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 Bénéfice du doute

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Haruaki

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MessageSujet: Bénéfice du doute Mer 15 Mar - 11:01

Le soleil blafard de l'automne perçait doucement la brume délicate qui s'accrochait aux toits des maisons. La ville d'Hiyori était plongée dans un calme apaisant en cette fin d'après-midi. Néanmoins, et depuis qu'il était revenu de ses années de voyage, Yungiri n'arrivait plus à trouver cette ambiance relaxante. Non, au contraire il se sentait oppressé dans cette ville étriquée. Ensuite, le décès de son maître et peu après le départ de son frère n'avaient rien arrangé à son malaise. Le jeune homme croisa la route de deux villageois qui lui accordèrent à peine un regard. Puis ses oreilles perçurent quelques murmures et il frissonna en ressentant l'animosité dans l'air. Yungiri continua néanmoins dignement son chemin avant de soupirer lourdement lorsqu'il s'éloigna des deux hommes.

Le jeune médecin se sentait épuisé. Depuis des semaines qu'il essayait de se montrer digne de son mentor, il commençait à déchanter. Rien ne semblait se passer comme il l’avait prévu. Il voulait aider les autres et se heurtait souvent à leur incompréhension. Pourquoi agissait-il ainsi ? De quoi se mêlait-il avec ses conseils ? Parfois, à trop comprendre les gens et à parler trop librement on a plus tendance à les vexer qu’autre chose, même si nos paroles sont justes. À cette époque, Yungiri commençait à l’apprendre à ses dépens. Pourtant les remarques acerbes des habitants sur ses pratiques ou le fait qu'on lui reproche le départ de Tengûroda n'étaient qu'une partie du problème.

Mais Yungiri se secoua en anticipant sa soirée et pressa le pas. Il avait hâte de retrouver Saya. Depuis le départ de Katsuya les deux jeunes gens s'étaient sensiblement rapprochés, se soutenant mutuellement. Alors Yungiri n'avait qu'une hâte : arriver à la maison et s'enfermer dans cette atmosphère agréable, cette bulle de paix que Saya arrivait à lui créer, pour enfin oublier ses problèmes. Le jeune homme rajusta donc son kimono d'un mauve pastel un brin trop grand et avança à grandes enjambées. Quand il vit la maison apparaître au coin d'une rue, il avait la sensation de se diriger vers un asile de tranquillité.

Il entendit les pas derrière lui plusieurs mètres avant sa destination, mais préféra les ignorer. Néanmoins alors qu'il arrivait devant la maison une voix bourrue l’interpela, le ciel aurait pu lui tomber sur la tête que l’effet aurait été le même. Yungiri se tourna donc, la peur au ventre, pour faire face à ceux qu’il percevait déjà comme ses agresseurs et qui n’étaient autres que les deux villageois qu’il avait croisés plus tôt. La tête haute, les bras croisés sur le torse, les muscles un peu tendus et les yeux entourés par les rides de la colère, pour le jeune médecin, les deux hommes irradiaient d’agressivité. Lui-même eut le réflexe de se tasser sur place, il n’apprendrait que plus tard à contrôler son corps au millimètre près pour rester droit et calme face aux attaques.

"T’as déjà fini ta journée le gamin ?"

Une simple provocation, à laquelle Yungiri eut la présence d’esprit de ne pas répondre.

"Tu sais que les quartiers pauvres c’est de l’autre côté ? Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu ne vas pas aider les plus démunis avec notre argent ce soir ?"

Cette fois, le jeune médecin accusa le coup, et baissa les yeux. Trop peu sûr de lui, il prit personnellement une remarque qui n’était destinée qu’à le provoquer à nouveau. Oui, il finissait plus tôt aujourd’hui, mais il avait bien le droit à un peu de repos également n’est-ce pas ? Il en avait besoin en tout cas.

"Ou peut-être qu’il vient, 'vendre sa conversation’ à une femme en manque d’attention ?" Lança l’autre.

"Ah oui, tiens. Il voit souvent une femme qui habite dans le coin depuis quelque temps non ? Dis-moi, c’est pour lui faire la cour que tu dépenses notre argent ou bien tu comptes nous rembourser avec ce qu’elle te paye ?"

Cette fois Yungiri eut un regard outré au possible. Oui, il était déjà allé voir quelques clients à domicile, mais ce que ces hommes sous-entendaient était tout simplement affreusement loin de la réalité. Yungiri ne faisait qu’apporter son soutien à des gens dans la peine par la présence et la parole. Mais plus que le sous-entendu sur ses actions, c’était les médisances sur Saya qui avait choqué le jeune homme. Car, il n’y avait pas beaucoup de femmes qu’il voyait régulièrement et qui habitaient ici. Sauf que ces gens pouvaient dire les pires horreurs sur lui, il s’en fichait. Mais que Saya écope d’une telle réputation par sa faute ? Il en était hors de question. Aussi Yungiri ouvrit la bouche pour défendre son amie, mais il n’eut pas le temps de prononcer le moindre mot, car la réplique suivante le laissa choqué :

"Alors, tu vas nous le rendre notre argent ?"

Il y eut un flottement pendant que Yungiri tentait de comprendre, ayant jusqu’ici manquait les réelles intentions de ces hommes, pourtant maintes fois soulignées dans cette conversation à sens unique. Néanmoins, la question lui paraissait tellement incongrue qu’il n’avait tout simplement pas compris de quoi il retournait réellement. Et on ne pouvait sans doute pas vraiment le lui reprocher.

"Mais… Vous m’avez payé pour des soins, je ne vous dois rien…"

Techniquement, il avait soigné une blessure pour l’un et la maladie de son fils pour l’autre.

"Arrête un peu de te foutre de notre gueule ! On sait que tu factures à la tête, et ça ne nous plait pas !"

"Mais je…"

"On sait que Mitsuri a payé moins cher que nous, alors que les soins à apporter étaient bien plus lourds !" Renchéris l’autre homme.

Yungiri resta muet un instant, choqué.

"Alors !"

"Mais… Mais Mitsuri arrivait à peine à nourrir sa famille, maintenant que ses jambes sont brisées il ne pourra peut-être plus jamais travailler ! Les siens n’ont même pas de terres pour subvenir à leurs besoins… "

Le pauvre charpentier n’avait pas eu de chance dans cet accident.

"Et alors ? Les temps sont durs pour tout le monde et Mitsuri n’est pas à la rue ! Si lui a payé aussi peu, il est normal que tu nous rembourses non ?"

Yungiri resta sans voix. Était-il possible d’avoir aussi peu de compassion ? Il baissa la tête et fixa ses pieds. Même s’il avait voulu, il n’aurait pas pu rembourser ces deux grosses brutes. Oui, les temps sont durs, et le vieux cabinet lézardé n’allait pas prétendre le contraire. Yungiri manquait d’argent pour tout, y compris pour acheter les plantes parfois rares et chères qu’il utilisait pour ses remèdes. Et voilà où était son vrai problème, la haine et les reproches, il pouvait gérer. C’était difficile, mais il pouvait y arriver. Mais le fait qu’il manque aujourd’hui de moyens prouver que ses méthodes n’étaient pas viables et remettait en question tout ce en quoi il croyait. Avait-il fait les mauvais choix ? Où s’était-il trompé exactement ?

"Alors, il vient l’argent ?"

"Mais enfin, arrêtez ! Si mes méthodes ne vous plaisent pas, allez voir un autre médecin !" S’emporta Yungiri, à bout de nerfs. Plus tard, il apprendrait à répondre à ce genre de critique avec davantage de répartie, même si l’idée restait la même.

"Tu oses répondre ? Impertinent !"

L’homme qui le dépassait au moins d’une tête saisit Yungiri par le col avec violence, la peur explosa alors dans l’estomac du jeune médecin.

"Peut-être qu’il faut t’apprendre le respect, espèce de sale gamin. Le vieux Tengûroda a toujours était trop gentil avec toi, ça a sans doute diminué l’effet de la bonne éducation de ton père."

Le cœur au bord des lèvres, Yungiri ne savait pas trop ce qui l’atteignait le plus. L’agressivité des deux hommes, l’évocation de son maître décédé ou bien celle de son père qui ici se transformait en une menace à peine voilée.


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Chizuru Saya

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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Dim 30 Avr - 19:20

Je m’évade dans l’étang du jardin de la maison, admirant la danse des magnifiques carpes koï en cette fraîche journée d’automne. Un frisson sur mon échine me fait relever la tête vers le ciel. Katsuya est parti en mission et son absence se fait immédiatement sentir. Nous sommes de ces couples discrets, que les autres connaissent peu et dont les affaires ne concernent personne. Je tente de n’ébruiter aucun détail de notre vie, aucune erreur que j’aurais pu commettre et je m’efforce, jour après jour, de gagner le respect de chaque personne entourant et servant mon mari par un comportement exemplaire. Les Okimura semblent m’avoir acceptée depuis notre mariage, peut-être même avant cela et ce, malgré ma marginalité. En revanche, je me questionne encore sur leur réaction, le jour où ils apprendront que mon frère est en réalité mon jumeau...

Je pourrais me noyer sous la pression, celle de correspondre à cette norme sociale que mon époux doit respecter pour rester dans les rangs et m’y faire entrer ensuite. Mais chaque minute qui passe, alors qu’il me prend dans ses bras, je ressens tout l’amour qu’il nourrit à mon égard. Et toutes mes peurs, toute cette tension intérieure disparaissent pour laisser place à l’affection infinie que je ressens pour cet homme exceptionnel. Le seul poids qui pèse sur mon cœur est celui de la fierté d’avoir dit « oui » le jour où il m’a demandé ma main puis d’avoir renouvelé ma réponse en face de nos parents respectifs. La honte que je ressens lorsque je me retourne vers les murs de bois de la demeure est une conséquence directe du seul regret qui est le mien aujourd’hui : celui de ne pas pouvoir lui donner d’enfants.

Mais tandis que je me prépare à accueillir mon beau-frère, je me souviens que, même cela, Katsuya réussit à me le faire oublier. C’est donc avec le sourire et en pensant à nos moments aussi intimes que discrets que je me rends présentable pour la première fois de la journée. Plusieurs jours d’entraînement m’ont fait perdre la notion du temps et principalement les séances en compagnie de mon aimé, puisque mon désir était celui de profiter un maximum de sa présence avant son départ. C’est donc seulement en sortant sur l’engawa que je réalise que nous sommes en fin d’après-midi. Assise gracieusement sur le chemin de bois, j’attends mon invité du jour, celui-là même qui m’aide à oublier l’absence de ma source de vie.

J’ai trouvé en l’aîné de mon aimé un réconfort bien différent que celui que les guerriers peuvent apporter. Marginal lui aussi pour des raisons indépendantes de sa volonté, Yungiri-san a su me réconforter de la façon la plus sincère et respectueuse possible, ces derniers temps, afin que je puisse supporter l’absence de Katsuya. Je tente alors de lui apporter tout le soutien possible en tant que belle-sœur, malgré le fait que les occasions de le défendre face aux attaques de son père soient rares et délicates à saisir aux vues de ma position. À mon sens, pourtant, il mérite d’être défendu et de trouver, lui aussi, des raisons d’être heureux, sans chercher à se cacher, tant son altruisme est présent et demande à être exprimé.

Je sors soudain de mes pensées en entendant une voix rauque et peu sympathique s’adresser à quelqu’un, à proximité de la maisonnée. Faisant le minimum de bruit, je m’approche du bon côté tout en me cachant à l’angle du mur, désireuse d’écouter avant de me précipiter pour aider la personne en difficulté. Les différentes provocations tranchantes me semblent familières et de plus en plus adressée à ma personne mais je n’ai confirmation de l’identité de la victime qu’au moment où j’entends sa voix peu assurée répondre tant bien que mal aux agresseurs. Se trouvent à l’extérieur de la pièce d’à côté des bô pour les entrainements quotidiens et j’en saisis un fermement, la moutarde me montant au nez lorsque les menaces s’intensifient à l’égard de la douce personne qu’est l’aîné des fils Okimura.

Je ne me cache plus alors que le plus costaud saisis mon beau-frère par le col et prend l’élan nécessaire pour arriver en quelques pas léger jusqu’à l’agresseur. La surprise l’empêche de retenir sa tête, cette dernière faisant un demi-tour violent sous le coup du bâton asséné sur le centre de son visage. Il en perd l’équilibre, lâche l’apprenti du médecin évoqué un peu plus tôt et m’adresse un regard évocateur.

- La voilà, la Généreuse... dit-il en maintenant l’arrête de son nez, celui-ci commençant à saigner abondamment. Je ne pensais pas qu’elle distribuait aussi ce genre de faveurs.
- Vous devriez remercier cet homme pour ce qu’il a fait au lieu de lui cracher dessus comme un malpropre, dis-je d’un ton ferme et plutôt calme malgré mon état. Il s’occupe de vos proches, de vos familles et même de vous. Quelle reconnaissance a-t-il...
- Tais-toi, femme, dit son comparse en dégainant un tantô. Tu n’as aucun droit de tenir une arme, aussi boisée soit-elle.
- Voulez-vous parler de vos droits de fouler le domaine des Okimura et de menacer leur fils ?
- Cette pauvre chose n’est pas le fils de Ryûrei.

Le blessé se redresse vite et tente de m’assommer d’un coup de poing, que j’esquive aisément pour lui flanquer mon pieu dans les côtes. Il arrive à attraper le bô avec force pour le tirer en avant et agripper mon bras, laissant le temps à son comparse de me maintenir par la taille, plaçant sa lame sous ma gorge et son autre main un peu partout sans grande retenue. J’entends son acolyte rire de façon gutturale et dégoûtante mais je ne panique pas devant l’adversité. Ce ne sont pas des guerriers et, bien qu’ils soient plus forts que moi, je me sais capable de les mettre tous les deux à terre.

Je commence ma manœuvre en soulevant ma jambe pour attraper celle de l’agresseur derrière mon dos et parviens à le faire trébucher. Je récupère mon « arme » d’un revers de poignet et associe mon coude à une nouvelle attaque, sur la tempe du hère devant moi. Il s’écroule comme une masse, inconscient et j’ai le temps de me retourner puis de faire raisonner la matière sur le cou du second encore en forme. Un coup d’estoc de sa part, que je tente d’esquiver, me laisse une entaille profonde sur le bas-ventre mais je n’en n’ai cure pour l’instant et profite de son air satisfait pour approcher mon genou de ses attributs masculins que je gratifie d’un choc bien senti. Lui aussi s’effondre et, ne souhaitant pas m’attarder dans cette ruelle trop longtemps, j’invite mon visiteur à me suivre.

- Ils ne mettront pas les pieds dans la maison. Suivez-moi, nous y serons en sécurité.

J’avance en boîtant légèrement mais sans grande douleur encore jusqu’à la porte, dissimulant la blessure avec ma main pour éviter les questionnements déplacés. Nous parvenons silencieusement à avancer jusqu’à l’entrée, franchissant le premier panneau de papier de riz et, une fois mon invité sur le plancher de mon refuge, je flanche avant de pouvoir enlever mes chaussures. Ma main retirée, je constate que la plaie saigne davantage que je ne le pensais. Je serre les dents, les tissus commençant à me lancer et regarde la personne qui s'y connaît mieux que moi.

- Je suis navrée de vous accueillir chez moi dans ces conditions, Yungiri-san... dis-je en tentant de contenir mes expressions de douleur malgré l’augmentation de cette dernière. Une fois ceci arrangé, je vous offrirai volontiers un thé... et nous pourrons discuter de tout cela.

Bien incapable de raccommoder cela de mes propres mains, j’espère que le successeur de Yosuke Tengûroda pourra m’aider à son tour.


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Dernière édition par Chizuru Saya le Dim 14 Mai - 10:39, édité 2 fois
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Haruaki

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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Dim 30 Avr - 22:42

Il y eut un bruit de coup, et la douleur irradia bien ses entrailles, mais pourtant pas comme il s'y était attendu. Ce fut plus court, et moins intense. Non, à place la prise de son agresseur se relâcha et il tomba lourdement sur le sol. Estomaqué, choqué, Yungiri resta un instant là où il était tombé, incapable du moindre mouvement ou même de comprendre ce qu'il venait de se passer. Quand il vit son agresseur avec le nez ensanglanté, il commença à comprendre, mais c'est surtout d'entendre la voix de sa belle-sœur qui lui fit saisir toute l'ironie, mais aussi la dangerosité de la situation.

"Cette pauvre chose n’est pas le fils de Ryûrei."

Alors qu'il commençait à retrouver son calme, se servant de la présence rassurante de Saya, le jeune empathe accusa le coup. Il piqua du nez pour fixer le sol et se mordit la lèvre jusqu'au sang. Néanmoins, ces gens préféraient visiblement l'échange de coups à l'échange de mots et le combat reprit brusquement. Chaque coup porté à l'un ou l'autre provoquait des nausées pour le pauvre Yungiri, spectateur impuissant de cette mascarade dont il se savait responsable. Mais quand Saya fut immobilisée avec une lame sur la gorge, Yungiri sauta sur ses pieds et parvient de justesse a retenir son cri effrayé. Heureusement, Saya se dégagea rapidement de la prise de son agresseur.

La suite de l'enchaînement fut un peu trop rapide pour que Yungiri en saisisse toutes les subtilités. Pourtant il ne retient qu'une chose, le coup qui, il en fut certain, atteignit rudement Saya. Quand sa belle-sœur rentra dans la maison, il la suivit docilement, évacuant les dernières étoiles qui dansaient devant ses yeux après tout ce déchaînement de violence. Le temps d'arriver à l'abri de la demeure familiale, Yungiri était entièrement concentré sur Saya. Il sentait sa douleur, et retient une grimace quand elle retira sa main pour dévoiler la plaie. Pourtant il resta très calme, du moins en apparence, car son esprit était en proie à la peur viscérale de perdre sa belle-sœur, la femme de son cher petit frère. Néanmoins, il parvenait à se résonner, la plaie était vilaine, mais pas mortelle.

"Je vais regarder ça." Dit-il calmement.

Endossant alors son habit de médecin, Yungiri soutient Saya jusqu'à une pièce calme et l'allongea sur le futon. L'empathe demanda à sa belle-sœur d'enlever le haut de son kimono pour qu'il puisse examiner la plaie. Professionnel, ses yeux ne firent aucun écart. La blessure s'étendait sur le côté de l'abdomen, mais heureusement, aucun organe ne semblait touché.

"C'est bénin, mais il serait plus prudent de recoudre pour minimiser les risques d'infections." Expliqua le jeune médecin.

Il bénit à ce moment la sacoche qu'il avait emportée et dont il ne se séparait pour ainsi dire jamais. Il en sortit un linge propre qu'il posa sur le futon pour éviter que le sang le ne le salisse. Sur un autre, il étala un gel composé d'extrait de plante aux vertus anesthésiques, menthe et piment avec des traces de curare notamment, qu'il apposa délicatement sur la blessure. Ses gestes étaient surs et précis. Il indiqua ensuite à Saya de ne pas bouger. Il sortit un instant, attrapa une servante de passage et lui demanda un bac d'eau propre. L'autre s'exécuta sans poser de questions. Une fois le bac en mains, Yungiri revient auprès de la blessée. Sur un nouveau linge, il versa un liquide composé d'extrait d'opium.

"Ce composé va vous étourdir un peu. Mais ça ne prendra que quelques minutes, rassurez-vous."

Sur ces mots, Yungiri encouragea Saya à respirer le linge. Ce qui eut en effet pour conséquence de détendre la jeune femme et de la sédater quelque peu. Yungiri empoigna alors une aiguille et du fil et découvrit la plaie pour la recoudre d'un geste sûr. Effectivement, en quelques minutes il avait terminé et il retira également le linge servant à sédater Saya. À ce stade, Présence Hypnotique était déjà active depuis plusieurs dizaines de minutes, aidant la blessée à supporter la douleur, et ce, sans que Yungiri n'en ait vraiment conscience. Finalement, il banda la blessure avec un pansement enduit d'extrait de plantes aux propriétés antiseptiques et cicatrisantes telles que le thym ou la camomille.

Saya était encore un peu dans les vapes après tout cela. Aussi Yungiri quitta-t-il la pièce pour ranger et nettoyer son matériel. Il eut le temps de faire un thé et de ramener la théière et les tasses fumantes sur un petit plateau qu'il posa sur une table basse à laquelle il s'installa pour veiller sur le réveil de Saya. L'ensemble de ses actions depuis qu'ils étaient rentrés n'avait pas dû prendre plus d'une demi-heure.


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Chizuru Saya

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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Dim 14 Mai - 11:36

La compréhension et l’apparent apaisement présent dans le regard de mon beau-frère suffit à faire disparaître les résidus de stress découlant du bref combat précédent. Je le laisse m’aider à marcher jusqu’à une pièce vide et rassurante de la maison, attentive malgré tout aux présences et rencontres possibles. Les on-dit allaient terriblement vite et, bien que j’accepte sans concession le caractère particulier de mon soigneur du moment, sa réputation était des plus houleuse. Ma dernière envie est qu’on imagine une relation entre lui et moi alors que Katsuya se trouve absent...

C’est pourtant sans plus penser au regard des autres que je m’installe sur le futon, me concentrant uniquement sur mon souffle afin de calmer la douleur tonnante de ma plaie. Je ne peux m’empêcher de légèrement rougir à sa demande de retirer mon vêtement, l’idée-même de me retrouver partiellement nue devant un autre homme m’étant déplaisante sur l’instant. Mais ses yeux se concentrant uniquement sur l’objet de mon mal, je n’hésite que quelques secondes à découvrir le haut de mon corps sur mon bandage de poitrine puis sur mon bas-ventre, attardant mon regard sur le mur à proximité pour tenter de chasser mon embarras le temps de ses manipulations.

Je le laisse préparer le lit pour les soins, hochant simplement la tête à sa remarque sur les risques. Une fois ceci fait, je m’étends difficilement, grimaçant à la vue du sang. Cette blessure est ma première véritable preuve de combat et j’éprouve une certaine fierté en posant une œillade dessus. Les joues toujours empourprées, je ne peux cependant pas m’empêcher de me demander ce que Katsuya pensera de cela... M’en voudra-t-il d’avoir abîmé ce corps qu’il aime tant découvrir à chacun de nos échanges ? Mon visage prend feu, se nourrissant de l’audace venue de penser à des moments comme ceux-ci en la présence de son aîné.

Les paroles de ce dernier me font revenir à la réalité et je comprends qu’il a étendu sur ma plaie un linge enduit d’un onguent apaisant, sentant délicieusement bon et fort. Lorsqu’il revient, je suis déjà plus paisible, d’autant plus qu’il m’explique chacun de ses gestes délicats. Je hume sans plus de concession le tissu, m’imprégnant de cette nouvelle odeur dont les effets se font vite sentir. Je ne sens qu’à peine ses doigts délicats se poser sur ma peau, les « coups » que l’inflammation me donnaient quelques minutes auparavant ayant complètement disparu. Les yeux à moitié fermés, je laisse un sourire m’échapper, satisfaite d’avoir pu aider quelqu’un de si gentil.

Je reprends conscience après un moment, sans que je ne puisse estimer combien de temps je me suis trouvée ainsi. Le parfum du jasmin prend le dessus sur le mélange de plantes guérissant ma plaie et je réussis à m’assoir sans trop de difficultés pour me rhabiller. L’expression bienveillante de l’ancien apprenti rencontre mon embarras encore présent mais je réussis à ne pas en tenir compte pour m’avancer lentement en face de mon soigneur.

- Arigato gozaimasu, dis-je en m’inclinant légèrement, le mouvement étant encore difficile. J’aurais préféré vous accueillir décemment, Yungiri-san. Je me réjouissais d’entendre vos récits. Et finalement... c’est vous qui avez préparé le thé.

Je ne remonte mes yeux vers les siens que lorsque je suis certaine de la majeure disparition de ma gêne, retrouvant un ton de voix serein et une envie de profiter de cette présence connue.

- Vos promenades sont-elles toujours aussi mouvementées ? Je ne me rendais pas compte de cette agitation permanente, bien que j’en aie connaissance. J’insisterai auprès d’Okimura-san pour qu’on punisse ces abrutis. Ils n’ont pas à vous juger, après tout ce que vous avez fait pour eux.

Je porte le doux breuvage à mes lèvres, plus heureuse que je ne le pensais de me désaltérer.

- Vous méritez qu’on s’occupe de vous, tant vous pensez aux autres. D’ailleurs... Je m’approche et plisse les paupières pour être certaine de bien distinguer ce détail. Il me semble que vous devriez vous attarder sur votre lèvre. Vous ont-ils frappé avant que je n’intervienne ?

Il ne me semble pas qu’ils aient monté autant les tours avec leur victime du moment mais je suis soudain inquiète que les conséquences de ce conflit soit allé beaucoup trop loin et qu’il rappelle à l’aîné de la fratrie de bien mauvais souvenirs en lien avec son père. En détaillant le reste de son visage, je réalise à quel point son cadet lui ressemble, bien que Katsuya affiche plus de masculinité. C’est un timide sourire qui prend place sur mes traits et j’attends sa réponse ainsi que le motif de sa visite en espérant que le généreux jeune homme puisse rapidement passer à autre chose.


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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Dim 14 Mai - 19:36

Plus d'une quinzaine de minutes passèrent avant que Saya ne reprenne conscience. L'opium était un sédatif efficace, mais avec le dosage auquel Yungiri l'utilisait, il assommait plus qu'il n'endormait. Néanmoins, couplé à ses pouvoirs, c'était souvent suffisant pour ce qu'il faisait. Et pendant ce temps, Yungiri laissa peu à peu tomber son rôle de médecin. Installé à la table basse, devant la théière fumante, il prit peu à peu conscience de ce qu'il s'était passé exactement. Ses pratiques à part lui avaient encore une fois value de belles critiques, critiques auxquelles il n'avait pas su répliquer. Yungiri serra les poings et mal mena à nouveau sa lèvre inférieure. C'était sa belle-sœur qui était étendue là, par sa faute. Il était responsable de la blessure de la femme de son frère. Qu'est ce que ce que Katsuya allait dire ? Il ne le saurait pas de suite néanmoins, son frère était loin. L'empathe soupira lourdement. Si Katsuya avait été là, sans doute rien de tout cela ne serait arrivé, son cadet l'aurait protégé, comme il le fait souvent. Yungiri se désespérait, était-il donc si faible pour qu'il faille toujours quelqu'un à ses côtés ?

Finalement, il perçut Saya revenir à elle et décida de servir le thé pour accueillir son réveil. Heureux et soulagé de la voir se relever, il couva la jeune femme d'un regard tendre. Même si, sentant son embarras, il fit tout pour se rendre le moins envahissant possible et détourna les yeux quand elle se rhabilla, histoire de lui laisser l'espace dont elle avait besoin pour reprendre totalement ses esprits. Il balaya ses remerciements d'un geste et lui tendit une tasse encore chaude et odorante. Quand elle parla de prévenir son père, ses yeux s'emplirent d'une terreur évidente, mais il réussit à garder son calme.  Il prit avec elle une gorgée du liquide aux reflets vert et aux odeurs de fleur, appréciant l'apaisement procuré. Il cacha la gêne qui lui monta aux joues avec les mots suivants. Quand Saya s'approcha de lui, il eut le réflexe de reculer légèrement, mal à l'aise tout d'un coup. À sa remarque, il porta les doigts à sa lèvre, mais devina assez vite de quoi il s'agissait.

"Non rassurez vous Saya-san, ils ne m'ont pas frapper, je me suis juste mordu en tombant. Un petit mensonge, mais il ne voulait pas l'inquiéter davantage. Grâce à vous je n'ai rien, c'est à moi de vous remercier. Continua-t-il en s'inclinant. Mais par pitié ne recommençait plus jamais une folie pareille ! Sa voie se fit un peu plus pressante. Ne vous mettez plus jamais en danger pour moi, que dirait Katsuya ? Je n'en vaux pas la peine, je préfère encore prendre des coups plutôt que de vous voir blessée à nouveau ! Et puis, ce n'est pas comme-ci je n'avais pas un peu l'habitude d'encaisser... Et s'il vous plaît, n'en parlait surtout pas à mon père, ou je subirais à nouveau sa colère, ce que je préférerais éviter, j'avoue..."

Sa voix, si assurée et déterminée quand il s’agissait d'écarter Saya du danger, s'était peu à peu éteinte sur la fin de son discours. Désormais, Yungiri regardait avec obstination ses poings serrés sur ses genoux.


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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Dim 11 Juin - 16:55

Katsuya parlait peu et offrait un soutien discret à son frère. C’est ce que j’avais pu constater depuis que nous nous fréquentions et surtout depuis le mariage. Pourtant, mon époux avait pu aborder le fait que les relations difficiles de Yungiri-san avec le chef de famille empêchaient les Okimura de prospérer comme leurs ambitions l’entendaient. Mon beau-père savait s’imposer mais devait constamment lutter contre l’image dégradante qu’on lui renvoyait de son premier né. Or, au-dessus de ces insultes, les plus terribles étaient celles que cet homme imposait à son enfant à chacune de leurs rencontres.

Elles étaient devenues rares et, heureusement, l’ascendant comme le descendant s’en portaient bien. Mais les rumeurs et autres moqueries ne finirent jamais de grandir, au grand damne du responsable de la famille, qui s’en retrouvait fatigué de défendre son bout de pain à longueur de temps. Cependant, je réalise à l’instant que la plus grande souffrance n’est pas celle de celui qui laissa une suite derrière lui mais bien de cette suite elle-même. Car si j’avais été blessée quelques instants plus tôt, Katsuya l’avait été bien plus de fois encore... et je n’ose pas imaginer ce qu’endure encore aujourd’hui Yungiri-san au quotidien.

À ses réactions prévenantes et aussi à son timide mais présent embarras lorsque je me rapproche de lui, je devine que l’apprenti soigneur garde beaucoup de choses pour lui derrière des excuses ou des mensonges. Je recule alors à mon tour, écoutant sa réponse avec attention et devinant ce qu’il cherche à ne pas dire derrière son évitement, ses remerciements et son inquiétude. Je rougis d’abord de tant de sollicitude. Puis, voyant que son altruisme disparaît derrière la crainte que des souvenirs douloureux lui évoquent, je ne peux m’empêcher de crisper, comme mon beau-frère, mes mains sur mes genoux.

Un silence a le temps de s’installer entre nous mais je le romps, brusquement, sans pourtant m’énerver. Mon ton est ferme mais je donne peu de voix, si légère que je doute qu’il puisse m’entendre au départ. Je tiens pourtant à lui transmettre toute la frustration que je ressens face à l’injustice de sa situation.

- Toujours – que les Kami entendent des remerciements – j’ai réussi à rester moi-même. Depuis petite, j’ai poursuivi ce que je pensais devoir réaliser et, même si cela a parfois pris beaucoup de temps, j’ai su rester fidèle à mes convictions. J’ai moi aussi vécu des choses difficiles à cause de ce que les gens croyaient. Et qu’ils soient pauvres ou riches ne m’importaient pas... seules leurs critiques me faisaient du mal. Désireuse de protéger mes parents et mon frère, j’ai caché ma douleur, comme vous, pendant des années. Mais cela m’est devenu rapidement insupportable.

J’ai compris que ce n’est pas juste que des personnes si douces et volontaires en viennent à subir des choses si difficiles. Personne n’a à souffrir de jugements infondés, encore moins les plus fragiles. C’est dans le but de me défendre et de les protéger tous, ardemment, que j’ai commencé à m’entraîner en secret. Il y a un instant, j’ai été capable de briser la volonté de ces hommes pour laisser la vôtre s’exprimer. Plus jeune, j’aurais prié les Kami de me pardonner une telle offense... Maintenant, je leur demande de me prêter leur grâce si cela me permet de recommencer.

Parce que la société n’a pas accepté mes différences, j’ai trouvé un moyen de les masquer derrière une détermination sans faille pour attendre ce que je chéris. Et je suis profondément convaincue, même si je ne fais pas encore partie de l’armée d’Okaruto, que ce positivisme me permettra d’obtenir ce que je souhaite. Je ne crois pas qu’il s’agisse de vanité... mais plutôt d’une extrême envie de vivre et de faire vivre les autres, ceux qui le méritent, au-delà du possible s’il le faut.


Je réalise que j’ai bien trop parlé mais je ne m’arrête pas encore, une fois rapprochée de cet aîné déconcerté, de son côté de la table.

- Katsuya est le premier à penser que vous en valez la peine. Et je suis convaincue qu’il ne me reprocherait pas d’avoir secouru son frère. Parce qu’il ne fait pas partie de ces gens s’arrêtant aux apparences. Katsuya aime le cœur des gens avec le sien et c’est pour cela que nous suivons le même chemin... Alors... Gomen, Yungiri-san, d’autres nez seront brisés pour vous si cela se reproduit et que je suis dans les parages.

Je souris, très largement, avant de finalement conclure sur une nouvelle note positive.

- En revanche, il n’est pas d’habitude à avoir de recevoir des coups. Et par respect pour tout ce que vous avez fait pour moi et ce que vous ferez encore pour ceux qui en eux besoin, je ne dirai rien à votre père... si cela est votre souhait.

Détournant finalement le regard, les joues à nouveau rosies – de satisfaction mais de gêne aussi, d’avoir été si familière – je sers du thé à mon hôte pour reprendre ce rôle d’épouse que je suis sensée endosser de manière officielle et au sens où les convenances le veulent.


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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Sam 24 Juin - 15:04

Avec un silence presque religieux, Yungiri écouta cette femme forte et déterminée parler de sa vie et ses rêves. L’empathe admirait Saya, pour cette force de caractère inébranlable. Lui aussi, il voulait poursuivre la voie qu’il avait choisie, peu importe les difficultés du moment, les insultes ou les moqueries. En serait-il capable ? La différence, dont il prit conscience à cet instant, était peut-être que toutes ces critiques ne l’atteignaient pas, pas personnellement. Non, le monde entier pouvait penser ce qu’il voulait de lui et de ses méthodes, il s’en fichait éperdument. Seul lui importait le fait de soigner et d’aider autrui, s’il parvenait à faire cela, alors il serait heureux.

Et c’était bien ce qui terrorisait le jeune médecin en depuis plusieurs semaines : il doutait de parvenir à cet objectif qu’il considérait comme plus important que sa propre vie. Il lui manquait quelque chose, et le manque d’argent de ces derniers temps n’en était que le symptôme. Néanmoins, Yungiri n’arrivait pas à comprendre ce qu’il faisait mal. Alors il doutait : ses choix étaient-ils les bons ? Ses actes avaient-ils du sens ? Devrait-il porter plus attention à ce qu’on disait de lui justement ?

Mais en cet instant, la force de Saya semblait transportée par ses mots pour venir directement réchauffer son cœur. Au contact de la détermination de la jeune femme, ses propres doutes se dissipaient comme la brume dispersée par le soleil. Alors non, Yungiri ne se sentait pas personnellement victime d’injustice, mais tout comme Saya, il désirait la combattre. Et alors qu’elle évoquait son propre rêve avec tant de courage, Yungiri se promit de suivre les traces de la jeune femme. Leurs armes étaient différentes, mais leurs objectifs convergeaient. Voilà pourquoi, il appréciait tant sa belle-sœur.

Et tandis qu’elle évoquait Katsuya, l’empathe comprit qu’il avait mal jaugé ses paroles précédentes. Bien sûr que l’évocation de son frère ne dissuaderait pas Saya de s’opposer aux éventuelles menaces qu’il recevrait, au contraire même. Il devrait donc trouver un autre angle de négociation. Mais pour le moment, le fait de parler de son cadet lui donna surtout un sourire tendre. Qu’est-ce qu’il lui manquait ! Et même s’il avait confiance en la force de son frère, il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour lui.

Yungiri hocha la tête à la dernière phrase, il était reconnaissant à Saya de le comprendre et d’accepter de garder le silence sur cet incident. Un sourire doux s’était peu à peu formé sur ses lèvres au fil de la discussion, et il s’élargit doucement, tendrement, quand il perçut la gêne mêlée de satisfaction de la jeune femme. Et l’empathe eut un petit rire discret quand Saya servit le thé, ce rôle d’épouse modèle ne lui convenait pas vraiment. Yungiri s’inclina alors, posant le front contre le tatami devant la jeune femme.

"Merci, Saya-san, merci de votre compréhension, mais surtout, merci de m’avoir ouvert ainsi votre cœur. Déclara l’empathe en se redressant. Vos mots sont emprunts de force et courage, et seront source d’inspiration pour moi."

À cet instant, Yungiri se demanda furtivement si Saya avait devinait qu’il avait ainsi besoin d’encouragement, et si oui comment. Mais en soi, peu importait, le tout étant que ces mots lui aient redonné un peu d’espoir.

"Vous êtes une personne extraordinaire, forte et intègre. Mon frère a de la chance de vous avoir, il serait fier de vous. Une expression de tendresse triste passa sur le visage de l’empathe, on sentait que son cadet lui manquait. Soit, par respect envers votre résolution, je n’essaierai pas de vous dissuader de prendre ma défense comme vous l’avez fait tout à l’heure. Mais comprenez bien une chose, Saya-san, je préfère mile fois encaisser les insultes et mêmes les coups de ces brutes que de vous voir blessée à ma place. Sérieux, Yungiri parlait ici avec sincérité. Je n’ai pas votre force ou votre talent pour le combat, mes atouts sont autres, mais je ne suis pas totalement désarmé pour autant."

À cet instant, Yungiri essayait pourtant de se persuader de ses mots. Néanmoins, voilà ce que son maître lui avait patiemment transmis, ce que leur voyage avait révélé à ses yeux : il n’était pas faible. Alors, rassemblant toute sa détermination, Yungiri se promit de suivre la voie que Tengoruda avait dessiné pour lui, peu importe les difficultés rencontrées.

"J’ai encore beaucoup à apprendre, ne serait-ce que pour affronter dignement les critiques. Mais, m’inspirant de votre détermination, je suivrais la voie que j’ai choisi. Ensemble, nous réaliserons nos rêves respectifs."

Cette fois, Yungiri semblait plus sûr de lui, souriant, motivé. Il en était certain, côte à côte, ils pourraient y arriver. Il soutiendrait, Saya envers et contre tout, et en cet instant, il savait qu’elle ferait de même pour lui.


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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Sam 22 Juil - 17:15

Reprenant mes esprits grâce à mes gestes maîtrisés et mon sens appliqué du service, je pense pouvoir me remettre de mes émotions en terminant de remplir les contenants devant nous. Mais il n’en n’est rien car mes yeux se posent sur le changement de position du Soigneur et je les écarquille de surprise au moment où il s’incline le plus bas possible. Je manque de renverser l’une des tasses, rougissant davantage tandis qu’il retrouve mon regard pour commencer à parler. Jamais je n’aurais songé mériter de tels remerciements, si sincères et découlant directement de mes actes ou de mes expériences...

Je manque un instant de cacher en vitesse mon visage mais ses compliments me figent sur place, paralysant mes membres engourdis par la gêne mais aussi par une infinie reconnaissance. Le souffle court, je m’efforce de tout écouter par politesse mais ne souhaite que l’interrompre pour l’informer que c’en est trop pour moi. En lieu et place de pouvoir le faire, je sens des larmes d’émoi monter sur le bord de mes paupières avec une volonté certaine de rejoindre cette assurance que l’homme dégage soudain, de façon inattendue à la fin de sa déclaration.

Ses propos clos par une promesse à peine déguisée, je sens mon visage s’humidifier et ma gorge se dénouer lorsqu’enfin je ferme les yeux et plonge ma face dans mes mains sans retenir mes sanglots pendant quelques instants. Je ne sais pas comment mon beau-frère pourrait interpréter mon attitude mais je n’en ai cure, profondément convaincue qu’il attendra patiemment l’accalmie de mes sentiments pour y répondre. Je découvre à l’instant pourquoi cette personne me touche autant et ce n’est que lorsqu’enfin ma respiration s’apaise que je réussis à ignorer mon empourprement, à sécher mes larmes et à répondre à ses éloges, mes mains finalement placées en masque sur mes expressions.

- Je me suis battue, certes... mais je ne mérite pas tant... Vous savez, si un jour mon époux formule cette fierté dont vous parlez, je ne saurai plus où me mettre... Je ne désire pas être un exemple, vous en êtes un à vous tout seul... et je suis bien la seule chanceuse de vous connaître, vous et votre frère... Alors c’est à moi de dire « merci ».

Défiant les convenances d’un tout à chacun, je frotte ma main droite sur mon vêtement sans oser le regarder. Une fois sûre qu’elle soit complètement sèche, je saisis les doigts fins de celui qui sera mon soutien pendant de nombreuses années, sans que je ne le sache encore.

- Vous êtes une magnifique personne, Okimura Yungiri. Et je ne peux que souhaiter que le bonheur vous embrasse comme il le fait avec moi depuis déjà deux années. Oui... Ensemble, nous réaliserons nos rêves respectifs... réussis-je à dire en liant mon auriculaire au sien, défiant le plus écarlate pétale de camélia.

***

Dans ces romans que j’ai pu lire en l’absence de mon mari, la pluie lave les drames et purifie les souillures. Cependant, elle annonce la laideur d’un moment. Jamais il ne fait beau à l’annonce d’une terrible nouvelle ou d’une bataille. Les jours heureux reviennent seulement lorsque le héros, remis de ses peines, fait preuve de résilience. Mais jamais avant. Et le temps dure, dure, dure pour arriver à ces instants où le protagoniste souris à nouveau à la vie en reconstruisant la sienne. Pourquoi n’est-ce qu’aujourd’hui que je réalise que ma vie n’est pas un roman ? Et que ce qu’il se passe à l’instant aurait pu m’achever si j’avais été seule à lire ce document ?

Les secondes semblent des heures. Watanabe Shin, Samouraï Okaruto, se trouve devant moi, trempé, la mine éteinte et je ne trouve aucune force pour relever la tête afin de réagir au pli qu’il est venu me transmettre en personne. Je n’arrive pas à lire le nom ou la fonction du signataire et je m’en fiche... le seul kanji que je distingue sur le papier est celui désignant mon époux, duquel ce courrier m’annonce la mort vaillante au combat. Je suis sa vie et il est la mienne... je devrais me sentir si fière de prendre connaissance d’une telle communication. Combien de femmes avais-je vu pleurer aux retours de leurs hommes mais aussi à l’absence de ces derniers ? Jamais je ne m’étais sentie concernée.

Enfin, je trouve la force de monter mes yeux vers son frère d’arme, qui se raccroche à mes billes azurées avec le peu d’énergie qui lui reste, pour entendre ce que je vais formuler. L’eau emplit mes yeux telle un voile mais je ne cède pas. Je ne veux pas parler à celui qui l’a vu périr. Peut-être l’a-t-il même aidé à mourir dans l’honneur ? Rien, je ne veux rien savoir, malgré toute cette complicité que nous avons tissée avec le temps. Malgré toute la bonne volonté que je peux lire dans ses charbons charmeurs.

- Tu devrais rentrer, Shin... dis-je, la voix tremblante. Merci... pour le message.

Il me parle, inquiet de me laisser seule. Il sait à quel point j’aime celui qui a disparu et à quel point je ne pourrai plus l’aimer. Il a peur que je m’ôte la vie, comme beaucoup d’épouses le font. Il veut me retenir mais je le repousse d’un pas en arrière. Lentement, je ferme la porte comme je ferme mes yeux. Mes larmes trempent ma main chiffonnant le papier de riz que je souhaite brûler.

Tel un fantôme, je déambule dans les couloirs de la demeure familiale. Mais nous n’étions qu’un couple car je n’ai pas su lui donner d’héritiers avant qu’il nous quitte... Je dois plusieurs fois me tenir aux parois pour ne pas flancher, jusqu’à atteindre la pièce désirée et mon objectif. Je frappe sur le montant de la porte mais mon beau-frère séjournant encore en ces lieu ne s’y trouve pas, il arrive dans mon dos. Mes phalanges sont blanchies, tant je souhaite faire disparaître ce torchon de mensonge. Mais ce torchon n’est que stricte vérité.

Et tandis que je me retourne pour me confronter à cet air de famille, je m’écroule sur le sol, à bout de forces, à bout d’espoirs, à bout d’amour... et je pleure son nom à son aîné, doucement. Puis de plus en plus fort, comme si mon aimé se trouvait encore dans la maison. Ou quelque part ailleurs qu’en moi.

- Katsuya... Katsuya... Katsuya... dis-je alors que Yungiri-san se penche, attentif à mon infinie souffrance, celle que nous partagerons sous peu.


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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Jeu 27 Juil - 12:43

Il sentit la gêne de Saya tandis qu’il parlait, mais tenait vraiment à terminer ses propos, reconnaissant en cet instant envers la jeune femme de le laisser finir sans l’interrompre. Néanmoins, il ne s’attendait pas forcément à ce que sa belle-sœur pleure ainsi après ses mots. Seul le fait qu’il percevait que c’était de l’émotion et non de la tristesse lui permit de rester tranquille, un petit sourire gêné sur le visage, attendant la fin de la crise. Sa belle-sœur était décidément bien sensible, il faudrait qu’elle apprenne, car il se savait être quelqu’un d’honnête qui disait les choses sans détour, toujours gentiment, mais sans détour. Alors si elle pleurait à chaque fois qu’il lui faisait un compliment…

Pourquoi pleurait-elle d’ailleurs ? Yungiri n’en était pas bien sûr. Peut-être simplement que Saya était sensible ? Peut-être que la jeune femme était éprouvée par l’absence de son mari ? Peut-être que ses mots avaient, sans le vouloir, fait échos à autre chose ? Dans tous les cas, par empathie, il avait désormais lui aussi les yeux un peu humides.

Yungiri sourit tendrement aux paroles de Saya, puis il baissa un peu les yeux, cachant le rouge lui montant aux joues. Il n’était pas vraiment certain non plus de mériter ces compliments en cet instant. Néanmoins, c’était toujours agréable à entendre. Il eut un grand sourire quand Saya lui rendit sa promesse c’était… un peu idiot peut-être… Mais sur le moment, ça lui donnait force et courage, ça le rassenait dans sa motivation. Il avait l’impression d’avoir un soutien indéfectible en la personne de Saya, et cela le rassurait, lui redonner foi en l’avenir. Si une personne comme elle croyait en lui, le soutenait, il y arriverait, n’est-ce pas ? Il le devait en tout cas. Bien sûr, il avait déjà la mémoire de son maître, son frère et encore sa mère, mais le fait d’avoir ainsi un soutien proche et disponible était toujours plus motivant en un sens.

Après ce déferlement d’émotion, sans doute la discussion trouva-t-elle des sujets moins lourds en sentiment, mais certainement pas moins importants pour les deux jeunes gens.

✧✧✧


Hiyori, An 31, Ete

Il y avait ces jours où une ombre semblait planer au-dessus des mortels, ces jours où un mauvais pressentiment étreignait le cœur et comprimait la poitrine. Yungiri ne croyait pas aux présages, les kamis avaient sans doute bien mieux à faire que de s’occuper de communiquer, par des signes mystérieux, avec les pauvres âmes qu’étaient les hommes. En revanche, l’empathe croyait en la force de l’esprit, il pensait que celui-ci était capable de percevoir inconsciemment des évènements, des indices, qu’il transmettait ensuite sous cette forme de sentiments diffus, lourds et oppressants. Cette intuition qui laissait présager des catastrophes sans autres éléments conscients qu’un malaise inexplicable pour la raison.

Avec le temps, Yungiri avait appris que ces impressions étaient souvent dictées par son côté angoissé, n’ayant la plupart du temps pas d’autres origines que ses propres peurs. Peut-être que, parfois, il y avait des explications plus externes, peut-être avait-il vu beaucoup de cas graves dans sa journée, peut-être qu’un patient en particulier l’avait secoué. Mais jamais rien de surnaturel ou même simplement d’inhabituel et de grave pour justifier son mal-être. Alors, des jours comme aujourd’hui, l’empathe avait simplement appris à mettre de côté ses sensations trompeuses qui perturbaient son jugement.

Pourtant, alors qu’il bravait la pluie pour revenir à la maison familiale, quelque chose de froid prenait peu à peu place dans sa poitrine. Pourquoi ? Pourquoi l’ombre qui s’éloigna de la porte, tête basse, lui glaça le sang à ce point ? Pourquoi il envisagea réellement le pire alors qu’il n’avait même pas vu son visage, trop lointain, perdu dans la pénombre de cette pluie abondante, caché sous son chapeau de voyage. Pourquoi pressa-t-il le pas avec tant d’urgences ? Dans un coin de son esprit, quelque chose se mit en place avec un claquement macabre : voilà un moment que Katsuya n’avait pas répondu à leurs lettres, voilà un moment qu’il était parti…

Les derniers mètres, il les courut, abaissant son parapluie pour en pas être gêné dans sa course. Il ouvrit la porte avec une certaine violence, mais trouva un couloir vide. L’angoisse toujours chevillée au corps, Yungiri se força au calme. Il respira doucement, prit le temps de ranger avec des gestes délibérément lents son parapluie et sa sacoche contenant son fidèle matériel et ses achats du jour. Trempé par la pluie, il chercha un occupant de la maison, la démarche fébrile, le souffle court malgré ses efforts.

Quand il trouva Saya, penchée sur la porte de ses appartements, il la rejoignit d’un pas pressé. Il posa une main compatissante sur son épaule, mais son visage était fermé, tendu par cette angoisse grandissante. Il voyait bien le papier qu’elle tenait avec la force du désespoir, faisant blanchir ses phalanges. Il n’en voyait pas le sceau, mais intérieurement, il savait ce que c’était. Car il avait bien perçu que l’ombre s’éloignant de la maison était armée : c’était un samouraï. Car il sentait la détresse sans nom, infinie, de Saya. Alors, il avait une vague idée de ce que cette lettre pouvait contenir, mais il ne voulait pas se l’avouer, il ne voulait pas l’entendre non plus.

Il accompagna Saya dans sa chute sur le plancher, il la soutient. Il resta auprès d’elle avec calme alors même que tout son corps, tout son être, voulait rejeter ce qui se passait sous ses yeux et fuir loin, très loin de tout cela, du désespoir déchirant de Saya qui lui lacérait le cœur aussi surement que la pointe d’un sabre.

Enfin, les mots sortirent, entre deux sanglots désarmants. Yungiri ferma les yeux, retenant ses propres larmes, ultime geste de son refus. Non..., non, non, non ! ce n’était pas possible ! Pas lui, pas son frère… Il pria Kasugami, non, tous les kamis et tous les esprits qu’il connaissait de le réveiller de cet affreux cauchemar, mais le salut ne lui fut pas accordé.

Un instant, la pensée qu’il n’était peut-être que blessé s’instilla dans son esprit, douce espérance. Mais le désespoir profond, pur et infini de Saya englouti sans remord cette petite lumière. Non, il n’était pas que blessé, sinon la jeune femme ne serait pas dans un tel état. Alors Yungiri referma les bras autour de sa belle-sœur, sa prise était peut-être un peu tremblante, mais sa voix fut calme quand il parla :

"Je sais… Je le sens…" Un simple murmure, que pouvait-il dire d’autre ?

Oui, il sentait, autant la mort de cher petit frère que la souffrance brute et sans fond de sa veuve. Alors, il entoura Saya de son corps, de sa chaleur, se plaça en soutien pour recueillir ses larmes, ses cris, sa douleur et plus encore. Lui ne pleurait pas, pas une larme ne s’échappa de ses yeux trop secs, et même si la souffrance tirait visiblement ses traits, sa respiration était calme. Il était comme détaché. En réalité, il se concentrait sur Saya en cet instant, sur le rôle de soutien, d’ancre qu’il se donnait pour la jeune femme, Yungiri fonctionnait ainsi. Ses propres digues, ses propres barrières, céderaient plus tard, quand il n’aurait plus personne de qui s’occuper. Ce serait violent, dévastateur, mais en attendant, il cadenassait tout, se contrôlait, retenait ses émotions destructrices entre désespoir et culpabilité, haine et souffrance.

Il laissa Saya pleurer, encore et encore, jusqu’à ce que l’épuisement affaiblisse les sanglots et les détende un peu les muscles crispés. Alors, il releva Saya, doucement mais fermement, il la conduisit dans ses appartements, la fit s’asseoir, lui donna un mouchoir, lui dicta de ne pas bouger le temps qu’il prépare une infusion. Alors, il mit l’eau à bouillir, alla chercher quelques herbes et son mortier puis revint auprès de Saya, s’installant à côté d’elle. Doucement, le sifflement de l’eau s’échauffant et le bruit régulier du mortier emplirent la pièce, donnant comme des ancres aux esprits dérivants dans la souffrance.

Yungiri ne dit rien, il n’y avait rien à dire, aucun mot ne pouvait exprimer l’horreur et l’absurdité de la chose. Aucun terme n’était assez fort pour décrire leur douleur commune en cet instant. Après il faudrait parler, discuter de la suite, avertir les autres membres de la maisonnée. Mais pour le moment, aucun d’eux n’était en état de le faire, il le savait bien.


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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Dim 6 Aoû - 14:38

Mes yeux fermés sur ma douleur et ma tristesse infinie, je ne peux que me cramponner à l’habit de celui qui m’étreint pour me réconforter. Un instant, il me semble sentir cette odeur familière, reconnaître cette façon de rassurer, apprécier ce timbre de voix calme et sûr de lui. Mais il me serre plus fort, pourtant délicatement, puis je sais qu’il n’est pas mon époux. Et je lâche ce papier sur le sol pour me cramponner à ce seul lien qui reste, le frère de mon aimé, celui qui ne m’a pas quitté et qui tremble légèrement face à cette annonce maladroite. Il souffre avec moi mais je suis la seule à sangloter, à ne pas tenir bon. Je souhaite apprendre du dernier fils Okimura. Mais je me laisse aller contre lui, comme s’il était seul à pouvoir me sauver.

Finalement, lorsque je n’ai plus la force de pleurer mais juste de ramasser ce maudit pli, il me porte presque jusqu’à mes quartiers et je ne fais pas attention aux regards interrogateurs qui se posent sur nous. Aurai-je la force de les affronter plus tard ? Aurai-je la force de sortir de cette pièce ? Je relève enfin la tête, après avoir essuyé mes larmes, tandis qu’il prépare assidûment une décoction dont l’odeur seule suffit à m’apaiser un peu plus. J’admire son calme, malgré la panique. J’admire son aise et ses certitudes, malgré sa détresse. Et une fois le thé servi, après je ne sais combien de temps, mes propos enroués par les pleurs sont désordonnés et maladroits.

- Je suis une femme sans mari... qui n’aurait normalement pas le droit d’exister. Mon tantô est dans la pièce d’à côté... La tradition voudrait que je me tranche la gorge, comme mon bien aimé a dû s’ouvrir le ventre si la bataille fût perdue. Nous en avions parlé, Katsuya et moi, de l’honneur... et il s’était indigné. Non parce qu’il ne voulait pas que je meure mais parce que j’avais peur de le faire. D’en arriver là. D’imaginer qu’il puisse disparaître...

Je recommence à trembler et je baisse la tête, retenant de nouvelles larmes, serrant les poings d’indignation.

- N’ai-je pas assez prié Kasugami, afin qu’il soit gardé en vie ? Aurais-je dû rentrer dans l’armée plus tôt, pour mourir avec lui, en tant que Samouraï ? Aurais-je trouvé un autre réconfort dans les bras d’autres hommes ou serais-je retournée chez mes parents en hurlant comme une petite fille ? Aurait-ce été plus facile ainsi ? Serais-je restée plus forte ? Je suis navrée... tellement navrée de vous imposer cela...

Je cache mon visage derrière mes mains, mon maquillage appliqué n’existe plus, laissant les traces encore plus visibles de mon chagrin déjà si expressif.

- Je meurs d’envie de le revoir, de le toucher... depuis des semaines, vous le saviez. Et maintenant que j’apprends sa disparition, je devrais me précipiter vers la mort pour le rejoindre. Mais je ne suis qu’une marginale... et je n’ai aucune envie de mourir car je ne me sens pas salie par son trépas. Oh, comme cela serait doux de le rejoindre et de vivre avec lui le restant de nos jours. Peut-être pourrais-je lui offrir cette famille qu’il désirait, là-bas ?

Mais que deviendrait ce rêve, que nous poursuivions tous les deux ? Celui de servir notre Daimyo et de défendre Okaruto ? Ce rêve-là n’est pas mort, il ne peut pas l’être car je suis encore là. Et je vivrai pour tenir cette promesse... celle que je lui ai faite et celle que je vous ai dit vouloir tenir en son nom. Je veux vivre... férocement, plus que jamais... Peut-être est-ce cela qui m'émeut autant ?


J’ignore d’où me vient ce soudain courage, probablement du déni qui s’installe déjà en moi d’avoir définitivement perdu mon aimé. Mais cette hargne me fait relever la tête, aussi laide puis-je être ainsi souillée du maquillage que j’espérais qu’il me voit porter. Je rencontre alors ce visage doux qui fait rater un battement à mon cœur, un visage concentré mais compatissant, témoignant d’une écoute sans limites. J’en déglutis d’émotion et, sur un ton neutre dépourvu de ressentis, j’énonce au Soigneur des faits que j’ai appris avec le temps.

- La tradition voudrait aussi que ma main vous soit offerte, pour garder le nom et les privilèges de la famille Okimura. Nous pourrions nous aimer... Mais comment, si proches, pourrions-nous réaliser nos rêves si différents ? Et votre père ne le supporterait pas... supportera-t-il seulement ce que nous venons d’apprendre ?

Tout se mélange en mon esprit, trop de choses y viennent puis s’en vont. Des idées aussi noires que lumineuses mais, toujours, mon chemin se trace dans la même direction. Je rougis de confusion, cette émotion prenant le dessus sur la tristesse. Pourtant, je réussis à me raccrocher à ce que je sais vouloir, bien qu’il me reste nombre d’épreuves à affronter.

- Je voulais entrer dans les rangs avant même de rencontrer Katsuya. Il m’a aidée à atteindre ce but et j’aurais tout donné pour voir son sourire illuminer son visage lorsque, vêtue d’une armure, je me serais présentée devant lui. Je ne verrai plus cette expression... mais je pourrai toujours l’imaginer. Et probablement aurais-je une plus fière allure qu’aujourd’hui...

Je ne sais plus ce que je dis. L’on pourrait presque dire que me projeter me permet d’éloigner le mal. Mais devant moi se trouve un être que je n’ai pas considéré, en étalant ainsi mes rêves et mes peines incommensurables. Alors lentement, j’approche ma main de sa joue et, tout en la posant délicatement sur sa peau, je laisse mes larmes noyer à nouveau mes yeux couleur saphir, pour vivre cet instant présent douloureux qu’est le nôtre.

- Je partirai, Yungiri-san, pour poursuivre mes rêves. Mais pourrez-vous poursuivre les vôtres maintenant ? Nous sommes ensemble pour affronter cette épreuve. Alors pourquoi suis-je la seule à pleurer ? Ne puis-je pas être un soutien pour vous et votre tristesse, tout comme vous l’avez été pour moi et la mienne ?

J’ai, un instant, peur de l’offenser, peur d’être allée trop loin. S’il part en courant, alors je m’effondrerai encore. S’il reste et me parle d’un avenir conventionnel où nos destins pourraient être liés, alors je m’effondrerai aussi. Mais s’il reste et laisse ses larmes inonder ses joues, alors tous mes espoirs et le but de mon existence seront confirmés : j’aurai aidé mon prochain et serai fin prête à aider tous les autres.


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Haruaki

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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Mar 8 Aoû - 0:25

Le silence se prolongea, il n’était pas vraiment rassurant ou apaisant, au moins était-il partagé. Puis, il fut rompu par la voix écorchée de Saya, Yungiri l’écouta attentivement, prêt à recueillir tout ce que la jeune femme avait besoin de déposer. Même si ça faisait mal. Par Kasugami, il ne savait pas ce qui faisait le plus mal : que Saya parle de se tuer, d’imaginer un instant Katsuya le faire ou bien d’entendre que son frère aurait réclamé de sa veuve ce geste si…définitif. Yungiri trembla violemment. Non ! Lui ne voulait pas que Saya meure, une perte dans la journée, c’était bien suffisant ! C’était peut-être égoïste de sa part, mais il voulait que la jeune femme reste auprès de lui. Il ne voulait pas être seul face à tout cela, face à la douleur, face à son père, face à l’avenir, c’était trop lui demander.

"Saya, vous n’êtes pas obligé de..."

La détresse qu’il ressentait lui faisait perdre ses mots. Il aurait voulu protester, dire que le suicide était un abandon, il acte de lâcheté, un coup supplémentaire pour ceux qui restaient. Mais ces histoires d’honneurs… Ces foutues histoires d’honneur qu’il ne comprenait pas, qu’il ne cautionnait pas ! Qui lui avaient peut-être déjà volé son frère et qui lui prendrait aussi son amie ? La vie était si précieuse, bien plus qu’un prétendu honneur bafoué. Un honneur pouvait se retrouver, se reconstruire, pas une vie perdue, et les blessures de ceux qui restaient étaient impossibles à refermer complètement. Mais était-ce bien respectueux d’exprimer tout cela face à l’infinie détresse de Saya ? La douceur de la mort, l’idée de retrouver son amant sur l’autre rive était certes libératrice. Et si son honneur était si important, pouvait-il s’interposer ?

Il se fustigea de ces questionnements, bien sûr qu’il le pouvait, qu’il le devait même ! Mais avant qu’il ne reprenne la parole, Saya continua. Le flux était quelque peu décousu, mais au milieu de cette idée de mort à nouveau, il y en avait une autre, qu’il voulait bien rassurer.

"Ne vous excusez pas. Nous partageons la même douleur…"

Il posa une main en soutien sur l'épaule de la jeune femme et il écouta la suite avec un certain soulagement. Au milieu du désespoir, il sentait à nouveau la détermination sans faille de cette femme qu’il admirait tant. Il la regarda, insensible à son visage défait par les pleurs, ses propres yeux embués de larmes, entre détresse et espoir. Mais les mots suivants firent louper plusieurs battements à son cœur.

Un mariage ? Avec la veuve de son frère ? Un instant, par-delà sa douleur, l’idée lui parut si douce. Oui, avoir Saya pour toujours auprès de lui, soutien indéfectible. À ses côtés, il se sentirait plus fort, pourrait enfin construire cet avenir qu’il désire avec tant d’ardeur. Il deviendrait enfin ce médecin qu’il souhaitait être, digne successeur de son maître. Il la couvrirait d’attention, elle serait heureuse, il le jurerait, sur la tombe de son frère, il jurerait de rendre sa veuve heureuse. Un avenir doux, radieux, se dessinait derrière ses paupières.

Mais une pique acérée vint briser ses rêves. Non, ce n’était pas possible, ce n’était pas la chose à faire. Il regarda à nouveau Saya, les yeux pleins de larmes. Non, ce serait l’enchaîner, enchaîner cette femme digne et déterminée, ce serait la brider. De plus, il connaissait les conséquences du destin qu’il s’était choisi, un destin solitaire. S’il voulait se donner corps et âme à ses patients, jamais il ne pourrait donner à une femme l’attention qu'elle méritait. Il ne ferait pas son bonheur, il le savait. Pour elle, il devait la laisser partir, s’éloigner de lui. Son cœur soufra d’avance de cette perte, Saya serait son premier sacrifice et, il le devinait, le premier d’une longue série.

Et l’évocation de son père lui fit lâcher un soupir tremblant. Comment Ryûrei et Ayama réagiraient à la perte de leur cadet ? Mal, très mal… Les mots suivants furent plus calmes, déterminés. Yungiri étreignit rapidement son amie, cachant quelques larmes traitresses, trop d’émotions.

"Vous la verrez cette expression de fierté Saya-san, sur mon visage."

Il s’éloigna de nouveau, espérant avoir recouvré une expression plus calme, plus à même d’encaisser les mots qu’il attendait déjà depuis plusieurs minutes, inévitables. "Je partirai". Yungiri respira profondément, tentant de garder son calme. Il avait peur d’être seul, peur d’affronter son père. Il aurait voulu la garder près de lui, pas forcément par le mariage, juste près de lui. Mais même cela, c’était trop, il devait la laisser partir, il le savait. Ses rêves à elle ne se réaliseraient pas dans cette petite ville étriquée. Après tout, ce n’était pas comme s’il n’y avait pas songé avant, il avait juste espéré que… Ses larmes coulèrent, détresse de la perte de son frère, amer du départ inévitable de Saya, inquiet de la façon dont ses parents réagiraient. Il baissa la tête, relâchant un peu de tout cela, sous le regard d’une des raisons de ses tourments. Mais cela, elle ne devait jamais le savoir, jamais...

"Oh Saya-san… Je ne vous demande qu’une seule chose : vivez ! Au diable ces foutues histoires d’honneur et ces traditions bancales : vivez libre et fier comme vous l’avez toujours été. En sa mémoire, pour vos rêves, pour nos rêves… Je ne veux que votre bonheur" Et ce, même si c’est au détriment du mien. "Et je… Ne vous inquiétez pas pour moi. Je suivrais ma propre voie, pour Katsuya, pour notre promesse…"

Il releva la tête et fit un pauvre sourire, espérant que ses mots étaient plus assurés qu’il ne l’était lui-même. Car oui, il le ferait, mais en cet instant, il ne savait pas comment il allait pouvoir y arriver.


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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Dim 13 Aoû - 14:04

Je sens dans ses interventions qu’il ne me veut pas loin de lui. Qu’il ne veut pas ma mort. Et, allant à l’encontre de ce code que je tente de suivre et d’appliquer depuis des années, je me sens rassurée par ce contact physique et psychique que nous partageons. Cet égoïsme partagé me permet de me rappeler que mes parents et mon frère vivraient également très mal ma disparition. Voir la souffrance de mon beau-frère face à la perte de son cadet me confronte à celle qu’éprouverait Hayate si sa jumelle mettait un terme à ses jours. Alors je ne quitte pas Yungiri-san du regard et savoure simplement l’idée que je ne suis pas seule à avoir été séparée d’un homme formidable.

Son émoi, lorsque je parle de mariage, ne m’échappe pas. J’avais été courtisée et prisée par beaucoup d’hommes, dans ma carrière de Geisha. Et chacun d’eux avait été reconduit dans les formes de l’art, principalement par l’Okiya bénéficiant de mes services. Me garder vierge valorisait ma condition, me faisait rapporter davantage à la maison. Puis était venu Katsuya, ce jeune sauveur et si têtu Samouraï qui, sans négociation, avait su acheter mon corps et améliorer ma condition. Il avait gagné mon amour au jeu du naturel et de la loyauté... Et plusieurs fois, j’avais remercié Kasugami d’avoir mis un si digne guerrier sur ma route, en lieu et place d’un mariage d’usage.

J’ignore si le Soigneur nourrit des espoirs, depuis qu’il me connaît. Peut-être ceux-ci viennent-ils d’apparaître devant mes yeux, à l’énonciation de cette possibilité me semblant logique mais que je ne désire pas ? Chérir l’aîné de mon aimé disparu serait pesant pour moi, au-delà du fait que je saurais le faire. Je ne réussis pas à détacher ces éventuelles volontés de toutes les autres émotions de l’Apprenti. Et je ne sais que trop mal interpréter son étreinte, accompagnée de propos infiniment touchants m’allant droit au cœur. Je rougis, d’embarras ou d’affection, je ne le sais pas très bien. Mais je profite, le temps qu’il faut, de cette proximité dont j’ai besoin.

Puis enfin, lorsque je parle de m’en aller, il laisse déborder ce que je souhaitais voir. Je n’avais vu que deux hommes pleurer : mon frère et Isamu-sensei. Considérant ce dernier comme une moitié de ma personne et décelant rapidement le désespoir du premier, j’avais alors trouvé ces écarts normaux. Et sans savoir précisément pourquoi, j’espérais que Yungiri-san puisse se libérer du fardeau qu’est celui de l’altruisme. Il avait lui aussi le droit d’être dévasté par la nouvelle. Je replonge alors avec lui, maintenant que ses larmes rejoignent enfin les miennes.

Peu soucieuse que mes billes d’azur soient noyées par la peine, je cache mes lèvres tremblantes avec ma main alors qu’il prend la peine d’articuler qu’il me souhaite vivante, indépendante et épanouie. Dans un autre contexte, ces propos auraient pu se ranger au titre de déclaration, plus que d’une promesse. Et à ma tristesse, se mêlent des sentiments de confusion et de culpabilité importants. Puis à nouveau, mon cœur se brise lorsque mon soutien me dit encore qu’il s’en sortira seul. N’en croyant pas un mot, et sans pouvoir réprimer une certaine colère, je l’emprisonne dans un geste de tendresse infinie, sans tenir compte du fait qu’on pourrait entrer ou nous demander des explications.

Passant un bras derrière son dos, l’autre sur son épaule pour glisser une main tremblante dans ses cheveux, j’enfouis mon visage dans son cou et y laisse s’échapper des murmures pleins de serments.

- Si tu me veux libre et fière, alors je m’inquiéterai toujours pour toi. Je me demanderai toujours si tu as enfin réussi à te faire un nom, celui que tu choisiras. Je me questionnerai sur ta santé, sur le fait qu’on t’embête ou non. Je serai là, dans ton cœur et tu seras dans le mien. Non parce que tu es le frère de Katsuya. Mais parce qu’à jamais, tu seras ma béquille et je serai la tienne, qu’importe où nous sommes et ce que nous faisons.

La véritable promesse, la nôtre, c’est celle-ci, Yungiri-san. Nous pouvons réaliser nos rêves si nous sommes séparés. Mais nous ne pourrons pas réaliser nos rêves si nous ne pensons pas l’un à l’autre. Je partirai mais je t’écrirai, alors, pour te rappeler sans cesse cette importance que tu as pour moi. Tu me donnes du courage, depuis que nous nous connaissons mais je ne le réalise qu’aujourd’hui. Pour te remercier, je me dois d’incarner ce symbole de bravoure. Honneur et traditions... il me faudra les adopter et les choyer pour qu’ils m’apportent le futur que je désire m’offrir. Promettons-nous de nous accepter, quoi que nous puissions devenir.


Incongrue, la situation n’en n’est pas moins intense. Et ce tutoiement soudain témoigne d’un réel attachement. Je suis convaincue, lorsque je me détache lentement de lui, que si nous avions suivi la même voie, nos relations auraient été différentes. Mais il se trouve que, par mes yeux émotionnés plongés dans les siens, je sais lui transmettre que je désire voir plus loin, par le Bushido qui m’a toujours semblé inaccessible et que je souhaite plus que jamais quérir à présent. Et je ne peux qu’essayer de transmettre à cet homme toute la hargne dont je ferai preuve pour y parvenir.

***

Les jours suivants sont un mélange d’irréel et de chagrin. Car il me faut me rendre au chevet de l’enveloppe de mon époux pour reconnaître le corps. Accusant le coup, je demande malgré tout à Yungiri-san de m’accompagner. Je sursaute et saisis instinctivement la main de l’aîné de la victime de guerre, en détaillant son visage parfaitement serein. « Katsuya n’est pas mort en vain. » me dis-je alors, ainsi confrontée à sa chair abîmée. Il a défendu ses idées et a poursuivi son rêve. En pleurant, je me convaincs aussi d’une chose : il a pensé à moi en rendant son dernier souffle. Au diable la douleur, il est parti en souriant presque, espérant que je le rejoigne dans un lointain futur.

Il me faut plus que du courage pour informer les Okimura que je souhaite rejoindre Kasu, reprendre mon nom de fille de marchande, laisser les souvenirs de mon défunt compagnon et de leur défunt fils derrière moi pour devenir une ji-Samouraï. Le père reste muré dans le silence et accuse à postériori son fils restant d’avoir mis des mensonges dans ma tête. Sans lui manquer de respect, je reprends ses propos et affirme, avec le cran qui est le mien, que je suis la seule à voir décidé cela. Et alors plus jamais il ne vient me demander ou me solliciter. Mes parents comprennent ma décision, bien qu’inquiets de mon sort, mon frère me soutient et vient m’embrasser pour me laisser pleinement déployer mes ailes.

Puis, les semaines suivantes sont libération, déni, effondrements de voir cette maison vide. Je n’ai pourtant qu’une seule envie : la quitter pour rejoindre l’armée, la laisser à une famille qui pourra l’investir comme bon lui semble, sans mauvais souvenirs. Mes entraînements continuent et Isamu-sensei me déclare prête à recommandation. Il me faudra me rendre à la capitale, quitter ma famille, quitter Yungiri-san et partir avec Shin pour trouver ce nouveau chemin. Préparée de jour en jour, d’heure en heure à ce recommencement, je ne peux m’empêcher de prendre une grande inspiration lorsque se présente devant moi le destinataire d’une promesse profonde et légèrement naïve.

Je le regarde en souriant, tristement mais au fond et visiblement, je lui rappelle que je lui ai promis d’écrire. Souvent. Sincèrement. Et lui jurant par la même occasion qu’il aurait à jamais une place dans mon existence.


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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Mar 22 Aoû - 23:37

La confusion de Saya durant leur échange s’ajoutait à la sienne, entre tristesse infinie, détermination et cette pointe de culpabilité. Des sentiments similaires, bien que pas forcément motivés par les mêmes raisons. Bien qu’il ne rendit que timidement son étreinte à la jeune femme, il s’accrocha à ses mots avec la force du désespoir. Ces mots qui étaient doux autant qu’ils étaient douloureux, car en cet instant, dans son esprit embrouillé par la perte de son frère, ces paroles se chargeaient de sous-entendus incongrus. Il lui semblait ainsi que les mots de Saya témoignaient qu’un lien spécial existait entre eux et qu’il aurait pu fleurir sous d’autres auspices. Seulement voilà, si elle lui promettait qu’il resterait dans son cœur, qu’elle lui écrirait, elle réaffirmait aussi son choix de partir, faisant de ces promesses autant des mots de soutien que des paroles destructrices.

A court de mots, déchiré entre ses sentiments contraires, Yungiri ne dit rien, se perdant dans les yeux de la jeune femme, autant soutien que bourreau. Il ressentait sa détermination, sa hargne d’avancer, il le voyait dans son regard. Alors, il s’y vautra avec reconnaissance pour former un sourire sur ses lèvres et hochait doucement la tête. À travers ses larmes, sa gorge était à nouveau nouée et il ne parvenait pas à former le moindre mot, mais il lui signifiait sa compréhension par ses gestes.

Durant les jours qui suivirent, il avait la sensation que le monde entier voulait sa perte, tout ne fut qu’une succession de coups, tous plus violents les uns que les autres. Annoncer la nouvelle à ses parents, les voir ainsi dévastés, cela brisa ce qui restait de son cœur en miette. Il accepta d’accompagner Saya voir la dépouille de son mari, comment aurait-il pu refuser ? Mais ce mari était aussi son frère, et le voir ainsi allongé, sans vie, lui retourna les entrailles. Il resta digne devant la femme éplorée, mais réussie à être suffisamment égoïste pour demander à être un moment seul avec son aîné. Alors il laissa éclater sa colère et sa peine, seul avec ce corps sans vie, il hurla sa détresse, cria sa haine.

Il pleura longuement, demandant sans cesse pourquoi. Pourquoi son frère l’avait abandonné, pourquoi il avait abandonné Saya, pourquoi Kasugami n’avait pas sauvé son fidèle combattant, pourquoi son frère et pas lui ? Pourquoi le si doué et méritant cadet était mort, laissant un père sans héritier digne de lui et une femme sans mari, alors que l’aîné, le médecin raté, restait en vie ? Alors il se rebella contre cette injustice, contre ce destin qui lui avait pris son frère, contre la mort qui s’était trompée de victime. Puis il se calma, il demanda pardon, il promit à son frère de vivre, de veiller sur Saya, sur leur mère, de se montrer digne de père. Et il pleura encore, longtemps, jusqu’à ce que ses yeux deviennent secs et plus encore.

L’annonce du départ de Saya, il l’avait anticipée, mais elle lui fut douloureuse malgré tout. Néanmoins, il l’encaissa, comme il encaissa sans broncher les reproches de son père. Il laissa Ryûrei passer sa colère sur lui, espérant que cela soulage le paternel, encourageant Saya à ne pas s’en mêler, à ne pas s’en soucier. Il se réfugia dans son cabinet, s’abrutissant dans le travail, veillant tard et se réveillant tôt, mangeant à peine et se perdant dans ses soins, pour éviter de penser, pour éviter de réfléchir. Mais les jours défilaient malgré tout et le moment fatidique arriva : il fallait dire au revoir à Saya.

Il s’était maquillé discrètement, cachant habilement ses cernes, il sourit pour ne pas l’inquiéter, lui souhaita bonne route et lui dit qu’il attendrait ses lettres. Mais une petite voix en lui n’y croyait même plus. Ce soir-là, il resta à son cabinet, travailla tard sur telle ou telle mixture, s’interdisant de pleurer. Oui, il ne pleurait pas le départ de la veuve de son frère, de cette femme qu’il n’aurait pas pu aimer, qu’il n’aurait pas pu rendre heureuse. Il ne pleurait pas… Alors pourquoi tout était si flou ?

Les jours passant, sa descente aux enfers continua. Il se maquillait désormais de plus en plus souvent, cachant ses hématomes. Saya n’était plus là pour être le tampon alors peu à peu, les mots de reproches de son père s’étaient mués en coups. Et Yungiri ne se défendait pas, demandait à sa mère de ne pas intervenir non plus. Il encaissait chaque coup, comme un juste retour des choses, il laissait son père le molester pour se punir d’être vivant à la place du cadet tant chéri. Les clients se faisaient rares au cabinet, et lui il n’en sortait plus guère. Il feignait de s’occuper, de ranger, de préparer des médicaments, mais en réalité il restait juste prostré dans ces ténèbres rassurantes, aussi noires que son esprit.

Un soir, Ryûrei avait sans doute un peu bu, sans doute un peu trop. Ça avait commencé comme d’habitude, avec les reproches devenus routiniers. Puis les mots s’étaient faits plus durs, les coups également, Ryûrei hurlant qu’il allait remettre les choses en ordres, qu’il allait lui-même faire disparaître la vermine. Yungiri encaissa, encore et encore, il ne chercha même pas à se défendre, il avait déjà abandonné, il acceptait son sort, il acceptait de mourir, sacrifice pour exorciser la colère et la détresse de son père. Que pouvait-il faire d’autre ? Qu’aurait-il voulu d’autre ? Il ferma les yeux, attendant sa délivrance.

Mais soudain, un coup se perdit, ce cri aigu n’était ni le sien ni celui de Ryûrei. Il rouvrit les yeux, vit sa mère qui s’était interposée entre eux à terre et perdit pied. Que son père le frappe lui, le raté, l’incapable, passe encore, mais il n’avait pas le droit de toucher à sa mère. Sa colère, sa peine, sa douleur, il laissa tout sortir dans son cri. Cela dura peut-être plusieurs minutes, tous ses muscles tendus à l’extrême. Ses parents étaient à terre, sonnés et lui n’était plus que douleur et gémissement. Pourtant, il se releva ce soir-là, et il trouva la force de s’enfermer dans son cabinet pour ne plus en sortir.

Il se soigna lui-même, dormit beaucoup, mangea un peu. Il se ressaisit doucement, prenant conscience avec horreur de la spirale infernale dans laquelle il était tombé. Mais Kasugami s’était manifestée à lui, car c’était bien un pouvoir qui s’était éveillé l’autre soir. Alors, peut-être... Peut-être que tout n’était pas perdu. Les kamis ne l’avaient pas totalement abandonné, il suffisait de saisir leurs opportunités. Il le devait, il devait se relever, il n’avait pas le droit d’abandonner, pour Saya, pour son frère… Mais entre vouloir et pouvoir, il y avait un fossé qu’il avait bien du mal à franchir. Plus éveillé, mais toujours apathique, il resta dans le noir de son cabinet encore quelques jours avant que, finalement, une lettre aux mots salvateurs ne vienne lui donner l’étincelle dont il avait besoin pour enfin prendre son envol à son tour.


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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute

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