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 Le renard et les onmyoji [Terminé]

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Hisawara Shinosuke

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MessageSujet: Le renard et les onmyoji [Terminé] Sam 22 Avr - 22:50

La pluie abondante et violente d'automne avait surpris les voyageurs, qui couraient maintenant sur le chemin rendu boueux à la recherche d'un abri. Heureusement, ils arrivèrent au village relais assez vite, bien que déjà trempés jusqu'aux os. Ils s'abritèrent sous un auvent et Mitsujiro examina son hakama rouge qui était maintenant noir de boue en jurant avec mécontentement. Shin, quant à lui, se secoua dans mouvement assez peu humain, puis regarda le chemin qu'ils venaient de parcourir. Cela ne faisait que quelques jours qu'ils avaient quitté Raimei, mais son esprit était encore hanté par le visage si doux de Raija. Néanmoins, le kitsune revint à la réalité en entendant le gamin éternuer violemment. Forcément, s'il restait dans ces vêtements trempés il serait malade. Les humains sont si fragiles...

Shinosuke chercha donc des yeux l'auberge du relais, il fut surpris de découvrir que plusieurs constructions du village étaient abîmées, l'une d'elles tenait même plus de l'état de ruine qu'autre chose. Le yokaï fronça les sourcils, impossible de dire si ces dégâts étaient récents ou bien dataient de plusieurs semaines. Cela pourrait être le cas, après tout, Raimei avait été le théâtre de combats au printemps. Néanmoins, les villageois auraient pu reconstruire depuis. Aussi Shin se demanda si les onis qu'ils traquaient pourraient être la cause de tout ceci. Le kitsune fouilla dans ses souvenirs, leur chasse avait débuté à Setsu et les avaient menés jusqu'à Raimei où il avait réussi à abattre deux de ces bêtes immondes, non sans mal. Étaient-ils passés par ici en venant ? Shin ne s'en souvenait plus vraiment. Néanmoins, il n'y avait pas tant de routes qui reliaient Kenshu à Setsu. Mais peut-être que, traquant les onis à l'allée, ils avaient suivi un autre chemin, moins direct. Shin était certain que les villages traversés alors n'étaient pas délabrés, pas à ce point en tout cas.

Le kitsune inspira une grande goulée d'air, cherchant un indice sur ce qu'il s'était passé ici. Néanmoins, il ne sentit rien d'autre que l'odeur particulière de la pluie. De plus ici, la concentration important d'ozone accompagnant les orages fréquents perturbait d'autant plus son odorat. L'odeur n'était pas désagréable, lui rappelant ces moments à profiter à ses côtés de l'ondée rafraichissante et salvatrice sous les climats de leur région. Il se souvient de leurs jeux, de ce plaisir d'avoir la fourrure humide, fraiche et propre. Il entendit son rire, et ressentit ses mouvements délicats sécher ses poils blancs.

Shin s'échappa une énième fois de ses souvenirs avec un frisson pour revenir à sa première question : les onis qu'ils poursuivaient étaient-ils responsables de l'état de ce village ? Car après tout, il n'avait tué que deux de ces monstres à Raimei, et trois s'étaient échappés. Shin n'était même pas certain des blessures qu'il avait réussi à leur infliger. En quittant Raimei, il avait senti quelques traces des onis, mais avait été incapable de savoir si elles dataient de leur arrivée ou bien de leur départ. Puis une pluie les avait surpris, première d'une longue série qui semblait ne plus vouloir finir. Impossible pour le kitsune de suivre une piste dans ces conditions, et comme la traque aux yokaïs n'était plus leur priorité, il ne s'en était pas inquiété. Néanmoins maintenant il se demandait s'ils étaient les seuls à avoir pris la direction de Setsu.

"Qu'est ce qu'ils foutent ?"

La question d'un Mitsujiro au nez rougie par le froid tira le kitsune de ses réflexions. Il suivit le regard de l'onmyoji pour tomber sur un rassemblement de personnes effectivement assez incongru. Car si certains étaient protégés de la pluie par le même genre d’auvent, l'attroupement était tel que la plupart bravaient les éléments avec de maigres protections. Curieux, Shin s'approcha donc de ce qui n'était que des ombres indistinctes sous cette pluie battante qui noircissait le ciel.


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Dernière édition par Hisawara Shinosuke le Mer 23 Aoû - 19:22, édité 1 fois
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Abe no Chikanori

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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Lun 24 Avr - 0:31

Il était difficile de discerner l’objet de l’attroupement, mais arrivé plus près, l’éclat doré terne d’un bâton bouddhiste dépassait de la foule. A n’en pas douter, il s’agissait d’un religieux. Dans les temps troubles où les attaques de Yokaï sévissaient et où la Faille déchiré Yokuni, cette présence ne pouvait qu’être une bénédiction. Mais très étrangement, il y avait une tension dans l’air contraire à l’apaisement qu’apportait généralement ce genre de personnes. On sentait de l’inquiétude, de la méfiance, de la peur même pour certains.
Au centre de la foule se découpait un petit cercle dans lequel deux personnes pouvaient aisément parler et se mouvoir malgré que ceux de derrière poussaient à cause de la pluie.

_ Ne vous inquiétez pas, cher Onmyôji, nous n’avons rien remarqué d’inhabituel dans notre village, vous avez dû vous tromper ! Vraiment ! Nous n’avons pas besoin de votre aide !

C’était une voix d’homme qui commençait à bien vieillir, son dos se voûtait, d’ailleurs. Les inflexions de sa parole se voulaient sympathiques, mais elles n’incitaient qu’au départ. Celle qui lui répondit était bien plus jeune, dans la vingtaine, mais elle était lascive et laconique au premier abord … pour s’avérer tranchante de franchise par la suite. Pourtant Chikanori avait mûri ses mots avant de les dire.

_ Vraiment … ? S’il en est ainsi … j’imagine que vous ne viendrez pas pleurer lorsque le malheur s’abattra sur votre village, car je ne me trompe que rarement.

Le jeune homme secoua d’un geste bref et sec son sugegasa noir trempé alors qu’il s’écartait de quelques pas de l’entrée de la maison dont il sortait. Tout cela ne lui disait rien de bon. Ce qui l’avait amené à s’éloigner de la maison des Abe no jusqu’ici semblait à présent très bien se cacher. Les villageois étaient comme toujours peu coopératifs avec lui. A ses côtés, on l’abreuvait d’excuses dont il n’avait que faire. Elles ne suffisaient même pas à couvrir les murmures sur sa malédiction qui s’épanchaient dans son dos. Derrière son petit sourire qu’il gardait toujours, c’était avec ironie qu’il pensait « Et oui, de tous les spirituels, vous m’avez, moi ! Qu’est ce que vous êtes chanceux … »
L’Onmyôji, arrivé au bout du plancher de bois abrité par le toit, fixa la boue que fouettait la pluie avec scepticisme. Il fallait le dire : même pour lui, c’était un temps de chien. Ce qui lui rappelait que cette discussion était une perte de temps … alors il se tourna doucement vers son aîné, se penchant un peu vers lui, le regardant de cet œil unique qui le fit frissonner. Celui-ci était sûr et persuadé de l’avoir vu s’assombrir du carmin au grenat.

_ Je souhaite réellement que les Kamis soient avec vous en ces temps difficiles, grand-père. Mais vu qu’ils semblent un peu occupés ces temps ci ... permettez-moi donc de rester à leur place pour régler le problème qu'ils dédaignent vous épargner.

Malgré une certaine douceur il frisait le blasphème. Alors les protestations fusèrent d’un coup et on s’agita. Le maudit devait partir !

Une bourrasque souffla si fort que la pluie tomba en trombe du toit. Sifflant, grondant, elle s’introduisit parmi le groupe, faisant s’envoler les maigres protections, et glaçant les os à travers les vêtements. Le regard dans le vague, se sentant soudainement isolé du groupe, Chikanori sentait quelque chose. Une colère sourde qui à l’instar de ce courant d’air, s’invitait au milieu de ses semblables comme un venin latent. Ils étaient sourds à cette aura qui lui serrait le cœur de par sa profondeur et sa noirceur. La seconde d’après, la sensation avait disparu. Comme souvent, elles ne restaient qu’un instant, ce qui était largement suffisant pour marquer un esprit alerté. Ce qui se préparait était bien trop dangereux.
Revenu parmi les hommes, Chikanori haussait les épaules, remettait son chapeau en ignorant les plaintes. Bande d’ignares … c’était bien car il était Onmyôji et Abe no qu’ils se retenaient de le mettre dehors, mais ce n’était pas comme s’il s’en offusquait. Il était temps qu’il s’atèle à la tâche, par contre si on se mettait à le suivre partout, ça allait être particulièrement embêtant.

Sais-tu qu’il a sacrifié son gardien ?


Il leva la main d’un geste agacé, frappant le sol de son bâton pour faire taire l’auditoire. Entrouvrant le regard sur cette foule qui ne voulait pas de lui, il déclara alors :

_ Soit. Débrouillez-vous.

Sans plus de cérémonie, il resserra son sac de voyage dans lequel il transportait tout ce dont il avait besoin, noua la ficelle qui empêchait son couvre-chef de s’envoler, bien décidé à fausser compagnie à cette audience. Son sourire s’affina. Les choses se tassaient à présent qu'il avait dit ces mots. Ben voyons, ils étaient soulagés qu’il semble lâcher l’affaire ? C’était bien mal le connaître !
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Dernière édition par Abe no Chikanori le Ven 5 Mai - 19:14, édité 1 fois
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Hisawara Shinosuke

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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Sam 29 Avr - 14:39

Le renard s'approcha de l'attroupement, Mitsujiro sur ses talons, et s'arrêta un peu en retrait de la foule, profitant d'un petit coin de toiture pour rester au sec. Il sentit Mitsujiro se coller à lui, autant pour se protéger de la pluie que pour lutter contre le froid qui rougissait ses joues. Le yokaï ne fit aucune remarque et se concentra sur ce qui semblait être la raison de toute cette agitation. La distance et la pénombre auraient empêché un simple humain de distinguer autre chose que la silhouette fine et élancée de celui qui quittait alors la maison. Néanmoins, les yeux sensibles de Shinosuke purent détailler les courbes douces de son visage, et plonger dans ce regard unique.

Cet œil carmin l'interpela et un instant ses propres iris brillèrent de cette même couleur. Alors Shin en fut certain, cet homme n'était pas un yokaï. Il aurait voulu s'approcher, capter l'odeur de cet individu pour comprendre qui il était, mais prudent, il restait en retrait. Le battement incessant de la pluie couvrit une partie du dialogue qui se jouait face à lui, mais Shin en saisit suffisamment pour comprendre la situation. S'il fut surpris qu'on rejette ainsi un Onmyoji, il en comprit la raison quand les rumeurs de malédictions parcoururent la foule. Pour une raison qu'il ne comprit pas vraiment, Shin sentit la colère s'emparer de lui. Si cet être était considéré comme maudit, que dire des Hisawara qui avaient, pendant des générations, pactisé avec les yokaïs.

Une rafale de vent plus violente que les autres tira le renard de ses réflexions et un étrange pressentiment vint lui enserrer le cœur, néanmoins, cela ne dura qu'un bref instant. Tous les sens en alerte, Shin sonda l'air, sans rien trouver de plus. À cet instant, l'Onmyoji partit avec quelques mots qui trahissaient un certain agacement. Shin jeta un œil sur Mitsujiro, qui chancelait à ses côtés. Rattraper cet homme n'était certes pas dans les priorités du moment. Aussi, alors que la foule se dispersait, l'échine courbée sous la pluie et le regard maussade, Shin s'approcha du vieil homme qui rentrait chez lui.

"Ojisan, excusez-nous, nous sommes de Setsu et mon maître est un religieux en voyage. Shin jugea plus prudent de ne pas préciser de quel religieux il s'agissait. Nous avons été surpris par la pluie et nous aurions besoin d'un refuge."

Shin s'écarta légèrement, histoire de bien montrer son petit maître trempé et frigorifié. Cela eut l'effet escompté et les traits d'abord tendus du vieil homme se firent plus avenants.

"Pauvre enfant, continuez sur cette route. Expliqua l'homme en désignant le chemin pris par l'Onmyoji quelques instants plus tôt. Vous trouverez une auberge à la sortie du village. Le patron n'est pas un mauvais bougre, il vous fera sans doute un prix." Continua l'homme, semblant comprendre ce qui inquiétait l'albinos face à lui.

Shin s'inclina légèrement.

"Merci pour ces informations. Peut-être pourrions-nous faire quelque chose pour vous en retour, le village semble agité."

Shin releva des yeux à mi-chemin entre l'azure et le grenat, usant d'un peu de Persuasion pour obtenir ce qu'il voulait. L'homme sembla hésiter.

"Rien qui justifie l'intervention d'un quelconque religieux sans doute. Finit-il par répondre avec un geste de la main, comme pour balayer la proposition. Gekigami est capricieux et les récoltes seront mauvaises, mais ce n'est pas la première fois. Certains des nôtres sont tombés malades, mais comme c'est le cas dans tout Yokuni visiblement. Une de mes filles est au lit depuis trois jours maintenant, avec une forte fièvre et cette vieille maison craque de partout mais..."

L'homme s'arrêta brusquement, comme surpris d'avoir ainsi trop parlé, il regarda Shin avec un air suspicieux et le kitsune lui rendit son plus beau sourire.

"Et ces maisons détruites de l'autre côté du village ?"

"Nous avons subi des attaques des yokaïs, comme partout, mais c'était il y a plusieurs mois..." Cette fois, l'homme était plus réticent.

"Pas de problèmes récents ? Même dans la campagne environnante ?"

"Je vous l'ai dit, rien qui justifie la venue d'un Onmyoji et surtout pas de celui-là !"

"Qui est-il ?" Demanda Shin avec son air le plus innocent, content de changer de sujet pour éviter d'attiser d'avantage la méfiance du vieil homme.

"Il est le Maudit, celui qui a sacrifié son esprit gardien et pactisé avec le diable ! Dire que sa cousine, Dame Miwako-Sama, est une femme si douce..."

"Dame Miwako-Sama ?" Shin voulait vérifier quelque chose.

"Abe no Miwako ! Elle est la bonté incarnée et la digne héritière des siens ! Bien qu'il faille peut-être l'appeler Kenshu Miwako maintenant, elle est pressentie pour devenir notre nouvelle Daimyo ! On sentait la fierté dans ces mots. Dire que le Maudit est de la même famille... Ne vous approchez pas de lui, c'est un conseil."

Shin s'inclina bien bas et entraina Mitsujiro à sa suite.

"Merci, nous suivrons vos paroles avisées. Portez-vous bien."

Sur ses mots, il prit congé et se dirigea vers l'auberge, soutenant un Mitsujiro qui avait maintenant du mal à mettre un pied devant l'autre. Sur le chemin, Shinosuke était perdu dans ses pensées. Abe no... Ce nom ne lui était pas inconnu, sans doute l'avait-il entendu du temps où il servait les Hisawara. Une famille d'Onmyoji ancienne et réputée, voilà ce que devait être ces Abe no. Mais dans ce cas, avaient-ils fait partie du complot contre les siens ? À l'époque, Shin avait tué les exécutants, mais les commanditaires étaient sans doute restés cachés dans les ténèbres troublées d'une guerre en préparation. Une haine sourde et brulante s'empara de lui, et ses yeux prirent cette teinte rougeoyante porteuse de mort. En cet instant, quiconque aurait croisé son regard brillant sauvagement dans la pénombre aurait crié au monstre sans hésiter.

Néanmoins, le temps d'arriver à l'auberge, Shinosuke s'était calmé. Il sortit à peu près le même discours à l'aubergiste : un religieux sans le sou en voyage. Heureusement, l'auberge n'était pas surchargée d'occupants et le patron leur offrit donc la chambre, ne demandant qu'une modique somme pour le dédommagement et la nourriture. Il leur donna aussi des vêtements propres. Une fois séchés, nettoyés et installés, les deux voyageurs redescendirent se sustenter. Mitsujiro semblait reprendre du poil de la bête, mais Shinosuke sentait la maladie tomber sur lui. Avec un peu de chance, il le laisserait dormir sans faire de fièvre cette nuit, mais il se réveillerait à coup sûr avec un gros rhume le lendemain.

Dans la salle où quelques groupes mangeaient calmement, seuls quelques murmures emplissaient l'air maintenant que la pluie s'était apaisée. Un soleil timide de fin de journée jetait une pâle lumière aux reflets orangés sur les occupants. Shin capta alors du regard une silhouette esseulée, il détailla encore une fois ce visage borgne adouci par ces longs cheveux noirs. Le renard sentit alors Mitsujiro s'agiter à ses côtés. Il se tourna vers le gamin pour découvrir un regard interrogateur.

"Est-il dangereux ?" Demanda alors tout bas le jeune Onmyoji.

Shinosuke faillit s'étrangler tant il était surpris, depuis quand le gosse s'inquiétait-il de ce qu'il pensait avant de faire une connerie ?

"Non, ce n'est pas un yokaï." Finit-il par répondre après avoir détaillé le gamin à la recherche de ce qu'il avait derrière la tête.

Mitsujiro se dirigea alors vers l'inconnu, son bol de soupe dans les mains et Shinosuke sur ses talons.

"Bonjour, je suis Hisawara Mitsujiro, Onmyoji en formation je voyage depuis Setsu. Et voici Shinosuke mon servant. J'ai cru comprendre que nous sommes confrères ? Puis-je vous tenir compagnie pour échanger le temps d'un repas ?"

Shinosuke s'étonna de la politesse de Mitsujiro, la fièvre le rendait-elle aimable ? Ou peut-être simplement la promesse d'apprendre auprès d'un maître.


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Abe no Chikanori

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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Ven 5 Mai - 15:53

Puisqu’il n’attendait jamais personne, Chikanori avait pour habitude de prendre ses aises. Ainsi, la table qu’il occupait s’en retrouvait bien remplie entre son bol de riz, ses bouchées à la vapeur, son matériel d’écriture et ses quelques livres qu’il emmenait partout. Là aussi était un comportement bien inhabituel pour un religieux que celui de continuer sa tâche en mangeant. C’était aux antipodes de ce qu’on lui avait enseigné … il avait ses façons de faire, notamment lorsqu’il était pressé. La demeure des Abe no l’attendait (bien qu’assez peu ses occupants).
Cela faisait quelques minutes qu’il avait tracé un sceau, tout en courbes, cercles et incantations complexes qui enserraient le caractère Trouve. Normalement, en cas de présence spirituelle plus forte que la normale et non-humaine, il s’agiterait dans une direction. Il espérait savoir grâce à cela où orienter ses recherches. Des marques noirâtres s’hasardèrent alors sur les bords du papier, comme si celui-ci était vivant. Un œil normal pouvait en être effrayé, mais les autres voyageurs n’avaient qu’à bien se tenir. L’argent qu’il avait échangé à l’aubergiste contre le gîte et le couvert avait suffit à acheter son silence et une place suffisamment loin des autres pour jouer sur la limite de l’acceptable. Il ne tenait pas à être jeté dehors, tout de même … mais il n’allait pas non plus se restreindre pour eux.

Sa boussole se mit soudainement à pointer vers l’entrée, parce qu’il y avait quelqu’un, ou quelque chose, tout près, suffisamment puissant pour accaparer l’attention de son incantation.
Il s’était alors intéressé aux deux arrivants, regardant l’adulte aux cheveux blancs avec attention et suspicion. Sa façon de se déplacer, de parler, d’être … voilà qui semblait bien particulier. Cela pouvait être deux religieux, mais il pensa immédiatement à un Onmyôji et son Yokaï, écartant l’idée d’une possession ou d’une menace, puisqu’il ne sentait pas d’animosité venant d’eux. En tous cas, la chose pointée n’était pas ce qu’il cherchait.
Chikanori se reconcentra sur sa tâche. Il aurait plus intérêt à demander aux esprits environnants à défaut d’avoir le soutien des humains … décidément, plus le temps passait, plus la compagnie de ses semblables lui semblait difficile à supporter. La nuit tombait, il sortirait dehors trainer pour rencontrer les esprits, malgré que le temps l’en dissuadait quelque peu. La fatigue de son voyage commençait à poindre, peut être pourrait-il se reposer un peu avant de se relancer à l’assaut …

Son sceau commença à s’affoler réellement lorsque la présence spirituelle s’approcha et il sortit de ses pensées pour se tourner vers les invités de sa table.
Le plus jeune lui adressa la parole avec un certain respect, et il eut la confirmation qu’il s’agissait d’un jeune Onmyôji et de son gardien. Un Yokaï aussi puissant entre des pattes aussi inexpérimentées … il aurait pu en être jaloux. Comme souvent, il délaissa le Maître pour s’intéresser au Yokaï. Le mystère résidait sur le fait que le gamin était toujours un seul morceau. Même les monstres les plus faibles étaient d’humeur taquine, ce qui se traduisait par une proportion à être un peu … dangereux. Kon avait bien tenté de l’étrangler quelques fois, par amusement ou par ennui, alors on pouvait tout attendre d’un Yokaï qui arrivait à prendre une forme humaine aussi stable.

Le sceau s’affolait toujours, comme semblant prêt à s’envoler vers le Yokaï pour se coller à lui. Alors il attrapa sèchement son pinceau pour le barrer. Les étranges traces noirâtres se figèrent et disparurent.

_ … vraiment ? » Répondit-il finalement avec un sourire avant d’ouvrir la main sur la place qui se trouvait en face de lui. « Installez-vous …

Chikanori posa son pinceau et débarrassa ses affaires sur un siège vide. Il y avait parmi elles un résumé des espèces de Yokaï connues qui se présentait sous la forme de pages reliées, un livre des prières, et un feuillet de sceaux dont il pouvait arracher les pages facilement en cas de besoin. Quoiqu’il fasse, il ne laissait rarement le Yokaï quitter son champ de vision.

_ Qu’est ce qui vous amène par ici, en ces temps troubles ? Ce village est assez loin de Setsu …
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Hisawara Shinosuke

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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Ven 5 Mai - 21:09

En approchant de la table avec soupe et riz, Shinosuke eut un regard intrigué pour le seau de l'onmyoji qui s'agitait furieusement. Finalement, son propriétaire préféra le détruire pour le calmer, dommage, tout ce beau travail gâcher ainsi. Shin haussa un sourcil et eut un sourire avec des dents un peu trop pointues pour être honnête. Celui-là savait déjà ce qu'il était, alors inutile de se cacher. Le kitsune prit donc place à la table aux côtés de son maître. Alors que la conversation s'engageait, il profita d'être enfin près de cet homme pour le regarder avec attention. Ce seau sur son visage, il était là pour retenir quelque chose. Cela aurait pu être un pouvoir propre à l'onmyoji, ou bien quelque chose d'extérieur, Shin ne connaissait pas assez les seaux pour savoir. Néanmoins...

À nouveau, les yeux du kitsune se parèrent de reflets rougeoyants. Cet homme n'était pas un yokaï, mais Shin sentait la présence du démon sur lui. En toute logique, il en déduit que l'onmyoji devait être maudit. Cette situation lui rappela de suite certains des Hisawara qui, ayant échoué dans leur rituel, furent maudits par le yokaï qu'ils visaient. Parfois néanmoins, ce pouvait aussi être une conséquence d'un pacte particulièrement pernicieux. Ou même plus simple, un exorcisme qui avait mal tourné. Pourtant, les villageois avaient dit que cet onmyoji avait sacrifié son esprit gardien. Cela manquait de sens pour Shinosuke. À moins que le jeune homme n'ait perdu son servant dans le même combat qui lui avait coûté son œil. Mais les esprits gardiens étaient-ils si fragiles ? Ou alors ce n'était que des rumeurs. Le kitsune manquait d'informations sur les pratiques des autres familles d'onmyoji. Un mensonge pour expliquer son pacte interdit ? Sans aucun moyen d'en savoir plus pour le moment, le renard baissa les yeux sur sa soupe et laissa Mitsujiro répondre joyeusement à son homologue :

"Nous avons été envoyés en terre Kenshu à la poursuite d'un groupe de yokai qui menaçait la paix de la frontière entre nos deux clans. Ils n'étaient pas moins de cinq Oni ! Nous les avons bien sûr abattus." Mitsujiro bomba le torse à ces mots.

"Rectification, j'en ai tué deux et les trois autres se sont enfuis." Déclara calmement Shinosuke sans lever le nez de son bol.

Mitsujiro serra le poing.

"Certes... Mais ils ne s'attaqueront plus aux humains de sitôt après la dérouiller qu'ils ont subit !" Affirma le gamin.

"Peut-être." Shin n'avait pas vraiment l'air convaincue.

"Bref, et vous, d'où venez-vous ? Vous maîtrisez sacrément bien les seaux dits donc !" Commenta Mitsujiro avec un regard d'envie sur le seau désormais inutilisable.

"Plutôt normal pour un Abe no, non ?" La voix de Shin avait été un brin trop grave sur ces mots et ses yeux rouges dévisageaient l'intéressé avec des ombres inquiétantes dans le regard.

Néanmoins, le renard se reprit bien vite et piqua du nez dans sa nourriture en s'ordonnant le calme. Cet enfant (car pour un être ayant vécu plusieurs siècles, cet onmyoji restait un enfant), n'était pas responsable des actions, hypothétiques de surcroit, de ses ancêtres.

"Moi je n'ai jamais été très doué avec ça !" Enchaîna de suite Mitsujiro en espérant faire oublier l'intervention déplacée de son serf, le tout avec un air plus proche du gamin joueur que de la réelle déception.

"Disons surtout que vous n'avez jamais pris le temps de vous y intéresser..." Shin avait parlé assez bas, plus pour lui-même qu'autre chose.

Ce n'était pas vraiment un reproche en soi, le gamin était simplement plus doué pour d'autres choses. Telles que les incantations basées sur la récitation des sutras par exemple. En utilisant ces armes, le gosse parvenait étonnamment à des résultats tout à fait corrects pour quelqu'un de son âge et surtout qui n'avait jamais vraiment eu de maître. Car Mitsujiro était un impatient doublé d'une tête de mule qui ne respectait pas grand monde. Si les enseignements d'un sensei ne donnaient pas de résultats immédiats, il avait tendance à tout abandonner très vite. Indubitablement, ce gamin avait des dons pour l'omnyo, mais pas le caractère adéquat pour les utiliser et les développer à bon escient.

Soudain, une sensation désagréable sortit Shin de ses pensées, ses muscles se tendirent à l'extrême et sa respiration se bloqua. Le pauvre renard en lâcha ses baguettes et se força au calme malgré la douleur qui irradiait son corps. Avec les chaînes du pacte resserraient ainsi, il ne pouvait qu'attendre que le gamin se calme. Ça commençait malheureusement à devenir une habitude. Le renard suffoquait donc, alors que les lignes entrecroisées des seaux dessinaient des arabesques violacées sur ses poignets et son cou. Le pire, étant que ni l'un ni l'autre n'apprenait. Shinosuke finissait toujours par agacer Mitsujiro et le gamin le lui faisait toujours payer de la même façon. On lui accordera pourtant d'avoir essayé de rester calme le plus longtemps possible cette fois-ci.

"Voilà qui devrait te calmer, stupide renard !" Gronda Mitsujiro, essayant visiblement de paraître menaçant. "Je vous prie d'excuser le comportement déplacé de mon serf." Dit-il en s'adressant maintenant à Chikanori. "Nous allons pouvoir converser sans être dérangé désormais."


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Abe no Chikanori

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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Ven 5 Mai - 22:35

Le jeune adulte –ou enfant, comme le pensait l’Abe no- tentait tant bien que mal de se mettre en avant par rapport à son homologue, et celui-ci, bien qu’avec toujours son sourire, ne concentrait ses attentions que sur le démon qui l’accompagnait. Leurs regards se croisèrent à de multiples reprises, et il vit les prunelles bleues parfois s’iriser d’une lueur rouge qui trahissait sa nature de Yokaï. Son visage de broncha pas, il n’était pas pour le moins du monde inquiet, ni même interloqué. C’était dans leur nature d’être ainsi.

A l’instar de Kon et de ses semblables, celui qui s’appelait Shinosuke faisait preuve d’une franchise qui ne pouvait s’entendre avec le désir qu’ont les humains de vouloir se faire passer pour mieux qu’ils ne sont. Pour travailler avec les Yokaï, il fallait accepter leurs remarques cinglantes et passer outre.
Chikanori resserra le regard. N’importe quel Onmyôji digne de ce nom savait ça. Celui-ci qui prétendait en être un, face à lui, avait tout l’air d’un gamin pour lequel on avait placé entre les mains un jouet trop puissant. Que le destin pouvait être ironique …

Ainsi, sa curiosité fut piquée à vif lorsque des marques violettes apparurent sur le démon qui n’avait pourtant rien fait de plus que casser les élans de prétention de son maître. Il vit celui-ci lutter pour garder sa contenance alors qu’il souffrait des chaines qui l’étouffaient.
Son regard parcourut consciencieusement les arabesques qui se dessinaient sur sa peau, les gravant dans son esprit. Il n’en avait jamais vues de telles. Ni lui, ni aucun des Onmyôji de sa famille ne pouvaient contraindre ainsi leurs gardiens, ou du moins, pas sans motif valable. Or, ici, la punition semblait pouvoir s’enclencher par simple caprice. Que c’était accommodant …
Finalement, il commença à regarder son cadet, se décidant à répondre une fois seulement l’inutile et ridicule démonstration de force terminée. Son regard rougeoya alors qu’il attrapait sa tasse de thé pour doucement souffler dessus.

_ J’ignorais que quelqu’un d’aussi jeune pouvait montrer un tel intérêt pour la torture ... je suis impressionné. A la place de ton démon, je t’aurais dévoré il y a bien longtemps pour à ce point me traiter comme une serpillère.

Si sa voix était toujours douce et que ses propos glissaient de sa bouche sans cingler, elle se teinta d’une admiration fictive doublée d’un dédain sans nom. Pour autant, il ne s’arrêta pas là, puisqu’il n’avait pas dans l’intention d’écouter la réponse de l'humain. Il posa sa tasse, dévisagea le Kitsune en se penchant un peu vers lui.

_ Pourquoi avoir décidé de te lier à ce gamin, Shinosuke ?


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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Ven 5 Mai - 23:34

Enfin quelqu'un qui le comprenait. C'était normal après tout, cet homme voyait la même chose que lui : un démon ignoble, impur, inférieur, qui n'avait pas le droit de vivre. Alors, contrairement à beaucoup d'autres, l'onmyoji le laissa punir son kitsune domestique comme il le méritait. Et Mitsujiro savoura cette victoire, prenant tout son temps, persuadé que son homologue ne parlait pas non plus pour profiter lui aussi du spectacle. Finalement, le gamin ne s'arrêta qu'une fois que son démon fut sur le point de tourner de l'œil par manque d'air. Ce qui prit au bas mot plusieurs minutes. Quand enfin le pacte relâcha son emprise, Shin s'étala presque sur la table, se rattrapant sur ses avant-bras pour tousser lourdement. En état de faiblesse, Shin manqua de réagir violemment à l'éclat rouge qui brilla dans son champ de vision et se retient juste à temps, se rappelant que ce n'était qu'un humain. Bien que l'idée lui traversa alors l'esprit que cet Abe no était peut-être possédé.

Pendant que le kitsune reprenait un peu de contenance, Mitsujiro fut ragaillardi par les paroles de son aîné, qu'il prit comme un compliment à son attention et une moquerie au nez du renard. Shin, qui avait parfaitement entendu l'ironie dans la voix de l'onmyoji, fut à peine étonné de l'air satisfait de son "maître". Il le savait trop innocent, trop imbu de lui même, pour comprendre ce genre de choses. Néanmoins, Shinosuke aussi pouvait se demander si la moquerie était uniquement adressée à Mitsujiro, où si elle était valable pour eux deux. La différence, étant que lui s'en foutait éperdument. L'Abe no fixa ensuite sur lui son regard, en cet instant dérangeant, et enchaîna sur une question lui étant adressé. Reprenant encore son souffle, le kitsune laissa bien gentiment son maître s'empressait de répondre :

"Un vrai paillasson, n'est-ce pas ?" Commença Mitsujiro en rebondissant sur les mots de son aîné. "Mais il n'a pas le choix, les règles de notre pacte lui interdisent de me porter préjudice ! Je l'ai capturé et forcé à accepter ce contrat l'été dernier." Déclara le garçon en bombant le torse.

Cette fois, Shinosuke se redressa, tapant presque sur la table, les yeux rouge écarlate.

"J'AI choisi de conclure ce pacte en échange de quelque chose !" Siffla le démon en colère, on ne plaisantait pas avec le pacte.

Une belle preuve que le kitsune ne craignait pas plus son "maître" maintenant qu'avant sa petite "punition". À vrai dire, le renard s'en fichait, que Mitsujiro passe ses nerfs sur lui si ça lui chantait. Mais pas question qu'il oublie l'enjeu de leur contrat.

"Ah oui..., cet idiot m'a demandé la mort en échange de ses services. Pathétique, pas vrai ?" Répondit Mitsujiro avec dédain.

Shinosuke se calma enfin. Se rasseyant, il prit quelques grandes respirations jusqu'à ce qu'enfin, ses yeux redeviennent bleus. Après ça, le renard piqua du nez dans son bol, bien décidé à ne plus piper mot de la soirée. De toute façon, son cœur saignait maintenant en se rappelant à quel point sa vie était dénuée de sens et à quel point il était seul, à quel point elle lui manquait. Il étouffait encore, mais bien loin de la douleur engendrée par la petite démonstration de Mitsujiro, cette souffrance là lui lacérait réellement le cœur.


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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Sam 6 Mai - 1:37

Autour d’eux, la salle s’agitait de nervosité et de tension. Entendre crier à la table du fond, et voir le kitsune s’étouffer violemment jusqu’à ce qu’il devienne bleu … c’était bien car on craignait l’Abe no que personne ne réagissait. Aussi car le gamin avait clamé haut et fort qu’il s’agissait d’un Yokaï. Pour autant, il était évident que les choses n’allaient pas s’améliorer si l’esclandre continuait. L’ambiance commençait à se faire hostile, probablement car on le soupçonnait lui d’en être à l’origine. Ahlala. De toute façon, quelle que soit la mauvaise nouvelle, c’était toujours pour sa pomme.

Le regard fixe sur la scène qui était devant lui, il décida finalement de rester silencieux. Il n’ajouta rien, pas même un acquiescement, pas même un froncement de sourcils, rien. Il l’ignora totalement.
Pour dire, il avait l’air de se sentir soudainement bien plus concerné par son repas à demi entamé qui était en train de refroidir. Il se saisit de ses baguettes pour le finir, il ne semblait ni pressé, ni lent. Plus le temps passait, plus il en apprenait sur cet étrange duo, et  sans jamais rien donner en retour. Celui qui aurait pu s’en rendre compte était hors compétition, et c’était très bien ainsi. Il commençait à cerner un peu plus la personnalité de chacun des partis … ses pensées s’organisaient en un objectif qui prenait forme.

Les questions du garçon qui attendaient son soutien restèrent ainsi en l’air. Le fait que ses propos aient étés pris de travers ses mots avaient rendu la discussion bien plus intéressante qu’il ne l’aurait cru. Et puisqu’il semblait très bavard, très imbus, il allait donc laisser l’échange continuer.
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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Sam 6 Mai - 12:08

Le silence tomba ensuite sur la tablée. Puisque ses questions restaient sans réponses, mais qu'il voulait tout de même continuer leur conversation, Mitsujiro parla de lui. "J'ai fait ceci... J'ai réussi cela... J'ai rencontré tel truc..." Il ne cessa pas de babiller plus de cinq minutes d'affilée, comme si le silence lui était insupportable. Et Shin savait que c'était le cas. Il savait que le gamin s'attristait de plus en plus de l'absence de réponse de son aîné, même s'il se cachait alors dans un drap d'égocentrisme. Mitsujiro n'avait pas souvent l'occasion de parler ainsi à quelqu'un lui ressemblant. Alors, plusieurs fois, Shin fut tenté de l'aider un peu. Mais... non, pas ce soir, le gamin l'avait trop énervé.

Une fois, le garçon demanda à son renard domestique de le resservir en nourriture. Était-ce parce qu'il avait réellement faim ou bien pour montrer une nouvelle fois que cet homme était entièrement sous son contrôle ? Sans doute un peu des deux, on lui accordera qu'il mangeait rarement à sa faim. Dans tous les cas, Shin s'exécuta, docile, ignorant superbement les regards inquiets et suspicieux que la salle lui lança. Il se permit néanmoins un de ces sourires à la limite entre l'aimable et le démoniaque dont il avait le secret. Adressant sa mimique à une montagne de muscles qui le regardait de manière bien agressive et qui eut heureusement la présence d'esprit de baisser les yeux.

Finalement, le gamin sentit la fatigue le rattraper et il s'éclipsa. Shin ne manqua pas son air déçu quand il quitta la table. Entre-temps, le kitsune s'était calmé, il finit son plat en silence, détaillant les affaires de l'Abe no : un livre sur les yokai, un recueil de prières et un autre de sceaux. Shin jeta un regard vers celui que l'onmyoji avait condamné à leur arrivée. Assurément, il était doué et préparé à affronter beaucoup de choses. Shin fixa alors l'homme de ses yeux immensément bleus.

"Vous n'allez pas les laisser ainsi, n'est-ce pas ? Malgré l'animosité de ces gens, vous allez les aider."

La question était plus rhétorique qu'autre chose. Il y avait quelque chose dans ce village, quelque chose de dangereux qu'il fallait exorciser. Seul un onmyoji complètement incompétent et sans aucun honneur l'aurait laissé passer.

"Mon maître est un impulsif doublé d'une tête de mule, mais il peut vous être utile, sa maîtrise des sutras est tout à fait correcte. De plus, vous m'aurez moi. Laissez mon maître vous accompagner, il a beaucoup à apprendre à vos côtés."

C'était son fardeau, sa rédemption. Au-delà du pacte, protéger et aider Mitsujiro à devenir meilleur, c'était la mission qui lui avait été confiée par ce sohei, peu après son réveil. Il s'y était depuis accroché avec la force du désespoir, dans cette vie dénuée de sens. Lui-même ne pouvait rien apprendre au gamin, il ne l'écoutait pas de toute façon. Alors le pousser dans les pattes de ceux pouvant lui enseigner était devenu sa manière de faire.


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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Sam 6 Mai - 14:28

Il avait été tenté, à plusieurs reprises, d’interrompre le garçon qui brassait de l’air pour ne rien dire. S’ils n’eussent été que deux, il aurait depuis longtemps mis terme à ce monologue pompeux dénué de valeur … c’était sans compter le fait que le kitsune avait éveillé son intérêt de part l’étrange pacte qui les reliait. Hélas, le gamin n’était pas revenu là-dessus et puisqu’il ne souhaitait pas éveiller de méfiance, il avait laissé la conversation couler. Il n’était pas du genre à faire l’hypocrite pour gagner l’amitié de cet humain dont il n’avait que faire.
Celui-ci était suffisamment intelligent pour avoir profité de la naïveté du renard pour lui faire passer un pacte insensé, mais cela s’arrêtait là. Il ne se rendait pas compte qu’il avait dans les mains un trésor que d’autres auraient bien été tentés de lui voler.

L’autre Onmyôji se décida à débarrasser le plancher sans même s’énerver contre le comportement de son aîné, laissant son Yokaï, seul, face à cet homme qui avait de la suite dans les idées. Le silence tomba enfin sur la tablée, jusqu’au moment où le démon se décida à le briser. A ses mots, le maudit remonta le regard sur l’unique interlocuteur qui restait, son sourire lui revenant aux lèvres. Il posa ses baguettes sur le côté de ses plats vides. Parler du gamin ou des villageois ne l'intéressait pas.

_ Où est passé ta fierté de Yokaï, kitsune ? Si à ce point tu désires mourir, pourquoi ne pas t’ôter la vie dès maintenant ?

Shinosuke était très différent des Yokaï qu’il avait eu l’habitude de côtoyer. Kon, quoique faible, avait toujours soutenu qu’il lui avait fait l’honneur de devenir son gardien, et non l’inverse. Aucune forme de servitude ne pouvait être tolérée, le seul pacte les reliant permettant de brouiller la frontière entre leurs deux esprits. Or, ce démon s’aplatissait, se réfugiait derrière des lambeaux de justification. S’il souhaitait mourir, le pacte ne l’empêchait pas de mettre fin à ses jours, alors soit il manquait de courage pour le faire, soit autre chose le retenait sur terre.
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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Sam 6 Mai - 19:37

Le kitsune regarda son interlocuteur de travers. Le voilà bien familier maintenant, avait-il lui-même oublié le vouvoiement ? Pourtant non. Et puis il était bien curieux tout à coup. En quoi cela le concernait-il ? De plus, il n'allait pas lui répondre, n'est-ce pas ? Décidément, cet humain était un peu trop yokaï à son goût. Le renard plissa les yeux. Peut-être qu'il était comme Mitsujiro, à le considérer comme moins qu'un chien, à le prendre de haut comme ça. Shin détailla un moment son vis à vis, cherchant à savoir s'il se payait vraiment sa tête. Finalement, le renard soupira, quelle importance ?

"Vous êtes bizarres vous les humains, "le suicide d'honneur", hein ? Quelle drôle d'idée !"

Shin avait dit ses mots un peu pensivement, plus pour lui-même. Pourtant, on pouvait aussi sentir toute l'aversion qu'il avait pour cette idée. Car c'était justement, cette fierté yokai qui l'empêchait de s'ôter la vie de ses mains. Néanmoins, une petite voix lui souffla qu'accepter tous les caprices de cet idiot de Mitsujiro n'épargnait pas vraiment sa fierté non plus. Ah, peut-être qu'il était un peu masochiste ? Mais il ne pouvait pas s'en empêcher, il avait été asservi par les humains pendant si longtemps, qu'il n'imaginait plus sa vie autrement. Hum... La bonne excuse hein ? Bon, alors il devait être stupide, comme le disait si bien le gamin.

Mais la vérité était sans doute plus simple encore. Car pour lui, les mots fierté ou lâcheté avaient sans doute perdu tout leur sens depuis bien longtemps. Maintenant, seul son instinct de survie l'obligeait à avancer. C'était à cause de lui qu'il n'avait pas réussi à baisser les armes face aux onis. Et c'était encore ce foutu instinct qui l'avait incité à accepter ce pacte avec Mitsujiro, sans doute... Entre autres choses.

S'il avait été sous sa forme de renard, Shin se serait sans doute ébroué, histoire de remettre un peu d'ordre dans ses pensées. Il glissa un regard en coin à l'onmyoji attablé avec lui. Ce gamin avait-il seulement la moindre idée de l'abîme dans lequel il plongeait les rouages encrassés de son esprit ?


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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Sam 6 Mai - 20:47

La remarque du Yokaï le fit simplement rire.

_ Nous sommes d’accord, quelle drôle d’idée …

Pendant une fraction de seconde, le visage de Chikanori avait été marqué par un réel amusement. Le suicide d’honneur était pour les guerriers humains et n’avait de valeur que pour les survivants. Ce dont il avait parlé peu avant était le suicide permettant de mettre fin aux souffrances … et il imaginait que si le Kitsune s’était résolu à accepter le pacte, c’était qu’il ne pouvait faire autrement.
Un Yokaï suicidaire pouvait facilement se laisser dévorer par ses congénères ou tuer par les humains, du moins si l’instinct de survie ne mettait pas son grain de sel. Peut être que le Kitsune était trop puissant pour pouvoir mourir de ces différentes griffes dans un dernier combat, et espérait que le pacte fasse le reste. L’une ou l’autre des solutions lui semblaient plausibles, mais il était impossible de trancher. Shinosuke était un vrai mystère.

_ Le dévouement que tu as vis-à-vis de ton … “Maître” m’étonne. » Continua-t-il en leur servant du thé. « Ce n’est qu’un gamin trop content de pouvoir contraindre un être plus puissant que lui … il ne te donnera jamais ton dû. Il vieillira, et dans cinquante ans, ou plus tôt s’il arrive un malheureux accident, il mourra. Tu resteras sur terre, s’il ne t’a pas brisé entretemps.

La quasi-totalité des pactes ne tuaient pas le démon si son Maître venait à mourir. C’était des techniques dangereuses, qui également impliquaient que tenter de s’en libérer se solde de la même manière. A moins que le petit Mitsujiro ait été guidé par un très mauvais destin ou de mauvaises personnes, il n’y avait aucun moyen pour le renard ne meure de cette manière. Quand à avant … il était trop puissant pour être gâché. Jamais un humain ne se résoudrait à perdre une arme aussi utile.
Il contempla les volutes de fumée avant de croiser le regard azur qu’il percevait au travers.

_ … lorsqu’on dénigre les Yokaï au point de les torturer pendant plusieurs minutes, ça ne va jamais en s’arrangeant … » Il marqua une pause, songeant aux propos de Kon vis-à-vis de ses congénères humains. Sa voix s’était faite un peu plus basse à ce propos, avant de demander plus audiblement : « Que t’es-t-il arrivé pour que tu n’attendes plus rien de ce monde ?
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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Sam 6 Mai - 23:10

Shinosuke adressa un signe de remerciement quand l'onmyoji lui servit le thé et amena la tasse près de son museau pour en humer le parfum chaud et fruité. Il acquiesça discrètement aux mots suivants. Oui, Mitsujiro était plus que ravi de prendre le dessus sur un être plus puissant. Et quoi de plus normal ? Cela lui donnait l'impression d'être puissant à son tour. Or comme le gamin avait surtout été malmené par la vie, il avait sans doute en quelque sorte l'impression de prendre sa revanche ainsi. Par contre, il était très intéressant de noter que l'Abe no pensait que la mort Mitsujiro ne l'achèverait pas lui aussi. Était-ce ainsi que fonctionnaient les onmyoji désormais ? Ils libéraient leurs contractants à leurs morts ? Intéressant. Il n'en était pas ainsi pour la majorité des servants des Hisawara à l'époque. Lui avait été l'exception confirmant la règle, et ce pour une obscure raison qu'il n'avait jamais pu expliquer. Perdu dans ses pensées, en cet instant bien tristes, la question suivante le fit presque sursauter. Et bien, il était vraiment curieux cet humain...

"Que j'attende ou non quelque chose de ce monde n'est pas le problème. La vérité étant simplement qu'il y a longtemps que je n'en fais plus partie..." Répondit Shinosuke avec sincérité, en fixant son thé, même s'il était peu probable que l'onmyoji comprenne le sens exact de ces mots.

Le renard daigna ensuite regarder le jeune homme un peu trop curieux.

"Mais ne vous inquiétez pas pour moi, j'aurai ce que ce gamin m'a promis, dans 3 ou 50 ans, peu importe. Si ce n'est pas de ses mains, et je vous accorde que ça ne risque pas d'arriver. À moins qu'il arrive à sceller un contrat avec un être plus puissant que moi, ce qui serait étonnant. Dons ce sera à sa mort, car tant que je n'aurais pas participé à la provoquer d'une quelconque manière, ce pacte fera son œuvre et me donnera enfin le salut tant attendu."

Au fur et à mesure qu'il parlait, ses yeux avaient rougi et son sourire s'était fait de plus en plus sauvage, laissant transparaître sa nature yokai derrière sa face humaine.


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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Dim 7 Mai - 15:19

Leurs deux regards carmin se croisèrent une nouvelle fois, et fait que Chikanori ne pouvait contrôler, sa pupille s’empourpra d’une nuance plus vive, comme en réponse. Il était peu étonnant qu’on le craigne lorsque cette étrange habilité se révélait. Celle-ci semblait  n’enclencher rien de particulier, pour autant, est-ce que cela serait toujours le cas ? Seul l’avenir le dirait. Le sourire de l’Onmyôji resta quant à lui énigmatique.

_ Un demi-siècle n’est rien dans la vie d’un Yokaï, nhee …. ? J’aurais dû m’en douter. » Dit-il finalement pour briser le silence, vidant sa tasse d’une traite. « Tu lui fais vraiment confiance. Je ne sais pas si c’est de l’inconscience ou si tu estimes ne plus rien avoir à perdre …

L’état où plus rien ne comptait était un état très dangereux. Pour le coup, humain ou Yokaï, la règle était la même pour tous. Lorsque c’était le désespoir qui menait la barque, celle-ci errait sans but, se raccrochant à n’importe quel port pour tenter d’avoir un nouveau départ. Qu’importe où celui-ci pouvait aller … le kitsune avait choisi d’être aux ordres de cet enfant, ce qui n’était pas un si mauvais choix, du point de vue de sa fenêtre.
Chikanori tourna la tête du côté de ses affaires qu’il ne pouvait voir en étant borgne. Son cercle barré reposait inerte, et son bâton bouddhiste reposait sur le côté. Il se laissa un moment toucher par l’éclat doré envoyé par la faible lueur de l’intérieur, pensif. Avec toute cette histoire, il en avait oublié les esprits. La perspective de récupérer le Yokaï du jeune Mitsujiro le séduisait, mais le démon n’avait aucune raison de le suivre. Il avait regagné espoir grâce à la promesse de mort, à quelque part. Il n’avait pas d’argument à lui faire miroiter.
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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Dim 7 Mai - 17:03

"Un demi-siècle n’est rien dans la vie d’un Yokaï, nhee …. ? J’aurais dû m’en douter. Tu lui fais vraiment confiance. Je ne sais pas si c’est de l’inconscience ou si tu estimes ne plus rien avoir à perdre …"

Shinosuke pencha la tête sur le côté en un signe d'interrogation purement lupin. Il avait décidément bien du mal suivre le résonnement de cet humain. Finalement, il détourna les yeux et fixa un point indéfini quelques instants.

"Ce n'est pas une question de confiance. C'est simplement un fait. Le pacte ferra son office, peut importe ce que l'un et l'autre des contractants peuvent penser."

Shin marqua une pause et avala quelques gorgées de thé, savourant la chaleur que le liquide diffusa.

"Mais vous devez bien connaître ce genre de choses non ?" Dit-il en regardant avec insistance le seau qui barrait le visage de l'Abe no.

Essayait-il de le tester ? L'onmyoji devait être au courant des règles d'un pacte. Surtout si, comme Shin le supposait, il avait eu recours à une technique de même type.


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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Dim 7 Mai - 19:45

Le maudit resserra le regard, pourtant son sourire ne s’effaça pas. Celui-ci se fixa sur le renard avant de se clore alors qu’il portait une main à la partie droite de son visage.
Sous ses doigts, le sceau inscrit à l’encre indélébile sur le tissu sacré semblait presque tiède. Sa respiration devint de plus en plus lente et imperceptible, sombrant dans un état de méditation léger. En face de lui, il ressentait cette puissance énergie spirituelle, qui lui semblait pourtant inerte. A part eux, les énergies des villageois étaient des poussières insignifiantes mais autre chose semblait l’effleurer sans qu’il sache réellement quoi. Puis se concentrant sur les pulsations qu’il pressentait venir du sceau, calquées sur son cœur, il ressentait les vagues d’énergies sacrées qui empêchaient son esprit de se fissurer. Peu de gens étaient sensibles au point où il l’était devenu, ce qui participait à la fatigue psychique qui l’harassait lorsqu’il s’en allait dormir.
Grondante dans les profondeurs de son âme, il sentait toujours cette espèce d’angoisse, la même qui le réveillait en sueur la nuit sans qu’il ne sache pourquoi.

_ Oui. » Répondit-il simplement.  « Et je sais également que contrairement aux croyances communes, les pactes peuvent échouer. La cause peut nous être simplement obscure, ceux-ci peuvent être seulement incorrectement lancés. Les pactes ne sont pas beaucoup plus fiables que les promesses … surtout quand ils sont lancés par des mains novices.

L’Onmyôji s’extirpa de son engourdissement avec un léger soupir, se reconcentrant sur la discussion. Malgré qu’il ait laissé le silence s’installer à plusieurs surprises, le démon n’était pas plus bavard pour autant. Son énergie était amorphe. Sa situation d’esclave semblait lui aller. Tout cela n’avait aucun sens.
Ses connaissances sur le kitsune étaient sommaires, mais les morceaux s’assemblaient. Revenant sur sa première impression, il le trouvait très docile alors que cela faisait moins d’un an qu’il avait pactisé, ce qui laissait à penser que ce n’était pas la première fois. Le temps de vie des Yokaï n’était pas le même que celui des humains, ainsi lorsque celui-ci insinuait qu’il ne faisait plus partie du monde, il ne savait qu’en penser. La seule chose qui lui semblait cohérente était que son interlocuteur devait être bien plus vieux encore qu’il ne l’aurait pensé. Si seulement il avait l’occasion d’apercevoir le nombre de queues … en tous cas, la nature des humains ne devait pas lui être inconnue, tout comme le tyran ensommeillé en Mitsujiro. Qu’est ce qui ne tournait pas rond chez ce renard ?

_ Pourtant, tu sembles attaché à ce gamin. » Commença-t-il.  « Tu le protèges de ta vie et cela va au-delà, puisque tu cherches à l’élever. On dirait que tu cherches à faire apparaitre le bon en lui. Sans doute a-t-il les capacités de s’améliorer, mais ayant grandi parmi les humains qui dénigrent les Yokaï, tu ne pourras jamais le changer. Tu es sa chose, tu n’as pas ton mot à dire. En d’autres termes, tu es son esclave et son arme.

Déjà hautains avec leurs semblables, la tendance s’accentuait lorsqu’on opposait les humains aux démons : à défaut de les craindre, ils les rabaissaient à des êtres sans cervelle. Le pacte des Onmyôji, tel du moins était enseigné chez les Abe no, offrait à l’humain et au gardien de devenir un duo d’âme. Chacun devait se mériter  l’un l’autre.

_ Ce n’est pas un Onmyôji, c’est un rejeton vantard ayant eu la chance de tomber sur un démon désespéré. Savoir réciter les Sutras ne demande aucune compétence, il suffit être bien né. » Trancha-t-il d’un ton dédaigneux, quoique teinté d’une très ancienne amertume. Son regard se faisait tranchant. « Un gardien doit devenir un compagnon d’âme autant qu’un ami. Ceux qui s’aventurent dans une autre voie sont des tyrans. La preuve en est, tes desseins lui sont pathétiques. Bientôt il te forcera à agir contre tes convictions, mais puisqu’il a entier pouvoir sur toi, tu plieras. L’instinct de survie te réanimera toujours, autant que sera sa volonté de te garder à ses côtés. Il voudra continuer sa lignée, et se débrouillera pour transférer le pacte à ses descendants. Ca s’est déjà fait. C’est pourquoi les gardiens réfléchissent à plusieurs fois avant de nouer de tels liens. Tu es un imbécile, par contre, pas dans le sens où ce gosse le pense. Tu es un imbécile car tu es trop gentil et que as placé toute ta foi en cet humain à défaut d’avoir la volonté d’en finir.  

Sa tirade terminée, il n’avait pas quitté le démon des yeux depuis tout ce temps, et maintenant guettait toutes intentions de sa part.
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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Dim 7 Mai - 23:25

À ses mots, l'Abe no mit la main sur le seau lui barrant le visage, et ferma les yeux, semblant se perdre dans ses pensées. Shinosuke savoura son thé, laissant tout l'espace dont il avait besoin au jeune homme. Quand enfin, l'onmyoji parla, le kitsune tendit l'oreille. Un pacte ayant échoué, hein ? Pourquoi pas, c'était une hypothèse plausible. Mais quelque chose dérangea le renard qui détailla à nouveau ces arabesques noires. Un pacte n'échouait pas sans raison, pas comme ça. Néanmoins, Shin garda ses réflexions pour lui alors que le silence s'installait de nouveau. Il sentait plus ou moins que le garçon n'avait pas fini de dérouler sa pensée.

Et il ne fut pas déçu, ce gamin avait décidément un aplomb démentiel pour se permettre de telles affirmations alors qu'ils ne se connaissaient que depuis quelques dizaines de minutes. Néanmoins, Shinosuke dut reconnaître qu'il tapait juste sur un certain nombre de points, aussi préféra-t-il garder son regard fixé sur le mur.

"Ce n’est pas un Onmyôji, c’est un rejeton vantard ayant eu la chance de tomber sur un démon désespéré. Savoir réciter les Sutras ne demande aucune compétence, il suffit être bien né."

À cette phrase pourtant, le renard tourna de nouveau les yeux vers le jeune homme, détaillant les traits tirés de son visage. Pour une raison ou une autre, le kitsune sentit l'amertume contenue dans ces mots. Quel était ce sentiment ? De la jalousie ? Néanmoins, les mots "compagnons d'âme" puis "amis", lui firent perdre le fil de sa pensée. Il étouffa un rire, et dut se mordre l'intérieur de la lèvre pour cela. Non mais, qu'est-ce qu'on ne leur mettait pas dans la tête à ces jeunes ! À nouveau quelques affirmations un peu trop justes pour sa propre santé mentale, puis cette idée saugrenue de descendance. Idée qui eut manifestement raison du sérieux du renard en cet instant. Imaginer Mitsujiro avec une femme ? Des enfants ? Non impossible ! Son sourire s'étira, pour finalement se transformer en un rire court, mais sincère quand enfin l'onmyoji eut fini son monologue.

"Alors vous, vous êtes vraiment à part." Commenta le renard une fois son fou rire calmer. "Des compagnons d'âme ? Des amis ? Est-ce ainsi que les l'onmyoji fonctionnent en ce temps ? Par les kamis, l'humanité a des soucis à se faire ! Yokai et humains, amis ? Mais vous voulez votre mort ma parole."

Si Shin dénigrait en partie les humains, il en était de même pour la majorité de ses propres congénères qu'il considérait comme des bêtes sauvages, stupides et sans honneur, d'où ses mots en cet instant.

"Et Mitsujiro, avec des enfants ? Si vos dieux existent qu'ils me gardent d'une telle calamité !" Le renard ricana de nouveau. "Ah, mais je suppose que c'est quelque chose qu'il faut envisager, n'est-ce pas ?" Shin sembla redevenir un peu plus sérieux. "Ma foi, si ses enfants sont aimables pourquoi pas... Mais sinon..." Ses yeux bleus s'irisèrent à nouveau de rouge. "Sinon je ne le laisserais pas non faire ce qu'il veut de moi. J'ai dit tout à l'heure que je ne provoquerais pas sa mort, pas si j'espère mourir moi-même. Mais ce gamin est stupide s'il croit pouvoir me contrôler si je refuse de me soumettre. Si j'en ressens le besoin, s'il ne m'est plus utile, je le tuerai de mes mains. Tant pis si cela me vaut d'être à nouveau scellé. J'ai déjà passé près de 50 ans dans les ténèbres d'un seau à demi corrompu. Y retourner pendant encore 50 ou 100 ans ne m'effraie pas. Peut-être qu'alors, les murs de solitude me briseront enfin. Ou peut-être que je deviendrais fou, et qu'il faudra l'intervention des votes pour me tuer. Si j'en déchirais un ou deux d'entre vous au passage, ce serait pas mal, non ?"

Ces derniers mots, Shin ne les pensait pas, pas vraiment. Cela pouvait se deviner par l'éclat joueur de son regard. Par contre, il était totalement sincère sur le reste. Après cela, le kitsune plongea à nouveau son regard dans son thé, reprenant ensuite de manière plus tranquille.

"Ceci dit, vous avez raison. J'essaie d'éduquer cette tête de mule. Il faut bien passer son temps, non ?"

Shin garda le silence sur la vraie raison qui le poussait à faire cela, celle qui encore aujourd'hui faisait saigner son coeur.

",Mais je ne suis pas dupe. Je sais bien qu'il ne m'écoutera jamais. Et il a bien raison. Voilà pourquoi, j'essaie de faire en sorte qu'il croise le chemin de gens qui pourraient lui apprendre. Comme vous par exemple. Néanmoins, je peux comprendre que vous n'avez pas envie de vous trainer ce boulet. Aussi dans ce cas, je m'arrangerais pour que nous quittions le village dès demain. Sinon cette andouille va vouloir à tout prix vous aider et vous serez gêné dans votre travail."

Shin marqua une courte pause, entama un mouvement pour boire encore un peu de son thé, mais le stoppa en regardant de nouveau le jeune onmyoji.

"Et laissez-moi vous donner un petit conseil, pour vous remercier de m'avoir distrait ce soir. Quoi que vous en disiez, les pactes n'échouent pas ainsi, sans raison. Alors, prenez le temps de vous demander qui de vous ou du yokaï que vous vouliez contraindre ne voulait pas de cet engagement. Demandez vous qui de vous deux avez le coeur le plus faible. Mais plus important, posez-vous la question de savoir si ce pacte a vraiment échoué, ou si, au contraire il ne vous a pas donné exactement ce que vous vouliez. Ne sous-estimez pas cette étrange propension qu'on les contrats à parfois agir comme mu par leurs propres volontés. Ces foutus pactes répondent parfois plus à ce que désire nos coeurs, et pas à ce que nous décidons avec nos têtes."

Ah ça oui, il en savait quelque chose. Après ce petit discourt, Shinosuke termina d'une traite son thé. Et sans autre réplique de la part de l'onmyoji, son prochain mouvement serait de quitter la table.


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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Mer 10 Mai - 23:59

Ne perdant rien de sa superbe, Chikanori ne broncha pas lorsque le démon se fit hilare à ses propos. Depuis les premiers jours de son fondateur jusqu’à ses contemporains, les Abe no avaient une relation particulière avec les Yokaï gardiens, loin des pactes douteux d‘autres confrères. Un véritable Abe no traitait son invoqué en égal, ce qui expliquait pourquoi il était un paria pour beaucoup d’entre eux à présent. Peu avaient douté que ce ne fut qu’un accident, et l’homme maudit ne s’était jamais senti dans l’obligation de devoir dissiper les doutes, car lui n’en avait pas. Un rire légèrement amusé lui échappa lorsque son interlocuteur le mit en garde.

_ Comme je l’ai dit, nous considérons les gardiens comme des proches, non comme des esclaves. Ce n’est peut être pas pour rien que les Abe no sont toujours vivants alors que les Hisawara ont débarrassé le plancher.

“Nous” l’incluait-il lorsqu’il en parlait ? Cela restait un mystère auquel il n’allait donner réponse. De même qu’il tut toute information sur sa malédiction. Seule une lueur s’était allumée dans son regard à ce moment là.
Avec les derniers propos, il retrouvait en Shinosuke le monstre dont les agissements concordaient avec sa nature. Ironiquement, il était presque plus à l’aise avec les propos féroces qui clamaient dévorer le garçon que le comportement un peu trop effacé à son goût qu’il avait vu avant. Aussi bien l’un que l’autre, le Kitsune et le gamin pensaient avoir le plein contrôle de la situation … qui des deux finirait par l’emporter ? A savoir si le Yokaï allait réellement se rebeller le moment venu, l’Onmyôji se laissait un peu de marge pour se décider. Cependant il garda dans un coin de son esprit cette histoire de “cinquante ans dans un sceau corrompu”. Le mystère sur les volontés suicidaires du renard s’épaississait.
Il se leva, replaçant quelques mèches noires avant d’attraper son bâton bouddhiste sur lequel il s’appuya un peu.

_ Nous allons probablement nous recroiser. Les trois Onis survivants ne vont pas rester sans rien faire, et avec la présence des esprits tourmentés … ils vont en profiter. Et si je peux rafler la gloire au passage … » Il se pencha un peu vers le Kitsune, d’un ton doucereux « Je me passe volontiers de ton avorton, mais si jamais il te prenait l’envie de chasser en compétition … cela pourrait être divertissant.

Puis il se redressa en rapatriant ses affaires.
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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Sam 13 Mai - 12:36

Le gamin était resté très calme et rien dans ses réactions ne pouvait vraiment éclairer Shinosuke sur ce qu'il pensait réellement, non pas que le renard s'en soucis beaucoup cependant.

"Comme je l’ai dit, nous considérons les gardiens comme des proches, non comme des esclaves. Ce n’est peut être pas pour rien que les Abe no sont toujours vivants alors que les Hisawara ont débarrassé le plancher."

A l'évocation des Hisawara, quelque chose sembla se bloquer dans l'esprit du renard. Il reposa doucement, trop doucement, sa tasse de thé désormais vide. Aussi vide que son regard en cet instant fixé sur un point indéfini.

"Ce n’est peut être pas pour rien que les Abe no sont toujours vivants alors que les Hisawara ont débarrassé le plancher."

Aucun des mots suivants ne put atteindre le kitsune, et certainement pas la petite provocation de l'onmyoji.

"alors que les Hisawara ont débarrassé le plancher."

Non, seule cette unique phrase faisait écho dans son esprit, à cet instant perdu dans les ténèbres de ses tourments. Alors il avait vu juste, les Abe no étaient bien responsables de l'attaque contre les siens ? La colère, la haine, si longtemps contenues mais toujours aussi brulantes, d'une brulure froide et corrosive, envahirent ses sens. Non, il fallait qu'il se résonne, rien dans ces mots n'attestait ni ne contredisait cette hypothèse. Cela pouvait être une simple remarque. Mais une remarque déjà trop chargée de dédain pour être innocente aux yeux du shiki. Et quand il perçut le mouvement de l'onmyoji, Shinosuke sauta sur ses pieds et empoigna le poignet du jeune homme, le stoppant dans son action, serrant la peau avec une telle force qu'elle allait sans doute marquer sous ses doigts.

"Que sais-tu des Hisawara et de leur massacre ?" Gronda Shinosuke d'une voix basse et menaçante, ses yeux rougeoyant de haine.

En cet instant, la politesse et les ronds de jambes n'étaient plus de mise. Ce n'était plus un esprit gardien tenu en laisse et essayant de paraître humain que le jeune Chikanori avait face à lui. Mais un yokaï perdu dans sa haine et sa colère, le menaçant de toute sa puissance et de l'ensemble de ses 300 ans d'existence.


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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Mar 16 Mai - 1:46

L’ambiance changea d’un coup et se couvrit d’une tension palpable. Les respirations se firent furtives, invisibles. L’Onmyôji fixait le Yokaï face à lui. Si son visage s’était figé, ce n’était ni par peur, ni par crainte. Celui-ci était devenu sérieux. Pas une seule seconde on ne pouvait croire qu’il prenait la situation présente par dessus la jambe. Après tout, il l’avait provoqué sciemment. Les deux êtres étaient prêts à en découdre, telles se déroulaient les choses lorsqu’on traitait avec les démons.
Chikanori n’allait pour autant pas s’aplatir, loin de là. La fierté y était un peu là dedans : il n’était pas du genre à perdre la face. Heureusement, il ne faisait pas la tête brûlée avec eux. Il était seul. Aucun gardien n’était là pour le protéger s’il ne savait pas se tirer tout seul de ses problèmes. Il choisit de répondre par l’honnêteté puisqu’il était trop dangereux d’essayer de duper un Yokaï qui tenait sa main en otage. Ce dernier était en capacité de la lui arracher si sa réponse ne lui plaisait pas.

_ Je sais qu’ils ont existé et qu’ils ne sont plus de part une nuit funeste. Hélas rien de plus.

C’était un point sensible qu’il n’allait sûrement pas laisser passer. Le démon était attaché à cette famille disparue. Là était peut être un moyen de pouvoir le comprendre à quelque part et de se rapprocher de lui d’un autre. Avec toute cette histoire, ce qui leur était arrivé commençait à l’intéresser, ce qui n’était pas sans lien avec l’étrange sceau qui parcourait le corps du gardien face à lui.

_ Mais je connais un moyen de me renseigner sur ce qu’il leur est arrivé. Tu as de la chance, cinquante ans, c’est encore à la portée d’une vie d’humain. Il suffit de demander.

Hormis son grand père qui était d’une grande clairvoyance et qui avait vécu l’époque, la bibliothèque familiale était plutôt honorable. Il ne s’était guère intéressé aux autres familles, d’autant moins celles à présent disparues, mais il y avait sans aucun doute des archives sur le sujet. Si les Hisawara avaient eu des Yokaï d’une telle puissance à leur service, il était obligé qu’ils aient marqué l’histoire, et surtout, que les Abe no se soient intéressés à leur sujet.  
Malgré toute sa négligence, il ne pouvait ignorer un tel dévouement, ce pourquoi sa proposition se trouvait être sincère malgré ses mots antérieurs.
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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Mer 17 Mai - 18:03

Un grondement sourd et bas résonna dans la gorge du kitsune. Alors ce petit impertinent ne savait pas ? Il proposait de l’aider en plus ? Et puis quoi encore ? De quoi se mêlait-il celui là ?

"Toi, tu…" La menace planait dans l’air entre eux.

Les yeux de Shin étaient d’un rouge écarlate, il allait arracher la main à cet onmyoji. Etre manchot en plus d’être borgne lui apprendrait peut-être la politesse ! Un souffle discret lui rappela que ce jeune homme n’était pas né à l’époque du massacre, mais le kitsune l'écarta avec rage. Né ou pas, responsable ou pas, cet être allait payer pour tous les autres, et ainsi soulager sa haine, pour un court instant du moins.

La pression de ses doigts se fit plus redoutable encore, leurs muscles respectifs tremblaient sous la tension, leurs regards d’un même rouge sang accrochés l’un à l’autre. Puis brusquement, quelque chose claqua dans l’esprit du renard, quelque chose de bien plus puissant qu’un simple murmure, tel un rappel à l’ordre. Peut-être était-ce les chaînes du pacte qui se manifestaient pour l’empêcher de blesser un humain. Mais peut-être aussi qu’il s’agissait là de liens plus subtiles encore, résultats de ses années passées aux côtés de Taisuki et du respect qu’il nourrissait encore pour sa mémoire.

Quelqu’en soit la cause exacte, la prise du renard diminua sensiblement et ses yeux s’irisèrent de reflets bleutés. Finalement, il repoussa l’onmyoji avec une certaine violence et retomba assis, s’appuyant sur la table, comme affaibli un instant.

"Dégage, hors de ma vue !" Un souffle, mais aussi un ordre qui laissait peu de place à la protestation.

Shin soupira lourdement, il allait commander du sake, tient, pour s’abrutir un peu. Il arriverait peut-être à se détendre comme ça ? Et il se foutait pas mal de ceux que sa présence dérangeait maintenant, ceux qui le dévisageaient, effrayés, voir même haineux pour certains.


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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Dim 21 Mai - 13:53

Les paroles de ses sutras avaient défilé lentement dans sa tête, aussi nettement que s’il avait pu les écrire. N’ayant pas le droit à l’erreur, il avait choisi de ces prières qu’il se devait de réciter, même intérieurement, pour qu’elles puissent avoir effet. Leurs conséquences, quant-à-elles, auraient pu être à la hauteur de la puissance ancestrale du renard, c'est-à-dire suffisantes pour que l’Onmyôji récupère sa main et expulse la menace loin de lui, non sans le brûler au passage. Il était loin d’être sympathique lorsqu’il s’agissait de garantir sa sécurité. Déjà la puissance de l’incantation pompait sur son énergie, mais il dépensait presque sans compter. Chikanori sentait monter en lui une adrénaline qui trahissait l’envie d’en découdre.
Pour autant, la chose lui passa très vite. En même temps que le renard s’éveillait de sa rage, le jeune humain sentit les poils de sa nuque s’hérisser, un frisson le parcourir, une froideur l’étreindre. Cette sensation, il ne la connaissait que trop bien. Il regarda par-dessus l’épaule de la bête, trop tard, le Yokaï le repoussa autant qu’il le fit en retour, l’électricité entre eux s’évanouissant dans l’air comme d’un seul. Rapatriant son poignet rougi et douloureux à lui, il le serra de son autre main, baladant son regard autour de la table. Ce qui était avait disparu. Tout cela pour le déconcentrer et le condamner … ou pour sauver le démon ?
L’affrontement était terminé. D’un soupir dédaigneux, il récupéra ses affaires et en moins d’une minute fut parti.  

Seul dans la minuscule chambre de l’auberge, en tailleur à même le sol, Chikanori avait tapissé les murs de sceaux, excepté à un endroit qu’il avait désigné comme porte spirituelle. A partir de là, il avait attendu, mais rien n’était arrivé. L’esprit qui l’avait touché un instant ne s’était pas pointé. Après  une demi-heure d’attente, il abandonna, s’affalant sur sa couche, le bras sur les yeux.
La dégénération de la discussion lui avait indiqué plusieurs choses. Si le renard se retrouvait forcé à suivre le gamin, il n’était pas tout à fait victime de son sort. La mort ou l’enfermement ne lui faisait pas peur (à pondérer avec le fait qu’un Yokaï n’avouerait jamais une faiblesse), mais surtout, il était profondément attaché à la famille des Hisawara. Au calme, il songeait qu’il était sûrement plus facile pour le démon de supporter les stupides caprices du gamin s’il avait déjà connu un maître auparavant … les gardiens pouvaient passer d’une génération à une autre, s’il ne se trompait pas, c’était le cas pour certains aux Abe no. Le gamin n’avait été qu’une porte de sortie. Ce qu’il manquait au puzzle manquait également au renard : les détails d’un massacre, une nuit, il y a cinquante ans. S’ajoutait à cela la présence d’un esprit qui avait évité le drame un peu plus tôt dans la soirée.

Il leva face à lui son bras tuméfié. Le Yokaï était dangereux à cause de son désespoir, mais pas que. Si même il parvenait à le convertir à ses ordres, rien ne lui disait qu’il accepterait d’être libéré si cela se passait mal, plutôt que de finir le travail et le tuer au passage. C’était très différent de sa  première et unique invocation, qui avait été simplement une prière adressée au hasard qu’un démon ne devienne son gardien. C’était très risqué. Pour autant, la nécessité de quelqu’un à ses côtés se faisait plus pressante. Il n’était pas encore prêt à laisser tomber l’idée de rapatrier le renard à son service. Il reviendrait à la charge, avec des informations sur la famille d’Onmyôjis disparue.
Les paupières lourdes, le sommeil l’emporta.

✧✧✧


C’est avec un torticolis qu’il quitta l’auberge, de très bon matin. L’air frais lui réveillait l’esprit mieux que n’importe quoi, de même que respirer à pleins poumons l’atmosphère humide due à la pluie nocturne. Avec l’automne, il faisait encore sombre à cette heure là et il pouvait espérer rencontrer quelques esprits afin d’en savoir plus sur la présence maléfique qui hantait la zone. L’idéal aurait voulu qu’il l’ait fait la veille, avant de s’endormir, mais épuisé, il avait suffit d’une seconde d’inattention pour qu’il ne sombre. Ceci dit, le repos l’avait rendu moins irritable, ce qui pouvait aider lorsqu’il s’agissait de converser avec des êtres plus enclins à parler de leur triste histoire que de répondre aux questions.
Les ruelles étaient vides. Une certaine inquiétude commença à poindre le bout de son nez : mais où étaient-ils ? D’ordinaire, ils étaient relativement faciles à trouver.

Un petit vase renversé attira son attention, à l’abri d’une gouttière. Des fleurs adressées à un décès récent, il y en avait beaucoup avec les attaques de Yokaï et le fléau du Sommeil. L’Onmyôji s’en approcha et remit l’offrande et les fleurs que le vent avait culbutée en place, les liant d’une ficelle afin qu’ils ne tombent plus. Accroupi, il adressa une petite prière.

_ Vous êtes bien étrange, monsieur. » Dit une voix lointaine et jeune. Il croisa son regard, et l’apparition du jeune garçon pencha la tête sur le côté. « Vous pouvez me voir ?

Chikanori lui accorda un léger sourire. Voilà qui était providentiel.

_ Je cherche un esprit malfaisant … enfin, comment dire, en fait, il ne va pas très bien. » Il s'était corrigé en sentant l’apparition montrer quelques réserves. « Je dois aller le voir pour qu’il aille mieux. Mais il se cache. Est-ce que tu sais où il se trouve ?
_ Il fait très peur lorsqu’il passe, la nuit … » Confia la voix qui timidement, prit la vague forme d’un garçon. « Je me cache donc il ne me voit pas … mes amis ont disparu après l’avoir suivi … un peu comme mes parents aussi … et mon frère… je ne les trouve plus depuis longtemps …
_ Où va-t-il ? » Coupa l’Onmyôji, avant de s’interrompre, les sourcils froncés. « Comment, ça, après l’avoir suivi ?
_ La maison de soins me fait peur … c’est pour ça que je m’en tiens loin …

La maison de soins ? Il l’avait visitée plus tôt, car c’était le premier endroit auquel il avait pensé avec toutes les tragédies passées, pour autant, il n’avait rien senti émaner de particulier là-bas. Cela ne pouvait être cet endroit, il en était absolument sûr … à moins que …

_ Est-ce qu’elle est vieille, avec le bois qui craque et les fenêtres qui frappent ?
_ Oui ! Et l’eau glougloute à côté, avec le vent qui siffle c’est terrifiant ! » L’esprit hocha vivement de la tête.

C'était donc sur quoi il s’était trompé, la maison de soins qu’il avait visitée était quasiment neuve. L’ancienne avait sûrement dû être délaissée après la mort subite des dormeurs restants, à la fin de l’été, l’endroit étant déclaré maudit après cela … les choses prenaient enfin sens.
L’Onmyôji accorda un regard un peu plus compréhensif au jeune défunt, et lui tapota la tête, réprimant un frisson. L’enfant avait dû mettre un bon bout de temps à comprendre son statut de mort, et aujourd’hui rondait en espérant retrouver les siens. Si ceux-ci avaient subi le même sort, cela faisait bien longtemps qu’ils ne foulaient plus cette terre. Il dit sur un ton doux, rassurant :

_ Cela te dirait de retrouver tes parents et ton frère ? Je connais un moyen. Donne-moi ta main. Tu vas partir en voyage pour les retrouver. C’est un peu comme si tu allais partir en chariot sur les routes. Ceux que tu aimes l’ont juste pris plus tôt que toi. Ne t’inquiète pas. Tu les reverras bientôt.

L’apparition disparut suite à sa prière, le laissant avec quelques souvenirs épars. Le sommeil avait frappé toute la famille, jeunes comme âgés ; et le village en avait grandement pâti. L’année 41 n’avait été qu’une redite de ce genre de tragédies. C’était une terrible année.

Suivant les indications très vagues du garçon, Chikanori remonta le courant de la rivière traversant le village, qui heureusement, n’était pas grand. L’ancien établissement se démarquait des autres bâtiments ; ses fenêtres étaient calfeutrées, de même que les portes, le sol noircissait à ses pieds, et l’ambiance était lugubre. Les arbres nus avaient perdus toutes leurs feuilles qui s’amassaient et pourrissaient près de l’entrée. Concordant les propos, l’eau de la rivière tourbillonnait à côté, formant une petite cascade, vrombissait entre les pierres, s’engouffrait dans les cavités de la berge. L’endroit avait dû être charmant en des jours plus heureux, et peut être le serait-il de nouveau un jour une fois la présence maléfique exorcisée.
Sans perdre de temps, il fit le tour du bâtiment pour trouver une entrée, qui fut celle de l’arrière cour dont le mur d’enceinte était brisé. Le bois avait pourri à cause des pluies répétées et fut facile à arracher pour libérer les portes.
Une fois à l’intérieur, la présence spirituelle malfaisante se fit d’un coup palpable et l’Onmyôji protégea ses voies respiratoires de sa manche avant d’énoncer un sutra. Il y avait de quoi tomber profondément malade à en crever si on s’amusait à venir ici ignorant des risques encourus. D’un gros soupir, l’Abe no se dit une fois de plus, les villageois étaient chanceux qu’il possède bien plus de conscience morale qu’il le prétendait.

Son bâton bouddhisme fermement en main, prêt à se défendre contre tout et n’importe quoi, il visita les salles, se rapprochant petit à petit de la source. Sans trop de surprises, il s’agissait du “mouroir” où les victimes du sommeil avaient dû être disposées avant qu’elles ne trépassent. Etonnamment, il s’agissait de l’une des pièces les plus petites. Même si elle était à présent vide, il ressentait l’ambiance lourde et maladive qu’avaient supportée les médecins. Il lui traversa l’esprit que peut être que la présence spirituelle remontait peut être à avant la tragédie, mais il n’était pas question de philosopher pour le moment.
Il se mit au travail. Il ferma les portes sud, et ouest de la salle, les scellant de papier, et comme la veille ne laissa qu’une ouverture afin d’attirer le mauvais esprit à lui ; la double porte nord. Il ajouta d’autres inscriptions à l’encre sur le sol et les murs. Ainsi, il y avait normalement de quoi bloquer la chose une fois celle-ci rentrée, et la maintenir hors d’état de nuire le temps de l’apaiser et de la renvoyer dans l’Au-delà. Son piège ne fonctionnait qu’en s’utilisant lui-même comme appât, il ne pouvait procéder qu’ainsi puisqu’il n’avait de gardien pour l’attirer à lui ou le lui ramener. Assis au sol au fond de la pièce, comme une proie vulnérable, il ferma les yeux, incanta intérieurement et attendit.

Un raclement se fit entendre, accompagnés de gémissements, de plaintes inintelligibles, de râles difformes. Il y avait trop de voix pour comprendre ce qu’elles disaient. La présence était si forte que le sol frémissait. Celle-ci passa dans le couloir et s’arrêta devant la salle fortuitement ouverte, où l’humain attendait au milieu des sceaux, une corde sacrée et le sceptre à ses côtés. L’esprit entra à l’intérieur, l’Onmyôji attendait le bon moment pour finir sa prière et l’enfermer avec lui, mais ce moment n’arrivait pas. Cette chose était énorme, véritablement monstrueuse. Combien d’esprits étaient agglutinés ensemble pour former une telle calamité ?
La respiration du religieux disparu presque lorsqu’il sentit l’être presque totalement penché sur lui, il se sentait observé comme une friandise, le danger était palpable. Pour autant, de l’extérieur, on aurait pu croire qu’il était tout à fait aveugle de ce qu’il se passait. L’Onmyôji faisait preuve d’un sang froid relevant de l’inconscience.
Chikanori esquissa un sourire. Tout se passait comme prévu.
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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Dim 21 Mai - 18:58

L’onmyoji eut la présence d’esprit de ne pas en rajouter et de partir sans un mot de plus. Shinosuke soupira lourdement, il aurait voulu s’abrutir dans l’alcool, mais il aurait fallu beaucoup, beaucoup, de saké. Or leurs maigres économies ne le permettaient pas et il n’avait pas l’intention de voler ce pauvre aubergiste à coup de Persuasion ou plus simplement d’intimidation. Aussi, après quelques minutes, il sortit simplement dans la nuit refroidie par l’humidité encore présente dans l’air. Il s’éloigna doucement du village, tel un somnambule, silhouette grande et élancée dans la nuit noire. Quand il fut suffisamment loin, isolé et hors de vue, l’homme disparu, s’évanouit dans les ténèbres, il ne restait que Kistune, dont l’immaculée fourrure semblait briller dans la nuit. L’air frais lui permit de calmer un peu son esprit. Le renard courut, sauta, joua dans l’herbe haute, terrorisant quelques campagnols. Ainsi il se dépensa, oubliant un instant tous ces traquas bien humain et gouta à la liberté de l’animal tellement plus proche de sa nature de yokai. Pour Kitsune en cet instant, il n’y avait plus de peine ou de colère, plus d’ennemi à abattre ou de maîtres à servir, juste l’appel de la nuit, de toutes ses odeurs et de tous ses sons.

Peut-être mangea-t-il une ou deux souris, ou peut-être était-ce un lapin ? Peut-être s’amusa-t-il à terroriser quelques yokais mineurs ? Peut-être même qu’ils furent son repas cette nuit-là ? Quoi qu’il en soit, Kitsune trouva finalement un doux lit au creux d’un arbre qui semblait fait pour l’accueillir. Ce soir-là, il dormit dehors dans la peau de Kitsune, comme il ne le faisait que rarement. Mais même l’esprit de Kitsune, aussi proche de l’animal soit-il, était sujet aux rêves, et à l’angoisse. Cela commença bien pourtant, tandis qu’il se voyait renard, la tête posée sur les genoux de Taisuki qui caressait tendrement sa fourrure blanche tout en fredonnant doucement. La suite néanmoins fut bien moins agréable, alors son rêve se teintait de rouge et d’horreur. Des images de cette nuit de massacres lui revinrent, accompagnées de toute cette souffrance et de cette haine qui ne l’avaient jamais quitté. Il se réveilla avant même les premières lueurs de l’aube, la tête lourde et le corps tendu. Grognant de mécontentement, il s’étira et se décida à revenir vers le village, laissant derrière lui l’insouciance de l’animal. Il y avait des onis à pourchasser, un esprit à exorciser et un Mitsujiro à babysitter. Ce foutu gamin arrogant… Mais il était ce qui lui restait de cette vie qu’il avait perdu, ce qui faisait qu’il n’était pas seul, qu’il avait encore quelque chose à protéger.

Revenant vers le village, toujours sous forme de kitsune car il n’y avait personne dans les rues en cette heure matinale, Shinosuke surprit Chikanori en train de parler à un yurei. Le renard s’arrangea pour ne pas être vu, mais curieux, il observa. Il fut surpris de voir avec quelle délicatesse Chikanori parla, puis mena l’enfant mort trop tôt vers l’autre monde. Cet humain qui pouvant être si dur avec les vivants, semblait soudain bien plus doux avec un fantôme. Shinosuke se demanda furtivement ce que l’onmyoji avait bien pu vivre pour le rendre si amer. Puis, quand l’humain reprit son chemin, le renard hésita, tournant le nez en direction de l’auberge. Néanmoins, Mitsujiro saurait surement profiter du fait d’avoir un bon lit pour une fois, et il pouvait facilement l’appeler. Aussi le kitsune suivit l’Abe no. Ce n’était pas par esprit de compétition ou quoi que ce soit du genre. Non cela tenait plus de la curiosité.

Suivant donc discrètement le jeune onmyoji, ils remontèrent le long de la rivière pour arriver à une bâtisse en ruine à l’air menaçant. La présence maléfique était si forte en ces lieux que le kitsune sentit ses poils se hérisser. Il s’ébroua, affronter cela seul c’était… assez suicidaire il fallait l’avouer. Il fallait avoir un sacré culot, le cœur bien accroché et être bien préparé. Même les arbres et le sol pâtissaient de ce qui séjournait en cet endroit. Pourtant l’homme ne fit pas demi-tour, il explora le terrain, puis entra dans la maison sans la moindre hésitation. Durant ce temps, Shinosuke l’observa, avec une curiosité qui se teintait de plus en plus de respect. Une fois Chikanori à l’intérieur, Shinosuke s’installa dans l’herbe haute, à la limite où le sol fertile devenait poussière et il attendit patiemment. Il n’avait pas de raison d’intervenir, il ne devait rien à cet onmyoji et n’avait aucun intérêt à lui voler sa gloire. Mais il y avait toujours cette curiosité qui le poussait à rester, il voulait savoir comment l’homme allait s’en sortir. Et si cela dégénérait, sans doute prendrait-il part au combat quand même.

Shinosuke ne savait pas depuis combien de temps il attendait, peut-être quelques dizaines de minutes. Mais soudain un mouvement près de l’entrée qu’avait dégagé Chikanori le fit relever la tête. Alors l’horreur lui glaça le sang quand il vit Mitsujiro pénétrer à son tour dans le bâtiment. D’un mouvement, le kitsune bondit, cela n’avait aucun sens. Comment le gamin était-il arrivé jusqu’ici ? Les avait-il suivis à son insu ? Et pourquoi ne pas l’avoir appelé avant de se jeter comme ça dans la gueule du loup ? Cela ne lui ressemblait pas, pas du tout même ! Lui qui était si content d’ordonner à son renard domestique de tout faire pour lui. Essayait-il de prouver quelque chose ?

Un instant, un court instant alors qu’il passait à son tour par le trou ténébreux, Shinosuke hésita. Et s’il laissait mourir Mitsujiro ici ? Alors tout prendrait fin. Mais au-delà du pacte qui le pousser à agir. Il y avait aussi ses propres sentiments. Ce gamin râleur et immature, c’était son fardeau, sa rédemption, c’était l’héritier de Taisuki. Et surtout, il ne pouvait pas laisser à nouveau son maître mourir, pas comme cette nuit-là, jamais !

Ainsi le kitsune bondit dans la maison en ruine, le poids de la présence maléfique lui comprima les poumons tandis que ses griffes raclaient contre le parquet délabré. Ses yeux lui piquèrent alors qu’il tentait de repérer Mitsujiro au milieu de la brume de ténèbres qui emplissait cet endroit. Il le vit qui s’avançait déjà dans un couloir, il gronda et se jeta en avant, empoignant le gamin par le bras pour le sortir de là. Quelque chose alerta son esprit et il sentit qu’il dut se battre contre cette brume obscure pour récupérer son maître. Finalement, il réussit à le charger son dos et à repartir en quelques bons. Une fois or de la maison, il jeta Mitsujiro au sol, grondant de colère. Mais qu’est-ce qui lui avait pris à cet inconscient ?! Mais alors que l’enfant ne se relevait pas, ne réagissait, ni protestait, Shin comprit quelque chose en voyant ce corps amorphe et ses yeux vides : Mitsujiro avait été possédé, attiré dans cet endroit par le démon. Le kitsune sentit l’inquiétude l’envahir, il avait été négligent. Un jeune onmyoji, inexpérimenté et malade, était une prise de choix pour un yurei en colère.

Alors, un grondement insonore fit vibrer l’air de manière terrible. L’esprit maléfique était en colère, on lui avait volé sa proie et l’avait bien senti.


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Abe no Chikanori

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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Lun 22 Mai - 2:44

Tout comme prévu, enfin presque. L’esprit malfaisant était si imposant et noirâtre que les yeux de l’exorciste peinaient à discerner à travers le miasme si oui, ou non, celui-ci était entièrement entré dans la pièce.
A la dernière seconde près où il pouvait encore se permettre de rester immobile, il souffla la fin de sa prière, et les inscriptions sacrées se décollèrent des murs pour s’incruster en l’esprit qui hurla sa rage. Les portes de l’entrée se refermèrent, complétant ainsi le piège complexe que Chikanori avait disposé sous des apparences simples. Une seconde couche d’écritures saintes vint s’ajouter à la première, les cordes s’enroulèrent autour de leur cible, ne laissant aucun échappatoire pour l’esprit prit entre ses filets. L’Abe no prenait toutes les précautions qu’il le pouvait ; s’il entreprenait des actions inconscientes, ses gestes n’étaient pas inconsidérés. Il bénissait son matériel plus que nécessaire, et étant pointilleux à l’extrême sur à peu près toutes les étapes de ses exorcismes, ceux-ci le lui rendaient bien. Cependant, ce ne fut pas assez.
L’Onmyôji récitant la suite de ses sutras, bâton en main rythmant ses mots, reculait doucement vers le fond de la pièce pour mettre de la distance entre lui et le puissant esprit. L’air tremblait et se viciait à une vitesse folle. Ce qu’il vit le fit halluciner. L’esprit s’échappait de son emprise ?! Non, c’était bien pire que ça. Ils étaient plusieurs. Son piège n’était fait que pour un seul d’entre eux.

La porte vola en morceaux lorsqu’il détala en vitesse de la salle. Il regarda à peine derrière lui pour anticiper les attaques des esprits devenus Yurei, profitant de sa très légère avance qu’il tentait de conserver en se concentrant sur les mots des Sutras, chose qui était bien plus difficile en pleine fuite. C’était son seul moyen de ralentir ces êtres qui, ne faisant qu’un, étaient en tous points plus fort que lui. Zigzagant entres les salles de la maison, la situation était incontrôlable. Chikanori qui restait à l’intérieur pour garder l’avantage des pièces dans lequel il pouvait enfermer quelques uns de ses poursuivants, dut se résoudre à sortir, mais il était acculé. L’établissement comportait un étage dont il emprunta les escaliers quatre à quatre, scellant les portes derrière lui, jusqu’à parvenir aux fenêtres, heureusement non calfeutrées. Ce n’était pas le moment pour des acrobaties mais la situation l’imposait. Les Yureis, consumant les sceaux et cordelettes sacrées qui s’étaient dressées en travers de leur passage, se ruèrent sur lui. L’Onmyôji riposta.

La puissance de l’incantation arracha les fines cloisons de papier qui constituaient la fenêtre, et l’homme se risqua sur le toit avant de rejoindre le muret qui se situait à la même hauteur. Il claqua ses mains entre elles, prêt à compléter une autre rune qui permettrait de purifier la zone suffisamment longtemps pour lui permettre de fuir. L’éclat des vêtements immaculés du renard attira son regard. Non. S’il faisait ça, lui aussi en prendrait pour son compte. Un nouveau changement de plan s’imposait, qui n’était pas pour lui déplaire.
Un petit sourire se dessina sur ses lèvres et il sauta derrière le Kitsune, où gisait à ses pieds  ce qu’il identifiait comme étant le petit corps de Mitsujiro. Il brandit son sceptre et se mit à marmonner, fixant le renard. Celui-ci avait intérêt à lui gagner du temps. Le gamin ne bougeait étonnamment pas. Lorsqu’il vit son air complètement absent, la donne changea du tout au tout. Il vint en travers du petit humain.

Il laissa la sérénité l’envahir, de même que la concentration. Il chassa le stress, la troqua contre l’assurance. Son regard carmin s’éclaira alors que les mots du Sutra qui pouvaient faire fuir cette population dangereuse commençaient à faire leur effet.
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MessageSujet: Re: Le renard et les onmyoji [Terminé] Sam 27 Mai - 14:55

Les grondements, le fracas du combat, les énergies spirituelles s’affrontant dans l’air, le kitsune regarda la maison délabrée, partagé entre l’inquiétude et la curiosité. Soudain, les fenêtres du premier étage de la bâtisse volèrent en éclat bruyamment. Le renard s’aplatit un peu contre le sol, protégeant Mistujiro de son corps. Ses yeux carmin captèrent alors la silhouette élancée de Chikanori qui faisait l’équilibriste sur le toit. Dans d’autres circonstances, il aurait sans doute trouvé la chose amusante, mais ici le danger prédominait. Quand il vit la chose qui poursuivait l’onmyoji, il sentit les poils de son dos se hérisser, pas de peur non, d’impatience. Il perçut les mouvements de l’exorciste et se prépara à l’impact de son incantation. Mais il ne vit jamais, Chikanori ne compléta pas sa prière et vient plutôt se placer derrière lui. Leurs regards se croisèrent, humain et kitsune liés en cet instant par un même combat. Le renard fit alors face aux yurei, se grandissant de toute sa hauteur, ses quatre queues fouettant l’air avec violence. Kitsune gronda, laissant toute sa puissance vibrer dans l’air autour de lui.

La masse grouillante de miasmes ténébreux était indéfinissable. Mouvante, changeante, empli de ressentiments et de haine, tantôt avec une, deux ou cinq paires d’yeux rougeoyants, voire plus. Cette chose était terrible, agglomérat de plusieurs esprits perdus dans leur souffrance, formant un ensemble d’individualité. Les silhouettes effrayantes, informes, apparaissaient et disparaissaient dans cette brume maléfique qui les enveloppait maintenant. L’excitation pulsa dans les veines du kitsune, fit briller ses yeux d’envie. Voilà qui promettait un beau combat, comme au bon vieux temps.

Il bondit au combat, griffes et dents en avant, il lacéra, trancha, déchiqueta ces esprits sans contenance. Il respira leurs miasmes ténébreux, ses yeux rougeoyants de manière terrible alors que les yurei reprenaient sans cesse forme face à lui. Ses poumons lui brulaient, il se sentait oppressé et comme lacéré de l’intérieur. La haine, la colère, la souffrance, le remord, il ne connaissait que trop bien ces sentiments qui envahissaient son esprit. Et alors qu’il combattait ses ennemis, qu’il luttait contre leur influence maléfique, il sentait l’énergie de l’onmyoji prendre en force derrière lui. C’était si proche et si loin à la fois de ce qu’il ressentait à l’époque, se battant à ses côtés. Passé et présent se mêlèrent dans son esprit, se mélangeant à l’influence néfaste des yurei.

Assailli par tant de sentiments contraires, Kitsune sentit sa puissance bouillonner dans ses veines, ne demandant qu’à être relâchée. L’air s’échauffa autour de lui, un grondement sourd roula dans sa gorge. Puis son regard capta la silhouette concentrée de son allié du moment et il revient au présent. Taisuki connaissait les techniques de son servant, et avait développé ses propres barrières pour s’en protéger. Mais ce n’était pas le cas de Chikanori, si le Feu du Renard se consumait maintenant, les deux humains qu’il était censé protéger en subiraient également les conséquences.

À ce moment, un yurei un peu trop confiant apparut près de Chikanori, beaucoup trop près. Kitsune bondit et le lacéra de ses griffes, puis il vient se repositionner devant l’onmyoji. Il se concentra, et Feu Follet répondit à son ordre, les entourant de flammèches violacées. Elles entamèrent une danse autour d’eux, intimidant les yurei qui reculèrent. Néanmoins, cela ne tiendrait pas longtemps et les esprits maléfiques comprendraient bien vite qu’ils n’avaient rien à craindre de ces lueurs inoffensives. Aussi Shinosuke espérait que Chikanori allait bientôt agir.


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