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 Une lueur dans la nuit (PV Mikazuchi Mikan)

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Setsu Akane

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Jônin

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MessageSujet: Une lueur dans la nuit (PV Mikazuchi Mikan) Ven 5 Aoû 2016 - 18:47

Mon bol de riz traine dans la pièce. Masao me force, depuis mon retour à Boya, à ouvrir les volets, à manger à ma faim et à jouer au Go. Je déteste ce jeu... je perds sans arrêt. Je déteste manger... je n’ai pas faim. Et je déteste être contrainte... Mais je dois bien avouer que, s’il n’avait pas été là, je me serais laissée mourir dans un coin sans regrets. Et alors un scandale – ou pire – aurait éclaté, après le soutien inattendu que m’avait apporté Sakuya. Donc je tente de faire des efforts, surtout depuis que mon partenaire m’avoua combien de temps s’était écoulé pendant ma léthargie. C’est malheureusement tout ce que le Chûnin a pu faire, puisque j’ai menacé de lui trancher la gorge s’il inistait encore pour que je mettre le nez dehors. Deux longs mois sont passés depuis que Zakuro est mort au combat, vaillamment, comme il l’était.

Sans rien me dire, sans avoir le temps d’envoyer de lettre codée, il m’avait abandonnée. Sans le confier à personne, j’ai relu celles que nous nous étions échangées, il n’y a pas si longtemps, ces rares courriers qui purent passer nos frontières sans embuches. Il m’a semblé plusieurs fois sentir dans le papier-même la chaleur de sa présence. J’ai revu son sourire, senti ses lèvres sur les miennes et même pu renifler son odeur, sans trop savoir comment. Mais tout cela a disparu bien trop vite à mon goût, m’en laissant un goût amer, tout comme le dégoûtant thé vert que mon bras droit me prépare chaque matin. Dégoûtant... mais là encore, c’est lui qui s’efforce de maintenir la loque que je suis devenue en vie.

J’ai plusieurs fois demandé à Masao de me laisser seule, de m’oublier et de voler le pouvoir que j’avais acquis avec le temps. Mais il a tenu à ne pas me quitter le temps d’être certain que je reste vivante, dans l’attente que je puisse ensuite m’en assurer moi-même. Puis il a pris les rênes et le contrôle des shinobi des Flammes, tout comme ma recommandation en cas de décès le suggérait. Il connaissait déjà tout ce que cela impliquait, il lui a juste suffit de le faire lui-même, les dix années passées à mes côtés lui permettant d’agir identiquement à ma personne. Appliqué, il s’est occupé des recrutements et de la réorganisation de la surveillance des frontières, tout en veillant à faire des rapports écrits au gouvernement afin de ne pas éveiller les soupçons.

Le Chûnin m’a fait des rapports réguliers, me demandant parfois de confirmer ses choix mais se rappelant bien vite que j’en étais incapable. Il en a été ainsi pendant six bonnes semaines et ce n’est que maintenant que je réussis à lui démontrer un brin de sympathie. Je ne sais pas vraiment si je peux dire que je vais mieux... mais son visage rarement découvert de tissus semble exprimer que mon état s’est amélioré car il me semble bien l’avoir vu sourire. Je ne pleure plus toutes les nuits, bien qu’il m’arrive encore de rêver du Taisa des Glaces. J’avais pourtant entendu qu’il fallait une année pour faire un deuil... s’il ne me faut que deux mois, s’agissait-il alors vraiment d’amour ?

Cette durée me semble pourtant être une éternité car chaque seconde qui passe est autant un supplice de l’avoir perdu qu’une libération d’une vie de fuite et de conséquences dramatiques. C’est sur cette ambivalence que commence ma journée et sur les quelques mots que m’adresse mon gardien.

- Sur le chemin, j’ai rencontré quelqu’un qui souhaite vous voir.
- Tu sais bien que je ne veux voir personne...
- Ne suis-je pas le Jônin remplaçant ? dit-il d’un air taquin agaçant.
- Ne me donne pas d’ordres, Masao...
- J’arrive pourtant à vous imposer une partie de Go quotidienne et...

Ma baguette percute sa tête aussi vite qu’il allait dégainer la suite de ses mots. Il rit légèrement en frottant l’endroit de l’impact puis soupire, comme las de me voir ainsi me morfondre sans arrêt, chaque jour. Il débarrasse ensuite le plateau du petit-déjeuner et part quérir la présence de cette fameuse personne, sans me demander mon avis. Ainsi, j’entrevois toute discrète qu’elle est, la jeune Mikan passant sa tête dans l’ouverture de la porte. Il me semble distinguer un sourire de Masao, comme ravi qu’enfin je laisse entrer quelqu’un sans trop protester, alors terrassée par la surprise. Une fois seule avec moi, la jeune fille s’installe de l’autre côté de la vieille table basse abîmée par le temps. Elle ne donnera jamais plus de voix mais le fait de voir son visage, sans que je ne sache pourquoi, me remplit d’un sentiment d’apaisement certain.

- Ohayo, Mikan... Isashiburi...

Ma gorge se noue instantanément. Je la sais très attachée à moi, admirative de tout ce que j’ai pu faire pour elle... Mais je me sens incapable de redorer mon blason actuellement. Est-ce vraiment nécessaire que les rôles s’inversent ?

HRP:
 


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MessageSujet: Re: Une lueur dans la nuit (PV Mikazuchi Mikan) Ven 30 Sep 2016 - 20:57

HRP:
 

Inquiétude, anxiété, démotivation.

J’avais perdu la notion du temps, depuis qu’Onee-sama était rentrée, il n’avait pas été possible de la voir, sans qu’aucun motif particulier ne soit divulgué. L’ignorance laissant imaginer qu’elle devait avoir quelque chose de très important a faire et peu de temps pour l’accomplir m’avait permise de patienter un peu. Vraiment peu. Bien moins que ce que certains auraient pu s’imaginer. Très vite, ma patience se mue en inquiétude, il est rare qu’Onee-sama agisse ainsi, ce n’était pas sa façon d’être habituelle. Généralement, lorsqu’elle rentrait, nous nous retrouvions, parlions de ce que j’étais en droit de savoir, parfois un peu plus mais jamais rien qui ne soit critique sur l’échelle hiérarchique.
Il était raisonnable de dire que le temps passé toutes les deux nous avait liées par quelque chose de solide, pas un simple lien d’amitié, mais aussi la confiance. Elle me savait capable de garder un secret, là ou mon absence de voix était d’ailleurs un avantage prépondérant, et était aussi la gardienne de mes secrets, ainsi que de mes problèmes. Pourtant, cette fois-ci, je n’avais pas eu l’occasion de ne serait-ce la croiser au détour d’un couloir. Rien, pas même un message, pas la moindre nouvelle.

Était-elle en danger ? Avait-elle des soucis si graves pour qu’elle préfère m’en écarter ?
Je la savais capable des deux, c’était le rôle que nous avions, nous avancions au cœur des problèmes, pire encore, nous en étions parfois la cause. Je savais aussi qu’elle pourrait sciemment ne pas me parler de certaines choses pour me protéger. C’était le rôle quelle s’était donné pour moi, celui du professeur mais aussi de la grande sœur. Ce deuxième malgré elle et pourtant elle le jouait chaque jour qui passe sans même s’en rendre compte. La situation ne me plaisait pas beaucoup et plus le temps passait, moins j’étais motivée par l’idée de m’investir dans mes tâches journalières, mes pensées majoritairement occupées par le silence d’Onee-sama.



Devoir, distance, souffrance.

Ça faisait mal. Sur l’instant, aucun rapport n’était fait avec mon mentor, non, c’était tout autre chose.
J’étais en mission, près de la frontière. Envoyée loin de la capitale pour remplir une mission des plus simples. Pendant ce temps, je ne pensais pas a essayer de voir Akane. Peut être y avais-je été envoyée pour cette raison précise, peut être parce qu’il fallait des compétences que moi seule avait. Je l’ignorais, comme souvent. Masao n’était pas vraiment comme Onee-sama. Il est plus dur, plus autoritaire. Il reste assez juste dans sa façon de juger cependant et j’avais bien compris qu’il avait des sentiments pour notre Jônin. Il n’était pas particulièrement méchant avec moi contrairement a d’autres. Pour ça, je l’aimais bien. Pour d’autres raisons j’aurai pu lui en vouloir de ne pas me parler de ce qu’il se passait. Il avait plus ou moins remplacé Onee-sama depuis qu’elle ne donnait plus de nouvelles mais lui devait sans doute en avoir.
Je m’étais donc mise en tête de terminer la mission aussi efficacement et rapidement que possible et de saisir mon courage a deux mains pour aller demander des nouvelles directement au chûnin.

Perchée sur un petit tas de caisses de marchandises, au milieu de ce qui faisait office de place de marché dans le petit village, j’observais les gens qui passaient, a la recherche de celui qu’on m’avait demandé d’espionner. Mais avant ça il fallait encore le trouver. On me l’avait décrit comme un homme assez trapu qu’il serait difficile de rater. Bâti ainsi par l’endurance et l’ardeur de son travail, je cherchais donc un homme brun, coupé court, avec une barbe de trois jours et bâti comme une armoire a glace. Tout irait très bien s’il n’y en avait pas eu cinq différents sur place. Je devais appliquer chaque petite astuce qui nous était enseigné pour isoler les cas et trouver celui qui m’intéressait, non sans un certain mal même si je tirais parti de mon innocence apparente et ma petite taille pour n’attirer aucun soupçons.
Je parvins finalement a avoir le profil qui m’intéressait. Un type que ses collègues semblaient appeler « Kôsuke ». Il n’avait pas spécialement la tête d’un traître, espion ou que sais-je encore, si ce n’est sa manie terrible de regarder derrière lui quand il marchait. Une bien mauvaise manie pour un type lambda comme lui qui ne lui permit cependant pas de me trouver dans la foule compte tenu la distance un peu -beaucoup- trop raisonnable que j’avais mis entre nous deux pour la filature. Son âge et sa carrure me faisaient un peu peur, s’il m’attrapait je ne donnerais pas cher de ma peau, toute menue que je suis comparée au Goliath. Si je devais procéder a sa… Suppression, je risquais d’en baver aussi en y allant de front. Enfin, j’allais un peu vite en besognes, d’abord il fallait que je confirme les rumeurs sur lui, notamment le fait qu’il ferait passer en douce des cargaisons d’un clan a l’autre pour alimenter un marché illégal. Pire encore, il fallait que je trouve aussi l’éventuelle implications de gardes du coin qui couvraient son petit commerce parce qu’il leur graisserait la patte.
Rien qui ne soit excessivement compliqué, même si j’étais déjà sur place depuis trois jours. Soixante douze heures a recueillir des informations en écoutant simplement les conversations et en étudiant l’environnement dans lequel évoluait mon suspect. J’avais pu obtenir un schéma de trajets et d’habitudes suffisant pour procéder.
Profitant ainsi d’un espace temporel ou il ne serait pas chez lui, je m’étais alors infiltrée pour fouiller dans la demeure, y perdre une bonne heure mais finalement trouver des documents plutôt étranges. Beaucoup de chiffres, des dates, des intitulés laissant penser qu’il s’agissait de livraisons… C’était trop évident pour être une coïncidence. Je recopiais les dernières lignes qui étaient des dates futures, a savoir le surlendemain et la semaine prochaine, avant de tout remettre soigneusement en place et de prendre un dernier instant pour observer les ouvertures de la pièce avant de m’en aller aussi discrètement que j’étais entrée.

Le surlendemain, j’étais en train de faire le piquet près de chaque point ou il s’arrêtait, l’ayant suivi toute la journée pour m’assurer de ne rien rater. Finalement c’est au petit soir que je le vis prendre la direction tant attendue. Un peu plus loin que la place du marché, dans une partie du village non loin de la rivière ou du fleuve dont il m’arrivait encore de confondre la subtile différence. Sur place, trois autres personnes, armées, des visages que j’avais vu plusieurs fois, trois gardes, dont un légèrement plus gradé, que je reconnaissais à la faible lueur que le groupe tenait pour discuter. Sa tête de fouine m’avait faite sursauter la première fois qu’il m’avait approchée, m’ayant percuté plus ou moins intentionnellement et sans doute pour me faire comprendre que je gênais le passage enfin, SON passage.
Les deux autres étaient des gars simples, deux adeptes de la boisson après le service, pas des types dangereux, mais assez débiles par contre, sans parler de leur manie de décrire chaque femme qui passait dans les moindre détails. J’y avais étrangement fait exception quand je les avaient aperçus en premier lieu, accoudés a leur table.
Mémoriser les visages n’était pas compliqué, mais j’étais un peu loin pour comprendre ce qu’ils disaient, mais les voyant échanger une bourse, je comprenais que rien de tout ça ne semblait très… Banal. Ils furent rejoints finalement par l’arrivé d’une petite barque conduite par deux hommes, l’un armé d’un sabre a lame large, il avait la particularité d’avoir une balafre au travers du visage, le privant de son œil gauche. L’autre, plus mince encore, avait quelque chose ressemblant a un daisho mais sa façon d’être, de se tenir ne ressemblait en rien a celle d’un samouraï. Il lui manquait un doigt a la main droite et avait une petite cicatrice remontant le menton pour arriver jusqu’à sa lèvre inférieure. Des détails qu’il faudrait que je glisse dans mon rapport, me dis-je alors tout en me rapprochant un peu pour essayer d’entendre sans me compromettre. Sans succès, ils semblaient déjà passer a autre chose. Je pouvais alors voir qu’il s’agissait bien de trafic de cargaisons, mais pas seulement. C’était probablement pour cela qu’il avait été décidé d’envoyer des ninjas d’ailleurs. Une fois les deux petites caisses préalablement marquées d’un rond rouge étaient embarquées dans la petite barque, « Kôsuke » glissa un papier au type armé d’un simili de daisho. Cela pouvait être tout et n’importe quoi, des infos sur Setsu, des documents pour quelqu’un d’autre je-ne-savais-où en Yokuni ou pire encore. Dans un élan stupide et inexpliqué, je fis un peu trop de bruit, attirant l’attention des malfrats que j’observais. Leur réaction fut… Rapide, très, trop pour moi. Le borgne avait simplement tendu le bras que je sentais l’environnement autour de moi refroidir de manière inquiétante. Mon seul réflexe fut de bondir en arrière et de détaler alors que deux des gardes et le mince avec son doigt en moins se lançaient après moi. Je pouvais les entendre froisser les plantes avec leur démarche hâtive et brusque.
Il devait bel et bien s’agit de gens du clan Fukyuu, ce qu’ils faisaient exactement m’était encore inconnu et le flash qui venait d’apparaître dans mon dos, en même temps que je me sentais tomber lourdement sur le sol, me fit comprendre qu’il y avait aussi un Kenshu, dans le tas. Je ne sentais plus mes jambes, ni mes bras d’ailleurs. Complètement paralysée par l’impact, pas même capable de mouvoir mon cou, c’est tout juste si respirer n’était pas une corvée sur le moment. Le trio venait d’arriver a ma hauteur, m’encerclant bien vite, le maigrichon demanda aux deux ahuris de se débarrasser de moi, ce qu’ils ne contredirent pas, en bons hommes de mains qu’ils étaient. Je pouvais simplement sentir leurs bras passer au niveau de mes aisselles et me soulever pour me traîner plus loin, très loin d’ailleurs. Nous n’étions même plus dans le village maintenant et mes muscles refusaient toujours de m’obéir. J’avais peur de ce qu’ils pourraient me faire avant de me supprimer et j’avais mal en respirant péniblement, mais je souffrais encore plus a l’idée de me dire que j’avais commis une erreur que je n’avais jamais faite jusqu’à présent.

J’avais été trop impatiente de rentrer.



Tromperie, évasion, résolution.

Traînée comme un vulgaire sac loin de la ville, nous arrivâmes finalement a… Un ravin. Original fut ma pensée sarcastique du moment, avant de me resituer que c’était moi qu’on allait jeter à une mort plus que certaine plus bas. Le trajet avait du durer assez longtemps pour que je sois capable de remuer un peu, suffisamment pour que le plus idiot des deux me lâche brutalement, sans doute parce qu’il me croyait morte.

« - Merde, elle a bougé !
- Bien sur qu’elle a bougé crétin, elle est pas encore morte.
- Quoi ? Mais on devait se débarrasser du corps, pas la…
- Ouais, c’est ce que je pensais aussi, mais on va pas avoir trop le choix maintenant.
- Hey, j’veux pas tuer une gamine Rokuro, elle a l’air d’avoir l’âge d’ma fille en plus.
- Tu préfères que le boss fasse balancer ta môme dans le ravin en même temps que ta femme ? On peut pas la laisser retourner en ville et parler au capitaine, on va tous y passer sinon.
- Merrrrde… T’as raison… Mais regarde là, Pauvre gosse. »


Leurs regards se fixèrent sur moi, qui m’était difficilement retournée pour être sur le dos. Éclairée a la lueur faiblarde de la lanterne que l’un des deux tenait, ils s’arrêtèrent un moment sur mon visage ou ma peur était devenue transparente. J’avais sincèrement peur, non pas seulement parce qu’ils allaient me tuer mais surtout parce que je n’arrivais pas a bouger suffisamment pour espérer me défendre. Je respirais déjà mieux et j’arrivais a faiblement me mouvoir, mais je pouvais oublier l’idée même de marcher, déjà que me mettre debout serait une épreuve en soi. L’un semblait plus déterminé que son partenaire a mettre fin à mes jours, gardant la tête froide, je regardais alors celui qui hésitait, tremblante et semblant l’implorer du regard, a défaut de pouvoir murmurer le moindre mot.
Je ne sais pas si c’est sa conscience ou mon charme qui le faisait autant douter, peut être un peu des deux, surtout si j’avais le même âge que sa fille, a vue de nez.


« - Non, j’peux pas tuer une gosse Rokuro, on est pas des tueurs, on s’fait juste un peu de monnaie avec ces conneries et basta.
- Yô, si elle vit, on est morts, tu captes ? Elle va aller balancer et on va pouvoir dire adieux a nos famille.
- Mais merde Roku’ regarde là, depuis quand on tue des gosses pour cet abruti ?
- C’est le fait qu’elle respire encore qui t’emmerdes ? Bouge pas. »


Le dénommé Rokuro passe alors ses mains autour de mon cou et commence a presser avec une force qui dépasse mille fois la mienne, surtout que j’avais encore beaucoup de mal a bouger. C’était donc ça que j’allais avoir comme mort ? Étranglée par un garde véreux ? Le manque d’air m’avait poussée a instinctivement passer mes mains sur les poignets de mon meurtrier en devenir, pendant que son collègue n’arrivait pas a défaire son regard du mien, tout en songeant a intervenir ou détourner le regard. Finalement il demande à son camarade de s’arrêter, mais lancé dans son geste, il n’en fit rien. Je perdais un peu prise, les secondes devenaient difficiles lorsque finalement, le garde un peu plus fin dégagea, poussé par celui qui était resté en retrait. Seulement, au bord du ravin, son geste ne fut pas sans conséquences. Rokuro bascula et tomba, purement et simplement. Libérée de l’oppressante strangulation, je toussais, respirait fortement en me recroquevillant péniblement alors que Yô se laissait tomber sur les fesses, sous le choc de ce qu’il venait de faire. Il avait tué un garde, un pourri, certes, mais ça restait un représentant de l’ordre en ville et il lui faudrait expliquer ça maintenant. Il me jeta un regard vide de sens avant de regarder le ravin et le corps qui s’était écrasé en bas, inerte.

Quelques minutes finirent par passer sans qu’il n’articule le moindre mot alors que j’avais moi-même retrouvé assez de souffle et de force pour me redresser un peu. Je tirais un peu la lanterne vers moi en attrapant de quoi écrire. Rapidement, mais d’un geste tremblant, j’arrivais a glisser quelques mots sur papier a celui qui était passé de bourreau a sauveur.


[Vous m’avez sauvée la vie. Merci.]

Si simple et pourtant si sincère de le dire, c’est en remarquant que j’écrivais qu’il comprit que je n’aurai jamais parlé a qui que ce soit. Il esquisse un bref sourire pour très sûrement essayer de me rassurer.

- J’ai tué un collègue et un ami, ma vie est foutue maintenant. Si c’est pas le capitaine qui m’attrape, ça sera les autres quand ils apprendront ce que j’ai fait.

Je marque un instant d’immobilisme avant de recommencer a écrire après avoir hôché a la négative.


[Vous pourriez être celui qui marque un arrêt a tout ce qu’ils font.]
- Et comment je fais ça ? Si je les balance ils me tueront, ou ils me feront tomber avec eux, j’ai touché ma part dans leur truc, tout ça pour aider ma famille…
[Pas si les preuves qui vous concernent disparaissent. Vous n’êtes pas quelqu’un de mauvais.]
- Et comment je fais ça ?
[Pas vous, moi. J’ai une idée, si vous m’aidez vous pourrez reprendre une vie plus honorable paisiblement, avec votre famille.]
- Et comment tu comptes t’y prendre toi ? Tu vas t’attirer des emmerdes si tu fais ça.
[C’est trop tard pour moi, ils me veulent morte, si je peux vous aider à vous en sortir, je le ferais.]


Il ne répond plus, il rigole simplement. Je ne sais pas pourquoi exactement mais je présume qu’il comprend ma situation actuelle tout autant que la sienne. Maintenant il était mon complice, nos sorts étaient liés par l’issue funeste si nous échouions. Après un moment a nous regarder et commencer à grelotter, nous reprîmes la route du village et rentrèrent discrètement a nos places respectives, faisant encore plus profil bas en ce qui me concernait.
Le lendemain, nous nous retrouvâmes plus loin du village et, après un long moment ou il m’expliquait ce qu’il savait, je lui donnait la date de la semaine prochaine. Nous avions sept jours pour trouver un plan d’action parfait. Il avait compris que je n’étais pas qu’une adolescente perdue dans un village, mais il n’avait pas ouvertement dit le mot « ninja » alors il restait en suspend un certain doute à mon égard.

Nous avions réussi, au fil de la semaine a récupérer des bases de preuves, pendant que la disparition de Rokuro était inconnue aux yeux de tous et que Yô s’en était défendu auprès de son supérieur a tête de fouine en lui expliquant qu’il m’avait jetée dans le vide et qu’ils étaient rentrés. Le soupçon allait sur la maladie, Rokuro vivait seul, pas de femme, pas d’enfants, juste ses parents à Moe et son frère a Kazan.
Le soir fatidique approchait et, la veille, Yô m’aidait a tendre a piège a Kôsuke en demandant a le voir a part. Près des ruines d’un morceau du village qui avait été sinistré par un feu de forêt, nous avions trouvé un espace clos pour avoir notre cible. Lorsqu’ils furent sur place, je n’avais eu qu’a faire tomber ma petite bombe de gaz dans le bâtiment et le temps fit le reste, les entrées bloquées firent que Kôsuke malgré sa force succomba au sommeil alors que Yô avait réussi a sortir et bloquer la porte.
Nous en avions un, il fallait l’interroger et piéger les autres le lendemain. Ce fut chose faite, non sans mal d’ailleurs. Kôsuke avait passé un bout de temps a insulter Yô au lieu de cracher tout ce qu’il savait. A cours de méthodes et de patience, j’étais sortie de l’ombre pour procéder selon les méthodes qui me plaisaient déjà beaucoup moins. Mais c’était efficace, il avait simplement fallu que je fasse mine de chauffer une de mes lames et de l’approcher pour qu’il déballe tout ce qu’il savait.
Kôsuke était un dur, mais c’était une façade, il était avant tout un type qui s’accrochait a la vie et prenait le temps de se tenir hors des ennuis, que ce soit avec la garde ou avec les ninjas. Il avoua rapidement ce qu’il faisait, son trafic de produits était une activité parmi tant d’autres, il divulguait surtout a ses « acheteurs » des infos sur l’état des frontières entre Setsu et Fukyuu, les rumeurs juteuses qui pouvaient servir a faire pression sur telle ou telle personne. Il vendait tout ce qui était vendable en somme. Le gradé tête de fouine l’avait attrapé et avait demandé une part pour son silence, pensant être tranquille en prenant deux ahuris sans ambitions, chose que Yô ne contredit pas spécialement. Il cracha avec plus de mal les infos sur tous les documents qui pourraient servir a faire tomber le réseau et chercha un moment a me pousser a bout, spéculant tout seul sur le fait que je devais être une pauvre fille paumée qui voulait se faire mousser, un ninja ou un hatamoto, avant de revenir sur le terme hatamoto, me dévisager et aller se permettre une petite remarque sur notre Daimyo. Une réflexion qui lui valu un coup de dague dans le pouce. Je m’étais moi-même surprise de ma vitesse de réaction, je ne connaissais pas personnellement notre Élu des Kamis, mais je connaissais quelqu’un qui y était attaché et une partie de moi s’était sentie insultée en même temps que l’offense fut prononcée.

Nous abandonnâmes Kôsuke sur place, attaché solidement, le temps d’aller chercher tous les documents que Yô s’empressa d’aller remettre a son officier supérieur, pas la fouine, mais celui encore au dessus.
Nous misions tout sur la capacité d’action du Capitaine et surtout sur le fait qu’il n’était pas mouillé a tout ça. Je m’occupais de mon côté de détruire les preuves qui impliquaient Yô pendant qu’il guidait ses collègues loyaux vers le Kôsuke sensiblement amoché que nous avions laissé. J’avais laissé un mot a Yô sur lequel je m’identifiais comme un agent de la Capitale qui opérait pour mettre a mal ce réseau dangereux pour le clan, tout en ajoutant que Yô s’était avéré être un appui des plus efficaces pour la récupération du gros des preuves. Sur ce même message, j’indiquais pour le capitaine et ses troupes le lieu de l’échange, le nom des gardes qui n’étaient pas dignes de confiance, impliquant son second tête de fouine, Rokuro que je disais avoir supprimé parce qu’il compromettait ma situation et allait mettre en garde ses complices, ainsi qu’une description précise des hommes qui étaient en contact avec Kôsuke, ainsi que leurs noms : Saru Kotaro et Kenichi, deux frères avec une réputation de petites frappes et de maître chanteurs dans les territoires Fukyuu et Kenshu. J’y indiquais aussi le peu de capacités que j’avais pu glaner d’eux, Kotaro avait reçu ses pouvoirs d’Itegami et pouvait a priori refroidir l’air d’une zone très rapidement, sans savoir a quel point. Kenichi avait reçu des pouvoirs de Gekidami et pouvait neutraliser quelqu’un d’un geste, le paralysant un moment.
Faute d’en savoir plus sur le passé des deux frères, j’avais imaginé quelque chose de plutôt simple les concernant, probablement des hommes séparés par le destin ou le travail honnête si tenté qu’ils en ai eu un un jour, tous deux dans des clans différents, une atmosphère et une vie différente. Qu’ils s’étaient retrouvés pour une raison triviale et que la graine de perfidie dans leur esprit avait germé au contact l’un de l’autre. Le temps et les coutumes des clans d’accueil qu’ils aient eu ayant fondamentalement forgé leurs capacités personnelles.

Bien que je ne dévoilais pas dans ma lettre au capitaine toutes mes hypothèses sur les deux loustics, J’avais demandé a Yô de le convaincre d’agir, en espérant qu’il y parvienne.
Le soir fatidique, j’étais encore sur place, a une autre cachette bien plus discrète et plus haute, avec une vue dégagée sur le lieu ou le garde a tête de fouine attendait en premier. Seul, il avait l’air bien moins serein qu’avec deux gorilles mais fut rapidement rejoint par les deux frères. Les trois coupables sur place, j’attendais de voir si Yô avait réussi a convaincre son supérieur d’agir face à la situation. Ils attendaient un moment, probablement en se disant qu’il y avait un léger retard. Ce ne fut pas si long, je pouvais voir que la fouine avait un genre de mauvais pressentiment, regardant frénétiquement dans tous les sens et murmurant quelque chose, les deux frères sortirent leurs armes.
J’entendis un bruit derrière mon perchoir, des pas cadencés rapides, comme des soldats qui courraient. En me retournant doucement je pouvais voir de petites lueurs un peu plus loin, on aurait cru a une volée de lucioles. C’était sans doute les renforts qui arrivaient. Mais ils faisaient trop de bruit et avaient alerté les gugusses de l’autre côté.

Je n’avais pas pu poser de pièges comme j’en avais l’habitude a cause du vent et de la zone ou nous étions, mais j’avais pris soin de rétrécir les issues au maximum, ne laissant pour seule fuite que la rivière pour les deux frères. Pour contrecarrer cette issue, je n’avais pour seule option que d’y aller au culot. Descendant doucement et me faufilant jusqu’à un deuxième perchoir ou j’avais préparé une ruse osée qui pourrait me coûter cher. Un arc, et quelques flèches. Je savais d’avance que c’était risqué, parce que je n’étais pas une excellente tireuse et encore moins dans la pénombre. Mais j’avais une vue dégagée et je pouvait pas laisser un seul des trois hommes s’en aller. J’allais devoir viser pour immobiliser et non pour tuer, ce qui était encore moins aisé avec le tumulte qui approchait.
Kenichi se dirigeait finalement vers la barque seul, pour la décrocher. Je prenais ma première flèche et visait pour décocher en ajustant ses jambes de préférence. Le tir imprécis partit trop haut, se logeant dans son épaule, il perdit l’équilibre en basculant, ce qui poussa la barque au gré du courant tandis qu’il tomba a l’eau. Mon tir n’était pas passé inaperçu et je n’avais pas le luxe d’en ajuster un autre. Je senti mon perchoir refroidir très rapidement, et mon pied glissa de sa position, m’obligeant a lâcher mon arme du moment pour me rattraper a la première chose qui me passait a porté de main. Mais la température baissant encore très rapidement, je pris a peine le temps d’être rattrapée que je lâchais encore ma prise pour tomber de la hauteur, me rattrapant assez bien, mais pas assez pour être immédiatement en position de combat. Je pouvais simplement voir face a moi deux hommes, la fouine et le guerrier des glaces, armes a la main, en train d’approcher rapidement. Premier réflexe et pas le meilleur, j’attrapais le premier objet qui me passait entre les doigts, en l’occurrence un de mes petits explosifs utilisés pour répandre des billes métalliques sur le sol, que j’allumais a la hâte en activant ce pouvoir que je contrôlais bien mal. Ma main se recouvrit rapidement d’un voile de flammes dont la chaleur mal gérée ne me plaisait pas trop. Allumant la mèche avant de lancer le projectile entre les deux hommes qui eurent pour réflexe de charger encore plus, j’avais a peine le temps de saisir mon arme en main droite et d’arborer une posture un tant soi-peu parée au combat.

L’explosion fut cependant bruyante, tel un gros pétard retentissant, signalant aux troupes en route qu’il y avait du grabuge. L’objectif avait changé, il fallait que je ne me fasse pas éviscérer avant qu’ils n’arrivent, et c’était là tout un problème. La fouine se rua en premier, arme en main et lame levée pour essayer de me fendre le crâne, ou le bras, ou n’importe quoi qui serait passé a porté d’ailleurs, m’obligeant a esquiver rapidement et me laissant désavantagée pour son camarade borgne dont la lame passait sur la droite, horizontale et a hauteur de mes épaules, j’eus pile poil le temps de me laisser tomber au sol au risque de me faire écourter d’une tête. Là se posait le deuxième problème, au sol, j’étais en position de faiblesse. Abandonnant le maintient de mon pouvoir qui commençait a chauffer sérieusement ma main, je préférais m’en débarrasser avant de me brûler a nouveau et de récupérer mon autre lame en roulant sur le côté pour éviter une série de frappes verticales. Dans cette situation, je n’avais pour moi que mon agilité, mettre a profit mon entraînement en tirant un maximum de ma célérité naturelle car, a défaut d’être forte, j’avais au moins le mérite d’être difficile à attraper, une vraie anguille. Après avoir roulé sur le côté pour esquiver au moins deux salves, j’arrivais a me redresser un peu dans la rapidité de mon geste, suffisamment pour envoyer valser mon arme en main gauche dans le torse de la fouine. l’impact faiblard fut cependant suffisant pour passer sa simple tunique, ce dernier n’étant pas en service n’avait pas jugé bon de porter son armure pour le meeting et c’était tant mieux. Il tituba en arrière avant de tomber au sol, toujours en vie mais visiblement peu habitué a prendre des coups de ce genre.

Il restait cependant la grosse brute de Kotaro et lui portait une veste en cuir qui protégeait son torse et une partie de ses bras de la faiblesse de mes attaques. Pour me débarrasser de lui il aurait fallu que je puisse atteindre sa gorge. Il attaqua de nouveau avec son sabre large, horizontalement toujours. Un simple pas en arrière pour amorcer une esquive et me voila a glisser en arrière malgré moi sur… De la glace ?
C’était là un autre de ses dons, faire une petite plaque de verglas aux pieds de ses assaillants ?
Peu importe, tombante, incapable de me rattraper efficacement, sa lame entailla méchamment mon bras droit, le mordant de l’acier forçant mon corps a se dé-saisir de la lame de mon dextre droit, avant de tomber au sol, accompagnée par plusieurs détonations semblables à des coups de feu.
C’en était réellement, au final. Les soldats venaient d’arriver et avaient fusillé le membre du clan des glaces sans la moindre sommation. Recroquevillée au sol, tenant mon bras meurtri, je comptais à vue de nez huit personnes dont Yô et le fameux capitaine. Ce dernier suivant le premier qui était venu s’enquérir de mon état après avoir reconnu ma petite masse au sol dans la pénombre. Je ne sais pas trop ce qu’ils racontaient sur le moment, à moitié sonnée par ma chute mal amortie et la douleur cinglante dans le bras, j’ai a peine su distinguer les vagues tentatives réconfortantes de Yô pour essayer de me garder calme, puis quelques mots échangés avec son supérieur, probablement a mon sujet encore une fois. L’entaille de mon membre droit était assez profonde et le sang perdu m’avait donné froid, puis, petit à petit, vint la sensation de somnolence, fermant les yeux imperceptiblement jusqu’à tomber dans le royaume des rêves. Je me souviens simplement avoir bougé mes lèvres, toujours sans être capable de produire le moindre son, pour indiquer une simple chose : « Le dernier est tombé a l’eau... »

Je repris cependant connaissance difficilement, dans un lit, avec un bandage serré au bras, dans un bâtiment qui rappelait grossièrement les petits baraquements qui servaient de dortoir aux genins a Honoo. Bâtiment sensiblement plus gros cela dit, le personnel le plus proche se dirigea vers moi en me voyant bouger, m’indiquant de ne pas remuer trop brusquement. C’est ainsi que j’appris que la nuit était passée et que des gens importants voulaient me parler. J’avais peur de savoir a quel sujet et pourquoi, mais il faudrait bien y passer maintenant. J’avais impliqué des soldats parce que je n’aurai pas pu gérer autant de personnes seule et, ces efforts conjugués avaient a priori plutôt bien fonctionné.
Après un check-up de la personne qui semblait être le médecin, on m’emmena dans un bureau ou le capitaine était assis, les mais jointes et le menton posé sur ces dernières, Yô dans la pièce, debout et droit, et une femme plus âgée que moi.
On ne me posa finalement pas tant de questions, le capitaine secoua un court instant la lettre que je lui avais fait passer et annonça que les hommes décrits dans le document avaient tous été arrêtés. Il ne me demanda qu’une seule chose.


- La mort de Rokuro était-elle réellement nécessaire ?

Mes yeux s’ouvrirent un peu plus grand devant la question déroutante. Je savais pourtant qu’il fallait que je laisse ce mensonge tel qu’il était pour permettre a Yô de vivre avec sa famille. Pourquoi le couvrir alors qu’il s’y était impliqué lui aussi ? Cet homme m’avait sauvé la vie et n’avait jamais voulu que tout ça aille aussi loin. Ce n’était pas quelqu’un de mauvais et j’avais cette petite voix en moi qui m’incitait a lui pardonner ses fautes passées, pour qu’il puisse vivre plus honorablement maintenant. J’étais persuadée qu’Onee-sama aurait fait la même chose.
Après un petit temps, je prenais la feuille de riz que Yô m’avait tendue après s’être approché sans que je n’y prête attention et y inscrivit une simple réponse.


[Oui, s’il avait prévenu ses complices, rien de tout cela n’aurait été possible. Des gens auraient pu souffrir de leurs actions, si ça n’a pas déjà été le cas.]

Le capitaine resta de marbre, impassible devant cette simple phrase. Après un moment il hocha simplement la tête avant de changer drastiquement de ton pour quelque chose de plus strict et formel.

- Vous devriez retourner là d’où vous venez, Yô vous escortera jusqu’à Moe. Cette affaire s’est résolue grâce à vous deux et c’est la raison pour laquelle je ne poserai pas plus de questions, mais disparaissez de ce village.

N’importe qui pouvait comprendre dans le ton de sa voix qu’il était sincère et cachait cependant une certaine contrariété. Peut être parce que son second l’avait trahi, parce qu’un de ses hommes était mort et qu’il en était de sa responsabilité. Peut être parce qu’il se sentait coupable de ne rien avoir vu… Qui sait. Difficile de s’immiscer dans l’esprit d’un homme, mais celui-ci, en l’occurrence, m’avait purement et simplement dit de dégager. Il me laissait partir comme ça, et c’était pas plus mal. Il était cependant aimable de sa part de faire force a sa propre curiosité pour laisser filer une source d’infos comme ça.
Sur le chemin du retour, Yô m’expliqua que le capitaine appréciait beaucoup ses soldats et il pensait la même chose que moi : Le fait d’avoir été trahi l’affectait. En revanche il m’annonça aussi que cette affaire lui avait permit de gagner en estime et qu’avec cette affaire, il aspirait a devenir un homme plus droit. De mon côté, j’espérais que Yô parvienne a vivre avec cette histoire, son ami y avait laissé la vie même s’il s’agissait d’un traître, il n’en restait pas moins quelqu’un d’estimé pour quelqu’un. Le trajet fut assez rapide, les discussions étaient ponctuelles et assez sympathiques et, au moment de nous séparer, Yô s’osa à me demander mon nom. Je ne lui répondis mot, évidemment, inscrivant simplement sur le papier un seul et unique mot : « Silence ».

C’est sur un sourire entendu que nous nous séparâmes. Retrouvant nos quotidiens respectifs, je devais faire état de ma mission auprès de Masao, et aussi lui demander pour Onee-sama. C’était la mission que je m’étais donnée moi-même lors de mon arrivée a Moe : Je voulais la voir.



Retour, courage, retrouvailles.

Faire un rapport était devenu une habitude depuis plusieurs années déjà. Faire au plus court et au plus précis possible n’était pas dur et il ne me fallu pas longtemps pour en arriver au point le plus important -pour moi en tout cas- de ce retour de mission.

[Je veux rendre visite à Mononoke.]

La blessure de mon bras était encore gênante et articuler des gestes comme les ninjas avaient té habitués a me voir faire était un peu compliqué, en plus de durcir un peu mes formulations.
Masao ne me tint pas rigueur de cette formulation d’ailleurs, ou alors il le fit sans le soulever vocalement. Mais il me demanda de le retrouver un peu plus tard.
C’était un certain soulagement qu’il n’ait pas simplement débouté ma demande comme il en aurait parfaitement eu le droit, et le petit temps de battement entre cet instant et le rendez-vous fut suffisant pour que je puisse faire changer mon bandage et prendre un peu de temps pour être un peu plus présentable.
Cette mission m’avait quand même pas mal perturbée, ce n’était pourtant pas la première fois que je frôlais la mort, ou que je pensais que j’allais mourir. Ce n’était d’ailleurs même pas ça qui m’occupait le plus l’esprit. J’avais eu peur de mourir, oui, mais loin des personnes que j’aime, c’était ça qui m’avait réellement fait peur.

Cette pensée m’avait travaillée tout le long du trajet, imaginant les réactions d’Akane si elle avait appris ma mort par une vulgaire missive, quelle aurait été sa réaction ? J’avais suffisamment d’arrogance pour penser que ma mort l’aurait affecté, que je comptais un minimum à ses yeux. Au fond de moi, je l’espérait en tout cas, que cette relation ne soit pas un vaste mensonge et qu’elle ne soit pas juste un vague sentiment illusoire que je m’étais construit pour survivre et qu’elle aurait entretenu pour faire de moi une arme au service du clan. Depuis le temps que nous étions ensembles maintenant, nous avions partagé des choses, nous nous étions confiées certaines choses. Ce n’était pas une grosse prise de risque pour elle d’un sens, j’étais parmi si ce n’es la meilleure gardienne de secrets qu’elle puisse connaître. Difficile de m’arracher la moindre information et c’était l’un de mes plus gros atouts dans la branche que j’avais rejointe.

J’avais confiance en Akane, mais le temps passé loin l’une de l’autre me faisait presque autant souffrir que cette plaie au bras. C’est donc dans une impatience rare que je me préparais, enfilant des vêtements plus confortables -et surtout, prenant soin de cacher ce bandage- avant de me rendre plus d’une heure a l’avance là ou je devais théoriquement retrouver le chûnin. Je pense pouvoir affirmer qu’il s’agit de l’heure la plus longue que je n’ai jamais eu à attendre depuis une éternité. M’occupant pour tuer le temps a simplement regarder les gens qui passaient, écouter et m’ennuyer le reste du temps, jusqu’à ce que finalement je puisse voir la silhouette de Masao se dessiner au loin.

C’était l’heure, enfin !

Impatiente comme jamais, je me redressais sur mes deux pieds de manière énergique, angoissée et heureuse à la fois. Il me demanda simplement de le suivre et me fit patienter au pied de la porte quelques instants, le temps qu’il échange quelques mots avec Akane. J’entendis sa voix s’élever doucement, les deux échangeant des propos assez… Différents, de mon points de vue. Lui prenait le ton de la taquinerie, surtout au sujet de la partie de Go qu’il semblait lui avoir imposé -sans doute pour s’accorder un moment privilégié avec elle d’ailleurs- et j’entendis un petit bruit d’un objet tombant au sol que j’identifiais comme étant en bois, compte tenu de ce son étouffé caractéristique. Probablement lui avait elle envoyé une baguette ou quelque chose comme cela.
Un moment encore et voila qu’il me fait signe d’approcher, il m’annonce sans dire qui arrivait, juste « quelqu’un », une mise en scène avec un suspense inutile à mon sens, mais Masao aimait avoir un côté mystérieux, même avec sa supérieure hiérarchique. Finalement, je glissais ma tête dans l’encadrement de la porte après y avoir été invitée, mon regard cherchant immédiatement celui de ma protectrice dans la pièce, pour finalement se fixer sur elle, avec un pincement au cœur, alors que j’avançais timidement dans la pièce et que le chûnin prenait grand soin de refermer derrière moi.

Dans un silence court mais intense, Onee-sama m’accueillit finalement alors que je prenais place de l’autre côté de la table, après m’être inclinée respectueusement -mais peut être pas autant que ne l’aurait fait un genin lambda-.
Elle avait l’air… Fatiguée, affligée. Ce n’était pas vraiment la Mononoke que j’avais connu au fil des années. Quelque chose la travaillait bel et bien, mais quoi ? Je ne serais pas celle qui précipiterai les questions, ce n’était pas mon genre et surtout pas maintenant, alors que je pouvais enfin, après de très longues semaines, enfin la voir, risquer de l’indisposer ou lui faire se remémorer des choses peu plaisantes. L’émotion me gagne doucement, tendis qu’un sourire rassuré se dessine sur mon faciès, je réalise que j’étais vraiment passé a un cheveux de ne jamais pouvoir la revoir, et maintenant que j’y étais, je réalisais aussi à quel point me l’imaginer me faisais mal. Avant que je ne  réalise plus, une larme s’échappe pour couler sur ma joue alors que je souris toujours. Tremblante, je commence a dessiner les symboles auxquelles nous sommes toutes deux habituées  depuis les premiers instants, bien que mon bras ne réponde toujours pas aussi bien pour le moment.


[Ça… Fait longtemps que… Je voulais venir… Mais…]

Un geste négligeant de ma manche pour chasser mes larmes coupe ma phrase, des larmes de joie mais des larmes gênantes malgré tout.

[Je me suis… Inquiétée pendant… Tout ce temps… Onee-sama.]

Je m’immobilise un moment, le temps de chasser d’autres larmes venues remplacer les premières puis, finalement, plus par besoin que par caprice, j’aligne une nouvelle série de mots rapidement et de manière plus ou moins hachée par l’émotion.

[… suis… -solée.]

Puis sans même demander l’avis de l’intéressée, je fais le tour de la table pour la prendre dans mes bras, la serrant fort contre moi, craignant qu’elle ne parte ou me rejette, je voulais la garder ainsi un moment. Les souvenirs de cette dernière semaine remontaient les uns après les autres, surtout les pires et le contact avec ma protectrice, mentor, et grande sœur adoptive me faisait le plus grand bien. J’osais espérer que ce serait réciproque pour elle, d’avoir quelqu’un de proche aussi près. Peut être me trompais-je sur le moment, mais ce sentiment égoïste qui venait de m’animer me confortait dans l’idée que c’était sans doute mieux de rester comme ça quelques instants. Sanglotant silencieusement, la tête enfouie au creux de l’épaule d’Akane que je serrais contre moi si fort que mon bras blessé me faisait souffrir tout autant qu’il tremblait, jusqu’à m’obliger à desserrer ma prise.
Le silence était revenu sur le moment mais ce n’était pas aussi oppressant, au contraire, je l’aurais volontiers qualifié de salvateur. Un silence illustrant mieux que les mots l’intensité que ces retrouvailles pouvaient signifier à mes yeux.

Je savais qu’Akane pouvait elle-aussi le comprendre, le temps nous avait permises de nous comprendre sans que la moindre syllabe ne soit nécessairement échangée.

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Setsu Akane

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Jônin

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MessageSujet: Re: Une lueur dans la nuit (PV Mikazuchi Mikan) Dim 5 Fév 2017 - 16:01

Je l’avais repérée du haut de mon perchoir ce jour-là, en plein entraînement, taquinée par les jeunes recrues légèrement plus anciennes qu’elle. Ce n’est pas seulement la juvénile demoiselle qu’elle était que j’avais scrutée et observée longuement mais bien la lueur que j’avais trouvée dans son regard. Et, fait le plus marquant de tous, la voix que j’avais entendue, comme soufflée par ses yeux sur ma personne, reflétant une âme forte mais jeune et déjà abîmée par les épreuves.

Je me suis retrouvée en elle, immédiatement et évidemment, comme un kunai fiché sur le centre du front, comme une lame traversant les portes de la conscience. Mais rapidement, même si ma confiance lui a été offerte instantanément et aussi vite que nous nous étions échangé nos noms, j’ai pu percevoir que nous étions différentes. Au-delà de son ambition, de ses envies de vengeance qui nourrissait son impétuosité, s’est dégagé une capacité exceptionnelle à encaisser les chocs émotionnels. Tout de suite, alors, je me suis dit qu’elle serait une excellente kunoïchi.

Au fil du temps, j’ai pourtant appris à la voir différemment qu’un excellent élément pour les troupes ninja de Setsu. Elle s’est vite apparentée à la précieuse ancre du marin, au délicieux saké réconfortant de fin de mission et aux draps douillets d’un foyer que je n’ai jamais vraiment eu. Cette petite est devenue l’un des combats qui m’ont fait tenir debout, au même titre que de rares personnes recensées sur les doigts d’une main. Et j’ai eu peur... parce qu’alors Mikazuchi Mikan est devenue une raison de vivre.

Aujourd’hui, tandis qu’elle se trouve assise et émotionnée devant moi, cette jeune fille est là pour entendre combien je tiens à elle mais j’ai à peine la force de soutenir son regard tant la fatigue me saisis les tripes. Je me sens nulle, totalement irresponsable et immature d’avoir osé songer la laisser affronter le monde seule. Car, même ce jour, les étoiles dans ses yeux ne cessent pas de briller lorsqu’elle pose son regard sur moi... Quel genre de grande sœur puis-je être si je ne suis pas attentive aux besoins de la cadette qui compte sur moi ?

J’ai honte lorsque j’aperçois une larme dissimuler son joli sourire. Elle est heureuse et triste de me retrouver car je suis premièrement importante pour elle... mais je l’ai aussi fait souffrir en manquant de la quitter. J’ai honte d’infliger cela à une enfant, de l’avoir fait compter sur moi en lui racontant mon histoire, en apprenant la sienne... pour finalement ne pas penser à elle au moment de me laisser aller. Sakuya me l’avait bien rappelé, ma rivale m’avait « ramenée » grâce à cela. Mais qu’est-ce qui était passé dans ma tête pendant ces deux mois de léthargie ? Le chaos... et le manque de reconnaissance pour cette attente dont Mikan me gratifie aujourd’hui.

J’entends sa voix une nouvelle fois par ses doigts. Ses gestes semblent moins fluides que d’habitude, je le remarque tout de suite. Mais je ne soulève pas pour le moment car je me concentre sur ce qu’elle me transmet, en plus de son émotion. Et je prends une claque alors qu’elle commence, puis une seconde tandis que je la vois trembler d’émois. Ma gorge se noue encore une fois et j’appelle Moegami à l’aide pour avoir le courage de dire à mon tour quelque chose de pertinent pour ne pas la blesser encore. Mais pire que du courage, il me donne des regrets à l’instant-même où ma disciple s’excuse maladroitement pour je ne sais quelle erreur, tout en essuyant d’autres larmes.

J’ai alors envie de me relever, d’aller vers Mikan et de la réprimander pour cela car ce n’est pas ce que je lui ai appris. Mais la jeune fille prend les devants et s’approche de moi pour me serrer dans ses bras. La force qu’elle y met mais surtout la conviction que l’apprentie ajuste à son geste, me coupe le souffle un instant jusqu’à m’arracher un sanglot. Et tandis qu’elle desserre son étreinte, j’entoure ses épaules de mes bras pour la maintenir ainsi blottie contre mon cœur. Tremblante à mon tour, je tente de reprendre une respiration normale et de réguler mes émotions, laissant place au silence apaisant de l’apprentie, ce silence qui donne parfois lieu aux plus constructives conversations.

- Ne t’excuses plus jamais, baka... murmure-je spontanément en appuyant mon front sur l’épaule de ma seconde. Tu es la dernière à devoir le faire.

Encore quelques secondes, mon étreinte se relâche également, conséquence du fait que je fasse à mon tour disparaître mes larmes d’un revers de main. Sans la regarder encore, je continue à parler.

- C’est moi qui suis désolée, Mikan... de t’avoir laissée, d’avoir laissé tout le monde. Deux mois c’est long, affreusement long. Et il aurait pu se passer tellement de choses graves pour toi... Za... Zakuro est mort et je pense... je pensais avoir perdu le sens de ma vie. Il me faudra encore du temps... Mais si tu veux bien me pardonner de t’avoir abandonnée alors... je pense pouvoir guérir plus vite.

J’en oublie qu’elle est jeune, qu’elle ne doit rien comprendre et que je lui en demande beaucoup alors que nous venons de nous retrouver. Je me détache légèrement d’elle, gardant l’une de mes mains sur son épaule, l’autre entourant la sienne. Puis je tente, les sourcils tremblants et les yeux humides, de soutenir son regard comme une personne fiable et non comme un naufragé qui chercherait une berge sur laquelle échouer.

- Raconte-moi, s’il-te-plaît. Montre-moi ce que tu as traversé... Je ne veux plus avoir ce sentiment de t’avoir quittée, j’aimerais pouvoir penser que j’ai toujours été là. Je sais que... c’est injuste en un sens... mais si tu m’accordes cela, alors je pourrais oser penser que je serai là pour ma petite sœur désormais. J’aimerais d’ailleurs savoir quelle bêtise t’a conduite à te blesser.

Mon regard se pose sur son bras que je devine amoché, sans en connaître encore les raisons. La culpabilité est toujours présente mais, alors que mon premier sourire se dessine depuis longtemps, j’aperçois enfin une lueur dans la nuit.


HRP :
 


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