AccueilFAQRechercherMembresS'enregistrerConnexion

Partagez | .
 

 Rencontre avec le Chien blanc

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Haruaki

avatar

Kuge

Messages : 59
Date d'inscription : 02/11/2016

Feuille personnage
Age: 35 ans
Titre: Médecin du corps et de l'esprit
Liens:

MessageSujet: Rencontre avec le Chien blanc Dim 30 Avr - 19:38

Le soleil brillait haut et fier, inondant d'une lumière pourtant pâle la province de Fukyuu. Une légère brise franchissait les murs et contournait les arbres pour venir taquiner la peau légèrement rougie de son visage. L'éphèbe qui trainait sa fine silhouette sur le chemin de petit galet frissonna. Oui, il avait froid. En ce mois de mai, les températures étaient clémentes, voire même chaudes pour les habitants de ces régions. Mais lui ne s'y faisait pas. Pourtant voilà déjà plusieurs semaines que son maître et lui arpentaient les routes du pays des glaces. En cette saison, les locaux étaient souvent bras nus. Malgré tout, en cet instant , Yungiri était content de trouver refuge dans le haori aux tons clairs que son sensei lui avait demandé de mettre. Car il était ici chez des gens très hauts placés. Yungiri, il fallait bien l'avouer, ne faisait pas vraiment grand cas de la politique, pour lui les personnes étaient des individus avant d'être des rangs sociales. Plusieurs fois, Tengoruda l'avait sermonné à ce sujet. Néanmoins, de ce qu'il avait compris, il était ici chez une famille très importante et très ancienne de Fukyuu. En fait chez la famille créatrice du clan, ni plus ni moins.

Alors même si le jeune homme ne comprenait pas grand-chose aux jeux de pouvoir, il avait au moins eu la décence d'être impressionné. Devant la maîtresse de la maison qui les avait reçut son maître et lui, il s'était fait tout petit, se cachant derrière Tengoruda. Puis très vite, il avait été invité à partir, les deux aînés voulant s'entretenir entre eux. Yungiri ne s'était pas fait prier, trop content de relâcher la tension de ses épaules. Néanmoins, maintenant qu'il s'éloignait de l'immense demeure en profitant des jardins impeccablement entretenus qui l'entouraient, Yungiri s'interrogeait. Partout où ils allaient, depuis les confins de Okaruto jusqu'aux côtes de Kenshu, il y avait toujours quelqu'un pour reconnaître son maître. En presque 6 années de voyage, cette règle s'était vérifiée des dizaines de fois. Yungiri ne pouvait qu'être admiratif, et curieux aussi, curieux de ce que son maître avait vécu durant sa longue existence.

Parfois, ceux que Tengoruda connaissait étaient des gens très hauts placés, comme ici. Et parfois, c'était simplement des gens du peuple, de simples paysans. Mais toujours, ceux qu'ils croisaient avaient cette lueur de reconnaissance dans le regard, trahissant à quel point ils étaient redevables de l'aide que leur avait un jour apporté Tengoruda. Le jeune homme eut un sourire et se sentit soudain favorisé. Cet homme si bon, si plein de qualités, c'était son maître. Et un jour, il serait comme lui. Non pas qu'il ait l'ambition d'une quelconque reconnaissance non, mais il voulait simplement aider les gens lui aussi. Et Yungiri savait que le sourire de son maître face à ces gens admiratifs n'était pas un sourire prétentieux. Non, c'était juste le sourire d'un vieil ami content de retrouver ceux qu'il connaissait en bonne santé.

Yungiri s'arrêta près d'un petit bassin et admira les immenses carpes aux couleurs chatoyantes qui le peuplaient. Qu'il aimait cette vie de voyage aux côtés de son maître, une vie simple, dédiée aux autres, sans attaches ni contraintes. Pourtant, sans vraiment pouvoir déterminer pourquoi, le jeune homme devinait que cette vie touchait à sa fin. Il sentait son maître fatigué depuis quelques mois. Alors, bientôt sans doute, trop vite à son goût, ils rentreraient en Okaruto. Or la simple idée de remettre les pieds dans sa ville natale terrifiait Yungiri. Que dirait sa famille ? Il avait pu échanger quelques lettres avec son frère, mais c'était tellement peu. Katsuya serait-il toujours aussi proche de lui ? Sa mère le soutiendrait-elle toujours ? Son père comprendrait-il enfin la voie choisie par son fils aîné ? Et puis que ferrait-il, coincé dans les rues étroites de cette ville étriquée, maintenant qu'il avait goûté à l'immensité du monde ? Yungiri s'agenouilla, et taquina la surface de l'eau de la main, faisant fuir les poissons colorés. Tant de questions qui embrumaient son esprit.

Alors le jeune homme se releva et respira profondément. Revenant au présent sans plus se soucier de l'avenir, il profita du calme de ces jardins après des jours dans l'agitation de la ville. Il admira ce lieu de paix mêlant harmonieusement chemin de galet, bassins d'eau et espaces enherbés. Il regarda longuement ces arbres et ces fleurs colorées, adaptées au climat rude de Fukyuu. Puis, son œil capta quelque chose. Il vit alors, sur un chemin à quelques mètres de lui, un homme grand, très grand. Ses longs cheveux semblaient rayonner sous le soleil et entourer sa silhouette élancée d'une aura d'un  blanc immaculé. Un instant, Yungiri eut l'impression qu'un kami venait de lui apparaître sous forme humaine. La prestance de cet être était telle que le jeune empathe ne remarqua même pas l'individu à ses côtés. Comme caché à cet instant dans l'ombre de celui qui semblait alors avoir remplacé le soleil dans ces jardins. Oubliant toute pudeur, subjugué par ce qu'il voyait, les yeux de Yungiri admirèrent cet inconnu sans la moindre retenue. Se perdant dans la contemplation des lignes parfaites, de ce torse à demi dévoilé. Et quand il croisa ce regard d'ambre, il lui sembla d'un coup que le climat de Fukyuu devenait bien plus clément.

Prenant soudain conscience de son comportement, Yungiri détourna enfin le regard, dans un geste précipité assez peu viril. Il capta alors son reflet dans l'eau du bassin et se demanda de quoi lui même avait l'air. Avec son kimono bleu pâle aux motifs argentés et ses cheveux à moitié relevés en un chignon agrémenté de perles. C'est que cela faisait déjà plusieurs heures qu'il attendait son maître, il avait bien dû s'occuper. Mais le résultat, couplé à la boucle d'oreille pendante jusqu'à l'os de sa mâchoire, au collier épousant les courbes de son cou et aux bracelets s'entrechoquant à ses poignets, donnait quelque chose d'assez unique pour quelqu'un de son rang.


L M M J V S D
Délais de réponse : de 1 à 2 semaines

Jusqu'au bout des mondes

Autumn Tree
Revenir en haut Aller en bas
Fukyuu Kanzen

avatar

Taii

Messages : 80
Date d'inscription : 17/04/2015

Feuille personnage
Age: 26
Titre: Shiroi Inu, le Chien Blanc
Liens:

MessageSujet: Re: Rencontre avec le Chien blanc Mar 16 Mai - 11:22

La douce attention d'Amaterasu se posait avec délicatesse sur ses traits qu'il n'avait probablement jamais eu d'aussi apaisé. Ce à quoi il venait de goûter et de s'offrir cette nuit même dépassait tout entendement, tant et si bien que la chose eut tenu du rêve et pourtant. Ouvrant les paupières, un sentiment d'inquiétude se mêlant à un épanouissement encore vivace des événements précédents son sommeil le poussa à tourner lentement le visage sur sa droite.

Cela lui était déjà arrivé de s'éveiller ainsi aux côtés de Yaiko, pour des raisons diverses comme un cauchemar dont il ne se sortait pas totalement, d'une fraîcheur que même eux avaient du mal à supporter parfois et de bien d'autres faits qui amenait tantôt des amis d'enfance à partager le même futon. Mais il n'était pas question là d'un comportement amical.

Leurs jeux d'enfants étaient perdus corps et bien, se muant en découvertes d'adolescent et cette soirée les avaient vu franchir un nouveau et ultime cap, passer une frontière porteuse de promesses infinies et d'un avant goût même du Takama-ga-hara, la haute plaine du paradis. Deux vœux vinrent entrer en conflit au sein de l'esprit du sang pur des Fukyuu, celui de réitérer le merveilleux péril se confrontant à un bonheur inextinguible et une envie des plus soudaines d'aller marcher.

Après quelques minutes à admirer les traits de sa suivante, lui apparaissant au comble de la paix dans son repos imperturbable, il apposa sur ses lèvres un léger baiser avant de quitter cette couche qui les avait vu changer définitivement leur manière de se distraire ensemble. Après quelques ablutions ainsi qu'une réorganisation sommaire de ses cheveux, il se para d'atours soignés et dédiés aux températures clémentes printanières annonçant la fonte partielle des neiges partout dans les limites du clan.

Ces temps, il changeait l'ensemble de ses toilettes une à deux fois par mois, une croissance fulgurante l'ayant prit pour cible, celui qui avait commencé l'année à hauteur de jeune homme bien battit dépassait dorénavant, les plus hauts qu'il connaissait. Si cela lui avait occasionné quelques douleurs et la crainte fugace de devenir une risée, le contraire fut la seule réponse qu'il obtint, devenant une attraction pour le mondain de Yama et ses jeunes filles à marier.

Avec tout ceci et ce qui s'était produit la veille auprès de son amie, Kanzen ne doutait plus qu'une ère venait de prendre fin pour lui et qu'une nouvelle lui ouvrait ses portes. Ainsi, recouvert d'un kimono d'une soie directement venue des lointaines plaines du Nord-Est aux tons d'azur et de d'immaculée blancheur, il avança tranquillement le long de l'engawa entourant le jardin intérieur de la propriété de la province de Mashiro.

Une nouvelle série de crampes le lancèrent, lui annonçant par la même occasion que son chef poursuivait toujours sa route vers les cieux. Ces maux, s'ils ne faisaient que le gêner tout au plus, vinrent lui rappeler que sa mère, inquiète, avait fait appeler Tengoruda afin de l'aider à se soulager de cette impossible développement dont il était la victime. Le fait unique de revoir le vieille homme fit oublier au jeune ses petites afflictions, si bien qu'il apparu presque flotter tandis qu'il progressait, tout poids sur sa personne semblant s'envoler.

Cela faisait une éternité qu'il n'avait plus vu le médecin, la moitié de sa vie, peut être… Lorsque celui ci était venu, huit ans plus tôt, raccompagner sa mère d'un accouchement non désiré depuis des terres dont il ignorait tout à l'exception seule du fait qu'il eut une sœur, quelque part. S'ébrouant afin d'oublier la peine que cette pensée engendrerait inévitablement, il décréta que sa promenade se continuerait jusqu'aux jardins extérieurs, vers lesquels il se dirigea d'un pas enjoué.

Passé une poignée de minutes et son désir de retrouver Yaiko repassant au-delà du cadre de ses priorités, il s'apprêtait déjà à faire demi-tour lorsqu'il surprit le regard que lui portait un homme qu'aucun souvenir ne lui rappela. Instantanément, Kanzen fut absolument certain ne l'avoir jamais vu de sa vie, car si c'était le cas, cruelle était sa mémoire de lui avoir arraché l'image de cet inconnu.

Apprêté de façon divine, le brun de sa toison disciplinée en un chignon soigné, le tout encadrant une finesse de traits que l'héritier des Fukyuu n'eut vu aussi pure que sur le visage même de sa tante Chizue, une stature qui n'avait rien à envier à la sienne et parée d'un vêtement sur plus d'un point similaire au sien, cette incarnation masculine de Benzaiten balaya de par sa seule existence tout les projets que le jeune garçon avait pu concevoir sur le moment.

Mise à part la ressemblance de leur kimono respectifs, l'exotisme de ce visiteur inédit frappa l'adolescent qui ne put s'empêcher de contempler les ornements rehaussant avec harmonie la perfection des lignes de l'éphèbe. Celui-ci que ne l'avait jusque-là pas quitté de ses prunelles d'un ciel tirant avec douceur sur une jade délicate, vira au rouge et rompit le contact visuel.

Face à une telle injustice, le pur-sang hâta son pas, se rapprochant de l'individu sans la moindre considération des usages avant de se retrouver bien vite face à lui, campé sur ses appuis et se souvenant soudainement des règles de l'étiquette. Il s'inclina comme il se serait incliné pour la plus noble des dames ou le plus révéré des seigneurs, osant relever ses yeux d'or vers cet homme dont il compris à cette proximité qu'il était son aîné, le fait rendu difficile à discerner rapport à la sublime élégance et la grâce de ses traits.

Honteux de briser le silence, mais porté par la nécessité de le faire, Kanzen déclara alors d'une voix claire et portée par les vents, un flux doucereux, le courant même d'un fleuve paisible salué d'une brise d'été :

O'hayo gozaimasu, je suis Fukyuu Kanzen, de Yama, hajimemashite, dôzo yoroshiku onegaishimasu. Puissiez vous être réel et si c'est le cas, me combler de l'honneur de partager votre nom avec moi. En ces lieux, considérez vos volontés comme acquises inévitablement.

Alors qu'il se redressa, ses lèvres s'étendirent en un sourire radieux à l'attention de ce nouvel interlocuteur qu'il brûlait plus que tout de connaître.
Revenir en haut Aller en bas
Haruaki

avatar

Kuge

Messages : 59
Date d'inscription : 02/11/2016

Feuille personnage
Age: 35 ans
Titre: Médecin du corps et de l'esprit
Liens:

MessageSujet: Re: Rencontre avec le Chien blanc Jeu 18 Mai - 0:46

Il sentit l'inconnu se rapprocher de lui, semblant fendre l'air à son passage, une pression tomba alors sur les épaules de Yungiri, qui s'agita. Il posa les yeux sur cet homme au charisme quasi divin et sentit le rouge lui monter aux joues. Il le vit s'incliner et s'empressa de faire de même, se rappelant soudain des usages voulus en un tel lieu. Après des jours de voyage à côtoyer le petit peuple, ce n'était pas forcément évident. De près, la différence d'âge devint soudain frappante pour l'empathe qui comprit qu'il avait devant lui un jeune homme à peine sorti de l'adolescence. En temps normal, ce constat aurait peut-être pu le rasséréner dans son statut, mais pas ici. Et ce pour les mêmes raisons qui l'avaient induit en erreur au départ, malgré la différence d'âge, l'autre était aussi grand que lui, voir même un peu plus. Et malgré la courbure des traits oscillant entre l'adulte et l'enfance, semblant indécise, le maintient lui ne l'était pas : décidé, engager et incontestablement d'une noblesse sans aucun doute innée.

Autant de détails qui mirent mal à l'aise l'apprenti. Il était l'invité en ces lieux et même leurs parures le lui rappelaient. En effet si leurs kimonos accordaient leurs tons, ce n'était pas le cas de leurs tissus. L'étoffe portée par Yungiri n'avait rien de précieuse, de qualité et confortable, certes, mais le fil restait grossier. Mais c'était la nature de ses accessoires qui gênait le plus l'empathe en cet instant. Des breloques au brillant artificiel qui ne résisteraient pas à un examen rapproché, de simples bouts de métal, sans valeur. Si ce n'était la valeur sentimentale : ces objets étaient ses trésors, les souvenirs de son voyage aux côtés de son maître. Malgré tout, il y avait bien cette boucle d'oreille, à laquelle Yungiri porta instinctivement la main. Cette petite chaine supportant une petite pierre aux reflets bleutés, celle-ci était une vraie, la seule de toutes ces possessions, et un cadeau inestimable.

La voix douce et claire de son vis-à-vis le fit presque sursauter. Fukyuu Kanzen... Il avait devant les yeux ni plus ni moins que l'héritier de la famille ! Yungiri faillit avoir un hoquet de surprise, qu'il réussit à masquer, mais peut-être pas l'éclat de même nature de ses yeux expressifs. En même temps, qui espérait-il croiser dans les jardins de la maison familiale ? Sa naïveté était désespérante parfois... La suite de la phrase, par sa formulation très soignée et même assez... cavalière ? Permis enfin à l'empathe de mettre un nom sur ce poids qu'il percevait depuis le début : de l'intérêt, tout simplement. Le visage de Yungiri gagna quelques teintes de carmin supplémentaire. Cet être d'une haute famille et à la prestance céleste s'intéressait à lui, d'une manière douce et sincère ? Yungiri eut l'envie de baisser les yeux, soudain très attiré par les carpes faisant leurs ronds dans leur bassin. Néanmoins, les années de voyage, d'apprentissage et d'observation commençaient à porter leur fruit. Aussi le jeune homme garda la tête haute et accrocha de nouveau ce regard semblable au soleil, en espérant que ses propres iris ne tremblaient pas trop. Il ignora le feu sur ses joues et répondit d'une voix posée et emplie de respect :

"O'hayo gozaimasu, Kanzen-sama. Je suis Okimura Yungiri, apprenti de Tengoruda-sensei, kochila kosso. Je suis profondément honoré de votre accueil, soyez sûr que je n'en mérite pas tant, je ne suis qu'un humble élève. Mais n'hésitez pas, si mes simples compétences peuvent vous être de la moindre utilité. Je suis entièrement à votre écoute."

Prononcer son nom lui écorcha la langue, mais il n'en laissa rien paraître. Au contraire, il puisa de la force à l'évocation de son maître, se rassurant dans sa fierté d'être l'apprenti d'un homme aussi bon et compétent. Une assurance qui emplissait ses mots suivants, les teintant d'une sincérité respectueuse, d'une envie réelle et infinie d'être au service d'autrui, sans se dévaloriser pour autant. Tout en s'exprimant, Yungiri avait légèrement incliné la tête en signe de respect, quand il la releva, un sourire d'une immense douceur éclairait un visage désormais plus serein.


L M M J V S D
Délais de réponse : de 1 à 2 semaines

Jusqu'au bout des mondes

Autumn Tree
Revenir en haut Aller en bas
Fukyuu Kanzen

avatar

Taii

Messages : 80
Date d'inscription : 17/04/2015

Feuille personnage
Age: 26
Titre: Shiroi Inu, le Chien Blanc
Liens:

MessageSujet: Re: Rencontre avec le Chien blanc Mer 12 Juil - 7:38

De mémoire, aucun homme n'aurait pu s'accaparer la gêne gracieuse qui émanait de son interlocuteur, ravissant dans les rougeurs qui vinrent lui empourprer les joues, surpris semblait-il de l'apparition soudaine du crin-blanc qui se serait alors mentit en considérant regretter sa venue inopinée.

Car en effet, tout au retour de ses politesses, celui qui s'incarnerait bientôt en un vis à vis et dont il gageait déjà de la mélodie d'une voix qu'il n'oublierait pas de sitôt, il ne se serait pas comporté de la sorte si on les avaient présentés l'un à l'autre, moins spontané, probablement même plus calculé. Et de cette nature, Kanzen n'aurait su en estimer le prix, sinon savoir l’apprécier au dessus de bien des choses.

Une étude de proximité révéla sans mal à l'héritier du sang des glaces que l'écrin enrobant ce joyau fait homme ne possédait pas la facture la plus élevée qu'il eut connue, bien au contraire même. Un usage savant de l'apparence était joué sous ses prunelles ravies, si bien qu'à distance, on aurait pu le prendre pour une créature fabuleuse auquel l'attribution d'un genre était inutile, tant il transcendait ce concept.

Pourtant, lorsque le subterfuge de la prétendue richesse de ses atours tombait, cela ne fit en vérité que le rendre plus visible, plus chatoyant au regard du kuge. Il s'en trouva particulièrement outré que celui ci ne soit alors pas aux centre des discussions. Son père aurait du revenir de Birei, sa mère aurait du laisser dans l'instant Tengoruda-san, sa propre tante aurait dû se trouver là en vérité pour admirer la définition même de la beauté se présenter sous la sagesse de ses yeux.

Néanmoins, dans un autre sens, un sentiment d'exclusivité lui vint et au moment où il put enfin entendre la réponse qu'il attendait non sans impatience, une idée émergea aussitôt. Comme il s'y était attendu, le souffle qui s'échappait des lèvres du jeune homme fut à l'image de celui des vents printaniers filtrants entre les monts de Yama, annonçant déjà la venue des saisons plus aimables sans le plus petit heurt.

C'était comme si son ton avait sa place dans l'air ambiant lui-même, comme si jamais il n'avait été absent, une évidence et une chanson que le descendant des Fukyuu su immédiatement à quel point elle lui manquerait lorsqu'elle ne serait plus audible. Il baissa la tête dans un sourire charmé et tenta d'imiter le flux, de s'en approprier l'accent tout en répétant avec chaleur :

Okimura Yungiri…

Radieux, il releva son attention, c'était un nom aux tournures presque agressives, un prénom porteur d'une humble origine et pourtant, prononcé comme son propriétaire l'avait fait et comme il eut tenté lui-même de reprendre, une effervescente noblesse s'en dégageait. Et cette expression qu'avait le visiteur une fois les présentations faites donna l'impression au jeune maître de ces lieux que les astres venaient de prendre lieu et place sur le plancher même des hommes, plutôt que sur la voûte céleste. Il reprit néanmoins, dans sa voix une fausse réprimande que balayait la lumière des traits qu'il offrit à son hôte :

Ce dont je suis sûr, Okimura-san, c'est au contraire l'absolu mérite qui est le votre du respect dont je vous ai gratifié. Après tout, bien avant d'être la fleur Impériale elle-même, le kiku* n'existe qu'à l'état de bourgeon. Pourtant, l'herboriste saura voir dans ce dernier la magnificence des plus beaux spécimens… Et si je ne peux me prétendre un tel talent, je n'ai pourtant aucun doute en rencontrant la personne face à moi que ses pétales sont des plus magnifiques qu'il m'est été donné d'admirer durant ma courte vie. De plus… Vous retournez ma question.

Il révéla une rangée de dents nacrées amusée en s'inclinant de nouveau alors qu'il poursuivit, joyeux :

Il était raison de ce que je pouvais faire pour vous et de l'accès à vos volontés. Non des miennes. Mais si votre vœux tient à cela, alors parlez moi donc de ces dernières. Que sait donc faire Okimura Yungiri, héraut de Benzaiten ? Quelles sont ces compétences dont il me parle, que je puisse puiser dans ces dernières comme il me convie à le faire ?

Se relevant, mutin, Kanzen n'aurait su s'arracher au regard enivrant de son interlocuteur, ne pouvant guère s'empêcher d'y plonger franchement et sans que la gêne n'apparaisse affecter un instant ses traits.



(*) Chrysanthème.
Revenir en haut Aller en bas
Haruaki

avatar

Kuge

Messages : 59
Date d'inscription : 02/11/2016

Feuille personnage
Age: 35 ans
Titre: Médecin du corps et de l'esprit
Liens:

MessageSujet: Re: Rencontre avec le Chien blanc Mer 12 Juil - 21:56

Entendre ce nom qui lui était de plus en plus étranglé prononcé avec tant de douceur par l’héritier des glaces provoqua une étrange chaleur dans sa poitrine. Comme si ces mots qu’il évitait devenaient de précieux joyeux entre les lèvres de ce kami fait homme. Et tandis que Yungiri essayait encore d’assimiler cet étrange sentiment, les mots suivants de son vis-à-vis firent naître quelques teintes de rouge supplémentaires sur son visage. Ces mots lui étaient-ils vraiment destinés ? Pourquoi ? Qu’avait-il fait pour éveiller autant l’attention du jeune homme aux cheveux blancs ?

D’ailleurs, il avait bien du mal à percer les intentions de cet individu, comme si le grandiose de ses traits parfaits aveuglait ses sens empathiques. Certes, il sentait son intérêt, mais il lui semblait… désintéressé justement. Bien loin des jeux de séductions que peuvent partager deux adultes attirés l’un par l’autre. Et en même temps, il avait cru voir une lueur possessive dans ce regard ambré. Mais au final, quelle qu’en soit la raison, l’empathe n’était pas du genre à accepter si facilement des compliments aussi… cavaliers ?

Cet être se tenait devant lui, presque hautain, avec ce sourire mutin qui donnait à Yungiri des envies… salées. Il n’aimait pas ces comportements des gens de la haute qui étaient persuadés que tout leur était dû, car ils sont plus riches et plus puissants. Il n’aimait pas les flatteries disproportionnées de l’héritier, et par-dessus tout, il n’aimerait pas perdre pied dans cet échange. Pour une raison ou pour une autre, c’était désormais une histoire de fierté.

Un voyage initiatique avec son maître n’était pas forcément le meilleur moment pour apprendre à danser, mais Yungiri avait tout de même pu s’essayer à quelques pas de deux, et surtout, il avait observé d’autres le faire, alors il avait appris quelques tours. Et avec la différence d’âge, il ne lui était pas difficile de se persuader qu’il était le plus expérimenté dans ce jeu-là.

Alors il lutta contre le réflexe de son corps, qui aurait été de se recroqueviller et de perdre ses moyens face à une telle attention. Certes, il ne pouvait contrôler le rougissement de ses joues, mais il pouvait maîtriser sa voix à la perfection et choisir minutieusement ses mots. Aussi, le jeu de théâtre commença : Yungiri ramena la manche ample de son kimono devant son visage en un geste gracile parfaitement maîtrisé, imitant à la perfection une femme cachant sa gêne, même le petit rire flatté y était.

"Aurais-je donc le kami de l’éloquence en personne face à moi ? Sachez seigneur, que le plus beau des kiku ne peut s’épanouir sans les rayons majestueux du soleil, or il semble que celui-ci ait décidé de s’incarner dans ces jardins aujourd’hui." Le regard que lança alors Yungiri par-dessus sa manche n’avait rien à envier à celui de la plus charmante des geisha.

L’empathe lui-même ne savait pas bien ce qu’il attendait de ce petit jeu, à part peut-être de ne plus être le seul que cette conversation déstabilisait. Dégageant finalement son visage légèrement moins marqué par sa gêne, Yungiri continua son petit spectacle :

"Et bien, je suppose qu’en tant que représentant de Benzaiten, je devrais bien pouvoir vous jouer quelques notes de Biwa. Néanmoins, je pense être plus doué pour les bandages, cataplasmes et autres sutures. Mais… Je doute que tout ceci vous soit réellement utile en cet instant.Conclut-il avec un air faussement déçu. Puis, son visage s’éclaira d’un sourire. Oh mais j’y pense, je maîtrise aussi le reiki et on me dit souvent que j’ai des doigts bien agiles. Peut-être que mon seigneur pourrait être intéressé par un massage ? Sa lumière magnifique pourrait alors baigner un peu plus longtemps le bourgeon du Kiku et, qui sait, une belle fleur pourrait bien en sortir ?"

Le ton de la voix, le regard, le sourire, la posture aguicheuse, tout était étudié pour charger cette proposition de bien plus de sous-entendus que devraient normalement pouvoir en contenir de simples mots. Bon, il avait un peu menti, il ne maîtrisait pas encore complètement le reiki, mais il se débrouillait.


L M M J V S D
Délais de réponse : de 1 à 2 semaines

Jusqu'au bout des mondes

Autumn Tree
Revenir en haut Aller en bas
Fukyuu Kanzen

avatar

Taii

Messages : 80
Date d'inscription : 17/04/2015

Feuille personnage
Age: 26
Titre: Shiroi Inu, le Chien Blanc
Liens:

MessageSujet: Re: Rencontre avec le Chien blanc Jeu 13 Juil - 19:30

Dans la continuité de ce qui avait débuté dans le balai de cet échange naissant, l’ambre du regard du crin-blanc ne perdait rien à ce que lui rendait son visiteur inopiné, suivant du seul qui était attendu. C’était avec un délice grandissant qu’il contemplait ces traits s’animer, se confondre et s’émouvoir des quelques mots qu’il avait pu prononcer, sincère, cri du cœur qu’il n’aurait caché de toute façon pour rien au monde.

Toute les expressions se suivirent sur ce masque impeccable qui tenait lieu de visage à ce prétendu apprenti. Néanmoins, à ce concerto ravissant les sens, une fausse note vint se glisser là, brisant l’authentique, scindant la spontanéité, invitant le calcul, la mesure et une forme de jeu auquel le noble ne goûtait pas. Cela ne gâchait pas la chose et Kanzen savait apprécier le doux-amer en toute œuvre, fut-elle vivante et glissant comme éphémère face à lui comme le faisait Yungiri.

Il en regretta néanmoins l’innocence perdu, soupirant en guise d’adieu, sans pour autant se départir de son sourire, loin d’être feint et réellement amusé par la suite des choses. Tout comme il l’était et en jouait à sa façon, son récent interlocuteur se savait méritant des louanges qui lui avait été fait ou du moins le laissait il penser par les délicates minauderies dont il gratifia l’héritier des Fukyuu.

L’androgyne flouait les genres, pour le plus grand plaisir du jeune homme qui ne s’attachait pas vraiment à cela pour apprécier un être, sauf peut être pour certain jeux qu’il n’imaginait plus qu’avec ces dames, mais c’était probablement là un manque d’imagination de sa part, au moins se le disait-t-il. Seule l’amabilité anima cependant ses traits alors que le disciple lui retournait de part égale ses compliments, jouant avec une maîtrise époustouflante sur l’intensité qu’il instillait dans ses prunelles aigue-marine.

Il ne put s’empêcher d’incliner légèrement la tête sur le côté à ce qui suivit, où l’élégance invita un bien malavisé convive. Sans qu’il ne sut quoi, une nouvelle fausse note sonna, entamant la confiance naturelle du noble de sang qui se refusa malgré tout à couper court à la conversation, certain qu’un malentendu s’était immiscé entre eux et que le fait était très probablement de sa propre faute.

L’invitation, si il n’avait pas goûté plus tôt au douceurs de son amie d’enfance, avec qui des années eurent menée à ce moment fabuleux qui s’était produit entre eux, aurait peut être pu avoir un écho favorable. Le garçon devenu homme ne retira rien de l’affection qu’il portait déjà à cet étrange hôte, révélant une rangée nacrée de dents à son vis à vis et à la fin de son propos lascif, trouvant même impressionnant l’ensemble saisissant des mots, du ton employé, des postures et même de la position de ses rétine.

Il imprima pour lui même et pour d’autres occasions ce tout magnifique, s’amusant déjà de l’effet que cela pourrait produire sur Yaiko. Ce fut à ce moment qu’il choisit de répondre à son tour, après un léger silence volontairement laisser là à des fins polies qu’un pas venait d’être franchi trop vite, trop tôt. Sa voix sortie claire et immaculée, tentant de dissiper tout malaise que son implicite refus aurait pu occasionner :

Rien d’un Kami, non, j’en ai bien peur. Et comme je vous le disais, je ne me prétend pas le talent ni du maître de l’ikebana, encore moins de Ô-Amaterasu-sama. Mais vous me flattez et je vous remercie mille fois de m’adresser pareilles gentillesses, quand bien même je ne crois pas en mériter autant. Ma santé ne saura guère rendre hommage à vos dons de guérisseurs, comme vous le devinez si bien… Du reste, la maîtrise est subjective et je ne crois pas que l’on laisserait l’apprenti de Tengoruda-san user de ses talents naissants sur le fils même du frère de notre Dame si le maître ne se trouve pas loin… Vous m’en voyez sincèrement navré.

La chose était dite et il sentait que son vis à vis, si doué pouvait il être, exceptionnel même, dans l’art de l’apparat, souffrait d’un manque de pondération flagrant. Lui-même nageait au cœur de l’étiquette du clan, parmi les plus hautes strates, depuis sa plus tendre enfance où on le montrait fièrement en Ite ou en Yama. Peut être allaient ils pouvoir ainsi profiter des talents de l’autre, tout dépendait de la façon dont réagirait le voyageur. Cette fois ci, il ne laissa pas le silence s’installer et poursuivit :

J’en suis entièrement coupable, Okimura-san. J’apparais à vous et vous assomme de mes impressions et mes émois en vous voyant, rare et précieux, désœuvré aussi… Je n’ai guère pu m’empêcher de venir à vous et vous auriez peut être trouvé cela enjôleur, trop flatteur pour être d’une quelconque honnêteté. Je vous promets que cela l’était et qu’il n’est nul joyau égalant ce qui émane de vous. On me prête la vision d’un esthète et je dois avouer trouver mon bonheur dans l’admiration des conceptions divines et mortelles… Ne dit-on pas qu’une œuvre se contemple, mais qu’on n’oserait pas l’effleurer ?

Il ponctua d’un demi sourire interrogateur avant de continuer.

Vous désirez peut être vous réchauffer d’un thé en ma compagnie, Okimura-san, si je ne vous offusque pas trop dorénavant ? Et si oui… Vous pourrez peut être me parler quelque peu de vous et des détails de vos talents et ce qui aura amené à leur éveil ? Si rien de tout cela ne vous ennui, bien entendu...
Revenir en haut Aller en bas
Haruaki

avatar

Kuge

Messages : 59
Date d'inscription : 02/11/2016

Feuille personnage
Age: 35 ans
Titre: Médecin du corps et de l'esprit
Liens:

MessageSujet: Re: Rencontre avec le Chien blanc Sam 15 Juil - 22:17

Tous les sens en alerte, Yungiri analysa la moindre réaction de son vis-à-vis, espérant démasquer son petit jeu. L’amusement puis cette pointe de doute qu’il attendait avec avidité. Néanmoins, il ne ressentit pas la satisfaction attendue. Pourtant le début de la réponse sembla lui donner la victoire, l’héritier refusant poliment ses compliments, mais la suite tomba tel un couperet et le visage de l’empathe soudain se ferma. La différence de rang, brusquement, mettait fin au jeu et la honte ravagea le peu de confiance que l’apprenti avait réussi à réunir. Que Kasugami le pardonne, qu’avait-il donc fait ? Par simple fierté, par simple envie de prendre le flatteur à son propre jeu, il avait dépassé les bornes, oublié la bienséance, attiré le déshonneur sur son nom et sur celui de Tenguroda-sensei.

Et l’autre continuait, entre flatterie et innocence, alors Yungiri comprit pourquoi il n’avait pas été satisfait de son effet. Parce qu’il s’était fourvoyé tout simplement. Il n’avait pas face à lui un homme d’âge mûr, mais un jeune homme en devenir. Les mots, la prestance, le maintien, l’avaient induit en erreur. Bien sûr qu’à cet âge, l’autre n’était habité que de sentiments purs, bien loin des jeux douteux qu’il détestait tant et dans lesquels il avait voulu mener de force cette conversation. Une fois cela en tête, il comprenait que l’agression qu’il avait ressentie n’était que le fruit de son imagination et d’une mauvaise interprétation. Yungiri se sentait maintenant bien idiot ! Et il se prétendait empathe ? La bonne blague. Il avait encore beaucoup à apprendre.

Malgré sa meilleure compréhension de la situation, les flatteries de l’héritier de Fukyuu le mettaient toujours mal à l’aise. Sans compter qu’elles semblaient désormais se teinter de remontrances détournées que l’empathe troublé avait bien du mal à analyser correctement. Si bien qu’il ne savait plus comment comprendre la proposition du Kuge : une invitation sincère, une simple politesse, un ordre dissimulé ? Le silence plana, trahissant l’hésitation de Yungiri. Sa première et plus forte envie était de fuir, loin, très loin. Après tout, il avait déjà foulé du pied tous les principes de l’étiquette… Néanmoins, justement, ce comportement n’aurait pas été digne de ce que son maître lui avait appris. Il devait être responsable, assumer ses actes, réparer ses erreurs. Alors, il prit sur lui, s’inclinant très bas.

"Veuillez excuser mon manque évident de politesse Fukyuu-sama, ma proposition était indécente et indigne de votre rang. Soyez assuré que je tiens à réparer mon outrage, en mon nom seul, le maitre n’étant pas responsable du manque de savoir-vivre de son élève. Je me tiens à votre disposition, je vous suivrai prendre le thé et vous honorerai du mieux que je pourrai de mon meilleur talent pour conversé, si c’est réellement ce que vous souhaitez."

Les paroles étaient sincères, emplies de tout le respect dont Yungiri pouvait faire preuve. Il resta d’ailleurs incliné en signe de soumission, attendant la réponse du maître des lieux.


L M M J V S D
Délais de réponse : de 1 à 2 semaines

Jusqu'au bout des mondes

Autumn Tree
Revenir en haut Aller en bas
Fukyuu Kanzen

avatar

Taii

Messages : 80
Date d'inscription : 17/04/2015

Feuille personnage
Age: 26
Titre: Shiroi Inu, le Chien Blanc
Liens:

MessageSujet: Re: Rencontre avec le Chien blanc Dim 16 Juil - 13:32

L’intense réflexion de son interlocuteur ne lui échappa guère, le doute, la honte et la compréhension exécutant leur balai sur le visage de celui-ci. Malgré ce qui s’était produit, le port de Yungiri n’en fut altéré qu’un fugace instant. Il recouvra vite et sous le regard enchanté du crin-blanc toute son assurance à laquelle il avait mêlé dignité et un soupçon de culpabilité reconnue.

Bien décidé à dissiper tout mal-être, Kanzen accueillit d’une rangée de dents révélées par un sourire solaire les excuses de son vis à vis. Pour autant, il était légèrement intrigué depuis que son visiteur s’était présenté, le nom des Okimura étant bien loin de lui être inconnu, d’autant plus l’héritier face à lui se montra prompt à décharger la culpabilité hypothétique du maître des soins.

Entre la famille Yosuke et celle de son apprenti, un monde de différences les séparaient et il avait du mal à comprendre pour quelle raison le daisho ne se trouvait pas au obi savamment cintré autour de la taille de l’élève. Décidant qu’il s’agissait d’une curiosité qu’il tâchera de satisfaire, il battit des mains de joie et répondit prestement, souhaitant particulièrement en revenir à une ambiance moins pesante que celle du remords de son invité et du sermon implicite qu’il lui avait soumis :

Allons bon, Okimura-san ! Ne vous excusez pas pour si peu, vous me flattez au contraire ! Mais puisque il s’agit de réparer quelque chose, alors allons donc boire ce thé et goûter quelques friandises pendant que vous me parlerez un peu de vous et de vos origines. Car croyez bien que cela est ce que je souhaite.

Il partit alors d’un pas léger, rentrant dans la douceur établie par les feux de la maisonnée, très certain qu’à parole donnée, son charmant hôte le suivrait où qu’il puisse aller. Ils firent irruption bientôt dans une pièce d’accueille annexe à la salle principale de la demeure, quatre murs de papier savamment décoré et de bois laqué encadraient des tatamis couleur sable impeccablement entretenu.

Une jeune femme sobrement vêtu qu’ils eurent croisé durant leur court périple s’était chargée de leur ouvrir le panneau qui leur avait permis de rentrer et le jeune maître des lieux avait demandé aimablement que leur fut apporté boisson et douceurs. N’attendant pas plus que cela, le sang-pur des Fukyuu s’installa à même un des quatre coussins disposés autour d’un large kotatsu sous lequel on devinait que des braises eurent été entretenues au cas où les seigneurs de la demeure ne décident de s’y attarder.

Invitant silencieusement son interlocuteur à faire de même, le noble des neiges s’empressa de reprendre la parole, piqué au vif par la singularité du personnage qui se tenait non loin de lui, ses yeux ambrés grands ouvert comme son ton trahissant largement de ce fait.

Vous vous êtes présenté à moi sous le nom de Okimura… Une famille que je serai bien ignorant de ne pas connaître. Seriez vous parenté à Okimura Kyûrei-sensei de Okaruto ? Le maître même du style Okimura que l’on cite comme l’une des plus prestigieuses écoles des brumes aux côtés du style Kasuga à la lance et du Tatsujin au no-dashi ? Si c’est bien le cas, alors je crois avoir devant moi un samouraï de sang dépourvu de son daisho… Mais de nouveau, j’imagine que les choses que l’Ordre Céleste choisit d’imposer n’aillent pas systématiquement dans le sens de ceux qui en sont les dépositaires.

Un léger voile de mélancolie teint le visage majoritairement lumineux du jeune esthète alors qu’il ajouta brièvement :

Les Fukyuu partagent leur sang entre la noblesse civile et divinatoire… Et je dois bien avouer que mon cœur se laisse parfois porter par le romantisme prêtés à la caste des bushis. Enfin…

Un silence s’installa doucement, deux suivantes profitant de ce dernier pour venir étaler sur la table kotatsu les infusions préparées et de petites assiettes de mochis et dangos. Une fois qu’elles eurent disparu derrière les pans coulissants des murs, Kanzen reprit, modérément confus :

… Donc… Toujours dans l’hypothèse que je ne me trompe pas… Que fait l’héritier d’un nom si prestigieux sous la tutelle de Maître Tengûroda? Le trajet de votre existence me paraît si curieux que je le soupçonne même de pouvoir nourrir un roman entier… Vous daignerez peut être en partager avec moi quelques détails ? Si le cœur vous en dit, bien entendu...
Revenir en haut Aller en bas
Haruaki

avatar

Kuge

Messages : 59
Date d'inscription : 02/11/2016

Feuille personnage
Age: 35 ans
Titre: Médecin du corps et de l'esprit
Liens:

MessageSujet: Re: Rencontre avec le Chien blanc Lun 17 Juil - 23:05

Décidément, les paroles de l’héritier des Fukyuu semblaient, à l’image de son apparence, à mi-chemin entre l’enfant innocent et l’adulte calculateur. En tout cas, la soumission dont avait fait preuve Yungiri semblait avoir satisfait le Kuge. Haussant les épaules en étouffant un soupire, l’empathe suivit donc cet être qu’il ne parvenait décidément pas à cerner correctement, ce qui avait tendance à le déstabiliser. Il ne put retenir un petit souffle de soulagement en rentrant dans la pièce chauffée. Décidément, il avait beau affectionner réellement ces régions, leur climat glacial n’était pas pour son confort. Appréciateur, il admira un instant la décoration luxueuse sans être ostentatoire. Son hôte demanda à la servante de leur apporter ce qu’il désirait, puis il s’installa au kotastu agréablement chauffé. Masquant sa réticence, et profitant finalement de la douce température du lieu, Yungiri suivit le mouvement, s’installant dans la position la plus digne et la plus respectueuse qu’il pouvait tenir.

Et voilà que l’oiseau blanc continuait de pépier. Quand le jeune Fukyuu lui assura connaître le nom des Okimura, l’empathe ne prit pas la peine de cacher sa surprise, il masqua en revanche son agacement naissant. Allons bon, s’il y avait bien un sujet qu’il ne voulait pas aborder en ce moment, c’était celui-là. À croire qu’un esprit farceur murmurait à l’oreille de l’héritier des glaces les mots exacts nécessaires pour malmener son contrôle. Okimura, Kyûrei, Kasuga, Tatsujin, les noms s’enchaînaient entre les lèvres de jeune homme, et Yungiri laissa transparaître son étonnement amusé dans son sourire. Il voyait dans ces yeux ambre cette pointe d’admiration qui ne trompait pas et qui se confirma avec les mots suivants. Ah, voilà donc le pourquoi de cette conversation.

Dans le court silence qui suivit, on leur apporta boissons et friandises que Yungiri regarda avec envie. Seuls ses quelques souvenirs de l’étiquette l’empêchèrent de se servir pour tremper ses lèvres dans cette préparation légèrement fumante et odorante qu’il soupçonnait infusée à la perfection. Il devrait attendre que son hôte le fasse en premier. Il se fit alors distraitement la réflexion qu’il devrait peut-être s’intéresser un peu plus à la politique, Kasuga, Tatsujin… Certes, il connaissait ces noms et les grandes lignes de leurs histoires, néanmoins, il était à peu près persuadé que son interlocuteur en connaissait plus que lui, alors même que ces familles faisaient partie de son clan natal. Se perdant dans la contemplation de ces mochis et dangos qui semblaient tout simplement exquis, Yungiri conclu qu’après tout, ce n’était pas son boulot. L’héritier de Fukyuu devait exceller en politique et en diplomatie, c’était son devoir. De plus, il semblait porter un intérêt personnel au sujet. Lui, son travail, c’était de soigner les gens, pas de connaître leurs noms.

Finalement, le jeune noble reprit la parole, appelant cette fois à une réponse. Yungiri se laissa quelques secondes de réflexion, et décida alors qu’il n’y avait aucune raison pour qu’il soit le seul à prendre une leçon de vie dans cette conversation, le tout étant de rester subtil. Une main vient alors masser sa nuque, comme pour chasser une quelconque tension, avant d’agripper un peu nerveusement la boucle d’oreille.

"Eh bien… Non, rien qui pourrait alimenter un roman malheureusement. Juste une histoire de vie comme tant d’autres. Un enfant né dans la faiblesse, dépourvu des capacités tant espérées par son père. Je ne pense pas avoir besoin de vous expliquer en long et largue pourquoi ce corps n’a jamais démontré aucune faculté pour le maniement des armes."

Déclara Yungiri en écartant un peu les bras, comme si cela pouvait donner au regard ambré de son vis-à-vis l’occasion de voir au travers de ce vêtement un peu trop ample pour le corps frêle qu’il couvrait. Il s’arrêta là dans les explications, la véritable raison qui l’avait poussé à délaisser la voie des armes resterait tue pour le moment, son interlocuteur n’en avait pas besoin pour comprendre son histoire.

"La médecine en revanche, soigner les gens, panser leurs plaies soulager leur corps, voilà un domaine qui m’a tout de suite parlé. J’ai donc choisi de laisser à mon cadet le soin de porter sur ses épaules les espoirs du, visiblement renommé, Kyurei-sensei, l’aîné se révélant plus doué pour soigner les blessures plutôt que pour les infliger.

Le sourire se voulait rieur, mais sans doute Yungiri n’avait-il pas réussi à cacher complètement son aversion pour les voies de la guerre dans ses mots. Il n’était pas encore très à l’aise, aussi il ne put composer son expression exactement comme il l’aurait voulu, néanmoins, le corps se porta un peu vers l’avant et la tête se pencha sur le côté, jetant désormais un regard de travers insistant sur l’héritier des glaces.

"Néanmoins, ne pensez-vous pas, seigneur, que les mots sont des armes tout aussi tranchantes que les épées ? Savoir manier les mots ouvre beaucoup de portes, ils peuvent convaincre, flatter, ou même blesser. D’ailleurs, il me semble que c’est parfois par manque de maîtrise des mots que les Hommes se blessent, parfois sans l’avoir voulu."

Le ton était à l’interrogation pure, comme une réflexion qui aurait été menée à haute voix. Néanmoins, cela restait une belle manière polie et détournée de faire comprendre au jeune homme que toutes les questions n’étaient pas bonnes à poser et que quelques mots mal placés pouvaient parfois faire beaucoup de mal, même si ce n’était pas le but recherché.


L M M J V S D
Délais de réponse : de 1 à 2 semaines

Jusqu'au bout des mondes

Autumn Tree
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Rencontre avec le Chien blanc

Revenir en haut Aller en bas
 

Rencontre avec le Chien blanc

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Comment on arrête ce truc ?! [PV : May]
» LES "POILUS" d'une Cigale
» Animaux...
» histoires drôles sur les chiens
» Six Pieds sous Mer


Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
-
..
..
...
...
..
..
...
.
..Robin Hood : Les Mystères de Sherwood...Ewilan RPG..
....La Sérénissime..