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 La fable du borgne et de l'ourse

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Gushiken Kuma

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Disparu

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Date d'inscription : 13/08/2016

MessageSujet: La fable du borgne et de l'ourse Dim 18 Sep - 14:15

Des fois, il fallait retrouver la civilisation. Les gens. Les vraies villes avec un vrai argent et un vrai commerce... Et on aurait pu penser que Kuma détestait ça. Elle trainait sa grande carcasse avec nonchalance à côté du char à boeufs qui trimbalait des marchandises de valeur, moue boudeuse accrochée au visage, regard fixe. Peu de chance que quelqu'un d'aussi bougon soit emballé à l'idée de rencontrer du monde, non ?
Faux ! Tout faux ! Elle adorait l'idée d'aller marchander et raconter des histoires dans une ville. Plus encore, elle aimait être sur les routes avec une poignée de chasseurs comme elle, et c'était le cas en ce moment même. Si elle tirait une tronche de six pieds de long, c'était juste qu'elle avait perdu un pari stupide avec un non moins stupide trappeur de la troupe. Elle lui devait une bouteille. Elle n'aimait pas devoir de l'alcool.
Alors elle boudait comme une adulte responsable.
Le cirque continua jusqu'à ce qu'ils arrivent au rassemblement d'humains le plus proche. Une ville poussiéreuse dont la traqueuse ne connaissait pas le nom, seulement la configuration générale des bâtiments. Une longue rue près de la route pour Okaruto. Des auberges. Des commerces. Et près de la sortie du bourg, une étendue plus grande où tout un chacun venait vendre des choses plus ou moins précieuses. C'est là que la petite troupe désordonnée se dirigea avec bruit et bonne humeur. On leur jeta quelques regards, comme toujours, mais ils ne s'en formalisèrent pas plus que ça, trop heureux à l'idée d'écouler les marchandises de l'été.

Un claquement de langue, et le docile bovidé trainant la charrette s'arrêta près des autre animaux de bât de l'équipée. La femme pâle lui flatta les naseaux, murmurant des mots d'amour à la bête stupide et l'appelant du nom d'un des autres voyageurs avant qu'il ne l'entende et qu'elle ne repousse sa colère feinte d'un grand rire, répliquant allègrement à ses insultes.
Sans cesser d'être injurieuse, elle déchargea sa voiture, portant avec aisance les peaux d'ours et de cerf. Les os. Les boites de bois pleines de bouts d'animaux. Les cornes. Il y avait de quoi vendre, on ne pouvait pas le nier : la pile de peaux à elle seule arrivait à la taille de l'imposante demoiselle. Et attirés par le déballage, des marcheurs curieux commençaient déjà à discuter avec d'autres chasseurs. Parfait.
Kuma s'appuya tranquillement sur son boeuf à elle, le bras passé par dessus sa corne comme si elle en avait besoin pour se tenir, et se mit à observer les passants. Des types hautains et bien habillés, des femmes craintives, des enfants turbulents auxquels elle faisait des grimaces, des gens du commun de toutes tailles et formes. Parfois elle en hélait pour qu'ils viennent voir les marchandises qu'ils avaient ramenées des grandes plaines et elle riait en les voyant hésiter avant de jeter un oeil.
Et soudain, dans la foule, un visage connu.
Fuu.
Frère de l'ombre.
Sifflement fort pour attirer son regard, son attention. Il portait l'attirail de l'apothicaire errant, ce serait tellement facile de discuter qu'elle manqua de s'esclaffer bruyamment et retint in extremis son rire dans sa gorge. A la place, elle agita sa main pour le pousser à s'approcher, redressa toute sa personne pour la détacher de l'animal derrière elle.

"Hep l'apothicaire ! Tu veux pas des dents d'ours ? Du foie de tigre ? Allez approches-toi, j'vais pas te croquer, j'ai plein de trucs que tu veux acheter j'suis sûre !"

Sourire mi-commerçant mi-amusé. Allez viens, reconnais-moi et tiens-moi compagnie quelques instants. Faisons comme si nous étions des gens normaux.




#669933
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MessageSujet: Re: La fable du borgne et de l'ourse Mar 20 Sep - 15:55

Peu de femmes osaient alpaguer le chaland avec cette assurance, mais peu de femmes possédaient la carrure de l'Ourse, sa voix qui portait au loin comme si le monde faisait silence pour l'entendre et une assurance acquise et maturée par des années d’entraînement. D'ailleurs son sourire lui disait plus sûrement bonjour que ses mots, car eux pouvaient encore passer pour normaux quand le premier s'écriait juste "Je sais qui tu es, viens me tenir compagnie !" Et Chikamasa, peu habitué à ce qu'on s'inflige volontairement sa présence quand on le connaissait pour celui qu'il était, n'allait pas refuser pareille invitation.

Au demeurant, il avait vraiment besoin de refaire ses stocks et les chances que l'Ourse put l'aider avec ça étaient grandes. Sourire aux lèvres si semblable à celui de la chasseuse, il franchit donc la distance qui les séparait.

"Vraiment ? Je ne recherche ni crocs, ni foie, mais je ne suis pas contre des peaux de serpent ou des crânes de singe. Vous auriez ça ?"
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Gushiken Kuma

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Disparu

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MessageSujet: Re: La fable du borgne et de l'ourse Mer 21 Sep - 12:11

Ah, il avait le même sourire qu'elle ! Il avait compris, bien sûr. Ils étaient entraînés à lire les expressions sur les visages et à maîtriser les leurs pour faire dire à leurs regards, à leurs faces, ce qu'ils voulaient. Les lèvres de l'ourse se retroussèrent sur ses dents en une vraie manifestation de joie, du genre qui lui donnait des petites fossettes à la limite des joues. Elle s'amusait, cette sale bête.

Du singe ? T'as cru que je venais des forêts ? On monte depuis les plaines nous, m’sieur l'apothicaire !


Elle le contourna l’homme en quelques pas des ses grandes jambes, déplaçant sa personne pour l’agenouiller devant une caisse de bois brut. D’une seule main, elle en souleva le couvercle et plongea le nez dedans, fouillant un peu.

Mais j’ai du serpent. Tu veux quoi ?

Et Kuma de ressortir le visage du coffre, un rouleau de coton épais dans les mains. Elle reposa le couvercle sur la boite, se servant de la surface libérée pour dérouler le tissu. Cachées entre les plis, des peaux de serpents divers et variés. Des couleurs, des motifs, des tailles différentes à chaque fois, comme si les trappeurs s’amusaient à en collectionner autant que possible. Entre vous et moi, c’était exactement ça.
La femme sans couleurs tapotait doucement le tissu du plat de la main, passait son ongle sur les écailles, bougeait et s’agitait en attendant que son camarade de Fuu ne se décide. Elle n’était pas spécialement impatiente, quoi qu'on en pense : elle aimait juste bouger, même après la longue marche jusqu’à la ville.




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Dernière édition par Gushiken Kuma le Sam 8 Oct - 12:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La fable du borgne et de l'ourse Ven 30 Sep - 10:20

"L'espoir fait vivre," répondit sobrement l'apothicaire en haussant les épaules.

Il la laissa s'agiter autour de ses boites et fouiller en quête de ce qu'elle avait pour lui. Le regard du chûnin parcourut le monceau de peau sur la charrette. La chasse semblait avoir été bonne, mais il garda le commentaire pour lui dans un premier temps et baissa son unique œil vers la traqueuse lorsqu'elle sortit les peaux de serpent.

Son armoire à pharmacie ambulante glissa le long d'un bras alors qu'il l'enlevait d'un geste souple et la reposa au sol. Les peaux de serpent, maintenant qu'il s’accroupissait près d'elle, était d'une qualité à laquelle il ne s'attendait pas. Non qu'il eût douté particulièrement des talents de sa camarade de Fuu, mais elle ne travaillait pas seule et il n'avait jamais fait appel à ses services avant. La prochaine fois, peut-être. S'il la croisait encore. Il en indiqua deux d'un geste rapide.

"Ces deux-là semblent parfaites. Je dois dire, je n'en avais pas vu conservées en si bon état depuis longtemps. Ni d'une telle taille."
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Gushiken Kuma

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Disparu

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MessageSujet: Re: La fable du borgne et de l'ourse Sam 8 Oct - 13:18

Elle rit de bon coeur à la flatterie du pas-tant-que-ça-apothicaire, incapable d'être silencieuse ou immobile plus de quelques instants. C'était comme ça dans les plaines herbeuses : un homme silencieux était un homme mort. Ou quelqu'un en pleine traque. Elle était vivante et elle vendait, pas besoin donc de se taire. Elle le ferait bien assez lorsqu'elle irait à Fuu pour faire son rapport et croiser l'autre dans des circonstances moins joyeuses. Là, elle était l'ourse et elle en avait le coffre autant que la puissance de frappe, se faire toute petite était hors de question.

"On s'est rendus compte que s'en occuper correctement rapportait plus d'argent. Et pour ces gros bourrins, ça veut dire plus d'alcool pendant l'hiver, alors ils font gaffe maintenant. On les nettoie dès qu'on en a le temps et elles sèchent longtemps."

Une des brutes en question devait avoir entendu Kuma puisqu'il poussa un glapissement outré. Aucun moyen de savoir lequel des hommes s'était senti visé, mais elle avait l'air satisfaite de son coup. L'amour vache avait encore de beaux jours devant lui.

"Par contre j'te préviens, la qualité se paye. Tu dois pas être du genre à t'enfuir en courant mais j'aime mieux prévenir que guérir, on sait jamais."

Les deux peaux de serpent avaient été transférées dans un autre bout de coton, bleu clair, sans doute un kimono trop vieux pour être porté et recyclé à coups de lames. Elle lui lança un clin d'oeil entendu, encore une fois amusée par ses propres sous-entendus bien peu subtils, avant de le surplomber de toute sa formidable hauteur, les bras tranquillement croisés.

"Autre chose ? On a des os, on a des peaux, on a même des trucs gravés avec des charmes de bonne santé si c'est ton genre."




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MessageSujet: Re: La fable du borgne et de l'ourse Lun 10 Oct - 15:27

Ah, l'illusion de la discussion simple ! De la conversation presque bien sous tout rapport entre deux êtres qui n'avaient absolument rien de vraiment fréquentables. L'enthousiasme et la bonne humeur de Gushiken avaient au moins le mérite d'être facilement contagieux : à côté d'elle, l'apothicaire-mais-pas-tant se sentit passer d'un simple sourire commerçant et un peu amusé à un autre, léger, qui ne lui était pas coutumier. Et quelque part, ça faisait du bien.

En réponse à la première remarque, il se contenta toutefois d'un coup d'oeil vers les brutes pour chercher lequel venait de glapir sans réussir à le trouver. Qui qu'il soit, il ne devait pas se sentir assez offusqué pour valoriser un peu plus son avis et comme la traqueuse passait déjà à la suite, apparemment fière d'elle, les piques figuraient sans doute dans leur mode de communication habituelle.

"Nulle crainte à avoir, je préfère rester en bons termes avec mes fournisseurs."

Il agrémenta sa promesse d'un léger rire qui dépassait le cadre de leur apparent échange.

"Ma foi... Si vous avez de la vésicule biliaire d'ours, vous me rendriez un grand service."

Il se redressa à son tour, plus petit qu'elle, mais guère offensé par ce fait. Autour d'eux reposaient encore moult parties animales, mais si l'Ourse disposait de ce qu'il cherchait, le chûnin ne voyait pas où. Un autre coffre, peut-être.

"D'ailleurs, pardonnez ma curiosité, reprit-il tout à coup sans vraiment lui laisser le temps de répondre, mais comment vous êtes-vous retrouvée à pratiquer ce métier ? C'est hum... peu coutumier, tout de même, comme choix." Pour une femme, tut-il tandis qu'il se prenait définitivement au jeu.
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Gushiken Kuma

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Disparu

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MessageSujet: Re: La fable du borgne et de l'ourse Jeu 13 Oct - 17:03

Il y avait quelque chose de grisant dans le fait d’avoir une conversation à double niveau de lecture comme ça, devant toute une place de marché bondée. Ca amusait énormément la grande ourse qui testait les limites de ce qu’elle pouvait dire et ce qu’elle devait garder secret. Elle n’avait encore jamais flirté d’aussi près avec la vérité à portée de voix des trappeurs en tout cas, le danger lui plaisait plus qu’il ne l’aurait dû, elle se sentait devenir stupidement téméraire.
Pas pour autant qu’elle se sentait d’humeur à s’arrêter. Le battement accéléré de son coeur lui hurlait de continuer, de se mettre en danger.

Trappeuse, tu veux dire ? Hé ben c’est une drôle d’histoire !

Elle s’appuya confortablement sur une caisse, vague incolore et colorée à la fois.

J’ai eu la malchance de naître dans une grande famille autoritaire tu vois, apothicaire. Le genre de maison où les filles ont pas le choix ce c’qu’elles vont faire de la vie : t’es une épouse et tu vas où on te dit d’aller. Un peu comme un boeuf en fait. ‘Fin bref, ça c’était ma voie toute tracée, jusqu’à ce que j’me rende compte que j’avais le crâne un peu trop dur pour faire une gentille femme d’intérieur. Alors un soir...

Elle avait l’air de s’amuser comme une petite folle à raconter l’histoire inventée : la voix de Kuma roulait comme les vagues, se modulait pour garder l’attention de l’auditoire, basse et grave comme celle des conteurs.

... Un soir j’ai fui la maison ! Comme ça, toute seule et sans nourriture et sans aide. J’ai escaladé le mur, j’ai sauté dans une meule de foin et j’ai couru, couru, aussi vite que je pouvais. J’ai fini par arriver dans les plaines et j’ai voulu me planquer dans une grotte en bord de rivière pour dormir. Et là !

Il commençait à y avoir des enfants qui s’agglutinaient autour des jambes de son camarade de l’Ombre, qui écoutaient attentivement la grande femme. Elle leur sourit largement avant de soudain se redresser, grondante comme l’animal dont elle tenait son nom. Une des petites filles sursauta si fort qu’elle bascula presque en arrière.

UN OURS ! ENORME ! ENERVE ! Alors j’ai encore couru, très vite, pour essayer de m’en éloigner. Et il m’a poursuivie, parce que j’étais une petite fille dodue et que les ours ADOOORENT les petites filles dodues. Et puis j’ai eu de la chance, ou alors les Kamis me sourient, parce qu’en courant au hasard je suis tombée sur des trappeurs. Ils avaient de grandes lances et de grands arcs et ils ont fait peur à l’ours.

Sa voix s’apaisa enfin, ses yeux clairs de teintèrent d’une affection sincère.

Et ils m’ont prise avec eux pour que je sois pas seule, pas triste, que les ombres la nuit ne puissent plus me faire peur, jamais. C’est comme ça que je suis devenue moi, le borgne : par hasard. Parce que quelqu’un là haut a décidé que ça serait mon chemin.

Les Kamis, ou le maître de Fuu ? Sans doute les deux. Et elle était bien loin de s’en plaindre, si on se fiait à son air heureux et à son sourire si présent qu’on oublierait presque que dans le village des shinobi, elle était muette comme l’acier.




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