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 Bénéfice du doute

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Haruaki

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Kuge

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MessageSujet: Bénéfice du doute Mer 15 Mar - 11:01

Le soleil blafard de l'automne perçait doucement la brume délicate qui s'accrochait aux toits des maisons. La ville d'Hiyori était plongée dans un calme apaisant en cette fin d'après-midi. Néanmoins, et depuis qu'il était revenu de ses années de voyage, Yungiri n'arrivait plus à trouver cette ambiance relaxante. Non, au contraire il se sentait oppressé dans cette ville étriquée. Ensuite, le décès de son maître et peu après le départ de son frère n'avaient rien arrangé à son malaise. Le jeune homme croisa la route de deux villageois qui lui accordèrent à peine un regard. Puis ses oreilles perçurent quelques murmures et il frissonna en ressentant l'animosité dans l'air. Yungiri continua néanmoins dignement son chemin avant de soupirer lourdement lorsqu'il s'éloigna des deux hommes.

Le jeune médecin se sentait épuisé. Depuis des semaines qu'il essayait de se montrer digne de son mentor, il commençait à déchanter. Rien ne semblait se passer comme il l’avait prévu. Il voulait aider les autres et se heurtait souvent à leur incompréhension. Pourquoi agissait-il ainsi ? De quoi se mêlait-il avec ses conseils ? Parfois, à trop comprendre les gens et à parler trop librement on a plus tendance à les vexer qu’autre chose, même si nos paroles sont justes. À cette époque, Yungiri commençait à l’apprendre à ses dépens. Pourtant les remarques acerbes des habitants sur ses pratiques ou le fait qu'on lui reproche le départ de Tengûroda n'étaient qu'une partie du problème.

Mais Yungiri se secoua en anticipant sa soirée et pressa le pas. Il avait hâte de retrouver Saya. Depuis le départ de Katsuya les deux jeunes gens s'étaient sensiblement rapprochés, se soutenant mutuellement. Alors Yungiri n'avait qu'une hâte : arriver à la maison et s'enfermer dans cette atmosphère agréable, cette bulle de paix que Saya arrivait à lui créer, pour enfin oublier ses problèmes. Le jeune homme rajusta donc son kimono d'un mauve pastel un brin trop grand et avança à grandes enjambées. Quand il vit la maison apparaître au coin d'une rue, il avait la sensation de se diriger vers un asile de tranquillité.

Il entendit les pas derrière lui plusieurs mètres avant sa destination, mais préféra les ignorer. Néanmoins alors qu'il arrivait devant la maison une voix bourrue l’interpela, le ciel aurait pu lui tomber sur la tête que l’effet aurait été le même. Yungiri se tourna donc, la peur au ventre, pour faire face à ceux qu’il percevait déjà comme ses agresseurs et qui n’étaient autres que les deux villageois qu’il avait croisés plus tôt. La tête haute, les bras croisés sur le torse, les muscles un peu tendus et les yeux entourés par les rides de la colère, pour le jeune médecin, les deux hommes irradiaient d’agressivité. Lui-même eut le réflexe de se tasser sur place, il n’apprendrait que plus tard à contrôler son corps au millimètre près pour rester droit et calme face aux attaques.

"T’as déjà fini ta journée le gamin ?"

Une simple provocation, à laquelle Yungiri eut la présence d’esprit de ne pas répondre.

"Tu sais que les quartiers pauvres c’est de l’autre côté ? Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu ne vas pas aider les plus démunis avec notre argent ce soir ?"

Cette fois, le jeune médecin accusa le coup, et baissa les yeux. Trop peu sûr de lui, il prit personnellement une remarque qui n’était destinée qu’à le provoquer à nouveau. Oui, il finissait plus tôt aujourd’hui, mais il avait bien le droit à un peu de repos également n’est-ce pas ? Il en avait besoin en tout cas.

"Ou peut-être qu’il vient, 'vendre sa conversation’ à une femme en manque d’attention ?" Lança l’autre.

"Ah oui, tiens. Il voit souvent une femme qui habite dans le coin depuis quelque temps non ? Dis-moi, c’est pour lui faire la cour que tu dépenses notre argent ou bien tu comptes nous rembourser avec ce qu’elle te paye ?"

Cette fois Yungiri eut un regard outré au possible. Oui, il était déjà allé voir quelques clients à domicile, mais ce que ces hommes sous-entendaient était tout simplement affreusement loin de la réalité. Yungiri ne faisait qu’apporter son soutien à des gens dans la peine par la présence et la parole. Mais plus que le sous-entendu sur ses actions, c’était les médisances sur Saya qui avait choqué le jeune homme. Car, il n’y avait pas beaucoup de femmes qu’il voyait régulièrement et qui habitaient ici. Sauf que ces gens pouvaient dire les pires horreurs sur lui, il s’en fichait. Mais que Saya écope d’une telle réputation par sa faute ? Il en était hors de question. Aussi Yungiri ouvrit la bouche pour défendre son amie, mais il n’eut pas le temps de prononcer le moindre mot, car la réplique suivante le laissa choqué :

"Alors, tu vas nous le rendre notre argent ?"

Il y eut un flottement pendant que Yungiri tentait de comprendre, ayant jusqu’ici manquait les réelles intentions de ces hommes, pourtant maintes fois soulignées dans cette conversation à sens unique. Néanmoins, la question lui paraissait tellement incongrue qu’il n’avait tout simplement pas compris de quoi il retournait réellement. Et on ne pouvait sans doute pas vraiment le lui reprocher.

"Mais… Vous m’avez payé pour des soins, je ne vous dois rien…"

Techniquement, il avait soigné une blessure pour l’un et la maladie de son fils pour l’autre.

"Arrête un peu de te foutre de notre gueule ! On sait que tu factures à la tête, et ça ne nous plait pas !"

"Mais je…"

"On sait que Mitsuri a payé moins cher que nous, alors que les soins à apporter étaient bien plus lourds !" Renchéris l’autre homme.

Yungiri resta muet un instant, choqué.

"Alors !"

"Mais… Mais Mitsuri arrivait à peine à nourrir sa famille, maintenant que ses jambes sont brisées il ne pourra peut-être plus jamais travailler ! Les siens n’ont même pas de terres pour subvenir à leurs besoins… "

Le pauvre charpentier n’avait pas eu de chance dans cet accident.

"Et alors ? Les temps sont durs pour tout le monde et Mitsuri n’est pas à la rue ! Si lui a payé aussi peu, il est normal que tu nous rembourses non ?"

Yungiri resta sans voix. Était-il possible d’avoir aussi peu de compassion ? Il baissa la tête et fixa ses pieds. Même s’il avait voulu, il n’aurait pas pu rembourser ces deux grosses brutes. Oui, les temps sont durs, et le vieux cabinet lézardé n’allait pas prétendre le contraire. Yungiri manquait d’argent pour tout, y compris pour acheter les plantes parfois rares et chères qu’il utilisait pour ses remèdes. Et voilà où était son vrai problème, la haine et les reproches, il pouvait gérer. C’était difficile, mais il pouvait y arriver. Mais le fait qu’il manque aujourd’hui de moyens prouver que ses méthodes n’étaient pas viables et remettait en question tout ce en quoi il croyait. Avait-il fait les mauvais choix ? Où s’était-il trompé exactement ?

"Alors, il vient l’argent ?"

"Mais enfin, arrêtez ! Si mes méthodes ne vous plaisent pas, allez voir un autre médecin !" S’emporta Yungiri, à bout de nerfs. Plus tard, il apprendrait à répondre à ce genre de critique avec davantage de répartie, même si l’idée restait la même.

"Tu oses répondre ? Impertinent !"

L’homme qui le dépassait au moins d’une tête saisit Yungiri par le col avec violence, la peur explosa alors dans l’estomac du jeune médecin.

"Peut-être qu’il faut t’apprendre le respect, espèce de sale gamin. Le vieux Tengûroda a toujours était trop gentil avec toi, ça a sans doute diminué l’effet de la bonne éducation de ton père."

Le cœur au bord des lèvres, Yungiri ne savait pas trop ce qui l’atteignait le plus. L’agressivité des deux hommes, l’évocation de son maître décédé ou bien celle de son père qui ici se transformait en une menace à peine voilée.


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Chizuru Saya

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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Dim 30 Avr - 19:20

Je m’évade dans l’étang du jardin de la maison, admirant la danse des magnifiques carpes koï en cette fraîche journée d’automne. Un frisson sur mon échine me fait relever la tête vers le ciel. Katsuya est parti en mission et son absence se fait immédiatement sentir. Nous sommes de ces couples discrets, que les autres connaissent peu et dont les affaires ne concernent personne. Je tente de n’ébruiter aucun détail de notre vie, aucune erreur que j’aurais pu commettre et je m’efforce, jour après jour, de gagner le respect de chaque personne entourant et servant mon mari par un comportement exemplaire. Les Okimura semblent m’avoir acceptée depuis notre mariage, peut-être même avant cela et ce, malgré ma marginalité. En revanche, je me questionne encore sur leur réaction, le jour où ils apprendront que mon frère est en réalité mon jumeau...

Je pourrais me noyer sous la pression, celle de correspondre à cette norme sociale que mon époux doit respecter pour rester dans les rangs et m’y faire entrer ensuite. Mais chaque minute qui passe, alors qu’il me prend dans ses bras, je ressens tout l’amour qu’il nourrit à mon égard. Et toutes mes peurs, toute cette tension intérieure disparaissent pour laisser place à l’affection infinie que je ressens pour cet homme exceptionnel. Le seul poids qui pèse sur mon cœur est celui de la fierté d’avoir dit « oui » le jour où il m’a demandé ma main puis d’avoir renouvelé ma réponse en face de nos parents respectifs. La honte que je ressens lorsque je me retourne vers les murs de bois de la demeure est une conséquence directe du seul regret qui est le mien aujourd’hui : celui de ne pas pouvoir lui donner d’enfants.

Mais tandis que je me prépare à accueillir mon beau-frère, je me souviens que, même cela, Katsuya réussit à me le faire oublier. C’est donc avec le sourire et en pensant à nos moments aussi intimes que discrets que je me rends présentable pour la première fois de la journée. Plusieurs jours d’entraînement m’ont fait perdre la notion du temps et principalement les séances en compagnie de mon aimé, puisque mon désir était celui de profiter un maximum de sa présence avant son départ. C’est donc seulement en sortant sur l’engawa que je réalise que nous sommes en fin d’après-midi. Assise gracieusement sur le chemin de bois, j’attends mon invité du jour, celui-là même qui m’aide à oublier l’absence de ma source de vie.

J’ai trouvé en l’aîné de mon aimé un réconfort bien différent que celui que les guerriers peuvent apporter. Marginal lui aussi pour des raisons indépendantes de sa volonté, Yungiri-san a su me réconforter de la façon la plus sincère et respectueuse possible, ces derniers temps, afin que je puisse supporter l’absence de Katsuya. Je tente alors de lui apporter tout le soutien possible en tant que belle-sœur, malgré le fait que les occasions de le défendre face aux attaques de son père soient rares et délicates à saisir aux vues de ma position. À mon sens, pourtant, il mérite d’être défendu et de trouver, lui aussi, des raisons d’être heureux, sans chercher à se cacher, tant son altruisme est présent et demande à être exprimé.

Je sors soudain de mes pensées en entendant une voix rauque et peu sympathique s’adresser à quelqu’un, à proximité de la maisonnée. Faisant le minimum de bruit, je m’approche du bon côté tout en me cachant à l’angle du mur, désireuse d’écouter avant de me précipiter pour aider la personne en difficulté. Les différentes provocations tranchantes me semblent familières et de plus en plus adressée à ma personne mais je n’ai confirmation de l’identité de la victime qu’au moment où j’entends sa voix peu assurée répondre tant bien que mal aux agresseurs. Se trouvent à l’extérieur de la pièce d’à côté des bô pour les entrainements quotidiens et j’en saisis un fermement, la moutarde me montant au nez lorsque les menaces s’intensifient à l’égard de la douce personne qu’est l’aîné des fils Okimura.

Je ne me cache plus alors que le plus costaud saisis mon beau-frère par le col et prend l’élan nécessaire pour arriver en quelques pas léger jusqu’à l’agresseur. La surprise l’empêche de retenir sa tête, cette dernière faisant un demi-tour violent sous le coup du bâton asséné sur le centre de son visage. Il en perd l’équilibre, lâche l’apprenti du médecin évoqué un peu plus tôt et m’adresse un regard évocateur.

- La voilà, la Généreuse... dit-il en maintenant l’arrête de son nez, celui-ci commençant à saigner abondamment. Je ne pensais pas qu’elle distribuait aussi ce genre de faveurs.
- Vous devriez remercier cet homme pour ce qu’il a fait au lieu de lui cracher dessus comme un malpropre, dis-je d’un ton ferme et plutôt calme malgré mon état. Il s’occupe de vos proches, de vos familles et même de vous. Quelle reconnaissance a-t-il...
- Tais-toi, femme, dit son comparse en dégainant un tantô. Tu n’as aucun droit de tenir une arme, aussi boisée soit-elle.
- Voulez-vous parler de vos droits de fouler le domaine des Okimura et de menacer leur fils ?
- Cette pauvre chose n’est pas le fils de Ryûrei.

Le blessé se redresse vite et tente de m’assommer d’un coup de poing, que j’esquive aisément pour lui flanquer mon pieu dans les côtes. Il arrive à attraper le bô avec force pour le tirer en avant et agripper mon bras, laissant le temps à son comparse de me maintenir par la taille, plaçant sa lame sous ma gorge et son autre main un peu partout sans grande retenue. J’entends son acolyte rire de façon gutturale et dégoûtante mais je ne panique pas devant l’adversité. Ce ne sont pas des guerriers et, bien qu’ils soient plus forts que moi, je me sais capable de les mettre tous les deux à terre.

Je commence ma manœuvre en soulevant ma jambe pour attraper celle de l’agresseur derrière mon dos et parviens à le faire trébucher. Je récupère mon « arme » d’un revers de poignet et associe mon coude à une nouvelle attaque, sur la tempe du hère devant moi. Il s’écroule comme une masse, inconscient et j’ai le temps de me retourner puis de faire raisonner la matière sur le cou du second encore en forme. Un coup d’estoc de sa part, que je tente d’esquiver, me laisse une entaille profonde sur le bas-ventre mais je n’en n’ai cure pour l’instant et profite de son air satisfait pour approcher mon genou de ses attributs masculins que je gratifie d’un choc bien senti. Lui aussi s’effondre et, ne souhaitant pas m’attarder dans cette ruelle trop longtemps, j’invite mon visiteur à me suivre.

- Ils ne mettront pas les pieds dans la maison. Suivez-moi, nous y serons en sécurité.

J’avance en boîtant légèrement mais sans grande douleur encore jusqu’à la porte, dissimulant la blessure avec ma main pour éviter les questionnements déplacés. Nous parvenons silencieusement à avancer jusqu’à l’entrée, franchissant le premier panneau de papier de riz et, une fois mon invité sur le plancher de mon refuge, je flanche avant de pouvoir enlever mes chaussures. Ma main retirée, je constate que la plaie saigne davantage que je ne le pensais. Je serre les dents, les tissus commençant à me lancer et regarde la personne qui s'y connaît mieux que moi.

- Je suis navrée de vous accueillir chez moi dans ces conditions, Yungiri-san... dis-je en tentant de contenir mes expressions de douleur malgré l’augmentation de cette dernière. Une fois ceci arrangé, je vous offrirai volontiers un thé... et nous pourrons discuter de tout cela.

Bien incapable de raccommoder cela de mes propres mains, j’espère que le successeur de Yosuke Tengûroda pourra m’aider à son tour.


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Dernière édition par Chizuru Saya le Dim 14 Mai - 10:39, édité 2 fois
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Haruaki

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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Dim 30 Avr - 22:42

Il y eut un bruit de coup, et la douleur irradia bien ses entrailles, mais pourtant pas comme il s'y était attendu. Ce fut plus court, et moins intense. Non, à place la prise de son agresseur se relâcha et il tomba lourdement sur le sol. Estomaqué, choqué, Yungiri resta un instant là où il était tombé, incapable du moindre mouvement ou même de comprendre ce qu'il venait de se passer. Quand il vit son agresseur avec le nez ensanglanté, il commença à comprendre, mais c'est surtout d'entendre la voix de sa belle-sœur qui lui fit saisir toute l'ironie, mais aussi la dangerosité de la situation.

"Cette pauvre chose n’est pas le fils de Ryûrei."

Alors qu'il commençait à retrouver son calme, se servant de la présence rassurante de Saya, le jeune empathe accusa le coup. Il piqua du nez pour fixer le sol et se mordit la lèvre jusqu'au sang. Néanmoins, ces gens préféraient visiblement l'échange de coups à l'échange de mots et le combat reprit brusquement. Chaque coup porté à l'un ou l'autre provoquait des nausées pour le pauvre Yungiri, spectateur impuissant de cette mascarade dont il se savait responsable. Mais quand Saya fut immobilisée avec une lame sur la gorge, Yungiri sauta sur ses pieds et parvient de justesse a retenir son cri effrayé. Heureusement, Saya se dégagea rapidement de la prise de son agresseur.

La suite de l'enchaînement fut un peu trop rapide pour que Yungiri en saisisse toutes les subtilités. Pourtant il ne retient qu'une chose, le coup qui, il en fut certain, atteignit rudement Saya. Quand sa belle-sœur rentra dans la maison, il la suivit docilement, évacuant les dernières étoiles qui dansaient devant ses yeux après tout ce déchaînement de violence. Le temps d'arriver à l'abri de la demeure familiale, Yungiri était entièrement concentré sur Saya. Il sentait sa douleur, et retient une grimace quand elle retira sa main pour dévoiler la plaie. Pourtant il resta très calme, du moins en apparence, car son esprit était en proie à la peur viscérale de perdre sa belle-sœur, la femme de son cher petit frère. Néanmoins, il parvenait à se résonner, la plaie était vilaine, mais pas mortelle.

"Je vais regarder ça." Dit-il calmement.

Endossant alors son habit de médecin, Yungiri soutient Saya jusqu'à une pièce calme et l'allongea sur le futon. L'empathe demanda à sa belle-sœur d'enlever le haut de son kimono pour qu'il puisse examiner la plaie. Professionnel, ses yeux ne firent aucun écart. La blessure s'étendait sur le côté de l'abdomen, mais heureusement, aucun organe ne semblait touché.

"C'est bénin, mais il serait plus prudent de recoudre pour minimiser les risques d'infections." Expliqua le jeune médecin.

Il bénit à ce moment la sacoche qu'il avait emportée et dont il ne se séparait pour ainsi dire jamais. Il en sortit un linge propre qu'il posa sur le futon pour éviter que le sang le ne le salisse. Sur un autre, il étala un gel composé d'extrait de plante aux vertus anesthésiques, menthe et piment avec des traces de curare notamment, qu'il apposa délicatement sur la blessure. Ses gestes étaient surs et précis. Il indiqua ensuite à Saya de ne pas bouger. Il sortit un instant, attrapa une servante de passage et lui demanda un bac d'eau propre. L'autre s'exécuta sans poser de questions. Une fois le bac en mains, Yungiri revient auprès de la blessée. Sur un nouveau linge, il versa un liquide composé d'extrait d'opium.

"Ce composé va vous étourdir un peu. Mais ça ne prendra que quelques minutes, rassurez-vous."

Sur ces mots, Yungiri encouragea Saya à respirer le linge. Ce qui eut en effet pour conséquence de détendre la jeune femme et de la sédater quelque peu. Yungiri empoigna alors une aiguille et du fil et découvrit la plaie pour la recoudre d'un geste sûr. Effectivement, en quelques minutes il avait terminé et il retira également le linge servant à sédater Saya. À ce stade, Présence Hypnotique était déjà active depuis plusieurs dizaines de minutes, aidant la blessée à supporter la douleur, et ce, sans que Yungiri n'en ait vraiment conscience. Finalement, il banda la blessure avec un pansement enduit d'extrait de plantes aux propriétés antiseptiques et cicatrisantes telles que le thym ou la camomille.

Saya était encore un peu dans les vapes après tout cela. Aussi Yungiri quitta-t-il la pièce pour ranger et nettoyer son matériel. Il eut le temps de faire un thé et de ramener la théière et les tasses fumantes sur un petit plateau qu'il posa sur une table basse à laquelle il s'installa pour veiller sur le réveil de Saya. L'ensemble de ses actions depuis qu'ils étaient rentrés n'avait pas dû prendre plus d'une demi-heure.


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Chizuru Saya

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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Dim 14 Mai - 11:36

La compréhension et l’apparent apaisement présent dans le regard de mon beau-frère suffit à faire disparaître les résidus de stress découlant du bref combat précédent. Je le laisse m’aider à marcher jusqu’à une pièce vide et rassurante de la maison, attentive malgré tout aux présences et rencontres possibles. Les on-dit allaient terriblement vite et, bien que j’accepte sans concession le caractère particulier de mon soigneur du moment, sa réputation était des plus houleuse. Ma dernière envie est qu’on imagine une relation entre lui et moi alors que Katsuya se trouve absent...

C’est pourtant sans plus penser au regard des autres que je m’installe sur le futon, me concentrant uniquement sur mon souffle afin de calmer la douleur tonnante de ma plaie. Je ne peux m’empêcher de légèrement rougir à sa demande de retirer mon vêtement, l’idée-même de me retrouver partiellement nue devant un autre homme m’étant déplaisante sur l’instant. Mais ses yeux se concentrant uniquement sur l’objet de mon mal, je n’hésite que quelques secondes à découvrir le haut de mon corps sur mon bandage de poitrine puis sur mon bas-ventre, attardant mon regard sur le mur à proximité pour tenter de chasser mon embarras le temps de ses manipulations.

Je le laisse préparer le lit pour les soins, hochant simplement la tête à sa remarque sur les risques. Une fois ceci fait, je m’étends difficilement, grimaçant à la vue du sang. Cette blessure est ma première véritable preuve de combat et j’éprouve une certaine fierté en posant une œillade dessus. Les joues toujours empourprées, je ne peux cependant pas m’empêcher de me demander ce que Katsuya pensera de cela... M’en voudra-t-il d’avoir abîmé ce corps qu’il aime tant découvrir à chacun de nos échanges ? Mon visage prend feu, se nourrissant de l’audace venue de penser à des moments comme ceux-ci en la présence de son aîné.

Les paroles de ce dernier me font revenir à la réalité et je comprends qu’il a étendu sur ma plaie un linge enduit d’un onguent apaisant, sentant délicieusement bon et fort. Lorsqu’il revient, je suis déjà plus paisible, d’autant plus qu’il m’explique chacun de ses gestes délicats. Je hume sans plus de concession le tissu, m’imprégnant de cette nouvelle odeur dont les effets se font vite sentir. Je ne sens qu’à peine ses doigts délicats se poser sur ma peau, les « coups » que l’inflammation me donnaient quelques minutes auparavant ayant complètement disparu. Les yeux à moitié fermés, je laisse un sourire m’échapper, satisfaite d’avoir pu aider quelqu’un de si gentil.

Je reprends conscience après un moment, sans que je ne puisse estimer combien de temps je me suis trouvée ainsi. Le parfum du jasmin prend le dessus sur le mélange de plantes guérissant ma plaie et je réussis à m’assoir sans trop de difficultés pour me rhabiller. L’expression bienveillante de l’ancien apprenti rencontre mon embarras encore présent mais je réussis à ne pas en tenir compte pour m’avancer lentement en face de mon soigneur.

- Arigato gozaimasu, dis-je en m’inclinant légèrement, le mouvement étant encore difficile. J’aurais préféré vous accueillir décemment, Yungiri-san. Je me réjouissais d’entendre vos récits. Et finalement... c’est vous qui avez préparé le thé.

Je ne remonte mes yeux vers les siens que lorsque je suis certaine de la majeure disparition de ma gêne, retrouvant un ton de voix serein et une envie de profiter de cette présence connue.

- Vos promenades sont-elles toujours aussi mouvementées ? Je ne me rendais pas compte de cette agitation permanente, bien que j’en aie connaissance. J’insisterai auprès d’Okimura-san pour qu’on punisse ces abrutis. Ils n’ont pas à vous juger, après tout ce que vous avez fait pour eux.

Je porte le doux breuvage à mes lèvres, plus heureuse que je ne le pensais de me désaltérer.

- Vous méritez qu’on s’occupe de vous, tant vous pensez aux autres. D’ailleurs... Je m’approche et plisse les paupières pour être certaine de bien distinguer ce détail. Il me semble que vous devriez vous attarder sur votre lèvre. Vous ont-ils frappé avant que je n’intervienne ?

Il ne me semble pas qu’ils aient monté autant les tours avec leur victime du moment mais je suis soudain inquiète que les conséquences de ce conflit soit allé beaucoup trop loin et qu’il rappelle à l’aîné de la fratrie de bien mauvais souvenirs en lien avec son père. En détaillant le reste de son visage, je réalise à quel point son cadet lui ressemble, bien que Katsuya affiche plus de masculinité. C’est un timide sourire qui prend place sur mes traits et j’attends sa réponse ainsi que le motif de sa visite en espérant que le généreux jeune homme puisse rapidement passer à autre chose.


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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Dim 14 Mai - 19:36

Plus d'une quinzaine de minutes passèrent avant que Saya ne reprenne conscience. L'opium était un sédatif efficace, mais avec le dosage auquel Yungiri l'utilisait, il assommait plus qu'il n'endormait. Néanmoins, couplé à ses pouvoirs, c'était souvent suffisant pour ce qu'il faisait. Et pendant ce temps, Yungiri laissa peu à peu tomber son rôle de médecin. Installé à la table basse, devant la théière fumante, il prit peu à peu conscience de ce qu'il s'était passé exactement. Ses pratiques à part lui avaient encore une fois value de belles critiques, critiques auxquelles il n'avait pas su répliquer. Yungiri serra les poings et mal mena à nouveau sa lèvre inférieure. C'était sa belle-sœur qui était étendue là, par sa faute. Il était responsable de la blessure de la femme de son frère. Qu'est ce que ce que Katsuya allait dire ? Il ne le saurait pas de suite néanmoins, son frère était loin. L'empathe soupira lourdement. Si Katsuya avait été là, sans doute rien de tout cela ne serait arrivé, son cadet l'aurait protégé, comme il le fait souvent. Yungiri se désespérait, était-il donc si faible pour qu'il faille toujours quelqu'un à ses côtés ?

Finalement, il perçut Saya revenir à elle et décida de servir le thé pour accueillir son réveil. Heureux et soulagé de la voir se relever, il couva la jeune femme d'un regard tendre. Même si, sentant son embarras, il fit tout pour se rendre le moins envahissant possible et détourna les yeux quand elle se rhabilla, histoire de lui laisser l'espace dont elle avait besoin pour reprendre totalement ses esprits. Il balaya ses remerciements d'un geste et lui tendit une tasse encore chaude et odorante. Quand elle parla de prévenir son père, ses yeux s'emplirent d'une terreur évidente, mais il réussit à garder son calme.  Il prit avec elle une gorgée du liquide aux reflets vert et aux odeurs de fleur, appréciant l'apaisement procuré. Il cacha la gêne qui lui monta aux joues avec les mots suivants. Quand Saya s'approcha de lui, il eut le réflexe de reculer légèrement, mal à l'aise tout d'un coup. À sa remarque, il porta les doigts à sa lèvre, mais devina assez vite de quoi il s'agissait.

"Non rassurez vous Saya-san, ils ne m'ont pas frapper, je me suis juste mordu en tombant. Un petit mensonge, mais il ne voulait pas l'inquiéter davantage. Grâce à vous je n'ai rien, c'est à moi de vous remercier. Continua-t-il en s'inclinant. Mais par pitié ne recommençait plus jamais une folie pareille ! Sa voie se fit un peu plus pressante. Ne vous mettez plus jamais en danger pour moi, que dirait Katsuya ? Je n'en vaux pas la peine, je préfère encore prendre des coups plutôt que de vous voir blessée à nouveau ! Et puis, ce n'est pas comme-ci je n'avais pas un peu l'habitude d'encaisser... Et s'il vous plaît, n'en parlait surtout pas à mon père, ou je subirais à nouveau sa colère, ce que je préférerais éviter, j'avoue..."

Sa voix, si assurée et déterminée quand il s’agissait d'écarter Saya du danger, s'était peu à peu éteinte sur la fin de son discours. Désormais, Yungiri regardait avec obstination ses poings serrés sur ses genoux.


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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Dim 11 Juin - 16:55

Katsuya parlait peu et offrait un soutien discret à son frère. C’est ce que j’avais pu constater depuis que nous nous fréquentions et surtout depuis le mariage. Pourtant, mon époux avait pu aborder le fait que les relations difficiles de Yungiri-san avec le chef de famille empêchaient les Okimura de prospérer comme leurs ambitions l’entendaient. Mon beau-père savait s’imposer mais devait constamment lutter contre l’image dégradante qu’on lui renvoyait de son premier né. Or, au-dessus de ces insultes, les plus terribles étaient celles que cet homme imposait à son enfant à chacune de leurs rencontres.

Elles étaient devenues rares et, heureusement, l’ascendant comme le descendant s’en portaient bien. Mais les rumeurs et autres moqueries ne finirent jamais de grandir, au grand damne du responsable de la famille, qui s’en retrouvait fatigué de défendre son bout de pain à longueur de temps. Cependant, je réalise à l’instant que la plus grande souffrance n’est pas celle de celui qui laissa une suite derrière lui mais bien de cette suite elle-même. Car si j’avais été blessée quelques instants plus tôt, Katsuya l’avait été bien plus de fois encore... et je n’ose pas imaginer ce qu’endure encore aujourd’hui Yungiri-san au quotidien.

À ses réactions prévenantes et aussi à son timide mais présent embarras lorsque je me rapproche de lui, je devine que l’apprenti soigneur garde beaucoup de choses pour lui derrière des excuses ou des mensonges. Je recule alors à mon tour, écoutant sa réponse avec attention et devinant ce qu’il cherche à ne pas dire derrière son évitement, ses remerciements et son inquiétude. Je rougis d’abord de tant de sollicitude. Puis, voyant que son altruisme disparaît derrière la crainte que des souvenirs douloureux lui évoquent, je ne peux m’empêcher de crisper, comme mon beau-frère, mes mains sur mes genoux.

Un silence a le temps de s’installer entre nous mais je le romps, brusquement, sans pourtant m’énerver. Mon ton est ferme mais je donne peu de voix, si légère que je doute qu’il puisse m’entendre au départ. Je tiens pourtant à lui transmettre toute la frustration que je ressens face à l’injustice de sa situation.

- Toujours – que les Kami entendent des remerciements – j’ai réussi à rester moi-même. Depuis petite, j’ai poursuivi ce que je pensais devoir réaliser et, même si cela a parfois pris beaucoup de temps, j’ai su rester fidèle à mes convictions. J’ai moi aussi vécu des choses difficiles à cause de ce que les gens croyaient. Et qu’ils soient pauvres ou riches ne m’importaient pas... seules leurs critiques me faisaient du mal. Désireuse de protéger mes parents et mon frère, j’ai caché ma douleur, comme vous, pendant des années. Mais cela m’est devenu rapidement insupportable.

J’ai compris que ce n’est pas juste que des personnes si douces et volontaires en viennent à subir des choses si difficiles. Personne n’a à souffrir de jugements infondés, encore moins les plus fragiles. C’est dans le but de me défendre et de les protéger tous, ardemment, que j’ai commencé à m’entraîner en secret. Il y a un instant, j’ai été capable de briser la volonté de ces hommes pour laisser la vôtre s’exprimer. Plus jeune, j’aurais prié les Kami de me pardonner une telle offense... Maintenant, je leur demande de me prêter leur grâce si cela me permet de recommencer.

Parce que la société n’a pas accepté mes différences, j’ai trouvé un moyen de les masquer derrière une détermination sans faille pour attendre ce que je chéris. Et je suis profondément convaincue, même si je ne fais pas encore partie de l’armée d’Okaruto, que ce positivisme me permettra d’obtenir ce que je souhaite. Je ne crois pas qu’il s’agisse de vanité... mais plutôt d’une extrême envie de vivre et de faire vivre les autres, ceux qui le méritent, au-delà du possible s’il le faut.


Je réalise que j’ai bien trop parlé mais je ne m’arrête pas encore, une fois rapprochée de cet aîné déconcerté, de son côté de la table.

- Katsuya est le premier à penser que vous en valez la peine. Et je suis convaincue qu’il ne me reprocherait pas d’avoir secouru son frère. Parce qu’il ne fait pas partie de ces gens s’arrêtant aux apparences. Katsuya aime le cœur des gens avec le sien et c’est pour cela que nous suivons le même chemin... Alors... Gomen, Yungiri-san, d’autres nez seront brisés pour vous si cela se reproduit et que je suis dans les parages.

Je souris, très largement, avant de finalement conclure sur une nouvelle note positive.

- En revanche, il n’est pas d’habitude à avoir de recevoir des coups. Et par respect pour tout ce que vous avez fait pour moi et ce que vous ferez encore pour ceux qui en eux besoin, je ne dirai rien à votre père... si cela est votre souhait.

Détournant finalement le regard, les joues à nouveau rosies – de satisfaction mais de gêne aussi, d’avoir été si familière – je sers du thé à mon hôte pour reprendre ce rôle d’épouse que je suis sensée endosser de manière officielle et au sens où les convenances le veulent.


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Kuge

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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Sam 24 Juin - 15:04

Avec un silence presque religieux, Yungiri écouta cette femme forte et déterminée parler de sa vie et ses rêves. L’empathe admirait Saya, pour cette force de caractère inébranlable. Lui aussi, il voulait poursuivre la voie qu’il avait choisie, peu importe les difficultés du moment, les insultes ou les moqueries. En serait-il capable ? La différence, dont il prit conscience à cet instant, était peut-être que toutes ces critiques ne l’atteignaient pas, pas personnellement. Non, le monde entier pouvait penser ce qu’il voulait de lui et de ses méthodes, il s’en fichait éperdument. Seul lui importait le fait de soigner et d’aider autrui, s’il parvenait à faire cela, alors il serait heureux.

Et c’était bien ce qui terrorisait le jeune médecin en depuis plusieurs semaines : il doutait de parvenir à cet objectif qu’il considérait comme plus important que sa propre vie. Il lui manquait quelque chose, et le manque d’argent de ces derniers temps n’en était que le symptôme. Néanmoins, Yungiri n’arrivait pas à comprendre ce qu’il faisait mal. Alors il doutait : ses choix étaient-ils les bons ? Ses actes avaient-ils du sens ? Devrait-il porter plus attention à ce qu’on disait de lui justement ?

Mais en cet instant, la force de Saya semblait transportée par ses mots pour venir directement réchauffer son cœur. Au contact de la détermination de la jeune femme, ses propres doutes se dissipaient comme la brume dispersée par le soleil. Alors non, Yungiri ne se sentait pas personnellement victime d’injustice, mais tout comme Saya, il désirait la combattre. Et alors qu’elle évoquait son propre rêve avec tant de courage, Yungiri se promit de suivre les traces de la jeune femme. Leurs armes étaient différentes, mais leurs objectifs convergeaient. Voilà pourquoi, il appréciait tant sa belle-sœur.

Et tandis qu’elle évoquait Katsuya, l’empathe comprit qu’il avait mal jaugé ses paroles précédentes. Bien sûr que l’évocation de son frère ne dissuaderait pas Saya de s’opposer aux éventuelles menaces qu’il recevrait, au contraire même. Il devrait donc trouver un autre angle de négociation. Mais pour le moment, le fait de parler de son cadet lui donna surtout un sourire tendre. Qu’est-ce qu’il lui manquait ! Et même s’il avait confiance en la force de son frère, il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour lui.

Yungiri hocha la tête à la dernière phrase, il était reconnaissant à Saya de le comprendre et d’accepter de garder le silence sur cet incident. Un sourire doux s’était peu à peu formé sur ses lèvres au fil de la discussion, et il s’élargit doucement, tendrement, quand il perçut la gêne mêlée de satisfaction de la jeune femme. Et l’empathe eut un petit rire discret quand Saya servit le thé, ce rôle d’épouse modèle ne lui convenait pas vraiment. Yungiri s’inclina alors, posant le front contre le tatami devant la jeune femme.

"Merci, Saya-san, merci de votre compréhension, mais surtout, merci de m’avoir ouvert ainsi votre cœur. Déclara l’empathe en se redressant. Vos mots sont emprunts de force et courage, et seront source d’inspiration pour moi."

À cet instant, Yungiri se demanda furtivement si Saya avait devinait qu’il avait ainsi besoin d’encouragement, et si oui comment. Mais en soi, peu importait, le tout étant que ces mots lui aient redonné un peu d’espoir.

"Vous êtes une personne extraordinaire, forte et intègre. Mon frère a de la chance de vous avoir, il serait fier de vous. Une expression de tendresse triste passa sur le visage de l’empathe, on sentait que son cadet lui manquait. Soit, par respect envers votre résolution, je n’essaierai pas de vous dissuader de prendre ma défense comme vous l’avez fait tout à l’heure. Mais comprenez bien une chose, Saya-san, je préfère mile fois encaisser les insultes et mêmes les coups de ces brutes que de vous voir blessée à ma place. Sérieux, Yungiri parlait ici avec sincérité. Je n’ai pas votre force ou votre talent pour le combat, mes atouts sont autres, mais je ne suis pas totalement désarmé pour autant."

À cet instant, Yungiri essayait pourtant de se persuader de ses mots. Néanmoins, voilà ce que son maître lui avait patiemment transmis, ce que leur voyage avait révélé à ses yeux : il n’était pas faible. Alors, rassemblant toute sa détermination, Yungiri se promit de suivre la voie que Tengoruda avait dessiné pour lui, peu importe les difficultés rencontrées.

"J’ai encore beaucoup à apprendre, ne serait-ce que pour affronter dignement les critiques. Mais, m’inspirant de votre détermination, je suivrais la voie que j’ai choisi. Ensemble, nous réaliserons nos rêves respectifs."

Cette fois, Yungiri semblait plus sûr de lui, souriant, motivé. Il en était certain, côte à côte, ils pourraient y arriver. Il soutiendrait, Saya envers et contre tout, et en cet instant, il savait qu’elle ferait de même pour lui.


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MessageSujet: Re: Bénéfice du doute Sam 22 Juil - 17:15

Reprenant mes esprits grâce à mes gestes maîtrisés et mon sens appliqué du service, je pense pouvoir me remettre de mes émotions en terminant de remplir les contenants devant nous. Mais il n’en n’est rien car mes yeux se posent sur le changement de position du Soigneur et je les écarquille de surprise au moment où il s’incline le plus bas possible. Je manque de renverser l’une des tasses, rougissant davantage tandis qu’il retrouve mon regard pour commencer à parler. Jamais je n’aurais songé mériter de tels remerciements, si sincères et découlant directement de mes actes ou de mes expériences...

Je manque un instant de cacher en vitesse mon visage mais ses compliments me figent sur place, paralysant mes membres engourdis par la gêne mais aussi par une infinie reconnaissance. Le souffle court, je m’efforce de tout écouter par politesse mais ne souhaite que l’interrompre pour l’informer que c’en est trop pour moi. En lieu et place de pouvoir le faire, je sens des larmes d’émoi monter sur le bord de mes paupières avec une volonté certaine de rejoindre cette assurance que l’homme dégage soudain, de façon inattendue à la fin de sa déclaration.

Ses propos clos par une promesse à peine déguisée, je sens mon visage s’humidifier et ma gorge se dénouer lorsqu’enfin je ferme les yeux et plonge ma face dans mes mains sans retenir mes sanglots pendant quelques instants. Je ne sais pas comment mon beau-frère pourrait interpréter mon attitude mais je n’en ai cure, profondément convaincue qu’il attendra patiemment l’accalmie de mes sentiments pour y répondre. Je découvre à l’instant pourquoi cette personne me touche autant et ce n’est que lorsqu’enfin ma respiration s’apaise que je réussis à ignorer mon empourprement, à sécher mes larmes et à répondre à ses éloges, mes mains finalement placées en masque sur mes expressions.

- Je me suis battue, certes... mais je ne mérite pas tant... Vous savez, si un jour mon époux formule cette fierté dont vous parlez, je ne saurai plus où me mettre... Je ne désire pas être un exemple, vous en êtes un à vous tout seul... et je suis bien la seule chanceuse de vous connaître, vous et votre frère... Alors c’est à moi de dire « merci ».

Défiant les convenances d’un tout à chacun, je frotte ma main droite sur mon vêtement sans oser le regarder. Une fois sûre qu’elle soit complètement sèche, je saisis les doigts fins de celui qui sera mon soutien pendant de nombreuses années, sans que je ne le sache encore.

- Vous êtes une magnifique personne, Okimura Yungiri. Et je ne peux que souhaiter que le bonheur vous embrasse comme il le fait avec moi depuis déjà deux années. Oui... Ensemble, nous réaliserons nos rêves respectifs... réussis-je à dire en liant mon auriculaire au sien, défiant le plus écarlate pétale de camélia.

***

Dans ces romans que j’ai pu lire en l’absence de mon mari, la pluie lave les drames et purifie les souillures. Cependant, elle annonce la laideur d’un moment. Jamais il ne fait beau à l’annonce d’une terrible nouvelle ou d’une bataille. Les jours heureux reviennent seulement lorsque le héros, remis de ses peines, fait preuve de résilience. Mais jamais avant. Et le temps dure, dure, dure pour arriver à ces instants où le protagoniste souris à nouveau à la vie en reconstruisant la sienne. Pourquoi n’est-ce qu’aujourd’hui que je réalise que ma vie n’est pas un roman ? Et que ce qu’il se passe à l’instant aurait pu m’achever si j’avais été seule à lire ce document ?

Les secondes semblent des heures. Watanabe Shin, Samouraï Okaruto, se trouve devant moi, trempé, la mine éteinte et je ne trouve aucune force pour relever la tête afin de réagir au pli qu’il est venu me transmettre en personne. Je n’arrive pas à lire le nom ou la fonction du signataire et je m’en fiche... le seul kanji que je distingue sur le papier est celui désignant mon époux, duquel ce courrier m’annonce la mort vaillante au combat. Je suis sa vie et il est la mienne... je devrais me sentir si fière de prendre connaissance d’une telle communication. Combien de femmes avais-je vu pleurer aux retours de leurs hommes mais aussi à l’absence de ces derniers ? Jamais je ne m’étais sentie concernée.

Enfin, je trouve la force de monter mes yeux vers son frère d’arme, qui se raccroche à mes billes azurées avec le peu d’énergie qui lui reste, pour entendre ce que je vais formuler. L’eau emplit mes yeux telle un voile mais je ne cède pas. Je ne veux pas parler à celui qui l’a vu périr. Peut-être l’a-t-il même aidé à mourir dans l’honneur ? Rien, je ne veux rien savoir, malgré toute cette complicité que nous avons tissée avec le temps. Malgré toute la bonne volonté que je peux lire dans ses charbons charmeurs.

- Tu devrais rentrer, Shin... dis-je, la voix tremblante. Merci... pour le message.

Il me parle, inquiet de me laisser seule. Il sait à quel point j’aime celui qui a disparu et à quel point je ne pourrai plus l’aimer. Il a peur que je m’ôte la vie, comme beaucoup d’épouses le font. Il veut me retenir mais je le repousse d’un pas en arrière. Lentement, je ferme la porte comme je ferme mes yeux. Mes larmes trempent ma main chiffonnant le papier de riz que je souhaite brûler.

Tel un fantôme, je déambule dans les couloirs de la demeure familiale. Mais nous n’étions qu’un couple car je n’ai pas su lui donner d’héritiers avant qu’il nous quitte... Je dois plusieurs fois me tenir aux parois pour ne pas flancher, jusqu’à atteindre la pièce désirée et mon objectif. Je frappe sur le montant de la porte mais mon beau-frère séjournant encore en ces lieu ne s’y trouve pas, il arrive dans mon dos. Mes phalanges sont blanchies, tant je souhaite faire disparaître ce torchon de mensonge. Mais ce torchon n’est que stricte vérité.

Et tandis que je me retourne pour me confronter à cet air de famille, je m’écroule sur le sol, à bout de forces, à bout d’espoirs, à bout d’amour... et je pleure son nom à son aîné, doucement. Puis de plus en plus fort, comme si mon aimé se trouvait encore dans la maison. Ou quelque part ailleurs qu’en moi.

- Katsuya... Katsuya... Katsuya... dis-je alors que Yungiri-san se penche, attentif à mon infinie souffrance, celle que nous partagerons sous peu.


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