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 De quelques pas fortunés.

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Minami

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Geisha

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MessageSujet: De quelques pas fortunés. Jeu 11 Mai - 0:05

Un, deux, trois, quatre.

Au rythme des marteaux sur l’acier, du crissement des lames sur l’enclume. Il n’est plus temps de fondre des cloches ; l’heure est aux outils. Aujourd’hui, une paire de kamas achevée, demain une autre entamée. Le forgeron éponge son front. L’hiver sera dur, certes. Mais se relâcher maintenant, c’est abandonner l’espoir d’un printemps. Il entend les carillons à l’entrée. À peine le temps de s’y diriger que la silhouette s’est évaporée. Laissés derrière elle, quelques linges et un thé.

Un, deux, trois, quatre.

Au rythme des volailles matinales et des semis, dans le silence du travail acharné. La tâche était double, il fallait s’assurer des provisions d’aujourd’hui et de demain. Ce rêve d’une récolte qui leur appartiendra. Pour cela, ils devaient sacrifier pour l’effort qui arrivait. Du temps, et du bétail. Ils espéraient pouvoir survivre un siège ; ils espéraient pouvoir survivre. Un coq gloussa à l’approche d’un inconnu. Il ne s’arrêta qu’un instant, embarquant un panier d’oeufs en échange d’une fourche, neuve, qu’il planta au bord du chemin.

Un, deux, trois, quatre.

Au rythme des processions et des prières, à un espoir incertain. La demeure du coq de feu n’arbore plus fière allure. Humilité et recueillement, préparation et dévotion, pour un peuple anxieux, en proie au doute. La voie de la furie enflammée semblait celle de la violence symbolique, de l’arrogance ostentatoire, du pouvoir écrasant. La Kanushi leur avait tourné le dos ; mais ils tiendront. Ils lui montreront les prouesses d’un peu de chaleur – humaine. Une voix résonna dans le temple ; vivres et onguents venaient d’arriver.

Un, deux, trois, quatre.

Au rythme des kobans qu’on compte, des criées à la foule et des négociations tendues. Son affaire avait rarement aussi bien marché, véritable centre d’échange et distributeur de réconfort – sous la forme de dose, parfois à infuser. Tout venait d’un simple accord, avec ce beau parleur aux idées trop grandes pour lui. Qu’importe, encore que quelques jours, une lune tout au plus, et il sera sur les routes, ses coffres bien chargées, loin du carnage qui s’annonçait.

Voilà d’ailleurs qu’il revenait. Les bras chargés de tissus, colorés, de qualité - kimonos qui ne seront plus portés. Parfait, il allait encore faire sa journée.

« Un, deux, trois et quatre. Voilà qui devrait aller. Je ne vous demanderai pas comment vous avez obtenu tout ça... »

Il n’eut pour seule réponse qu’un sourire, tandis que le jeune homme saisissait la poche de pièces, repartant presque immédiatement.

Ses lèvres d’un éclat carmin, son regard aux traits prolongés, son teint poudré ; la soirée n’allait pas visiblement plus tarder. L’heure d’être Geisha, permettre aux villageois de s’oublier, se laisser aller. Sa nouvelle routine que de permettre à chacun de goûter à l’exceptionnel, les habituer à l’atypique. Il n’avait plus qu’à …

Un, deux, trois, quatre.

Au rythme des pas assurés, d’une esquisse exquise qui flâne dans la rue. Précieux souvenir qui déambule, là, sous ses yeux. Nul temps d’y replonger ; il part l’aborder.

« N’est-ce pas une bonne soirée pour aller danser ? »
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Etsuko

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Civil

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MessageSujet: Re: De quelques pas fortunés. Sam 27 Mai - 21:03

Cinq, six, sept, huit.

Les pas pour marcher jusqu'à la prochaine ville s'étendent à l'infini. La fortune délaissée dans son ancien refuge, elle vient chercher celle qui l'attend en face. Argent, richesses, splendeurs qui pourrait dire ce qui la fera sourire ou ce qui fera briller son regard topaze ? Il n'est pas de difficulté qui puisse entamer sa volonté ; il n'est pas de malheur qui puisse entacher ses espérances. Un jour le monde sera à elle, un jour elle pourra faire ce qu'il lui plaît. Tant pis si le lendemain n'est pas aussi étincelant.

Cinq, six, sept, huit.

Le son des anneaux d'un shakujō et le bruit des pas des autres voyageurs. Çà et là s'engagent des conversations et des éclats de rire. Les pèlerins ainsi groupés ne craignent pas les assauts des bandits et ils font connaissent entre eux. Rien n'échappe à son regard perçant, malgré la modestie des tenues et des bagages, elle sait mieux que personne reconnaître ceux qui ont eu davantage de félicité.

Cinq, six, se...

Et puis au fil de ses pas, quand elle les dépasse, quand elle s'immisce entre eux, ses mains se faufilent et récupèrent discrètement quelques trésors. Personne ne s'en rendra compte. Personne ne saura désigner un coupable. Lentement, mais sûrement, elle n'a plus besoin d'eux, plus de leur compagnie ni de leur conversation. Ils arrivent dans la ville, elle s'évapore, cessant de rayonner pour devenir discrète, elle emporte avec elle le mystère de son regard puissant. Tout le monde se retrouve préoccupé par ses affaires, il n'y a personne pour s'intéresser à tout ça.

Neuf, dix, onze...

Elle se faufile dans les rues, s'imprègne de l'agitation qui y règne, porte sur tout et sur tous un regard émerveillé. Ces sons, cet air, cette vie, ce sont les manifestations de la liberté. La sienne, la seule qui importe. Que va-t-elle faire ici ? Elle n'en sait rien, elle ne se pose pas la question. Le destin l'attend, il ne lui a jamais faussé compagnie. L'atmosphère lui semble chaude, joyeuse. Il n'y a rien de particulier aujourd'hui, mais elle aime marcher, retrouver toutes ces choses qu'elle a laissées depuis la dernière fois. Elle pourrait peut-être chanter, danser.

Neuf, dix.

C'est là qu'elle a caché un trésor autrefois, c'est ici qu'elle a fait tourner la tête d'un homme un peu  trop honnête, c'est là-bas qu'elle a dépouillé un marchand. Qu'est-ce que ce sera aujourd'hui ?

C'est une voix, délicate et mélodieuse qui s'invite à ses oreilles. Doucement, elle se tourne, sourit à cet inconnu qui lui parle de danse. La journée est bientôt finie, il ne reste plus que le temps des plaisirs, le meilleur moment. Très maquillée. C'est une geisha. Un. On aurait pu s'y tromper, mais elle connaît bien les visages. Quelle drôle de créature.
Son regard bleu si particulier se plonge dans le sien, elle aimerait bien sonder son esprit. Que lui vaut un tel honneur cette fois-ci ? Elle pourrait être flattée, elle qui vit de rien, elle qui ne va jamais dans ces endroits et lui, il vient jusqu'à elle. Que va-t-il lui proposer ? Elle n'a rien pour le payer, mais il a certainement une idée en tête. Minami. Elle aimerait bien entendre sa mélodie. Rien qu'un instant, rien qu'une fois, dans une vie.

« Les soirées sont toutes assez belles pour danser, ne pas le faire serait dénaturer l'une d'entre elle. »

Elle lui fait face. Elle, pétillante ; lui, majestueux.

« C'est même très simple ; il suffit juste d'un musicien et d'une danseuse. »



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De quelques pas fortunés.

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