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 D'un bouquet de fleurs sêchées.

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Minami

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Geisha

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MessageSujet: D'un bouquet de fleurs sêchées. Mer 20 Juil - 22:28

Était-ce ça, la liberté ?

Minami faisait ses premiers pas à l’extérieur. Il suivait le soleil avec déjà quelque retard ; la ville avait déjà pris vie. Il laissait derrière lui cette maison profondément endormie, à jamais sans doute. Il ne se retourne pas, il ne s’apitoie pas ; il ne peut pas. Son cœur se serre, ses larmes se pressent. Quelques unes s’échappent, coulent le long de la traînée noire laissée au pinceau. Sa gorge déglutit, et sa tête se lève, se bloque, haute. Il avance.

Il se souvient d’un des contes qu’on passe aux enfants, un de ses livres de chevet. Un journal qui raconte cette rencontre dramatique avec la liberté, ce monstre blanc qui se révélera semeur de discorde et de malheur. L’histoire de ce samouraï modèle, qui ne peut laisser de côté sa compassion, sa bienveillance envers chacun, son devoir de service qu’il offre à cette entité – sous les traits d’une femme, pour marquer davantage le vice, évidemment. Comme tout bon traité de moral, cela se termine par la mort de notre héros, sacrifiant sa vie pour cesser les horreurs de ce démon à volonté propre. Au moins l’histoire avait le mérite d’être l’allégorie du Seppuku la plus plaisante à lire.

Alors aujourd’hui, Minami revêtait sans doute les traits de ce monstre.

Il longeait lentement les axes centraux de Boya, ses pas ne se marquant qu’à peine, tout en fluidité. Il offrait à son public un spectacle apaisant, mais lourd de sens. Son kimono n’était que pureté, paré de blanc, sans accessoire outrancier. Simplicité seulement coupée par ce tissu à sa ceinture qu’il avait improvisé en nécessaire de voyage. Son visage allait avec l’ensemble, maquillé complètement, aussi blanc, avec ces deux sillons noirs tombant de ses yeux sur ses joues, recueillant les perles qu’il n’arriverait à retenir. Même ses cheveux, détachés, étaient passés à la craie.

Il n’était que le porteur d’un deuil qui commençait. Et déjà, tous s’en apercevaient.

Il dépassait les marchés. Lui si habitué à illuminer la matinée de ses égaux, autres marchands, artistes et artisans, n’avait fait que traverser, le regard droit et froid. On l’avait vu, on l’avait compris. Ce rayon de soleil ne flânerait pas, ce matin, il ne marchanderait pas quelques beaux tissus pour ses sœurs, il ne poserait pas un instant pour un peintre local en manque d’inspiration. Non. Il allait annoncer une funeste nouvelle. À la fleur qui ornait ses cheveux, ils devinaient sa perte, la seule qui restait.

Le monde des fleurs et des saules venait de perdre un parent. Et d’un coup, le village l’apprenait.

Le mot courait déjà. Minami aurait pu apercevoir les heimins l’observer un instant à son passage. Il aurait pu les voir s’échanger un murmure, un regard. Il aurait pu entendre les éclats de rire s’atténuer quelques mètres avant qu’il ne les atteigne. Il aurait pu sentir ce respect inhabituel pour cette perte, d’une femme qu’on ne considérait en temps normal. Il aurait pu. Si sa concentration n’était pas intégralement dévouée à le faire avancer, à mettre un pied devant l’autre, avec toute la grâce qu’il pouvait, à assurer son maintien et ses manières durant tout son trajet.

Car il lui reste encore ses chaînes, celles qui le lient à sa maison, son foyer, sa famille. Cet univers que peu comprennent, pierre angulaire de cette société où la liberté est un monstre ; un monstre que les Geishas doivent affronter, toujours, dans les laisser-aller de ces nobles contraints. C’est à cette douce ironie qu’il offre son dernier spectacle ici. Sa représentation du deuil, immuable, inéluctable. Cette extravagance toute en sobriété, ce leurre à son propre caractère, canalisant ses pensées, luttant contre ses instincts.

Il ne saurait fuir l’occasion de parader pour elles, une dernière fois.

Il ne s’écarte pas pour les deux etas qui croisent son chemin, alors qu’il arrive au temple. Son regard n’a pas à chercher pour se poser sur l’un des prêtres officiant ici. Bien rare sont ses visites – si pas absolument inexistante. Et pourtant, ils n’ont qu’à se voir pour s’être déjà compris ; la rumeur le précédait, ces chuchotements ruisselant d’individu en individu, remontant tout le long du petit peuple des rues, comme mille bras d’eau irriguant une plaine asséchée. Bien loin des commérages nobles, juste du pratique, de l’information vitale et anodine, brute et sans tromperie.

Ils s’occupent déjà du corps, de ce qu’il a compris.

« Reviennent aussi sous votre office ses filles frappées de Torpeur, ses Geishas. »

Il conclut d’une révérence des plus respectueuses ; lui, avatar excentrique au cœur d’un palais d’humilité.


Dernière édition par Minami le Jeu 4 Aoû - 23:15, édité 1 fois
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Iyashi Kurome

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Kannushi

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MessageSujet: Re: D'un bouquet de fleurs sêchées. Ven 29 Juil - 21:28

"Nous sommes ravis de votre présence ici", "vous serez une Kannushi exceptionnelle", "nous prierons pour que votre règne dure". Des platitudes, des banalités, d'une politesse enrobée de leur miel le plus doux, partout dans chaque temple qu'elle visitait. Des nuques inclinées devant elle, des visages inconnus, des chefs de sanctuaire qu'elle n'avait jamais vu mais qui savaient déjà qu'elle serait à la hauteur, digne de sa tâche, bénie par son Kami. Elle-même doutait encore d'avoir été le meilleur choix, alors que pouvaient-ils en savoir ? Avaient-ils été là dans son troisième rêve, avaient-ils vu le phénix flamboyant plonger vers le sol, observé le visage humain de Moegami en personne ?
Non.
Ils ne savaient rien d'elle, rien d'autre que les rumeurs qui circulaient depuis des mois maintenant.
Et ils prétendaient voir l'avenir, savoir que sous ses ailes désormais enflammées elle ferait prospérer Setsu, être sûrs qu'elle les aiderait tous comme elle avait aidé Kaigen à se remettre de la nuit des Yokais.

De tous ces espoirs placés sur ses épaules, Kurome se fatiguait. Etre la voix de la Flamme avait été une immense bénédiction qu'elle ne pouvait nier. Parler à son Kami dans le secret de son coeur, communiquer avec le fier Coq, tel avait été son souhait tout au long de son existence de prêtresse.
Mais quelque part, le brasier dans son coeur avait laissé un vide derrière lui, une terre marquée par son aridité désormais : c'était là où siégeait son ambition autrefois, sa force motrice durant de nombreuses années. Et maintenant, que pouvait-elle souhaiter de plus ? Elle se tenait au sommet. Elle n'avait plus rien d'autre au dessus d'elle.
La jeune femme devait se réinventer, trouver son second souffle. C'était pour cela qu'elle s'était lancée dans une tournée des régions et de leurs temples principaux : pour rencontrer les prêtres locaux, s'inspirer d'eux, essayer de retrouver un sens dans son existence.

C'était ainsi que la belle s'était trouvée dans ce sanctuaire de Boya. Demeure discrète, silencieuse, de l'esprit de feu qui vivait en elle ; un lieu étrangement différent d'Hibana avec ses dorures et ses statues monumentales, mais bien plus tranquille. Nul besoin de dizaines de pièces, de jardins fastueux, lorsqu'on est un simple temple d'une région connue pour ses sources chaudes. Il était si rare que les visiteurs de bains aient besoin d'aller prier...
Pour Kurome, ce fut une bouffée d'air frais. Les religieux vivant au temple ne s'embarrassaient pas des salamalecs doux et sucrés. Il s'occupaient de leurs tâches, parlaient peu, priaient beaucoup, satisfaisant la petite flamme dans son coeur bien plus que les hauts-prêtres de Moe la magnifique.
Elle aimait ce temple.

Cependant, il était presque temps pour elle d'en repartir. Sa dernière matinée s'écoulait doucement, paresseusement, alors qu'elle prenait le soleil à l'entrée du temple. Sa tenue simple de Miko, son air juvénile, la fleur d'un rouge éclatant à ses cheveux, ses lèvres du même carmin de coquelicot : tout en elle respirait la vie simple qu'elle n'avait, comble de l'ironie, jamais connue.
Et debout face à elle, contrastant avec les riches rouges, bruns, ors de sa personne, l'apparition de craie et d'ombre semblait encore plus impressionnante. Depuis sa grande beauté, son air solennel, jusqu'aux sillons sombres creusés par les larmes sur sa joue, l'homme avait tout du spectre précédant la mort.

Sa visite avait été annoncée par les murmures. Les chuchotements de pauvres hères qui, d'homme en homme, avaient remonté jusqu'au temple même. La Kannushi avait compris dès le moment où un des prêtres avait envoyé cherché les rares Mikos du sanctuaire pour qu'elles l'assistent pour les dernières cérémonies. Il était si rare que l'aristocrate assiste à un tel ballet funeste qu'elle avait décidé, sans consulter personne, d'attendre le messager immaculé. De l'accueillir avec de douces paroles et l'assurance que Kagutsuchi veillerait sur les défunts, les endormies et sur lui aussi.
Mais face à l'homme pâle, elle n'avait plus d'aimable discours dans la gorge. Nul mot réconfortant, nul sucre pour adoucir l'amertume qu'il devait goûter. Les yeux d'or et d'ocre de la prêtresse se troublèrent de larmes, triste parallèle à l'autre visage.

"Les prêtres sont déjà en chemin. Entrez."

De sa gorge serrée, elle était parvenue à extraire quelques mots. De sa frêle main, elle désigna la salle de prière derrière elle pour faire signe à l'homme d'entrer, de se reposer quelques instants avant de continuer son périple s'il le souhaitait.

"Nous avions été prévenus de la situation."



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Minami

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Geisha

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MessageSujet: Re: D'un bouquet de fleurs sêchées. Jeu 4 Aoû - 23:13


La scène était parfaite – non.

Alors que tous s’affairaient dans leur paisible routine cérémoniale, il restait de marbre, ses traits sculptés dans l’intensité tragique du moment qu’il ne pouvait lâcher. Là où tous étaient mornes de simplicité, il était seul éclatant dans son minimalisme. Là où ils le regardaient, s’activaient pour lui, il les négligeait, les yeux figés. Presque. Ils n’étaient pas si paisibles. Il n’était pas seul à rayonner. Et surtout : ils ne vivaient pas en cet instant pour lui ; pas seulement.

Qui ? Qui vole à mon affliction le respect qui lui est dû ? Qui leur est dû.

Comme une note un brin plus aiguë qui tranche avec l’écho grave des prières, lorsqu’elle l’accueille. Comme un pas peu assuré mais si sincère qui s’écarte de la procession des pas enchaînés de ceux qui se hâtent, lorsqu’elle l’invite. Comme une teinte trop vibrante dans une fresque pastel, son rouge.

Frêle flamme qui crépite. Qui es-tu ?

Le contraste le saisissait. Ces lèvres flamboyantes sur cet apparat de retenue. Elle était comme lui, un élément chatoyant, perturbant. Elle avait les tenues de celles qu’on envoie au labeur. Elle avait le genre de celles dont on ne tolère de désobligeance. Et pourtant, elle partageait la scène. Sa scène ! Il tournait sa présence en obsession. Tant, qu’elle en avait brisé sa façade, depuis déjà un instant. Ses yeux figés, dans les siens.

Perles sable ; un regard à faire couler l’encre.

Il cherche à se raccrocher à son palais, ce lieu préservé qu’est sa demeure – son ancienne demeure. Qu’il vient tout juste de quitter. Mais hélas. Rien n’y fait. Elle occupe son espace ; elle prend place dans son esprit pour amoindrir son deuil. Elle est l’accroche physique de ce monde à ce réalisme qu’il ne veut pas affronter. Mais il doit se résigner. Il ne peut rester dans l’abstrait de la représentation éternellement. Il ne peut se réfugier uniquement derrière ses masques.

Pas derrière celui-ci, en tout cas.

Elle était celle qui gâche sa parade, et pourtant celle aussi qui la ponctuait adroitement. Ses émotions, sa fébrilité, détails sur lesquels il était vite passé. Il pouvait arrêter ; il avait réussi. Alors, qu’on avance. Il décontracte ses muscles, rend sa souplesse à la sculpture qu’était devenu son corps. Il ne répond pas. A peine se contente-il de l’honorer d’un hochement de tête, concis. Il avance, reprend un pas posé, modéré. Il entre dans la salle, de prière semble-t-il. Ironie d’usage. Il ne l’entend pas encore le suivre ; sans doute a-t-il droit à un instant de recueillement, à quelques mots pour les kamis.

Non.

Il s’était installé dans la petite pièce. Il avait sorti une petite étoffe claire. De celles qu’on utilise pour essuyer mains et vaisselles. Il la pinça entre index et pouce, et lentement, il passa le tissu sur ses lèvres. D’abord d’un geste doux, presque hésitant ; réfléchi. Puis ses instincts revinrent, l’habitude mécanique. Son reflet lui était inutile pour cette tâche coutumière ; il retraça le contour de ses lèvres. Elles ressortaient désormais par l’absence d’artifice. Et un nouveau rythme se fit entendre, de nouveaux pas. Le temps est écoulé.

Je suppose que le meilleur hommage sera celui de rester celui que vous avez créé, Mère.

Elle est dans l’embrasure de la porte. Lui se redresse, se lève, et lui fait face. Ses lèvres arborent des teintes cramoisies, nuances de rouge tirant vers le violet de ce sang qui étouffe sous le fard. Comme un miroir dramatique – encore – à celle qui l’accueille. Même si ses traits restent rigides, un semblant de sourire perce, légèrement. Son propre regard reprend sa palette habituelle, et se pare d’une bienveillance naïve ; comme si tout était comme avant. Comme s’il y était retourné. De son deuil, il a exclu sa voix ; il retrouve ses mots.

« Existe-il quelque fardeau dont je puis vous alléger ? »

Peut-être pourrais-je lui servir du thé ?
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Iyashi Kurome

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Kannushi

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MessageSujet: Re: D'un bouquet de fleurs sêchées. Dim 7 Aoû - 21:59

Un simple hochement de tête, des muscles qui se délassent, et voilà que la statue de neige et de charbon marche près d'elle.
Kurome le laissa entrer dans le temple sans oser bouger le moindre muscle, laissant l'instant de grâce passer sans faire mine de l'interrompre. Le spectre la dépasse, le tissu fin de son kimono frôlant la main pâle de la prêtresse, la chaleur incongrue de son corps tout près de la jeune femme. Elle l'aurait presque pensé immatériel, glacé comme les suaires ; mais voilà qu'il est humain et que sa peine semble soudain bien plus grande à la jeune femme.
Puis la normalité reprit ses droits alors qu'il entrait dans la salle de prière, laissant la servante de Moegami seule sur le palier. Elle ne voulait le déranger, elle devait reprendre sa contenance : rester ainsi devant la porte quelques instants lui convenait très bien. Elle eut ainsi l'occasion d'éponger les larmes sur ses joues, de se recomposer un visage reflétant une parfaite paix intérieure digne de ce qu'on pouvait attendre d'une Kannushi.
Quelle belle mascarade... Elle était tout, sauf en paix. Avec un phénix confortablement installé en sa personne, comment pourrait-elle seulement espérer être calme comme l'eau d'un lac ? Pourquoi souhaitait-on de la Flamme qu'elle soit impassible et tranquille comme la Glace ?
Une vague de colère brûlante parcouru sa colonne vertébrale avant qu'elle ne reprenne pied, ne renvoie la chaleur et le sentiment indésirable à la seule force de sa volonté. Le temps était écoulé. Elle ne se présenterait pas devant l'apparition cendrée sans la moindre composure.

Le pâle spectre s'était paré de couleur, remarqua-t-elle de suite. Rouge teinté de pourpre, parallèle troublant à ses propres lèvres écarlates, un ton plus foncé seulement. Long regard pensif, ses yeux tentant de voir au delà de la couche de maquillage, de la tenue de deuil. A quoi ressemblait-il lorsqu'il ne pleurait pas ?
Il avait, vit-elle, le même genre de regard que la prêtresse. Nouveau point commun, nouvelle touche dans leur jeu des dix différences. Ils oeuvraient tous deux pour les autres plus que pour eux même, leur visages le disaient. Les mots de l'homme en deuil le disaient. L'aider avec ses fardeaux, alors qu'il pleurait encore ses morts ? Quel genre d'âme fallait-il pour être si altruiste qu'on pouvait en oublier sa propre peine ?
Kurome sembla réfléchir l'espace d'un battement de coeur. Puis elle leva sa petite main pâle entre eux deux, faisant surgir de ses doigts fin un feu follet couleur de bronze. Un phénix, à n'en point douter. Magnifique malgré sa petite taille, avec son port d'empereur et ses longues ailes de feu. Voilà la première chose qui lui était venue à l'esprit lorsqu'il lui avait proposé d'alléger son fardeau, et elle sourit en songeant que cette petite flamme en forme d'oiseau aurait scandalisé tous les hauts-prêtres du Clan.
Moegami.
Son fardeau.
Et de nouveau, l'instant passa. Elle referma sa main sur la flammèche, l'éteignant sans mal. Puis releva les yeux pour placer son regard dans celui de l'homme, un sourire tranquille sur les lèvres.

"Ce n'est un fardeau."

Des mots pour lui, ou pour elle ?

"C'est un honneur."

Pour elle. Pour se rassurer, réaffirmer son contrôle sur la situation, sur sa propre existence. Un honneur avait-elle dit, alors ce serait le cas.
La Kannushi a maintenant l'air plus rassurée, et un peu curieuse. Alors elle incline légèrement la tête et désigne la porte du temple, et par extension la procession qui l'a franchie il y a peu de temps.

"Ils disent que vous êtes Geisha."

Elle n'avait jamais vu d'homme Geisha. Des jolis papillons féminins dans leurs kimonos chatoyants, il y en avait des dizaines à la cour de Moe, et même une poignée à Keito. Mais les hommes étaient belliqueux, peu enclins à apprécier la beauté et le calme : elle n'en avait donc jamais croisé d'assez éduqué, artistique, pour être capable de divertir une assemblée par de subtiles discussions ou la maitrise d'un shamisen.
L'apparition cendrée était donc particulièrement fascinante pour la prêtresse. Tant qu'elle en oublia même de s'asseoir et d'inviter l'autre à en faire de même.



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Minami

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Geisha

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MessageSujet: Re: D'un bouquet de fleurs sêchées. Jeu 8 Sep - 22:12

S’il existe une quelconque forme de destiné, le cynisme de son auteur jamais ne cessera de me surprendre. Jamais.

Il l’avait voulu, souhaité intensément, un instant ; maintenant il l’a. Au même moment où ces flammes se dressent du néant, les kamis lui accordent l’objet de sa curiosité ; l’ironie est si amère. Aurait-on pu faire plus littéral ? Alors que son envie se passe, consumée, des braises commencent à fuser quelques étincelles ; nouveau brasier, moteur de ses impulsions, de sa nouvelle marche. Qui pouvait commencer.

De toutes les irrévérences possibles, au moins m’en avait-on servi une au joli nom : Iyashi, la Kannushi.

Tout faisait sens. De la distance des prêtres à la concordance de leur attention. De sa présence à sa prestance. Les rumeurs, les évènements, cette myriade de détails qu’il n’assimilait que dos au mur, face à la bête. Il lui fallu un instant supplémentaire pour saisir l’absurde de la scène. Que le kami était la réponse à sa propre question. Qu’elle nia, l’instant suivant. Un honneur ? Nie-t-elle vraiment ? Peu de mots résonnent aussi faux, que cet honneur, qui noue sa poigne aux cous fragiles des êtres qui le suivent, éperdument. Peu de mots révulsent autant les tripes du Geisha. Peu de mots :

Tout le Bushido.

Son masque à l’aspect porcelaine cache avec soin le pouls qui bât, qui bât. Son feu intérieur qui boue à fleur de peau, laissant quelques gouttes le long de ses joues, sueurs se mêlant aux pleurs. La tempête qui gronde dans son esprit ; sentiments contradictoire, fascination éphémère, explosion de colère. Son visage qui ne sait trancher, ses yeux figés. Tout un corps aux aboies, sous une craie immaculée ;

qui craque.

« … Geisha. »

Une profonde inspiration. Quelques zébrures se révèlent là où le maquillage était trop épais. D’autres traînes humides diluent le fard. Sous peu, son visage reprend vie ; sous un chaos esthétique presque aussi irréel que la figure originelle. L’harmonie était trop pour lui.

« De la maison des arts, des plaisirs et des secrets, je suis un représentant. De l’exutoire d’un système malsain, je suis l’oreille. Et des cœurs et esprits assoiffés, je suis la diversion.

Et certains m’appellent Geisha. Oui. 
»

Ses traits se font bien plus durs, un instant presque hostiles. Il repense à ses sœurs, à Mère. A ce qu’il est, ce qu’elle veut qu’il soit – voulait. Geisha ? Sans doute, il était fait pour ça. Pour plus encore. Protéger ses sœurs, aider les villageois, lutter. Lutter pour l’étincelle de vie au fond de leur regard ; éloigner la noirceur des lames, des aciers arbitraires. Lutter, pour simplement alléger les chaînes qui les pèsent. Chaînes qu’il n’aurait jamais pu porter.

« Ainsi, même au sommet, on trouve encore un supérieur fantasque à qui se dévouer ?
Quand il n’a plus les traits des nôtres, voilà donc à quoi il ressemble ? Ce maître pour qui on érige ce sommet, de la main des maillons les plus bas. Quel honneur. Quel honneur donne-t-il à voir quand votre présence altère la sérénité de ces lieux ; une prouesse. Non pas par éclat, non. Par menace. La même qui doit danser de mes paroles ; celles qu’elle devrait me faire contenir.

Et pourtant, même au sommet, on trouve un supérieur fantasque en qui douter ?
 »

Sans doute venait-il d’annoncer sa propre mort. Mais seule une étrange quiétude l’habitait. Comme si toute l’énergie qui l’oppressait venait de trouver un catalyseur. Comme si… Comme si les rôles étaient inversés. Si seulement. Ce n’était pas le cas. Il ressentait pleinement ce qu’était cette légende ; Liberté. Alors que les traits du monstre ne faisait que s’estomper. Ou qu’il l’assimilait ?

Ses manches virevoltent dans un mouvement soudain. Rien d’agressif, quelques battements brefs, encore d’autres balancements. Son maquillage laisse des traces sur le tissu blanc, disparaissant bientôt entièrement. Un froissement s’entend, le tissu glisse, et tombe ; la première ceinture dénouée révèle la flamme de son porteur. Sous le cérémonieux, sous l’absolue révérence se tiennent les crépitements. Voiles et tissus, tout en légèreté, un autre kimono, saillant de feu, de rouge et d’or, écarlate, vermillon et corail.

« Mais oui, je suis un Geisha. De ce rôle, je ne peux moi non-plus m’acquitter.

Alors ; peut-être puis-je réellement vous aider ?
 »

Il sourit, face à l’occasion d’une vie – si courte soit-elle.
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Iyashi Kurome

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Kannushi

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MessageSujet: Re: D'un bouquet de fleurs sêchées. Sam 1 Oct - 11:58

Elle le sent se craqueler, céder à quelque chose. Son maquillage se fissure et laisse apparaitre une peau, une vie en dessous, un air qui fait battre en retraite la demoiselle lui faisant face. Un instant, elle s'est sentie cible de son hostilité, d'un sentiment qu'elle ne parvint à expliquer mais dont elle devait –par ses mots, ou par ses actes ?- être l'instigatrice.
Puis vinrent ses mots.

Son blasphème, son attaque, lame bien trop aiguisée qui venait trouver sans hésiter les faiblesses de la prêtresse et en jouer avec la cruauté d'un chat. Avait-il vu si facilement à travers son jeu, qu'il parvenait sans mal à abattre le peu de confiance qu'elle parvenait à rassembler ces derniers jours à l'aide de simples paroles ? Elle recule encore un peu, se recroqueville comme elle le peut derrière les barricades de sa foi, dans le silence de son esprit maintenant habité par un autre. Mais le propre du doute est sa capacité à ressurgir alors qu'on le pense disparu.
Le fils des Arts est arrivé à réveiller celui de la brune courtisane. Est-elle uniquement crainte ? Ne voit-on que la Kannushi en elle ? Le monde a-t-il oublié qu'elle n'est pas un vaisseau sans âme pour quelque chose de plus grand ? Se détournera-t-on de la femme lorsqu'elle aura fini de servir, lorsqu'elle redeviendra la dernière de sa lignée et la précédente Kannushi et celle qui a tout perdu pour suivre le phénix alors que son destin semblait si bien se tracer ?

Non.
Elle refusait une existence passée dans l'ombre, dissimulée dans la fumée d'un feu dont elle ne serait que le combustible.
Elle était humaine –quoi que plus qu'humaine désormais. Le tourbillon de pensées, de sentiments qui la traversait était nécessaire à sa survie mais ne signifiait nullement qu'elle était faible. Il lui suffisait de se draper dans sa fierté, dans l'assurance qu'elle était destinée, pour que la morsure de l'hésitation ne se fasse plus sentir.

Un chaleur infinie lui parcourt les veines, avivée tant par la crainte que l'orgueil dont elle s'est enveloppée maintenant. Ca court de son coeur à ses pieds, se concentre le long de son dos, dans sa gorge, comme pour préparer une attaque et soudain, ça éclate. Ca brise en mille morceaux le silence du sanctuaire, fait voler en éclats les attentes du monde entier comme pour oublier les heures de retenue dont elle ne peut plus faire preuve en cet instant.

"Je n'ai jamais –jamais... Je ne doute PAS !"


Face aux flammes révélées sous la cendre de son kimono, de son maquillage désormais laissés de côté, un brasier ardent. Des crépitements de colère, un incendie dans la voix qui monte, tonne soudainement dans le calme du temple qu'elle vient de déranger par sa seule présence écrasante. Divine. Dans le dos de la jeune femme, deux ailes de feu aux centaines de plumes, camaïeu de rouges subtilement différents vibrant de vie mais sans chaleur. Elle ne veut blesser personne et lui, au fond de son âme, respecte la résolution si forte qu'elle résiste aux rivières de brûlante colère qu'il déverse dans le corps de son hôte.
La voilà donc, magnifique dans ses atours d'élue des Cieux, mortelle représentation de la Flamme, yeux bruns mêlés d'or brillants de sentiments qu'elle peine à contenir. Sa conscience est la seule digue résistant encore aux flots sauvages d'une rage tellement plus forte que celle des pauvres humains qu'elle ne peut être exprimée par des mots.

Moegami n'est pas un maitre doux. Il est le phénix exigeant, toujours en mouvement, qu'elle essaie encore de comprendre pour mieux le servir. Car Kurome ne souhaite rien tant que d'être digne de ses attentions : elle veut se montrer aux yeux du monde comme la parfaite Voix pouvant mener son Clan si belliqueux à la paix, à la prospérité que tous méritent.
Mais comment faire pour satisfaire un Dieu ?
Comment comprendre l'ardente colère d'un être immortel ? Comment ne pas finir consumée par sa présence bien plus grande, bien plus ancienne qu'elle ? Comment savoir ce qui est elle et ce qui est lui dans le tourbillon de sentiments qui habite le frêle corps pâle ?

Tu ne peux.

Alors elle s'embrase, et de ses Dons exacerbés par son statut elle fait un usage involontaire. Son pas rapide l'approche du Geisha impertinent, elle laisse derrière elle les plumes flotter sans vent pour les pousser, peupler la pièce de cent rémiges étincelantes qui s'élèvent semblables aux lampions allumés pour les morts. La voilà debout sur le tissu blanc de son kimono de deuil, pieds nus, petite mais impériale, le regard levé sans une once de soumission à y trouver. Il peut la dominer sur le plan physique, mais sa –leur- présence l'éclipse sans doute aucun.

"Mais je ne vous contraindrais pas."

Un sourire de loup sur son visage d'agnèle. Un sourire qui ne lui appartient pas vraiment et qui s'éclipse comme la lumière d'une bougie soufflée, qui rend à ses traits réguliers leur douceur habituelle lorsqu'elle s'éloigne en reculant. Un, deux pas, la distance entre eux semble avoir transformé l'incendie en braises, en menace sourde mais pour l'instant maitrisée.

"Je veux vous entendre essayer de m'aider, Geisha. Je veux savoir ce que vous pensez pouvoir me dire qui apaiserait mes flammes, alors même que vous savez qui je suis."



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Minami

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Geisha

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MessageSujet: Re: D'un bouquet de fleurs sêchées. Mer 7 Déc - 22:40

Si je dois m’éteindre, qu’on retienne mon dernier éclat.

Ses pupilles réduites, ses yeux grand écarquillés. Le reflet d’un millier de flammèches qui se jouent de lui scintille à travers ses iris. Son teint livide, à nouveau. Fébrile. Il tremble, tremble, tremble. Il a peur. Ses lèvres peinent à articuler, elles livrent en un souffle, un murmure, l’expression la plus fragile de ses craintes.

« Qui… qui pourrait accepter un tel monstre ? »

Un courant d’air traverse la pièce, avivant en succession toute flamme sur son sillon, laissant à l’être terrorisé un dernier frisson ; alors qu’elle recule, avant qu’il ne s’effondre. Transi d’effroi.

Minami n’avait rien de fort. Il est de ces personnes subtiles, qui compensent leur faiblesse omniprésente – physique, sociale, idéologique – par la force des autres, de l’esprit grégaire à la manipulation froide. Voilà qu’il se prenait un retour de flamme. Il avait cédé à son propre piège, à semer les mots, attiser les émotions, il avait le privilège de goûter à la plus amère d’entre elles, celle qui contraint tant son corps, qui fait vaciller son esprit dans un abyme froid et sombre. Où tous ses instincts ne sauraient assurer sa survie ; à peine lui permettent-ils de délivrer ses derniers mots.

Aidez-moi.

Son souffle revient, par à-coup. Son coeur ne suit pas. Son corps ne trouve plus le rythme sur lequel danser, cette légèreté élégante avec laquelle il compose habituellement. Il est un poids mort au sol, tombé en arrière. Appuyé sur son coude, il peine à ne pas totalement s’écrouler ; il ne semble tenir que par son regard, résolument fixé sur sa bête noire. Ce souvenir de colère pure.

Je ne peux lutter.

Il tente d’articuler, quelques mots, rien que quelques sons. Sa capitulation, sans doute. Rien ne vient, seul le silence, quelques crépitements, et ce battement. Encore irrégulier. Trop léger. Le tissu blanc finit bientôt de se consumer.

Sauvez-vous.

Il repense aux marchands. Aux braises des cuisiniers, aux forges des artisans. Des artistes, il se rappelle les flammes des bougies qui éclairent leurs nuits d’inspirations. Il se remémore la douce chaleur des lampions dans les chambres de ses sœurs. Toutes ces brûlures tendres qui lui reviennent en mémoire, comme pour clore la pièce.

Une dernière vision. Les feux crématoires.

Un sursaut. Comme un claquement ; il porte la main à son cœur. Derrières les flammes, les murs du temple. Il resitue doucement. Une pulsation ; quelques bruits qui brisent le silence. Mère. Ses sœurs. Leur sort. Son rôle. Sa distraction ; elle. Il replace les éléments à mesure que ses yeux discernent les détails, au-delà de cette luminosité omniprésente. Un rythme sourd, enfin régulier ; son corps en sueur reprend le contrôle.

En grand fracas. La porte s’ouvre sèchement. Prêtres et dévoués, arrivant unifiés.

Un courant d’air traverse la pièce, avivant en succession toute flamme sur son sillon. Il contient ce frisson. Sous leurs yeux, la douce avatar d’un être brutal, ce millier d’étincelles surnaturelles, et cette peur incarnée. Quelques cendres de la tenue cérémoniale se retrouvent portées jusqu’au visage du frêle tombé. Avec elles, un murmure. Le sien

« Qui… qui pourrait accepter un tel monstre ? »

De la crainte, d’où surgit un dernier élan d’énergie. Le vent, messager zélé de sa volonté, lui rapporte son dernier soupir. Celui même qui venait de parcourir le temple, s’immisçant à travers chaque embrasure, susurrant à chaque oreille cette complainte effrayée, cette réalité qu’il ne pouvait accepté. Nourrissant en chacun cette frustration depuis bien longtemps embrasée, ce genoux plié devant l’autorité contradictoire. Ceux qui ne vivent que pour l’apaisement, réduit à n’être qu’esclave d’un démon furieux, irascible ; ce monstre.

« Je… Je sais surtout ce que vous n’êtes pas. Vous n’êtes pas de l’étoffe de ces braves qui s’acharnent au quotidien. Ceux-là même qui éprouvent le peuple, qui l’endurent, qui l’accompagnent. »

Le retour de sa voix, l’enchaînement des sons, ton après ton. Ses mots, sa seule arme, son seul salut.

« Vous n’êtes pas encore l’autorité qu’ils devraient reconnaître. »

Il se relève, l’équilibre encore fragile. Ses yeux ne quittent pas celle qui lui évoque tant de terreur ; centre de toute l’attention. Il ne tient que par leur présence, ce soutien dont il a besoin pour ne pas écouter ses instincts. Son public, ce pour quoi il existe. Cette masse qu’il entend sauver. Dont elle fait partie.

« Et vous n’êtes pas ce monstre de Moegami. »
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Iyashi Kurome

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Kannushi

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MessageSujet: Re: D'un bouquet de fleurs sêchées. Jeu 29 Déc - 13:25

Il faut qu’ils tombent pour que tu t’élèves, petite Flamme.
Mais elle ne veut pas, elle refuse, elle n’est pas cette terreur qu’elle inspire, cette colère qui la dévore des tripes à la racine des cheveux, ce souffle qui s’élève, bruyant, trop bruyant, dans le calme du temple. Elle est douceur. Elle est bonté. Elle a tout fait bien pour toujours le demeurer même lorsqu’on voulait qu’elle soit à bout, qu’elle ne soit que nerfs à vif. Elle a toujours opposé la politesse bien née aux éclat de voix, de feu, de haine et voilà qu’aujourd’hui, Kurome cède.
Tel est l’ordre des choses, Ô ma Flamme.
Non, non, elle comprend enfin et elle se crispe, une main sur le tissu brun et or de sa fausse tenue de Miko. Les fils de métal piquent sa peau, tous ses sens sont bien trop en éveil pour qu’elle ne ressente pas la morsure sur sa chair. Tout, tout est de trop, le bruit de l’air autour comme le kimono sur ses épaules comme le coeur qui bat dans la poitrine du Geisha et qui frappe un rythme trop rapide.

La jeune femme recule et c’est de la peur dans ses yeux, dans la manière qu’elle a de se pencher sur elle-même, de se tenir le ventre comme si elle voulait y maintenir la Bête qui rugit en elle. Elle ne veut pas, elle ne veut

Du monde. Des prêtres, des Mikos, des Sohei et des crânes chauves. Des yeux qui passent d’elle aux flammes à Minami au sol, des yeux qui comprennent tout, tout de travers. Elle les sent partir loin d’elle comme un bateau qui quitterait le port. Elle voit les conclusions qu’ils tirent mais elles sont mauvaises, elle voudrait leur hurler qu’ils se trompent, que la peur c’est elle qui la ressent, qu’elle est seule, perdue, trop jeune pour être Elue. Ils ne l’écouteraient pas. La Kannushi le sait sans savoir, sans avoir besoin de demander. Ils portent l’agacement, la rébellion, l’amertume sur leurs traits, tous.
Elle les a déçus. Elle s’est déçue. Personne, jamais, ne voudra plus voir en elle ce qu’elle essaie tant de projeter, d’affirmer.
Ô ma Flamme, tu n’as pas besoin d’eux.
Si, la prêtresse a besoin d’eux, de leurs rires, de leurs sourires, de leur confiance. L’eau lui monte aux yeux, inarrêtable.
Petite flamme, tu pleures ?
Ce sont des larmes dorées par le feu qui roulent, perles lumineuses sur ses joues blanches, mais elle ne gémit pas. Elle lève le menton plus haut à chaque étincelle qui quitte sa peau pour s’écraser sur le sol, tintant comme un grelot. Qu’ils viennent à elle, ces hommes et ces femmes oh si braves, oh si simples. Qu’ils la défient, qu’ils l’acculent, elle ne se rendra pas face à eux.

Je suis Iyashi Kurome, fille d’Iyashi Natei, Flamme de Moegami.

Elle pleure mais sa voix ne tremble pas. Elle s’élève et elle est précise, ferme, elle brûle comme les mille Soleils qu’elle porte dans son âme. Elle traverse les corps massés dans la pièce pour résonner jusqu’à l’extérieur. Il n’y a plus de calme à troubler.

Je suis votre Kannushi, quelle que soit votre volonté, quelle que soit l’autorité que vous voudriez connaître. Je suis votre Elue et j’abrite en mon sein le Phénix qui préside à nos destinées à tous. Peu m’importe que vous voyez en moi un monstre !

C’est faux et elle le sait, et il le sait aussi sans doute. Une dernière larme vient rejoindre le sol, une ultime preuve de faiblesse. Ting, très doucement, quand elle se brise en mille éclats plus petits. Elle ne quitte pas du regard Minami, ses beaux yeux couleur de pierre précieuse brillants de trop d’émotions conflictuelles.

Je servirais tant que ma force me le permettra. Tant que les Flammes brûleront je me tiendrais à ma place légitime et je servirais comme tous nous devons le faire. Faites de moi ce que vous voudrez. Je ne serais pas brisée.

Les cent et cent rémiges lumineuses soudain s’éteignent, le feu devient fumée grise, blanche, odeur d’encens légère qui retombe. Kurome fait un pas en avant.
L’homme sur son chemin s’en éloigne.
Second pas, impériale, déterminée, habitée.
On lui laisse la place. On bruisse de discussions étouffées, on regarde et on jauge et on se demande beaucoup de choses. Elle ignore. Elle avance un pied après l’autre, elle oublie les poids à ses chevilles comme des chaînes dont elle ne pourra plus jamais se dégager. Il est facile de marcher comme si le monde vous appartenait lorsque vous avez été éduquée à le faire depuis votre plus jeune âge. Il suffit de mobiliser des muscles attendris par la pratique, de les forcer en marche, et de fermer votre conscience.
Elle peut se dire, presque, qu’elle a vaincu.
Elle peut se persuader d’avoir raffermi sa résolution, ou évité le pire, ou de ne pas être cette bête que décrit le Geisha. Tant qu’elle peut marcher, elle arrivera à se tenir droite.

Jusqu’à quitter le temple, puis la ville, jusqu’à retrouver l’escorte qui doit la ramener à Hibana, qui s’étonne de la voir seule se présenter à eux. Elle dit qu’elle voulait voir les gens braves qu’elle doit mener. Elle ment, encore, mais on lui sourit cette fois et elle arrive à se tenir droite sans marcher.



L-M-M-J-V-S-D

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Minami

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MessageSujet: Re: D'un bouquet de fleurs sêchées. Mer 22 Fév - 23:01


Des cendres et de la fumée.

Et le crépitement, unique entorse au silence, solennel. Bientôt, son plus beau kimono ne sera plus ; un instant, seulement, et il flamboiera, il la dévoilera. Une dernière performance, avant un repos éternel.

Ils étaient nombreux. Bien plus qu’il ne l’espérait ; bien moins qu’elle ne le méritait. Toutes ces silhouettes, blanches et sobres, respectueusement vêtues. Certaines baissaient à présent les yeux, leur visage affaissé. Les autres contemplaient : pour quelques uns, le corps que les flammes mordaient, joueuses, avant de le dévorer ; pour la plupart, le corps dont la flamme consumait, que la rage habillait.

Il avait choisi le rouge. Parce qu’elle aurait apprécié ; elle aurait souri derrière son éventail, sans doute. Il avait choisi le rouge, et on le laissa faire. Parce qu’il avait déjà porté le deuil, à vif, des heures et des heures. Il était resté, prostré et las, dans cette petite pièce. On l’avait laissé avec ce tas de cendres, son accoutrement symbolique, vêtement de parade, parti en fumée sous les éclats d’un Kami plus démonstratif. Il était resté, jusqu’à tomber, encore une fois. Mais ils l’avaient aidé.

Quelques jours s’étaient passés, la tempête était retombé. Cette furie s’en était allée, emportant avec elle toute certitude. Il n’avait fallu qu’un instant, un infime coup du Destin, et tout était chahuté. Il était resté avec eux, pour leurs soins. Il prodiguait surtout les siens, ses graines de doutes, ses maux de défiances.

Quelques errances, et la ville suivit. Du moins, sa ville ; celle encore des marchands et des artisans, du divertissement et du travail, de la servitude et de l’anonymat ; celle désarmée, mais plus désemparée. Ils suivirent jusqu’ici, cette cérémonie informelle, à cette famille composée – tous encore l’appelaient Mère.

Il avait choisi le rouge. Qu’importe le mauvais sort ; qui doutait désormais ? Il était damné. Victime des Kamis, ou du couroux d’une incompétente Kannushi ; ils se feraient tous leur avis. Il avait choisi le rouge, parce qu’ils étaient unis. Et qu’ils le resteraient, désormais ; qu’il s’en assurerait.

Devant les dernières flammes, roulant avidement sur les os calcinés, nul n’osait bouger.

« Puissent avec elle brûler nos dernières impuissances. Celle d’un ordre dont nous sommes les plus inconséquents ; dont nous payons le plus les conséquences. »

Plus tard, on apprit : la torpeur était finie.

Du palais des saules, il ne resta que Minami.
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D'un bouquet de fleurs sêchées.

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