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 Retrouvailles sur le fil de l'araignée

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Abe no Chikanori

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Onmyôji

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MessageSujet: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Sam 22 Avr - 22:51

Jour 12, Lune du Rat de l’année 41,
Demeure des Abe no, Geki.

Deux jours qu’une intense pluie exceptionnelle fendait la Lune du Rat. Les vents étaient rares mais les bourrasques, sèches. Plus personne ne trainait dehors. Le ciel, parfois zébré d’éclairs, revêtait ses noirs les plus profonds.

L’ambiance à la demeure des Abe no était lourde. Le silence n’était coupé que par les grondements des cieux. On se chuchotait nerveusement comme si le deuil les avait frappés. Les préparatifs entrepris pendant l’après-midi étaient terminés et la maison retenait son souffle, attendait impatiemment que les heures passent. Si la famille commençait à s’habituer à l’événement, il provoquait toujours une immense tension.
La passerelle menant à l’endroit était complètement déserte. Les pas s’y réverbéraient sourdement dans le plancher qui craquait à cause de l’humidité. Au bout se trouvait une salle bien isolée de toutes les autres, dont les volets étaient exceptionnellement rabattus. Sur leur revers figuraient d’imposantes inscriptions que la lumière des raies rendait lugubres. Il y avait de tout, pour parer à toute éventualité : des sceaux pour retenir les miasmes, d’autres pour éloigner les mauvais esprits ou pour stabiliser les énergies. Plus littérales, des pans de tissu portaient des prières à l’intention des Kamis. Tout cela n’avait de secret pour lui, et il les relisait, consciencieusement ; avec lenteur même. Chaque syllabe était très précisément distincte des autres, un équilibre en émanait. Il avait été intraitable là-dessus. Aucune confiance et aucun écart n’avait été toléré, au point qu’il en avait rédigé une bonne partie lui-même.
Ce dernier tour d’inspection fait, il s’introduisit dans la pièce, faisant coulisser la porte pour la refermer derrière-lui.

C’était la pénombre. Dans le plus grand des silences et sans précipitation, il s’approcha des lampes, une à une, pour en allumer les bougies grâce à la lanterne qu’il avait apportée. Comme imitant un rituel, il eut les mêmes gestes pour s’accroupir et ôter l’écran de papier, observant la mèche s’embraser au contact de la source de chaleur qu’il approchait. Ce calme dont il faisait preuve trahissait en réalité sa grande nervosité, et il recherchait dans la lenteur et la précision à l’évacuer. Cela fonctionnait peu. Rien ne semblait apaiser l’agitation qui lui accaparait l’esprit.  
Une fois les lampes allumées, l’allure complètement austère de la pièce se révélait. Il n’y avait aucun meuble ; les inscriptions, comme identiques à celles de l’extérieur, tapissaient les murs et empiétaient même sur le sol et le plafond. Des cordes sacrées disposées suivant les lignes parallèles de la pièce attendaient que l’on fasse appel à elles. Il parcourut l’équipement du regard, constata qu’il était plus chargé que la dernière fois, et comme par une once de paranoïa, s’attela à la relecture des sceaux intérieurs.

Le maudit, comme beaucoup le surnommaient à présent, rodait dans cette salle comme il l’avait déjà fait les jours précédents pour s’assurer que tout était à sa place. Malgré qu’il sache d’où venaient ses inquiétudes, il n’arrivait pas à les taire.
Suite à leurs recherches, les Onmyôji du clan avaient proposé une amélioration du sceau qui lui garantissait la vie sauve, qui aurait l’avantage de durer plus de temps que l’ancien. Perplexe, mais pas réfractaire, il avait accepté ce changement après en avoir validé la formule. Autre nouveauté, la personne qui allait s’en charger n’allait pas être la même. Grand-père Hiroshi se faisait vieux et malgré la santé qui l’animait, le dernier rituel lui avaient imposé plusieurs jours de repos. C’était à Miwako, l’étoile du clan, que la tâche était dorénavant confiée. Ils ne s’étaient parlé depuis un certain moment. Son anxiété émergeait aussi  à cause de ça, quand bien même il la savait largement assez compétente pour assumer la responsabilité de cet acte. En lui confiant sa vie, il ne pouvait en être autrement.  
Si les choses n’étaient dites qu’à demi-mots, il savait qu’en cas d’échec, la famille ne pourrait se permettre de laisser la calamité sortir de cette pièce, ce pourquoi tout était fait pour l’y enfermer si nécessaire. Une fois les portes fermées et les sceaux activés, il ne pouvait en ressortir seul. Dans la maison principale, les autres Onmyôjis étaient prêts à apporter support.

Comme si tout cela n’était pas suffisamment dur à vivre, son père avait jugé pertinent, comme à chaque fois, de lui rappeler à quel point il le méprisait. Son visage se crispa lorsque, comme un écho, les mots lui revinrent à l’esprit :

« Mesure toute l’énergie que notre famille gaspille pour te garder en vie, Chikanori ! »

Au bout de sa main, la lanterne trembla. Il devait se calmer. Rien de bon ne découlait de la colère, il ne le savait que trop bien. Il pourrait évacuer tout cela une fois cette affaire réglée. Pour le moment, il devait inspirer lentement, et expirer de la même façon en vidant son esprit.

L’orage grondait encore. Chaque goutte martelait le sol, et en se concentrant, on pouvait entendre le bruit sourd que certaines faisaient en heurtant les tuiles, et le glougloutement des gouttières. Les yeux fermés, il se laissa emporter par un léger frisson, une chair de poule le parcourut. Ses jambes lui parurent lourdes, de même que la lanterne qu’il tenait devant lui. Chikanori réalisa la fatigue qui lui pesait, et lorsqu’il porta une main au visage pour se frotter les yeux, le tissu recouvrant son œil droit ondula. Il soupira. Sa vision s’hasarda du sol à sa propre personne, où comme à son habitude et depuis toujours, il portait du gris foncé sans once de fantaisies.
Relevant le regard sur les inscriptions, il se sentit moins happé par elles.

Quand il entendit le grincement discret venant de l’entrée, il continua de parcourir les runes du regard et se mit à parler d’un ton neutre, plutôt comme à lui-même que pour cet interlocuteur donc il se doutait de l’identité :

_ C’est l’heure, j’imagine … chère cousine …

Faux-calme, son esprit dévia sur l’attitude qu’il devait adopter vis-à-vis d’elle, chose qu’il n’avait pas faite en l’interpellant. Miwako était-elle restée comme dans son souvenir, ou avait-elle changé ? Depuis ses dix-huit ans ils n’avaient cessé de se louper, s’adressant rarement plus que des salutations lorsque l’occasion s’y prêtait. C’était finalement pour cette triste raison qu’ils allaient passer du temps ensemble.
Finalement, il se retourna légèrement vers elle, le regard carmin s’entrouvrant sur celle-ci. Une certaine distance les séparait, et il la jaugeait silencieusement.
HRP:
 
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Kenshu Miwako

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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Sam 13 Mai - 0:59

Miwa révisait une dernière fois le sceau complexe que son grand-père lui avait enseignée. L’échec lui était interdit, les conséquences seraient trop graves. Yeux fermé, elle répétait les gestes consciencieusement.
Un frisson la parcourus alors que ses pensées dérivaient sur chikanori et la ramenait à l’accident. Elle avait été là le jour où il avait lancé sa malédiction et les souvenirs de cette journée cauchemardesque remontaient. Son grand-père était arrivé parmi les premiers pour la guider ainsi que quelques autres. Il avait eu le sang-froid et les connaissances nécessaires pour apposer en urgence les sceaux pour contrer cette horreur, qui dévorait un de ses descendants. Sans lui, les kamis seuls savent la tournure qu’aurait pu prendre cette mésaventure.
Le religieux borgne avait toutefois composé pour cette occasion un sort unique et particulier. Hiroshi n’avait pu que constituer une barrière contre un sort ressemblant à celui lancé par le fils aîné de son cadet. Normalement une amulette correct tiens une année, mais celles posées sur le religieux malheureux ne durait pas. Alors que l’homme maudit gisait sur son lit, entre la vie et la mort, son maître, ainsi que son cadet et Miwa avait dû à plusieurs reprises changer ce sceau. Ils avaient également entrepris des recherches afin de l’améliorer. Ils avaient veillé sur cet homme complexé et maladroit, mais qu’ils aimaient tant.
La demoiselle était resté aussi longtemps que les étoile lui avait permis. Sa mission passait en priorité, sa famille et son sens du devoir ne lui permettait pas d’agir autrement. La jeune femme était donc repartie sur les routes et à chaque retours avait veillé au chevet et avait raté son réveil de ce second grand-frère. Il ne l’était pas de sang, c’était son cousin, mais dans son cœur il occupait cette place et la conserverait probablement jusqu’au dernier souffle de la jeune femme.

Son cœur accéléra à cette pensé et ses yeux se portèrent sur l’autel dédié au mort et sur le portrait dessiné de son frère. Elle avait déjà du mal à se remettre de la mort de Tsuyoshi dont elle était partiellement responsable. Il était hors de question qu’une fois de plus, elle soit la cause d’une telle catastrophe.
La futur chef de clan prit une dernière grande inspiration, pour chasser ses craintes et ses doutes. L’état d’esprit était la clef de voûte de leur art. La détermination, la certitude et le calme, leurs piliers.

La demoiselle sortie de la pièce et trouva une atmosphère poisseuse. Isolée jusque-là, elle avait été à l’abri de cet air étouffant. Un sourire se traça sur le visage, une tel scène, jusqu’à la pluie, c’était presque la caricature de l’onmyodo lorsqu’il était perçu comme quelque chose d’obscur, voire dangereux. Cette ironie amusait la religieuse, à l’humour facile.

Alors que ses pas la menaient vers l’abri au fond du jardin, elle trouva sur son chemin ses deux gardiens. Onji attendait calmement, tandis qu’Hono montrait ses crocs pour signaler son irritation.

« Je n’aime pas ça. »

Rajouta-t-elle à l’intention de sa protégée, pour la forcer à s’arrêter. La gardienne de feu n’aimait pas les risques que prenaient la jeune femme pour son cousin. Si la folie du borgne n’avait concerné que sa personne, mais non, il entraînait sa famille avec. Une erreur dans le sceau de protection et chikanori ne serait pas le seul à y passer et personne ne savait ce que pouvait se prendre en retour la futur chef de famille. C’était risqué, mais le grand père avait insisté pour que ce soit elle et personne d’autre. Les autres s’étaient simplement rangés à son avis.

« Je sais, mais j’irais. »

Répondit calmement Miwako, en passant sa main sur le museau de sa gardienne. Elle avait bien consciences des risques, mais elle n’abandonnerait pas son cousin.

« Ne prend pas de risque pour lui, il devrait mourir pour ce qu’il a fait à son gardien. »

Fit l’orgueilleuse créature en colère. La kirin des flammes considéraient toujours les humains comme bien inférieur au yokai. Qu’un gardien meurt dans l’exercice de ses fonctions pouvaient être tolérable, mais sacrifier ainsi, c’était tout bonnement révoltant. Et sa protégée devait prendre des risque pour réparer ses erreurs, ça aussi c’était impardonnable.

« Hono, je te défend de dire une telle chose ! Personne ne sait ce qu’il s’est produit dans cette pièce ! »

La voix de Miwako s’était faite sèche. Sa gardienne allait bien trop loin. Trop de monde jugeait, mais personne ne savait. Chikanori ne se souvenait même pas de tous les évènements et nombreux étaient ceux à le condamner sans preuve. Ils avaient monté leur propre histoire, d’après leur avis sans se soucier de la vérité. C’était des accusations graves, que la demoiselle refusait de croire, tant qu’on ne lui prouverait pas que son cousin avait eu cette intention.
Les babines toujours retroussées, le yokai n’était pas prêt à s’excuser.

« S’il se passe quoique ce soit, j’entre de force et je le dévore. »

Conclu-t-elle en se rapprochant du pavillon prévu pour cette cérémonie particulière. Miwako poussa un soupire et son regard se tourna vers Onji, qui ajouta à voix basse.

« Au vu des protections elle n’est pas prête de rentrer. »

Une remarque un peu moqueuse que son compère trop éloigné n’avait pas entendue. Cela arracha un petit rire à l’onmyouji. Le kirin de la terre lui sourit en retour et ajouta.

« Bonne chance et reste concentré sur l’essentiel. » rajouta le protecteur de son ton paternel.

La demoiselle le remercia et poursuivit son chemin, elle avait finir par se faire attendre. Lorsqu’elle franchit la porte, la jeune femme entendit le commentaire de son interlocuteur. Il était en train de faire le tour de la pièce, consciencieux comme d’habitude, avec ce ton neutre distant et manquant une bonne partie de l’étiquette. C’était bien Chikanori, pensa-t-elle alors qu’un tendre sourire se traçait sur son visage. La future chef de famille s’installa à côté du centre, où son cousin devait s’allonger.

« Je te laisse prendre ta place quand tu le souhaites chika. »

Ils ne s’étaient pas vu ainsi, en intimité depuis si longtemps, mais ce surnom affectif sorti de l’enfance était sorti le plus naturellement du monde. Les choses serait faite selon son rythme, du moins pour le début. Son regard se posa sur toutes les retranscriptions complexes et les sceaux. A bien y repenser, la situation de chikanori tenait du miracle et pourtant tout le monde le traitait à présent en monstre, au lieu de se réjouir. Son regard se reporta sur l’être à présent maudit qui lui faisait face.

« Je suis heureuse que tu es survécu. »

Fit-elle doucement avec toute la sincérité désarmante dont elle était capable. La phrase pouvait semblait sortir de nulle part, mais cela faisait longtemps qu’elle voulait lui dire et qu’elle n’avait pas pu.



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Abe no Chikanori

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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Dim 21 Mai - 2:00

Il l’avait laissée s’installer, ne prêtant plus attention à elle. C’était comme si quelqu’un d’inconnu avait pris sa place. Régulièrement, il arrivait qu’il se détache même de ses proches, par habitude bien plus que par volonté. Heureusement, ceux-ci avaient l’intelligence, la douceur et l’amour de rappeler cette âme qui trop souvent, dérivait dans la solitude. Ainsi donc, même s’il avait reporté son regard aux inscriptions, la façon dont elle l’appela le fit s’arrêter dans sa démarche. Un instant, son sourire de façade s’était absenté et il s’était tourné vers sa cousine comme s’il venait de la découvrir. Il était si rare qu’on pose sur lui un tel regard, qui ne connaissait d’ombres lorsqu’il s’y plongeait. Cela provoquait en lui une étrange sensation au cœur, bien différente de toutes ses angoisses.
Pour autant, il se blinda presque instantanément et répondit de son ton un peu amusé :

_ Je ne suis plus un enfant !

Ses mots sonnaient creux alors qu’il s’éloignait du centre comme s’il craignait l’attachement que lui rendait Miwako. Mais était-ce vraiment cela ? A force de prédire que les uns et les autres l’abandonneraient, qu’il ait pu les connaitre de près ou de loin … les démonstrations d’affection, aussi discrètes pouvaient-elles être, ne le laissaient pas insensible. En vérité, il était soulagé que sa vision catastrophique qu’il avait redoutée ne se produise pas. Les choses semblaient ne pas avoir changé depuis le temps où ils étaient encore des enfants … cela le laissait vide à quelque part, vidé de cette vigilance dont il faisait preuve vis-à-vis de tout. Les mots suivants qui vinrent jusqu’à lui furent un cadeau qu’il accepta silencieusement, avec une extrême pudeur. Dans un monde qui aurait préféré qu’il ne naisse pas ou meure jeune, cette phrase soulageait des plaies souvent rouvertes. L’Onmyôji maudit préféra un instant cesser de respirer plutôt que la sentir être troublée.
Le silence s’éternisait, et il semblait avoir manqué le coche pour répondre quelque chose … lorsque finalement, il lui répondit d’un souffle :

_ J’imagine que je dois en être heureux.

Délesté de la priorité de répondre, il songea que les écritures n’allaient pas se transformer sous ses yeux à force de les regarder. Après une très longue inspiration camouflée par les rafales de pluie, le cousin choisit de se rendre à sa place, abandonnant au passage sa lanterne éteinte dans un coin. Il s’assit tranquillement en tailleur aux côtés de la jeune femme, mais s’en tint à là. La nervosité l’étreignait, et comme à chaque fois, les mêmes questions tournaient dans sa tête. D’où venait la malédiction, quels étaient ses effets réels ? Pourquoi ? Il ne communiquait pas à ce sujet, à personne, pas même à son grand-père dont il aurait pu obtenir quelques lumières. Il n’avait pas envie de revenir sur ce jour, ni sur sa décision. C’était comme si rouvrir le sujet revenait à admettre à quelque part qu’il avait eu tord.
En ce moment, il aurait voulu à nouveau pouvoir porter son masque d’impertinence qui le cachait d’ordinaire, mais il était bien plus difficile de prétendre face un regard aimant. Il craignait surtout que ses émotions se transparaissent. Il était trop préoccupé.
Chikanori finit par se tourner vers Miwako pour converser.

_ Pourquoi ne pas parler un peu avant de nous acquitter de cette fastidieuse tâche ? Tant qu’à faire d’être enfin seuls … même s’il y a meilleur endroit pour parler, je te l’accorde … » Proposa-t-il en croisant les bras, un petit sourire s’affichant. Il avait reprit son air de faux calme, son visage s’était détendu et ce n’était plus une façade cette fois. « J’imagine que Hono et Onji vont bien. Toujours si opposés l’un à l’autre …
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Kenshu Miwako

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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Mer 28 Juin - 21:39

Une tortue qui rentrait sa tête dans sa carapace, ce fut l‘image qui apparut à l’esprit de la demoiselle lorsque son cousin lui répondit qu’il n’était plus des enfants.

« Chika restera toujours Chika. »

Fit-elle avec un grand sourire. Ils avaient beau s’être éloigné quelque temps, avoir probablement tous les deux évolués et légèrement changés, ils se retrouvaient avec les mêmes facilités et difficultés. Une familiarité bienvenue malgré la haute voltige sentimentale qu’elle pouvait entraîner.
Miwako laissa le silence s’installer et ne ‘s’attendait pas réellement à ce que son aîné réplique et ces mots furent d’ailleurs un peu maladroits, presque secs et agressifs. Son voyage ne semblait pas lui avoir permis d’améliorer sa communication.

« Si je peux faire quoique ce soit pour t’aider, tu sais que je suis toujours de ton côté. »

Ajouta la demoiselle en guise de conclusion, avec un certain trouble. Une part d’elle semblait confuse sur le sujet, il y avait même un soupçon de culpabilité. Leur dernière conversation remontait à tellement longtemps. Ils avaient tous deux été présent lorsque Yuto était devenus officiellement onmyouji, mais le plus grand s’était enfermé après cela. Quant à elle, elle avait peut-être passé trop de temps sur les routes et pas assez à l’écoute des siens, de sa famille et des leurs souffrances. Elle aurait éventuellement dû agir comme elle le faisait lorsqu’elle été enfant et qu’elle se plantait devant l’entrée de la chambre de son aîné, jusqu’à s’y endormir pour qu’il ne puisse pas fuir. Alors elle aurait hypothétiquement pu l’aider avant ce drame, et qui sait si elle n’aurait pas pu l’éviter ?

Le jeune homme s’assit à ses côtés et reprit la parole, ce n’était pourtant pas l’homme le plus bavard du monde. La jeune femme était bien consciente qu’il faisait cela pour repousser l’échéance, même lui l’avouait, ce qui ne l’empêchait pas de savourer tout de même la situation. La demoiselle était donc ravie qu’il s’installe de la sorte, d’autant plus que leur dernière discussion en tête à tête, elle avait dû la lui arracher. Un petit rire la parcouru alors qu’elle se remémorait ce souvenir, elle avait dû presque le traîner de force en dehors de la bibliothèque et l’avait conduit dans un des jardins enneigés de Fuyu. Ils avaient fini transit de froid, partiellement trempé mais elle avait au moins pu lui dire au revoir correctement avant de reprendre le chemin de son pèlerinage alors que lui restait plus longtemps à la bibliothèque du clan des neiges. Un départ qui avait au final failli être repoussé pour elle, heureusement sa bonne santé lui avait permis de maintenir sa feuille de route.

« Au moins, on ne tremble pas dehors cette fois-ci et personne ne risque de tomber malade. »

Leur dernière discussion était un au revoir, elle n’avait pas pensé qu’ils dureraient aussi longtemps et qu’ils prendraient autant de temps à se retrouver.

« Ils ont fini par trouver un équilibre et se disputent bien moins souvent. Ils se taquinent toujours, je te rassure et ne sont pas toujours d’accord, ça reste leur manière de communiquer. Ils ont toutefois fini par s’apprivoiser suffisamment pour former un trio solide. »

Miwako était visiblement comblée par cette situation. Chika était sans doute les plus à même de comprendre la notion de complémentarité dans l’adversité au vu de sa relation avec Kon. Jamais elle n’avait vu son cousin autant se mettre dans ses colères comiques qu’avec son serpent gardien. A cette image, le sourire s’effaça immédiatement. Ce n’était certes pas son protecteur, mais elle l’avait aussi côtoyé et la jeune femme choyait autant les esprits gardiens de ses cousins que leur protégée. Une douleur sincère se dessina sur le visage de la demoiselle alors qu’elle réalisait à nouveau que le bien embêtant serpent ne serait plus là pour monter un énième coup tordu.

« Mes condoléances pour Kon. »



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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Lun 3 Juil - 14:30

Lorsque l’expression de sa cousine se détériora, Chikanori sentit que la suite n’allait pas lui plaire et il ne se trompa par car la formule lui fit l’effet d’une injure lancée au visage. Son sourire persista quelques instants, comme un vain effort de ne pas se trahir, puis il tomba, son regard s’animant d’une irritation fugace. Il la fixa, longuement, la tête fixe et emmurée dans une expression neutre, la mâchoire actuellement plus sûrement scellée que l’était sa malédiction.
Mille répliques lui traversaient l’esprit, toutes plus sèches les unes que les autres, condamnant cette proportion qu’avait Miwako à mettre les pieds dans le plat par souci d’honnêteté ou d’une empathie médiocrement menée. Ses condoléances n’étaient qu’une plus formelle reformulation d’un “Il est mort, je suis désolée.” qui lui arrachaient les tympans et entamaient le subsistant espoir qu’il puisse ne pas en être le cas. Comme l’annonce non-préparée d’une mauvaise nouvelle, cette piètre considération de sa peine tombait à l’eau, froissait même dans sa bonne volonté de bien faire.
Il y avait sûrement une culpabilité sous-jacente qui l’amenait à se précipiter ainsi, tout comme elle l’avait vis-à-vis de son défunt frère. Le fils aîné de Genki se demandait comment ses mots avaient pu apaiser les esprits qu’elle avait bien pu rencontrer … un brin de méchanceté lui susurrait qu’on n’avait pas besoin d’aussi bien les choisir quand on était bien né et que les Sutras fonctionnaient comme une deuxième langue maternelle ; la pensée le faisait doucement ricaner si elle ne portait pas en son sein un reliquat d’amertume du passé.

Les respirations passaient, canalisaient la colère, le cousin s’auto-persuadait que tout cela ne fut qu’une maladresse malheureuse sur lequel il n’y avait pas lieu de s’énerver. Jusqu’ici, Miwako avait été d’une compagnie agréable, même si elle se sentait d’afficher son soutien à tout bout de champ là où elle aurait dû se contenter d’un silence compatissant. Après un très long moment de silence qui s’éternisa, Chikanori finit par laisser aller une longue inspiration contrôlée en quittant sa relative du regard pour se détacher d’elle. Les mots furent tranquillement et calmement posés les uns après les autres, détachés, avec une mesure millimétrée à la hauteur de ce qu’il devait contenir.

_ ... la délicatesse ne semble toujours pas être …. ton point fort. » Un bel euphémisme pour ce qu’il s’était retenu de lui renvoyer. « Tu as une façon bien particulier d’annoncer les choses et de faire la conversation.

L’aîné se rajouta rien, se retenait de clore cette discussion d’un effort qui lui en coûtait. Patience et retenue, mère de vertus qui lui avaient permis d’encaisser beaucoup de choses ces dernières années.




Dernière édition par Abe no Chikanori le Dim 9 Juil - 3:36, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Mer 5 Juil - 20:18

La demoiselle vit le sourire de son cousin disparaitre, sans trop s’inquiéter au vu de ses derniers mots. Personne ne recevait de condoléance avec le sourire, mais l’iris de son aîné brûlait d’une lueur plus déroutante. Ce n’était pas de la tristesse que dévoilait le regard carmin de son interlocuteur, mais de la colère.

Miwako se senti moins sereine face à la tempête qui semblait se préparer. Chika pouvait avoir des invectives extrêmement dures et corrosives, elle se préparait à y faire face mentalement. Elle fut alors surprise par les quelques mots de l’autre religieux. C’était tout ? Il n’avait que cela à dire ? Depuis quand faisait-il preuve d’autan de retenu face à elle ?
Les sourcils de la jeune femme se froncèrent. Ah non alors, elle n’allait pas le lâcher comme cela ! Pas avec une blessure aussi évidente et ouverte.

« A force de passer plus de temps avec les yokaïs, que les humains, mes compétences sont peut-être devenu moins performantes sur le sujet, mais recevoir cette remarque de ta part est assez ironique. »


Lui répondit la brunette avec un sourire amusée. Parce qu’il fallait bien être honnête sur un point, Chika n’était pas un champion dans ce domaine-là, il avait même l’art de faire réagir violemment ses interlocuteurs. Quant à elle, il était vrai que l’art de la conversation ne devait pas être sa spécialité. La plupart de ses discussions avec les gens ne tournaient qu’autours des yokais ou de conseils spirituels. C’était étonnant aussi le nombre de personne qui pouvait venir voir des religieux pour leur demander des conseils pour mener leur barque. Miwako se garda donc bien d’avoir un avis sur son art rhétorique, mais il lui semblait tout de même qu’entre eux deux, elle n’était pas la pire.

« Mais je reste toujours aussi têtue. »

Conclut-elle avec un sourire fier sur le visage, bien que cette dernière phrase semblât un peu étrange dans le contexte. Plus d’une fois enfant, elle avait fini par lui extirper quelques fois la vérité et d’autre fois, il avait réussi à conserver pour lui ce qu’il ne voulait pas dire. C’était un combat de tête de mule dont les deux protagonistes ne pouvaient pas prédire la fin.
Le sourire disparu cependant et ses traits étaient redevenus douceur. La demoiselle posa alors sa main sur le cœur de Chika et dit avec sincèrité.

« Alors au lieu de ne pas dire la vérité à ton agaçante cousine, dis-lui plutôt ce que tu as sur le cœur et mets des mots sur ta peine. »


Il n’avait jamais aimé parler de ses souffrances, de ses peurs de son désespoir. Il n’en manquait pas pourtant et parfois même il les hurlait à plein poumon. Ce n’était jamais volontaire, mais lorsqu’il s’emportait, il laissait parfois à sa cousine le temps d’apercevoir un bout du fardeau qu’il s’échinait à porter seul.

« Où je risque encore de le piétiner inconsciemment surtout que nous sommes coincé tous les deux pour quelques temps. »

Murmura-t-elle pour conclure et prête pour faire face à l’orage. Kon n’était plus là pour l’aider, alors d’une manière ou d’une autre, elle allait l’aider à s’en délester un peu de ce fichu poids.



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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Dim 9 Juil - 3:32

L’idée de patienter pour sa réponse avait été autant pour faire en sorte que sa cousine prenne acte de ses mots que de le faire redescendre en pression. Plus que tout, Chikanori abhorrait crier (ceci n’étant pas la même chose que de se faire crier dessus, bien sûr). Si son agacement était fréquent, celui-ci ne devait pas lui faire perdre son calme et sa souveraineté … d’autant plus que devant Miwako, il en avait le très détestable réflexe. Il avait décidé que les choses changeraient. Elle ne serait plus l’unique personne à lui faire perdre patience. Par conséquent, l’aîné Abe no continua de se concentrer sur sa respiration. Elle resta lente, contrôlée. Il chassa les pensées qui déjà s’amoncelaient, car elles étaient parasites, belliqueuses. Sans pour autant atteindre un état de sérénité, il garda une sorte de tranquillité. C’était une petite victoire en soi, lui qui serait déjà parti au quart de tour plusieurs années auparavant, et en son for intérieur, il guettait ce que sa cousine allait répondre à cela.
Pour dire, il parvint même à ne pas broncher lorsqu’elle osa devenir tactile avec lui, se contentant de la dévisager. Leur discussion était un terrain que Chikanori se voulait de mener, là où il considérait avoir trop perdu par le passé … de même qu’il désirait à présent revenir vers les siens et d’appliquer les leçons de ses longs voyages pour mieux gérer certaines relations de famille.

Le culot de Miwako lui semblait inchangé malgré toutes considérations faites. Si elle avait tant d’attention pour ce qu’il ressentait, pourquoi ne pas s’excuser dans un tout premier temps ? Manquer à ce point de délicatesse, il avait un souvenir d’elle plus précautionneux, mais peut être se trompait-il. Peut être avait-elle toujours été ainsi, mais il l’avait oublié ... ou préféré l’idéaliser.
On ne changeait néanmoins pas les bonnes habitudes, et comme pour détendre l’atmosphère tout en raillant l’initiative de sa cousine qui tombait à l’eau, il se mit à rire, presque à son nez. C’en était presque cruel face à la sincérité qu’elle démontrait, mais là où elle ne prenait pas de soin dans ses mots, il n’allait pas tout à fait se retenir non plus.

_ Et donc quoi ? T’attendais-tu à ce que j’obéisse, tout simplement ? » Il croisa les bras, enfilant une manche dans l’autre.

Passé sa pichenette que l’on pouvait traduire comme un refus, il allait lui faire une grande faveur qui allait être celle de s’expliquer sur ce qu’il pensait. Il ne l’avait jamais fait auparavant.

_ Chère cousine …  tu te doutes que les choses ne sont pas aussi aisées, qu’il ne suffit pas que de demander pour qu’elles se résolvent d’elles mêmes, comme pour beaucoup de pauvres âmes qui cherchent oreille pour confier leur peine.

Il marqua une légère pause avant de continuer de poser son propos, démontrant qu’il pouvait faire au contraire preuve d’une certaine retenue tout en disant le fond de sa pensée.

_ Les maladresses auquel tu cherches des excuses après coup sont malheureusement dites. Rassures-toi, je ne t’en veux pas vraiment. Mais vas ! Vas. » Un geste leste accompagna son propos. « Tu peux continuer de … piétiner inconsciemment ma peine, cela m’importe peu. Après tout, ce n’est pas moi qui risque de m’en vouloir par la suite. Par contre, ne t’étonne pas si l’envie de discuter de sujets plus houleux ne me prend pas.




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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Dim 16 Juil - 2:45

Le rire de son cousin désarçonna la demoiselle. Elle s’attendait à un refus violent, un orage qui en révélerait finalement plus que n’en voudrait l’initiateur, mais cela n’arriva pas. Il ne voulait pas en dire plus, mais sa façon de s’opposer à elle changeait complètement. Déconcertée, Miwako se retrouva avec les yeux ouverts rond comme des billes. Elle n’en fut que plus attentive face à cette nouveauté dans l’attitude de son aîné.

Les yeux de l’onmyouji se mirent alors à briller de joie, malgré le mur auquel elle venait de se heurter. C’était bien la première fois que Chikanori lui livrait ainsi le fond de sa pensée et par ce fait il accédait partiellement à la demande de sa cousine et à un vieux souhait niché dans son coeur. Il ne lui livrait pas en détail sa douleur, son problème de deuil envers Kon, mais exprimait son refus et surtout les raisons qui l’y poussaient. C’était déjà un magnifique cadeau de sa part, lui qui jusque-là avait toujours tenté de cacher au maximum ses sentiments, ses objectifs et sa vision du monde.

« On dirait que j’ai raté mon objectif. »

Répondit la brune avec un immense sourire et pas déçu pour un sous de cet échec. C’était un petit pas, c’était même minuscule et pourrait paraître ridicule aux yeux de beaucoup de monde. C’était tout de même un progrès dans la communication maladroite qui les reliait.

« Mais tu as totalement raison, ce n’est pas à moi de forcer la confidence et tu es le seul à pouvoir trouver le bon interlocuteur. »


Le regard de Miwako s’était détaché de Chikanori, pour fixer le vide de manière plus pensive. Depuis toute petite, elle exerçait une pression certaine pour comprendre son cousin, qui entretenait bien des mystères et des douleurs.

« Je m’excuse. »

Aussi bien pour les mots qui l’avaient heurté précédemment, que pour que son attitude. Un sourire plus amusé se traça sur lèvre alors que des souvenirs de l’enfance l’envahissaient.

« J’ai tellement pris l’habitude de lire à travers tes colères, que j’ai la fâcheuse manie de la chercher parfois pour mieux te comprendre et améliorer notre entente. »


Un paradoxe bien étrange, mais qui s’accommodait à leur relation particulière. La religieuse savait que son cousin ne l’avait pas toujours porté en haute estime, elle avait pris en pleine figure sa rancœur et sa jalousie. Il ne l’avait pour autant jamais complètement haïs et c’est sans doute pour cette raison qu’elle avait conservé pour lui tant d’affection. Il avait été victime de bien trop de tours du destin pour qu’elle conserve une quelconque rancune à son égard. L’eau avait coulé sous les ponts et ces instants douloureux étaient à présent des souvenirs sans peine et précieux.

« Je vais devoir corriger tout cela puisque ça n’a plus l’air d’actualité. »


A l’intonation de cette phrase, il n’était pas compliqué de deviner que cette idée lui plaisait, tandis que son regard revenait sur la pupille rouge de son interlocuteur.

« Enfin je te rassure, je resterai prête à passer une nuit devant ta porte s’il le faut. »

Conclut-elle en rigolant, alors qu’elle revoyait cette image d’elle petite, qui s’était endormie devant la chambre de Chika à force d’attendre que le brun sorte. Ce ne serait peut-être plus nécessaire cela non plus, mais cela seul le temps le lui dira. Elle préférait en faire pour l'instant qu'une boutade et un sujet de plaisanterie.

En tout cas, le voyage de son interlocuteur semblait avoir eu également des impacts positifs. L’accident à son retour les avait cachés, ils se dévoilaient pourtant timidement devant ses yeux.

« C’est à Birei que tu as appris à mieux te contrôler ? »

Ne put s’empêcher de demander la curieuse demoiselle.



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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Mer 19 Juil - 3:31

L’impassible cousin tira une certaine satisfaction de l’étonnement qu’il provoqua, quoiqu’il en aurait espéré plus, surtout que sa pique fonctionne. Au-delà de lui-même, Miwako avait la fâcheuse tendance à laisser parler son cœur, piétiner inconsciemment, et venir piteusement s’excuser de sa maladresse après. Or parfois, cette dernière étape n’était pas possible lorsque les propos allaient trop loin dans l’indélicatesse. Partir d’une bonne volonté n’était pas suffisant et pouvoir parfois même faire des ravages … A l’occasion, il reviendrait sur ce détail, car il n’avait pas l’impression que le message était passé.

A sa remarque à propos de son enfance qui ne le laissait pas tout à fait de marbre, il aurait pu répondre qu’elle n’avait qu’à essayer pour voir si cela fonctionnerait toujours, lorsqu’il fut arrêté à la question sur Birei. Immédiatement, une réserve se marqua de nouveau, il aurait voulu fermer le sujet … cette curiosité, pouvait-il vraiment la lui reprocher ? Entre tous les passionnés de monstres et de choses bizarres, lui avait des seuls à passer à Birei, et l’unique à y avoir séjourné un peu plus d’un an. C’était sans trop calculer ni tergiverser qu’il n’y avait pas chassé les Yokaï, car n’y trainaient là-bas que des esprits millénaires placides, imposants et mirifiques … seules informations sur son histoire là-bas étaient les maigres de son carnet où il s’était efforcé de faire la liste des personnes qu’il avait connues avec leurs occupations (ceci étant toujours utile le jour où une faveur ou un service était à demander). Hormis cela, bien sûr, pas grand-chose, Chikanori avait décidé d’entretenir le silence, de laisser aux esprits avisés de déduire ce qu’il avait pu y apprendre de plus.
A croire qu’il était de bonne humeur ce soir malgré les circonstances, son regard se planta dans celui de Miwako, puis il haussa le sourcil lorsque les mots “te contrôler” lui furent attribués. Décidément, elle avait beau dire qu’elle se mettrait à jour, il avait déjà l’impression qu’elle le cherchait de nouveau. Finalement, il finit par entrouvrir le regard, d’un sourire un peu plus énigmatique, plus doux … mais en un sens, pas moins secret.

_ Miwako, Miwako. Si à ce point la curiosité te titille … ce voyage à la capitale m’a effectivement éprouvé de bien des manières, j’ai dû entretenir le contact avec des personnes que je n’appréciais pas forcément afin de m’attirer des bonnes grâces et accéder à la bibliothèque impériale. Il est clair que si j’obtenais parfois ce que je désirais, c’était au prix de nombreux efforts, en faisant preuve d’une grande patience ... et que la plupart du temps, je faisais chou blanc. Parmi les courtisans et autres nobles je n’étais qu’un tout petit poisson, surtout que, comme tu le sais, je n’avais pas grand-chose à faire valoir à côté d’autres dont la renommée s’étendait au travers des clans.

Il pencha légèrement la tête sur le côté, d’un air qui semblait amusé, quoique toujours n’hésitait pas à lui renvoyer la balle.

_ Ce que, j’imagine, tu dois déjà savoir. Par conséquent je ne t’apprends rien. Si le sujet t’intéresse vraiment, il va te falloir poser des questions plus précises, pour le peu que j'y réponde.


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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Dim 24 Sep - 14:07

Chika était plein de surprise aujourd’hui, soit son voyage l’avait beaucoup changé, soit elle le connaissait vraiment plus mal qu’elle ne le pensait. La vérité devait sans doute être un savant mélange des deux. C’était bien la première fois qu’il lui adressait un visage aussi taquin et il acceptait de potentiellement desserrer un peu les dents sur Birei, deux événements qui en vérité lui plaisaient.

Un sourire amusé apparu sur les lèvres de la demoiselle. La religieuse avait toujours été joueuse et sa relation privilégiée avec les yokais n’avait pas tendance à tarir ce trait. Il lui arrivait de perdre avec une certaine régularité, mais elle n’était pas mauvaise joueuse. Même si elle avait un peu l’impression d’être une souris face à un chat et que son cousin ne ferait pas preuve de charité, elle était tout simplement contente qu’il lui propose d’être son partenaire quelque temps et qu’à sa façon il pouvait s’ouvrir à elle. La brune avait bien conscience qu’il pouvait lui parler d’un tournant particulier de sa vie, sous une forme apparemment légère, mais qu’il avait instauré. S’il souhaitait s’exprimer dans ce cadre, elle n’allait pas le changer. Bien qu’il ne rendrait apparemment pas les armes aussi facilement et pouvait très bien décider de se taire. Elle devrait parvenir à gagner les informations, en parvenant à entretenir le jeu.  

« Tu es dur en affaire comme toujours. »

Dit-elle en rigolant avant qu’un sourire plus taquin prenne place. Miwako fixa l’œil carmin de son interlocuteur et laissa un léger suspens. Tant de choses étaient arrivées ces dernières années et pas seulement à Birei. Ils s’étaient séparés à Fukyuu et ils n’avaient pas pu depuis discuter proprement. Des interrogations elle en avait beaucoup, mais les poser directement, c’était le meilleur moyen de n’obtenir aucune réponse de la part de l’autre joueur.
La demoiselle aurait bien voulu être une kitsune à cet instant, ils étaient les plus doués pour ce genre d’échange. Ce n’était cependant pas le moment de perdre son assurance et de rater cette occasion qu’il lui offrait. Attends voir le chat, la souris ne se laisserait pas manger sans tenter quelques coups avant ! Enfin elle avait conscience que le séjour à la capitale donnait à son cousin un avantage non négligeable dans ce genre de petite joute, elle n’allait pas baisser les bras, du moins pas jusqu’à ce qu’on lui signale ouvertement sa défaite ou que cela ne se termine.
Son sourire devint un peu plus fin alors qu’elle tenait enfin une idée qui lui plaisait et sa main remonta légèrement. Dommage, elle n’avait pas d’éventail pour cacher partiellement son visage. Une question farfelue et ouverte, mais une ouverture étrange et la demoiselle avait hâte de voir la réaction et la réponse de chika.

« Alors peux-tu me raconter soit une victoire amère, soit une défaite magnifique ? »

Lui qui venait de lui demander d’être plus factuelle, la demoiselle en devenait plus sibylline.



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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Mar 26 Sep - 10:55

_ C’est … une question plutôt intéressante, ma foi. » Dit-il, passé quelques secondes, avec un soupir amusé. Son air nonchalant décrédibilisait le sérieux de sa pensée.

La victoire amère, la plus grande de son existence et celle auquel il avait pensé tout de suite, Miwako la connaissait déjà. Elle était connue de tous. A contrario, il se souvint d’un épisode en particulier, s’étant justement produit à Birei. Chikanori n’eut pas envie de s’attarder à chercher plus longtemps. Il se lança dans l’exercice, sans filet.

_ Il y avait cet homme, à Birei … un clerc, un haut-prêtre, peut être. Je ne sais plus. Quoiqu’il en soit, un individu fort respectable, ayant vécu ses décennies dans la vertu et la rigueur la plus totale pour finir avec une telle … popularité.

Entre ses dents, le mot possédait une nuance toute particulière, teintée d’une retenue qui trahissait sans trop se cacher un scepticisme tenace. L’Onmyôji s’arrêta dans son introduction, cherchant dans les coins lugubres de la pièce les fragments de ses souvenirs. Parlant à lui-même, il murmura : « Mais quel était son titre … pourtant …   je le savais … ». Finalement il haussa légèrement les épaules, se reconcentrant sur sa cousine qui attendait la suite de son récit.

_ Qu’importe. Ne pas me rappeler de son rang est sûrement la continuité de “l’affection” que je lui portais.
» Birei était la cité où je me démenais pour obtenir ce que je n’avais pas. Bien porté par les historiens de la Cité qui avaient loué l’érudition qu’ils me trouvaient, je pus, sans la renommée ni le pouvoir, séjourner et circuler parmi des sphères trop hautes pour ma modeste condition. La plupart de mes aînés furent soit imperméables à mon arrivée, soit curieux. Je faisais tout mon possible pour être d’une compagnie agréable, intéressé dans tout ce qui pouvait m’être gracieusement offert.
» Pour revenir à notre homme, il fut partie des rares à être agacé, et du seul à m’en avoir voulu. Antipathie réciproque puisque rapidement, je n’ai supporté sa présence que “grâce” au protocole. Je n’avais rien à apprendre de lui ; sa calligraphie était épouvantable, sa connaissance des prières, douteuse. Il n’était qu’un “quelqu’un”, doté d’ambitions si primitives qu’il me paraissait n’avoir aucune valeur, pourtant il devait en avoir pour mériter sa place. Pour lui, je n’étais qu’un parvenu, qu’un profiteur n’ayant que charme et prestance pour se rattraper … après tout, je me démarquais alors que je n’avais d’actes pour me soutenir. En cela il n’avait pas tout à fait tord, je dois lui reconnaître qu’il était assez vif d’esprit sur le sujet.

Chose qu’il avait fini par craindre, dans l’idée qu’il puisse révéler sa liaison avec Eirin. Tous deux auraient eu énormément à perdre, surtout elle, à qui son don avait permis de mener les cérémonies à son jeune âge. Tous deux auraient eu l’opprobre de leurs familles respectives, il aurait néanmoins été épargné d’une partie des conséquences, l’Onmyôdo et son genre lui permettant d’échapper à la lapidation publique de la réputation d’une fille. Dans le meilleur des cas, peut être aurait-il été contraint de l’épouser, ce qu’il aurait fait à l’époque avec plaisir.

_ Nous nous confrontions, donc. » Continua-t-il toujours sur le ton de l’histoire. « Je n’ai pas compté les fois où il a utilisé notre différence pour m’aplatir ; à chacun de mes échecs, il me répétait que mes efforts étaient futiles puisque je ne serai jamais reconnu. Mais j’étais bien motivé à lui montrer tord.
» A l’occasion d’une cérémonie, de nombreux religieux étaient amenés à travailler sur un Mantra de bénédiction. Je n’en faisais pas partie, mais j’avais tenu au courant quelques connaissances du défi que je m’imposais d’en faire un et de le proposer à l’expertise d’un des aînés. Je n’avais pas été seul puisque d’autres m’avaient rejoint. Mon “ami de toujours” s’amena immédiatement, comme toujours, il se moqua sous couvert de compliments mielleux, mais l'envie lui passa rapidement lorsqu'il fut rejoint d’un des chefs de cérémonie. Même si c’était pour nous demander d’aller voir ailleurs, c’était déjà une petite victoire en soi – ce sont des hommes très occupés. A la volée, il regarda mon fait, et après une lente observation, m’encouragea vivement dans mes efforts, tant et si bien qu’il m’invita à le suivre pour discuter, notre homme sur nos talons. Finalement, il confia mon Mantra à l’autre, me demandant de repasser le voir plus tard.
» Ce Mantra était magnifique, il ne pouvait continuer à le nier. Je dois avouer que j’étais surpassé. » Acheva-t-il, rehaussant son léger sourire à la fierté du souvenir qu’il avait de l’œuvre. Ainsi, il donnait l'impression d'en avoir fini, jusqu'au moment où il reprit la parole.

_ Toutefois … » Il s’arrêta. Puis regardant sa cousine d’un air malicieux : « … Dis-moi donc la suite, ce qu’il a fait lorsqu’il s’est retrouvé seul en tête à tête avec moi, ce fameux mantra en sa possession …


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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Lun 2 Oct - 21:31

La demoiselle réussie tout juste à retenir un sourire de satisfaction, elle était parvenue à poser une bonne première question. Elle était heureuse d’obtenir le premier point, mais plus encore à l’idée que Chika lui laissait une petite ouverture. C’était d’autant plus précieux que l’homme décida de conter un épisode de Birei, une période dont il ne lui avait encore jamais parlé. Pour être plus exact, c’était un des nombreux épisodes de sa vie dont il ne parlait guère. Le jeune homme n’était pas le plus ouvert, le plus bavard ni le plus expressif. Alors ce premier geste était d’autant plus important et la brune ne comptait pas en perdre une miette.

Attentive, elle laissa son cousin mettre en place le décor et les protagonistes. Miwa se retint de rire lorsqu’il décrivit le religieux qui devait leur être supérieur. Le scepticisme de Chika sur certaines vertus ne changeait pas, pourtant des hommes pouvaient réellement les posséder. Elle ne connaissait toutefois pas celui dont il parlait, elle allait donc adopter son point de vue pour l’histoire. La demoiselle croyait d’autant plus son cousin de par son vécu.
Birei, elle était passée dans la cité impériale pendant son pèlerinage, cette ville sacrée était incontournable pour tous les pèlerins qui faisaient l’ensemble des temples. Elle n’y était pas restée longtemps cependant, juste le temps de présenter ses respects au temple, d’échanger avec quelques onmyoujis et elle était repartie. De cette ville elle gardait un souvenir de splendeur, mais elle s’y était sentie frustrée. Les onmyoujis, les religieux ne manquaient pas et malgré le combat de plusieurs décennies des Abe no pour défendre les humains, elle avait senti une sorte de mépris d’une partie de ses résidents de sa caste. Ils n’avaient pourtant pas beaucoup de yokai à combattre entre les murs sacrés et les jugements sur les pratiques ancestrales des siens ne manquaient pourtant pas, de la part de gens qui seraient sans doute incapable d’effectuer correctement la moitié de ses contrats. Miwako avait été déçu d’y découvrir des religieux plus politiciens, courtisans que réellement pratiquants. Cette cité lui avait permis de confirmer qu’elle était gauche en politique, pour la simple raison qu’elle n’aimait pas cela. Heureusement Birei ne lui avait pas montré que cela, mais cette découverte négative l’avait marquée. Aussi elle n’avait aucune difficulté à croire les mots de Chika.

La religieuse appliquée, écoutait silencieusement la suite de l’histoire. Elle reconnaissait bien la ténacité de son cousin. Il avait pris tellement de coups et personne n’avait pu réellement l’en protéger. Sans cette dernière, il ne serait peut-être pas en face d’elle à présent. Bien qu’elle soupçonnait aussi cette dernière d’être à l’origine de son état actuel et de sa malédiction. La ténacité et la fierté, une combinaison qui pouvait aussi bien pousser un homme à faire de grandes choses, mais aussi de terribles erreurs.

« Ah non, tu ne peux pas me faire ça ! »

S’exclama la brune à moitié en rigolant alors que le malicieux arrêtait son histoire au moment le plus intéressant. Son front se plissa alors qu’elle réfléchissait.

« Je n’ai même pas d’indice en plus, je ne sais pas si tu parles d’une victoire amère ou d’une défaite flamboyante. »


Ses yeux se plissèrent et fixaient intensivement le pupille écarlate de son interlocuteur, comme si elle allait pouvoir y trouver la réponse.

« Je parie sur la victoire amère. »


Dit-elle lentement, alors qu’une idée germait dans son esprit.

« Il t’a proposé un marché pour se l'approprier en échange il te permettait d’accéder à des documents et des endroits qui t’étaient fermés. »





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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Mar 3 Oct - 21:28

Satisfait, il ramena sa manche pour dissimuler le bas de son visage, laissant à dessein tout juste dépasser, un large sourire railleur. Il se régalait de sa surprise, de l’exclamation qu’elle laissait exprimer face à la tournure de son récit ; Miwako était une spontanée, chose qui l’agaçait parfois comme le ravissait, on pouvait au moins lire en elle tout ce qui la traversait.

_ Tu ne t’imaginais quand même pas que les choses seraient conventionnelles, tout de même.

C’était un peu sa marque de fabrique, cette volonté d’impliquer son auditoire dans le récit, le mettant à parti, vérifiant qu’il ne gaspillait pas sa salive aux sourdes oreilles. Face à lui, l’interrogée réfléchissait, creusait sa cervelle, cherchait à déceler en lui une ombre de réponse tant attendue, et il attendait, patiemment, qu’elle se décide, chassant sa pupille de la sienne pour troubler sa réflexion. Lorsqu’enfin elle émit une suggestion, il ne répondit rien. Il se contenta de l’observer en entier, contemplant son expression dans ses toutes courbes, se faisait désirer avec la réflexion que les traits de sa cousine lui semblaient bien doux,  tirés d’une naïveté presque tendre. Elle lui était si candide, tant qu’il allongeait toujours et encore le silence de secondes supplémentaires, mettant le doigt sans rien dire sur le fait que la réponse n’était pas la bonne. La chose ne dura pas longtemps, pas qu’il n’en eut pas la patience, mais la vérité de leur situation le rappelait à cette pièce bardée d’inscriptions à son attention et que ses nerfs n’étaient qu’à moitié partants pour qu’il reste longtemps d’humeur taquine.
Devenu impatient de sa propre conclusion, il lâcha simplement :

_ Il l’a déchiré.

Les deux prunelles noires ce jour là n’avaient pas cillé, ne s’étaient pas étonnées. Ce final lui avait semblé tellement évident. Si prévisible, si bas. Il n’avait rien lâché et s’était contenté de fixer longuement le regard de cet autre humain, narguant sur la stupidité du geste et surtout, sur ce qu’il se révélait de lui-même. A l’instant comme pour le passé, il était détaché de ce résultat. Il reprit un ton d’explications.

_ S’il m’avait proposé un marché et qu’il avait tenu promesse, cela aurait pu être intéressant, même si malhonnête. Cependant, dans sa pensée élitiste, donner de la connaissance à quelqu’un comme moi revient à banaliser et dévaloriser. Jamais il n’aurait voulu me faciliter d’accès quoi que ce soit.
» Pourtant je l’avais bien démuni de son orgueil, il ne pouvait plus nier. Nous autres Abe no avons pour habitude d’admettre notre faute, avec plus ou moins de bonne ou mauvaise volonté pour certains, mais nous le faisons. Loin en est la façon de faire de tous. Il a préféré se draper des lambeaux de sa fierté plutôt que d’accepter la vérité, d’où ma petite victoire malgré la destruction de mon bien et l’amertume qui en a résulté. Parfois, le mieux pour l’ego est de prétendre que rien ne s’est produit.

Un coup d’œil sur le côté lui rappela encore les circonstances de leurs retrouvailles. Il réalisa, enfin, qu’il avait bien plus de choses à dire à cette parente qu’il ne l’aurait crût. Mécaniquement, Chikanori se déplaça légèrement sur le côté, prenant lentement place dans celle qui lui était toute désignée. Comme à chaque fois, ce n’était pas la gaieté qui l’animait. Malgré toute l’expertise de Miwa, et de celle de son grand père avant elle, les choses pouvaient mal tourner.

_ Je ne pense même pas qu’il s’agisse là d’un personnage foncièrement plus mauvais qu’un autre. Sûrement avait-il évolué dans un endroit où il n’y avait pas de place pour les faiblards. Au final, je ne lui en veux pas, même si je le déteste, bien sûr.

A ces mots il s’était détourné pour s’épancher en arrière sur le parquet nu, appuyé sur le coude. Parler l’avait un peu détendu. Mais son cœur n’était pas plus léger. Un soupir l’anima en montrant dans sa poitrine avant qu’il ne reprenne parole, devenu un peu distant. Le sourire le quitta.

_ ... nous pourrons reprendre cela tout à l’heure. » Ainsi il coupa la conversation et s’allongea.

La position lui faisait remonter les souvenirs des autres fois, peu agréables, qu’il avait endurées sans trop rien dire. C’était le minimum pour assumer ce qu’il faisait peser sur tous.  Il espaça ses respirations, fermant l’œil un instant avant de le rouvrir, fixant droit devant lui, accordant un bref moment à Miwako. Il ne rajouta rien. Tout ce qu’il aurait pu lui dire à ce sujet, pour le coup, étaient des évidences dont elle était plus de consciente.


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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Jeu 5 Oct - 0:00

Miwa répondit par un sourire amusé à son cousin. Non, elle se doutait bien qu’il allait faire les choses à sa manière, car Chika traçait toujours son chemin à sa façon. La demoiselle resta suspendue aux lèvres du borgne jusqu’à ce que ce dernier lui donne la réponse.

La brune se mordit une lèvre, elle avait hésité avec cette réponse. Déchirer ce papier lui avait pourtant semblé trop facile, petit et inutile. Le mantra avait été vu, ce geste montrait juste une facette bien misérable pour ce religieux. Une attitude qui peinait Miwako, elle la trouvait tellement indigne d’un membre de leur caste, d’autant plus d’un dignitaire de haut rang. A ce titre c’était une réponse décevante. Apparemment, elle avait été un peu trop généreuse avec l’ami de l’onmyouji, malgré les avertissements de ce dernier.

Les mots de son interlocuteur lui rappelèrent un peu ceux de son père. Face aux yokais un ego blessé qui refuserait de voir la vérité, c’était un handicap. Ce genre de sentiments rendait plus faible et facile à posséder et cela rendait partiellement aveugle. Une telle cécité, un adversaire spirituel vous la faisait bien vite payer. C’est pour cela que les Abe no, depuis longtemps apprenaient l’importance de l’humilité. Ce qui était grave n’était pas l’erreur en elle-même, mais c’était de ne pas la voir et de ne pas la corriger. L’erreur est humaine, La faute grave, c’est de persévérer avec. Cette vision n’était toutefois pas la plus répandue au sein de leur société où l’image était le plus important. Il fallait garder ce paraître, cette façade à tout prix. Un aspect avec lequel la demoiselle avait en réalité bien du mal et ce depuis l’âge le plus tendre.
Les mots de son interlocuteur révélaient d’ailleurs son décalage. Pour Miwa, cet homme avait montré là une grande faiblesse. La force, c’était justement de pouvoir admettre ses erreurs. S’il avait été élevé dans un milieu où être fort était si important, il ne se serait pas conduit de manière si puéril. La jeune femme ne dit cependant pas un mot. Elle avait vu son aîné se rapprocher de sa place. Elle respectait sa volonté de vouloir commencer, il n’était donc pas question d’ouvrir un débat.

« Nous reprendrons après. »


Fit-elle doucement avec un sourire rassurant. Elle se dirigea vers lui alors qu’il avait fermé l’œil et pris dans ses mains tout ce dont elle avait besoin pour mener cette cérémonie correctement.

« Je vais déplacer tes cheveux, pour qu’ils ne me gênent pas. »

Poursuivit-elle sur un ton grave. Délicatement, elle prit les mèches sur le visage du jeune homme pour les coincer vers l’extérieur. Ses mains se mouvaient avec attention et délicatesse.

« Tout se passera bien. »

Rajouta la demoiselle sincèrement et en le regardant droit dans l’œil avec assurance, la main posé sur la tête de ce dernier. Il n’y avait pas d’autre option possible, tout devait bien se passer. Petite, elle avait déjà causé un drame, elle n’en laisserait pas un second se produire par sa faute. Il était hors de question qu’elle perde un autre frère, du moins pas avec elle à côté et capable d’agir pour contrer un tel malheur.

La religieuse regarda avec minutie le talisman de son cousin. C’était léger, même à ses yeux, mais la couleur commençait à changer. C’était un signe avant-coureur. Ses doigts se portèrent sur le papier et elle ferma les yeux. Ainsi, elle pouvait se concentrer plus facilement sur les sensations. C’était très légers, preuve que la barrière était encore en place, mais elle sentait un léger frisson le long de sa colonne vertébrale et un certain malaise. Clairement, cette malédiction était en lien avec au moins un être très puissant pour que de l’énergie puisse ainsi filtrer, c’était aussi la preuve qu’ils devaient changer ce talisman.

Avec le nouveau talisman, plus rien ne devrait passer. Elle était d’autant plus certaine du résultat que son grand-père et elle avaient apporté une modification importante à ce dernier. Ils avaient cru dans un premier temps faire face à une malédiction, mais ils s’étaient trompés. Ils avaient à faire à une possession. La jeune femme se recentrait sur les sensations transmises à son organisme. Elle se savait capable de ressentir les liens spirituels, entre une malédiction et une possession, les signes n’étaient pas les mêmes. C’était délicat de sentir ça à travers le filtre de la barrière, mais plus elle se focalisait dessus, plus sa certitude grandissait. Ils avançaient dans la bonne direction avec cette hypothèse.

La jeune femme ouvrit les yeux après cette inspection. C’était un peu agité, puisque la barrière commençait un peu à s’effriter, mais suffisamment stable pour passer à l’étape suivante. Elle plaça donc sa main près d’un bord du parchemin.

« Je l’enlève à 3. »

Pour faciliter l’opération Chika devait être le plus calme et l’esprit apaisé. Ce qui était quasiment impossible au vu de la situation, elle devait donc faire son maximum pour qu'il soit le plus détendu possible. Le meilleur moyen pour l’aider à garder un minimum de contrôle, était au moins de ne pas le prendre par surprise. Il était inutile de s’ajouter de la difficulté supplémentaire.

« 1, 2, 3. »


Dès qu’elle prononça le dernier chiffre, elle arracha d’un geste vif le papier d’une main, pour saisir son chapelet de l’autre. La seconde étape allait commencer et c’était la plus dure : il fallait calmer ce qui sortait pour pouvoir apposer un nouveau sceau en troisième et dernière étape.  



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Abe no Chikanori

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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Sam 7 Oct - 20:26

Tant de choses le traversaient pendant ces quelques minutes de préparation. Ses angoisses, ses questions, sa raison. Les gestes délicats de Miwako écartant ses cheveux, exprimant l’affection qu’elle avait pour lui, ne l’avaient détourné qu’un seul instant, trahissant les sentiments qu’il entretenait pour elle. En son fort intérieur, il se faisait violence pour ne pas s’enfuir.

Chaque fois était nécessaire. Mais cette fois était différente. Seulement, trop fier, trop honteux, trop secret pour oser ouvrir la bouche, il taisait les subtils changements qu’il avait sentit s’installer au fil des années. Le remplacement était plus difficile, sa convalescence plus longue, son repos plus agité, son épuisement plus violent. Si ce n’était encore que cela. Ses envies s’empourpraient de violence. Inexorablement, les choses s’empiraient. Il le liait à la fatigue la plupart du temps. Mais lorsqu’il lui arrivait comme d’entendre des choses, de ressentir des sensations anormales, n’ayant aucun lien avec le mystique, il était traversé de perspicaces analyses. Le temps passait et il sentait plus ce qui, littéralement, le hantait. Et il les ignorait, la plupart du temps mais il y avait de ces moments où la fatigue et l’épuisement engendraient une monstrueuse inattention.

Ou des absences.

Chikanori savait que quelque chose ne tournait pas rond, et après avoir profité de deux ans d’une puissance toute nouvelle, il avait commencé à comprendre que la situation ne pourrait durer éternellement. Il se trouvait sur une pente glissante terriblement dangereuse. A son bout, un abîme innommé, où il était logique d’y trouver la mort ou pire, la corruption. Et s’il devenait les monstres qu’il chassait ? Qu’il …
Son regard fuyait Miwako, elle lui parlait succinctement, il ne l’entendait qu’à peine, il ne répondait pas, mordait un instant ses lèvres avant de préférer malmener ses joues et serrer les dents. Les pupilles dilatées par l’obscurité de la pièce, tous ses sens étaient alertes, son souffle était court et il le bloquait pour que cela ne se voie de trop.

Peut être allait-il mourir en fait. Et mourir sans avoir jamais rien fait ni vécu. La peur de la mort le saisissait, et il en avait honte. Il n’était pas assez brave.

Et le bandage sacré s’ôta. L’œil droit s’entrouvrit à la lumière ; il était vermeil lui aussi. Un instant, il eut ce soulagement de constater qu’il voyait toujours, et bien, et qu’une fois le sceau ôté, son œil était tout aussi vif que l’autre. Le sourire intérieur se fana. Le Maudit écarquilla les yeux, la respiration coupée dans son inspiration, agité d’un spasme agrippant ses entrailles. Des larmes de douleur perlèrent de ses yeux ébahis, mais aucun cri. Ce n’était pas comme la dernière fois. Quelque chose arrivait, secouant tout son être. Il avait chaud. Très chaud. Il brûlait. Il brûlait !!
Ses muscles se bandèrent pour qu’il se relève, pour arracher ses vêtements pour savoir ce qui le poussait au martyr. Mais alors qu’il s’agitait violemment, les inscriptions sacrées s’accrochèrent à son être et eurent sur lui l’effet d’une chape de plomb. Ca y était. Il était à la limite du physique et du spirituel, les mots sacrés prenaient sous son regard tournures d’atrocités, d’armes pointées vers lui. Le corps de l’Onmyôji qui n’avait à peine quitté le sol retomba lourdement mais continua à s’agiter, les mains tendues dans le vide, crispées telles des serres, il ne criait pas mais s’étranglait, sa vision se rétrécissait alors à un point unique central, le reste étant envahit d’ombres terrifiantes, comme des flammes noires léchant tous coins de la pièce. Pris au dépourvu alors qu’il s’y attendait, Chikanori ne contrôlait rien. Son ouïe se mit à siffler, son odorat fut occulté par une odeur comme de brûlé qu’il n’arrivait pas à discerner mais qu’il répugnait. Petit à petit, il était isolé de ses sens, faisant paniquer l’humain détaché de son corps. Malgré les sceaux, ses mains tremblantes s’élevèrent lentement, les jointures blanchies par l’effort incommensurable qu’elles devaient subir. La salle avait un seul et unique talon d’Achille : Chikanori avait fait la grande plupart de ses chaines spirituelles lui-même et en connaissait donc les failles. Son cri naissant mourut lorsque ses propres mains se refermèrent inexorablement sur sa propre gorge, avec une force dont il ne se serait pas cru capable s’il en avait été conscient. L’âme humaine luttait ses propres ténèbres, quelque part, mais était totalement ignorante de ses actes.

Les yeux d’une effrayante absence se posèrent sur la fille Abe no, parfois animés d’un éclat tout autre. Il en fallait plus pour la déconcentrer. Il fallait plus encore que faire perler quelques gouttes de sang à cause des griffes plantées dans la chair pour faire faillir cette femme. Chikanori commençait à hoqueter sinistrement et à tourner de couleur. A présent, il n’attendait qu’une faille pour sauter sur l’ennemie.


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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Dim 8 Oct - 18:36

Le prix du silence, son cousin lui payait un lourd tribut. Que ce soit par entêtement, par manque de souvenir le brun ralentissait les découvertes de ceux qui essayaient de l’aider. Le fait d’avoir confondu la possession pour une malédiction avait amené à une protection incomplète, qui n’avait en réalité que caché le problème et non suspendu ce dernier, contrairement à ceux qu’ils avaient cru.

Dès que le talisman fut enlevé, la demoiselle sentit comme un coup dans l’estomac alors que la corruption remplissait toute la pièce. Elle reprit sa respiration alors même qu’elle tendait la main vers son chapelet. Le goût poisseux qui lui parvint lui donna la nausée et elle ne parvint à se contenir que grâce à la force de l’habitude.
C’était ainsi depuis qu’elle était petite, chaque fois que le yokais sortait d’un corps, ils se déchaînaient toujours. Leur colère, leur aura de frustration, la perversion dont ils étaient autant victime que coupable, tout cela contaminait l’air dans les salles, transformant l’atmosphère autour d’elle en liquide visqueux et infecte. Tout suintait de corruption, tout dégoulinait et s’accrochait à chaque parcelle du corps, n’épargnant pas même le palais ou le nez.  L’atmosphère laissait aussi bien un goût qu’une odeur répugnante et tenace. C’était son grand-père qui avait mené les premières purifications sur des possédés lorsqu’elle était enfant. Un souvenir gravé dans sa mémoire avec des sensations qui lui avaient valu de nombreux cauchemars et un temps d’adaptation important. Personne n’avait jamais compris pourquoi la petite fille avait mis autant d’années à pouvoir pratiquer un exorcisme, sans s’évanouir ou vomir. Personne ne pouvait imaginer ce qu’elle ressentait et ce qu’elle avait dû endurer pour habituer son organisme à cet environnement qu’il estimait mortel et que son corps refusait d’affronter avec violence.

Le bras alourdi parvint rapidement aux perles. Les éléments qu’elle utilisait pour la purification étaient les seuls à ne pas être visqueux, les seuls qui étaient protégés par ce qui possédait son cousin. La religieuse était surprise par la puissance de l’entité et plus inquiétée par cela que les contorsions de Chikanori. Elle n’était pas insensible à ses gestes torturés, à son regard vide et assassin, mais elle devait fermer son empathie. Paniquer ici, stopper la cérémonie pour qu’il ne souffre pas revenait à le condamner. La seule chose qu’elle pouvait faire pour l’aider, qu’elle devait faire même, c’était de conserver la tête froide, ne pas être porté par les sentiments de tristesse, de peur et de colère qu’une telle scène pouvait susciter en elle. De nouveau, son expérience en la matière l’aidait à conserver les bons réflexes dans cette délirante scène ou le brun était en train de s’étrangler lui-même.
Malgré l’épaisseur de ce qu’elle respirait, la pâte laissée à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche, l’onmyouji continuait sa prière. Les perles s’accrochèrent à la main à présent griffue de son aîné et une odeur de brûlée se propagea dans la salle, faible fumée à l’odeur presque agréable comparé à ce qui l’entourait et d’un geste sec la religieuse tira dessus. Une marque apparue sur les chaires, un craquement sinistre se fit entendre, forçant le bras à s’arracher du cou, pour aboutir violemment sur le parquet. Un autre son brusque vint confirmer qu’elle venait de bloquer le membre au sol de manière douloureuse pour l’entité qui occupait à présent le corps de son second grand frère qu’elle chérissait. Le Chapelet formait à présent une chaîne accrochée aux symboles dessinés sur le sol. Heureusement qu’elle n’avait pas apporté que cet objet pour l’ensemble de la cérémonie.

« Pardon Chika, mais ça va durer encore un peu de temps, alors supporte. »

Murmura-t-elle sous forme d’injonction. La seconde étape consistait à apaiser l’entité, ce que Miwako ne faisait pas vraiment en utilisant la manière forte. Elle ne pensait pas devoir employer tout de suite un sort aussi brusque, mais la brutalité du locataire supplémentaire du corps de son cousin ne lui laissait pas le luxe du choix. L’onmyouji ne comptait cependant pas le calmer tout de suite, ils devaient progresser dans les soins apportés à son cousin. Ils n’avaient plus le choix,  ce qu’ils croyaient contenu ne l’étaient pas réellement.

Pour ce faire, il n’y avait pas des milliards de solutions, il fallait qu’elle en découvre plus sur ce qui rongeait son cousin. Elle devrait lui faire face avant de l’enfermer, pour être plus efficace contre ce monstre. C’était risqué, pour elle, pour Chika, mais vu la situation présente, c’était devenu nécessaire. C’est d’ailleurs sans hésitation que sa main alla chercher le miroir qui allait l’aider dans sa quête de réponse.



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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Jeu 12 Oct - 1:11

Ce corps qui donnait l’impression de ne rien ressentir pourtant souffrait. Les muscles tendus à l’extrême, se crispaient dans les ordres contradictoires qui leur étaient donnés. Tirant avec force sur le mala qui le retenait au sol, le bras entravé s’abima, se meurtrit, et se couvrit d’ecchymoses violettes. Les possessions n’étaient jamais belles, et heureusement qu’il ne pouvait se voir.
Lorsque le miroir révélateur s’éleva, la réaction fut d’une vivacité inhumaine. Le bras gauche, libre, s’éleva d’un coup d’une force doublée pour saisir la main porteuse de l’objet sacré, la secouant sèchement pour que ce dernier soit lâché et se brise en éclats saillants. La fragile peau humaine se fendit à quelques endroits et se mit à saigner. Des tâches gouttèrent et se mirent à poisser les cheveux noirs. Puis, sans presque aucun effort, telle une poupée de tissu, l’Onmyôji fut tirée au sol, coincée sous son cousin. Placée dans cette position de faiblesse, le possédé pouvait à tout moment se jeter sur elle pour la dévorer, ses dents fussent-elles toujours bien humaines.
Mais pourtant, dans la force implacable qui s’exerçait régulière mais forte, leurs mains étaient comme amoureusement enlacées. Comme par miracle, les griffes ne faisaient s’effleurer la fragile enveloppe de chair. Chikanori, penché sur elle, faisait arborer un visage tout à coup d’un étrange calme, comme d’une tranquillité tout à fait incongrue. Les atouts surhumains du possédé avaient néanmoins immédiatement rechuté, sonnant ses sens un court instant comme s’il avait été ivre. Sans le paraître, les tremblements avaient quasiment disparus. Au sol, parmi la myriade d’éclats brillants, on y voyait une constellation d’images qui semblaient n’avoir que peu de cohérence. Il y avait Chikanori, ou rien, ou des ombres ; il y avait la peau humaine tannée d’un cuir rouge et frappées d’écailles, ou était-ce les manches écarlates de Miwako qui se reflétaient ? Toutes les couleurs se mélangeaient.
Les iris incandescentes, cerclées de noir et centrées de noir, comme pouvant fondre d’un simple regard derrière ce couvert de cheveux noirs, se relevèrent, se tournèrent doucement vers sa gauche, et s’animèrent … presque, d’une certaine tendresse. Pour la première fois, il parla.

La voix était saisissante, étonnamment limpide, comme une voix d’humain, un peu plus grave néanmoins que celle de l’homme possédé, et toujours de cet étrange calme.

Pourquoi toute cette peine ?

Oui. Pourquoi s’embêter ? Pourquoi lutter ? A quoi bon. Les choses seraient bien mieux en laissant les choses finir leur cours, aboutir là où elles devaient aller. La situation se résoudrait d’elle même. C’était une certitude. La souffrance serait derrière eux. Enfin. Elle ne serait plus que passé. Toute cette histoire ne serait que passé. Il n’y aurait plus d’éclats de voix, plus de violence. Plus de déni, plus de colère ni de dédain. Seulement la vérité. Des aveux. Des nouvelles bases.
Chikanori ne pouvait comprendre qu’il s’agissait là de sa rédemption. Mais elle, elle pouvait lire ce qui était le mieux pour lui, elle voulait le sauver, et ne pas laisser la faute se répéter. Elle avait le pouvoir de faire en sorte que cela soit le cas. Pour cela, il fallait simplement attendre, attendre que les minutes ne passent, se consument d’elles-mêmes. Une seconde après une seconde. Instant après instant. Les choses s’amélioraient déjà, Chika ne criait plus. Depuis quand ne lui avait-on pas vu cette sérénité, cette détente ? Depuis des années. Le jeune homme que Miwa avait laissé à Fukyuu était resté dans cette époque et n’était pas revenu. Bien sûr, il semblait toujours le même, mais il n’y avait plus la tendresse qui effleurait au bord de son cœur trop émotif, le pèlerinage l’avait marqué, Birei l’avait changé, la malédiction l’avait détruit, enfermant ses sentiments dans un cœur de pierre. Pourtant là, quand il la regardait, l’ombre de ce qu’il était semblait resurgir tout à coup.
Il s'osait à ce qu'il ne s’était jamais accordé de pouvoir être, une personne la regardant avec une affection dépassant l’entendement. Il la lâcha même, pour tenter d’effleurer son visage du dos de ses doigts, quoiqu’il s’y refusait, par pudeur, par gêne. Son regard même paraissait à présent troublé. Attristé en était le mot.

Miwa, que devons-nous faire ?

Etait-ce vraiment la voix du démon qu’elle avait entendu avant, ou plutôt celle de Chika ? La tonalité posée, presque murmurée qu’il pouvait adopter lorsqu’il laissait tomber le masque de verre qui le rendait imprévisible. C'était la même délicatesse de ses mots lorsqu’il les choisissait, comme s’il les eut peints dans son esprit en les disant.
La malédiction était si dure à endurer. Le dédain, le regret, la peur, lorsqu’il allait ça et là, et qu’il n’était pas vu comme un humain. A peine son rang le sauvait-il lorsqu’on préférait le chasser. C’était un malheur ambulant, une bombe à retardement, et au fond, il le savait. A de nombreuses reprises, il s’était trompé, avait été trop confiant alors qu’à tout moment, il pouvait déraper. Et de cela il en avait la peur bleue. Il n’en avait parlé à personne. Il ne s’était autorisé à l’éprouver devant qui que ce soit. Ses tourments restaient des appels muets dans la nuit, lorsque, trop mal et tourmenté pour dormir, il errait, méditait, s’enfermait et se scellait presque dans une pièce pour tenter de ne plus entendre et ressentir. De cela il ne parlait à personne. A la place il fuyait loin pour qu’on ne le reconnaisse pas. Et voilà, depuis qu’il était rentré, depuis que les attaques de Yokaï l’avaient ramené ici, il maintenait presque à la perfection son rôle de mouton noir provoquant. Ni humain ni esprit ne pénétrait dans ses quartiers. Ni les uns ni les autres n’avaient à faire de lui. Ses problèmes n’étaient pas les leurs, il était seul responsable de son infortune. Il était définitivement seul.
Mais elle !… elle était encore là, encore à sourire comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. La seule à l’aider, la seule presque à l’aimer. A croire en lui. Qui ne le jugeait. Peut être pouvait-il s’ouvrir à elle, lui livrer les profonds secrets qui se terraient pour qu’elle puisse mettre fin à cette époque sombre qui le tourmentait et l’harassait et le tuait à petit feu. Il avait peur. Si peur de ce qu’elle pouvait penser ou de ce qu’elle allait faire. Mais peut être … qu’il pouvait … il lui laissait encore le temps de lui assurer, d’être sûr de sa décision …  en cet instant présent, en vérité, il devait se l’admettre, il avait terriblement besoin d’être soutenu. Il avait véritablement besoin d’elle et de son aide.

Et pendant ce temps … les minutes défilaient.


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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Dim 15 Oct - 19:46

La religieuse n’eut pas le temps de voir les mouvements de possédé. Sans comprendre sa situation, elle se retrouva violemment secouée, perdait ses repères, la douleur alliée à la surprise lui firent lâcher le précieux miroir sans même qu’elle ne s’en rende compte. Elle se sentit alors entraînée sur le sol, ses bras se crispèrent et tentèrent en vint de s’accrocher à quelque chose, mais ses ongles ne frottèrent que péniblement le parquet et elle ne put sentir sous ses doigts que la brûlure du bois sur sa peau.

La poitrine de la demoiselle se soulevait encore à un rythme rapide et la panique habitaient encore les traits de Miwako, alors que le visage calme de son cousin lui faisait face. L’onmyouji regarda autour d’elle et comprit toute la délicatesse de sa position. Elle se retrouvait coincée sous le corps de son cousin, quasiment bloquée pour la plupart de ses gestes. Elle essaya de bouger sa main et elle sentit cette prise étrangement tendre, malgré sa fermeté. Miwako se rendait compte qu’elle était pour l’instant prisonnière et devait à tout prix trouver un moyen de ne pas être aussi vulnérable.

Sa voix fut un premier choc, son regard un véritable ébranlement. Elle se savait aimée de son cousin, la demoiselle ignorait qu’il avait autant d’affection pour elle. Ce regard tendre, elle le connaissait pour l’avoir déjà vu, la brune pensait qu’il était réservé à Yuto. De la colère commença à naître au sein de ses entrailles devant la douleur que Chika montrait. Elle avait toujours su  qu’il souffrait, qu’il tentait de cacher cette montagne de douleurs. Parfois il y parvenait, d’autre fois non, mais jamais il n’avait été aussi honnête envers elle. Ce qui aurait pu la rendre heureuse, si son cousin avait été le seul. Son dépit venait de là, cette idée que l’entité allait jusque dans son âme pour tirer de ce dernier tout ce qu’il cachait.
Alors que sa main fut de nouveau libre, cette dernière se leva. Ce n’est pourtant pas une gifle qu’elle lui asséna, elle la posa doucement sur les joues de l’homme en détresse devant elle. L’entité manipulait son degré de possession, elle en avait conscience. A cet instant toutefois, Chika était mis en avant et même s’il ne se souvenait pas de tout, cet instant précis son cousin pourrait peut-être se le remémorer. Elle ne pouvait alors pas lui faire payer son ressentiment le yokai qui le malmenait et son geste ne traduisait que l’affection qu’elle portait envers l’autre onmyouji, une partie de sa culpabilité de ne pas être plus efficace à le protéger, sa honte d’avoir parfois douté devant son apparente imperméabilité et sa volonté de refuser le sentiment d’impuissance qui risquait de la submerger.

« Tu sais ce qu’il faut faire Chika. »


Fit elle avec tendresse et fermentée. L’onmyouji s’aperçus alors qu’elle laissait quelques traces de sang. Le miroir, elle avait dû se couper sur un des nombreux éclats de ce dernier. Ses mains se posèrent sur le torse du jeune homme toujours délicatement. Ses yeux fixèrent ceux étranges de son interlocuteur. Il avait repris un aspect plus humain, l’atmosphère était moins lourde qu’avant, les yeux étaient toutefois révélateur de la situation. C’était le Chika le plus honnête qu’elle n’avait jamais vu, mais il était en ce moment même possédé et risquait de disparaitre si elle laissait trop de temps s’écouler.

« Lutte contre lui et accroche toi Chika. »

Ses mains s’agitaient sous le champ de vision de son interlocuteur pour qu’il ne puisse pas voir ce qu’elle faisait.

« Ne me lâche pas, je vais te sortir de là, promis.»

Après avoir tracé un motif rapide alors qu’elle parlait, ses deux doigts se joignirent pour tracer le cycle de destruction des cinq éléments et elle prononça très rapidement le nom de ces derniers. L’étoile bien connue de tous les onmyouji, même les plus novices, permettait de former rapidement une barrière. La religieuse poussa cette dernière pour éloigner le corps de son cousin sous le choc de la rencontre avec cette dernière. La jeune femme profita de ces quelques secondes pour rouler sur elle-même pour sortir de là et ce fut le mur du baraquement qui arrêta son mouvement.

Elle n’avait cependant pas décidé de lui laisser une pause. Alors que le corps de chika se retrouvait à s’écraser brutalement sur le sol et qu’elle-même bougeait, de ses lèvres une prière se faisait entendre.
Ce n’était pas un long mantra, juste quelques mots pour activer le symbole qu’elle avait laissé sur la poitrine de son cousin. C’était tracé avec du sang, mal calligraphié à cause de sa position, de la manière dont elle l’avait fait. La brune ne pensait pas que le sort marcherait, que la révélation qu’il devait accomplir en lui montrant le monstre pourrait se faire. Elle souhaitait seulement qu’il soit suffisamment puissant pour empêcher le yokais d’agir à sa guise, qu’il devrait s’occuper de bloquer ce sort, plutôt que de continuer à grignoter l’âme de son aîné. C’était aussi un moyen de détourner son attention de sa prochaine action, alors qu’elle saisissait un des nombreux ofudas mit à sa disposition un peu dans toute la pièce.



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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Mer 18 Oct - 2:34

Occulté, mis entre parenthèses. Il était le spectateur et fantôme d’une pièce où il n’avait rien à redire. Sa poitrine se soulevait, il le sentait, mais sans qu’il ne puisse respirer. Ses membres bougeaient sans qu’il n’en soit réellement le maître. Seuls restaient ces sensations mêlés à ces sentiments qui le consumaient de l’intérieur, annihilaient sa volonté, transformaient ses principes en cendres. Chikanori, toujours, se sentait pris d’une fièvre qui embrasait son âme comme un fuel puissant. Dans ce qui s’emparait de lui et de chaque parcelle de sa volonté, il n’était qu’une minuscule flammèche écrasée entre deux immenses brasiers. Tout n’était que colère, exutoires de rage, combat acharné contre lui, et contre tout.
Et pourtant, entre tout ça, cette affection violente, cette crainte déraisonnée, cette détresse paralysante … est ce qu’elles existaient-il vraiment ?… Tentant de se raccrocher à quelque chose, il constata qu’il pouvait ressentir son toucher, du bout de ses doigts, mais à peine. La douce peau humaine, d’une rassurante tiédeur transcendait l’espace. Au moins elle ne lui était pas douloureuse, cette chaleur. Il aurait volontiers tout oublié pour elle. Il ferma quasiment les yeux lorsque ces doigts vinrent caresser son visage. Dans ces profondeurs qui le plongeait dans la torpeur, la voix qui l’appelait était diffuse et ses mots n’avaient de sens. Tendrement, amoureusement, il se pencha pour l’embrasser, sur le front.
C’était un soulagement, il se sentit sourire, trop même, puis une culpabilité affreuse lui tordit les boyaux, comme à l’écho du Sutra qui le secoua et lui fit faire une embardée violente. La douleur physique ne couvrit pas celle qu’il ressentit au profond de lui-même. Il perdit la lumière.
Etait-ce vraiment lui ?

Aplati au sol, la tête contre le bois, les longues griffes se mirent à gratter le parquet furieusement, créant de profondes marques, faisant voler des échardes partout. L’étoile à cinq branches faisait son office, et bien, car doublé du sang de la lignée d’Onmyôji. Le démon exultait, s’agitait, et s’il tentait malgré tout de conserver ce semblant d’humanité qui avait fait arraché quelques secondes à la pratiquante, la colère bouillonnait, fendait les pupilles rondes en deux lames noires, et faisait trembler les muscles qui s’arquaient pour tenter de se soustraire aux sutras qui les immobilisaient. Mais c’était impossible, il était incapable de s’extraire de cette poigne, c’était pratiquement irréalisable à cause de cette pièce. Les mots martelèrent le mantra d’apparition crié.
Deux êtres étaient, de part et d’autre de l’Onmyôji à terre, assis en tailleur. Leurs kimonos étaient animés de multiples différentes couleurs, criardes, saturées, absurdes. L’un portait un masque blanc sans relief, avec les plusieurs paires de fentes telles des yeux soulignées de touches bleues. L’arrière de ce masque se confondait avec des cheveux blancs et à sa main d’une peau foncée, se trouvait un kiseru d’opium dont s’échappait une épaisse fumée violette. L’autre démon, avait quant à lui un masque d’oni comme d’un cuir rouge tanné, l’air terrible, les crocs saillant de la gueule ouverte. Immobile, mais indubitablement vivant, il le portait comme un véritable visage. Les yeux, visibles, étaient deux perles noires dont la prunelle blanche pouvait figer d’un simple regard. Loin d’être fous, ils étaient lucides, perspicaces, raisonnés. Pendant ce temps, l’Abe no maudit convulsait toujours.
Et  pour cause, l’oni était affairé. Il vidait.

Il vidait le corps vivant. Les serres carmins, au dessus de la coupure apparente du dos, s’agitaient, tiraient, triaient, cassaient, déchiraient. Ce qui se détachait, inutile et superflu était rejeté sur le côté, ce qui ne pouvait bouger était aménagé de force. Tel un terrifiant et horrifiant artiste déterminé, le démon couleur sang était affairé à son œuvre, dont les hurlements n’avaient pas tôt fait de le déranger et résonnaient plutôt comme une symphonie à son oreille. Ces cris de douleur aiguë et insoutenables, pourquoi ne cessaient-ils pas ? Encore entier, le seul bras mobile se crispait, s’agitait vers l’avant, suppliant. Ah oui, les choses étaient plus faciles depuis qu’il était presque entièrement entravé … et le rouge s’étalait partout, le rouge coulait, et la voix se cassait en hurlement insupportables. L’Oni se mit à rire à cette vision d’enfers.
Il était si facile de manipuler les esprits des humains … si facile de monter des visions basées sur leur représentations des tréfonds, tristement connaissables … mais il était si aisé, si abordable, de simplement montrer la vérité à un Onmyôji qui savait tout de leurs effroyables secrets. A la fin d’un rire trop tonitruant, il s’arrêta un instant, puis se remit à la suite, arrachant de nouveaux cris épouvantables. Et ces lamentations, au-delà de l’illusion, étaient quant à elles bien réelles. Chikanori, même enfoui au fond de deux consciences, s’époumonait, complètement terrifié. Le délire n’atteignait pas que la seule consciente mais également allait s’enrubanner dans son esprit déjà complètement hagard. Lorsque, tentant de se sauver de cette vision factice où il se sentait mourir et déchiré à mains nues, il invoqua les paroles sacrées, elles s’étouffèrent dans sa gorge. On n’allait pas le laisser filer. Il était impuissant. Bientôt, l’illusion montra le cadavre exsangue qui ne bougeait plus, hormis quand les nerfs, encore actifs, le faisait tressauter.

Seule tâche complètement différente du tableau révélé, l’autre démon ne bronchait pas. Sa fumée violette continuait à envahir la pièce. Lentement, un à un, les différents yeux sous leurs fentes s’ouvrirent, gris d’abord, rougis par la suite. L’aspiration des cendres qui s’attisaient dans le brûleur du long kiseru se fit encore entendre, comme un long, profond et interminable sifflement.


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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Jeu 19 Oct - 23:39

Non.

Des craquements sinistres et des sons spongieux innommables traversaient ses oreilles. Un hurlement sans fin de souffrance lui vrillait les tympans.

Non.

Le paysage se teintait de rouge, se peignait de couleurs sombres et de boyaux, alors que son esprit refusait les images devant elle.

Non.

Elle était pourtant parvenue jusqu’au mur conformément à ses prévisions. Elle avait ses ofuda, ils étaient dans une salle avec des protection, alors pourquoi ? Comment ?

Non

Ses yeux ne pouvaient se détacher de l’horreur, sa tête ne parvenait pas à comprendre. Ses mains s’agitaient par réflexes, sa bouche poursuivait seule la prière que Miwako avait commencée alors que les yokais révélaient leur nature. Un oni et un serpent que son sort avait révélé, ce qui l’avait surprise Son sort de protection, elle ne devait pas le lâcher.

Non.

Elle ne pouvait pas échouer, ce n’était pas le moment de céder. Il fallait s’accrocher, accélérer, finir avant qu’il ne soit trop tard. La religieuse refusait de voir, refuser d’admettre le désespoir, la panique, le choc qu’elle ressentait. La demoiselle s’entêta à poursuivre jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’elle termine.

Le dôme apparu pour ne surplomber qu’un corps sans vie.

Non.

« Chiiiikkaaaa. »

Un cri de douleur, d’une voix méconnaissable s’arracha de la gorge de la jeune femme, alors que la réalité la frappait d’une image simple et cruelle. Un dôme brillant aux reflets mouvants, plus vivants et étincelants que le corps terne, sans vie et sans âme qu’il protégeait.

Ses genoux cédèrent, les larmes tracèrent leurs sillons sur les joues de la demoiselle dans un silence surréaliste, son corps refusant même de lui transmettre le moindre son. Pas encore. Ce n’était pas possible. Elle ne pouvait pas encore avoir causé la mort de son frère. Elle ne pouvait pas être si mauvaise, si impuissante. Incompréhension, tristesse, dégoût, désespoir, la myriade de sentiments la laissa au sol sans force, l’empêchait de quitter du regard cette scène insupportable.

Les deux yokais se tenaient là, le serpent calme et indéchiffrable, l’Ama no jaku goguenard et qui jubilait. Les yeux marron se fixèrent sur le monstre triomphant et la demoiselle ressentit un craquement. Un claquement, une étincelle source d’une énergie brûlante, qui lui donna la force de se relever, de saisir plusieurs ofudas. Son visage se déformait sous l’effet de la haine.
C’était sa faute si chika était mort et il était là plus heureux que jamais. Ce sourire, elle allait lui arracher dans la douleur. L’onmyouji, dirigée par la vengeance, commença une invocation de dizaines de petits serviteurs, des créatures qui n’avaient que quelques secondes d’existences, dont le seul but était d’infliger des blessures à l’oni. Miwako allait le faire crier, le faire hurler comme il l’avait fait pour son aîné avant de faire disparaitre cette abomination de la terre. Elle ne se contenterait pas de cela, elle allait détruire jusqu’à l’âme de cette chose. Que sa fin soit totale et définitive et que l’on ne trouve pas sa trace même jusque dans l’enfer censé être leur lieu de vie.

Miwako n’avait jamais lâché autant d’ayakashi, une minorité se retourna contre elle, lui infligeant de nombreuses meurtrissures et coupures. Sa peau  se zébrait de rouge et pourtant elle continuait de rajouter d’autre de ces créatures. La demoiselle ne sentait pas la douleur, qu’elle était incapable de sentir. Toute son attention n’étant captée que par un seul souhait, une seule volonté. Un objectif, qui commençait à tracer sur ses lèvres un sourire malsain de satisfaction alors que les majorités de ses soldats lui obéissaient et attaquaient sans relâche l’oni, lui infligeant de lourds dégâts, lui rendant tout mouvement difficile. Encore quelques uns, elle devait en invoquer encore un peu plus pour véritablement achever l’Ama, afin de s’occuper ensuite du serpent.



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Dernière édition par Kenshu Miwako le Dim 5 Nov - 18:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Mer 25 Oct - 3:13

Elle enrageait, s’épuisait, il se mit à rire, à une gorge déployée à peine moins ouverte que celle qu’il avait arrachée dans son fantasme imposé à l’Onmyôji. A sa place, le corps du futur martyr-mort-bien-fait-pour-lui se couvrait des mêmes zébrures qu’il aurait dû avoir. L’instant de toute puissance était bien là !… il n’était qu’une illusion dont le cœur se trouvait toujours niché au sein de ce pauvre fou qu’il habitait. Ce misérable humain qui, au fur et à mesure, encaissait le contrecoup des attaques spirituelles qui cisaillaient sa peau fragile, pourtant ces shikis minuscules étaient si faibles ! Si négligeables, et pourtant, il en mourrait réellement exsangue à ce rythme !
De ses yeux animaux, il fixait la fureur tordre le visage qu’il avait vu aimant, il le contemplait et se régalait de sa souffrance … chaque plissure de peau, chaque rictus malsain à l’écho du sien, chaque mimique animée de tics de nervosité, chaque éclair dans les globes oculaires qui tremblaient fous, chaque fibre qui réclamait sang, il l’absorbait ; la haine, le désespoir, mais surtout, l’envie de meurtre, seule cette émotion était valable, elle seule provoquait ce frisson délicieux, et l’abreuvait comme d’un breuvage miraculeux bien plus que le sang et la chair. Festin gargantuesque, une grande excitation l’agitait par rapport à cette suite qu’il n’aurait pu espérer mieux se passer, avide, si avide, ses prunelles s’animaient sauvagement. Et s’il parvenait à la corrompre ? Pourrait-il porter sa peau ? Ou mieux encore … la blague au nez de tous ces Onmyôji ! Ha ! Cela lui importait tout à coup peu que celui qui le trimballait depuis tant d’années ne meure et que son enveloppe charnelle ne soit trop abimée pour s’en revêtir facilement, il avait à présent un autre objectif ! Il lui fallait simplement un autre plan … une continuité logique mais sans futur …  un bout de miroir malheureusement trop aiguisé, une tragique fin pour deux cousins liés par des sentiments fort trop humains, main dans la main pendant l’épreuve et dans les bras l’un de l’autre pour la mort …  Abe no Miwako ne s’autorisera d’avoir provoqué la mort, une seconde fois, de cet être le plus cher, et se donnera la mort sans que personne n’ait rien pu y faire. La recette était simple.

Plus de hargne,
Plus de justice.
… Mais une réalité cruelle !
Le gouffre du désespoir lui tendrait ses bras.
Il suffisait d’attendre, tapis dans un coin.

Fixant la brunette intensément, son atroce pouvoir se lança à l’assaut. C’est ta faute¸ ta faute, simplement la tienne, ils te faisaient tous confiance, ils te pensaient capable, ils te voulaient chef ! Et il croyait en toi, pendait que tu le ferais survivre, le seul homme qui ne t’ai toujours aimé ! Et ingrate, incompétente ! Il a vécu la pire mort possible. Toutes ces années où tu n’as jamais servi à rien, t’occupant de menus problèmes, pendant être douée grâce aux deux gardiens qui te suivent, mais tu l’as laissé mourir là, pathétiquement, lamentablement, c’est comme si tu l’avais toi-même poignardé !

Lorsque soudainement, les plaies saillirent sur lui. Les Shikis ne lui passaient plus à travers et mordillaient son cuir, tailladaient sa chair violemment. Le masque se mit à frémir, s’empourprant, crachant des cendres incandescentes. Les griffes fendirent l’air, détruisant nombre de serviteurs, mais il en venait toujours. Son regard sauvage se posa sur celui dont la présence s’était totalement fait oublier, qui pourtant, de ses cinq yeux bien ouverts semblait goguenard. S’il subissait, c’était que l’autre, ne prenait pas. Echange muet, le serpent le moquait de son sifflement continu. Tenir. Toujours tenir. La patte s’abattit de nouveau, plus violente, repoussant la vague d’indésirables, dissipant une partie de sa création artistique, et il fut trop tard pour rattraper le coup. Il le savait, trop de courage animait cette femelle, son esprit aurait tôt fait de s’engouffrer dans la faille illogique qui venait de briller à ses yeux, avec un bouclier d’espoir. Encaissant trop les taillades, son cauchemar lui filait même entre les pattes, et alors, il hurla, se jeta sur l’autre pour reprendre leur perpétuelle querelle. L’un d’eux devait mourir !
Tant attendu, l’assaut reprit. Les étoffes se ramassèrent sur elles-mêmes, se ratatinèrent et disparurent comme une vase nauséabonde, noirâtre et gluante, au travers du parquet, et les deux démons, plus que des ombres fumâtres informes, fusaient dans cette pièce, et sûrement, roulaient, sautaient, bondissaient, s’entredéchiraient dans cette tempête où les Shikis n’étaient qu’un champ de mine sur lequel ils dansaient sans prêter attention au sang spirituel qui s’étalait. Brisant le sort qui les faisaient apparaître par usure, on sentit alors les choses être aspirées au centre de la pièce, dans le réceptacle humain, en réalité toujours bien vivant, même si assommé par la fièvre. Toujours aussi agressif, ce qui le possédait le fit gratter de nouveau le sol frénétiquement mais se mit à craindre lorsque le bout d’un membre dépassait du dôme qui le protégeait.


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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Jeu 26 Oct - 19:27

Encore, ils n’étaient pas assez nombreux. La religieuse à l’esprit enragée continuait sans retenu d’invoquer. Toujours plus, elle était devenue incapable de réfléchir à une stratégie plus efficace, plus complexe. Seul le brasier de ses sentiments guidait ses bras, ses lèvres. Les gestes saccadés tellement ses muscles étaient tendus, la voix enrouée, partiellement étranglée par la fureur de ses émotions, elle poursuivait en furie ses invocations. Les shikigamis se retournaient de plus en plus nombreux contre elle, les marques rouges devenaient de plus en plus importantes, de plus en plus profondes. Elle continuait pourtant de les ignorer tout comme elle s’était coupée de l’atmosphère de la pièce de plus en plus visqueuse, des plus en plus dense et sombre.

L’envoie de l’Ama la frappa comme un coup de tonnerre. Des pensés, la demoiselle découvrait à nouveau qu’elle en possédait.  Elle retrouvait l’existence d’autres sentiments que ces flammes ravageuses

* Vas t’en !*

Son corps refusait avec hargne ce que le responsable de cette désastreuse situation lui envoyait. Comme si elle n’allait pas sentir les goûts infâmes derrières les tourments qu’il essayait d’imprimer en elle. Il avait faux, tout faux.
Son assurance, elle ne pouvait se permettre de douter. Si elle ployait, personne ne pourrait la remplacer. Sa place de chef, elle devait le faire en hommage à son frère, lui qui aurait dû l’occuper. La seule personne légitime et digne, qu’elle ne pourrait jamais complètement remplacer. C’était pour ça qu’elle devait en faire d’avantage, toujours plus quitte à finir sur les genoux. Incompétente, elle le savait, mieux que quiconque. Ses échecs, elle s’en souvenait par cœur. Des noms, des conséquences qu’elle gravait en elle, au fer rouge pour ne pas oublier, en encre sur son carnet pour apprendre et continuer, que leur mort ne soit pas veine. Pour ne pas les tuer une seconde fois.  Non, elle ne pensait pas être la plus douée. Il ne savait rien. Rien et pourtant il avait raison sur un point, le plus douloureux, qu’elle ne pouvait faire taire : elle n’avait pas réussi à le sauver. C’était aussi sa faute.

« Je vais t’empêcher de nuire, définitivement. »

Ses cordes vocales étaient encore pincées sous l’impulsion de la colère, mais avec plus de maîtrise. La culpabilité, elle savait vivre avec, c’était une vieille compagne. Son aura violente devint plus froide. Ce contact avait rappelé son esprit et son désir de destruction avait changé pour devenir plus méthodique et dangereux. La religieuse commença des préparatifs pour un sort plus long, mais plus efficaces. Les Shikigamis, elle en avait beaucoup trop invoqué pour qu’ils disparaissent en une poignée de secondes et offraient ainsi une bonne diversion.

Ce regain de contrôle lui permit de sentir une étrange aura, alors que la scène devant ses yeux changeait. Une action, un sort avec une teinte partiellement familière. Une sensation connue mais déformée qui l’interrompit sous l’effet de la surprise. Elle n’avait pas pu détecter l’identité du gardien avant, tant qu’il n’avait pas agis. Ses yeux s’écarquillèrent alors qu’elle n’osait complètement croire à ce que ses sens lui dictaient.

« Kon ?! »

Le nom du familier sortait des lèvres de l’onmyouji avec une certaine incrédulité, alors que ses sensations la rendaient confuses.

La patte de l’Ama déchirait complètement l’illusion et que ses yeux lui révélèrent la vérité. Chika, vivant, sous le dôme. La religieuse se précipita vers son cousin, porté par le besoin impérieux de l’espoir. Ses mains entrèrent au contact de ce dernier alors que les deux yokais repartaient dans leur combat à mort. Il était encore chaud. Il saignait. Il était vivant.
Des larmes de soulagement brouillèrent sa vue alors que ceux qui possédaient son cousin rentraient dans leur prison de chair et que les derniers shikigamis se jetèrent sur elle, alors qu’elle avait placé son corps en barrière pour ce dernier assaut.

Ils n’étaient toutefois pas encore sortis et elle ne pouvait pas craquer. Pas maintenant, elle avait encore une étape à réaliser. La religieuse ne s’écarta pas du corps de son cousin, malgré ses soubresauts violents et ses membres qui reprenaient leurs mouvements désordonnés et effrayants. Un de ses mains le tenait toujours, la demoiselle ne le lâcherait pas. De sa main libre, la brune prit les ofudas qu’elle avait placés au centre de la pièce au début de la cérémonie. Rapidement, plus encore qu’à l’accoutumé, avec une attention plus importante encore sur la perfection de la prononciation, du rythme du phrasé et de la précision des gestes, elle plaça le sceau.

Chika s’immobilisa et tous les sons disparurent à nouveaux.

La brune, qui commençait à sentir la douleur, plaça tout de même la tête du jeune homme sur ses genoux et posa son front sur celui de son aîné.

« Réveil toi Chika. S’il te plaît. Dis-moi quelque chose. »


Un murmure doux suspendu par l’angoisse et l’attente.



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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Ven 27 Oct - 14:46

Ce qui le percuta fut le silence soudain. Le vide. La disparition. Il n’était plus entouré. Il n’était plus écrasé. Ses sensations n’étaient plus si intenses et corrosives, elles étaient même absentes. Peut être même qu’il n’était plus rien, car après tout ce qui l’avait possédé, il se retrouvait à présent dérobé, épuré de sentiments. Vidé, plus aucune volonté ne l’animait. Il s’était sentit mourir … peut être l’était-il vraiment. Il ne pouvait être seul, il n’était jamais seul. Cet isolement ne pouvait être que la fin. Un doux terminus. Dans cette solitude, il n’était plus embrasé, il n’entendait plus le crépitement incessant qui l’avait entouré tel un miasme monstrueux. Les chuchotis s’étaient éloignés. La culpabilité était morte, la colère s’était consumée d’elle-même, emportant avec elle tout ce qu’il avait pu ressentir.

Ensuqués, les sens revinrent, si meurtris qu’ils en étaient presque désensibilisés. Le contact du sol. La grippe sur son bras. Le chatouillement de ses tempes à cause du liquide qui roulait. Les picotements de son corps. Un à un, émergeant de leur cellule d’isolement, les muscles rappelèrent l’effort et la crispation subis, lorsque lourds comme de la pierre, ils refusèrent même de tressauter. Chaque fibre peignit son malheur, mais à part être enseveli par trop de stimuli auquel s’ajoutèrent les odeurs, celle âpre et métallique du sang et celle de la transpiration, il ne pouvait rien faire.
La voix qui parlait non loin de son oreille resta dans le flou, mais il lui semblait qu’elle l’appelait. Cette musique, érayée, mais tendre, si différente de toutes les autres plus graves qui s’approchaient et faisaient trembler les tentures … elle était avalée par le vacarme des planches de bois vibrant sous des pas précipités. L’air claquait sous les éclats de voix ; un air frais et humide s’engouffrait dans la pièce et chassait les relents restants de corruption qui collaient aux voies respiratoires. Et il y avait les autres, différents, ceux qu’il sentait par le sixième sens, présents eux aussi, muets, insonores, mais communiquant malgré tout par un biais qu’il palpait sans le comprendre. Le tirant de cette sensation, une agressivité rôdait, il devinait quelqu’un de véhément dans cette agitation contrôlée, se savait traversé de part en part d’un regard lourd d’une tonne de jugement ; s’il avait pu, il se serait recroquevillé sur lui-même tant il se sentait vulnérable. Le calme n’avait duré que si peu de temps … il voulait se raccrocher à la seule présence qu’il avait sentie à ses côtés, il criait intérieurement pour cette affection qu’il sentait sans pouvoir y répondre, il suffisait d’un rien, un simple échange, prouver qu’il était bien vivant, pouvoir calmer l’angoisse et l’inquiétude qu’il sentait et qui lui était insupportable. Son corps était une prison dont il ne pouvait se débarrasser, mais alors qu’il se sentait de nouveau plonger, il s’accrochait, et si sa gorge irritée ne voulait produire de son, ses lèvres s’entrouvraient légèrement comme si cela avait pu être possible. Sa main ouverte se repliait du bout des doigts, se refermant sur le vide. L’effort lui était colossal … et il ignorait s’il était réel.

Un jour entre ses deux paupières s’ouvrit, laissant apparaître cette couleur vermeille si inhumaine. La pupille, perdue entre les cils, ne se focalisait ni sur le proche, ni sur le lointain, et ne percevait que des formes aux couleurs délavées. Un instant, elle se fendit, avant de se révulser dans les ténèbres.


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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée Sam 28 Oct - 21:32

Miwako ne fit pas attention à la porte qui s’ouvrait derrière elle. Par précaution, cette dernière était scellée et ne pouvait s’ouvrir que sous certaines conditions, la fin du rituel en était une. La demoiselle ne se retourna pas, alors que son oncle fut le premier à entrer pour constater les dégâts. Il était suivi de près par son père, dont seuls les yeux trahissaient son inquiétude, surtout lorsqu’il vit le dos parsemé de rouge de sa descendante.

La brune vit le tremblement des doigts de Chika, ses lèvres et même son œil s’ouvrir. Un sourire éclaira son visage.

« Bon garçon. J’arrête de te demander des efforts. »


Lui dit-elle avec dans un léger rire, heureuse et soulagée. Il était vivant et le plus dangereux était passé. Il devait à présent être soigné et reprendre des forces.

« Que s’est-il passé ici. »

La voix qui s’éleva autoritaire, agressive et hostile vint briser cet ensoleillement. Genki ne pouvait décidément pas les laisser en paix. Daiki quant à lui allait déjà chercher les serviteurs pour qu’ils  aillent chercher quelqu’un d’apte à soigner les blessures de sa fille et de son neveu. La jeune femme poussa un soupire et se pencha vers son cousin pour lui chuchoter tout bas à l’oreille.

« Je m‘en occupe, continue de te reposer. »

Son aîné ne devait plus l’entendre, ce n’était pas le plus important. La religieuse voulue dans un premier temps se lever, mais lorsqu’elle reposa doucement la tête de son cousin sur le sol, la douleur se fit plus importante encore. La brune sentit son haut poisseux, ses multiples coupures présentes en divers endroits se rappelèrent à elle de manière bien désagréable. Le dos était le plus douloureux, c’était la zone qui avait supporté le dernier assaut, qui avait par conséquent les blessures les plus importantes. Miwako se pinça les lèvres, pour n’émettre aucun son, mais se ravisa pour l’idée première. Toujours au sol, elle se tourna vers l’homme qui l’avait apostrophé.

« Je ferais mon rapport au chef de famille lorsque tout sera terminé. »

Le ton de l’onmyouji avait perdu sa douceur coutumière alors qu’elle s’adressait à son oncle, un ton froid pour former une barrière afin qu’il ne puisse atteindre Chika maintenant. Son fils aîné était trop faible pour l’affronter et son père ne lui voulait pas du bien. De tous les membres des Abe no, il était le premier à vouloir sceller son propre fils, pour éviter tout problème et qu’il n’apporte plus l’opprobre sur la famille. S’il apprenait ce qui possédait Chika, il risquerait de vouloir l’abattre de ses mains pour laver son honneur souillé par sa progéniture.
Son oncle n’apprécia guère la réponse et son visage ne montra plus seulement du dédain, mais bien un début de colère.

« Ne te moque pas de moi. »


Dit-il d’un ton menaçant et se précipitant vers le blesse, il tendit la main pour attraper le bras de son fils, mais son mouvement fut brutalement interrompus par la demoiselle. A sa grande surprise, elle venait de saisir son poignet et son regard brillait d’une lueur qu’il ne lui connaissait pas, malgré les crasses qu’il avait bien pu lui faire par le passé. L’avertissement n’avait pas besoin de franchir ses lèvres. Elle ne lui permettait pas de le toucher. Daiki revint à ce moment-là et fut surpris de voir une telle scène, il ne tarda cependant pas à réagir.

« Je comprends que l’inquiétude pour ton fils puisse t’égarer Genki, mais je te prie de surveiller tes actes et tes paroles en présence de l’héritière de notre famille.  Quant à toi Miwako, rappelle-toi ta place et lâche immédiatement ton oncle.»

Intervint le père de façon posé, mais dont le ton n’acceptait pas la désobéissance. Personne n’était dupe dans la salle, tout le monde savait que la phrase dites par le chef des Abe no était une porte de sortie pour son frère, afin qu’il puisse garder la face, malgré un avertissement.
L’onmyouji relâcha sa prise, la jeune femme se sentait soudainement fatiguée. Las des querelles avec son oncle, pourquoi était-il ainsi dévoré par l’ambition, l’amertume et la frustration ? Les meilleurs souvenirs qu’elle avait de lui, ils remontaient à l’enfance, quand l’homme l’ignorait. Il n’avait commencé à faire attention à elle que lorsqu’elle devint un obstacle face à ses ambitions. Genki n’avait pas le choix que d’obéir à son cadet et s’éloigna, il n’avait toutefois pas dit son dernier mot.

« Je vois bien à ses ongles que ce n’est pas une simple malédiction sans parler des relents de corruption. Quelle entité le possède ? »

La pressa-t-il, mais une fois encore il fut interrompu par le père de la demoiselle.

« J’ai dit assez Genki. Ils ont besoin tous les deux de soins. De plus, Miwako ne pourra pas me faire de rapport complet avant le réveil de Chikanori. Elle ne peut pas répertorier d’éventuelles séquelles définitives avant ça.  »

Le ton restait ferme et l’invitation à sortir était assez claire.

« Je suis son père et »

« et tu seras tenu au courant en temps et en heure. »

Genki se mordit la langue alors qu’il était cette fois-ci interrompu par son propre père, plus lent à arriver du fait de son âge. Celui qui l’avait éloigné de sa place légitime, bien entendu, il les protégeait. L’homme senti bien qu’il était inutile de rester et parti. Une partie de lui bouillait, son fils était pire que maudit, il était possédé. Une telle honte pour lui, pour les Abe no. A croire que voir leur nom traîner dans la boue les amusait. Ce gamin était irrécupérable, ces efforts inutiles.

Daiki se tourna vers le plus âgé de la pièce.

« Le médecin arrive pour les soigner, les serviteurs sont partis chercher de quoi déplacer Chikanori. Je compte sur toi pour veiller sur la fin de cette histoire. »


Le plus jeune des frères masquait son inquiétude pour sa fille et ses traits étaient sévères. La voir ainsi couverte de plaie et de sang, il masqua la douleur qu’il senti naître. Leur place pouvait amener à ce type de sacrifice, il avait déjà donné un fils, il ne pourrait pas sacrifier un second enfant. Il s’était rapproché de la politique pour cela, assurer un avenir décent aux siens, qui leur amenaient un certain confort, tout en leur apportant plus de sécurité. Et puis les Abe no ne pouvaient pas avoir d’autre chef, les enfants élevés dans l’optique de Genki s’éloignait bien trop des volontés initiales d’Abe no Yuto, lorsqu’il avait décidé que les Abe no seraient une famille d’onmyouji. Il devait toutefois repartir auprès d’un client.

« Miwako, une fois les vérifications terminées, je veux tout savoir et le plus rapidement possible. »

Lança-t-il en dernière instruction avant de tourner les talons à son tour.
Ils se retrouvèrent enfin seuls avec Hiroshi dans la pièce et pour Miwako, ce fut seulement à cet instant-là qu’elle sentit la bouffé d’air. Les relents avaient pourtant commencé à partir dès que la porte avait été ouverte. Les sources de stress étaient toutefois rentrées également lors de ce moment précis. Le grand-père se rapprocha d’elle doucement, sans dire un mot, il posa une main sur le torse de Chikanori pour sentir la respiration lente et stable de son petit-fils. Sa voix toujours enrouée sortie assez faiblement.

« Ce fut plus compliqué que prévu ojjiisan. »

L’homme hocha simplement la tête, pour l’inviter à poursuivre. Elle écarta les cheveux de son cousin pour montrer le sceau en place.

« J’ai réussi à voir ce qui le possède, mais nous avons fait une erreur de taille. Il n’y a pas une entité, mais deux yokais en lui. C’est un Ama no jaku pour le premier. Pour le second, je voudrais que tu vérifies avant que tout ne s’efface, mais je pense qu’il s’agit de Kon. »

Miwako lui demandait cela car elle n’avait pas le choix. La demoiselle n’avait plus l’énergie nécessaire pour faire ces quelques manipulations, même si elles étaient plutôt simples et basiques. Elle se sentait exténuée et même légèrement vaseuse. Hiroshi fut surpris de l’information que lui livra sa descendante. Il s’éloigna pour observer la salle, il lança quelques sorts rapidement, pour savoir ce qui était encore possible de faire. Le combat violent des deux yokais entre eux lui permettait de pouvoir travailler sereinement encore une bonne heure.

« Je confirmerais ou non tes informations, mais pour l’instant, vous devez tous les deux vous soigner et vous reposer. »

Dit-il en lui tendant une main, pour l’aider à se relever. C’était bien Ojiisan, il était le seul à avoir vu son hésitation, sa douleur et sa fatigue. La demoiselle fit attention tout de même, à ce que son grand-père ne porte pas trop de poids, elle se permit toutefois d’ouvertement grimacer sous l’effet de la souffrance. Il la conduisit à l’entrée de la pièce ou ses deux gardiens l’attendaient dans un silence inquiet. Ils se précipitèrent sur elle dès qu’elle mit un pied en dehors de cette foutu salle, qui les empêchait d’approcher. Miwako remarqua une marque sur Hono, elle avait dû essayer de rentrer dans la pièce à un moment ou un autre et avait bien entendu échouée. Les deux ne lui sautèrent pas dessus, au vu de son état, mais se rapprochèrent immédiatement pour qu’elle puisse s’appuyer sur eux.

« Installez Chikanori dans la salle à côté de ma chambre pour l’instant. Il décidera de retourner ou non dans sa chambre à son réveil. »

Lança la demoiselle aux serviteurs qui arrivaient avec de quoi transporter son cousin, alors que ses esprits la conduisaient dans sa chambre, pour qu’elle puisse s’allonger en attendant que le médecin arrive.

HRP:
 



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MessageSujet: Re: Retrouvailles sur le fil de l'araignée

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Retrouvailles sur le fil de l'araignée

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