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 Tachiyo Hikaru

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Tachiyo Hikaru

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Kannushi

Messages : 16
Date d'inscription : 24/07/2016
Age : 24

MessageSujet: Tachiyo Hikaru Dim 24 Juil - 15:59



Tachiyo Hikaru
☼ Nom : Riyajû puis Tachiyo
☼ Prénom : Sakura puis Hikaru
☼ Surnom :

☼ Âge : 30 ans
☼ Sexe :
☼ Statut : Yamabushi
☼ Arme(s) : Hankyu, Yari et Kaiken





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POUVOIRS ET MAITRISES


  • Coeur de Moegami
    C'est un réflexe. Dès lors qu'il se réveille, Hikaru scanne les feux intérieurs dans un rayon de dix mètres. Les flammes qu'ils voient alors ont des apparences aussi nombreuses que leurs propriétaires. Cela lui permet d'aviser les personnalités et les états d'âmes de ses prochains, parfois même de supposer un avenir proche.

  • Caresse de Moegami
    Par l'intermédiaire de mantra, Hikaru est capable de restaurer l'âme d'une personne, supprimant colère, tristesse et peur pour qu'il ne reste que la joie.
    Il faut cependant que Hikaru soit capable de faire usage de sa voix, ce pouvoir ne fonctionne donc pas sur quelqu'un dont il se méfie ou qui l'intimide. Parfois, la joie se transforme en arrogance ou en témérité.

  • Souvenir de Mayuko
    Dès lors qu'il pointe une flèche ou une arme contre quelque chose, le bras de Hikaru vibre et l'arme s'enflamme, une aura mystérieuse faisant penser à un dragon de la taille de son support dansant à ses côtés. Hikaru est particulièrement ému après cela, ce qui le rend apathique.



  • Rêve prémonitoire
    Hikaru est souvent sujet aux rêves prémonitoires. Malheureusement ceux-ci restent des rêves et sont donc particulièrement vagues et inconsistants.
  • Onmyodo
    Bien que Hikaru soit à présent Yamabushi, il reste investi de forces qui lui permettent d'exorciser, de purifier et de protéger. Il est également capable d'observer et de reconnaître les Yokaï en toute occasion, à condition que ceux-ci ne soient pas dissimulés par un charme dont ils ont le secret.



☼ Physique :

Grand et silencieux gaillard d'un mètre quatre-vingt pour soixante-quinze kilos, Hikaru n'est pas particulièrement remarquable au milieu de tous les personnages hauts en couleurs de Yokuni. Pourtant, cet homme très bien bâti n'est pas dépourvu d'une certaine élégance maculée d'humilité et de poésie. Tout chez lui est parfaitement entretenu, de ses vêtements au bout de ses doigts, de son collier de barbe à ses cheveux. En effet, Hikaru ne connaît pas la négligence.

Brun quoique quelques unes de ses mèches grisonnent, le regard en amande et sombre, légèrement mate, ses traits sont ceux des sujets d'estampes à qui il ressemble trait pour trait, si on oublie sa peinture, devenue tatouage qui lui couvre l'entièreté du bras et une bonne partie du pectoral gauche. Il s'agit en fait de Mayuko, son esprit gardien dragon, ou plutôt de la prison où elle fut enfermée pour l'éternité.

La voix d'Hikaru n'est souvent qu'un souffle, mais elle peut être puissante et littéralement explosée, surprenant tout son auditoire de l'existence d'un tel coffre chez ce taiseux trentenaire. Les circonstances pour que cela arrivent doivent être de taille cependant. Parfois, même la confiance que l'homme porte à son entourage ne suffit pas.

Outre cela, on connaît à Hikaru deux tenues pour deux mondes très différents. La première, la plus pratique pour tirer, est celle qu'il porte au quotidien. Elle est sombre, son haut ne couvre que la moitié de son torse et est orné de rares dorures, preuve d'une origine clairement noble. Pourtant, elle reste résolument sobre.

L'autre, la deuxième pourrait faire pâlir tous ceux que la souillure effraie. Une peau de loup en guise de couvre-chef et quelques pièces d'armure, il s'agit en réalité de sa tenue de yamabushi, celle qui lui sert pour se protéger lors des grandes batailles ou lors de rituels secrets. Hikaru en est fier, mais il est rare qu'il la porte, pour tous les soucis qu'elle pourrait lui causer.  

En outre, Hikaru est un éphèbe dont on remarque le charme qu'en tête à tête. En public, il est parmi la masse, indiscernable et cela lui convient très bien.




☼ Caractère :


Ceux qui ne connaissent pas Hikaru ne remarqueront certainement pas cet homme discret et sans voix, présent pour accomplir son devoir uniquement. Car Hikaru n'est pas homme à se faire remarquer, il déteste même cela et, sans réelle motivation, il serait tout à fait impossible d'entrer en contact avec ce doux mutique.

Pourtant, il ne possède pas une once de méchanceté, ni de mépris, estimant chaque existence qu'il découvre. Des plantes, des bêtes, des yokaï et des humains, il vénère tout être pour ce qu'il est et n'oserait pas le juger pour quoique ce soit, ni le mettre sur un piédestal par rapport aux autres. Ainsi, il perdit la voix dès lors qu'il fut le témoin d'un assassinat, et eut beaucoup de mal à tuer pour la première fois, ne s'en jugeant pas digne. Après tout, c'était péché.

Emprunt d'un sens aigu du devoir, Hikaru est cependant plus dur avec lui-même et peine à se trouver de réelles qualités depuis qu'il a été souillé à plusieurs reprises. Il est pour lui une cause perdue qui devrait se montrer humble en toutes circonstances. Ainsi est-il toujours reconnaissant pour tout ce qu'on peut lui témoigner et sérieux en toutes occasions.

Toujours effrayé par la souillure du fait de son éducation et des forces qui cherchent viscéralement à l'en éloigner, c'est une âme compatissante qui a gardé une certaine innocence et à qui le sang et la carcasse répugnent, quand bien il n'est plus Onmyoji. Ainsi, il ne tue ni ne se bat pour le plaisir. Il ne mange que très peu de viande et ne boit pas hors des rituels de la vie qu'il respecte à la lettre. Les seules altérations autorisées sont celles provoqués par l'ascése que Hikaru pratique au quotidien.


Convictions☼ Les clans: Hikaru ne porte aucune considération aux clans. Son expertise s'étant étalée à l'intégralité du continent, il en a assez vu pour affirmer que malgré leurs différences, les gens sont les mêmes partout. Hikaru est prêt à tendre une main amie à quiconque en aura besoin.

Egalement fort d'une éducation poussée, il a étudié l'Enfer Écarlate, sait quels furent ses enjeux et à quel point la réaction des dieux eut un impact sur les mentalités et la société.

☼ Les Kamis:
Hikaru vénère tous les Kami et bien plus encore. Il se dévoue totalement à sa foi et ses croyances vont bien au-delà des déités claniques. En effet, sa haute éducation religieuse et les pouvoirs dont le destin l'a affublé, font que Hikaru est persuadé qu'il y a une âme en chaque chose et que celle-ci doit être respectée. Seuls les démons et les ondes négatives doivent être éliminés par la purification pour mener une vie sereine et que le monde se porte mieux.

☼ Le système féodal:
Hikaru vit continuellement dans la misère sans la voir. Pour lui mendier est péché, mais il est conscient de vivre dans un monde particulier et que les gens qui y sont contraints sont désespérés. En outre, il n'accorde pas d'importance à l'argent, ni aux possessions et se contente de manger ce qu'il a dans son bol ou de ce qu'il peut trouver sur son chemin. Il vit au jour le jour sans se plaindre et le code de l'honneur du bushi est maintenant quelque chose de bien abstrait pour lui.

☼ Les organisations: Il n'en connait aucune, ça ne l'intéresse pas. Ou plutôt, ça l'intéresse comme le reste du monde.


Histoire



I



An 11, cela faisait plus de huit ans que le clan setsu était né.

La jeune Riyajû Kiyooki Kagerou avait beaucoup de mal à concevoir une descendance et cela la travaillait beaucoup. Elle avait pourtant toute l’indulgence de son mari, mais celui-ci était plus souvent au loin que chez lui, laissant la pauvre jeune femme sans protection face aux remarques culpabilisantes de son entourage, une union n’étant alors consommée qu’après la naissance d’un enfant.

Des cris la tirèrent d’une nuit de douleurs et de pleurs alors qu’elle se remettait d’une énième fausse couche. Après plusieurs jours de retraite, Kagerou traversa les jardins arides et rejoignit un attroupement de servantes. Un bébé s’agitait en son coeur, se plaignait à corps et à cris des bercements agacés qu’une des leurs lui servait.

“Cet enfant est le vôtre ?” prononça faiblement la jeune fille.
“Non, Riyajû-sama.” Elle semblait terriblement perdue.“On me l’a mis dans les bras et je n’ai pas su retrouver le fautif.”

Un silence plombant tomba sur la scène.  

“Vous voulez le tenir ?”

Elle tendit ses mains blanches vers le petit être et sentant les doigts minuscules se refermer sur les siens, elle se décida à le porter. Le nourrisson se calma instantanément. Il chercha le sein plein du lait abandonné et ne tarda pas à s’endormir, repus, sous les exclamations d’approbation des domestiques. Kagerou esquissa un sourire radieux.

Elle n’allait plus se cacher de honte dans les quartiers d’été, ni tout faire pour trouver les géniteurs de ce nouvel arrivant. Non, elle n'écoutait que son coeur et son coeur lui dictait de prier dès maintenant pour la survie de ce jeune garçon.

An 19, sakura avait 8 ans.

Tout comme les cinq dernières, les trois premières années de la vie de Sakura s’écoulèrent sans heurt. Son père s’était même entouré afin de dégager du temps qu’il consacra à l’éducation sociale et guerrière de ce fils qui ne lui ressemblait pas et qui était pourtant son héritier. Ses nuits d’amour avec Kagerou s'étaient faites plus nombreuses mais ne lui apportaient pas l’ombre d’une descendance légitime. Cela ne faisait rien, il avait longtemps perdu ce fol espoir et quand bien même leur union avait été arrangée, il aimait trop sa femme pour partager sa couche avec une autre. Il ajusta les bras de son fils alors que celui-ci se préparait à tirer à l’arc par une belle journée d’automne.

“Monte légèrement ton arme quand la cible est aussi basse, tu risques de tirer dans le sol.”

Malheureusement, Sakura était un garçon têtu et impatient. Il n’était pas non plus aussi doué à l’arc que son père. Au lieu de se ficher dans la terre battue, la flèche pénétra l’écorce d’un arbre dans les bois. Le petit guerrier jeta son arc de rage et partit reprendre le projectil, tout penaud.

“Tu es encore jeune. Ca viendra.” tenta de le rassurer Riyajû Hayato.
“Mais père, quand tu avais mon âge, tu as ramené une biche de la chasse ! Et les domestiques ne cessent de me raconter la façon dont tu tuas cet ours qui te menaçait.”
“On a tous des aptitudes différentes, Sakura, mais rien ne vient sans travail. Tout ce dont tu as besoin pour progresser est de t’entraîner encore et encore et un jour, peut-être, les serviteurs me parleront de tes exploits.”

Le père de Sakura partit le soir même livrer bataille accompagné de ses plus fidèles vassaux. Celle-ci ne dura pas plus qu’une quinzaine de jours durant lesquelles ils partirent aider les Kiyooki à débarrasser les terres du Sud-Ouest de Yokaï retors et vicieux. Cependant, lorsqu’il revint, la pauvre Kagerou terriblement meurtrie pleurait la disparition de son fils dans ses quartiers d’été.

*


Un tel drame n’aurait jamais dû se produire. Laisser une Dame et un jeune seigneur seuls, sans aucune protection était tout bonnement impossible, dépassait l’entendement. Pourtant cela arriva bel et bien.

Il existait dans les bois de Keito un petit sanctuaire dans lequel on priait le saint Jizō, le protecteur des enfants malades et des enfants morts. Kagerou s’y recueillait et déposait souvent des offrandes pour que celui-ci ait la bonté de prendre les siens sous ses robes pour traverser le fleuve Sanzu. Elle s’accompagnait également de Sakura dès que celui-ci se sentait mal. Ce jour-là, elle s’y était rendue avec son fils pris de vomissements. Le pauvre petit frémissait et sa tête affreusement lourde, ballottait parfois au rythme de ses pas. Le temple était désert, seulement entretenu par un vieux couple de religieux. Lorsque Kagerou et Sakura y pénétrèrent, il prit feu !

La servante qui les avait escorté jusque là prit les jambes à son cou pour trouver de l’aide. Le couple resta là, pétrifiés devant les flammes qui dansaient, fumaient et se propageaient.



Sans céder à la panique, Kagerou prit son enfant faiblard et rongé par la fièvre dans ses bras puis chercha une sortie, en vain. Tout était extraordinairement calme, les crépitements des flammes avalaient tous les bruits alentours. Elle vit après un instant qui lui avait semblé durer une éternité, une ombre se dessiner. C’était un homme, aussi bien bâti que son époux. Elle crut un instant que c’était lui, qu’il était venu les chercher.

Mais non. Au contraire, le nouvel arrivant était couvert d’une peau de loup et l'avisait avec condescendance. Le menton porté haut, la dominant de toute sa taille, il la terrorisait.

Si seulement elle avait pris sa Naginata ! Elle dégaina d’une main tremblante un couteau qu’il fit voler dans le feu d’un coup avant de souffler sous la charge violente d’un dragon ! Il roula avant de se redresser et contempla son adversaire inattendu. Etait-ce la femme qui l’avait invoqué ? Il fut frappé de nouveau par ce qu’il vit.

Il s’agissait bien d’un dragon, mais d’un esprit juvénile qui semblait hésiter entre le matériel et l’immatériel. Un petit dragon, oui, invoqué par un Sakura, en sueur et en transe mais résolu à se battre. Il psalmodiait sans régularité des formules qu’il avait dû entendre un jour d’une oreille distraite. La créature reptilienne ne tarda pas à glisser jusqu’à l’agresseur et le menacer de ses griffes luisantes ! Ce dernier fut durement attaqué par une meute de chiens traversant les flammes et ne fut que trop facile à défaire puis à immobiliser, son invocateur était jeune encore, trop pour être maître de ses actes. Le dragon finit par disparaître et son propriétaire, s’évanouir, terrassé par les événements et la maladie.

An 19, Hikaru naquit.

Lorsque Sakura se réveilla, il était allongé sur une paillasse. Un feu brûlait au loin mais ce n’était pas celui qui les avait encerclé, lui et sa mère. Il semblait plus amicale. Plus réconfortant. D’autres étaient tout proches, qui chantaient ou qui discutaient, certainement les domestiques. Il y en avait des plus sauvages aussi. Il se crut à la demeure des Riyajû.

“Mère, j’ai soif.” dit-il dans un demi sommeil.
“Alors bois ça.” murmura une voix avec douceur.

Le jeune garçon ouvrit des yeux tout ronds et se redressa en toute hâte, bousculant son agresseur qui faillit perdre le précieux breuvage. Déjà, son corps sembla se gonfler d’une nouvelle énergie. Le feu tout proche prit de l’envergure.

“Calme toi ! Je ne te veux aucun mal.”
“Où suis-je ?! Où sont mes parents ?!”
“Tu es loin de tout ça, maintenant. Et tu es faible. Bois ça, je te raconterai.”

Sakura sembla se calmer mais ne fit pas un pas vers l’homme. Au contraire, il semblait vouloir se confondre avec le tissus de la tante. L’autre perdit patience et vint le prendre par le bras et l’entraîner vers l’intérieur de la pièce de fortune.

“Bon, tu bois ?!” gronda-t-il.
Sakura prit le bol fumant et fit une grimace.
“C’est quoi ? Ca pue !”
“L’antidote.”

Le garçon était choqué.

“Vous… vous m’avez empoisonné ! Vous m’avez kidnappé ! Dans quel but ?”

L’homme à la peau de loup déglutit, sembla préparer avec soins ses mots. Cependant, dès qu’il voulut les prononcer, un autre plus fin vint lui annoncer que le camp était attaqué. Les chiens hurlèrent, les chevaux hennirent.

“Petit, quel est ton nom ?”
“Sa...Sakura.”
“Sakura ? C’est un nom de Bushi, ça !” s’exclama-t-il avec mépris.”A partir de maintenant, tu es Hikaru et tu viens avec nous.”

An 19, Sakura ou Hikaru ?

La terrible bannière des Riyajû battit l’air, les ennemis étaient tout proches, quand bien même il faisait sombre et que la nuit tombait. Ils étaient des plus discernables aux torches qu’ils brandissaient.

Une flèche se ficha dans l’un des arbres tout proches de Sakura, lui arrachant un cris de surprise et lui collant des sueurs froides. Son agresseur le prit par la taille et le plaqua sur une jument, dans le dos d’un autre.

“File, Kagari.”
”C’est comme si c’était fait.” souffla le cavalier plein d’assurance avant de faire partir sa monture, suivie de près par la moitié de la meute.

Le jeune Sakura était encore impressionné par les chevaux. Il ne montait que les plus calmes avec l’aide de son père ou d’un de ses vassaux et amis. Tout ceci fut bien trop rapide pour lui. Il se cramponna de toutes ses forces à l’inconnu. Pourtant, les soubresauts de la cavalcade ne l'empêchèrent pas de jeter des regards furtifs par dessus son épaule. Il vit son père aux prises contre les bandits. Il le vit rouler à terre avec son cheval et brandir son katana pour défendre sa vie. Mais surtout, il vit Tsuneo qu’il considérait comme son meilleur ami les courser. Il était aussi le fils cadet du plus glorieux vassal de Hayato. Le jeune homme venait de recevoir son gempuku, aussi ils ne se rencontraient plus que rarement. Mais dès cette nuit-là, ils ne se croiseraient plus. Les yeux emplis de vaillance du jeune homme roulèrent dans leurs orbites lorsqu’un trait traversa subitement son crâne.

“NOOOON !”

Sa vie fila comme le souffle d’Hikaru, il ferma les yeux et s’écrasa dans les fourrés….





Hayato avait été sévèrement blessé, aussi les Riyajû abandonnèrent la poursuite. D’après les nouvelles, les pertes avaient été terribles des deux côtés, mais les défenses de Keito étant bien plus nombreuses que la petite vingtaine de mercenaires aux peaux de loup, il ne faisait aucun doute que la province était la moins à plaindre. Sakura n’en finissait pas de pleurer, mais trop fier, il étouffait au mieux les sanglots qu’il versait en mémoire de ces morts qui s’étaient battus pour lui. Il glissait également des regards plein de reproches à tous ceux qui s'approchaient de lui. Pourtant, c’était comme si le camp entier n’en avait rien à faire.

Son agresseur vint le voir enfin.

“Tu as bu ta potion, Hikaru ?”
Il ne lui répondit pas.
“Hé, réponds quand on te parle !”
Il resta silencieux.
“Ne te moque pas de moi !” gronda-t-il en le secouant. “Alors ?!”
Il lui colla une gifle qui le fit presque tomber.

Les autres riaient en mangeant leurs collations.
“Ne me dis pas que tu as enfanté un taiseux, Yashiro !”
Ils étaient hilares. Sakura ne fut pas long à saisir le sens de cette phrase malheureuse. Il sembla terriblement perdu et frappa le dénommé Yashiro de toutes ses forces. L’homme eut un regard coupable, son chien gémit de peine. Il prit Hikaru écroulé d’épuisement et le coucha.

“Il semblerait que les blessures de Rengu et de Okuni soient pas belles à voir. Ils ne pourront pas se lever ni monter demain.”
“Tant pis, on les laissera là. Demande leur comment ils veulent mourir, s’ils sont dans l’incapacité de répondre, on fera un bûcher.”
“C’est pas bon, Yashiro. On passera jamais les frontières Fukyuu !”
“Il est trop tard pour avoir des remords, maintenant !”

Le vieux guérisseur se tut. Il ne sut pas quoi répondre. Il ne faisait aucun doute que les loups vivaient là leurs derniers instants. Devait-il rester pour autant ? C’était vite vu.

“Bah, je m’en vais. Ma vie vaut plus qu’un peu d’or.”
“Je ne te retiens pas, Kin. Et si d’autres pensent comme toi, qu’ils s’en aillent eux aussi ! Ca m’évitera bien des soucis quand on aura à sauver nos peaux !”

Le dénommé Kin fut le seul à partir sur les six survivants. Il fit ses affaires et s’éloigna sans un regard pour son ancienne troupe. La reste de la nuit se passa en silence et ils décampèrent dès l’aube, après avoir brûlé tous leurs restes.

Sakura eut bien du mal à se réveiller. Après avoir bafouillé des bribes impossibles, il finit de vomir dans le dos de Yashiro. Tout comme Tsuneo, il faillit glisser de selle. Redoutant le pire, le bandit mit pieds à terre et porta le gamin par le col de son kimono qui empestait la mort pour l’examiner. Il était pâle comme un linge et ses lèvres étaient violettes. Par les Kami, ce jeune imbécile n’avait pas bu l’antidote qu’il lui avait donné la veille !

“Il a fait ça pour nous ralentir ?” souffla de stupeur un des mercenaires.
“Comment on fait ? Kin est parti !”

Ils étaient foutus.

*

Sakura sortit d’un terrible cauchemar dans lequel il avait vu son père Riyajû Hayato mort, tué de ses propres mains alors qu’il avait revêtu une peau de loup. Lorsqu’il refit surface, sa vision était si troublée qu’il eut du mal à distinguer Yashiro se livrer à une sorte de rituel au-dessus de lui. Il brillait d’une aura verdâtre et posa une main fraîche sur son front pour l’empêcher de se redresser. Sakura se rendormit, une main sur la sienne qui lui faisait tant de bien alors qu’il était brûlant. Il voyait les cerisiers en fleurs de Keito et les servantes qui lui proposaient ses sucreries préférées et du thé froid. Il vit sa mère sourire tendrement.

Il guérit peu à peu et se réveilla enfin. Les feux étaient alors si peu nombreux…Il comprit de suite qu’il était encore en cavale et fut déçu de ne pas être à Keito. Cependant, lorsqu’il fit quelques pas en quête d’un peu d’eau, il n’y avait personne.

“Ah, enfin !” s’exclama Yashiro, visiblement soulagé. “J’ai cru devoir t’achever, Hikaru.”
Un des chiens fit trébucher Sakura avec entrain et lui lécher la figure. Il le repoussa doucement et caressa sa fourrure argentée.
“Les autres sont tous morts.”

Yashiro avait maigri et ses cernes étaient noires, cependant il semblait bien plus souriant que lorsqu’il l’avait rencontré.

“Maintenant que les loups n’existent plus et que nous sommes seuls, je vais t’apprendre tout ce que je sais.”

An 19, le destin se referma sur l’Onmyoji Yashiro.

Yashiro était un Onmyoji errant que l’engagement répugnait. Offrant ses services de ci de là, il avait toujours vécu dans la misère mais avait rarement flirté avec la criminalité. Son esprit gardien, Asuna, était un Komainu qui avait gagné le respect d’une meute en tuant l’alpha pour protéger son maître. Aujourd’hui, ils n’étaient que trois chiens, les plus costauds.

“J’ai toujours été piètre Onmyoji. J’ai appris auprès d’une vieille femme aveugle et je n’ai su que faire de mes dons. Comme j’errais sans bannière, je me faisais chasser facilement.”

Pourtant, Yashiro faisait partie de ceux qui avaient su s’entourer grâce à leurs pouvoirs pour protéger les leurs des Yokaï. Lorsqu’un agent d’un Taisa Fukyuu lui avait demandé de kidnapper un enfant, il sut que c’était le sien et accepta. Cependant, ses compagnons ne furent pas aveugles à la ressemblance saisissante entre Hikaru et Yashiro. Ils comprirent vite l’entourloupe, que cette affaire serait la dernière, et certains partirent.  

“Je t’ai donné le nom de Hikaru car ta mère s’appelait Hikari. C’était une domestique un peu tête en l’air. Je crois qu’elle m’en veut encore pour l’avoir abandonnée. Comment s’appelle ton esprit gardien, fils ?”
"Mayuko."
“Mayuko ? C’est un joli nom.”

Au fur et à mesure des leçons, Sakura se sentit devenir Hikaru. Yashiro lui révélait ses propres dons, un potentiel si grand qu’il lui donnait parfois des vertiges. Il finit par faire confiance à ce véritable père qui jouait son rôle sur le tard, et alors qu’il était devenu mutique, il arrivait tout de même à communiquer avec lui en chuchotant.

“J’ai annoncé ta mort et celle de mes compagnons à tes ravisseurs. Lorsque je ne serai plus là, tu retourneras auprès des Riyajû et tu ne craindras rien. Cependant, il faut que tu me promettes quelque chose.”
Hikaru leva un regard curieux sur son père.
“Ne gâche pas tes dons. Il faut que tu deviennes un Onmyoji.”

Douze jours ne suffirent pas à Yashiro pour apprendre autant qu’il le voulut à Hikaru. Lorsqu’ils furent arrivés à Moe, il fut capturé et pendu le lendemain sans rien révéler de ce qu’il comptait faire. Asuna disparut, la petite meute se dispersa dans les bois les plus proches. Le garçon redevint Sakura, mais ne parla plus à quiconque.

II







La solitude de Sakura ne dura pas, pourtant. L’esprit de Yashiro se mit à le suivre, comme s’il n’avait pas tout à fait achevé le but de son existence. Il apparaissait très clairement à Hikaru, quand bien même son corps lourd ballottait encore au bout de sa corde. Lorsque le jeune garçon revint à Keito, il ne souffrit pas de son mutisme. Hayato mit le silence gênant qu’il gardait sur le compte du traumatisme de son kidnapping et ne s’inquiéta pas outre mesure, au contraire de Kagerou qui lui demandait sans cesse ce qui lui était arrivé. Le Taisa s’étonna des progrès qu’il avait fait à l’arc durant ce mois d’absence. Lorsque les flèches de Sakura se fichaient dans le mille, le Taisa le félicitait et Yashiro était si fou de joie qu’il intimidait le pauvre garçon. Aussi, le fantôme taquin profitait souvent de sa condition pour jouer de petits tours à toute cette cour Setsu. Il effraya les précepteurs de Sakura lorsque ceux-ci devenaient trop agaçants au regard de l’enfant, il lui racontait des plaisanteries qui le rendaient inquiétant à rire dans le vide, le consolait quand il se faisait gronder et lui contait des histoires jusqu’à ce qu’il s’endorme.

Un jour, il versa du sake dans le thé frais de Riyajû Hayato et s'esclaffait en l’entendant expliquer aux domestiques que sa boisson avait un goût étrange. Il réitéra encore, encore et encore jusqu’à ce que toute la maisonnée ait goûté à ce thé dont il gardait jalousement le secret. Puis, lorsqu’il commença à s’ennuyer de toutes ses gamineries, il comprit ce que ses bêtises pouvaient apporter à son fils. Il en fit d’autres bien plus évidentes. Un cuisinier terrifié de voir son lieu de travail saccagé par une entité invisible, alla se plaindre à Kagerou et menaça même d’abandonner son poste si rien n’était fait. Le destin était en marche…

Dans la semaine, Tachiyo Kanetsugu, onmyoji de son état se présenta au château de Keito sur la demande de Dame Riyajû. Celle-ci le lui fit visiter, il renouvela les barrières datées, examina les petits autels censés protéger la demeure des catastrophes et des esprits néfastes. Enfin, alors que Sakura se présenta à lui, talonné par Yashiro, le visage jusque là fermé de l’exorciste s’illumina d’un coup.

“Ce n’est pas un esprit vengeur...” déclara-t-il en fixant Yashiro. “Tout juste un jeune farceur.”

Il sembla parler dans le vide un moment, comme Sakura le faisait parfois. Hikaru qui écoutait jusque là toute la conversation, suivit du regard les battements d’ailes d’un papillon lumineux un très bref instant…

Lorsqu’il revint à la conversation, elle n’existait plus.
Yashiro avait disparu.
Il était parti.

An 20,Hikaru devint Onmyoji.

Kagerou pleurait, Hayato osait à peine bouger tant il contenait son chagrin. Sakura lui-même était empli de peine. Les douces mains de sa mère lui avaient coupé les cheveux en un carré qu’il jugeait bien trop court. En son coeur et son âme, il aurait souhaité ne pas naître Onmyoji tant la tristesse de ses parents lui était insupportable à regarder. Mais il ne fallait pas gâcher des dons divins. Ils restèrent quelques minutes à se faire face en silence, puis le vieux Kanetsugu l’appela :

“Sakura, en route !”

Il voulut s’enfuir, retrouver la couche qui l’avait accueilli durant neufs années, les caresses des servantes, les compliments des domestiques. Sa vie était ici.

“Sakura !” insista l’Onmyoji.

Un peu perdu, il salua à la hâte ses parents et fit mine de partir, mais la rumeur des brusques sanglots de Kagerou lui brisa le coeur. Il fit demi-tour et se réfugia dans ses jambes. Même son père l’étreignit aussi fort qu’il put.

Le garçon s’éloigna ensuite de quelques pas mal assurés. C’était à son tour de partir.

Son père avait hésité trois semaines à le laisser partir, il était son seul héritier, il n’y en aurait pas d’autre et sa mère avait tout simplement été inconsolable.

Lui-même ne put retenir ses pleurs sur la route qui ferait de lui un aspirant Onmyoji. Sur un chemin de montagne, Kanetsugu fit arrêter le palanquin et sortir toutes les affaires de Sakura. Il alluma ensuite une torche qu’il lui tendit.

“En ce jour le jeune samouraï Riyajû Sakura est mort. Ses souvenirs ne feront que te ralentir. Suivre mon enseignement commence par tout réapprendre.”

Les yeux du garçon sondèrent le regard du maître. Il hésita un moment puis jeta la torche sur ses effets rassemblés en tas. Tandis qu’ils contemplaient les cendres de ce guerrier qu’il ne serait jamais s'élever dans les cieux, sa tristesse s’en alla, ses yeux s’asséchèrent.

*

Deux années d'éducation religieuse intensive au temple Kaigen furent le point de départ d'un long apprentissage. Le petit Hikaru étudia consciencieusement l'histoire, les mythes et les légendes, approfondissait ses connaissances en tout, s'initia aux rituels basiques, participa à diverses cérémonies et seconda prêtres et prêtresses dans leurs activités quotidiennes. Ses journées furent également ponctuées de leçon d'astronomie, de médecine, de perception de la nature et du temps. Outre ceci, ces deux années furent les plus vides de sa jeune vie et le pauvre garçon au crâne rasé ne parvenait pas à tromper la solitude. Il comprit vite aux regards et aux moqueries de ses camarades que son mutisme serait des plus gênants dans sa carrière et dans sa vie et pensait avec beaucoup de peines et de nostalgie à Yashiro et à ses parents, à combien ils avaient été bons avec lui. Hayato venait parfois au temple, il le contemplait alors de loin, lui faisait des signes auxquels le Taisa répondait, mais lorsque ce dernier disparaissait de son champ de vision, le garçon revenait à sa situation d'outre que l'on remplissait de notions abstraites et théoriques inlassablement.

*

”Sauve-toi, Hikaru ! Il arrive !”

Le garçon se réveillait depuis des aubes sur cette phrase. Au départ, elle ne lui disait rien mais les jours passant, il reconnut la voix de Yashiro. Que voulait-il lui dire ? Contre quoi le mettait-il en garde ? Cette phrase le hantait quelques minutes...Et il oubliait.

*

Tachiyo Kanetsugu vint le tirer de ses études quand il eut onze ans. Dès lors, Hikaru suivit le vieil homme dans ses pérégrinations en tant qu’Onmyoji. Ce fut tout un univers qui s’ouvrit à lui dans lequel les objets avaient une vie et une âme, les peines et les frustrations se concentraient en des créatures effrayantes et mystérieuses. L’atmosphère n’eut plus la même couleur et l’air avait changé d’odeur. Le garçon était alors conscient du rôle qu’il aurait à jouer dans ce monde, mais la route qui le séparait de son but était sombre, incertaine, presque effrayante.

Le Onmyoji Tachiyo Kanetsugu n’était pas quelqu’un de patient et n’était pas non plus pédagogue. Aussi la relation qu’il entretenait avec Hikaru ne tenait à rien. Le petit le suivait, le secondait et le servait, voilà tout. Il avançait sans s’attacher et officiait sans prononcer autre chose que ses mantra. Parfois, rarement, il prodiguait avis et conseils mais sa voix demeurait éternellement sèche. C’était un étrange personnage, plus proche des esprits qu’il chassait ou soulageait que des humains. Son esprit gardien, un essaim de papillons blancs, était lui-même inhabituel. Il vivait tout simplement dans son monde.

Hikaru le singea un jour, se rappelant combien l’exorcisme dont il fut témoin un peu plus tôt l’avait impressionné. Cependant, le garçon ne sut faire tonner sa voix. C’était à peine s’il ouvrait sa bouche en vérité. Kanetsugu sembla le voir pour la première fois depuis qu’il avait quitté le temple, et saisit sans doute qu’il voulait apprendre, puisqu’il se mit à répéter :


“Rin ! Pyo ! To ! Sha ! Kai ! Jin ! Retsu ! Zai ! Zen !” Puis plus fort encore : “Rin ! Pyo ! To ! Sha ! Kai ! Jin ! Retsu ! Zai ! Zen !" Il planta ses yeux d'acier dans ceux de bois de son élève."Récite, Hikaru, ou tu ne convoqueras jamais la force des généraux célestes !”

Deux mois de vie en sa compagnie ne furent pas suffisant au garçon pour réussir à communiquer avec son maître par la voix. Kanetsugu comprit au regard plein de reproches et d'impuissance de son élève que celui-ci était dans l'incapacité de lui parler. Mais l'être tout entier était requis pour convoquer ces puissances ésotériques, alors qu'était un onmyoji sans voix ?

*

“...Hikaru !”

Un rire presque imperceptible perça le silence. Il n’était pas doux comme celui des jeunes servantes, ni communicatif comme celui de Hayato, non. Il était même plutôt inquiétant. Mayuko s’agita, comme prise de panique, son corps long et massif décrivaient des mouvements brusques, vifs, des débris de bois volèrent, ils se détachaient dans la pâleur de la lune…Hikaru se réveilla.

En sueur, il se redressa sur sa couche. Lui et son maître avaient été conviés dans une petite maison pour estimer le terrain d’un projet d’annexe. Les examens avaient duré plus de temps que prévu, ceci dû à des traces d’esprits malins. Il avait fallu longuement purifier la terre. Finalement, la nuit était vite tombée et on leur avait proposé de la passer chez le propriétaire.

Hikaru se retourna et la lumière nocturne sur le futon de son maître lui indiqua que celui-ci était vide. Immédiatement, sa perception s’ouvrit au nouveau monde. Le feu intérieur de Kanetsugu était largement perceptible, plus gros et plus vif que la plupart des personnes qu’il avait croisé, ses flammes étaient pourtant aussi figées qu’une statue. Un autre lui faisait face, il ondulait presque furieusement et Hikaru entendit chuchoter :

“Il n’est pas là ! Vous perdez votre temps. Je vous conjure de partir sur le champ si vous ne voulez pas que j’appelle la garde !”

L’autre rit, Hikaru comprit subitement ce qu’il se tramait mais le garçon resta pétrifié. Tout ce qu’il vécut lors de son kidnapping remonta jusqu’à ses yeux, ils s’humidifièrent. Si son maître le protégeait, il devait survivre. Il fit alors glisser l’écran avec précaution, traversa la véranda, sauta sur la terre battue et courut dans les fourrés.

Il y avait bien quelqu’un. Il sentait son feu, furieux parmi tant d’autres qui peuplaient la forêt. Il l’entendit tomber et rouler à quelques pas de lui. Lorsque le garçon fit volte-face, Mayuko apparut à ses pieds en mugissant, elle le poussa à reprendre sa route même essoufflé et ondulait lentement à côté de ses pas précipités. Cependant, elle avait grandi et ses quelques mètres de longueur la gênait beaucoup sur un territoire boisé. Après quelques chutes d’arbres sur sa route, Hikaru finit par la semer.

A présent, il était seul. Il trébucha sur une racine et épuisé par sa course folle, resta un petit instant à terre pour reprendre son souffle. Un hurlement bestial l’obligea à lever le menton vers le ciel, Mayuko semblait souffrir et ses coups frénétiques révélèrent la fine membrane d’un Kekkai. Elle s’agitait, sa silhouette assombrie par la lune comme dans son rêve. Il fut partagé entre son envie de partir l’aider immédiatement et fuir de nouveau.

Il n’eut pas le temps de choisir qu’il perçut du mouvement tout proche. Un rayon de lune révéla une lame entre les branches et une silhouette se jeta sur lui. Il roula, les yeux plein de larmes. Il n’avait pas mal, nulle part. Finalement, après avoir rampé sur plusieurs mètres, Hikaru se releva pour découvrir un gros loup arracher la tête cagoulée de son nouvel agresseur. De toutes évidences, il avait déjà été tué. Il ne bougeait plus et fixait le sol. La bête s’approcha de lui, ses crocs ensanglantés luisant dans la pénombre. Il était blanc et avait deux queues. Hikaru sentait qu’il n’était pas dangereux.

“Tout va bien ?”

Le garçon sursauta comme un chat surpris. La créature fit quelques pas vers sa maîtresse et s’assit à son côté. La femme aida l’enfant à se lever malgré ses jambes tremblantes. Ses sourcils rasés se froncèrent.

“Tu es maudit, mon pauvre garçon. Condamné à fuir les Yokaï jusqu’à ce que tu trouves comment te défaire de cette emprise.”

Elle lui donna une amulette...

“Lorsque tu seras en danger, brandis ceci, convoque les généraux célestes et pense à moi. Je me nomme Hikari.”

Et lui caressa la joue avant de disparaître sur les traces du kitsune blanc, alertée par de nouveaux bruits. Son feu intérieur brillait comme un soleil. Jamais Hikaru ne se sentit aussi apaisé qu’en sa présence.

Ce fut la seule et unique fois que Hikaru rencontra Hikari. Peu après sa disparition, Kanetsugu avait retrouvé son disciple avec un garde. Tous trois étaient sains et saufs, mais le Yokaï avait provoqué bien des dégâts dans l’enceinte de la demeure qu’ils étaient venus purifier.

An 22, Hikaru et son maître fuirent les terribles Yokaï

Dès lors les forces de Kanetsugu furent uniquement dédiées à la protection et à l’apprentissage du garçon. L’onmyoji aguerri se faisait vieux. Aussi ne voulait-il pas quitter ce monde en laissant un élève dépendant derrière lui. Ils fuirent durant quatre années Yokaï et revenants, alertés par les rêves parfois hasardeux du petit. Pourtant, comme la voix ne venait toujours pas à Hikaru, aucune force autre que Mayuko ne lui offrit son aide. Heureusement ou pas, le sortilège ne semblait attirer que les Yokaï puissants, les autres s’éloignaient très vite grâce à la magie de Kanetsugu qui les répugnait. Les attaques n'étaient donc que ponctuelles, mais durant les affrontements, le vieillard perdait un à un les papillons qui composaient son précieux essaim. Ses forces s'amenuisaient. Bientôt, il mourrait.

Bien sûr, il n’était pas rare qu’ils s’allient avec d’autres de leurs pairs pour enquêter et trouver comment lever la malédiction. Mais les onmyoji ne restaient jamais, certains disaient que le garçon avait déjà toutes les réponses, d’autres qu’il était tout bonnement perdu. Les énièmes purifications n’eurent aucun effet. Kanetsugu lui-même sentait que la solution ne pouvait venir que d’un déclic de son élève. Quant au sorcier, il demeurait introuvable.

Un petit miracle finit par se produire cependant. Contre un Oni qui les suivait depuis quelques jours, les forces vinrent à Hikaru pour qu’il prononce enfin :

“Rin. Pyo. To. Sha. Kai. Jin. Retsu. Zai. Zen...”

C’était inattendu, parfaitement surprenant. Cette journée ressemblait à toutes les autres, pourtant et rien, pas même les étoiles, n’avaient indiqué que l’adolescent se mettrait à parler.


Il brillait alors d’une belle et pure aura verte. Ses yeux eux-mêmes étaient emplis d’une puissante énergie qu’il avait contenu et accumulée durant toutes ces années de silence. Mayuko ondulait silencieusement et sereinement à côté de lui tandis qu'il alliait ses mains en une suite de mudra. Le Yokaï ne faisait pas le fier. Il prit les jambes à son cou.

“Rin ! Pyo ! To ! Sha ! Kai ! Jin ! Retsu ! Zai ! Zen !” prononça le garçon bien plus haut, sa voix portée par les forces inconnues mais bienfaisantes qui l’investissaient. “Rin ! Pyo ! To ! Sha ! Kai ! Jin ! Retsu ! Zai ! Zen !”

Le démon se cogna alors contre le large Kekkai qui s'abattit sur lui. Dès lors et malgré sa panique, toute fuite lui fut impossible et il dut se battre contre Mayuko qui l'enserra dans des anneaux puissants.

Kanetsugu prit la relève. Il visualisa le yantra et décrivit, le majeur et l'index liés, les lignes qui composaient le rituel d'exorcisme Kuji-Kiri. Le Yokaï se para de lumière et il ne se passa rien, tous trois restaient immobiles. Enfin, Mayuko relâcha sa proie, le Kekkai fut levé et la créature put reprendre sa route, comme hébétée. Hikaru et son maître saluèrent et renvoyèrent selon le Hakken gedatsu darani les esprits qui les avaient aidé et protégé dans cette tâche, ainsi que ceux qu'ils avaient purifié et qui étaient venus hantés le pauvre Oni.

"Tu es enfin prêt !" s'exclama Kanetsugu, visiblement très soulagé. "Nous partons pour le Onmyodan demain, à partir de maintenant Hikaru est un onmyoji accompli."

Il avait alors quinze ans lorsqu’il fut inscrit au onmyodan comme exorciste de la lignée des Tachiyo du clan Setsu. Il officia encore deux ans en secondant Kanetsugu, puis celui-ci s’en alla en paix au royaumes des morts. La flamme de vie du vieil Onmyoji avait fumé brièvement après s’être éteinte.

III





An 28, Hikaru devint un Onmyoji reconnu

Quelques années tranquilles passèrent durant lesquelles Hikaru put pleinement profiter de sa situation d'exorciste errant. Ses commanditaires et ses patients le reconnaissaient à présent comme le disciple de Tachiyo Kanetsugu dans ses méthodes et dans son tempérament. Il était cependant plus souriant que feu le vieux sorcier et les gens n'hésitaient pas à lui dire combien il était agréable. Aussi, il ne se cantonnait pas à son titre, n'hésitait pas à faire profiter sa "clientèle" de ses maigres compétences dans d'autres disciplines comme la divination, la cartomancie, l'astrologie et surtout la médecine quand cela était nécessaire. Plutôt solitaire bien que sympathique, son mutisme ne lui causait que peu de soucis et il avait enfin appris à vivre avec, comme il s'était accommodé de penser à changer ses waraji régulièrement. L'un comme l'autre lui causait donc de menus problèmes vite résolus.

Il aurait voulu que son existence reste aussi douce. Cependant, en vagabondant dans tout Yokuni et en partageant son temps entre les humains et les yokaï, parfois des plus vicieux bien qu'il n'était pas lui-même malintentionné, il ne tarda pas à faire une mauvaise rencontre. L'exorciste ne sut pas qu'elles furent les circonstances de celle-ci mais Yashiro ne cessa de le mettre en garde, puis sa voix s’affaiblit à mesure des jours, jusqu'à se taire.

*

Éclairé par la lumière terne de la lune, un être ensanglanté sortit du corps sans vie de Yashiro. Il était cornu et sa peau grisâtre. Surtout, il tenait Hikari inconsciente et nue contre lui. Il ne laissait filtrer aucune émotion sur son visage, jusqu'à ce qu'il sourit, révélant des crocs blancs de part et d'autre de sa bouche. Hikaru se reconnut...et se réveilla en sueur.

Vingt-cinq année lui avaient appris à avoir confiance en ses rêves, aussi se rendit-il sans attendre au temple le plus proche qui se trouvait être celui de Kaigen dans lequel il croisa la créature la plus séduisante de sa jeune existence.

Elle irradiait de mille feux et ses flammes intérieures étaient des plus vigoureuses, comme si Moegami lui-même les nourrissait. Elle était une petite assistante de Jushoku et sa longue chevelure presque châtain appelait mille caresses. Ses grands yeux innocents brillant d'or se posaient sur lui avec curiosité et sa voix...

Il l'évita et disparut de sa vue. Le démon en lui s'était réveillé, qui lui hurlait de la prendre sans considération pour ce qu'elle était. Il n'avait jamais ressenti cela d'aucune façon et n'avait jamais eu l'envie de goûter aux plaisir de la chair. Hikaru resta un moment à l'abris des regards, extrêmement gêné par ce qu'il éprouvait alors.

Le temple dût faire appel à de nombreux exorcistes pour déloger l'amanojaku du corps de Hikaru. Pendant plusieurs jours, le jeune onmyoji resta enfermé dans une des cellules du temple et plusieurs fois, on attendit de lui qu'il médite, qu'il jeûne ou qu'il se prive de sommeil pour se purger de toutes pulsions. Lorsque sa retraite fut enfin terminée et qu'il put revoir le soleil, le jeune homme se jura de tuer le démon si d'aventure il le recroisait.

Il avait gardé de sa courte éducation en tant que bushi un puissant sens de l'honneur, aussi se sentit-il humilié d'avoir été l'objet d'un Amanojaku sans que rien ne puisse l'en prévenir. il était trop tard à présent, la créature avait semé en lui les graines de sa perdition et il ne fit rien pour l'en empêcher.

Voyageant à présent armé, il rencontra bel et bien le démon la même année. Cet odieux personnage avait même fait en sorte de l'attirer dans un village Okaruto sous son propre contrôle et se plaisait à le tourner en bourrique. Un autre onmyoji avait été piégé avec lui, qui l'aida à reprendre le contrôle de Mayuko à travers une peinture à même le corps de Hikaru. Cependant, si le démon fut définitivement défait, l'esprit gardien de Hikaru fut scellé pour l'éternité dans le bras de celui-ci. Et sans lui, sa voix ne parut plus. Qu'était donc un onmyoji sans voix, ni esprit pour le protéger ?

Ne perdant pas espoir de voir ses deux alliés de toujours revenir à lui, Hikaru erra longtemps dans une forêt brumeuse à l'aura particulièrement puissante. Il ne tenait pas à reparaître au monde affaibli et perdu. Aussi se nourrit-il exclusivement de ce qu'il trouva dans ces bois enchanteurs, des baies, des racines, rien qui ne put lui tenir réellement au corps. Et même s'il se trouva la force de retourner des montagnes quelques heures, il se rendit compte que ce n'était que la faim et le sommeil qui le terrassaient. Et il s'écroula.

An 36, Hikaru abandonna son statut d'exorciste pour devenir yamabushi

Ces douze jours d'errance dans les bois de Kumo rappelèrent à Hikaru l'initiation qu'il avait reçu de Yashiro. Avec le recul, il se rendit compte que ce père qu'il avait très peu connu n'avait suivi aucune institution, ni précepte et qu'il avait vécu les derniers instants de sa vie si ce n'est plus, en parfaite bête sauvage. Le voulait-il au moins ?  La société humaine et tous ses concepts l'avaient bien vite rattrapé. Il ne lui avait rien raconté de son passé. Celui de Hayato était plutôt aisé à supposer, mais celui de Yashiro...?

Hikaru ne connut jamais de sommeil aussi paisible. Lorsqu'il en sortit, il était dans des ruines fraîches où l'air était humide. Une femme habillée de longs kimono blancs se tenait là, assise et immobile, telle une statue. Un seul rayon lui illuminait le visage, une figure terne et pâle, même sa longue chevelure semblait poussiéreuse.

"Tu as été conduit ici par les Yamabushi." dit-elle d'une voix sans âge alors que Hikaru se redressait tout juste.

Elle s’appelait Kareha et elle était Itako. De temps en temps, elle accueillait les Yamabushi venus en pèlerinage et les restaurait du mieux qu'elle pouvait. Elle parlait aussi aux Tengu qui les suivaient parfois et prédisait la bonne aventure aux gens qui avaient le courage de la trouver en plein coeur de cette immense forêt. Sinon, elle restait prier dans ces ruines, comme si elle s'y était elle-même enfermée.

Hikaru découvrit plus tard qu'elle était aveugle et que cela l'handicapait beaucoup dans ces bois.

"Il y avait un village ici, il y a longtemps. J'ai décidé de me reclure dans une de ses maisons. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé véritablement, mais du jour au lendemain, il n'y eut plus personne et la nature reprit ses droits sur les pierres et le bois."

Puis, elle parut sourire.

"Tu pourrais rester ici avec moi. Après toutes ces années, j'ai tant besoin d'un ami..."

Ses longues journées de jeûne faisaient qu'elle était aussi faible qu'un poussin d'un jour et aussi fragile que de vieux os. C'était à peine si elle savait tenir debout. Elle apprit à Hikaru à reconnaître les plantes médicinales dont elle faisait des potions, les plantes comestibles et celles qui pouvaient se révéler toxiques si on les préparait mal. Parfois, elle se trompait elle-même et se rendait à la lisière de la mort.

Hikaru eut du mal à la laisser pour accomplir un premier pèlerinage avec les yamabushi qu'elle accueillait, pressé par un Tengu qui avait su détecter en lui son fort potentiel magique. Comme tous Yokaï de cet acabit, le Tengu se fichait de la vie humaine et menaça Kareha de mort si Hikaru ne partait pas avec eux sur le champ. Alors, Hikaru partit.

Si le jeune homme eut dans l'idée d'éliminer ce Tengu que craignaient ces compagnons de voyage, il finit par le respecter tout comme eux. Il n'était en réalité que le gardien de ce groupe, seul celui-ci comptait à ces yeux. Il ne considérait personne d'autres, pas même les Yokaï et excluait tout vice du quotidien de ses disciples.

La pratique du Shugendô qu'il enseignait était aussi proche qu'éloigné de l'Onmyodo que connaissait Hikaru. La symbolique, les doctrines et les rituels ésotériques ne changeaient pas. Les vénérations restaient les mêmes, mais le shugendo était une voie beaucoup plus aggressive, qui attendait que l'on se fasse violence, qu'on aille au-delà de sa vulnérabilité pour trouver l'illumination. Les yamabushi étaient de farouches combattants, tout comme les sohei mais si ces derniers protégeaient un temple, les premiers restaient tout à fait maîtres de leur subordination, ou plutôt étaient guidés par d'autres forces plus mystiques. Et certains rituels tenus secrets n'étaient transmis qu'à l'oral aux disciples confirmés. Ces quelques mois passés auprès d'eux retournèrent complètement Hikaru, qui acceptait peu à peu de ne jamais revoir Mayuko.

Lorsqu'il revint à Kareha, il s'exprimait clairement à elle de sa voix d'homme et n'avait plus aucune raison de se cacher. Cependant, il n'était plus non plus Onmyoji, mais véritablement ascète. Il tuait pour se nourrir et nourrir Kareha, se purifiait ensuite pour éviter toute souillure. Il connut la chair avec elle une fois, pour savoir de quoi il voulait véritablement se priver et ne recommença plus. A présent que tuer ne le répugnait plus, que la considération qu'il avait pour la vie avait grandement baissé, qu'il était devenu plus fort et plus solide que jamais, il ressemblait trait pour trait à son père et se revêtait comme lui d'une peau de loup.


Il vécut presque cinq années ainsi, à s'occuper de Kareha et à partir régulièrement en pèlerinage avec les Yamabushi dans les montagnes sacrées de Yokuni. Un soir, alors qu'il surveillait le ciel, la voix lui vint :

"Les étoiles me dictent de partir."
"Alors, pars." lui répondit la voix froide de Kareha.

Le lendemain, il ne parut plus dans ces ruines qui l'avaient accueilli et où il avait laissé sa voix. Il avait pris la route pour mener une autre existence. *

☼ Les derniers événements: Dès lors que Hikaru partit, guidé par les étoiles, il entendit la rumeur des attaques Yokaï et celle de nombres d'endormis. Il apporta son aide comme il put, mais lorsqu'il se rendit compte que ni les forces dont il était investi, ni ses connaissances n'y purent grand chose, il poursuivit sa route, cherchant un moyen d'expier son impuissance.


A PROPOS DE VOUS
☼ Prénom/Pseudo : DC, devinez de qui Wink
☼ Pourquoi ce clan ? Il me manquait pour passer à la deuxième génération de personnage et j'avais envie de faire plaisir à quelqu'un.
☼ Si vous venez à partir, imaginez la fin et/ou l'accomplissement de votre personnage: Il poursuit ses errances sur les terres de Yokuni.


Dernière édition par Hikaru le Mar 14 Mar - 22:00, édité 3 fois
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Kasuga Riyu

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MessageSujet: Re: Tachiyo Hikaru Mer 22 Mar - 2:04

Et par la magie de la fondatrice, je m'auto-valide.
outrage
cheers cheers cheers


L - M - M - J - V - S - D

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