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 Peut on adoucir la glace? [Terminé]

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Kenshu Miwako

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MessageSujet: Peut on adoucir la glace? [Terminé] Jeu 7 Juil - 17:41

Miwako devrait faire des efforts sur sa calligraphie au vu de son interlocuteur. La demoiselle n’avait pas compris ou approuvé toutes les réactions du Daimyo des glaces lors de la première réunion auprès de l’empereur, mais elle ne devait pas se laissait guider par ses première impression, peu réjouissantes. L’homme lui avait semblé intransigeant et froid. L’ancien bushi semblait être l’image vivante des samouraïs des neiges que l’on décrivait en parlant des Fukyuus. Un modèle parfait aux yeux de certain, mais que Miwako redoutait un peu.
L’ancienne religieuse reprit une longue inspiration avant de saisir le pinceau d’une main ferme. Ce n’était plus le moment d’hésiter ou d’être impressionnée. En tant que Dame, elle devait trouver une issue à cette crise diplomatique.

Kenshu Miwako a écrit:
Au Daimyo Fukyuu, dirigeant des nobles habitants des terres glacés

Je vous envoie cette invitation pour un entrevue au sein du pavillon Kenshu, pour parvenir à trouver un apaisement entre les deux clans que nous dirigeons. Des erreurs ont été commises lors du règne de mon prédécesseur et je pense qu’il est de notre devoir de travailler à retrouver une situation plus paisible, plus propice à la reconstruction dont nous avons tous besoin. L’histoire récente nous a appris que le prix de la désunion pouvait coûter cher et l’empereur, dans sa divine clairvoyance, nous montre le chemin lorsqu’il nous  parle d’un empire uni. J’aimerais pouvoir emprunter le chemin de l’artisan de la paix, plutôt que celui de la guerre et j’espère que vous me permettriez de faire un premier pas dans la bonne direction, en me faisant l’honneur d’accepter cette humble requête.

Kenshu Miwako, Dame de la foudre.

La dame relue plusieurs fois sa missive. Elle regrettait de ne pas avoir été plus attentive à ses anciennes leçons sur les sujets plus politiques. La demoiselle avait peur de manquer d’un certain tact, elle qui venait du milieu religieux. Un point la rassurait, Fukyuu Hankyou était comme elle, élu depuis peu. Il ne devait pas non plus être le plus rompu à l’exercice du pouvoir et à ces subtilités spécifiques. Ce qui a bien y réfléchir n’était peut-être pas un avantage. Miwako secoua la tête pour ne plus penser à ses détails et se reconcentra sur ses écrits.
L’ancienne onmyouji jeta la lettre pour écrire la même, mais en s’appliquant d’avantage sur la calligraphie. Son interlocuteur était un bushi strict, elle devait par conséquent être consciencieuse sur les détails. Elle espérait avoir trouvé les mots justes pour le convaincre de venir, sans discussion aucune paix ne pouvait être envisagé.  Une fois satisfaite, elle plaça son kamon, puis fit préparer correctement la missive.

Miwako chargea un de ses Kuge de porter le message avec les nobles de Birei chargés normalement de le faire. Puisque le message venait de sa main, il semblait important à la demoiselle qu’au moins un des siens soient là pour les représenter, au cas où l’homme désigné du bœuf ait besoin d’un interlocuteur capable de la représenter.  Elle lui laissa quelques consignes, comme par exemple de proposer un changement de lieu pour l’entrevu si ce dernier ne convenait pas au Daimyo, des jours et des horaires pour que ce dernier puisse s’arranger avec le dirigeant des glaces et adapter ce rendez-vous à l’emploi du temps de leur invité.
La Dame des foudres transmis ses consignes au kuge Kenshu, mais aussi à Sazaki Hikaru, leur médiateur à Birei. En effet, ce dernier accompagnait le noble des tigres car Miwako ne savait pas si ce dernier serait autorisé à entrer. Elle n’oubliait pas qu’Hankyou avait fermé les frontières de ses terres aux membres de son clan, aussi le messager pouvait très bien rester à la porte. La Dame avait d’ailleurs bien précisé à celui-ci de ne pas entrer à l’intérieur des appartements des gens du bœuf sans y être expressément invité.  Sazaki Hikaru était là pour prendre le relai au cas où, en tant que noble de Birei, il pourrait être plus facilement reçu.



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Dernière édition par Kenshu Miwako le Mar 4 Juil - 22:11, édité 2 fois
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Fukyuu Hankyou

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MessageSujet: Re: Peut on adoucir la glace? [Terminé] Jeu 7 Juil - 20:46

Matin, midi, soir. Matin, midi, soir. Matin ? Midi ? Soir ? Il ne savait plus exactement quelle heure il était quand il daigna quitter son huis clos tant les heures ne comptaient plus vraiment comme des jours et les jours plus vraiment comme des heures dans son esprit.

Quand il daigna quitter son huis clos, durant lequel il avait passé des heures, ou peut-être des jours, à prier, il était complètement épuisé et peu affable. On lui avait préparé un bain, on était venu le lui dire et il avait à peine répondu, cloué sur le seuil de la porte ouverte sur la cour privée. Il observait les extérieurs, et il donnait l'inquiétante impression de n'être habité que par du vide, que les serviteurs tentèrent de remplir à leur façon. "Quelque chose ne va pas, Fukyuu-sama ?" ; "Vous désirez peut-être vous rendre dehors, Daimyo-sama ?" ; "Que pouvons-nous faire pour... pour vous mon Seigneur ?". Rien, pas de réponse. Il passa la nuit à agiter négligemment la main en refus des propositions, figé dans les courants d'air.

Lorsque le jour fit mine de se lever, il referma la porte et partit prendre son bain, dans lequel il finit par s'endormir. Ce furent des coups sur la porte qui le réveillèrent, il ne sut combien d'heures après, doux mais insistants, peut-être depuis des jours, et une voix l'appelant répétitivement. Il crut l'espace d'un instant la confondre avec une autre, une plus familière et plus affectionnée, jusqu'à ce qu'il ne gagnât le chambranle, qu'il ne vît la silhouette diffuse d'une jeune fille assise et qu'il ne répondît, avec plus de méfiance qu'il ne l'aurait souhaité dans la voix :

"Qu'y a-t-il ?" En même temps, il ne put s'empêcher de poser la main à plat sur l'encadrement pour retenir l'ouverture.
"Fukyuu-sama. Un message pour vous, apporté par les représentants de la cour impériale et de Kenshu. Devons-nous les faire entrer ?"   
Un silence, une hésitation et puis il donna sa réponse avant de partir quêter ses vêtements.

A peine plus tard, il se présenta dans le salon et salua avec juste assez de chaleur polie le représentant impérial, Sazaki Hikaru, et celui des foudres qui possédait effectivement entre ses mains un pli, soigneusement traité, auquel il tarda à accorder de l'importance, même lorsqu'il lui fut remis. Il en défit le cache, écoutant en même temps ce que ces deux-là avaient à dire et à quoi il ne répondait que part des mouvements de tête bien plus subtils que les regards appesantis sur le Kuge Kenshu. Avant même de se mettre à lire, il lui demanda :

"Que pensez-vous de votre nouvelle Dame ? Se porte-t-elle bien ?" et n'écouta que très peu la réponse, forcément valorisante, de ce Kuge. En revanche, il releva plusieurs fois les yeux du papier pour observer ses expressions, lesquelles le firent agréablement sourire.

Quand il reposa le message entre ses hôtes et lui-même, on ne sut dire s'il l'avait véritable lu ou s'il n'en avait que brièvement parcouru les grandes lignes. Il ferma les yeux et laissa ses épaules s’affaisser avant de dire :

"Bien. Qu'il en soit ainsi : je rencontrerai votre Dame, mais dans un lieu neutre, en extérieur de préférence, dont je laisse le nom à la discrétion de Sazaki-sama. Cela aura lieu demain, à l'heure du serpent, sonnante et sans entremise. Pas d'invité supplémentaire, pas de repas, pas de boisson, pas de babiole. Nos langues devront suffire, qu'il pleuve ou qu'il fasse soleil."

Il rectifia sa position et conclut pour le noble Kenshu plus particulièrement :

"Je suppose que ces mots suffisent et qu'il n'est pas besoin que je les fasse écrire pour qu'ils soient transmis tels quels, puisque c'est ainsi qu'il en sera pour les 'artisans de la paix'."


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Kenshu Miwako

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MessageSujet: Re: Peut on adoucir la glace? [Terminé] Sam 9 Juil - 2:21

Le kuge Kenshu et son homologue furent soulagés que le représentant du tigre puisse remplir sa mission en personne. Ce geste était infime, mais prouvait que la situation n’était pas encore complètement fermée. L’attitude du Daimyo des glaces pendant la remise du pli fut cependant plus déstabilisante.  L’homme resta poli, mais il dégageait une certaine nonchalance peu agréable. Heureusement que les nobles envoyés avaient une certaine expérience et ne se laissèrent pas perturbés par les actions parfois indélicates de leur interlocuteur. Le politicien Kenshu resta de marbre face au regard lourd du maître des montagnes et une réponse des plus protocolaires lui fut accordée lorsqu’il posa des questions sur la nouvelle tête du clan de l’orage.  Il cacha bien son opinion personnelle, ses doutes comme ses certitudes, sous le masque de traits neutres imposé par la rigueur de l’étiquette.  Les deux nobles s’inclinèrent devant le Daimyo des glaces comme la coutume l’exigeait, pour montrer leur obéissance et leur respect.

« Il en sera fait selon votre volonté Fukyuu-sama. » Lui répondit simplement l’originaire du clan des éclairs, tandis que le représentant de Birei ajouta la dernière précision.

« Je donnerai le lieu de votre rencontre à mon collègue d’ici demain, il vous conduira alors sur place. »


Ils ne sortirent qu’après avoir reçu la permission du représentant des bœufs, mais ils gardèrent leurs masques impénétrable de courtisan jusqu’aux appartements du clan. Le représentant de Birei laissa les deux membres du clan s’entretenir d’abord en privé avant de faire son compte-rendu à la dirigeante des félins rayés. Les hommes firent part de leur réserve quant aux résultats de l’entrevu prévu le lendemain. S’il y avait des signes pour garder de l’espoir, d’autres présageaient de difficultés à venir et d’un futur interlocuteur certainement retors.
Miwako soupira un peu devant les avis mitigés de ses conseillers pessimistes. Les kuges du clan lui avaient conseillés avant de partir de ne pas s’occuper de cette histoire. D’attendre que les gens des glaces reprennent un peu la raison et retrouvent le sang-froid nécessaire pour voir le geste qui avait été fait en leur faveur.  D’après eux, c’était à la montagne de faire un geste d’apaisement pas l’inverse. La demoiselle avait pourtant décidé d’ignorer le conseil d’hommes froissés et offensés par une réaction qui ne leur avait pas plus. Son père l’avait poussé en ce sens, au vu des erreurs commises par les leurs dans cette histoire.  
La jeune Dame des foudres passa alors une partie de la soirée à relire et à se remémorer les différents évènements, leurs chronologies, les mots employés. Autant de détails qui pouvaient avoir de l’importance et pourraient être utiles. Elle n’était pas totalement sereine face à ce qui se déroulerait le lendemain. Les nobles lui promettaient un dialogue diplomatique difficile et elle serait seule, avec peu d’expérience dans le domaine, pour gérer la situation. L’angoisse, qui ne la quittait plus depuis plusieurs mois, mais qui s’était légèrement calmée depuis leur dernière réunion avec l’empereur, regagnait en intensité. La jeune femme savait qu’elle dormirait peu cette nuit.
Heureusement le maquillage de la cours cacherait toute trace de sa fatigue.

Le lendemain, la Dame se fit réveillée tôt pour revêtir les cinq couches de vêtements demandées par la bienséance.  L’ancienne religieuse remarqua tout de suite qu’ils étaient plus lourds et moins finement ouvragés que le jour où elle s’était présentée devant l’empereur.  Un doux sourire se traça sur les lèvres alors qu’elle comprenait que ses gens s’inquiétaient pour sa santé, il faisait froid aujourd’hui et il pleuvait. Des conditions qui poussaient la plupart des gens à rester sagement chez eux, si cela était possible. Ils ne voulaient pas qu’elle attrape froid et lui avait préparé des vêtements plus adéquats pour l’extérieur, bien que le blanc allait probablement souffrir de cette promenade imposée. Une des demoiselles prêtées par Birei râla sur le fait d’imposer à une personne aussi noble de devoir risquer sa santé à l’extérieur ainsi, ce qui fit rire Miwako.  Elle serait une bien piètre Dame des foudres, si une simple pluie l’effrayait.

Lorsqu’elle fut prête jeune femme fut conduite dans un des nombreux jardins du palais, en avance sur l’heure. Avec un terrain neutre, Miwako n’était plus l’hôte et avait bien moins d’obligation. Elle restait cependant celle qui avait invité et elle tenait par conséquent à arriver en première.
Lorsqu’ils furent à l’entrée de ce dernier, la demoiselle se retourna pour demander le wagasa que le porteur avait amené. Les yeux s’écarquillèrent sous cette demande saugrenue. Un noble de sa stature n’avait pas à porter un tel objet. Son invité avait cependant était claire, il ne voulait pas d’invité surprise, même si les porteurs n’étaient que de simples servant silencieux, elle préférait éloigner tout risque de contrariété.  Elle se saisit donc du parapluie pour attendre son collègue régnant sur les montagnes dans un jardin intelligemment choisi au vu de la saison, puisque c'était un jardin de pierre. Il était vrai qu'en cette saison, la nature leur aurait montré un bien piètre paysage puisque les dernières feuilles de l'automne devait être sur le point de tomber.

Dès qu’elle mit les pieds dehors, la jeune femme entendit un étrange bruit, qui la déconcerta. La demoiselle leva les yeux pour en trouver l’origine et la trouva bien vite. Miwako se rendit alors compte que c’était la première fois qu’elle était sous un wagasa. Lors de ses voyages, son grand chapeau la protégeait et elle n’avait jamais eu le besoin de s’acheter cet objet de luxe.  Il était un peu encombrant et l’aurait plus gênée qu’autre chose. L’ancienne religieuse avança encore un peu et chercha à se concentrer à nouveau. Ce n’était pas le moment de laisser son esprit vagabonder.
La mélodie des gouttes était cependant étrangement rassurante, comme si les soucis coulaient avec les gouttes le long du parapluie. La jeune femme ferma les yeux, pour laisser le bruit la relaxer un peu. L’ancienne religieuse avait presque envie d’abandonner l’objet pour laisser l’eau venir directement ruisseler sur sa personne. Elle aimait la pluie, les sensations sous cette dernière, les couleurs profondes des orages et les fortes odeurs que révélait l’eau. C’était bien une enfant de Kenshu.

Un son familier, mais étrange dans ce contexte, lui fit ouvrir les yeux. Des grelots tintaient de façon saugrenue dans ce lieu politique. Miwako se retourna et fut étonnée de se retrouver face à son collègue des glaces. L’heure était déjà arrivée ? Les yeux de la demoiselle se posèrent alors sur les petites clochettes qui avaient attiré son attention et elle vit la main amputée de l’homme. Malgré ce détail, qui en aurait dégoûté plus d’un, un doux sourire se traça sur les lèvres de la demoiselle. Elle était sincèrement contente et soulagée de le voir ici. Son interlocuteur avait peut-être une forte personnalité, mais il avait accepté de venir la rencontrer ici. C’était bien qu’il souhaitait un minimum une accalmie entre leur clan et qu’un terrain d’entente pouvait être trouvé, car il ne semblait pas le genre de personne à se déplacer pour rien. Miwako était plus optimiste qu’eux sur l’obtention de résultat.
La Dame s’inclina devant son collègue, de façon un peu maladroite et pas totalement protocolaire. Son parapluie la gênait dans ses mouvements et elle ne pouvait pas accomplir le geste parfait. La fonction du porteur existait typiquement pour éviter ce genre d'imperfection.

« Bonjour Fukyuu-dono et merci d’avoir permis à cette rencontre d’avoir lieu. »



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Fukyuu Hankyou

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MessageSujet: Re: Peut on adoucir la glace? [Terminé] Sam 9 Juil - 11:18

"Remerciez les mots habiles et bien choisis de l’Être Suprême ainsi que les capacités inéluctables des Grands Maîtres Koryu de Yama à enseigner le sens du devoir, Kenshu-dono." répondit-il simplement en se redressant d'une respectueuse et égale inclinaison, quoique plus précise que celle de la Dame à laquelle il faisait face. Sans rien ajouter de plus, la pluie ruisselant sur lui sans paraître le gêner nullement, il s'approcha d'elle et tendit sa main pleine de tous ses doigts en direction du manche du wagasa.

"Et vous me permettrez cela pour toute considération personnelle." dit-il, sans intonation plus particulière que la précédente, si ce n'était en révélant cette autorité qu'imposait naturellement son visage sombre, où brillaient presque deux jades haut-perchées sur des épaules droites et solides. Tout en disant cela, il empoigna l'objet, veillant à le saisir au-dessus de la main de son égale, qui ne l'était que de titre pour lui, et il l'incita gentiment, avec une délicate mais certaine fermeté mesurée, à le laisser tenir ce piteux abri.

Ainsi près d'elle, bien qu'amateur des contemplations les plus diverses et variées et du reste avide de percevoir tous les détails du monde qui peuvent s'offrir à des yeux avisés, il ne poussa pas l'audace au-delà de ce geste et se contenta de regarder la structure et les motifs en calque sur le rabat du parapluie, qu'il hissa aussitôt un peu plus haut au-dessus de la tête apprêtée de façon perceptiblement étudiée de cette Dame.  

Lui-même avait pris le temps de se rendre présentable et, malgré la fatigue, accumulée au jeun itératif des prières, bien qu'il n'eût pas souhaité remettre les mêmes costumes inconfortables que ceux qu'il s'était efforcé à porter durant le concile, il apparaissait presque plus cérémonieux et altier que lors de ces petites minutes devant l'Empereur, sa stature guerrière soulignée par le cuir mat, mouillé par la pluie, et ces étoffes sombres, parées d'or sur les coutures, qui accentuaient le caractère élancé et éminent de toute sa personne.

Il se sentait davantage lui-même habillé de la sorte, dans ce manteau droit au col montant, affichant le mon du clan, le cou assurément protégé cette fois par sa glorifiante nuque de cuir, les oreilles rhabillées de ces grelots en étain que la pluie faisait reluire et son étrange rosaire bouddhique en bois devenu sombre remis par-dessus sa ceinture.

Hormis ces quelques pièces d'ornements, pour les moins singulières, il restait d'une apparente sobriété et cela n'était pas sans l'aider à se sentir plus confortable dans sa propre peau, ce qui se percevait considérablement tant son visage paraissait plus lisse, moins crispé, moins fermé, bien que la méfiance rôdait toujours dans ses regards, et celle-là, vraiment, présageait de ne rien laisser échapper au cœur acariâtre qui s'était déjà dévoilé, autant dans la lettre qui avait répondu à celle de Kuhoko Keikoku, que dans les quelques premiers mots qu'il avait destiné à Asahi.

Et c'est avec ce regard qui aune sans se cacher qu'il osa enfin considérer Kenshu Miwako pour lui dire :

"Ainsi donc, je suis là, disposé à vous laisser faire selon votre propre initiative."


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MessageSujet: Re: Peut on adoucir la glace? [Terminé] Sam 9 Juil - 20:42

La réponse de son homologue lui servit à mettre tout de suite une distance supplémentaire, au cas où son attitude n’aurait pas suffi.  Sa stature n’était pas affectée par les eaux qui tombaient, au contraire, la pluie semblait magnifier sa noblesse. La Dame des foudres devait bien avouer que le bushi était plus impressionnant ici dans ses vêtements moins conventionnels, mais plus adaptés à sa personne, que lors de la réunion avec l’empereur.

« Je songerais à envoyer ces remerciements aux grand maître de ce village connu par tous les respectés samouraïs, dès que la situation le permettra.»


Fit l’ancienne religieuse avec un léger sourire, pour lui montrer qu’elle n’était pas le genre à baisser les bras face aux difficultés. Fukyuu-sama lui avait bien fait comprendre par ses mots, qu’il ne serait pas l’homme le plus facile à convaincre. Son cœur n’était pas très ouvert à leur discussion, ni à des négociations et finalement cette rencontre tenait à peu de chose. L’onmyouji remercia mentalement le guide des terres de yokuni,  pour les mots prononcés lors de la réunion. Sans eux, Fukyuu Hankyou ne se serait probablement pas montré ici. Elle se félicita également d’avoir pris la décision de faire le premier pas à Birei, au vu du début de leur rencontre, la demoiselle doutait de l’occasion d’avoir une autre opportunité comme celle-là.

Miwako le laissa saisir le wagasa et n’opposa aucune résistance pour ce geste attentionné, presque surprenant au vu du reste de son attitude. L’hostilité ne lui faisait pas oublier les bonnes manières, c’était bien là un homme élevé parmi les guerriers. La demoiselle le remercia avec la petite courbette d’usage lors de ces moment-là, puis releva le nez, pour plonger son regard dans le vert froid de l’autre Daimyo.  Elle avait à faire à un juge implacable. Itegami avait choisi un homme pouvant incarner les montagnes sous la tempête.  Le maître des bœufs avait une image complètement opposé au premier Fukyuu qu’elle avait croisé. Kanzen, avec ses yeux ambrés était l’été le plus doux et agréable, tandis qu’Hankyou était l’hiver rude et implacable.

La dirigeante des tigres se décala légèrement sous ce grand parapluie, alors que son interlocuteur la pressait à parler. Elle l’invita d’un geste doux à s’approcher d’elle.

« Si vous le désirez, vous pouvez venir vous abriter également sous ce wagasa. »

En temps normal, Miwako se serait rapprochée tout de suite de la personne tenant le parapluie, pour qu’ils se retrouvent tous deux dessous. Le comportement et l’autorité visible de son interlocuteur l’avaient cependant dissuadé de se montrer protectrice aussi familièrement. En outre, la Dame était persuadée que pour chaque pas qu’elle aurait fait vers lui, l’homme en aurait fait un en arrière, pour maintenir la distance demandée par l’étiquette.

« Je ne sais pas combien de temps durera cette entrevue, mais je serais peinée pour vous et vos gens, que votre santé en pâtisse. »

Rajouta-t-elle sincère face à l’autre Daimyo. Elle était prête à consacrer le temps qu’il fallait pour améliorer leur relation, la jeune femme ne lâcherait pas. Il ne devait cependant pas y avoir de conséquences fâcheuses notamment pour l’homme en face d’elle. Lui ou un autre d’ailleurs, la dame étant attentive face aux gens qu’elle rencontrait, peu importe leur statut.

Une fois le daimyo en place, la jeune femme s’inclina de manière plus prononcée cette fois-ci. Il était temps de plonger dans le bain glacé.

« La première chose que je vous dois, ce sont des excuses, aussi bien pour les agissements du traître ayant menés à cette situation, que pour les erreurs commises par les miens par la suite. Le premier a subi les conséquences de ses fourbes actes envers Kenshu et Fukyuu, car nul ne peux déclarer une guerre en dehors du Daimyo, poste qu’il n’a jamais occupé et pouvoir qu’il s’est octroyé illégitimement, en profitant du chaos qui régnait suite à la malédiction du sommeil. Aussi, en tant que dirigeante légitime du clan sous l’égide de Gekigami-sama,  je puis vous assurer qu’il n’y a aucune velléité des nôtres à l’égard de leurs honnorables voisins des glaces. Pour les seconds,  leurs maladresses étaient issues des vides laissés au sein des nôtres par le sommeil, laissant en poste des gens dont les compétences première ne sont pas la diplomatie. Je vous prie de croire qu’il n’y avait nulle volonté d’offense, mais bien une méconnaissance d’un sujet qui les préoccupaient et d’une volonté sincère de lever toute ambiguïté sur nos véritables intentions, qui sont pacifiques. »

La demoiselle reprit un peu sa respiration. Parler de manière distincte dans cette position se relevait être un exercice plus délicat qu’elle ne l’avait pensé. La nouvelle Dame ne se redressa cependant pas, pour montrer qu’elle n’avait pas terminé. Il n’était pas question de finir sur des mots pouvant ressembler à une fuite.

« Bien qu’ayant eu lieu sous le règne de mon prédécesseur, je prends aujourd'hui la responsabilité de toutes ses actions et compte  trouver un moyen de dédommager les offenses qui vous ont été faites. »

Car volontaire ou non, le Daimyo des glaces avait été offensé, son clan probablement secoué par cette histoire. Le chemin pour être pardonné ne pouvait que commencer par-là, le dialogue pour trouver quels actes pourraient les racheter aux yeux des gens de la montagne.



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MessageSujet: Re: Peut on adoucir la glace? [Terminé] Lun 11 Juil - 14:48

De suite, elle lui avait donné l'impression d'être une femme déterminée, sentiment qu'il avait déjà eu vis-à-vis d'elle lorsqu'elle avait pris la parole devant l'Empereur et qui n'avait fait que se confirmer dès lors qu'elle s'était adressée à lui, ce qui n'était pas pour lui plaire : Fukyuu Hankyou avait un avis déjà tout fait concernant les femmes séduites par la détermination, anguilles qu'elles étaient toutes sous les rochers de leurs galbes charnels. Son épouse en avait joué suffisamment de fois pour qu'il ne jugeât plus que cela avec réserve, qu'importe les apprêts d'un visage ou l'aguichant des lèvres.

Se confirmait en même temps sous ses yeux son caractère insolent et impudent, qu'il suspectait déjà  rôder derrière toutes ses révérences et chacune de ses petites attentions fort bien civiles, trop fort bien civiles peut-être, puisque, instinctivement et intérieurement, il décida de se formaliser de leurs moindres défauts, de leurs moindres exagérations, avec l'intention de ne pas se laisser duper par si peu de bon aloi.

Dès ses premiers mots, quand elle parla d'écrire à ses maîtres, scandaleuse idée dont elle ne connaissait, il en était absolument certain, rien, et dès les toutes premières courbes de ses lèvres, quand elle essaya de se montrer avenante, il la trouva exécrable et affligeante. Son avis était déjà fait là aussi et, pour dire les choses sincères, il était peut-être davantage venu avec l'optique de trouver aujourd'hui tout un florilège de raisons, alambiquées ou non, pour détester viscéralement tout ce qu'elle représentait et tout ce qu'elle portait, plus qu'avec celle de se refaire en pensées. Et, d'une certaine façon, il lui avait déjà montré qu'il n'était pas un grand admirateur de ses guises, sincères ou non, en ne répondant à rien. Comme la pluie, sous laquelle il resta, il avait laissé ses ennuyeuses phrases et ses ennuyeuses expressions couler sur lui sans paraître en être atteint, et puis s'éclater par terre, avec le plus moindre des impacts sur son cœur.

Le plus grave, certainement, fut qu'elle eut la capacité d'appuyer encore plus fort cette raison malgré elle et de l'inciter à se garder d'en douter, dès qu'elle s'inclina profondément devant lui et qu'elle entama ses excuses. Il n'écouta, au bas mot, que les dix premiers qu'elle crut bon de prononcer alors, et puis il profita du fait qu'elle avait la tête épanchée par-dessus le sol pour détourner les yeux de ce pénible spectacle.

Il fit une grimace, il eut bien du mal à la retenir celle-là, tant l'exaspération l'accabla tout entier, soudainement. Il porta son attention à côté, frappa impatiemment de l'index sur le bambou du wagasa qu'il maintint au-dessus d'elle avec bien moins de bonne volonté qu'au départ. Devant le lamentable, il était impuissant, il le reconnut ainsi, et pris sur lui pour ne pas l'interrompre ou lui demander de cesser immédiatement ce trop prévisible instant : il hocha négativement la tête, sans y mettre vraiment la forme du mouvement, ferma les yeux par pitié et la laissa finir.

Si elle s'interrompit une première fois, il comprit parfaitement qu'elle n'avait pas fini de l’assommer. Il ne sut trop comment il parviendrait à lui répondre sans fauter, tant tout ceci relevait d'une criante méprise.

Alors, à son tour il se pencha, le bras droit entourant son abdomen pour soutenir sa maigre considération, somme toute adéquate pour un être censé lui être égal, bien que se montrant si mal informé, et à son tour il lui dit, avec une amabilité forcée, évidente :

"Kenshu-dono. Marchons. Pour la santé de votre dos, et la mienne, puisque vous vous en souciez, marchons."

Sur ces mots, il se redressa en même temps qu'elle, l'invita de la tête et du regard à prendre le chemin de pierre qui s'offrait tout droit à eux, et puis il se mit à marcher, calant son rythme sur le sien et veillant à ce que la pluie ne la touchât pas. Une fois dans l'allée de galet et de moellon, il laissa cette même pluie bercer leurs pas une, deux, trois minutes, tout en montrant qu'il s'apprêtait à lui répondre plus convenablement.

"J'ignore encore si je suis véritablement fâché ou seulement lassé par ce que vous venez de dire, Kenshu-dono. Néanmoins, je suis un homme que les doctrines de la Voie de l'Honneur ont pétri, alors je vais vous répondre honnêtement et sincèrement, ceci afin, aussi, que vous ne soyez pas sujette à quelques erreurs d'interprétation. Je me souviens avoir choisi mes mots, de façon précise puisqu'il s'agit bel et bien des miens, lorsque j'ai pour la première fois répondu à de telles..." Il ne put s'empêcher de se pincer les lèvres et de détourner encore la tête. " … diligences." Le mot était marqué de mépris.

"Mais peut-être que je dois aussi cela à votre prédécesseur, et à ces hâtifs maladroits soucieux de combler le vide dont vous venez de parler. Alors, je vous le dis, et je crains de ne m'agacer vraiment si le sujet me talonne malgré ça : le temps des excuses est passé, il est maintenant venu celui du jugement et ni vous, ni les vôtres, n'en sont les protagonistes. J'ai écrit, à l’Élu de Gekigami-sama : 'sans Fukyuu Kanzen, aucun accord ne saurait être trouvé.' " Il s'arrêta de marcher pour se tourner vers elle et peser fort la suite de son propos :

"'Il est le garant de notre estime'. Voyez-le maintenant : je suis sourd à tous vos murmures, et à toutes vos formes d'élégances polies. Vos 'volontés sincères' sont d'une bien piètre valeur à mes yeux, même quand Sa Majesté Impériale souhaite avoir l'illusion d'un empire uni. Cela, je le lui donnerai. Avec vous, aujourd'hui, et jusqu'à ce que cette faille ne soit plus le nombril de Yokuni. Alors, ne parlons pas de ce que les Neiges ont givré tant que j'ignore ce qu'il en est de ma requête et tant que je ne serais pas capable de voir si dans les yeux de Fukyuu Kanzen brille un éclair ou un flocon. Je vous propose d'apprendre à nous connaître, brièvement, suffisamment pour éviter de nous gêner et de nous irriter plus que ce n'est déjà le cas lorsque nos bannières et nos adorées divines se tiendront côte à côte devant le Chaos." reprit-il et, dans sa voix, chantait la fermeté de sa résolution, totale, entière. Il avait semblait-il déjà réfléchi à la question et ne voulait souffrir d'aucun désaccord.

"Donc, pour vous répondre : cette entrevue peut se finir immédiatement, si vous ne partagez pas cette opinion, ou bien nous pouvons nous remettre à marcher et cesser ces désagréables simagrées dès maintenant."


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MessageSujet: Re: Peut on adoucir la glace? [Terminé] Mer 13 Juil - 5:40

Le daimyo des glaces ne prit même pas la peine de refuser et c’était bien là la pire des réponses qu’il pouvait lui faire. C’était pour cela que Miwako avait dû prendre un élan mental avant de s’excuser. Se plier ainsi ne la dérangeait nullement, c’était justifié aux vues des actes de siens, ce qui lui faisait plus peur, c’étaient les réactions du maître des terres glacées.

La dame des éclairs ne vit pas toutes les grimaces de son interlocuteur, les yeux rivés au sol. Elle n’entendit que tardivement le son de l’agacement,  trahit par un doigt trop nerveux, masqué qu’il était par le son des gouttes d’eau perlant du ciel, à une rythme bien plus tranquille.  La nouvelle politicienne se rendit bien compte que quelque chose n’allait pas, mais la demoiselle ne pouvait s’arrêter au milieu et subitement de redresser. Son premier mouvement était une erreur qu’elle ne pouvait pas interrompre.
Le samourai prit sur lui et fit l’effort de se montrer polis, mais ne parvint pas à conserver la neutralité demandée, face à l’intensité de ses sentiments. La jeune femme était en pleine tempête et elle avait attisé celle-ci au lieu de l’apaiser. Miwako se releva et se mit aussitôt en marche pour répondre immédiatement à la demande de Fukyuu Hankyou. Il avait besoin de détendre ses nerfs, de conserver le contrôle de lui-même au travers d’une action physique, même en ne le connaissant pas, l’ancienne onmyouji pouvait le deviner.

Elle attendit alors patiemment que le dirigeant des boeufs puisse s’exprimer de nouveaux, sans dépasser les bornes qu’il s’imposait à lui-même.  Ce bref temps de repos lui faisait également du bien. La tête des tigres sentant bien la tension qui régnait en elle.  L’ambiance était bien stressante et la marche lui permettait un peu de délasser quelques muscles. Elle regrettait presque de ne pas pouvoir sentir la pluie sur elle, pour que l’eau puisse les emmener au loin.
La voix de l’homme arriva subitement, mais calmement. Il exposait les faits de son point de vue et révélait, volontairement ou pas, le cœur du problème à ses yeux. Ce n’était pas tant la déclaration de guerre qui l’importait, mais bien la seconde missive.  Ce second incident paraissait tellement moins grave aux yeux de la Dame des éclairs. Les bushis et leur fierté intransigeante, c’était un des éléments qui avaient mené à la guerre écarlate. C’était cela encore aujourd’hui qui faisait vaciller la paix. La situation n’aurait pas été aussi grave, Miwako en aurait peut-être rigolé en pensant à une mauvaise blague. Dans la situation présente, cela lui donnait envie de hurler face à cet entêtement stupide et enfantin, qui pourrait envoyer nombre de gens à la mort pour une histoire bien pitoyable d’égo.
La jeune femme ne fit rien de tout cela et continua de marcher. Le chef de la montagne avait eu raison de proposer cette activité, les jambes en mouvement évacuaient bien mieux les sentiments négatifs ne pouvant être exprimés.

Miwako lui accorda cette bonne idée, mais s’arrêta presque lorsque le nom de Fukyuu Kanzen fut prononcé, faisant manquer à son cœur un battement. Heureusement pour elle, son interlocuteur décida de s’arrêter pour lui parler yeux dans les yeux. Ce changement de configuration lui permit de bien capter l’attention d’une jeune femme amoureuse dont les pensées s’étaient irrémédiablement projetées vers le forgeron qu’elle chérissait.
Un léger froncement de sourcil, des yeux dubitatifs, de multiples traits trahissaient un désaccord au moins partiel de la maîtresse des tigres, qui retint tout mot malheureux. Elle laissa son interlocuteur poursuivre jusqu’au bout, jusqu’à ses conditions.

La demoiselle se tourna vers le panorama sous leurs yeux, le jardin étant ouvert sur la mer intérieure de yokuni. Si le Daimyo avait trouvé le contrôle dans la marche, la Dame trouvait de l’énergie et du réconfort devant ces nuances de gris infinis et une pensée pour le crin blanc de l’autre côté. Elle prit une grande inspiration. Être diplomate, cela signifiait également reconnaitre les bons instants, quand on pouvait avancer ses pions ou non. La rhétorique des chefs des bœufs était claire : Ce n’était pas le moment.

« Bien, nous attendrons alors votre jugement qui devrait être rendu sous peu, Fukyuu Kanzen ayant quitté nos terres, pour celles l’ayant vu naître avant notre départ à la capitale. »

Conclu la douce voix de Miwako, avec plus de tristesse qu’elle ne l’aurait voulue. Le départ de l’albinos la faisait toujours souffrir. Elle n’avait pu se résoudre à dire que Kanzen rentrait chez lui, alors qu’elle savait cela faux par l’entremise de leur si douce correspondance. La jeune femme avait une assurance absolue en son unique amour, pour défendre les intérêts de la paix entre son clan d’origine et celui d’adoption. Il était plus fin politique, meilleur orateur et homme plus impressionnant qu’elle. L’onmyouji craignait seulement que le Fukyuu hivernal ne découvre leurs flammes, car ils ne béniraient probablement pas de tels sentiments. A son regard froid,  les yeux de Kanzen-kun brilleraient de l’éclat de la foudre, cela ne faisait guère de doute, comment réagirait-il à cela ? Que se passerait-il pour la suite ? Et si leurs sentiments devenaient alors une des causes d’un acte aussi atroce qu’une guerre ? Les mains jointes de la Dame des foudres se crispèrent sous la tension de ses inquiétudes et de ses questions.

Soudainement, la jeune femme ferma les yeux et s’obligea à expirer pour stopper le cycle infernal de ses pensées. Elle devait arrêter de se distraire avec des éléments sur lesquels elle ne pouvait agir présentement. Elle devait faire confiance au seul homme qui avait réussi à la faire tomber amoureuse, alors qu’elle chassait ce sentiment de son cœur depuis des années. Le regard qui se dévoila était plus dur, décidé à ne plus se laisser distraire ou à dévier. Miwako se retourna alors vers celui qui régnait sur les montagnes, qui devait attendre la réponse à sa dernière question.

« Et je suis d’accord avec vous, nous devons apprendre à nous connaitre pour les deux élus que nous chérissons, dont nos désaccords augmentent les risques de mort. »

La jeune femme ne se remit cependant pas en marche. L’homme avait posé ses conditions, ces dernières ne plaisaient cependant pas totalement à la jeune femme. Elle continua avec un peu plus de fermeté.

« Nous devons faire plus que seulement apprendre à nous tolérer Fukyuu-dono, nous devons être capables de coopérer, de travailler ensemble en ces lieux. »

Ils n’étaient pas partis sur la même idée, mais Miwako était tout à fait prête  à changer le sujet de leur réunion. Cela lui permettait de ne pas repartir les mains vides, même pour leur tentative de réconciliation. Mieux elle connaitrait son interlocuteur, plus elle pourrait faire le bon geste et éviter les erreurs comme la bêtise commise plus tôt.

« Au milieu de ces flots, la probabilité que des yokais surgissent pour interrompre le sort est élevée. À cet instant, il faut que les cinq clans soient capables de combattre côte à côte. Durant une bataille, les illusions ne tiennent pas. Vous maîtrisez cet art plus que moi, vous devez avoir davantage conscience de la nécessité de la confiance et du coût du doute lors d’un combat. Vous devez mieux connaitre les catastrophes engendrées par des armées incapables de bouger ensemble, des images trop fragiles pour résister aux fers et aux feux. »


Le vent s’était levé, faisant jouer les cheveux de la jeune femme, déviant le parapluie au gré des bourrasques. La Dame de la foudre resta cependant droite, noble et déterminée au milieu d’élément de plus en plus turbulent. Elle était bien décidée à montrer qu’elle voulait aller plus loin et à faire comprendre le raisonnement responsable de cela. L'onmyouji était aussi persuadée que l’ancien Bushi avait bien conscience de tous cela. Il ne lui aurait pas fait une telle proposition au vu de son hostilité ouverte, si cette idée ne venait pas le déranger un minimum.

« Nous n’avons qu’un affrontement pour sauver tous ceux que nous aimons et protéger cette terre sacrée offerte par les kamis. Durant celui-ci, nous devrons pouvoir présenter notre dos l’un à l’autre, sans avoir peur des coups de poignard. Juste le temps de cette bataille décisive, nous devons être réellement unis et agir de concert. »


Voilà jusqu’où elle voulait pousser leur réunion, mais elle n’était pas celle qui décidait de cela. Rien ne pourrait être fait, sans son accord à lui. Par son ultimatum, il  devenait maître de cette opportunité, il devenait aussi celui qui en définit les limites.

« Pensez-vous que cela soit possible Fukyuu-dono ? Pensez-vous que cette discussion puisse nous mener à ce détail capital pour notre victoire ? Ou pensez-vous que  je m’emporte et que votre proposition soit le maximum que je suis en droit d’attendre ? »

Quitte à risquer tout yokuni compléta la demoiselle en pensée, pour éviter une fin de phrase mettant trop au pied du mur son interlocuteur. Ce qui ne serait probablement pas du goût du disciple de la Voie.



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MessageSujet: Re: Peut on adoucir la glace? [Terminé] Mer 27 Juil - 18:40

"Je pense que vous êtes une femme maladroite, qui n'a pas conscience de ce qu'elle avance et qui, du reste, montre bien trop de confiance en de bien fausses allégations. Soit cette femme surestime la patience, la compréhension et l'empathie de l'homme qu'elle a devant elle, soit elle sous-estime les capacités des bushi à œuvrer selon le bon sens, en dépit de la présence de bâtards mal dressés à leurs côtés." lui dit-il de but en blanc, sans l'ombre d'une émotion, ni même celle d'une expression d'agacement. Froidement, il l'empala de ses yeux glacés sur place et soutint la morgue toute naturelle de sa stature.

Il avait pu voir son trouble dès qu'il avait rappelé l'énoncé de sa lettre et s'était gardé d'afficher ses impressions face à son silence songeur. Préoccupée, elle avait eu l'air de l'être, et puis finalement résolue, il n'aurait su dire à quoi exactement, si ce n'était à le provoquer pour l'horripiler plus véritablement. S'il avait été un être fait d'humour et de dérision, le Seigneur aurait connu aujourd'hui l'une des plus franches rigolades de son existence. Mais il ne l'était pas et loin de lui se tenaient les bouffons, avec leurs anecdotes marrantes et leurs petites tartes senties.  

La pluie et le vent avaient redoublé de concert en même temps qu'il l'avait entendue sortir de sa présomptueuse bouche ses insultantes métaphrases, qu'il fut loin d'apprécier, autant pour leurs formes que pour le contenu incroyablement erroné qu'elles avancèrent.

Fukyuu Hankyou n'avait connu pour toute guerre que celle de l'été et pour lui elle s'était finie avec un sunnobi tantô dans le dos, plaie infestée qui continuait de lui attaquer le rein dès qu'il se mettait à faire mauvais temps. Kenshu Miwako ne pouvait pas plus se fourvoyer en osant lui attribuer de telles capacités d'indulgence et de miséricorde, aveugle qu'elle avait l'air de l'inciter à devenir vis-à-vis de combattants aussi peu connus pour leur probité, alors qu'il connaissait trop bien, et trop littéralement, les malheureuses conséquences d'une confiance trop vite donnée. Ses mots étaient dans l'oreille du Daimyo les plus mal pensés et les plus outrageants qu'elle pouvait choisir et il n'hésita pas à lui renvoyer la balle en répondant à ses piètres rhétoriques de la sorte.

"Je ne serai pas aux commandes des vaillants guerriers qui soutiendront l'entreprise de nos adorées divines et il est certain que je ne les inviterai pas à entendre les bons conseils que vous me donnez. Le bushido offre une conception exceptionnelle des événements qui peuvent survenir dans une vie, et celle de vaincre, illusoirement bien organisés avec des ashigaru à peine disciplinés, en fait partie, croyez-le ou non."  

Ses piques, empoisonnées, il les fit évidentes tant il voulut faire comprendre à cette parodie de Dame qu'il pesait lourd chacune de ses bévues. Il ne supportait pas ses façons et ces airs qu'elle se donnait, ridicule bêcheuse qui s'obstinait à montrer qu'elle possédait assez de connaissance pour juger de quelque chose. Elle ne faisait en vérité qu'exhiber une bêtise à peine habillée, même pas risible tant elle était navrante.

En corrigeant sa prise sur le manche du wagasa, que le vent manquait de ployer, toujours en affichant un rien d'émotion, austère visage de souveraineté, il reprit :

"Je ne sais rien des... spécialités guerrières de votre clan, aussi peut-être serait-il bon que nous échangions à ces sujets afin d'organiser correctement nos deux fronts, puisqu'il semble que nous partageons tout de même cette idée qu'il puisse subsister un véritable danger sur la mer. Et pourquoi pas le faire sous le couvert de ce dôme, avant que le vent n'arrache vos épingles à cheveux et les os de votre wagasa ?"  

En même temps, il désigna la structure qui se trouvait un peu plus loin, toit rouge aux poutres brunes élevé derrière les pierres.


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MessageSujet: Re: Peut on adoucir la glace? [Terminé] Mar 18 Oct - 1:03

Les yeux de la Dame des Foudre s’écarquillèrent sous le flot acide des maîtres de la glace. Elle se demandait bien pourquoi il explosait ainsi, sans raison. Miwako hocha négativement la tête devant ce comportement plutôt triste et destructeur. Dans son aveuglement, il augmentait les risques de pertes inutiles, donc les risques de défaite. Pire, il ne semblait pas en état de le voir. Sa voix commença presque par un murmure, surpris, doux et curieux.

« Je me demande bien quelle blessure mes mots ont touché pour vous faire autant vaciller. Je me demande ce qui peut avoir troublé votre esprit aux points que les insultes vous semblent appropriées en ce moment et en ce lieu, alors que notre divin empereur en personne nous demande de nous unir. A ce rythme-là, vous ne parviendrez même pas à tenir une illusion malgré l’enjeu. »

La colère n’était que le signe de la faiblesse et la montagne de glace lui semblait à présent posséder une faille énorme, une instabilité qui le rendait fragile. La jeune femme avait trouvé le Fukyuu de l’hiver impressionnant, cette image avait disparu sous les assauts de ses propres piques. Il y avait une déception évidente qui se marquait sur le visage de la demoiselle, alors que l’homme en face d’elle se montrait sous un de ses jours peu reluisant. Emporté par sa vanité et sa colère, parce qu’il boudait comme un petit garçon, il était prêt à risquer le monde.
La jeune femme ne bougeait pas, décidé à ne pas répondre aux dernières questions de son homologue du bœuf. Ce n’était pas la peine tant qu’un certain nombre de points n’étaient pas éclaircis. Calmement, mais fermement la jeune femme était décidée à remettre les points sur les i.

« Mais vous vous tromper, car je ne compte pas sur votre empathie ou votre compréhension, mais votre sang-froid, votre intelligence et la capacité d’évaluer les risques pour prendre de bonnes décisions. »

Miwako dû remettre une mèche en place. Les intempéries se faisaient de plus en plus violentes et comme son interlocuteur l’avait prédit, la pluie commençait à l’atteindre. La représentant des tigres n’était cependant toujours pas décidée à bouger.

« A vous de voir ou de me montrer à quel point j’ai raison ou tort. »

Le regard de la demoiselle se fit plus dur. Elle souhaitait certes tenter d’établir de meilleures relations entre les deux clans, mais elle n’était pas prête pour autant à se laisser complètement marcher dessus. Cela serait d’ailleurs inutile, car même en faisait profil bas, cela ne suffirait probablement pas au monsieur face à elle. Il semblait décidé à prendre toutes ses actions de travers. Ce genre d’interlocuteur était les pires. Un homme décidé à voir les choses d’une façon, avec un angle précis finissait toujours par trouver son bonheur, sa tête faisant le travail nécessaire pour tordre le tout afin de se satisfaire.

« Ce n’était cependant pas une raison pour vous permettre un tel comportement et nous ne continuerons pas cette conversation avant d’avoir réglé plusieurs points. D’abord des excuses de votre part, pour avoir franchi une ligne que vous n’auriez pas dû. Vous avez peut-être l’habitude de vous défouler sur vos subordonnés, mais je ne le suis pas. Que cela ne vous plaise pas et que vous n’approuviez pas le choix de l’impératrice gardez le pour vous, que vous vous permettiez de le montrer ainsi, c’est plus problématique. Je suis votre égal, même si cette idée doit vous donner des aigreurs d’estomac, cela vous oblige à avoir un certain comportement, si ce n’est pas respect envers ma personne, au moins envers votre sens de la loyauté. »


L’ancienne religieuse se demandait même si sous la colère, l’homme en face d’elle n’avait pas oublier des points normalement importants, surtout au vu de sa position.

« Votre comportement est juste insultant, pas seulement auprès de moi, mais également envers Mikado-sama, qui nous a offert la légitimée de notre noblesse et de notre clan. Les remettre en cause aussi ouvertement à travers des insultes de ce genre, c’est entaché votre serment et vos vœux de loyauté, car vous vous permettez de juger ses décisions. »

La demoiselle reprit une inspiration. Elle lui servait autant à reprendre son souffle qu’à conserver son calme. Cela lui permettait également de garder la parole. Ce qu’elle allait dire n’allait pas plaire au chef des glaces. Autant tout asséner d’un coup, il l’avait dit lui-même, il n’était pas du genre patient.

« Deuxième point, si vous souhaitez poursuivre cette conversation, vous allez devoir vous calmer et changer d’état d’esprit. Que vous ne soyez pas d’accord n’est pas fondamentalement un problème. Que vous vous vous sentiez légitime à prononcer des mots comme ceux-là, montre une limite plus problématique. Toute votre attitude raconte plus la vérité que vos mots, vous n’êtes pas dans les bonnes dispositions pour un dialogue. Vous êtes fermé, prêt à chercher la moindre petite bête pour rabaisser les Kenshus, pour les faire entrer dans votre case d’êtres misérables que vous vous êtes déjà forgé. Vous avez déjà partiellement rendu votre jugement, quoique vous prétendiez. Vous avez décidé de nous considérer comme les derniers des misérables et de tout faire pour que votre regard ne vienne surtout pas troubler cette case erronée. Il n’y a qu’à voir comment vous prononciez le mot stratégie, comme la dernière des inepties, car elle était associée à nous Kenshu. Vous n’avez pas encore entendu la moindre proposition que vous êtes déjà dans le rejet. C’est dès lors impossible de travailler en collaboration, puisque vous ne daignerez pas écouter ce que j’ai à dire de manière la plus neutre possible. Vous ne pourrez pas évaluer la situation avec du recul, peser le pour et le contre, ou même poser des questions ou vous montrer curieux pour évaluer aux mieux les risques en vous laissant portée ainsi par vos sentiments négatifs. Les enjeux ici sont trop importants pour être parasités par de tels enfantillages et doivent être traité de la manière la plus sérieuse qui soit, avec le plus grand calme qui sied à la pensée. Cette bataille doit passer devant toutes autres affaires. Laissez son raisonnement parasité par ses émotions, c’est jouer le jeu de l’ennemi et lui rendre service.»


Enfin elle prit une pause dans ce discours, qui avait été rapide. Il n’était pas question e laissé à l’homme un droit de réponse, du moins pas avant la dernière question.

« Maintenant soit cela vous semble possible et nous entamons une conversation plus approfondie sur la stratégie commune. Soit cela vous parait impossible et nous nous séparons ici. Nous laisserons alors nos militaires se charger de régler les points cruciaux de la stratégie commune, avec le calme, la minutie et l’attention qu’ils méritent.»

La proposition de Miwako était faite avec assurance et elle laissait à présent la balle dans le camp du Fukyuu. Elle ne se faisait cependant guère d’illusion sur le choix du trône de glace aux pieds d’argiles.



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MessageSujet: Re: Peut on adoucir la glace? [Terminé] Jeu 1 Juin - 19:16

Il écouta, mais sans être plus capable de l’entendre. Ils ne se comprenaient pas et, comme elle se permit de lui faire une leçon et de lui décrire un portrait au combien peu flatteur de lui-même, il sut qu’ils ne se comprendraient jamais.

Elle alla trop loin. Pour lui, elle dépassa les bornes. Elle n’avait certainement pas conscience de ce qu’elle osait prétendre à son propos ni, du reste, des enjeux que ses mots, plein de jugement, avaient. Il sut qu’ils ne pourraient plus faire marche arrière, désormais, comme elle parlait sans plus se retenir.

« Kenshu Miwako est folle », se répéta-t-il chaque fois qu’elle enfonça le clou. « Artisan de la paix », elle s’était prétendue l’être et, pourtant, en s’exprimant comme elle s’exprima, elle ne fit que dresser la belle route qui mènerait son clan à la guerre. Et elle voulut en prime qu’il lui présentât des excuses… ? Il crut rêver. Il le crut sincèrement, et ses mains se mirent à le démanger. Elles ne blanchirent pas, sous sa retenue. Elles ne bleuirent pas, sous sa colère. Tout se fit intérieurement ; il se sentit bouillir, à chacune de ces phrases qu’elle cumula, à chacune de ces bêtises, de ces fantaisies qu’elle argua, il se sentit devenir fièvreux et pourtant resta parfaitement capable de l’affronter. Du sang-froid et de l’intelligence, il en fit déjà preuve, mais la pauvre n’avait rien pour elle, rien pour le concevoir.

Car il fit un véritable effort pour la laisser finir. Plusieurs fois, il voulut lui décrocher la mâchoire et lui rappeler son rang à coup de poings, afin de la faire taire et de la rappeler à l’ordre. Mais ç'aurait été lui donner raison là où elle cumulait certains torts.

Il n'était pas ce qu'elle décrivait. Il n'était plus ce qu'elle décrivait.

Elle lui semblait alors une vulgaire insolente, ignorante et suicidaire de surcroît, envieuse de se tenir debout sur le dos du Boeuf. Elle se méprenait et qu’elle osât en faire montre, le démontrer en se justifiant si mal, en le jugeant si mal, ne fit que le pousser à se dire qu’elle était folle.

Mentalement, il rectifia chacune des erreurs qu’elle fit. « Je ne vacille pas », il restait droit. « Mon esprit n’est pas troublé », il était conscient de ses charges. « Je ne vous insulte pas, ce sont des réalités, et vous m’insultez en les ignorant », elle incarnait l’imposture. « Je ne me fais pas d’illusion », il serait le premier à succomber si un esprit pervers se jouait de ses faiblesses.

Il s’était souvent demandé quels rêves, quels cauchemars il aurait fait si, comme les autres, il avait été happé par le sommeil. Trop de choses, trop de visages lui étaient alors venus en tête. Parfois il pensait encore que, si le Yomi lui ouvrait ses portes, il bondirait en avant. La dame n'avait pas tort de le remarquer, mais ça ne lui donnait pas raison pour autant. Elle aussi, certainement, devait avoir ses craintes. Le fait qu’elle s’y préparât si bien ne faisait que prouver à quel point elle avait de quoi être une victime toute bien choisie.

« Mais vous vous trompez », qu’on lui dît à propos de quoi, alors ! Car sa seule présence devant elle prouvait, à ses yeux, qu’il était très conscient des risques. N’avait-il pas pris la bonne décision, déjà, en la laissant parler ? Ne se montrait-il pas intelligent, en la prévenant des sujets fâcheux, en cherchant à recentrer la conversation vers ce qui devait les intéresser véritablement ? Ne faisait-il pas preuve d’un extraordinaire sang-froid, en ne la tabassant pas pour les horreurs qu’elle se permettait de dire ? Elle était inconsciente. Ils ne seraient jamais égaux. C’était d’autant plus sûr qu’elle ne le laissa pas parler.

« … Nous ne continuerons pas cette conversation avant d’avoir réglé plusieurs points. » Il n’y avait déjà plus rien à régler, et certainement pas d’excuses à faire. Il n’était pas capable de voir où il se trompait tant elle l’asséna de pire. Il était honnête, réaliste. Kenshu était un meltingpot de bâtards et de brigands venus de partout et d’ailleurs, c’était l’intérêt de son bâtisseur, et ses guerriers, alors, n’étaient pas des samouraïs. De quelle honnêteté faisait-elle preuve, elle, en n'admettant pas son manque d'éducation ?

Qu’elle remît en question sa loyauté fut de trop. Il était justement là pour faire écho à la volonté de l’Empereur. Il posait ses questions pour assurer un semblant de cohésion, mais il ne lui mentirait pas pour autant, à elle, la petite dame ; il n’obligerait pas les gens que ses gens avaient insulté à jouer la part belle. Envers qui serait-il loyal s’il jouait le jeu des apparences trompeuses, sinon Yumigami lui-même ?

Elle l’infantilisa, et ce fut de trop. Il se sentait bien plus vieux qu’elle et bien plus légitime, par le fait. Le nom seul de Fukyuu aurait dû la pousser à le voir comme son aîné, hormis s’il avait été un Seigneur agé de dix ans. Il en avait le triple, et elle continua pourtant à ouvrir sa grande et horrible bouche, ses grands et horribles yeux le fixant, sûrs d’eux, décidés, fermes, fiers. Elle l’était trop mais, lui, alors, l’était bien plus.

Elle ne serait jamais son égale. Il ne serait jamais plus clément avec eux.

Il baissa le bras et laissa glisser le manche du wagasa dans sa paume. Il le lui tendit.

« Nous nous séparons donc ici, pauvre fille. Vous ne méritez rien de mon sang-froid ni de mon écoute. Les artisans de la paix, ce ne sera pas nous. Si je vous dois quelque chose à mon tour, c'est bien ce conseil : faites attention à votre langue, lorsque nous nous reverrons, ou bien il se peut qu'elle vous tombe dans les mains avant même que vous n’ayez commencé à baver votre bêtise. Je refuse de laisser vos militaires, avec leur adoration pour les pigeons et leur sens des bonnes décisions à prendre, converser de quoi que ce soit avec les miens. Kuhoko Keikoku ? Même son suicide ne laverait pas l'affront que vous venez de me faire. Vous êtes visiblement trop atteinte, petite dame, pour voir les opportunités qu’on vous tend. Vous venez d'en gâcher une, pourtant offerte par cette loyauté à Sa Sainteté sur laquelle vous crachez. Nous nous reverrons, avec un médiateur, et je vous pries de croire que vous n’allez pas tenir de tels propos deux fois. »

Il se grandit, lâcha le wagasa et soutint son regard une dernière fois. Il se fit peur, en se voyant dans ses yeux, tant il voulut les lui faire fermer de suite et à jamais. Si elle était folle, il l’était aussi. De rage. Mais lui, sans doute contrairement à elle, en avait conscience et en connaissait les conséquences.

Il partit, sous la pluie, comme il était venu, quoique d’un pas plus raide et les poings serrés. Il partit et bientôt la pluie devint des flocons de neige.


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MessageSujet: Re: Peut on adoucir la glace? [Terminé] Lun 3 Juil - 23:51

Miwako n’aimait pas toujours contente d’avoir raison et de prévoir la suite du comportement de son interlocuteur. Lorsque le Daimyo des glaces lui répondit par la négative, avec force injure, la demoiselle ne bougea pas. Elle s’était attendue à cette réaction et ne fut donc guère surprise.  Le regard de la Dame des foudres perdit son éclat de colère et une certaine mélancolie s’y installa. Du fond du cœur, elle plaignait son homologue des glaces, enfermé dans sa blanche tour.

La religieuse ne réagit pas non plus aux menaces ridicules de son interlocuteur. Elle ne doutait pas une seconde des envies de l’homme qui lui faisait face. S’il avait pu, il l’aurait fait taire par la force depuis bien longtemps. La jeune femme se savait toutefois protégé par le lieu, plus que par son statut, qu’il lui refusait à présent ouvertement. De même que sa loyauté envers l’impératrice, ils n’étaient à priorie pas d’accord sur les implications que cela amenait, mais ils respectaient tout eux celle qui leur été supérieure en tout. La tête des éclairs avait décidé qu’elle le laisserait se ridiculiser seul. Aucun sourire narquois face à la vacuité de ces mots ne parvint sur le visage de la brune, pas plus que de l’amusement. Il y avait juste de la compassion, pour ce malheureux, qui devait être dévoré par bien des complexes. Comment pouvait-il être autant agité, alors qu’elle n’avait qu’à peine montré un peu les crocs, pour lui rappeler un élément de base : il ne fallait jamais insulter des petits devant leur mère. La nouvelle Kenshu ne se vanterait pas de connaitre le nouveau champion des cimes, ils ne s’étaient rencontrés que depuis quelques minutes. Elle en avait pourtant suffisamment vu pour s’être fait une image peu flatteuse de ce dernier et se demander ce que la déité des monts avait dans la tête pour propulser si haut un capricieux, qui pourrait si facilement refaire plonger yokuni dans l’enfer écarlate.

Il lui fit toutefois, au milieu de ses paroles pitoyables, une bonne surprise. Miwako ne s’attendait pas à ce que son interlocuteur propose une nouvelle rencontre et elle lui donna mentalement un bon point. L’idée ne lui plaisait guère, même avec un médiateur elle doutait qu’une discussion entre eux soit réellement propice ou fertile en termes d’idée et de stratégie. Dans cet état de colère, refuser semblait toutefois une mauvaise idée, elle avait déjà suffisamment ajouté d’huile sur le feu. L’ancienne onmyouji n’avait pas envie de rajouter au froid Fukyuu du grain à moudre, il en avait déjà suffisamment sous la dent pour s’étouffer, elle ne souhaitait pas non plus l’achever.  Bien que cette précaution ajouté maintenant était un peu ridicule et bien trop tardive.

« Qu’il en soit ainsi, j’organiserai alors notre prochaine rencontre avec un membre de Birei, pour que nous discutions denos stratégie. »

Lui répondit-elle doucement en soutenant le regard de braise, sans montrer la moindre trace de crainte vis-à-vis de la tempête qu’il annonçait. Elle y vit les flammes de la rage, de la colère et de la guerre. La jeune femme saisit le wagasa alors que le coq face à elle se faisait plus grand.  A croire que le maître des glaces avait décidé de jouer au mauvais maître des flammes, car il faisait plus penser aux portraits péjoratif des Setsus, qu’à celui tout en modération des neiges. Il n’y avait plus dans la prunelle de son interlocutrice, que de la tristesse face au comportement de Fukyuu Hankyou et du sombre avenir qui s’approchait d’un grand pas, suite à leur rencontre.

La Dame des foudres le regarda partir et la pluie se transformer en flocon. Un énorme soupire sortie de la poitrine de la demoiselle devant une telle catastrophe. Elle comprenait mieux à présent les difficultés évoquées par ses conseillers. Elle se tourna alors vers la mer intérieure et son regard se perdit au loin, alors que ses pensées rejoignaient les terres de ceux, qui étaient devenus à présent un peu plus leurs ennemis. Cette catastrophe aurait-elle pu être évitée ? Si elle avait été plus accoutumée au monde de la politique, peut-être qu’elle ne lui aurait pas ainsi fait la morale, comme son rôle d’onmyouji l’avait si souvent habituée à le faire ? Son maniement de la langue était peut-être trop pauvre également et il y aurait eu bien des manières plus subtiles de lui signaler qu’il était allé trop loin dans l’insulte en présence d’une de ses paires. Et même avec toutes ces capacités, elle n’était pas certaine que la mauvaise fois de son interlocuteur ne l’ait pas remporté. Il y avait tant de violence dans le cœur du chef des glaces, qu’il ne semblait pas être le genre à lâcher son exutoire. La jeune femme était convaincue de la pertinence de son analyse, cela ne l’avait pas pour autant aidé. C’était rageant d’échouer de la sorte, à cause de son manque flagrant d’expérience. Elle devrait demander à son Taisho son avis pour renforcer la défense des terres du tigre sacrée, même si cette idée ne lui plaisait guère. Il fallait ensuite qu’elle trouve un moyen détourné pour les bateaux menant vers la faille au cœur de la mer, au vu des réactions de leur chef, moins leurs armées seraient mélangés, plus les risques de dégâts superflues pour mésentente pourrait être évité.

« Je suis désolée d’avoir rendu ta mission plus délicate encore et de retarder ainsi nos retrouvailles.»

Murmura tendrement la femme à l’adresse du seul homme qui avait gagné une place dans son cœur et qui était leur dernier, leur maigre espoir. Un sourire triste s’afficha alors qu’elle pensait au Fukyuu solaire. Un seul et même nom, synonyme de paix et de guerre, si la situation lui avait permis, la demoiselle aurait sans doute rit devant l’ironie du destin.



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Peut on adoucir la glace? [Terminé]

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