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 « Dieu sait déjà que je suis le sel de toutes ces mers qu'il se voudrait boire. »

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Fukyuu Hankyou

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Daimyo

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MessageSujet: « Dieu sait déjà que je suis le sel de toutes ces mers qu'il se voudrait boire. » Jeu 30 Juin - 2:13

« Mes derniers mots ont été pour Fuyu et sa foule, préparés pour être fidèlement répétés jusqu'au tout dernier instant. Il s'agissait des mêmes mots, précisément identiques, que ceux que m'avait proposé comme premier jet un premier prêtre, au nez duquel j'ai tout de suite affirmé qu'ils me plaisaient, ou tout du moins, qu'ils me correspondaient.

A vrai dire... mes derniers mots, les véritables, sont une honte vivante pour la femme que je suis et j'y repense en cet instant, maintenant que je ne peux plus les reprendre, ou les infirmer, ou les corriger, ou les excuser. N'est-il pas horrible de se faire écrire ses derniers mots par un homme, tout saint qu'il soit, inconnu, et d'accepter d'être réduite au silence pour une éternité de vie ensuite, devant une foule, et pas même par celui qui a décidé qu'il en serait de la sorte et d'aucune autre ?

Celui qui a décidé de me l'accorder – la vie pour l'éternité –, par faiblesse, inéluctablement, plus que par bonté d'âme il est clair, et qui ensuite, pour un égoïste caprice, vraiment, a retiré à son objet dévoué – moi, sa femme ! – le don naturel de parole, celui-là, mon mari, mon exemple d'amour, n'a pas eu l'audace ni la droiture d'écrire mes derniers mots de sa main pourtant généreuse de bien d'autres façons.

J'ai, un jour, confirmé et assumé le désir de laisser mes lèvres taire ce qui ne saurait et ne devait être entendu. La Voie de l'honneur est telle : ne dit pas à ton prochain ce qui blesserait son cœur s'il se montre incapable de le garder sourd et muet. Malgré les promesses de pardon et celle incroyable, il y a des années, de sentiments nouveaux à nourrir, l'homme qui m'a un jour dit :
"Ne t'inquiète pas, je ne te poserai plus de question" et "Je me sens prêt à m'incliner et à demander ton pardon sans avoir le désir de trouver quelque chose en retour" est le même, précisément identique, que celui qui m'a posé la fatidique question et qui, face à mon fatidique silence, m'a imposé de me taire à jamais, et également celui qui m'a fait m'agenouiller devant la foule, et ce prêtre récitant, pour accepter, en répétant, qu'il en soit ainsi.

"Puisque tu préfères te taire", m'a-t-il dit alors que nous étions côte à côte dans l'ouverture d'un shoji donnant sur le plein ciel, "Puisque tu préfères te taire, alors fais-en au moins un vœu, que tout cela m'apparaisse moins personnel", et là-dessus j'en ai fait un vœu, tout en sachant pertinemment que cet homme n'aurait jamais pour intention de m'accorder son pardon un jour, ou de faire de moi sa Dame, comme on aurait pu l'attendre d'un époux, tout Seigneur qu'il soit devenu.  

C'est pourtant à lui que j'ai adressé mes derniers mots – les miens ! –, juste avant qu'il ne gagne la foule pour se présenter au monde. Je l'ai retenu par la main et lui ai dit : "Ne me délaisse pas, par pitié, ne me délaisse pas."

Cela fait pourtant quelques jours déjà qu'il a quitté ce Château, et ces gens, et moi, Ōtani Kureha, sans un regard en arrière, sinon destiné à cette autre, toute sainte qu'elle est, cette autre que moi, moi qui dois accepter en silence le jeu frauduleux des prières vouées aux morts, qui sont comme mes lèvres, scellés sans même une tombe pour les garder.

J'en ai perdu la faim, déjà, et cela fait à peine quelques jours que j'essaie quand même. Dans quelques-unes de ces oraisons, je glisse les miennes et, déjà, incroyable, le voilà qui reparaît encore transpirant, pour poser un plateau à pied devant moi, et un bouillon parfumé.

On lui a dit, bien sûr ! Sa tendre, ce bijou de femme pourtant bien dressée, elle qui ne saurait plus manger ? Oh ! Dieu ! Non ! Non, qu'il n'aime et ne permettrait pas ça. Alors, le voilà déjà, devant moi à me dire :
"Mange"; oui, mange, et puis tais-toi. »  — Ōtani Kureha, pensées des premiers jours d'Automne 41, Ite.  


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Daimyo

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MessageSujet: Re: « Dieu sait déjà que je suis le sel de toutes ces mers qu'il se voudrait boire. » Mar 5 Juil - 3:06

« Ce qui m'impressionne le plus chez lui, ce n'est pas sa puissante stature, ou l'air détaché qu'il arbore parfois, ni encore cette autorité dédaigneuse qu'il parvient à exprimer avec un seul de ses mots. Non.

Ce qui m'impressionne chez lui, c'est qu'il soit là, en face de moi ; c'est le fait qu'il se tienne là et qu'il parvienne encore à poser ses yeux clairs sur moi, comme jadis il a fait. Je n'ai, pour ma part, que quelques pas à faire pour l'atteindre, tout comme jadis.

Alors, en cet instant, tout me semble comme avant : il apparaît un beau jour, sans crier gare, au printemps, en automne, qu'importe, et je me tais, impressionnée de le voir revenu de je ne sais où, un peu plus vieilli par ses aventures qu'il ne raconte jamais mais desquelles il revient toujours malgré le sale temps et ces affres qu'il fait pleuvoir sur nous.

Je me sens comme jadis. Mon quotidien est vide de la même exaltante passion pour la vie,  à ceci près que la pièce est plus grande que notre maison toute entière, celle qu'il m'a donné – une piètre cage, devenue un peu plus belle, mais une cage tout de même –, et que je n'ai plus le droit à l'erreur.

Je le connais si bien, cet homme, que je peux me permettre de l'observer sans le voir, sans le regarder ; je peux, moi, sa femme, me permettre de détourner les yeux, de regarder ailleurs, de continuer à me brosser les cheveux et répondre à tout ce qu'il ne dit pas encore sans même faire l'erreur d'ouvrir la bouche. Et lui-même me connaît, car je suis sa femme et qu'il est mon mari, et que depuis ce temps que j'appelle "jadis" nous nous parlons sans ouvrir la bouche, le regard détourné.

Il sait, par exemple, que si je venais à poser mon peigne sur ce meuble à côté, il devrait cesser de m'épier comme je sais qu'il le fait en cet instant, et il le ferait pour ne pas avoir à me contempler de face. Il déteste mon visage et, de ce que je sais, il déteste tout chez moi, comme j'exècre tout chez lui, pourtant... Et pourtant, nous voilà à porter le même nom et à nous supporter depuis décade de saison, et à nous tenir une fois de plus face à face, à deux tatamis de distance malgré l'immensité de cette pièce.

Il est simple comme ça, mon mari, aussi simple que cela, je le sais et je sais aussi que je ne l'ai pas encore totalement perdu puisque malgré la grandeur de la pièce, c'est le même petit espace que jadis qui nous sépare, le petit écart que nous entretenons avec amour.

Avec ce même sens de l'amour, il sait, comme moi je sais, quel effet a eu sur nos rapports notre précédent échange et s'il est là aujourd'hui, ce n'est pas pour me faire avaler ce grotesque bouillon parfumé, ni pour s'assurer que je ne me laisse pas dépérir, mais bien parce qu'il s'inquiète de me connaître si bien, qu'il est déjà capable de dire qu'il y aura des répercutions en réponse à ce vœu mensonger sur notre vie. La seule chose dont il ne sait rien, c'est quelles seront-elles et comment elles se présenteront à lui.

Habituellement, il lui aurait suffi de laisser passer quelques minutes avant que je ne cède, ou que lui ne cède, c'est selon son humeur à vrai dire, pour que nous nous mettions à parler. Mais cela n'arrivera pas aujourd'hui et, d'ailleurs, plus rien de ce qu'il connaît ou de ce que nous avons vécu jadis n'arrivera plus désormais. 

Maintenant vient l'instant où je pose mon peigne sur ce meuble à côté et celui, plus drôle, où il fait mine de s'intéresser au-dessous de ses ongles abîmés.
Maintenant vient l'instant où je le regarde d'en bas, assise, et puis celui, plus drôle, où il se met à agiter la jambe nerveusement.
Maintenant vient l'instant où je me glisse en avant, jusqu'au plateau à pied, où je me penche, en retenant dignement mes cheveux, au-dessus du bouillon parfumé et celui, plus drôle, où il hoche négativement la tête.
S'il ne soupire pas, c'est qu'il a encore assez de patience, mais guère encore assez de culpabilité déterrée à exhiber.

Et puis maintenant vient celui, tout aussi drôle, où nous nous mettons à table, toujours un peu comme jadis. »
— Ōtani Kureha, pensées des premiers jours d'Automne 41, Ite.  


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MessageSujet: Re: « Dieu sait déjà que je suis le sel de toutes ces mers qu'il se voudrait boire. » Jeu 14 Juil - 18:38

« J'ai encore l'odeur de ce bouillon en tête, bien que je n'y ai pas goûté. Carottes, shiitake, oignons printaniers, tofu, sésame en huile, soja en sauce... Et de l'eau, du sel, bien sûr.

J'ignore combien de temps je me souviendrai encore de ces ingrédients. Ils me viennent naturellement en tête quand je repense à ce qu'il s'est passé, à ce qu'il m'a dit et à ce que j'ai fait.

Nous nous sommes mis à table ; il est venu s'asseoir en face de moi et m'a laissé poser mes mains sur les paumes des siennes, la divine et la coléreuse, sur les deux. Et là, il me l'a dit. Sans détour. Sans tact. Sans tournure alambiquée. Sans sentiment.
Il m'a dit : ''
Tu finiras tes jours à Birei.''

J'ai pleuré.
Aussitôt, les larmes me sont montées aux yeux, mes cils sont devenus humides en essayant de les balayer, de les masquer, et j'ai pleuré. Il m'a déjà vu pleurer.

J'ai pleuré lorsque nous nous sommes rencontrés, et lorsque nous avons décidé de nous marier. ''Nous''. Mais c'était lui, en fait, et j'ai pleuré toutes les nuits qui ont suivies cette décision, et toutes celles qui ont suivies l'accouchement.

Il m'a toujours connu pleureuse, en fait, et c'est peut-être pour cela que ça ne lui a rien fait. Il est resté là, ses doigts hideux fermés autour de mes mains froides – je ne les sentais plus –, et il m'a regardé pleurer en silence.

Je le savais déjà.
Il aurait fallu que je sois folle ou inconsciente pour ne pas savoir qu'il ferait de moi son otage, pour ne pas prévoir qu'il se débarrasserait de moi aussi simplement de cette manière.
Il m'a dit : ''
Tu sais pourquoi il en sera ainsi, n'est-ce pas ?'', comme s'il me pensait assez naïve pour croire que dans une vie similaire, mais autre, il aurait pu décider qu'il en soit d'une autre sorte. Comme si dans cette autre incarnation de notre vie conjointe, il aurait pu décider de se débarrasser de cette hideuse créature qu'il a un jour considéré comme sa fille, plutôt que de moi.

Je me suis évanouie.
Le froid s'est étendu, de mes mains jusque dans mes bras, dans ma poitrine, dans mon ventre, partout ensuite ; j'en ai eu des vertiges et je suis tombée dans cette douce inconscience qu'il aurait fallu que je gagne plus tôt pour ne pas voir ce jour arriver.

Je me suis rendue compte qu'il aurait fallu qu'il s'agisse d'une de mes autres vies, mais similaire, pour qu'une telle bouche ne prononce pas de tels mots, et pour que cet instant ne se produise jamais. J'y serais déjà morte, dans cette autre incarnation de l'existence, comme prévu, cette engeance du destin avec moi, jamais arrachée de mes entrailles, jamais conçue, et le cœur du Ciel pour seule entité capable de me dire où je me dois de finir mes jours.

Il n'est pas facile de s'évanouir volontairement.
Retenir sa respiration est un fait trop flagrant, trop long, trop stupide puisque la nature veille toujours à ce que les humeurs humaines se rétablissent, même contre la volonté de l'esprit.

A vrai dire, il n'est quasiment pas possible de s'évanouir sur commande, mais j'y suis parvenue : le don qu'Itegami-sama m'a fait est puissant, salvateur, discret et idéal. Merci, O-Oyamatsumi-sama de m'avoir offert un tel pouvoir indécelable, inviolable. Mon corps est une bénédiction. Trois jours sans se sustenter aident aussi, lorsqu'on souhaite perdre plus facilement la conscience, et le sommeil, ce monstre, revient tout seul au bout du même temps.

Ōtani Tanba ne m'a jamais vu aussi faible. Il connaît mon don, mais ne m'a jamais vu en user.
Le bouillon parfumé s'est refroidi aussitôt que ma tête a touché le sol, et il m'y a rejoint, j'ai encore l'odeur sur moi, cette horrible odeur, puisque mon mari s'est levé prestement, violemment, retournant la table, et le bouillon, dans son mouvement.

Ensuite, je n'ai plus rien vu.
Je l'ai entendu se frotter les mains.

Il fait toujours ça, après avoir versé une pluie de sel dans le bain, grains évanescents, à peine perceptibles, futile poignée de sel blanc versé dans le bain. Il le fait toujours. Toujours.  

La première fois que je l'ai vu mettre du sel, et se frotter les mains, c'est lorsque je me suis réveillée, au chaud, dans cette mer bouillante, fumante, après qu'il ait décidé de me faire mère contre ma volonté. Déjà, il n'écoutait pas lorsque je lui parlais.

Aujourd'hui, je ne parle plus, et ma volonté est autre. »
— Ōtani Kureha, pensées des premiers jours d'Automne 41, Ite.  


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