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 [PV] Nuit des fleurs givrées

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Fukyuu Hankyou

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Daimyo

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MessageSujet: [PV] Nuit des fleurs givrées Ven 12 Mai - 13:34


La nuit tomba vite sur les contours de la montagne d’Ite, enveloppant la ville d’une obscurité paisible autant que merveilleuse, qui ajouta déjà à la grandeur de la capitale une plus grande magie lorsque les lumières s’allumèrent de part et d’autres les quartiers.

Sous elles, le notaire marchait, paisible lui aussi. Il était fier de lui, et fier de la jeune femme qu’il accompagnait. Il se sentait important et avoir de quoi l’être : sa mission, sa première mission en dehors ses cachiers et ses lectures s’était si bien passée, il y avait pris tellement de plaisir qu’il considérait, complètement pour lui-même, sérieusement l’idée de se rendre plus souvent dans l’okiya. Mais il n’y verrait peut-être plus la Rose, se disait-il aussi, et sans doute qu’aucune autre geisha la valait, alors… Alors, il n’y pensait plus vraiment et tâchait de lui faire la conversation tant qu’il pouvait encore en profiter.

Mais à mesure qu’ils quittèrent les allées populaires pour gagner celles bien plus calmes et plus impressionnantes du Château Seigneurial, sa voix, son engouement et sa passion moururent petit à petit. Il en perdit jusqu’à l’attention qu’il prêtait à la jeune femme, comme son regard sur les lanternes, et avança sans plus rien trouver à dire. Sa bouche se tut et il sembla même oublier jusqu'à la conscience de son propre corps tant il se mit à espérer que tout se passât bien et à craindre, en même temps, que rien ne fût comme il l’imaginait.  

C’était difficile à dire, pour lui. Fukyuu Hankyou était un homme aux humeurs changeantes et imprévisibles. Le notaire le savait particulièrement bien, puisqu’il était son notaire, et souvent il préférait se taire et disparaître plutôt qu’assister aux états d’âme journalier du Daimyo. Il l’avait vu enthousiaste et chaleureux un jour, puis froid et susceptible le soir. Il était bien difficile de dire comment Bara serait accueillie et comment ils seraient tout deux traîtés une fois devant lui, dans la grande salle du conseil, eux par terre et lui, l’élu du Boeuf Divin, sur son siège orné d’or, un peu en hauteur et beaucoup trop impressionnant pour une si jeune, si délicate, si douce enfant.

Il lui ferait peur, se persuada le conseiller, Fukyuu Hankyou lui ferait peur, et comme il en avait lui-même peur, il ne parvint pas à trouver les mots pour la rassurer avant qu’ils ne rentrassent dans la salle. Il lui ouvrit les portes, sans rien dire, lui lança un sourire encourageant, s’inclina de suite sans regarder la présence au bout des tapis et des colonnes de bois gravées et peintes, et annonça la belle à la grande bête assise devant une plus grande cloison peinte, à l’image d’Itegami, mettant en scène l’histoire de Fukyuu et ses héros.

« Hateku Bara, mon Seigneur, comme vous le désiriez.
- Venez. »

Sa voix était grave et nette à la fois. Elle paraissait aussi profonde qu’il était imposant, de part sa taille, sa position, ses habits des plus riches et cérémoniels qui mettaient en valeur sa peau hâlée autant que ces deux gemmes vertes qui lui servaient d’yeux. Son visage avait quand même l’air doux, reposé, serrein. Il les fixait sans ciller, ou tout comme.

Alors le conseiller invita sa charmante compagne à entrer et la dirigea jusque devant les marches qui surrélevaient cette présence divine. Les lumières bassent, l’encens fumant, l’absence de monde et le silence faisaient une étrange atmosphère.

« Accepterez-vous une chanson, mon Seigneur, pour louer votre présence ce soir ? »

Le Seigneur changea de position mais pas d’expression. Il considéra la jeune femme et de plus près, il semblait bien plus sévère, bien moins touchable et certainement peu adèpte des arts.

« Je vous écoute. »


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Geisha

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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Dim 14 Mai - 19:51

Bara était donc montée dans ses quartiers revêtir ses plus beaux atours, demandant à l’habilleur de l’okiya de venir l’aider d’urgence. Il fut convenu avec lui qu’elle devrait porter, pour cette occasion bien spéciale, un kimono de soirée faisant honneur aux couleurs du clan : blanc et bleu, dont les motifs brodés d’argent représentaient des paysages enneigés. Son chignon fut soigneusement retouché également, pour s’accorder à sa tenue. Elle ne fut jamais changée plus vite que ce jour là, tout en étant prise régulièrement pourtant de légers vertiges dus à l’émotion que lui provoquait l’idée même de se retrouver face à Fukyuu Hankyou. D’autant que ce cher kuge ne lui avait pas dépeint un portrait rassurant de lui. Ne pas chanter l’amour … c’était un peu comme demander à Bara de ne pas chanter du tout, à vrai dire. Grande romantique qu’elle était, la plupart de ses compositions personnelles narrait des histoire de coeurs, des portraits d’amants, ou même des légendes dont le symbolisme et les images allaient dans ce même sens. Raconter en chanson la guerre et ses merveilles … Une vraie mise à l’épreuve, comme si cette simple rencontre n’était pas déjà assez difficile à appréhender. Le moindre faux pas pourrait lui être fatal, la geisha en était bien consciente. L’homme n’avait pas l’air d’être amateur d’art, mais plutôt du bushidô.

Comment faire ? La jeune fille se remémora, pendant toute la route qui la mena au château Yuki, une composition simple qu’elle avait apprise et réadaptée sur la voie du guerrier. C’était le maximum qu’elle puisse faire à son niveau et en si peu de temps. L’homme qui se chargeait de l’accompagner, et dont le nom n’avait toujours pas été révélé à ses oreilles, lui faisait la conversation, comme ils l’avaient fait pendant plusieurs semaines maintenant, comme s’il s’agissait d’une simple balade. Cela rassura un tout petit peu Bara dont la couleur de peau s’approchait de celle de la neige tant elle était inquiète. A l’entrée de la demeure du Seigneur, une pointe d’angoisse la submergea d’autant plus, comme s’ils venaient de franchir une étape … Mais d’un autre côté, elle fut émerveillée par cette bâtisse et tout ce qu’elle contenait, comme un enfant qui découvre le monde ; c’était en fait la seule partie d’Ite qu’elle ne connaissait pas. C’était comme d’ouvrir une lettre attendue depuis trop longtemps, ou un cadeau qu’on ne se serait pas attendu à recevoir. Et encore ; elle n’en avait même pas découvert le quart sans doute.

Cependant, au fur et à mesure qu’ils approchaient de ce qui semblait être l’endroit où le seigneur recevait ses audiences, son guide se tut, comme s’il avait peur qu’on ne l’entende dire quoi que ce soit. C’était assez déroutant, mais pourtant Bara pouvait comprendre. Il était tard, la nuit était déjà bien noire. Elle-même se sentait étrangement mieux depuis qu’ils étaient entrés, mais pas spécialement sereine pour autant. C’était un peu entre les deux. Un peu d’excitation aussi sans doute. Ils arrivèrent devant les fameuses portes. Elle le sut à ce sourire se voulant encourageant et pourtant terriblement préoccupant de son protecteur. Il l’annonça, et la réponse reçue fut si directe qu’on aurait dit un petit coup de poignard. Un peu prise au dépourvu, la jeune geisha se laissa guider, suivant un protocole évident de courbettes et d’inclinaisons qui se voulait logique et spontané dans ce genre de situations, pour montrer son respect à celui dont elle connaissait maintenant la voix, mais dont elle n’avait toujours pas pu voir le visage pour le moment.

Ce ne fut que lorsque le notable kuge l’invita à chanter, et que le daimyô des glaces répondit par la positive, qu’elle se permit de se redresser : on ne pouvait décemment pas chanter correctement en restant inclinée et agenouillée.
Elle prit quelques secondes pour se calmer intérieurement. L’homme qui la jaugeait avait l’air … froid. Une incarnation parfaite d’un Élu de la Glace. Mais il n’avait pas a priori l’air mauvais. Ses yeux fuyèrent néanmoins ; elle ne voulait pas se montrer effrontée dès le premier contact.
Il était temps maintenant de lui faire honneur, comme jamais elle n’avait pu le faire pour quiconque auparavant.

Elle s’avança donc légèrement, pour que sa voix soit à portée des oreilles du daimyô Fukyuu. Puis elle se mit à chanter, comme si son chant sortait de l’air ambiant lui-même, naturel, juste, droit.

“- Grand guerrier, lève toi et va courir les landes,
Ta lame à ton côté, ta volonté est grande ...

La brume de l'hiver accompagne ton pas,
Tu te battras sans cesse : que vienne ton trépas ...
La rosée matinale éveille ton regard,
À l'orée de ta mort le voilà qui s'égare.

Au nom de ta patrie, au nom de ton pays,
Ton repos ne viendra que si meurt l'ennemi,
Rend gloire à ton clan, n'abandonne pas ta tâche,
Les rangs des samurai ne connaissent aucun lâches.

La voilà cette Guerre qui s'avance devant toi,
Vois la maintenant, sombre et belle à la fois,
Comprends ce qui t'attend, combien dures sont ses lois,
Vis pleinement cet instant, ne pense plus à ton toit.

Quand tu auras dans la bouche ce petit goût acide,
Tourne alors ton regard vers la lune de nacre,
Ne voit pas dans son cœur une blancheur placide,
Mais puises-y ta force, voici l'heure de ton sacre.

Car tel est ton devoir, tel est le sacrifice,
Pour que ton nom jamais ne s'avilisse ...
Cette voie est pure et ces intentions bonnes.
Ton avenir s'écrit dès que la corne sonne.

Grand guerrier, lève toi et va courir les landes
Ta lame à ton côté, ta volonté est grande …”


Il n’y avait pas eu de fausses notes, ni de doutes, tant sa maîtrise vocale était parfaite ... Mais le chant était simple, et ancien. Elle espérait que les paroles de cette chanson rendaient correctement honneur à la voie des bushis. Cette pratique avait néanmoins calmé son cœur, bien que son âme ne pouvait que bouillir d’impatience de connaître le verdict du maître du clan des glaces. Elle jeta un coup d’oeil avisé à celui qui l’avait introduite ici, cherchant l’approbation dans son regard, ne pouvant encore se résoudre à croiser les yeux de jade de Fukyuu Hankyou.


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Daimyo

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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Mer 17 Mai - 11:51

Il eut un mouvement de recul intérieur dès qu'elle s'avança. Dès qu'elle ouvrit la bouche, il fronça les sourcils et plissa les yeux, peu certain de ce qu'il allait entendre, l'attention doublée et le nerf plus tendu.

Sans doute s'attendit-il à quelques paroles d'une banalité décevante, semblables à celles des contes qui enjolivent les réalités morbides de la voie de l'honneur, et les autres chants, non moins pertinents, qui poussent tout homme à s'imaginer la guerre avec les couleurs de la gloire.
Mais ce ne fut pas le cas.

Elle le surprit et bien qu'il ne fût pas amateur des arts ni expert en quoi que ce fût à ce propos, il parvint à apprécier sa voix, son choix de mot ainsi que l'effort. Il se décrispa doucement à mesure qu'elle chanta, porta de temps à autre son regard sur le notaire à côté d'elle, absorbé et fasciné qu'il lui sembla être par la bouche gracile de la geisha. Longuement, il les observa de la sorte, tantôt elle, l'écoutant autant que la regardant, lancée et naturelle, sûre et convaincante, tantôt lui, admirateur qui ne se cacha pas de l'être, qui la gratifia d'un sourire discret lorsqu'elle eut fini.
Fukyuu Hankyou en fit de même, mais sans le sourire.  

« Merci, Hateku-san. Vous me semblez mieux vivre ce que vous chantez que certains samouraïs leurs serments, bien que je les respecte tous. Vous avez mon admiration pour vos paroles. »

Il s'appuya au maigre dossier de son siège, s'attrapa le menton, le temps d'une réflexion fugace, et puis tourna la tête vers le notaire. Il s'adressa pourtant encore à elle :

« … Il aurait pu être profitable que vous enseigniez votre don à votre Dame. Sans doute aurait-elle su mieux apprécier la vie avec une telle poésie dans le cœur. C'est dommage. »

Bien qu'il parla d'un ton neutre, l'ombre d'un sourire parut se dessiner au coin de ses lèvres, entre deux satisfactions mitigées. Son visage n'exprimait rien, si ce n'était la froideur et la grandeur de son rang, avec un peu de cette retenue propre à qui vient d'acquérir de trop grandes responsabilités et qui pourtant apprécie encore de pouvoir rester proche des autres. Il descendit sa main, finalement, la reposa sur sa cuisse, comme l'autre. Il se rembrunit.

« Savez-vous pourquoi nous vous avons cherché, fille des fleurs ? Vous pouvez me répondre en toute quiétude.  »

Il appuya sa phrase d'un léger hochement de tête à son attention, l'écouta attentivement lorsqu'elle lui répondit, soudainement moins soutenue par le Kuge dont l'expression s'assombrit également. Il ne la regarda plus, ne regarda pas plus le Seigneur qui, pour sa part, ni quitta plus la jeune femme des yeux.

« … Connaissez-vous l'histoire de la famille Fukyuu ? »


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Geisha

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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Jeu 18 Mai - 8:46


Lorsque le seigneur Fukyuu eut donné son avis sur sa prestation, Bara fut à la fois contente d'avoir fait le bon choix de chanson et ravie d'avoir apparemment contenté les oreilles de son daimyo. Son notaire quant à lui ne la lachait pas des yeux, comme s'il s'attendait à voir la geisha s'effondrer ou disparaitre ... Il n'était pas difficile pour Bara de comprendre que cet homme comptait visiblement sur elle pour montrer à son supérieur qu'il pouvait lui faire confiance, qu'il était quelqu'un de fiable, de capable.

Bara lui rendit un sourire en coin mais reporta bien vite son attention sur l'élu d’Itegami qui lui adressait la parole. Il fit visiblement allusion à son épouse, pas en de très bons termes ... Ce qui confirma à Bara la raison pour laquelle il ne valait mieux pas parler d'amour à cet homme qui semblait souffrir de son mariage.  Elle pouvait le concevoir. Il n'était pas rare d'ailleurs qu'elle rencontre des kuge qui, mariés de force ou pour quelques arrangements politiques ou économiques en venaient à dénigrer même la notion d'amour comme si elle ne pouvait exister. Mais, si le père de la nation des glaces semblait lui parler à elle, cette espèce de suggestion fut faite en direction du notable : chose étrange qui n'échappa pas à la jeune femme. Bien sûr peut être ne connaîtrait elle jamais la vérité sur sa Dame, mais elle garda cela en mémoire car pour elle cela révélait beaucoup sur la personnalité du seigneur.

Mais alors que celui ci semblait pensif, il finit par lui demander si elle avait une idée de ce qui l'amenait ici ... Bien sur Bara se doutait que cela avait un rapport avec Kanzen, puisque tout était parti de là... Elle essaya de répondre avec le plus de tact possible :
"-Mon seigneur, en premier lieu permettez moi de vous remercier. C'est un véritable honneur que d'avoir pu chanter pour vous ..."

Les remerciements étaient sincères et elle tenait à les lui adresser de vive voix tant que c'était possible. Elle poursuivit :
"- Votre serviteur ici-présent a évoqué le nom de Fukyuu Kanzen, j'estime que ma présence ici est liée au fait que je l'ai connu et rencontré dans l'intimité de mon okiya par le passé. Bien que je n'en sache pas davantage sur les raisons de cette enquête ... Je ferais de mon mieux pour vous aider si je le puis ..."

Elle espérait simplement ne trahir en rien son ancien amant, mais elle ne pouvait pas non plus aller contre la volonté de son clan de toutes facons. Cela n'était pas concevable pour elle. Elle devait absolument tout à Ite, la ville de son drame familial et de sa renaissance en tant que fleur Hateku. Son souhait le plus cher était de rendre la pareille autant que possible à cette cité, capitale du clan Fukyuu ...

"- Au sujet de l'histoire de la famille Fukyuu, à vrai dire je ne connais que ce que les légendes et les mythes que l'on retrouve dans le folklore artistique et traditionnel de notre clan racontent... "

Elle préférait ne pas trop s'avancer sur la question, de peur de dire des bêtises devant celui qui devait à coup sûr la connaître sur le bout des doigts.


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Daimyo

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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Ven 26 Mai - 21:34

Le Seigneur sut apprécier son tact. Homme des plus riches susceptibilités, bien qu’il eût fait attention à ne jamais le montrer en public, de part ses gestes, ses ambitions, il avait été capable de démontrer son sérieux et ses convictions, ainsi que leurs natures profondes, notamment en se tranchant le doigt lors de son sacrement officiel, devant les nobles et les faibles.

Alors il était effectivement capable d'apprécier le tact de cette femme, et son choix bien fait de mot tout comme la position bien docile qu’elle adopta finalement pour toute ultime réponse à ses questions. On eût pu dire ce que l’on voulait de lui, Fukyuu Hankyou restait un homme attentif et honnête, capable de reconnaître la vertue d’un homme, ou d’une femme, à l’image qu’il, ou elle, transmettait. Hateku Bara lui offrait celle d’une serviteuse dévouée, soit quelque chose d’appréciable pour une femme telle qu’elle était, et pas comme l’était son épouse, vipère et menthe religieuse, qui ne rêvait d’après lui qu’à ses intérêts personnels. Bara exhalait ces petites choses simples et pourtant importantes qui lui donnaient envie, autant que plaisir, à parler sans faire attention.

« Merci à vous, Hateku-san. Il est toujours plaisant de voir que l’esprit des enfants de Fukyuu rejoint le corps et les valeurs de leurs ancêtres. J’étais comme vous, il y a peu, dit-il, sans tournures, sans masquer ses mots, les mains sur ses cuisses et le visage détendu. Il parla de la sorte, facilement, simplement, rendant la distance entre un élu du divin et un simple vivant à presque rien. Il voulut de cette façon se rendre plus proche d’elle, de la même manière que de quiconque d’autre, sans doute parce qu’il était, lui aussi donc, un des plus humbles enfants de Fukyuu il a quelques semaines de ça encore. J’écoutais avec passion les récits légendaires de notre clan. Cela m’a donné envie de donner ma vie à un sabre fait au nom de notre dame bien aimée ainsi qu’à celui de mon père. Mais je ne savais rien, encore, des vérités entretenues par les dieux et les élus. Qu’ai-je appris, depuis qu’O-Oyamatsumi-sama m’a désigné comme Son légitime sur Terre ? Tout. J’ai tout appris. Et rien de ces légendes portant l’honneur à mon coeur n’était une erreur, pour autant. »

Il appesanti son regard sur elle, désireux de lui faire passer un sérieux message. Il ignora totalement le Kuge à côté qui écouta pourtant, les yeux bas, cette histoire qu’il avait déjà trop entendue.

« Fukyuu Yukimura. Fukyuu Chizue. Ceux-là ne sont pas les premiers à porter les valeurs qui nous font exister aujourd’hui. Itegami-sama existe bien avant eux, bien avant nous et nos ancêtres. Voyez-le ainsi, Hateku-san : chaque élu d’un Kami, quel qu’il soit, subit ses épreuves. Les miennes ont été de revivre Son histoire auprès de Ses hommes et de Ses femmes choisies, avant, pendant et après l’Enfer qui a teint le Ciel de sa couleur écarlate. Il me semblait en assez connaître pour vaincre tout ennemis mais une fois devant Son trône, je n’étais rien. Bien des vies, il m’en a coûté, avant de comprendre son message, il montra sa main amputée de trois doigts et se redressa, comme pour tendre le cou, où pouvait déborder des cicatrices insistantes d’égorgement par-delà la nuque de cuir qu’il portait, bien des vies, et j’aurais dû en perdre une autre lorsque mon âme était celle de l’Oni. Comprenez vous où je veux en venir ? »

Il laissa à peine quelques secondes s’écouler pour observer son visage. Il était impossible qu’elle comprenne, mais il sembla espérer que oui.

« J’ai vécu l’histoire de notre clan. Vécue. J’en suis aujourd’hui le garant, car je porte en moi les valeurs des premiers hommes ayant donné leur foi à la Montagne et le nom, sur mes épaules, de ceux qui l’ont bâtie. Je ne pourrais oser prétendre reconstruire une ville après le chaos sans avoir conscience de ce qu’elle symbolise ni avoir le coeur arraché par les insultes de nos voisins si je n’avais pas la moindre connaissance des sacrifices réels que nos ancêtres ont fait pour que survivent nos valeurs. »

Il était d’un sérieux implacable et montrait une affolante passion pour ce qu’il racontait. Ses croyances, ses convictions et sa foi étaient aussi fortes que visibles. Il n'avait même pas à forcer ou à jouer pour le laisser voir. Fukyuu Hankyou était un fanatique, un défenseur, un soldat à l’image des soldats, des défenseurs et des fanatiques les plus intransigeants et zélés. Il pouvait faire peur ou communiquer sa passion de la sorte, tout dépendant de l’influençabilité de la personne en face de lui.

« Avez-vous connaissance des évènement de cet été, jeune dame ? Hors les monstres, savez-vous quelles erreurs nos cadets, voisins de frontières, ont faites ? Savez-vous que l’histoire nous lie à eux de plus d’une manière et que Fukyuu Kanzen, sang légitime de notre Dame, est otage chez eux ? Voyez-vous quelle importance il a aujourd’hui et quelle aide vous pouvez nous apporter, si je vous dis que Kenshu nous insulte en le gardant encore ? Concevez-vous, petite dame du peuple, que le cousin du sang élu a un rôle déterminant dans l’histoire à venir et vous, une influence à jouer devant moi ? »

Tout semblait d’une gravité sans nom, soudainement. Le regard vert et puissant du Seigneur l’était d’autant plus qu’il ne cillait pas, pas plus qu’il n’était prêt à sourire ou à rire de la situation qu’il évoquait. Bara, comme l’avait craint le notaire, avait sur ses épaules une très lourde charge et ses subtilités, comme ses répercutions, n'étaient même pas encore dévoilées ou de peu effleurées.


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Dernière édition par Fukyuu Hankyou le Ven 2 Juin - 12:28, édité 1 fois
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Geisha

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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Dim 28 Mai - 13:53

“... et vous une influence à jouer devant moi ?“, la dernière phrase du Seigneur des Glaces tranchait dans le vif de l’esprit de Bara, comme une aiguille pique la chair lorsqu’on ne s’y attend pas.

Elle avait déjà depuis quelques minutes maintenant les yeux figés, presque par effroi, mais surtout d’étonnement. Comment en était-on arrivés à une tension pareille ? Comment s’était-elle retrouvée ici, face au Seigneur Fukyuu, à se poser des questions tout aussi existentielles que dérangeantes, et choquantes concernant l’avenir des clans, la politique, et surtout le destin d’un homme qu’elle avait jadis connu et aimé … ?

Fukyuu Hankyou, ses yeux verts perçants, sa présence impressionnante, sa voix droite et sûre, avait conté à la jeune et fluette geisha, qui se sentait plus petite qu’une fourmi en cet instant, le comment. Le pourquoi, pourquoi cette convocation, pourquoi ce besoin d’informations. Elle avait maintenant l’impression d’être responsable de ce que les relations Kenshu / Fukyuu pouvaient devenir dans un futur proche … Mais comment … ?

D’après ce que l’artiste avait compris, en accédant au nom de Fukyuu cet homme qui parlait avec passion avait vu et vécu les vies de ses prédécesseurs, incarnant toute l’Histoire même du clan .... Telles étaient donc les volontés divines et sacrées d’Itegami. Lorsqu’il avait dévoilé cette main mutilée, et qu’elle avait cru apercevoir sans oser pour autant accorder un regard trop impudique à la silhouette de son daimyô, ce cou qui avait subi un sort exutoire par le passé, elle imagina quelles terribles épreuves il avait dû vivre. Pendant une seconde, elle avait compatis à ces douleurs multiples même si elle ne connaissait pas le contexte réel de tout cela, mais bien vite, il lui avait expliqué qu’il en était sorti grandi. Elle lut la grandeur qu’il mettait dans ces mots, dans cette histoire, pour lui faire comprendre les enjeux.

La fleur des Hateku ne savait rien des complexités politiques et diplomatiques qui encerclaient les clans. Elle n’avait eu que peu d’informations dont elle pouvait être sûre de leur véracité sur les phénomènes étranges qui avaient eut lieu cet été. Elle n’avait vu que la mort de certaines connaissances, elle n’avait pu que consoler certains proches, qu’espérer que ceux qui avaient croisé sa route s’en étaient sortis, qu’avoir une foi toujours plus indéfectible dans les forces du Vivant pour vaincre. Quant à Kanzen …

Elle avait la mine grave ; fait notable car cela ne lui arrivait jamais publiquement. La jeune femme était presque au bord des larmes, car trop de sentiments profonds la soulevaient et lui faisaient se poser des questions, mais elle ne pouvait se résoudre à laisser ses yeux aller dans le sens de sa faiblesse. Elle prit une profonde inspiration pour rassembler toute sa contenance avant de lui répondre avec une certaine franchise, cette fois :

“- Je crois bien me rendre compte, Fukyuu Hankyou-sama, de la complexité et des enjeux politiques, grâce à vos dires… Bien que je sois ignorante de beaucoup de choses. Je ne sais pas ce qui s’est passé cet été. Ce dont on a entendu parler … Les attaques de yokaï … Le Sommeil. Le peuple parle de malédiction spirituelle, de courroux divin. Je n’ai fait que subir, comme beaucoup, sans savoir ni comprendre, priant tout mon soûl, aidant à ma mesure autant que je le puisse. Et je ne sais pas ce que les enfants de la Foudre ont fait, et ne saurais me prononcer sur ce qu’ils auraient pu faire pour insulter à ce point la Glace. En revanche … Ce que j’ai su ….”

Elle s’arrêta une seconde, une douleur poignante s’emparant de sa gorge : de stress, d’anxiété de l’avouer … Mais elle osa, laissant son cœur parler plutôt que sa tête :

“- J’ai su que Fukyuu Kanzen avait été fait otage chez eux, même si je n’ai jamais compris les raisons de cet éloignement, puisque, surtout à l’époque, cela ne m’a pas semblé être un échange équitable.”

C’était vrai. La jeune Suzu de l’époque a toujours détesté ce simple fait. Le fait que l’homme qui l’avait faite femme lui soit confisqué, dès le lendemain de leur rencontre, pour des raisons obscures. “Garantir l’amitié entre les clans” ? Ou quelque chose comme ça … C’est en tous cas ce que l’ancien amant lui avait expliqué. Et Bara, aujourd’hui, avait toujours un goût amer en bouche lorsqu’elle y repensait. Si Kanzen n’avait pas été otage kenshu, peut-être cet amour n’aurait-il pas été aussi éphémère … Et même si la jeune femme, aujourd’hui comme à l’époque avait à cœur la paix et l’amitié autant que possible entre les clans, elle avait toujours vécu cette fatalité de l’éloignement comme une chose incroyablement injuste … Ils n’avaient rien pu faire pour cela, c’était le destin qui en avait décidé ainsi, et elle s’y était conformé, soignant la blessure de cette séparation avec le temps. Elle n’avait même pas le droit d’avoir des remords contre qui ou quoi que ce soit, à vrai dire ...

A cette seconde, Hateku Bara regrettait simplement de se montrer aussi faible devant quelqu’un d’aussi fort. C’est ce qui poussa la rose à se flétrir comme sous un hiver rigoureux, et à baisser la tête pour tenter tant bien que mal de camoufler cette tristesse passagère.


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Daimyo

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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Lun 29 Mai - 13:05

Elle lui plut et peut-être que cela fut désormais visible.

Ce qu’elle lui raconta, cette position qu’elle avait eu durant l’été, le toucha autant que la catastrophe l’avait marqué. Il se reconnut, dans ses craintes et ses prières, comme dans ses incompréhensions, ou plutôt, il reconnut  là-dedans les familles des guerriers aussi pitoyables que lui et sans doute aussi ce qu’il avait espéré de la part de la sienne, famille, soit rien qu’un peu de miséricorde et de soutien après son terrible échec, et qu’il n’avait pourtant jamais eus que par le biais des prêtresses en charge des malades.

Entendre que même des geisha avaient pu vouer leurs pensées aux victimes lui fit du bien là où son coeur souffrait encore d’avoir survécu à ces tragédies. En y repensant, d’ailleurs, la douleur dormante dans ses reins se rappela à lui et il baissa aussitôt les yeux, s’affaissa un peu et parut partir dans des contemplations toutes intérieures. Des souvenirs, des flashs rapides, pour la plupart, et beaucoup de regrets, surtout.

Il n’en sortit que lorsqu’elle s’interrompit, une curieuse expression sur le visage. Il la considéra, très attentif en même temps que radoucit. Il hésita à l’encourager, vu comme elle lui semblait marquée, elle aussi.

« J’ai su que Fukyuu Kanzen avait été fait otage chez eux, même si je n’ai jamais compris les raisons de cet éloignement, puisque, surtout à l’époque, cela ne m’a pas semblé être un échange équitable. »

Il haussa les sourcils et se mit à lui sourire agréablement, comme pour approuver. Bara sut incontestablement comment lui plaire.

« C’est tout à fait exact. »

Il marqua une pause, lança un regard au notaire et reprit, moins enfiévré :

« C’était pour sceller une amitié construite à travers la guerre. Le genre de guerre que vous chantez, Hateku-san, j’espère que vous le savez, à défaut de le comprendre. J’espère que c’est ce qu’il vous a dit. C’est un grand honneur que de devenir le garant d’une paix historique entre deux peuples, un ancien et un nouveau, ensemble, unis... »

Il sourit encore, se voulant rassurant et compatissant. Mais elle avait l’air trop triste, elle avait l’air trop… malheureux. Hélas, Fukyuu Hankyou ne pourrait pas partager son sourire, ou lui rendre le sien, mais il eut envie de se lever pour l’inciter à redresser la tête, n’aurait-ce été que pour qu’elle s'aperçût qu’elle n’était pas seulement cette solitude désespérée incarnée devant lui et, lui, pas seulement cette fatalité qui tombe un beau jour sur un innocent. Il devait faire attention, se dit-il, la voyant fragile et atteinte, alors il désigna la porte au Kuge et ce dernier se leva pour la gagner. Il partit rapidement.  

« ... Mais qu’unit-on s’il n’y a qu’un parti qui donne, après avoir sacrifié ? » demanda-t-il, comme une rhétorique, même si, à la fois, il avait le ton de qui espère découvrir une nouvelle réponse. La sienne, et celle du conseil, à cette heure, était évidemment : rien. On n’unit rien, lorsqu’un clan donne davantage qu’un autre, sacrifie pour qu’il vive et ne reçoit pour toute politesse que… rien. Rien. C’était la réponse évidente et facile. C’était peut-être aussi celle qui faisait le plus mal. Le réalisme fait toujours mal.

« Il est parmi eux depuis assez longtemps, désormais. Sans doutes nos ingrats “amis” ont-ils eu le temps d’oublier ce qu’il représente exactement. Lui-même se peut-il l’avoir oublié. C’est ce que la tête de notre clan se demande, puisque l’échange, comme vous le dites, est resté très longtemps inégal. Si le Maudit ne s’en est pas préoccupé, je m’en préoccupe. Il est hors-de-question que les mémoires de Fukyuu, son sang, soit sali plus longtemps. Parlez-moi de lui, Hateku Bara, tel que vous l’avez connu lorsqu’il était des nôtres. Vous avez été proches, jadis, intimes, il se dit. Je vous garderai proche, vos mots sont importants, vos souvenirs sont importants. Fusahira-san va vous apporter de quoi vous remettre de ce que je vous inflige. Sentez-vous bien ici, je vous en pries. »


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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Lun 29 Mai - 22:18

Bara avait souhaité cacher sa mine triste, mais cela n'avait pas sembler fonctionner. Fukyuu Hankyou, sous son masque d’apparente force tranquille l’observait en fait assidûment. Pourtant, le seigneur Fukyuu eut globalement une attitude plus douce, comme pour compatir avec elle. Elle fut aussi presque reconnaissante à son daimyo de faire sortir le notable qui était toujours là derrière à surveiller la moindre mimique et le moindre geste. Elle était déjà gênée d'éprouver cet instant de faiblesse devant un inconnu, mais d'autant plus peut-être devant un homme qu'elle avait côtoyé. L’homme en profita pour lui exprimer son point de vue assez franchement. Qu'unit-on si il n'y a qu'un parti qui donne, après s'être sacrifié ? ... Bara comprenait bien le sens de cette question, qui n'appelait pas de réponse de sa part pour autant ... C'est vrai, si la prise en otage n'apportait rien de concret : à quoi bon ? Un "gage de bonne foi" ? Mais pourquoi le propre sang de la famille Fukyuu alors ? N’y avait-il eu personne d’autre pour accomplir cela ? Bien sur Kanzen pouvait en retirer beaucoup de mérite, c’était un poids qu’il avait dû porter seul, qu’il avait assumé avec brio. La vie d’un homme de la Cour n'est pas quelque chose dont on peut simplement disposer à souhait contre aucune garantie de quoi que ce soit.

La rose se laissait convaincre petit à petit par les propos du daimyo. Mais quoi qu'il dise, il subsistait tout de même une part obscure de doute en elle. Kanzen avait dû refaire sa vie à Kenshu. Si le but de toute cette manœuvre de la Cour d'Ite consistait à le faire revenir ou à proposer un autre marché à Kenshu, est-ce-que cela n'allait pas ressembler à arracher Kanzen une seconde fois à sa propre vie ? Bien sur, Bara savait que le nom de Fukyuu qu'il portait par le sang devait sans doute l'entraver quotidiennement, étiqueté de la sorte, au sein du clan des Foudres. Il n'était pas "des leurs". En tous cas ce n'était pas forcément net pour tout le monde. Forcément. Mais le connaissant, elle ne pouvait s'imaginer qu'il ne se soit pas non plus pour autant fait une place, une vraie, dans la vie du clan. C'était un homme d'ambitions après tout. Il lui avait d’ailleurs parlé dans ses lettres de ses rencontres … Au moins succinctement. Il vivait presque la même vie là bas qu’ici, en dehors de son statut si particuliers.

Qu’est-ce-qu’elle pouvait se permettre de dire ? La question fut assez vite réglée, puisque l’Elu d’Itegami avait apparemment déjà eu vent des rumeurs concernant la nature exacte de la relation qui avait vu le jour entre Bara et Kanzen. La geisha attendit de reprendre son calme, mais c’est pourtant les joues roses, un peu honteuse de se rendre compte que sa vie intime avait pu être révélée aux oreilles du daimyô en personne, qu’elle lui répondit :

“- Si je comprends bien, mon seigneur, vous désirez que je reste quelque temps ici ? Que je vous parle un peu plus de ce que je sais, ou au moins de ce que j’ai su de Kanzen ?”

La geisha comprenait parfaitement, bien sur. Ces questions qu’elles posaient étaient là plus pour montrer qu’elle portait bonne écoute à ce que l’homme aux yeux de jade lui disait et lui demandait.

“- Je suis navrée d’apprendre que d’aussi basses informations sont allées jusque vos oreilles, Fukyuu-sama. Elles sont pourtant avérées. Fukyuu Kanzen s’est posé en protecteur pour moi et mon Okasan n’y a vu aucun inconvénient bien sur. Comment refuser une requête venant de lui ? …”

Elle sentait qu’elle devrait tôt ou tard dresser devant le seigneur des glaces un portrait, le plus objectif que possible, du Chien Blanc. Mais elle voulait prendre le temps de le faire correctement. De ne pas omettre ou déformer d’informations sur lui. De restituer en bonne et due forme les bribes de ses souvenirs afin d’en faire quelque chose d’assez proche de la réalité passée. Depuis la première fois qu’elle était arrivée au château, l’okiya lui manqua. Elle se sentit très inconfortable, dans ce bâtiment devant lequel elle s’était pourtant extasié il y a encore quelques minutes. Elle repensa à ce que le daimyô venait pourtant tout juste de lui dire : “Sentez-vous bien ici, je vous en prie”. Ils n’étaient pas à l’okiya mais … Elle redressa bien la tête cette fois, pour annoncer humblement, mais osant pour la première fois croiser réellement son regard :
“- Je me tiens à votre service, demandez-moi ce que vous voudrez, je ferais de mon mieux pour vous être utile si c’est dans mes capacités.”

Car si pour une fois elle n’était pas l'hôtesse, elle pouvait toujours être la servante, et il pouvait toujours être le client.


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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Mer 31 Mai - 13:20

S’il y avait bien une chose que le Seigneur avait très vite apprise à considérer, c’est l’utilité de sa cour et l’intérêt des privilèges qu’elle offre.

Avant même son impatronisation officielle, il avait utilisé les précieuses influences de cette dernière avec conscience et sagesse afin de s’y asseoir et d’y être légitime mais, et surtout, aussi afin d’y faire entrer de nouveaux visages. Comme Fukyuu Yukimura avant lui, quoique d’une plus habile et subtile façon, on pouvait dire qu’il entreprenait de réformer son entourage.

Mais contrairement à son prédécesseur, il n’excluait pas ses opposants au bénéfice de ses amis. Il ne se débarrassait de personne, pas même du représentant de la famille Gecchouseki, de laquelle il gardait pourtant un bien mauvais souvenir.

Sans conteste la lecture du journal du Maudit, qui traitait de nombreuses de ces choses qui feraient le quotidien de sa régence, l’avait alerté et aidé à entrevoir les armes virtuelles avec lesquelles il se devait désormais de jouer : celles des noms, celles des réputations, celles des finances et celles des visages.

Hateku Bara avait le visage. Celui de ces femmes traditionnelles qui dictent le canon de la beauté, celui de la jeunesse magnifique et généreuse, celui qui personnifie le standard du bon goût et de la réussite. Elle possédait également une voix, qui donnait envie d’être entendue, il en avait maintenant assurance, tout comme une sensibilité accrue et l’humble malignité des quelques gens éduqués du peuple.

Parfaitement, elle comprit où il voulait en venir. Il ne douta pas qu’elle lui rendrait tout aussi parfaitement service, à propos de Kanzen et plus tard, aussi, s’il advenait qu’elle restait telle qu’elle lui apparaissait ce soir.

Une chose à craindre, comme avec tout le monde, le Daimyo en était conscient, compte tenu qu’il faisait miroiter l’or à des êtres qui n’avaient jamais vu que sa poussière. Furuta Yoshifumi, Maeda Ryohei, Nagaya Eichi… Ceux-là avaient été les premiers à qui il avait offert des privilèges, sans jamais parler des inconvénients, en échange de leurs talents humains.
La Fleur de la maison Hateku était la première femme sur qui il posait ses yeux d’ambitieux Seigneur, et même s’il n’avait pas une opinion bien faite des femmes, il ne doutait ni de sa docilité ni de son intérêt.

Malgré le fait que son statut de geisha avait fait s’écarquiller les yeux de l’assemblée, après que son nom, son importance et son potentiel avenir au sein du Château eurent été évoqués, et ardemment souligné, par les membres du conseil, la délicatesse morale pour eux qu’impliquait son intégration dans leur sphère, ils s’étaient accordés à dire qu’elle avait et aurait tout de même un rôle à jouer, plus ou moins louable et nécessaire, dans la politique du clan. Elle était précieuse, avait défendu les Sept Echos, précieuse et pétrissable, si jamais, comme toutes femmes amoureuses.

Les discussions à son sujet avaient été plus éprouvantes que les recherches sur elle ou même que celles sur Kanzen. Mais ce soir, en l’écoutant, Hankyou pouvait se féliciter d’avoir, une fois de plus, eu raison de parlementer. Elle ne lui ferait pas défaut, il ne le lui permettrait pas, comme à personne, comme il ne se le permettait pas à lui-même. Il voyait grand et se donnait les moyens de le faire, lui-même, en s’entourant convenablement. Bara le récompensait, il en était presque satisfait et le montra ainsi, baissant le front et la tête, signant silencieusement sa reconnaissance.

Car, pour sa part, il n’avait pas la moindre renommée. Son nom d’homme n’était associé qu’à quelques rocambolesques mésaventures, rayé de l’histoire par ailleurs au moment même où il dut prendre celui du clan. L’élu n’en restait pas moins vaillant et désireux de se faire reconnaître, de se montrer et de prouver qu’il était capable d’être et d’incarner l’Ancien Sang. On pouvait sans doute lui reprocher chacune de ses entreprises, chacune de ses rencontres et voir, en cet inconnu, un audacieux arriviste. On ne pouvait cependant pas lui reprocher de rester les bras croisés et de profiter de son statut pour en faire profiter ses amis : il n’avait pas d’amis. Du reste, il fallait le retenir de s’impliquer trop, et physiquement, dans toutes les affaires du clan et lui rappeler, parfois, les dangers de son rôle. Miyuki, son installation dans le domaine Furuta, n’était certainement que le premier de ses audacieux projets, l’ensemble de ses gens en étaient convaincus, et les suivants ne seraient pas moins hardus. En rencontrant Bara, il entamait déjà de montrer combien il était dévoué et plein de ressources. Il remettait Fukyuu sur ses pieds, lui destinait un cheval et voyait déjà sa destination : Kenshu, peut-être, murmurait-on déjà dans les enceintes de Yuki, comme cet homme prenait parfois les traits de la vindicte, parlait comme les Suigyuu avaient parlé, et comme Chizue face à Setsu Ichigo, dès lors que le nom du Clan du tigre était prononcé.

« Votre Okasan est fière de dire que l’une de ses enfants est la protégée de Fukyuu. » dit-il, en se redressant. Il se leva doucement, crispant le visage de douleur dans le mouvement. « J’en aurais fait autant, si ma… »

Il finit sa phrase tout bas, trop bas pour être entendu, se rendant en même temps compte de ce qu’il disait : « … fille avait pu en faire autant. » Elle ne le ferait jamais et il ne sut pas pourquoi il y pensa quand même. Bara ne lui ressemblait pas, cependant elle lui évoquait tout de même son souvenir. Il se rattrapa vite.

« Poursuivons en marchant, s’il-vous-plait. Je ne supporte pas de rester immobile trop longtemps. Je viens de passer un temps certain à cheval, et les routes ne sont plus ce qu’elles étaient. Peut-être aimeriez-vous aussi voir la demeure de notre Dame bien-aimée. Je n’ai moi-même encore pas tout découvert. »

Encore, il sourit, descendant les trois ridicules marches qui les séparaient, le dos droit ainsi que son horrible main rangée sous son hanten-tora. Il la regardait toujours de cette façon appuyée, quoique bien moins scrutatrice. Il paraissait avoir rajeuni, d’un coup, comme il lui accordait une attention plus douce, plus protectrice, en se mettant à sa hauteur.

« Levez-vous. Ne craignez rien. Vous êtes pupille de la Montagne, désormais. Pour ceux qui l’aiment, elle est généreuse. L’hiver à venir aussi. Marchons jusqu’aux jardins de la Grande Dame, où les fleurs ne cessent de pousser. Racontez-moi votre histoire, Hateku-san. Je sais que les parents, qu’ils le soient véritablement ou non, ont tendance à exagérer toutes choses. »


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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Sam 3 Juin - 14:21

C’est en se posant en servante que Bara conquis le maître du clan. Il n’était pas difficile pour elle de jouer ce rôle ; c’était quelque chose qu’elle connaissait chaque jour. Ses clients sont toujours rois par rapport à elle ; elle ne pouvait donc ressentir aucun outrage à se présenter en tant que telle. Mais pourtant, elle crut percevoir dans les yeux de Fukyuu Hankyou, dans la manière dont il la regardait maintenant quelque chose qui dépassait le simple fait d’être servante. Jusqu’où allaient les ambitions de cet homme pour elle ? Bien sûr, elle était bien incapable de le deviner, mais le regard qu’il lui portait depuis quelques minutes maintenant n’était pas exactement pareil. Moins froid. Toujours un peu dur pourtant, mais plus intéressé. Et il lui souriait … Ce qui la rassurait, bien sur, quand bien même elle ne pouvait connaître les desseins sans doute très bien ficelés de son seigneur. Il la regardait autrement et cela suffisait déjà à apaiser le coeur de la geisha qui avait été bien mis à l’épreuve.

Ce qui suivit fut d’autant plus rassurant. Il commença par lui dire que son Ôkasan pouvait être fière d’elle, ce qui bien sur la rendait toujours fière elle-même, car c’était à cette femme unique qu’elle devait tout ce qu’elle était aujourd’hui, ou presque en tous cas, et qu’elle voulait lui rendre la pareille au centuple. Cela ne put que faire sourire la jeune femme, d’un sourire franc et joyeux, bien qu’un peu gêné aussi de recevoir une telle bénédiction de sa part. Il entama pourtant une nouvelle phrase mais, malgré ses très bonnes oreilles, elle ne put en entendre la fin. Il semblait qu’il avait soufflé cette fin dans le vent, et qu’elle s’était déjà envolée … Peut-être quelque chose qu’il ne voulait pas révéler à la geisha … Mais elle ne pouvait pas bien comprendre de quoi il s’agissait, ne le connaissant encore que trop peu. Il s’était redressé en grimaçant ; l’artiste s’aperçut donc de la douleur physique sans laquelle il était. Empathe, comme souvent, elle ne put s’empêcher de compatir à ce mal, ce qui eut pour effet d’effacer le tout jeune sourire affiché sur son visage. Elle se pinça les lèvres, mais voyant que l’homme enchaînait déjà sur autre chose, se ravisa, et se concentra à nouveau sur ce qu’il allait dire.

Il lui proposa de poursuivre cette discussion en marchant, ce qui l’étonna d’abord ; elle se sentait chanceuse que le seigneur veuille passer un peu plus de temps avec elle. Il lui proposait aussi de visiter certaines parties du château ; elle était donc doublement chanceuse, car depuis qu’elle y avait posé un pied, elle était curieuse d’en connaître les moindre recoins. Alors, pouvoir en visiter au moins une partie avec Fukyuu-sama en personne … Il se leva et descendit de son piédestal -ce qui eut pour effet de la faire s’incliner, elle, une nouvelle fois-, puis vint se mettre à son niveau, lui demandant de se relever.

A ce simple fait, plusieurs réactions : elle rougit, déjà, dans un premier temps. Un sursaut de timidité face à lui, car même s’il lui faisait l’insigne honneur de se mettre sur le même plan qu’elle, elle se sentait toujours fourmi face à une montagne. Son regard était reconnaissant, et ses pupilles brillaient d’une étincelle bienveillante et chaleureuse.

A titre de comparaison purement physique, l’homme n’était pas des plus grands qu’elle connaissait, mais elle, avec sa très petite taille, faisait au moins une tête de moins que lui. Heureusement ses gettas -toujours très hauts- venaient un peu écraser cet écart. La carrure de seigneur Fukyuu faisait penser bien sûr à celle d'un samurai. Il cacha sa main droite sous ses vêtements ; surement pour ne pas l'exposer aux yeux, une habitude qu'il avait dû prendre. Bara trouvait cela étrangement attendrissant.

Ses observations des gestes, muets ou non, était d'autant plus aiguisée qu'elle était en présence de son daimyô : elle ne pouvait omettre aucun détail … Cependant elle ne pouvait le laisser indéfiniment sans réponse :

”- Ce sera avec un grand plaisir, mon seigneur. J'avoue avoir soif de connaître un peu mieux le château : c'est le seul lieu d’Ite qui m'est encore inconnu, et il a une personnalité architecturale qu'on ne peut ignorer.”

Elle lui adressa un sourire sincère et doux.

Fukyuu Hankyou avait demandé à ce qu'elle parle d'elle, elle essaya donc de ne pas se perdre dans des détails, de peur de perdre son attention et de l’ennuyer.

”- Pour ce qui est de moi, je ne sais pas si mon histoire mérite d'être contée. Je suis née sous le nom de Shinju Suzu. J'ai vécu une enfance assez malheureuse ; mes parents étaient des marchands prospères jusqu'à ce que ma mère ne meure bien trop tôt d'une maladie fulgurante. Mon père …”

Elle marqua une courte pause sans vraiment le vouloir, ne sachant comment le qualifier. Cet homme représentait tout ce qu'il lui était arrivé de pire. Elle n'avait pas dit que c'était d'ailleurs lui qui avait probablement tué sa femme, en l’usant, petit à petit, à force de violences inexpliquées et injustifiées, drogué qu'il était par l'alcool, déçu et blessé par ses propres échecs cuisants en matière commerciale.

”- Eh bien, pour faire court je dirais qu'il est tombé en disgrâce.”

Oui, cela était suffisant sans doute pour les oreilles du daimyô : elle ne voulait pas s'apitoyer devant lui qui avait surement vécu bien pire …

”- Hateku Yuuki, mon Okasan, m'a proposé très vite de me recueillir à l’okiya alors que j'étais encore enfant. Elle … Elle m'a sauvée, je pense. Elle avait entendu parler de moi car elle était une ancienne cliente de ma mère qui confectionnait de magnifique kimonos.”

Cela se passait également de commentaires.

”- Ensuite, comme vous vous en doutez, je suis devenue apprentie, puis maiko, puis geisha, et j'ai pris le nom de Hateku Bara. J'ai rencontré beaucoup de notables de votre Cour, grâce à la confiance que m'a accordé Okasan. J'espère leur avoir fait honneur ... Kagome Katsuya … Maeda Ryohei … Entre autres … et comme vous le savez déjà, Fukyuu Kanzen.”

Elle ne souhaitait pas remettre le couvert en reparlant de la particularité de sa relation avec Kanzen, pas tout de suite. Elle attendait qu'il lui demande.

Maintenant qu'elle y pensait, elle ne savait pas grand chose du daimyo lui même … D’après les échos qu'elle avait eu, c'était un homme qui avait beaucoup de principes et qui avait un profond respect pour Chizue-sama. Mais il sortait un peu de nulle part. Il avait clairement prouvé son allégeance à Itegami-sama en se coupant un doigt publiquement, en supplément de ceux qu'il avait déjà perdus …

Elle espérait quelque part aussi en apprendre plus sur lui, même si elle n'osait poser aucune question … De peur d'avoir l'air trop insistante et donc déplacée. Mais la Rose avait pour qualité d'être quelqu'un de patient, elle pouvait aussi attendre une vie s'il le fallait … Le plaisir était aussi dans la langueur d'une attente, meme si elle pouvait aussi avoir le double tranchant d'être douloureuse. Elle en avait déjà fait l'expérience dans sa correspondance avec Kanzen autrefois.

Qu'allait-il donc bien pouvoir lui réserver ?


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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Mar 6 Juin - 0:05

Il en fallait peu à cet homme pour apprécier une personnalité. Et même s’il en fallait autant pour gagner son inimitié, il n’en restait pas moins de nature curieuse et sociale. Écouter, tout simplement, était un exercice auquel il aimait se livrer et qu’il n’avait plus eu l’occasion de faire en des circonstances aussi simples.

Marcher aux côtés de Bara fut agréable, de ce fait, tout comme l’entendre évoquer les très grandes lignes de sa vie. Cela restait encore la meilleure façon de se faire d’elle un avis, si large et dépouillé de détails fût-il, et de voir, aussi, comment elle se concevait. Évidemment, les règles de la bienséance jouèrent sans doute pour influencer son discour, et le raccourcir, mais cela suffit mille fois à ce Seigneur, avide qu’il était de la laisser s’exprimer librement, pour qui le simple fait de se taire et d’imaginer la vie de cette femme fut un plaisir.

Souvent, il changea d’expression d’ailleurs, tantôt regardant les murs, comme ce qu’elle lui dit de sa mère, la véritable, le toucha personnellement, tantôt la regardant elle, en biais, comme ses pauses et son choix de mot l’intriguèrent. Les expressions de son visage aussi, mais la dame était sans nul doute experte et se maîtrisait sans mal. Lui, lorsqu’il entendit le mot “disgrâce”, il se mit à réfléchir, un peu perturbé.

Mais, sommes toutes, elle lui renvoya une image d’elle tout à fait agréable, en plus de lui dépeindre le croquis d’une personne qui a vécu, elle aussi, son lot de malheurs et de rencontres fortunées. Comme lui. Comme tout un chacun. Il se reconnut pourtant dans quelques unes de ses paroles. En bien comme en mal.

Ainsi il se sentit proche d’elle, d’une certaine façon, ou tout du moins capable, en tout cas, de l’être et de partager en sa compagnie des souvenirs d’affections terribles et bonnes. Ce fut d’autant plus le cas lorsqu’elle lui parla de quelques estimables autres personnes, qu’il appréciait et admirait lui-même, ce qui l’encouragea à lui faire confiance. Si Kagome Katsuya et Maeda Ryohei connaissaient la fleur, il ne douta plus qu’elle valait la peine d’être cueillie. Il n’y avait pas de mauvaises rumeurs à son sujet qui fût parvenues à ses oreilles : la Maison Hateku, autant que ses oiseaux, avait une excellente réputation et savait, du reste, la tenir. Il n’avait jamais eu l’occasion de s’y rendre, avant, et malgré tout il fut persuadé d’en avoir déjà entendu vanter les mérites, il y a longtemps, quand encore il était à son dojo.  

Au fil de leurs pas, il se détendit, alors, comme il ne l’était jamais véritablement, jusqu’à en ignorer même la douleur dans son dos lorsqu’ils atteignirent la terrasse en bois surélevée qui offrit à leurs vues les jardins en pente, la mer au loin et la vaste nuit tout au-dessus. Il faisait assez sombre et les nuages étaient nombreux à courir sous la lune. L’altitude de l’alpage rendait l’air plus froid que frais.

Il s'arrêta pour regarder l’horizon. La première fois qu’il était venu ici, ç’avait été pour la Kannushi. Ici, elle était venue se recueillir, trouver du silence, du calme et du grand air. L’endroit semblait un lieu de médiation approprié et peu visité, comme le bois avait l’usure des intempéries plutôt que celle des passages. C’était ici, en outre, sur ces planches, qu’ils avaient passé leur dernier bon moment ensemble. Les autres, en y repensant, et il y pensa, n’étaient finalement qu’une lente découverte, si ce n’était pas déjà carrément une explosion, de leurs différends. Il regarda Bara, pas moins admirable que la jeune Seiko, avec ses yeux de poétesse et sa bouche d’amoureuse, ses longs cheveux comme la soie et le velours dans lesquels un homme, comme lui, comme ses clients, pouvaient aspirer à se perdre, et sourit poliment, chassant facilement les tristes questions qui lui vinrent en tête.

« J’ai été sauvé aussi. Un grand homme m’a un jour permis d’avoir un destin. Aujourd’hui il sommeille entre les étoiles, ou alors son âme a trouvé un nouveau corps. Dans les deux cas, je n’ai pas fini de lui être redevable et reconnaissant. Pour tout. Il n’était pas mon père, n’aurait pas voulu l’être, et je n’aurais pas voulu qu’il le soit, mais il a été un maître, un guide, un ami et un sauveur. A la hauteur de votre Okasan, sans doute, bien que ce que je lui dois ne se monnaie qu'avec la vie. J’ai parfois bien hâte de le rembourser… »

Il reprit sa marche, tranquille, pour longer l’enceinte du Château. De l’autre côté, un arbre tordu au bord d’un escalier en pierres, mal ajustées, commençait à perdre ses feuilles. Il passa devant et entama la descente.

« Vous avez rencontré le Héro du peuple, alors ? Quel effet vous a-t-il fait ? Et Maeda-senpai, il me semble être un homme des plus agréables. Je l’ai rencontré le jour de mon sacre. Je suis sûr que vous avez eu de très riches conversations ensemble. Ils m’aident beaucoup, Kagome-san et lui. »

Une fois de plus il s’arrêta, un pied sur une marche, l’autre sur une autre, l’air avenant.

« … J’ignore si vous avez le droit de parler de vos clients, pardonnez-moi la maladresse. Je ne suis que très peu habitué des arts et de ses convenances. Vous êtes la première geisha que je rencontre vraiment.»


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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Ven 9 Juin - 23:43


C'est avec un plaisir infini que la Rose avançait donc aux côtés de son daimyô, parcourant les couloirs du château de Yuki, toujours aussi curieuse. Ses yeux émerveillés se posaient un peu partout. Pendant tout son récit, la tête du clan avait écouté d'une oreille attentive, ce que la geisha ne pu qu'apprécier évidemment. Peut-être qu'elle n'était qu'un outil pour lui. Sans doute même, mais en cet instant précis elle n'en avait rien à faire. Le seigneur l'écoutait réellement et cela ne ressemblait pas à une sorte de politesse feinte dont pouvait souvent user les hommes de Cour. A vrai dire, elle avait l’impression que l’homme commençait à se “détendre” un peu : il avait l’air un peu moins froid. Son histoire avait l’air de le faire réfléchir ; peut-être cela faisait-il échos à des choses qu’il avait déjà entendues sur elle, ou bien peut-être cela évoquait chez lui d’autres souvenirs dont elle ne pouvait pas comprendre la teneur. Ils étaient arrivés sur une terrasse : la geisha profita de la vue.

Et, comme faisant échos à son souhait intérieur, il daigna bien lui parler un peu de lui. Il lui révéla qu’il avait lui aussi bénéficié de la présence bienveillante d’un protecteur, comme avait pu l’être Yuki-sama pour elle. Alors, ils partageaient au moins cela. Bara sourit à cette pensée, même s’il lui expliqua que cette personne en question ne pouvait plus être compté parmi les vivants, ce qu’elle fut bien navrée d’apprendre. L’espace d’un instant, elle imagina sa vie sans l’okiya, sans Okâsan. Cela fit monter en elle une sorte de dégoût… Mais elle chassa cela de ses pensées bien vite, car Fukyuu-sama s'était relevé et avait poursuivi sa marche. De plus il lui adressait déjà d'autres questions, concernant Katsuya et Ryohei.

”- Ah non, ne vous en faites pas, j'ai plaisir à parler de certains de mes clients. Le Héros du peuple porte très bien son surnom. Lors de notre rencontre, il a d'ailleurs fait la leçon à un client très mal luné avant que tout cela ne vire au drame. Je m'en souviendrais toujours !”, dit-elle avec un large sourire, amusée au fait de repenser à cette soirée.

A l'époque c'était tout de même bien moins drôle. Katsuya avait eut toutes les qualités requises pour gérer une situation qui avait légèrement débordée … Calme, autorité, tact, force …

”- Quant à Maeda Ryohei, nous avons passé un excellent moment ensemble. Je suis heureuse de savoir que ce sont des soutiens importants pour vous, Fukyuu-sama.”

Elle songea au fait qu'il lui avait avoué ne jamais avoir encore rencontré de geisha auparavant.

”- Vous savez, les geishas se doivent de nourrir un goût pour les traditions, les arts, mais aussi pour les autres. Je suis navrée de ne pas vous avoir connu plus tôt, peut être dans d'autres circonstances...”

C'était encore une fois un regret sincère. Elle trouvait cette première entrevue de la personnalité du daimyô enrichissante. Il devait avoir une histoire hors du commun, car c'était le cas de tous les hommes et femmes qui ont accédé à ce rang, après tout. C'est avec un regard aussi interrogatif qu’admiratif qu'elle se permettait de l'observer.

”- Mais il n'est pas trop tard, si vous souhaitez en apprendre plus sur les arts, je serais ravie de vous faire profiter de mes connaissances si vous le souhaitez., s'était-elle permis d'ajouter, lui adressant un regard complice.


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Fukyuu Hankyou

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Daimyo

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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Jeu 22 Juin - 22:41

Elle souriait tellement que le Daimyo en était troublé. Il ne parvenait pas à savoir si c’était dans sa nature profonde que d’être aussi joyeuse ou s’il s’agissait d’une apparence bien rodée par le métier. Il pensa que c’était un peu des deux, comme lui même s’était affirmé avec les armes et avait appris à se maîtriser avec l’expérience.

Cela l’attendrit et l’intrigua en même temps : son sourire, alors qu’elle parlait d’un odieux client, l’étonna et il ne le cacha pas. Il s'arrêta, marqua une pause, fronça un sourcil et plissa un oeil, peu certain de percevoir l’amusement dans ce début d’anecdote au potentiel dramatique.

Fukyuu Hankyou n’était pas le genre d’homme à sourire devant une mauvaise histoire, qu’importe sa fin. De l’exploit de Kagome Katsuya et de sa bienheureuse fin, il ne retint que l’existence de l’incident. Lui, si rigide en matière de sécurité et de convenances, et perfectionniste de surcroît, ne pouvait certainement pas entendre parler d’un piètre comportement sans tout de suite réagir. Il imagina qu’il se passait au moins un drame toutes les minutes dans la cité de laquelle il était censé être le garant, à l’heure même où ils parlaient, et il se rembrunit instantanément, ce malgré ce que put ajouter la jeune femme. Il ne bougea plus.

« Hélas je ne me pense pas être assez fin pour approcher de près ou de loin un tel domaine. Je le laisse volontier à ceux qu’il touche. Je me sens autrement plus à l’aise dans le berceau des faits et du concret. Je vous serais un élève des plus désagréables et incapable de profiter comme il se doit de vos connaissances, je le crains, même dans d’autres circonstances… J’ai essayé d’apprendre, jeune, très jeune, ma mère surtout a essayé de m’apprendre, à vrai dire, mais ça n’était déjà pas des choses qui me correspondaient. »

Il oublia de lui sourire avant de s’approcher d’elle, comme il parla soudainement d’un ton plus sec. Il ne s’en rendit même pas compte, comme il ne se rendit pas compte qu’il s’exprimait sans filtres.

« Racontez-moi ce que Kagome-san a fait pour vous, Hateku-san. Ce que les arts ne sauraient atteindre chez moi, le malheur des vivants le fait bien mieux. C’est aussi pour ça que nous nous rencontrons : la parole du peuple me parle davantage que celle des grands. Sinon je m’en serais tenu aux avis tranchés des conseillers, à propos de Kanzen, et jamais effectivement aucune circonstance ne m’aurait permis de vous entendre chanter. Cela aurait été dommage de rater une telle occasion. »

Il appuya ses mots d’un de ses regards pronfond de sincérité et se fit plus attentif encore à ce qu’elle pouvait lui laisser voir. Il sembla vouloir diriger leur échange vers un compromis d’honnêteté à honnêteté, et ainsi donc vers les sujets bien plus sérieux qui pouvaient les concerner et les affecter. Affecté, d’ailleurs, le Seigneur l’était visiblement...


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Geisha

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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Mer 28 Juin - 19:17


Lorsque Bara lui compta l'anecdote de sa rencontre avec Kagome Katsuya, le visage du daimyô changea tout à coup. Fermé, il exprimait maintenant un certain mal-être. Comme s'il souffrait d'entendre que ce genre de choses puisse arriver. Mais si cela pouvait compter parmi les cas “rares” de débordements à l’okiya, la geisha ne doutait pas que certaines personnes, dans d'autres situations moins privilégiées, puissent vivre ce genre d'expériences malheureuses presque quotidiennement ! En songeant à cela la mine de Bara se renfrogna. Fukyuu Hankyou serait-il un homme sensible, finalement ? Bara eut cette fois du mal à analyser la situation … On lui avait dépeint un homme froid et ambitieux … Il se présentait à elle sous un tout autre jour à présent. Il n'avait pas là le visage du Seigneur ... Du moins, pas que. Il portait les marques d’un homme soucieux. Tout simplement.

À ce constat, la jeune fille fut prise d'une certaine gêne. Elle ne s'attendait pas à cela … Que l'élu d’Itegami veuille instaurer cette proximité … En fait cette conclusion la touchait, elle, simple femme du peuple. Ses joues se vêtirent tout doucement d'une nuance parmée. Il voulait qu'elle lui parle à coeur ouvert ? Comment lui refuser cela ?

“- Hmmm … Eh bien … Un homme qui avait trop bu avait décidé de mettre la pagaille… C'était un jeune bushi de forte corpulence. Il a attrapé l'une de mes soeurs et a commencé à la menacer. J'étais terrorisée. J’avoue ne pas me souvenir des détails, sans doute profondément cachés par ma mémoire qui a tendance à plus facilement se rappeler ce que j'ai pu voir de beau et de bon. Pourtant ce genre de … d'incidents n'arrive pas souvent à l’okiya…”

Elle marqua une petite pause, laissant le temps nécessaire à ses mots pour raisonner. Et puis la suite de l'histoire était à la fois ahurissante et digne des petites légendes :

”- Kagome-dono a prit sur lui de tenir tête à ce vilain en lui rappelant sa place et comment soigner sa dignité. Tandis que son assistant m'a simplement demandé de l'encre et du papier : il avait une fois aveugle dans le fait que son maître puisse réussir son entreprise. Le temps pour moi d'aller lui procurer le matériel, la situation était presque déjà réglée et il n'eut plus qu'à rédiger le rapport.”, conclut-elle.

Le souvenir de Kagome Katsuya était intense et lumineux. Cela réchauffa le coeur de Bara quelques secondes.

”- Mais vous savez, cet épisode regrettable m'a conforté dans la confiance que je porte en nos valeurs, finalement. Je me suis aperçue que certains hommes étaient dotés d'une réelle bonté d'âme et sont toujours prêts à défendre les offensés.”

Cette idée était surement idéaliste ou optimiste. Mais la Rose avait toujours eu cette vision des choses et n'en démordrait pas. C’était une rêveuse invétérée, après tout. Elle se retourna pour ajouter :
“- Maintenant que j'ai l'honneur de pouvoir parler avec vous mon seigneur, j'ai espoir que votre arrivée rétablisse un certain équilibre pour notre clan …”

C'était un voeu sincère. Elle songea que le daimyo allait peut-être prendre cela comme un vulgaire encouragement ou un compliment envoyé à la volée mais ce n'était pas le cas. Avec d'autres, dans un contexte différent, peut-être. Mais pas avec lui et maintenant … Elle ne pouvait ni ne voulait se le permettre. Elle n’userait aucunement de stratagèmes manipulatoires pour pouvoir s’enorgueillir d'avoir attiré son attention. Car ce qu'elle désirait le plus à présent, c'est qu'il la remarque pour ce qu'elle était vraiment.


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Daimyo

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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Lun 17 Juil - 12:50

Le détail de l’histoire, les yeux expressifs et la gêne de la rose le touchèrent. Lui qui n’avait pas tant d’imagination, en l’écoutant plus attentivement qu’il n’aurait dû, vit la scène aussi clairement que s’il l’avait vécue.

Car c’était le cas. Elle lui rappela ce de quoi il était lui-même capable. Elle lui rappela comme les soirs pouvaient s’avérer dangereux. Elle lui rappela comment lui, jeune bushi, pouvait attraper une femme par caprice, le désespoir et la colère pour toute boisson. Elle lui rappela la désinhibition de l’âme et, comme elle lui dit que sa mémoire avait caché, refoulé la plus grande partie de la violence, elle lui rappela ce qui le poussait le plus, tout en l’accablant, dans cette quête de sécurité, de justice et de contrôle : la rancoeur et l'amertume des souvenirs. Lui, croyait-il, se souvenait de tout. Il l’aurait juré à en frapper des roches millénaires : je me souviens de tout, je me souviendrai de tout, même de ce que je n’ai pas vécu.. Il se souvenait de ses affres, il se souvenait de ses échecs, il se souvenait de ses succès, il se souvenait de ses rêves et de ses vies, celles qu’il n’avait vécu par le biais des volontés divines, si bien que tout, tout ce qu’il entreprenait aujourd’hui n’avait de sens que dans ses mémoires.

Il ne regarda plus Bara. Les yeux baissés sur son menton fin, il n’entendit pas sa belle conclusion. Il n’entendit pas son optimisme. Il n’entendit que l’espoir qu’elle avait et il avait un goût salin. Il parla pensivement.

« … Je crains que l’espoir ne soit pas une arme suffisante face à la discorde. Je crains qu’il ne faille parfois être plus… tranchant que ce qui nous blesse pour être… défendu. »

Il se sortit de sa torpeur en redressant la tête, encore en proie aux frissons de ses veines.

« Merci de m’avoir fait part de cette histoire, Hateku-san. Il va de soi que je n’en savais rien… » Il le regrettait. Ça le crispait. Ne pas savoir, ne pas être tenu au courant de tout comptait visiblement parmi les choses frustrantes d’un règne. « … Il va de soi que mon existence ne va pas améliorer la vie des plus… offensés, comme vous dites. Néanmoins, je souhaite, quitte à m’y perdre, qu’en veillant sur notre bien commun, les oubliés ne le soient plus. »

Il lui adressa un regard rapide tout en se remettant à marcher. Il fut peut-être moins convaincant et profond que les autres.

« Il m’est souvent difficile de faire la part des choses, c’est pour cela que je ne refuse aucune aide ni aucun avis, soient-ils en faveur ou en défaveurs de mes opinions. Je pense, par exemple, qu’un homme tenu de s'éloigner si longtemps de tout ce qu’il a connu, de ce qui l’a fait, se laisse plus facilement atteindre par les nouvelles idées dans lesquelles il baigne qu’un homme qui a l’occasion de les défendre ardemment tous les jours. Est-ce que Fukyuu Kanzen a réellement un rôle d’ambassadeur à Kenshu ? »

Sur cette question, qu’il lui adressait clairement, il ne se retourna ni ne s’arrêta pas. Il continua de descendre cet escalier, d’un pas tranquille, les yeux bas sur la corniche entourée d’herbe sèche et fanée.


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Geisha

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MessageSujet: Re: [PV] Nuit des fleurs givrées Mar 18 Juil - 21:33

La geisha avait tenté de terminer son histoire sur une note plus gaie,
mais le daimyô des glaces ne l'entendit pas de cette oreille. Ce fut l'oreille de quelqu'un qui a vécu des choses inquiétantes, peut-être. En tous cas son discours sembla avoir un autre échos en lui que celui qu'elle aurait voulu lui donner. Fukyuu Hankyou avait à nouveau ce regard sombre de celui qui a su, qui a connu, qui regrette. Un regard fuyant et franc en même temps. Quelque chose de supérieur était à nouveau dans ses yeux. La jeune geisha se renfrogna alors un peu. Qu'avait bien pu vivre cet homme pour sembler si meurtri ?

Elle ne doutait pas qu'il devait avoir les épaules nécessaires pour être le champion d'Itegami. Cette maturité là, que seule la douleur forge, est utile aux plus grands. Bara ne connaissait rien des jeux politiques, mais elle connaissait beaucoup de choses sur l'Homme. Comment passer à côté de cela ? Et pourtant être à ses côtés en cet instant donnait à nouveau cette impression un peu dérangeante ... Pas forcément "désagréable", mais qui n'était pas faite pour mettre à l'aise qui que ce soit. Comment expliquer ? Une sensation bien curieuse que celle-ci. Ce n'était pas exactement comme ce qu'elle avait ressenti plus tôt : être une fourmi au pied d'une montagne. C'était plutôt comme d'être devant une porte, dont on pense pouvoir trouver la clé, mais dont on sait qu'elle restera quand même fermée. C'était assez triste pour toucher le cœur parfois si mélancolique de la jeune geisha.

Alors qu'il sembla à nouveau se murer derrière ce bouclier sans qu'elle ne sache pourquoi, il lui parla pourtant comme il l'avait fait jusqu'à maintenant : en toute franchise. Et ... Presque fatalement, revint sur le sujet de Kanzen.

Est-ce que Fukyuu Kanzen a réellement un rôle d'ambassadeur de Fukyuu ... ?Que répondre à cela ... La geisha l'observa descendre les marches, sans s'arrêter, sans se retourner ... Elle avait presque envie de lui dire de faire une pause, qu'il fallait parler de cela au calme, pas en marchant ... Mais bien sur elle ne pouvait pas se permettre cela. La geisha endura donc cet escalier en silence, puisqu'il faut bien avouer qu'en cette heure tardive, par ce froid assez mordant, du haut de ses gettas l'entreprise n'était pas aisée, surtout en étant aussi pensive. Elle prit donc son temps pour les descendre, au moins autant que pour trouver la réponse adéquate à la question posée.

"- La vérité ... C'est que je ne suis pas sûre.", commença-t-elle, se concentrant pour ne pas tomber.

"- Dans nos échanges, il me disait évoquer souvent ses terres natales auprès des gens de la Cour de Kenshu. Il me disait que son cœur était et sera toujours ici. Il avait peur que les gens des Glaces ne l'oublient. Qu'ils refassent leur vie sans lui ...", poursuivit-elle, "Honnêtement, c'est ce qu'il a bien fallut finir par faire ... Après tant d'années ..."

Elle marqua une pause légère. Était-ce une pointe de regret qui sonnait dans sa voix ? L'aurait-elle laissé s'échapper ? ...

"- J'imagine qu'il en va de même pour lui. Il a reprit une partie des activités qu'il menait jadis ici, je le sais de source sûre."

A quoi ressemblait la vie de Kanzen maintenant ? Souvent, Bara se posait la question ... Sans vouloir chercher de vraie réponse. Elle espérait qu'il ait trouvé sa voie. Mais honnêtement depuis le temps ...

"- Depuis le temps, je présume qu'il a dû se refaire une place au sein de la cour des Foudres. Mais ce ne sont que suppositions. Quant à savoir vers lequel des deux clans sa loyauté penche aujourd'hui, je ne sais pas. Le connaissant, j'imagine qu'il ne vaudrait mieux pas lui demander de faire ce choix, qui doit être déchirant pour lui."

C'était forcément vrai. Kanzen était un homme ouvert d'esprit et de coeur. On ne pouvait surement pas lui demander de choisir entre sa terre natale et sa terre d'adoption. Car c'est ainsi qu'il l'appelait ...

"- Je ne sais pas si mes réponses vous aident vraiment, Fukyuu-sama.", ajouta-t-elle d'un air bien désolé.

Qu'avait-il en tête ... ? C'était la question qui lui brûlait les lèvres. Mais elle se garda bien de la lui poser, évidemment.


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