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 De la Braise au Brasier

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Iyashi Kurome

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Kannushi

Messages : 63
Date d'inscription : 05/05/2016

Feuille personnage
Age: 24
Titre: Jushoku
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MessageSujet: De la Braise au Brasier Sam 23 Juil - 17:57

Encore ce rêve familier ?
La Jushoku se sentait flotter, éthérée, rassurée, dans des ciels couverts d'étoiles brillantes. Elle n'osait baisser les yeux, ni même les détacher de la lueur apaisante des corps célestes, de peur d'avoir à agir. Elle ne voulait rien d'autre que de rester là, dans le silence délicieux de la nuit : elle n'avait plus aucune crainte, plus de pression, plus de corps douloureux à force de le pousser à bout. Ici, elle n'avait que son esprit et le dais sombre du ciel qui la recouvrait comme une couverture.

La nuit avait commencé comme toutes les autres, par une longue veille à la lueur des bougies. Penchée sur ses livres de compte, sur des lettres, sur des problèmes à régler par dizaines. Payer les fournisseurs qui avaient participé à la reconstruction du temple, remercier les seigneurs, rassurer Momiji, rappeler des prêtres importants au temple de Kaigen. De petites tâches qui, empilées, formaient une muraille plus formidable que les murs du château de Nikkou.
Alors elle s'y mettait doucement, pas après pas, sans réfléchir.
Premier papier sur la pile, premier soucis à régler. Et ainsi de suite, jusqu'au bout de la nuit, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus tenir et que ses yeux se ferment eux-mêmes de fatigue. Il en serait de même le lendemain, le jour d'après. Jusqu'à ce qu'enfin, la situation puisse revenir à la normale.
Heureusement qu'elle avait des aides, de petites mains silencieuses pour l'aider dans les travaux les plus ingrats. C'étaient eux qui triaient, filtraient les demandes, envoyaient le courrier avec les meilleurs messagers pour la situation donnée, lui faisaient bouillir un thé si fort qu'il en devenait amer afin que Kurome puisse tenir quelques heures de nuit de plus.
La mixture avait été particulièrement efficace cette soirée. Tout le monde dormait depuis de longues heures lorsqu'enfin vaincue par la fatigue, la délicate jeune femme quitta son bureau de bois laqué pour se dévêtir et enfin se glisser, avec un soupir d'aise, entre des draps frais sentant bon l'écorce d'orange.

Le sommeil vint vite. Sombre, sans songes, enfin tranquille. Immobile et paisible, la Jushoku avait simplement plongé dans une isolation parfaite du monde, son corps et son mental étant trop épuisés pour autre chose qu'un repos absolu.
Puis vint la lumière. Une étrange lueur rougeoyante, tremblotante, aux confins de son esprit. Etrange sensation, que d'être consciente de dormir mais de pouvoir agir tout de même... La jeune femme, intriguée par la chandelle au loin, se laissa porter jusqu'à elle. La tâche fut simple au début : il suffisait de se concentrer sur le point de couleur au milieu de l'ombre, de se laisser porter.
La résistance se fit progressivement. Elle se sentit ralentir, lutter pour toucher la lumière qui n'était plus si loin, presque à portée de main. Mais l'ombre autour d'elle se faisait plus dense. Moins coopérative. Comme si des milliers de bras sombres s'accrochaient à elle, la tirant en arrière, souhaitant la priver de ce minuscule lumignon d'espoir.
Mais elle était Iyashi Kurome. Jushoku. Héritière de sa famille. Destinée à la grandeur.
Dans un ultime sursaut – de fierté ? De force ?, elle se dégagea de la gangue obscure et se jeta en avant, bras tendu, vers la petite lumière.

Lueur aveuglante, brûlante, qui la força à fermer les yeux et à se recroqueviller sur elle même dans son sommeil.

Et enfin, ce rêve qu'elle avait déjà fait deux fois.
La petite prêtresse baissa les yeux, quittant le ciel et ses centaines de diamants, posant son regard brun-et-or sur ce qu'elle savait être son guide. L'oiseau de feu, magnifique dans son habit d'écarlate et de lumière vive, au maintient d'empereur. Non, de Kami.

"Moegami-sama..."

La voix de la jeune femme était douce, basse, emplie de révérence. Elle n'avait jamais osé parler au phénix avant. Parce qu'elle ne se sentait pas digne, parce que son coeur lui intimait l'ordre de se taire pour le moment ; mais là elle avait l'autorisation de prendre la parole. Elle le sentait.
L'incarnation des flammes poussa un unique cri avant de descendre en piqué vers le sol. Le temple de Kaigen, bien sûr, qui ne gardait plus de marque des événements passés désormais. La haute-prêtresse suivit son Kami sans se poser de questions, atterrissant doucement sur l'herbe moelleuse du jardin pour faire face au brasier en forme de coq majestueux. Sous les yeux émerveillés de la brunette, l'incandescente apparition se rétracta, changeant rapidement de forme, de couleur pour finalement atteindre une taille et apparence humaines. Enfin... Presque humaines. L'homme face à elle avait une prestance et un regard qui ne pouvaient appartenir à un membre du genre humain, ainsi qu'une crête de cheveux semblables aux flammes voraces d'un incendie d'été.

"Iyashi Kurome."



Sa voix roula, crépita dans le silence du rêve, inspirant la crainte et la révérence dans le coeur de sa prêtresse qui ne manqua de se jeter à genoux.

"Lèves-toi, Iyashi. Nous avons à parler."



Surprise. Elle releva d'abord les yeux, les grands lacs d'ambre pailletée emplis d'incompréhension, avant de redresser sa petite carcasse délicate et de se tenir debout, digne quoi qu'intimidée, face à l'apparition divine. La femme ne dit rien, laissant le soin à son dieu de s'expliquer. Elle ne se sentait pas encore prête à discuter réellement avec l'être qui avait guidé toute sa vie depuis de nombreuses années.

"Ame n'est plus. Son absence, son manque de réactivité face aux événements m'ont fortement déplu. Elle aurait dû être la flamme guidant Setsu, le phare en ces heures de tempête et de nuit. Telle était sa mission en tant que Kannushi."



La divinité souffla sa colère, sa chevelure flamboyante redoublant d'intensité face à la puissante émotion, une aura brûlante se déployant autour de lui. La Jushoku ne trembla pas, quand bien même son âme se recroquevillait de crainte devant le courroux de Moegami. Son honneur et son éducation étaient en jeu : elle ne mettrait pas en péril la réputation de son sang face à l'être guidant tout Setsu.

"Elle a failli par son silence. Cloitrée dans ses appartements, elle a laissé d'autres prendre les rênes de son propre royaume, de mon royaume. Ma propre Voix, silencieuse au sein de ma maison ?"



Il rit, ironique et froid, puis la chaleur étouffante qui l'entoure se retire lentement. Lorsqu'il recommence à parler, son ton est doux comme une soirée d'été.

"Mais d'autres ont parlé en mon nom, ont redressé ce qui devait l'être, ont guidé ceux qui en avaient besoin au sortir de cette longue nuit. Des flammes dans les ténèbres, partout ont surgi. Et la plus brillante de toutes était ici-même, à Kaigen. Comprends-tu, petite Iyashi Kurome ?"



A dire vrai, elle avait peur de comprendre ce que voulait son Dieu. Peur et envie, à la fois, que son pressentiment soit avéré. De pouvoir prouver que la chance n'était pas le seul moyen de forger sa destinée, de montrer qu'être la protégée du précédent Kannushi n'était pas l'unique raison pour laquelle Kagutsuchi pouvait voir en vous un être digne.

"Vous avez répudié Shimizu-sam... Shimizu-san. Elle n'est plus Kannushi en votre nom, rien d'autre qu'une simple femme, quoi que la fiancée  de mon Seigneur Gekido-sama. Et votre regard, Kami-sama, s'est posé sur ma personne. Puis-je vous poser une question ?"

Le Dieu sourit, les flammes au sommet de son crâne crépitant joyeusement, et il fait signe à sa prêtresse de s'exprimer. La jeune femme remarque soudainement que la crête flamboyante figure celle du coq de feu.

"Vous m'avez déjà guidée dans le passé. Et bien que Shimizu-san ne m'aie pas pris sous son aile pour faire de moi sa candidate à la succession, vous me menez de nouveau vers une destinée que je n'aurais pu seulement rêver pour ma personne. Aviez-vous prévu ce passage de flamme, Kami-sama ?"

Moegami semble réfléchir l'espace d'un instant, puis il hoche la tête en signe de dénégation.

"Non, Iyashi Kurome. Je ne l'avais pas prévu. Ame aurait-elle choisi un successeur que j'aurais certainement jeté mon dévolu sur lui. Les lignées sont plus importantes que vous, humains, ne semblez le penser : elles vous relient à ceux qui étaient là avant, à ceux qui seront là après, et vous protègent ainsi de la désorganisation, du désordre. Du Chaos. Et toi, petite Iyashi, mise dans la balance avec le respect de l'ordre et de la pureté d'une lignée ? Je n'aurais en aucun cas hésité. Mais une fois de plus, ma Kannushi n'a su faire preuve de prévenance."



La vague de chaleur revint, plus forte encore. Le Kami avait-il retenu sa colère si longtemps pour simplement parler avec Kurome ? Si tel était le cas, elle ne pouvait que se sentir infiniment reconnaissante envers la Flamme incarnée, quoi qu'elle soit toujours un peu effrayée.

"Aussi dois-je choisir moi-même. Te sens-tu capable d'accueillir ma volonté, Iyashi Kurome ? Seras-tu digne d'être la flamme que je choisis pour parler en mon nom, pour guider Setsu, jusqu'à ce que ta vie prenne fin ?"



C'était comme un mariage sous le ciel étoilé. La création d'un lien entre deux êtres, jusqu'à ce que la froide tombe les sépare, pour affronter la vie de tous les jours ensemble. Mais c'était bien plus que ça également. C'était un pacte formel entre une entité céleste, supérieure, et une frêle humaine, conclu sous le regard des astres seulement.
Il n'y avait qu'un seul mot que la Jushoku puisse prononcer.

"Oui."

Moegami sourit largement avant de se muer de nouveau en oiseau de feu et de voler, d'un seul battement d'ailes, droit sur l'humaine délicate.


L'héritière des Iyashi se réveilla en sursaut, le corps brûlant. En son sein, une flamme nouvelle avait surgi, encore chancelante, cherchant ses marques, mais plus forte à chaque instant. Elle habitait son coeur, son esprit, les poussant avec une ardeur nouvelle. Le monde entier semblait plus précis, plus coloré en ce matin calme. La lumière filtrant entre les panneaux de papier de riz était plus riche, la texture des draps sous ses doigts plus fine, l'odeur d'herbe fraiche et de riz tout juste cuit plus complexes.
Une larme s'échappa des beaux yeux de la jeune femme, coula le long de sa joue avant qu'elle ne l'intercepte d'une main frêle.
C'était une goutte de feu, d'or liquide parcouru de stries rouges, qui sécha sur sa peau pour former une gouttelette plus précieuse qu'aucune des pierreries qu'elle possédait. Kurome la regarda longuement avant de refermer sa main dessus.

Puis elle se leva, se prépara toute seule, à gestes lents. Comme si elle voulait se réhabituer à son corps. Le faire découvrir à l'entité suprême avec qui elle le partageait maintenant. Cheveux, tenue, bijoux, maquillage. Elle allait opter pour un très simple kimono couleur de bronze vieilli lorsqu'elle se rendit compte que les circonstances demandaient quelque chose de plus formel. Elle alla donc chercher, tranquillement, une boite de bois précieux.
A l'intérieur se trouvait un Uchikake écarlate, brodé de feu et de phénix prenant leur envol. Sous ses doigts, le tissu hors de prix sembla chanter, comme s'il n'avait été tissé que pour ce jour. La prêtresse sourit doucement.

Les prières du matin avaient à peine été finies lorsque Kurome entra dans la salle principale du temple. Elle était remplie de religieux finissant d'adresser leurs respects à la statue immense de Moegami qui avait été rebâtie après que la divinité elle-même l'aie détruite devant les yeux de Setsu Gekido. L'arrivée de la jeune femme en tenue formelle fit s'arrêter instantanément les dernières paroles, mais elle ignora les regards intrigués qui lui furent adressés.
De son pas lent d'impératrice, elle traversa les rangs de Miko, prêtres, Sohei et apprentis qui la suivaient du regard, murmurant à la vue du sur-kimono d'un rouge flamboyant. Que pouvait bien signifier cette tenue ces grands jours ? Qu'avait-elle à annoncer ?
Enfin, elle arriva au pied de l'effigie de Kagutsuchi qu'elle observa l'espace d'un instant, gravant les traits de pierre dans son esprit. Non pas qu'elle en aie réellement besoin désormais...

"Je pense que j'ai quelque chose à vous annoncer."


Elle se retourna tranquillement, parcourant du regard les visages levés vers elle maintenant. Ce n'étaient plus seulement ses subordonnés, ses protégés, maintenant. Ils étaient devenus sa tâche.
La nouvelle Kannushi leur sourit, paisible et fière sous la statue immense.

"Cette nuit, j'ai rêvé..."

C'était là que commençait réellement sa destinée. Devant des dizaines de religieux, dans la grande salle de Kaigen, sous le regard de son Kami.
Elle était prête.



L-M-M-J-V-S-D

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