucun regret.

À présent, je suis dans la même pièce qu’un lancier sans main porteuse et je me dois de répondre à votre question. Si vous voulez bien vous lever, retirer votre manche et me laisser prendre les mesures de votre bras.


Restant assise, je regarde le tout se dérouler dans le plus grand calme et admire cette partie du corps de mon tout, les images de ce jour affreux revenant à moi comme la lame gelée m’ayant entaillé la peau du cou. L’artisan frôle du dos de sa main la plaie désormais refermée. La peau est encore si fine qu’elle en est toujours rosée. Délicatement, de ses mains rugueuses, le Maître du bois invite Kitai à soulever son avant-bras et mesure de ses doigts et d’un pinceau toutes les dimensions nécessaires à l’élaboration du faux-membre qu’il offrira à mon Lancier.

Cela ne dure que quelques instants mais ces derniers sont suffisants pour m’émouvoir jusqu’aux larmes. Je les éradique discrètement derrière un mouchoir et les salutations ainsi que les remerciements que j’adresse à cette rencontre, avant qu’il ne s’en aille pour s’appliquer à son ouvrage. Je reste seule avec le dernier des Akogare, que j’ose à peine regarder lorsqu’il revient s’asseoir en face de moi, en apparence inquiet de mon silence.

- Tu sais que jamais je n’oserais dénigrer tes progrès. Je suis même la première à les admirer, lorsque j’ai le temps de t’observer danser, dis-je d’une voix basse et tremblante, sans le regarder dans un premier temps.  Mais je le vois, que tu n’es plus pleinement toi-même. Tu es Maître de ton art, il fait partie de ta vie depuis bien avant que nous nous connaissions. Après tout ce que nous avons traversé, j’ai naïvement pensé qu’il te serait difficile de te sentir bien s’il te manquait une partie de toi pour t’emparer à nouveau de la vie.

Je m’approche en marchant à genou plus près de lui, sans m’occuper de ceux qui pourraient entrer dans la pièce. Ma main caresse le triceps de son membre mutilé et je retrouve enfin ses yeux d’un bleu pur et sans idées sombres.

- Tout ce discours, comme tu l’as dit... ce n’était pas un ordre ou parce que cela me fait plaisir. C’était juste une proposition. Si tu la trouve superflue ou inutile, que tu penses pouvoir t’épanouir avec ce manque ou pouvoir le combler d’une autre manière, je retournerai chercher Giichi Jin et nous arrêterons là. Tu as absolument ton mot à dire sur tout cela. Il s’agit de ton corps, de ta naginata, des objectifs que tu t’es fixé.

Tu m’as sauvé la vie et on t’a privé de ta main pour cela. J’ai imaginé que c’était suffisamment terrible pour mériter un peu de grâce et de facilité, sans te demander une énième fois de t’adapter en travaillant encore plus dur. Mais finalement, c’est à toi d’accepter ou de refuser ce que j’ai pensé bon pour toi. Je ne me sentirai pas non plus vexée si, pour une fois, tu penses un peu à toi. Il n’y a rien qui puisse me blesser davantage que te voir lutter contre toi-même... j’en ai assez vu. Mais j’ai beau te connaître, t’aimer à en perdre mon souffle, je ne suis pas dans ta tête.


Passant mes bras sous les siens, je me blottis contre lui, mon oreille captant la mélodie des battements de son cœur. Un soupire m’échappe, mes yeux se perdent sur un tatami, puis un autre... je me sens perdue.

- Peut-être suis-je passé à côté de l’essentiel, en me basant sur ma propre interprétation des choses ? Peut-être qu’en voulant te rendre complet à nouveau et te faire accéder à tes pleines capacités, je me suis fourvoyée sur ta façon d’atteindre cette maîtrise du combat à la lance que tu as défendu un peu plus tôt ? Tout ce que je souhaite, c’est ton bonheur... c’est vraiment tout ce que je veux...

Puis je ne sais plus quoi dire d’autre, alors je me tais. Et aucun orchestre ne me semble plus compétent que celui de son battant qui s’agite et de sa respiration qui s’accélère à mon contact.


L - M - M - J - V - S - D
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai)

Revenir en haut Aller en bas
 

Trois gouttes de sang dans la neige... (PV Akogare Kitai)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» LES CHEVREUILS DANS LA NEIGE / GUSTAVE COURBET
» Pique-nique dans la neige [PV]
» Un souffle dans la neige... [Syndrell, Snow]
» Un, deux, trois : TA GUEULE ! [PV Arth]
» A l'abris de la neige. [Privé]


Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
-
..
.Abyndal.
...
...
..
..
...
.
.... .Ewilan RPG..
....La Sérénissime..