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 [PV] Au sommet des Monts, calamité des guerriers, le destin sourit.

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Fukyuu Hankyou

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Daimyo

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MessageSujet: [PV] Au sommet des Monts, calamité des guerriers, le destin sourit. Mar 21 Juin - 21:02

Son cheval avait pour vilaine manie de jouer avec son mors et de tirer sur les rênes malgré la fermeté de la main de son cavalier, qui se voyait devoir régulièrement rappeler son autorité d'un coup sec afin que les carillons de la gourmette en métal cessent. Promptement le destrier se calmait, généralement suffisamment de seconde pour laisser croire à son propriétaire qu'il avait compris le message, avant de reprendre tout aussi bruyamment sa sottise.

Il ne pouvait assurément pas le blâmer, pauvre bête à l'arrêt depuis une légère inclinaison de soleil, une heure à en juger, sur une route secondaire qui avait davantage l'aspect d'un chemin que de la voie régulière propice aux grandes balades. Les environs étaient vides, plus encore que l'abord principal de la ville qu'il venait de quitter, dont l'accès, tout comme celui-ci, était soumis à un contrôle strict et systématique, dépendant des permissions délivrées à la Capitale. Il voyait d'ailleurs très clairement le crêt de cette dernière dépasser des nuages chaque fois qu'il levait le nez sur une envolée d'oiseaux, qu'il soupçonnait toujours porteurs d'un message médiocre ou assassin, à l'image de celui qu'il avait reçu à peine quelques jours après l'avènement de son règne.

Fukyuu Hankyou n'était officiellement Daimyo que depuis un pitoyable mois et déjà il se retrouvait confronté à d'improbables situations qu'une vie de samouraï, aussi riche fut-elle d'anecdotes, n'aurait su préparer la désillusion. D'abord il y avait eu sa rencontre avec une Kannsuhi transie devant sa condition de divine essence, mais bel et bien omniprésente, puis les épreuves absconses de l'Ineffable Être qui lui avaient coûté, il se le demandait encore, une partie entière de sa vie si ce n'était pas les vingt-quatre qu'il avait vécu et perdu en songe réaliste, et puis il y avait eu la découverte des dessous de la régence, conseils et administrations, ainsi que tous les secrets, ou du moins assez de ces secrets, bien cachés aux yeux du monde, dans lesquels il fallait qu'il se baigne et se lave pour assurer que les enfants de Fukyuu puissent toujours être couverts d'un regard et de bras protecteurs.

Malgré une humeur irascible, la douleur encore présente dans sa main droite suite à l'amputation cérémonielle à laquelle il s'était livré lors de son sacre devant la foule de Fuyu, la mort ridicule du dernier Taisho assermenté, maudit qu'était le titre par le Ciel et la Terre ou il ne savait quelle autre engeance sortie des tombes, cette missive débilitante de ces ingrats Kenshu, celle sommant de l'Empire, l'insurrection de cette famille félonne et le départ, surtout le départ à vrai dire, de la Kannushi, il croyait encore, aussi fermement qu'en s'inclinant devant Itegami la première fois, que le clan Fukyuu était une arche de laquelle on lui avait offert le privilège de tenir la barre et d'en dresser le voilage.

C'est bien là ce qu'il avait fait, d'ailleurs, et ce avant même que le premier jour d'automne ne le fît se dresser sur l'estrade du grand temple de Fuyu, devant ce peuple désireux de revoir une tête par-dessus le cou de ses vénérables guerriers que l'été avait malmené plus que de raison, avec violence et cruauté, jusqu'à leur interdire même le repos de la mort. Il avait ainsi fait entendre sa voix et proposé de scinder le gouvernement en deux entités le temps que les ruines de Miyuki redeviennent des habitations et des lieux à vivre et avait de cette façon laissé à Ite les plus à même de gérer les affaires sacrées du territoire, là où à Miyuki un conseil plus proche des gens s'était levé, sur lesquels il veillait et qui se consacrait, lui, à la protection et à la métamorphose de ce qui avait été perdu.

Ainsi il s'était personnellement engagé à faire que de ses vœux les cendres et les os deviennent des ruisseaux et des fleurs dans cette ville où il avait manqué assister à sa propre mort. Aujourd'hui, sur ce cheval à la robe d'un gêne proche de l'or, qui secouait la tête pour faire sonnailler sa gourmette, il se préparait à réformer la sécurité déjà drastique de Miyuki et attendait, donc, sur ce chemin de ronde, entouré d'une escorte à pieds, de voir l'homme, au-dessus de tous, qu'il jugeait capable d'être ces bras protecteurs et inébranlables dont Fukyuu avait besoin. L'homme en question lui avait un jour offert un destin et Fukyuu Hankyou, pour sa part, était de ceux qui finissent toujours pas rendre la pareille au destin.  


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Nagaya Eichi

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Taisa

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MessageSujet: Re: [PV] Au sommet des Monts, calamité des guerriers, le destin sourit. Jeu 23 Juin - 19:57

Nagaya Eichi inspira l'odeur de pourriture s'échappant du parterre de feuilles mortes qui recouvrait déjà le sol d'un brun sale dans le gris automnale. Il sentait revenir à lui la lucidité qu'il craignait tant, compagne du matin que les vapeurs d'alcool ne devaient plus tenir éloignée bien longtemps, chassées qu'elles étaient par l'odeur âcre du sol et l'air froid. La terre sentait la mort, donc, comme la totalité des environs de Miyuki. Les Kamis savent si un jour la ville saurait se relever de ce qui l'avait frappé, en tout cas pas dans l'état d'abandon politique dans lequel se trouvait la région.
Il roula des yeux dans l'espoir de chasser le mal de crâne qui commençait à poindre. Le bruit des bottes du petit groupe de bushis rythmait le silence mais c'était, pour l'esprit endolori d'Eichi, plus une longue torture qu'une distraction bienvenue. Une distraction. Il avait parfois l'impression que les taisas, samouraïs et autres nobles ne voyaient la situation que comme une vaste distraction dans leur quotidien. Tous se disputaient et discutaient des solutions à adopter, sans jamais rien faire. Les Sentinelles, elles, se battaient comme elles pouvaient mais il avait peur de les épuiser en les entraînant avec lui dans sa quête de rédemption. Il les envoyait dans des missions trop longues entrecoupées de repos trop courts, à chasser les démons, sauvegarder les villages, contrôler la région. Il jeta un regard derrière lui et esquissa un sourire de fierté: pour couronner le tout, ses hommes étaient impeccables. Au moins, personne ne lui demandait de comptes et il pouvait continuer à faire ce qui lui semblait le meilleur pour cette zone frontière, la seule ombre au tableau étant qu'il ne pouvait que rarement les accompagner en patrouille, comme aujourd'hui: il fallait qu'il reste la plupart du temps en ville, joignable, pour pouvoir répartir leurs forces correctement, débattre avec les autres quand c'était inévitable et... et tout ça était d'un ennui mortel. Cela laissait en plus son esprit trop libre de vagabonder, de lui faire des reproches. Heureusement pas ces deux derniers jours, des yureis avaient été signalés en grand nombre et il avait tenu à accompagner l'escouade pour les appuyer de son bras et de ses connaissances. Il n'avait d'ailleurs pas été de trop.
Son regard remonta le sentier, survola le groupe d'hommes qui patientaient sur le chemin et l'étendue qui les séparait de la ville. Ils seraient bientôt arrivés, prêts à s'étendre dans leurs lits pour un bref repos, dans cette cité dont on ne savait trop dire s'il s'agissait d'un cadavre ou d'un embryon... Ses yeux retombèrent rapidement sur le groupe d'hommes, la surprise avait mit du temps à frapper son esprit. Ils semblaient armés et impossible de distinguer leurs visages à cette distance. Il stoppa la marche et d'un geste de la main, il appela un de ses hommes.
-Pars devant, vois qui nous attend de si bon matin.
La Sentinelle s'en fut à toute vitesse et l'escouade reprit sa route, son soulagement en rien entaché par son maugréant officier.


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Fukyuu Hankyou

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Daimyo

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MessageSujet: Re: [PV] Au sommet des Monts, calamité des guerriers, le destin sourit. Lun 27 Juin - 21:14

A toute vitesse la sentinelle s'en fut, et aussi vite elle devint un aperçu, de ceux qui se détachent lentement du paysage, que l'on suppose distinguer d'un coup d’œil hasardeux, mais qui ne se précisent réellement comme les contours d'une silhouette qu'à mesure que le regard persiste.

Elle eut le don de faire naître sur ses lèvres un de ces sourires si rares, entre satisfaction et intrigue, on ne savait jamais trop sur le visage de ce Seigneur que seul le soleil colorait franchement. Lorsqu'il parvint à définir précisément le mon par-dessus les couleurs puis les qualités de la tenue, il ne put s'empêcher de se pencher sur sa selle, qui ressemblait davantage à un siège, de prendre pause sur le pommeau et d'entrelacer ses mains avec ce qu'il lui restait de doigts pour contempler le prestigieux élément d'une élite ancienne approcher, comme s'il s'était agi d'un proche ami ou même d'un frère.

Néanmoins, ce n'est pas lui qui prit la parole quand elle fut à portée de salut ; il ne parlait que de façon opportune aux subalternes bien qu'il les gratifiait toujours d'une attention aimante et d'un regard considératif. Ainsi il laissa à son escorte, de bons gardes sur les routes il en était certain, faire ce qu'ils savaient faire de mieux, soit, tenir en respect le quidam et s'incliner pour lui.

"Mes respects, Shirofukurou."
A la sentinelle de s'incliner.
"C'est ton maître qui se tient là-bas ? Ne fera-t-il pas honneur à son nom en se présentant lui-même à son Seigneur ?"
A la sentinelle d'amorcer une réponse, interrompue cependant par la main et le cheval approchant dudit Seigneur.

Se redressant sur son assise pour imposer la hauteur qui lui était digne, il rassembla ses rênes ornementées d'embrasses pompons bleus et jeta son regard sur la route derrière le veilleur. En ne souriant plus, quoique sinon avec les yeux, il posa sa main à deux doigts sur la garde du plus large sabre à sa ceinture, lequel il était flagrant qu'il ne pouvait manier, au contraire d'un second qui ne relevait en rien d'un daisho classique, voire même d'un daisho tout simple. Son cheval donnait toujours des coups de tête dans le vide, secouant le maître au-dessus des maîtres de toute la région, qui finit par reporter son attention sur son sujet auquel il accorda l'autorisation de se relever.
L'espace d'un instant, alors que quelques secondes passèrent, abandonnées au suspens de ses lèvres closes, il sembla jauger le dévoué oiseau blanc du nord devant lui, des pieds à la tête, puis de la tête aux pieds, avant de soudainement estimer les alentours fleuris d'arbres et de végétations.

"Nous avons dressé un petit camp d'appoint à l'aurore, dit-il. Pour le thé. Je me suis laissé dire qu'il serait plus agréable de discuter de l'avenir dans une vallée blanche plutôt qu'entre quatre murs trop propices à laisser s'infiltrer le vent et les oreilles malvenues. Dites cela à Nagaya-senpai : qu'il vous laisse gagner la ville à ses côtés avant de nous rejoindre, accompagné de son premier s'il en possède un, dans une tenue propre, officielle, qu'elle lui siée bien, et qu'il aille plein septentrion nordet jusqu'à voir les bannières flotter. C'est lui qui préparera le thé, pour son élève de jadis. Entendu ?"

Un acquiescement, dévolu et simple, et elle quitta le groupe, qui se mit aussitôt en marche sans plus de regard pour ceux qui approchaient, et revint en direction du Taisa.


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Nagaya Eichi

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Taisa

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MessageSujet: Re: [PV] Au sommet des Monts, calamité des guerriers, le destin sourit. Dim 10 Juil - 17:29

(Mes excuses pour le changement de style impromptu!)

Les formalités étaient terminées. L'odeur du thé se répandait dans la tente, apaisant mes maux de tête, et, si mon taii et moi n'avions pu regagner la garnison avec les autres pour un repos bien mérité, la surprise était un stimulant suffisant pour nous garder éveiller. Je dois l'avouer, quand mon homme avait raconté que le daimyo était là et qu'il me donnait rendez-vous, j'ai eu de la peine à le croire. Pourtant, ce n'était pas faute d'avoir déjà vu bon nombre de choses incroyables dans ma vie ! Mais maintenant que je lui faisais face, je ne pouvais nier qu'il s'agissait bien du jeune Tanba qui était venu me chercher jusque dans la grise cité de Miyuki. La dernière fois que je l'avais vu c'était... Il n'y a pas si longtemps que ça, j'en suis sûr. Par les kamis, ça paraissait déjà si lointain et la vie semblait l'avoir cassé, comme après trente années de service, du moins c'est l'impression qu'il me donnait : il semblait fatigué au delà du supportable et son bras estropié faisait peine à voir. C'était à se demander comment il pouvait encore lutter pour redresser ce pays mais j'avais confiance. Quand je plongeais mon regard au fond de ses yeux, je voyais une force vibrante... et puis, ce garçon sur qui je n'aurais jamais parié pour survivre plus d'une année chez les Sentinelles était devenu seigneur du clan. Si ce n'était pas une preuve qu'il était capable de tout. Je me permis un léger sourire.

- Nous sommes honorés de ton invitation, Seigneur.

Et à n'en pas douter, il saura remettre de l'ordre dans le foutoir qu'était devenu ce pays et sa politique.

- Les tristes contrées de Miyuki doivent te demander beaucoup de travail, qu'est-ce qui te ramène auprès de nous?


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Daimyo

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MessageSujet: Re: [PV] Au sommet des Monts, calamité des guerriers, le destin sourit. Mer 27 Juil - 19:43

Il lui était agréable de se retrouver de nouveau face à un homme tel que Nagaya Eichi, figure idéale de l'esprit martial, qui lui inspirait bien plus de respect et d'aisance que n'importe lequel de ces Kuge de cour qu'il n'avait eu de cesse de côtoyer dernièrement.

Fukyuu Hankyou ne le lui dirait certainement jamais, mais la seule présence de ce briscard représentait à ses yeux plus de bouffées d'air que ce que ses poumons ne seraient jamais capables de prendre, à tel point qu'il ne se formalisa même pas de son tutoiement, étrange formule qui le surprit néanmoins tant il ne l'avait plus entendue depuis qu'Itegami l'avait désigné de son doigt divin.

En observant le Taisa et son premier préparer le thé, il se sentit comme au bon vieux temps des longues campagnes et des jours plus tendres de la région, et se revit en tenue légère et performante, le nez caché sous sa pointe, le cuir alourdi par l'humidité et les tissus emprunts de l'odeur de la végétation des montagnes.

Il souriait en contemplant ces deux sentinelles, l'admiration et la passion pour la guerre dans les yeux et dit, lorsque Eichi lui demanda ce qu'il faisait-là :

"J'escomptais entendre de nouvelles histoires de la part de celui qui fut jadis mon supérieur, que j'estime toujours autant, et lui faire part de ma reconnaissance éternelle en ce jour à l'écoute de ce que lui a réservé le sort lorsque nous nous sommes quittés. J'apprécierais de l'entendre me parler de ses grands jours, comme de ses petits, et du plus funeste, puisqu'il me semble que vous, Nagaya Eichi, avez vu de vos yeux d'oiseau imprenable, ce qui est arrivé au traître qui a atteint Miyuki, aux rênes mon cheval, et à Takakasu Izoruko."

En ces formes parla-t-il, sans faillir du regard, avenant et amical. Sa voix avait le timbre un peu plus abîmé que lors de leur première rencontre, il y a de cela bien des années, et ses oreilles, bien plus affûtées qu'alors. Il se tint prêt à écouter le pénible destin de Mori, ce camarade qu'ils avaient en commun, et celui certainement plus noble de ce fier Eichi.


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MessageSujet: Re: [PV] Au sommet des Monts, calamité des guerriers, le destin sourit. Lun 12 Sep - 22:26

A peu de choses près, je me serais cru revenu quelques années en arrière. J'avais toujours été sidéré par sa façon de parler, je me sentais toujours bien petit à côté de lui, d'avoir tant négligé les lettres. Mais quand le Daimyo mentionna Mori et la mort du général, mon sourire s'effaça. Revenait d'un coup la fatigue, l'odeur de marais, la terre mélangée au sang, les armées cuites par le soleil, le goût du fer dans la bouche...

-Tu étais en première ligne, Seigneur, comme nous, tu sais que c'était le pire été que le pays ait connu. Que dire... On venait de repousser une attaque et reprenions notre souffle au pied de la muraille. J'ai donné quelques ordres pour qu'on mette le feu aux morts avant qu'ils ne reviennent nous,je toussotai, attaquer et là, Mori Tsuneo qui nous revient d'entre les morts, on était persuadé que tout ton groupe y était passé pour tout dire. Il me dit qu'il a des informations d'importances pour le Taisho, dans le feu de l'action je n'ai pas réfléchi plus loin, je l'ai emmené sur la muraille pour qu'il en parle directement à Takakasu-sama. Lorsqu'on nous autorisa à approcher le général...

Le feu était encore vif en moi. Par les kami, les blessures mettent du temps à se refermer, il faut croire.

-Quand j'ai vu l'éclat de la lame de Mori, j'ai frappé immédiatement. Mais la bête nous a tous pris par surprise, le général était mort.

Bon sang, j'avais retenu ma respiration tout ce temps. J'expirai lentement, et bu une gorgée pour me calmer.

-Après ça, c'était la panique sur la muraille. Tout le monde s'agitait, emportait le corps du général, faisait disparaître Mori. Moi j'étais planté là, le sabre à la main, je voyais la foule en panique comme à travers un voile, et personne ne me prêtait attention. Lorsque le mur fut déserté, je n'ai rien trouvé d'autre que de redescendre au cœur de la boucherie qu'étaient devenus les champs alentour.

J'avouai que, persuadé d'être bientôt mort, j'avais adopté des tactiques plutôt dangereuses par la suite, voire carrément suicidaires. Les hommes me suivaient avec un zèle que je ne comprendrai probablement jamais, ça frisait l'inconscience. Heureusement, ma connaissance des yurei nous permis de prendre rapidement l'avantage et d'éclaircir les rangs ennemis. Le chaos qui régnait dans les échelons supérieurs permit au petit taii que j'étais de mener sa troupe comme il l'entendait, en bien ou en mal. Je me perdis un moment dans quelques anecdotes de batailles et détails stratégiques, pour concentrer nos esprits sur quelque chose de moins sordide, pour un moment.

-Quand on nous a annoncé que la guerre était fini, je me suis enfermé dans... une auberge de la ville, à essayer d'oublier mon impardonnable erreur et à attendre qu'une troupe vienne m'arrêter. Je ne sais pas combien de temps c'est arrivé, mais quand on m'a enfin trouvé, c'était pour m'annoncer que le nouveau général me nommait Taisa.

Par les dieux, je n'avais jamais autant parlé. Le petit gars avec moi devait pas en revenir non plus.

-J'en revenais pas, celui qui lui avait soufflé cette idée devait être fou. Après ça, on a fait comme on pouvait jusqu'à ton avènement, mais tu dois être au courant. Sans vraie coordination centrale, c'était difficile. J'espère que sa Seigneurie est satisfaite de ce qu'elle a retrouvé.


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MessageSujet: Re: [PV] Au sommet des Monts, calamité des guerriers, le destin sourit. Sam 3 Juin - 17:35

« Je vois. » dit-il, après un temps, lorsqu’il sembla avoir fini de parler. Sa mine était grave et elle ne changea qu’à peine quand il ajouta, posant la petite tasse de thé dans la paume de sa main sauve, hochant légèrement la tête :

« Merci de m’avoir raconté cela, senpai. J’en avais besoin. »

Puis il sembla pensif. Soucieux, il se mit à faire tourner le récipient dans sa main, du pouce et de l'index, le regard bas. Ce qu’il regardait, les deux hommes face à lui n’auraient pu le deviner, et lui-même n’aurait pas pu le dire tant il garda en tête les échos et les images que lui provoqua le récit de son maître et ancien supérieur.

Lui aussi, il avait attendu, une fois la fin de la bataille sonnée, qu’on vînt le chercher. Coincé dans un baraquement qui n'était pas sien, à Ite, sans ordres, sans nouvelles, à espérer que quelque chose se produisît et qu’on lui dît enfin qu’il pouvait reprendre son sabre avait été pire à supporter que la douleur et les nuits blanches passées à vomir son infection. S’il s’était effectivement produit quelque chose, s’il était finalement sorti de son impuissance, si le jugement était finalement tombé, ça n’était pas grâce à Eichi.

Mais apprendre que son supérieur avait été dans le même cas que lui, alors, le peina et il ne fut plus capable de le regarder dans les yeux. Il se sentit honteux, de lui-même, car il n’avait pas eu la moindre idée de tout cela le moment même, et puis pour Eichi, aussi, qui avait dû assumer une erreur qui n’était pas la sienne.

Dans son récit, il avait réentendu les bruits de la bataille lui parvenir, de loin, de très loin, diffus et confus, portés par le vent et voyait, maintenant, à nouveau, dans son thé, ses flèches désespérées n’atteignant aucune cible, les sabots de son cheval soulever la terre, Mori garder à la main ce foutu sunnobi tanto malgré lui… et le flash, le grand flash, qui l’avait empêché de mettre un grand terme à toute son inutilité dans ce combat perdu.

« … Je n’ai assisté à rien. » S’il releva les yeux, ce fut d’abord pour les poser sur les mains du second de son maître puis, lorsqu’il osa les glisser sur le visage de ce dernier, ce fut par désarrois.

« J’ai échoué et espéré longtemps, comme vous, qu’un colonel vienne me dire qu’il était temps pour moi de montrer ce qui colore mon ventre, comme je n’ai pas été capable de combattre, comme je n’ai pas été capable de délivrer mes informations ni de voir que Mori était mort, comme je n’ai pas non plus été capable de mener mon dernier geste jusqu’au bout. La lumière blanche m’a arrêté au tout dernier moment. »

Il reposa la tasse à même le sol pour se masser le thorax, lequel se mit à lui rappeler le poids, fantomatique présence, de la pointe tranchante de son sabre appuyée dessus. Il se redressa pourtant, plus droit, tête haute, les épaules comme allégées. Elles l'étaient véritablement, malgré tout.

Cela lui fit du bien de raconter, à son tour, ce qu’il avait vécu. Il n’en avait parlé qu’à la Kannushi et cette dernière n’avait pas été capable de comprendre ce que seul un guerrier peut comprendre. Elle l'avait jugé, et de cela il en avait été capable seul. Se sauver, par contre, et garder le coeur battant malgré les débris de son honneur laissé dans le champs de Miyuki, il n’avait pas su le faire et, pour ça, elle l’avait bien aidé.

« Beaucoup de honte nous étreint. Tous, sans le moindre doute, je pense. Alors, oui, la Seigneurie est satisfaite de voir que, malgré la tragédie, ses samouraïs sont sortis des auberges. » Il accorda un sourire au second, mais ce dernier s'effaça bien vite.

« Takakasu-sama est mort. Son successeur aussi. Karizawa-sama n’est pas resté un quart de lune à son poste. Il n’a eu que le temps de compter les restes des monstres et renvoyer nos voisins chez eux, avant qu’ils ne profitent de nos faiblesses. Onikiri-sama, après lui, est morte aussi, au bout de… je n’ai même pas eu le temps de la voir monter les marches du Château. Ils étaient tous vaillants et en bonne santé. Vous rendez-vous compte de ce qu’il se passe, Nagaya-senpai… ? »

Sa dernière phrase, il l’appuya, sévèrement, gravement, joignant le geste à la parole, comme il posa en même temps le bout de son index sur les tapis devant lui.

« Le titre de Taisho est maudit. C’est ce qu’il se dit, c’est ce qu’il se raconte. C'est ce qu’il se croit. Les Taisa d’aujourd’hui, même précipitamment désignés, sont les seules têtes qu’il nous reste au sommet de notre armée. Je félicite celui qui vous a nommé à ce poste, Nagaya-senpai, car je ne vois pas qui d’autre pourrait assurer l'entièreté des commandements à venir, si ce n’est celui qui a vu, de ses yeux, et abattu, de ses mains, la peste humaine de nos contrées. »

Ainsi finit-il, le ton sec et sûr, plein de cette autorité inébranlable accordée à peu d’homme. Son regard était aussi décidé que catégorique et soutint implacablement celui d’Eichi. « L'entièreté des commandements à venir », c'était en sommes tous les pouvoirs qui avaient coûté leurs vies à ces trois grands Taisho.


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MessageSujet: Re: [PV] Au sommet des Monts, calamité des guerriers, le destin sourit. Mar 11 Juil - 23:52

J'étais soulagé, en fait. De pouvoir me confier à une des rares personnes que je considérais comme un ami, malgré les différences de grade ou de rang qui semblaient devoir toujours se mettre entre nous. Malgré la différence d'âge aussi. Tanba avait mûri, trop vite peut-être.

Le petit gars en avait vu, des vertes et des pas mûres. Dans ses yeux, je pouvais voir mes déchirures. Dans sa voix, des accents familiers. Une amertume vibrante. Nos histoires résonnaient en un douloureux écho.

Contrairement à moi, il était devenu sage. Alors que je revoyais encore le visage putrescent de Mori, reflet de ma culpabilité, ses derniers mots me mirent un baume au cœur.
Je vivrais pour servir cet homme et, lui, je ne le laisserais pas tomber. Je me permis même de sourire à son trait d'esprit. Nos yeux se croisèrent, presque complices.

Mais la suite n'était pas aussi heureuse. La voix du jeune Hankyou prit les accents sévères du Daimyo des Glaces. Oui, j'avais entendu la rumeur inquiète. Et je ne pouvais que lui donner raison. Le mal frappait notre clan, et avec méthode. Même le précédent daimyo avait sombré au point d'en perdre son humanité.
Nous étions ainsi jetés dans la plus grande faiblesse.
Les hommes suivaient les taii comme autant de petits seigneurs de guerre. Des officiers inexpérimentés se retrouvaient, désemparés, à devoir mener à bien des tâches qui les dépassaient.
Moi le premier. Assumer la gestion de quelques garnisons et la protection des frontières, je pouvais le faire. Mais déjà le titre de taisa me donnait le vertige. Et puis... l'entièreté des commandements..?

Je m'en serais étranglé. Je restais à le regarder, interdit. Les yeux plantés dans son regard de fer. Petit à petit, je sentais les informations s'insinuer dans mon esprit. Il était fou, ce n'était pas possible.

Les convenances me revinrent vaguement en tête. Je me pliai en deux, posant mon front sur le sol.
Je n'avais sans doute pas le droit de refuser.

J'avais pourtant oublié depuis longtemps l'idée même de quitter ma garnison. Sur le terrain, je défendais le daimyo comme l'avait voulu mon père.


-Fukyuu-sama, vous connaissez depuis longtemps mes convictions et mes méthodes et vous savez que je ne les renierai pas. Ma présence à vos côtés risquerait d'entacher votre réputation et d'assombrir vos relations politiques.

Je réalisai avec surprise la froideur et le ton formel de ma réponse, signes de ma gêne.
Dans mon cœur, je savais que je ne craignais pas la malédiction. A bien y réfléchir, je devinais qui en étaient les responsables et comment la combattre. Je réalisai même que Hankyou pouvait m'offrir le moyen de protéger l'entièreté du pays et pas seulement ses marches et ses montagnes.

Ce n'était pas de la lâcheté qui s'exprimait dans mes réticences. Non, ça ne devait pas en être. C'était le soucis de protéger le daimyo de l'homme dangereux que j'étais devenu. Le soudard désabusé. L'officier parvenu. Le gardien inattentif.
Oui, c'était forcément ça.


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Daimyo

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MessageSujet: Re: [PV] Au sommet des Monts, calamité des guerriers, le destin sourit. Lun 17 Juil - 11:26

Son ton changea. Ses formulations changèrent. Il craignit de voir ce qu’il voyait tous les jours : des hommes, des sujets, qui disent oui comme ils disent non, le front dans la terre pour l’accord, les yeux fermés pour la confiance aveugle et le dos arrondi par respect. Nagaya Eichi lui renvoya cette image de servitude absolue, cependant le Seigneur s’imagina combien, dans ses entrailles crispées par la culpabilité et la viscérale mésestime de soi, le viscéral renoncement de soi, qu’il n’était pas tout à fait convaincu et qu’il ne pouvait pas l’être tout de suite. Ses paroles ne firent que lui confirmer cette impression. Il pensa que son Maître se cachait derrière ses bonnes formules comme un serpent sous une bonne pierre, quand ça lui chante.

Son front se tordit d’émotion. Entendre cet homme le vouvoyer était moins sympathique et plus choquant, presque, que de l’entendre le tutoyer comme si rien n’avait changé. Comme si la déchéance n’avait en rien affecté leur passé, comme si le désespoir et le destin n’avaient pas été capables de rouiller les ententes passées.

« Vous ne ferez rien de tout ça. »

Tu ne feras rien de tout ça, aurait-il pu dire, pour appuyer le revirement, pour appuyer ce jeu des aspects dans lequel ils se retrouvaient à présent.

« Je vous ferai un titre à la hauteur de vos convictions. Je garderai le bâton du Commandement, et le nom des Taisho qui y est accolé. Je porterai la malédiction, et vous, vous serez le bras convaincu, celui qui s’allonge comme une ombre et qui frappe au nom du clan entier. Vous ne serez pas Taisho. Je vous ferai autre chose, puisque les noms et les réputations vous sont si importants. Vous couvrivrez les terres entières, parcelle par parcelle, habitant par habitant, quitte à ouvrir leurs portes de force, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien, plus rien, plus aucune existence qui ne soit laissée au hasard, comme Le Destin nous a montré qu’il pouvait être funeste. Vous serez Itan Shinmonsha, la nouvelle instruction, bénie par les esprits et leurs gardiens, protectrice et inquisitrice, par les faits. Si vous tenez à me prouver que je me trompe en vous accordant tout ceci, alors salissez mon nom aux côtés de ceux qui le vomissent déjà. »

Sa mine s’était assombrie ou éclaircie. Il était lui-même si convaincu que son propre discour prenait des airs de prophétie. On pouvait le sentir et le voir habité soit par les volontés suprêmes du Kami qu’il représentait, soit par la folle folie des fanatiques qui ne se laissent aimer que par leur foi.

Il était fou, mais peut-être fallait-il l’être pour garder espoir en ce monde. Peut-être fallait-il qu’il le soit pour arracher du coeur des montagnes ce qui pouvait y rester de résilience. Il fallait qu’il reconquiert ses propres terres, ses propres gens, ses propres esprits avant de pouvoir prétendre à quoi que ce soit. Il fallait, alors Fukyuu Hankyou ferait.

« Le gouverneur de Mashiro est en proie à de grands… doutes face à toutes les décisions que peut prendre le conseil. Il a avec lui de nombreux partisans qui… »

Il grimaça, peu sûr de la forme à employer pour définir l’état de ces hommes. Il secoua à peine la tête, de gauche à droite, touché par la situation.

« … Je ne sais pas s’il est encore capable de tenir son rôle. Je ne sais… pas ce que l’enfer de cet été lui a fait voir. Il faut que quelqu’un lui parle. Je ne peux pas le faire moi-même. Marui Utsuku ne m’est pas accessible. Il aimerait beaucoup m’atteindre et d’autres obligations, non moins graves, le précèdent. »

Il inspira et soupira. Ses yeux s’alourdirent dans ceux d’Eichi.

« Montrez-moi que vos convictions sont inchangées en allant à sa rencontre à ma place. En mon absence, je vous donne mon nom, je vous donne mon autorité. »

Comme il parla, il pesait ses mots. Il pesait sur le sens du devoir qui les avait lié. Il fit une pause afin de s’assurer que l’homme en face de lui écoutait bel et bien.

« Montrez moi ce que vous en faîtes. »

Il attrapa de nouveau sa tasse et juste avant de la porter à ses lèvres, ajouta, sur un ton plus confidentiel :

« … Et empêchez moi de choisir ce fou à votre place, je vous en pries. Je n’ai pas envie que ma “réputation” soit liée à une mule pareille. »


Où qu’il tombe
Le Flocon reste blanc, toujours
Suivi par l’Hiver.


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[PV] Au sommet des Monts, calamité des guerriers, le destin sourit.

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