AccueilFAQRechercherMembresS'enregistrerConnexion

Partagez | .
 

 De quelques pas fortunés.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Minami

avatar

Geisha

Messages : 34
Date d'inscription : 28/06/2016

Feuille personnage
Age: 25
Titre:
Liens:

MessageSujet: De quelques pas fortunés. 5/11/2017, 00:05

Un, deux, trois, quatre.

Au rythme des marteaux sur l’acier, du crissement des lames sur l’enclume. Il n’est plus temps de fondre des cloches ; l’heure est aux outils. Aujourd’hui, une paire de kamas achevée, demain une autre entamée. Le forgeron éponge son front. L’hiver sera dur, certes. Mais se relâcher maintenant, c’est abandonner l’espoir d’un printemps. Il entend les carillons à l’entrée. À peine le temps de s’y diriger que la silhouette s’est évaporée. Laissés derrière elle, quelques linges et un thé.

Un, deux, trois, quatre.

Au rythme des volailles matinales et des semis, dans le silence du travail acharné. La tâche était double, il fallait s’assurer des provisions d’aujourd’hui et de demain. Ce rêve d’une récolte qui leur appartiendra. Pour cela, ils devaient sacrifier pour l’effort qui arrivait. Du temps, et du bétail. Ils espéraient pouvoir survivre un siège ; ils espéraient pouvoir survivre. Un coq gloussa à l’approche d’un inconnu. Il ne s’arrêta qu’un instant, embarquant un panier d’oeufs en échange d’une fourche, neuve, qu’il planta au bord du chemin.

Un, deux, trois, quatre.

Au rythme des processions et des prières, à un espoir incertain. La demeure du coq de feu n’arbore plus fière allure. Humilité et recueillement, préparation et dévotion, pour un peuple anxieux, en proie au doute. La voie de la furie enflammée semblait celle de la violence symbolique, de l’arrogance ostentatoire, du pouvoir écrasant. La Kanushi leur avait tourné le dos ; mais ils tiendront. Ils lui montreront les prouesses d’un peu de chaleur – humaine. Une voix résonna dans le temple ; vivres et onguents venaient d’arriver.

Un, deux, trois, quatre.

Au rythme des kobans qu’on compte, des criées à la foule et des négociations tendues. Son affaire avait rarement aussi bien marché, véritable centre d’échange et distributeur de réconfort – sous la forme de dose, parfois à infuser. Tout venait d’un simple accord, avec ce beau parleur aux idées trop grandes pour lui. Qu’importe, encore que quelques jours, une lune tout au plus, et il sera sur les routes, ses coffres bien chargées, loin du carnage qui s’annonçait.

Voilà d’ailleurs qu’il revenait. Les bras chargés de tissus, colorés, de qualité - kimonos qui ne seront plus portés. Parfait, il allait encore faire sa journée.

« Un, deux, trois et quatre. Voilà qui devrait aller. Je ne vous demanderai pas comment vous avez obtenu tout ça... »

Il n’eut pour seule réponse qu’un sourire, tandis que le jeune homme saisissait la poche de pièces, repartant presque immédiatement.

Ses lèvres d’un éclat carmin, son regard aux traits prolongés, son teint poudré ; la soirée n’allait pas visiblement plus tarder. L’heure d’être Geisha, permettre aux villageois de s’oublier, se laisser aller. Sa nouvelle routine que de permettre à chacun de goûter à l’exceptionnel, les habituer à l’atypique. Il n’avait plus qu’à …

Un, deux, trois, quatre.

Au rythme des pas assurés, d’une esquisse exquise qui flâne dans la rue. Précieux souvenir qui déambule, là, sous ses yeux. Nul temps d’y replonger ; il part l’aborder.

« N’est-ce pas une bonne soirée pour aller danser ? »


Dernière édition par Minami le 8/6/2017, 23:46, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Etsuko

avatar

Civil

Messages : 35
Date d'inscription : 21/12/2016

Feuille personnage
Age: 20 ans
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: De quelques pas fortunés. 5/27/2017, 21:03

Cinq, six, sept, huit.

Les pas pour marcher jusqu'à la prochaine ville s'étendent à l'infini. La fortune délaissée dans son ancien refuge, elle vient chercher celle qui l'attend en face. Argent, richesses, splendeurs qui pourrait dire ce qui la fera sourire ou ce qui fera briller son regard topaze ? Il n'est pas de difficulté qui puisse entamer sa volonté ; il n'est pas de malheur qui puisse entacher ses espérances. Un jour le monde sera à elle, un jour elle pourra faire ce qu'il lui plaît. Tant pis si le lendemain n'est pas aussi étincelant.

Cinq, six, sept, huit.

Le son des anneaux d'un shakujō et le bruit des pas des autres voyageurs. Çà et là s'engagent des conversations et des éclats de rire. Les pèlerins ainsi groupés ne craignent pas les assauts des bandits et ils font connaissent entre eux. Rien n'échappe à son regard perçant, malgré la modestie des tenues et des bagages, elle sait mieux que personne reconnaître ceux qui ont eu davantage de félicité.

Cinq, six, se...

Et puis au fil de ses pas, quand elle les dépasse, quand elle s'immisce entre eux, ses mains se faufilent et récupèrent discrètement quelques trésors. Personne ne s'en rendra compte. Personne ne saura désigner un coupable. Lentement, mais sûrement, elle n'a plus besoin d'eux, plus de leur compagnie ni de leur conversation. Ils arrivent dans la ville, elle s'évapore, cessant de rayonner pour devenir discrète, elle emporte avec elle le mystère de son regard puissant. Tout le monde se retrouve préoccupé par ses affaires, il n'y a personne pour s'intéresser à tout ça.

Neuf, dix, onze...

Elle se faufile dans les rues, s'imprègne de l'agitation qui y règne, porte sur tout et sur tous un regard émerveillé. Ces sons, cet air, cette vie, ce sont les manifestations de la liberté. La sienne, la seule qui importe. Que va-t-elle faire ici ? Elle n'en sait rien, elle ne se pose pas la question. Le destin l'attend, il ne lui a jamais faussé compagnie. L'atmosphère lui semble chaude, joyeuse. Il n'y a rien de particulier aujourd'hui, mais elle aime marcher, retrouver toutes ces choses qu'elle a laissées depuis la dernière fois. Elle pourrait peut-être chanter, danser.

Neuf, dix.

C'est là qu'elle a caché un trésor autrefois, c'est ici qu'elle a fait tourner la tête d'un homme un peu  trop honnête, c'est là-bas qu'elle a dépouillé un marchand. Qu'est-ce que ce sera aujourd'hui ?

C'est une voix, délicate et mélodieuse qui s'invite à ses oreilles. Doucement, elle se tourne, sourit à cet inconnu qui lui parle de danse. La journée est bientôt finie, il ne reste plus que le temps des plaisirs, le meilleur moment. Très maquillée. C'est une geisha. Un. On aurait pu s'y tromper, mais elle connaît bien les visages. Quelle drôle de créature.
Son regard bleu si particulier se plonge dans le sien, elle aimerait bien sonder son esprit. Que lui vaut un tel honneur cette fois-ci ? Elle pourrait être flattée, elle qui vit de rien, elle qui ne va jamais dans ces endroits et lui, il vient jusqu'à elle. Que va-t-il lui proposer ? Elle n'a rien pour le payer, mais il a certainement une idée en tête. Minami. Elle aimerait bien entendre sa mélodie. Rien qu'un instant, rien qu'une fois, dans une vie.

« Les soirées sont toutes assez belles pour danser, ne pas le faire serait dénaturer l'une d'entre elle. »

Elle lui fait face. Elle, pétillante ; lui, majestueux.

« C'est même très simple ; il suffit juste d'un musicien et d'une danseuse. »



~
L-M-M-J-V-S-D
Disponibilités RP sur le compte Maeda Ryohei
Revenir en haut Aller en bas
Minami

avatar

Geisha

Messages : 34
Date d'inscription : 28/06/2016

Feuille personnage
Age: 25
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: De quelques pas fortunés. 8/6/2017, 23:52


Halte.

N’était-elle pas une enfant, la dernière fois ? C’était hier, pourtant. À l’époque des éclats de rire et des belles histoires. Lorsque la vie ruisselait du monde des fleurs et des saules, et qu’ils s’éclaboussaient. Mais hier remonte à loin, maintenant. Presque toute une vie ; toutes ces vies. Elle avait grandi. Et lui, n’était-il plus une enfant, à présent ?

« Alors en avant ! »

Minami part immédiatement. De la musique ? Parfait. Le shamisen lui manquait, il est vrai. D’un pas léger, il traverse les rues. Quelques sourires, d’autres pauses, parfois une révérence, les rues s’emplissent à mesure que la ville s’éteint, que le bruit s’adoucit. Bientôt, il est devant chez lui. Un regard sur ses propres mains ; elles tiennent encore les pièces de la vente. Il sourit ; au moins elle l’a suivi.

Soupir.

Il avança dans l’allée, vers cette grande porte, fermée. Sur le chemin, toutes ces fleurs, séchées. Sa foulée perdait en majestée ; il entrait. La pièce frappait de sa vacuité. Il ne s’y était toujours habitué. Une vague tâche cramoisie se démarquait de cette étouffante pureté. Ses tripes se resserraient ; ses doigts se crispaient. Quelques grincements s’entendaient, de ces pièces entrechoquées.

« Là-bas, tu trouveras de quoi te parer ; maintenant ça devrait t’aller. »

Ses traits souriaient, donnaient le change ; sa voix tremblait. Il tendait le bras vers un salon adjacent, puis se retournaient, vers la chambre. Il poussa la porte, à peine assez pour entrer. Une forte odeur le prit au nez ; mélange âpre de parfums et de sueur, de souvenirs âcres et de nuits passées. De veilles assurées, lorsqu’elles dormaient. Le désordre du lieu contrastait, seule étincelle de vie de ce palais mortifère.

Silence.

Son shamisen est là, dans un coin. Il enjambe ses affaires – kimonos, bijoux et bouteilles. Il l’a, repart. S’arrête. Il se revoît, dans cette pièce vide, discuter à cette gamine, orpheline ? Il se rappelle des effluves sucrées, des parures colorées. Il ressent cette attente, l’excitation d’une mélodie à venir, d’une sœur qui s’apprêtait à jouer. Parée comme il l’est. Il réalise, se reprend. La salle se vide, retourne immaculée – presque. Hier, il y a bien cinq années. Il se tourne vers la chambre.

« Tu repasseras prendre ce qui te plaît ; allons nous chercher un public. »

À ses lèvres, le sourire bienveillant de cette sœur.
Revenir en haut Aller en bas
Etsuko

avatar

Civil

Messages : 35
Date d'inscription : 21/12/2016

Feuille personnage
Age: 20 ans
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: De quelques pas fortunés. 10/15/2017, 14:52

Pas besoin de plus de quelques mots à échanger pour qu'elle le suive. D'instinct, ils se comprennent. Ils ne sont pas vraiment du même monde, mais ils peuvent se rapprocher, presque se toucher. Elle envie sa grâce et son élégance, mais elle sait trouver la sienne, depuis sa spontanéité pétillante, sa joie enivrante et ses pas légers, presque sautillants. Sa bonne humeur ne saurait être entachée par les malheurs de la vie, elle sait se réjouir de l'instant présent, en profiter de toutes ses forces, plus que quiconque. Il n'y a pas de musique, il n'y a pas encore de quoi danser, mais ça ne la dérange pas, elle sait que ce moment va bien finir par arriver.
Ensemble, ils parcourent les rues encore peuplées, traversent la ville et elle le laisse à ses mondanités, se contentant d'afficher un sourire sur son joli minois. Elle ne se pose pas davantage de questions sur ses intentions, elle n'est plus seule et ça lui suffit.

Ils finissent par arriver devant sa majestueuse demeure, son écrin. Les odeurs parfumées envahissent l'atmosphère tiède de la cité. Tout ici semble rayonnant et parfait, mais elle sait qu'il ne s'agit que d'une façade. Comme dans cet endroit où elle a grandi, il s'y cache bien des tourments, différents, mais pas plus aisés à surmonter.
Elle n'envie pas cette existence. Elle préfère sa liberté, même si celle-ci la plonge parfois dans une misère atroce. Elle n'aime pas ce genre de prison dorée, elle ne sait que trop bien en contempler les barreaux. Sans sa présence, sans la confiance qu'elle lui accorde, elle n'aurait jamais mis les pieds ici. Elle le sait bien.

Sa présence envoûtante l'a toujours rendue taciturne. En silence, elle se glisse dans la salle qu'il lui indique. La pièce aux mille tenues, ce genre de lieu qui l'aurait éblouie autrefois et qui lui pince le cœur aujourd'hui. Elle préfère ses vêtements recousus à ces parures merveilleuses. Elle n'en a pas besoin pour attirer sur elle les regards. Elle sait bien qu'avec ça elle serait encore plus merveilleuse, mais ce n'est rien de plus qu'un carcan dans lequel elle pourrait s'emprisonner.
Pourtant, pour un simple soir, elle veut bien jouer ce rôle.

Lentement, elle parcourt du bout des doigts les tissus. Elle veut prendre son temps pour choisir. Quitte à bien s'habiller, autant être resplendissante. Finalement, elle fait son choix, se défait de ses vieilles étoffes, si ternes ici, pour s'envelopper dans sa nouvelle tenue. Ses mains ne sont pas aussi aguerries que toutes celles qui vivent ici, elle ne connaît pas autant de délicatesse ni de minutie, ça ne faisait pas partie de son apprentissage et puis, dehors, ce n'était pas non plus la meilleure occasion pour ça. Ce ne sont pas parures que l'on revêt seule, d'ordinaire. Le silence l'interpelle, elle avait bien remarqué cette tache sur le sol. Pourtant elle ne posera pas de questions.
Alors elle fait de son mieux, elle ne veut pas le décevoir, elle veut voir briller cet éclat dans son regard. Elle veut peut-être faire naître sur ses lèvres un véritable sourire et non plus un de ces factices. Ses cheveux rassemblés par les baguettes et un peigne, elle sort finalement, non sans s'être longuement contemplée dans le miroir. Est-ce que cela suffira ? Elle est restée simple, raisonnable.

« Qu'en penses-tu ? » Demande-t-elle lorsqu'elle lui fait face à nouveau.

Elle est prête à le suivre, où qu'il veuille aller. C'est bien lui qui connaît les meilleurs endroits et au fil de ses notes délicates, elle saura faire les bons mouvements, comme si leur duo avait toujours existé, comme s'ils avaient toujours été liés.

Tenue:
 



~
L-M-M-J-V-S-D
Disponibilités RP sur le compte Maeda Ryohei
Revenir en haut Aller en bas
Minami

avatar

Geisha

Messages : 34
Date d'inscription : 28/06/2016

Feuille personnage
Age: 25
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: De quelques pas fortunés. 10/15/2017, 18:57


« Elles t’auraient aimées ; Etsuko-Hime. »

Un voile de cendres, pellicule terne qui couvrait ses sens. Un monde sans couleur, sans saveur. Sa perception depuis les fleurs fanées. Mais voilà qu’elle contrastait. Rouge, rose et violet. Flamme de vie au milieu de souvenirs vaporeux ; sa dernière ancre à cette réalité.

« J’aimerais te parler. »

Un voile de cendres, les restes d’une vie consommée, consumée. Ce résidu qui revient, encore et encore. De la crémation à la confrontation. Du feu cérémoniel à celui de ses ailes ; Moegami. Tout l’y ramenait, à cette poussière sinistre, à cette étincelle flamboyante.

Un voile de cendres, le plus ardent de ses souhaits.

« Je veux tout voir brûler. »

Son sourire tombe, ses mains se figent. Son corps ne tremble plus ; il est rassuré – assuré. Il ouvre la porte. Deux âmes esseulées, elles sortent. Leurs pas sont légers, presque pressés ; inexorablement attirés par quelque échappatoire. Leurs mots suivent la cadence, s’envolent et dansent, comme s’ils pouvaient s’échapper de cette fatalité. Comme une belle histoire, une ballade fictionnelle, il lui conte ses rêves insurrectionnels.

La mort salvatrice, la déchéance des autorités. Faire tomber le pouvoir, le saisir, le distribuer. Se battre et saboter. Attiser la colère, ériger un symbole : liberté. Tous les rallier, faire crier leur individualité. De beaux principes qu’il impose à sa propre volonté ; une raison qu’on puisse comprendre, à sa seule intention : un voile de cendres.

« Puisses-tu ce soir endurer mon animosité. »

Les voilà arrivées. Paysans et artisans déjà rassemblés autour d’un feu improvisé. Quelques clameurs à leur apparition ; des regards ébahis, par l’étrangère ou sa consœur. D’aucun ne se méprenait désormais, ils la connaissaient, Minami. Ses apparats éphémères, ses traits incertains, son identité fluctuante, ils savaient désormais. Et pourtant, chaque jour, il émerveillait, chaque jour, elle surprenait. Et surtout, chaque jour, Minami les soutenait.

Il n’y eut pas besoin de mot.

Les premières notes s’entendent. Rapides et perçantes, elles s’enchaînent. Sans silence ; loin des traditions, loin des bonnes façons. Un chaos rythmé, sa ferveur matérialisée. Jeune fleur de la maison des arts, qui hurle là sa meilleure façon de s’exprimer. Geisha à la douce ironie, qui déverse toute son âme pour conforter ce peuple ; le divertir et l’embraser.

Bientôt viennent les percussions. Ces mains qui frappent, ces pas qui claquent.
Et sa partenaire qui suit la cadence. S’envole. Et danse.
Revenir en haut Aller en bas
Etsuko

avatar

Civil

Messages : 35
Date d'inscription : 21/12/2016

Feuille personnage
Age: 20 ans
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: De quelques pas fortunés. 12/31/2017, 18:39

Un voile obscur a recouvert cette demeure autrefois emplie de mélodies, de rires et de lumières. Il n’y demeure qu’une tristesse absolue, une sorte de malédiction qui laisse le cœur lourd et qui porterait presque les larmes au bord des yeux. Elle ne veut pas de cette souffrance qu’elle connaît trop bien, ni pour Minami, ni pour elle, ni pour qui que ce soit. Si seulement ils avaient pu y faire quelque chose… Elle veut quitter cet endroit, goûter à nouveau à la joie et s’envoler ; oublier.

Minami ne peut pas pourtant. C’est trop dur, c’est devenu insupportable, intolérable. Elle le sent. Elle hoche la tête, l’écoute, silencieuse, étonnamment taciturne. C’est parce que ce lieu ne se prête plus aux rires ni à la frivolité. Elle voulait d’une vie légère, mais le monde est ainsi fait, rempli de larmes et de tourments. Comment les faire cesser ? C’est comme une effroyable fardeau.
Elle veut croire en ses idées. Elle ne pense même pas que c’est aller à l’encontre des Kami. Le pouvoir là-haut est devenu faible et vacillant. Eux aussi ont sombré dans la maladie quand ils auraient dû être épargnés, portés par tant de puissance et de soutien. Setsu doit changer, Setsu doit faire entendre sa voix. Et celui qu’il lui dessine lui plaît.

Ensemble, ils sont sortis, prêts à entamer leur spectacle, tel un duo parfaitement assorti. Comme des frères, comme des sœurs.

« Faisons-leur entendre ta voix. » Souffle-t-elle en guise de réponse et d’approbation.

Ils sont comme le feu. Là-bas, ils retrouvent leur public. Ils connaissent sans doute déjà Minami et elle est prête à suivre ses mélodies. Sa danse est immédiatement vive, rythmée par sa colère, par leur colère à tous. Les percussions sonnent et frappent comme un grondement unanime. Elle danse, mais elle pourrait tout aussi bien se battre.
Ensemble, ils pourraient être forts, ensemble ils pourraient porter ce message dont ils forment la première étincelle, celle d’un brasier qui pourrait devenir immense, engloutir tout, purifier, pour qu’ils puissent reconstruire un monde qui soit enfin à leur image, qui leur corresponde.

Elle danse, tel un oiseau gracieux. C’est peut-être ce qu’elle aurait aimé faire, plutôt que de se battre, pour vivre, pour ne pas faire que survivre. Mais il le faut bien, on ne lui a pas laissé le choix. À aucun d’entre eux. Oppressés, opprimés, ils sont fatigués. Peut-être pourraient-ils tous danser ensemble, arpenter les rues de la ville pour faire entendre leur voix, leurs cris, leur désespoir, leur désolation.
Cela doit cesser. Dans cette fureur, dans cette souffrance persiste un espoir ; même acculés, ils ne se résignent pas.



~
L-M-M-J-V-S-D
Disponibilités RP sur le compte Maeda Ryohei
Revenir en haut Aller en bas
Minami

avatar

Geisha

Messages : 34
Date d'inscription : 28/06/2016

Feuille personnage
Age: 25
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: De quelques pas fortunés. 2/23/2018, 01:11


Quelques pas.

Claquants, éclatants. De cendres, et d’Éteints – -celles.

Un ballet de silhouettes, des ombres, au teint charbon, la face abîmée et salie, le port fatigué. Un tas las.

Mais ses mains s’animent. Glissent le long des fils, animant pantins à sa merci ; figures discordantes – elles bougent. Au milieu tourbillonne une furie. Une bourrasque d’énergie, elle fait fi de la monotonie, balaie tout ce gris, cette poussière agglutinée, passe et chasse –

Un monde terne, ce qu’il voit et ce qu’il veut. Une scène à l’image de sa colère, son ressentiment. Une scène, seulement.

Alors ses doigts pincent, les cordes crissent, ses dents grincent ; une masse grisée, au pas – arrêtée.

Comme les notes, mesures après mesures, s’enchaînent les instants. D’idées en idées – noires –, il perd le fil du temps. Ses yeux se lèvent sur une foule – stupéfiée ? Hélas, habituée. C’est à ce moment qu’il doit parler ; quand même la mélodie endiablée ne suffit plus à diluer ses pensées, édulcorer cette toxicité. C’est à ce moment que sa voix s’élève ; pour la montrer. À ce moment qu’il devient un berger, qu’il incarne ce qu’il méprise ; il fait autorité.

Il n’a pas commencé qu’il n’a déjà plus de voix ; la gorge nouée, comme s’il avait pleuré, comme s’il avait crié. Il ne peut leur tendre la main ; crispée, elle se contente de décorer, son instrument de nouvelles lignes empourprées. Il saigne d’avoir trop joué - jamais assez.

Souffle court ; il est épuisé.

… Mêmes acculés, ils ne se résignent pas.

Soupir ; le silence a trop duré.

Elle a l’effet d’un rayon ; une présence ensoleillée parmi les ensommeillés. Elle n’assèche les sanglots, elle ne réchauffe la peau. Mais elle est là ; elle existe encore. Une touche rose, elle aussi une fleur, loin d’être séchée.

« Cela a trop duré.                    
Kamis impétueux ;                                        
combien dorment encore à cause d’eux ?
Samouraïs belliqueux ;                                        
sous chacun de leur pas, un charnier.

En chacun de vous, un brasier.
Boya, hurle ton vœu :                    
Setsu, au bûcher.»

D’abord inaudible, comme une pensée suspendue – un cri étouffé. Un murmure se faufilant, ruisselant, faisant voler poussière au vent. Au rythme des cœurs qui s’emballent, des échos en cavale. Bientôt la clameur, bientôt la chaleur, d’une foule avivée.

Ce monde terne qu’il entrevoit ; d’aucune poussière et d’aucune cendre, cette scène noire qui ce soir éclate et claque : de la poudre. Et l’étincelle –

De quelques pas fortunés.
Revenir en haut Aller en bas
Etsuko

avatar

Civil

Messages : 35
Date d'inscription : 21/12/2016

Feuille personnage
Age: 20 ans
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: De quelques pas fortunés. 5/1/2018, 17:00

Ses doigts qui s’agitent sur les cordes forment une belle mélodie. On devine immédiatement qu’il maîtrise parfaitement son instrument, il n’est pas simplement capable de faire quelque chose de beau, il sait aussi jouer sur les émotions, insérer dans ses notes les tons qui vont guider l’esprit dans la bonne direction – dans celle qu’il souhaite. Il est aisé de le suivre en mouvement, sa danse n’a pas besoin d’être réfléchie pour que chaque geste soit en totale harmonie avec les notes. Elle ne sait pas très bien se mouvoir, pas avec le talent de ces danseuses là, mais avec lui, cela semble plus facile et, telle une renaissance, elle se découvre une nouvelle habileté.
Aucun mot ne vient se mélanger à la musique, les gens autour d’eux font aussi silence, appréciant le spectacle qu’on apporte jusqu’à eux, comme s’il avait surgi de nulle part. Elle ne saurait pas très bien dire si la ville en manque d’ordinaire, mais après les récents événements, elle sait ce que pensent leurs cœurs.

Puis, comme si un manque se faisait de plus en plus sentir, on se met à attendre quelque chose. Il manque l’essentiel dans cette expression artistique – le message qu’ils veulent tous deux diffuser. Alors finalement, lorsque tout devient pesant, lorsque ce silence verbal a trop duré, sa voix s’élève, recueillant immédiatement l’attention de tous ces curieux qui ont accepté d’interrompre leur quotidien.
Cette voix, elle sait si bien exprimer ce qui pèse au fond de leur cœur à tous deux, de leur cœur à tous. Écho subtil de cette mélodie exaltante, de cette dansante endiablée, elle se mêle à tout ça pour sublimer.

La colère vibre ; la colère doit gronder.
Comment ! Comment rester encore immobile, passif, à attendre et à espérer ? Comment accepter encore ce funeste destin qui les fait tomber jour après jour dans une misère toujours plus profonde ? Comment supporter la tyrannie d’un pouvoir sourd aux souffrances de son propre peuple ? Comment approuver leurs actes quand tant de gens ont péri, emportés par un sommeil terrible ?

Injustice.
La colère est si forte qu’elle dépasse les simples pensées, qu’elle s’échappe de leurs coeurs en même temps que son chant. Le feu de Setsu l’incarne parfaitement. Ils ne sont pas nés ici pour rien. Eux aussi veulent se joindre à ce cri, à cette vérité qu’on ose enfin avouer.

Boya hurle ton voeu. Setsu,
Au bûcher


Tous ensemble ils peuvent le dire ; le clamer.
Dans la rue, dans la ville, ils commencent à défiler. Le message se transmet, les passants s’attardent, rejoignent le mouvement. Lentement, cette rage gagnent ceux qui se trouvent sur leur chemin. Tous ont quelque chose à dire, tous veulent enfin s’exprimer. Unis, la peur des représailles se dissipe. Ensemble, ils se sentent forts – ils veulent y croire. La possibilité de changer les choses, ils la touchent enfin du bout des doigts.
S’ils grondent, s’ils font entendre leur voix, plus forte qu’eux, plus forte que le pouvoir, tels un tremblement de terre, il faudra bien qu’ils cèdent. Aujourd’hui, ils cessent d’être muets, aujourd’hui, ils osent.

De ce mouvement encore sans nom, portant en eux ces revendications que leurs cœurs connaissent si bien, ils arpentent la ville pour le faire entendre à tous. Inutile de vouloir les faire taire, ils forment une idée, une de celle qui ne peut disparaître.



~
L-M-M-J-V-S-D
Disponibilités RP sur le compte Maeda Ryohei
Revenir en haut Aller en bas
Minami

avatar

Geisha

Messages : 34
Date d'inscription : 28/06/2016

Feuille personnage
Age: 25
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: De quelques pas fortunés. 5/1/2018, 20:12

Cacophonique.
Troupeau des trop pauvres, des trop peu.
Une parade absurde, à la musique enrayée, désenchantée – chaos phonique.
Ils pavanent dans l’ivresse, de l’espoir et de la volonté, de la faiblesse de l’adversité. Ils vocifèrent ; s’exclament et réclament – quoi ?

Une foule désorganisée qui s’emploie à rameuter, chalands et passants. Des mots qui se répètent, en écho dans le vent ; toujours ce même pamphlet, chuchoté comme une prière, clamé comme un cri de guerre. Au bûcher. Au bûcher ! Se brandissent les torches allumées.

Les flammes se lèvent – et s’éloignent.

Reviennent les ombres, tout ce noir dont la rue se pare. Du passage de la procession, ne reste que la poussière qui retombe. Et l’étincelle déjà au sol.

À genoux au cœur de l’allée désormais déserte ; délaissé et sans voix. Nul autre que lui-même pour imaginer ses propres cris – d’effroi. Sa gorge brûle en silence, elle attend que le vent lui rende la parole, que la rumeur s’éteigne et lui revienne. Ses yeux, écarquillés, aperçoivent encore les lueurs, ces teintes d’oranges qui souillent le manteau nocturne. Ses oreilles entendent encore, les échos de sa propre voix, portée par la foule aveuglée.

Comment peuvent-ils ne pas le voir arriver ? Le danger, prêt à les récolter. Bientôt, les katanas seront dégainés. Bientôt, la foule va se dissiper. Il entend presque le sang couler. Il imagine le flot cramoisi se déchaîner, engloutir la foule et dévaler les allées, redonner à la nuit son obscurité. Toutes ses réalités qu’il ne leur a pas mentionnées, Ces vérités omises et masquées, bientôt viendront les trouver.

Déjà, ils crient.

Ils crépitent aussi – non. Ces échos de brasier, de bûches consumées. Par dessus la ligne des toits, des flammes – De vraies flammes ! – se mettent à danser. Silhouettes infernales, qui s’amusent du vent. Leur ardeur étouffe toutes clameurs ; on ne peut que supposer la douleur et la peur, la réalisation soudaine et la répression brutale. Quelques sanglots, quelques ombres – fuyantes.

Bientôt le silence reviendra. Bientôt ils arpenteront cette rue, mettront les gens au pas. Bientôt ils dégaineront à la moindre contestation. Ils répondront par la violence, seule méthode que connaît la Flamme. Qu’ils répriment. Qu’ils attisent.

Qu’ils tuent la rumeur, qu’elle renaisse plus flamboyante encore.

La brise revient le troubler, le trouver tremblant.

Seul sous les étoiles, il fait froid à l’ombre des flammes. Sa peau frissonne. À l’intérieur, il bouillonne.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: De quelques pas fortunés.

Revenir en haut Aller en bas
 

De quelques pas fortunés.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» LES Voies DE LA RECONSTRUCTION PAR JEAN GABRIEL FORTUNÉ.
» Quelques souvenirs de fête ...
» Quelques compliments et une question.
» Des manières quelques peu cavalières. [Libre]
» quelques (nombreux) mois plus tard...


Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
-
..
..
...Ewilan RPG
...
..
Chute de Rozan..
..
..
...La Sérénissime....
.......

Tournoi Cross-Forum
Organisateur
Organisateur
Vainqueur
Vainqueur
Autres participants
Deliciously Evil.tasty tales