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 Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore

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Abe no Yuto

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Onmyôji

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MessageSujet: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Mar 30 Mai - 18:12

Les volutes de vapeur s’élevaient doucement au-dessus de la théière odorante que la servante venait de lui apporter. Elle lui avait servi une tasse, lui conseillant gentiment de ne pas attendre pour la savourer puisqu’elle ne savait pas quand ses maîtres pourraient se rendre disponibles. Puis elle s’en était allée et depuis, Yuto n’avait pas bougé d’un pouce, le regard perdu sur le liquide ambré. Tant de choses, tant de questions sans réponses. Il avait la sensation que ses pensées, telle cette vapeur d’eau, obscurcissaient son esprit. Il était revenu de son voyage depuis… plusieurs semaines déjà. Il avait envoyé un message aux siens pour les prévenir, il comptait passer juste quelques jours à Raimei, afin de méditer. Il voulait remettre un peu d’ordre dans son esprit, pour ensuite affronter les siens sereinement. Néanmoins, tout ne s’était pas passé comme prévu, les attaques des yokais avaient chamboulé ses projets. Et pas que…

Yuto laissa sa tête reposer sur la table, se sentant épuisé. La servante l’avait déjà rassuré en lui certifiant qu’aucun membre de la famille n’avait été touché par le Sommeil. Mais ses questions elles, restaient sans réponses. Pourquoi les yokais étaient-ils soudainement devenus si agressifs ? Il y avait forcément une raison, une explication ! Ce ne pouvait pas être juste comme ça, ce… c’était… Yuto ferma son œil restant en serrant les dents. Les derniers évènements remettaient en cause tout ce qu’il pensait avoir acquis pendant son voyage. Sans parler de l’étrange torpeur qui frappait une partie de la population. Pas étonnant que les siens étaient débordés. Et lui il était, là, coincé dans cette pièce plutôt qu’à faire son devoir.

Son poing vint s’écraser sur la table, faisant trembler tasses et théière. Ketsuzuko s’éveilla alors, déroulant son corps depuis le bas du dos de son maître pour venir poser sa petite tête ronde sur son épaule gauche. Yuto sourit, détendant ses muscles. La sensation procurée par les mouvements de l’uwabami était particulière, il lui avait fallu plusieurs mois pour s’habituer à ces écailles froides glissant sur sa peau. À tout moment, il pouvait savoir où le serpent avait décidé de se glisser.

Yuto se redressa finalement, et sa tête lui lança, délicatement, le jeune homme passa la main sur le bandage qui masquait son œil gauche. Sa blessure, bien que cicatrisée, le faisait encore souffrirent, bien qu’il se demandait parfois à quel point ce n’était pas une douleur fantôme. Il avait même peur qu’elle s’installe durablement. Mais pour le moment, il avait d’autres sujets de préoccupation. Il songea tout même au fait qu’il faudrait trouver quelque chose d’un peu plus propre que ce bandage pour cacher sa plaie : un bandeau ou quelque chose... Ah il ressemblait bien à son frère maintenant ! Cette constatation lui arracha un sourire, tout en le remettant face à la situation présente.

Assis dans cette pièce, il avait la sensation d’attendre sa sentence. Or cela l’agaçait prodigieusement ! Il n’avait rien à se reprocher au final ! Alors pourquoi ? Parce que cela faisait plus de deux ans qu’il n’avait pas vu sa famille. Parce qu’il appréhendait de retrouver son frère à qui il aurait eu tant à dire. Qu’il ne voulait pas entendre son père lui parler de mariage ou de pouvoir. Qu’il angoissait à l’idée de se retrouver seul face à Daiki. Et d’un autre côté, il avait hâte de retrouver enfin Miwako et leur grand-père. Mais qu’elle serait leur réaction à tous face à sa blessure ? Preuve incontestable de sa faiblesse et du fait que malgré toutes ces années, il n’était toujours pas digne de leur nom…

Il sentit alors Ketsuzuko s’aventurer sur sa joue, puis continuer doucement, très doucement son chemin pour venir darder sa langue contre sa blessure. Le gardien parlait peu, mais leurs esprits perpétuellement en contact lui faisaient sentir que le yokai prenait sur lui. Depuis que c’était arrivé, l’uwabami avait consciencieusement évité son visage. Yuto n’en comprenait pas vraiment la raison, mais en cet instant, il savait que le serpent tentait de le réconforter. Finalement, Ketsuzuko glissa le long de son cou jusqu’à venir loger sa tête près de son oreille droite, le reste de son corps reposant sur la base du cou et l’épaule gauche avant de descendre dans son dos. Le serpent déploya même ses ailes, venant parer la gorge de son maître. Instinctivement, Yuto pencha un peu la tête sur la droite, en un partage affectueux avec son gardien. Qu’il était agréable d’avoir cette présence permanente à ses côtés.

Ses pensées s’égarèrent alors vers son frère, et la tristesse enserra son cœur en pensant au sort tragique de son aîné. Soudain, Yuto entendit la porte coulisser, revenant au moment présent il se redressa, prêt à affronter la suite.


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Abe no Chikanori

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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Sam 3 Juin - 11:13

Une jeune personne se glissa jusqu’à lui, transportant quelques lettres cachetées entre ses mains. Elle s’inclina rapidement, hâtant une partie du protocole qu’elle se devait d’avoir avec ses Maîtres. Dérangé dans son travail, l’Onmyôji penché sur les notes de ses prédécesseurs décrocha de ses obligations et la fixa d’un air neutre dont la figure trahissait néanmoins une certaine interrogation. Le courrier arrivait tout le temps, il avait pourtant indiqué qu’il ne souhaitait être dérangé trop souvent. Les mots qui suivirent changèrent la donne.

_ Votre frère, jeune Maître … il est arrivé. » S’empressa-t-elle de dire, courbée vers lui pour lui faire passer l’information discrètement. « Il attend dans les appartements du côté ouest … j’ai pensé que…

Il se leva sans attendre, jetant un vague regard aux confrères travaillant dans la bibliothèque des Abe no. Sans ajouter un mot, il fila de la pièce à pas rapides, l’employée de maison sur les talons. Celle-ci ne put lui glisser qu’à la volée une indication supplémentaire qui lui serait primordiale pour la suite.
Parcourant les couloirs de la demeure, il s’éloignait de l’effervescence de la partie publique pour gagner la partie privée qui se faisait à la limite morne, calme et plate à cause de l’absence de ses occupants. Tous les efforts étaient concentrés ailleurs. Averti par la lueur qui émanait de la pièce de réception, il l’ouvrit d’un geste sec et s’engouffra à l’intérieur à peine informé de l’identité de la personne qui s’y trouvait. Il les y enferma tous les deux, esquissant un sourire satisfait. La demoiselle n’avait pas menti. Il était bien là le premier.

Malgré les sentiments qui le prenaient, le calme dont faisait preuve le mouton noir de la famille était frappant. Son regard se posa sur Yuto, énigmatique, débarrassé de la vile colère et plaisir de revanche dont il était emprunt deux ans auparavant. L’aîné ne s’était pas assagi, seulement affirmé dans la nouvelle place qu’il s’était octroyée, si longtemps désirée et refusée à lui. Obnubilé par cette histoire de faiblesse, il en avait négligé un moment sa responsabilité de grand-frère. Lorsque Yuto était parti au loin et les saisons défilant, les lettres ne purent compenser son absence. Dès lors il avait patienté son retour.
Son cadet lui paru à l’instant plus mûr, plus grand, plus homme, mais n’était-ce pas aussi car ses souvenirs de lui étaient épars ? Il y avait sûrement un peu de tout. Le temps n’était pas à se poser des questions sur le passé. A présent, les frères étaient réunis. Alors il posa son regard sur le bandage et soupira d’un air un peu amusé malgré la réserve qu’il marquait légèrement pour l’occasion.

_ Allons bon, il n’était pas nécessaire de me copier. Qu’est-il arrivé à ton œil ?

Chikanori s’approcha de son jeune frère pour arriver jusqu’à ses côtés, dédaignant les séparer d’une table. Contemplant la figure borgne s’y étant penché, il capta son regard pour y plonger le sien … alors le songe qu’il serait ironique que son frère le soit réellement lui effleura l’esprit. Il en rangea la crainte. Celle-ci alla rejoindre toutes les autres, parmi lesquelles se trouvait l’inquiétude à la limite déraisonnée que son petit frère puisse le repousser. En ce moment, et c’était rare, l’Onmyoji maudit se sentait heureux de retrouver son frangin.

_ Okaeri, Yuto.
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Abe no Yuto

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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Dim 4 Juin - 15:11

La porte s’ouvrit et Yuto se leva pour accueillir son frère avec un sourire éclatant. Au loin toutes ses craintes et ses doutes, il ne restait que le bonheur de le retrouver. La silhouette était toujours fine, mais semblait tout de même plus en forme que dans ses souvenirs. Parti juste après l’incident qui avait arraché son œil à Chikanori, Yuto en gardait ce souvenir d’une sorte de fantôme vouté, trop maigre et trop pâle. Maintenant, son frère paraissait en forme quoiqu’un peu fatigué, sans doute bousculé par les derniers évènements. Yuto s’amusa du fait qu’il était désormais aussi grand que son aîné, peut-être le dépassait-il de quelques centimètres ? L’ironie du sort faisait naturellement se rencontrer leurs yeux rescapés, aussi surement qu’un miroir, Yuto détaillant ainsi l’éclat carmin du regard lui faisant face. La remarque de son frère tira un petit sourire crispé au jeune homme.

"Tadaima, oniisan." Dit-il néanmoins avec une joie réelle.

Puis Yuto reprit sa place à la table et servit une tasse de thé à son aîné, s’autorisant enfin à profiter de la sienne désormais tiède, ce qui ne dérangea pas vraiment.

"J’étais à Raimei quand les yokais ont attaqués, j’ai participé à la défense du temple, mais j’ai manqué de prudence, une erreur qui m’a coûté mon œil gauche."

Ses mots étaient calmes, posés, on n’y décelait ni tristesse ni remords, Yuto énoncé simplement des faits.

"Maintenant, je crois pouvoir dire que je commence à voir le monde à ta manière !" Ricana le plus jeune.


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Abe no Chikanori

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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Dim 4 Juin - 19:21

Son observation terminée, l’aîné s’assit à côté de son frangin, plaçant ses doigts autour de cette tasse qui s’infusait d’une vive chaleur, jouant avec les volutes de fumée. Son sourire fana instantanément lorsque Yuto lui dévoila qu’il n’était pas simplement blessé à l’œil gauche comme il l’avait espéré, mais bien … qu’il l’avait définitivement perdu. Figé, son expression devint bien un peu plus fermée et sérieuse, une colère commençait déjà à grogner dans ses entrailles contre le perpétrateur de cette immondice, de cet outrage. La façon dont Yuto prenait la nouvelle un peu trop par-dessus la jambe lui donnait l’envie de s’insurger, mais rencontrer l’expression calme et posée de celui-ci qui avait déjà fait le deuil de sa perte eut pour effet de désamorcer la bombe. Pour le moment.
Chikanori, prompt à la justice à propos de sa famille dût se résoudre à admettre qu’il était inutile de demander qui, quand, quoi, où, pourquoi, car il était bien trop tard et que le Yokaï en question était soit mort, soit au loin. Néanmoins cela ne l’empêcherait pas à son prochain voyage à Raimei, si jamais il en avait l’occasion, de rabattre sa colère jusqu’à s’assurer que la bête en question était bien morte. Sa hargne pouvait s’enflammer d’un coup, mais à défaut, rester à l’état de cendres brûlantes longtemps. Alors il prit une très longue inspiration, vidant tout mauvais sentiment et finit par répondre sur le même ton que son frère, entre le ricanement, l’amusement et une toute légère pointe d’exaspération malgré tout.

_ Imagine la tête de grand-père lorsqu’il va te voir arriver. La tête de “je l’avais prédis depuis des années, depuis le temps que je dis qu’il devrait plus prudent ” !

L’ambiance était détendue, Chikanori n’en espérait, ni n’en demandait plus. Il regardait son frère avec cette espèce de bienveillance qu’il avait si souvent eue lorsque celui-ci devenait avec ses entorses, bleus, confusions, coupures, à l’époque où ils n’étaient que des enfants.  Ses sentiments étaient contraire car il détestait cette ère donc se persuadait qu’elle était loin de lui, et l’aimait par ces quelques souvenirs joyeux qui lui faisaient désirer qu’elle ne fût pas si lointaine.

Des pas arrivèrent, précipités, et cassèrent leur petit moment d’intimité. Tel père, tel fils ; l’ironie étant de le constater ; le parent de la fratrie ouvrit le volet aussi sèchement que sa progéniture et appela son fils cadet d’une voix soulagée … et étranglée par la présence de son autre enfant dans la pièce.
Dans le silence suivant l’appel, Yuto put voir dans la figure de son frère qui ne s’était retourné la transformation lente d’un regard aimant à celui de la haine glacée. Petit à petit, celui-ci se referma, son sourire s’affina dans un air insolent ; sa figure, bien trop cordiale, remettait le masque de l’aîné détesté de son père. Seule nuance avec l’époque : Chikanori gardait la flamme de son animosité au fond de lui-même, pour Yuto qu’il venait de retrouver. Il l’avait quasiment perdu quatre ans. Il n’avait pas envie de le perdre à nouveau. Alors il sauvegarda dans l’éclat vert toute l’affection qu’il lui portait avant de revêtir son manteau d’insensibilité.
Genki avait contourné les deux frères pour apercevoir son cadet, et inévitablement, il s’arrêta sur le bandage qui amochait son préféré. Les dents serrées, il s’exclama :

_ Mais … qu’est-il arrivé à on œil ?!

L’aîné, quant à lui, n’avait pas bougé d’un seul pouce. La main toujours enroulée autour de la tasse que son cadet lui avait servie, seul son œil d’un rouge vif fixait son paternel. Les répliques cinglantes lui venaient sur le bord des lèvres, il faisait un terrible effort pour les contenir. Promis, père, ce n’est pas moi qui le lui ait arraché.
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Abe no Yuto

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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Lun 5 Juin - 16:03

Son grand frère n’avait jamais été des plus expressifs. Néanmoins, Yuto perçut légèrement la tension qui grandissait chez son aîné, notamment dans ce très discret froncement de sourcils et ses lèvres pincées. Or le cadet savait que s’il le voyait sur son visage, cela voulait dire que le sentiment devait être multiplié à l’infini dans l’esprit de Chikanori. Un instant, le plus jeune eut peur que cette tension grandissante ne se relâche, dans les cris et la colère, mais non. Pour son plus grand soulagement, Chikanori préféra finalement lui répondre sur le même ton de plaisanterie. Yuto ricana de bon cœur, profondément heureux en cet instant que leurs retrouvailles restent telles qu’elles devaient être : un moment agréable et détendu. Yuto se demanda tout de même comment leur grand-père allait réagir. Serait-il en colère, exaspéré par son comportement ? Néanmoins, il serait bien temps de se préoccuper de cela plus tard, pour l’instant, seule comptait la présence de son aîné.

Et Yuto était tellement concentré sur son vis-à-vis qu’il n’entendit pas, ou plus précisément qu’il ne porta pas attention, aux pas dans le couloir. Si bien qu’il sursauta quand la porte s’ouvrit à nouveau brusquement. Voir et entendre son père le crispa légèrement, mais ce fut sur le visage de Chikanori qu’il capta le plus de changement. De tendre, l’expression se fit dure, l’aîné reprenait cet air de rébellion que Yuto lui avait toujours connu, d’aussi loin qu’il se souvienne. Le cadet se releva donc pour accueillir leur père avec une expression somme toute assez neutre. Genki, bien que clairement mécontent de trouver Chikanori dans la pièce, ne fit aucune remarque. Aussi Yuto se félicita que les deux hommes ne se soient pas déjà sautaient mutuellement à la gorge. Même si la tension qui venait de tomber sur leurs épaules aussi surement qu’une chape de plomb l’attristait grandement. À la question prévisible et presque affolée, Yuto répondit avec le même calme que précédemment :

"Konichiha, otoosan. Comme je l’expliquais à Chikanori, j’étais à Raimei lorsque les yokai ont attaqué et…"

"Comment ? Les religieux du temple ne t’ont-ils pas protégé, toi la chaire de mon sang ? Qui est le responsable ? Qui a manqué à son devoir ? Que je le fasse châtier sur-le-champ !"

Yuto sembla un instant déstabilisé, son expression se partageant entre la peur et la colère.

"Non père, vous ne comprenez pas. Parvient-il à dire en appuyant ses mots des gestes apaisants de ses mains levées entre son père et lui-même. J’ai moi-même choisi de me joindre aux combats, pour défendre le temple. J’ai fait une erreur et j’ai été blessé. J’en suis le seul responsable."

"Pardon … ?!"

Yuto affronta le regard de son père de son œil unique, voyant que son cadet ne flanchait pas, ni ne changeait ses dires, Genki fit mine de combler la distance qui les séparait.

"Montre-moi ça ! Je vais demander au médecin de la famille de t’examiner. Peut-être que Hiroshi…"

Genki se stoppa net, à la fois dans ses gestes et dans ses mots, quand il perçut un mouvement dans le cou de son fils. Ketsuzuko avait tourné la tête, et même si ses yeux n’étaient que deux petits points noirs, il était indéniable qu’ils fixaient le paternel. Yuto, même s’il ne voyait pas son gardien, percevait ses mouvements et savait donc très bien ce qui avait arrêté son père. À vrais dire, le cadet ne savait pas vraiment ce que Genki pensait de son gardien. Sans doute était-il soulagé que ce soit un yokai puissant, mais quelque peu dérangé par son apparence particulière. En cet instant, Yuto s’en fichait pas mal, profitant de l’occasion offerte par le yokai pour reprendre ses appuis après son mouvement de recul. Il indiqua ensuite l’autre côté de la table de la main.

"Ni le médecin, ni ojisan ne pourraient rien pour moi, pas plus que ce que les miko de Raimei ont déjà pu faire. Je vais bien. La blessure est cicatrisée désormais, alors inutile de s’en préoccuper davantage. Mais joignez-vous donc à nous, je suis sûr que nous avons beaucoup de choses à nous dire après 2 ans d’absence, sans parler des derniers événements…"

En fait, Yuto n’anticipait pas bien comment cette conversation allait tourner, mais une chose était sûre, il voulait qu’elle se fasse avec tout le monde. Hors de question que Genki ne congédie Chikanori. Ainsi sa demande était claire, utilisant le nous et indiquant la place libre au paternel. Ce qui ne manqua pas de faire grincer des dents l’intéressé. Avec un dernier regard empli de dédain pour le gardien-tatouage, Genki fit ce qu’on lui demandait. Nul doute qu’il en voulait au gardien pour avoir laissé son fils chéri se faire estropié de la sorte. Heureusement, il se retient de dire quoi que ce soit. Yuto se rassit donc et, tout comme avec Chikanori quelques instants plus tôt, il servit le thé à leur père.


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Abe no Chikanori

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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Dim 11 Juin - 4:22

Passé le bref remerciement de Genki, un silence de plomb tomba. Le fils ainé fixa le géniteur en chien de faïence, demeurant ignoré pendant que celui-ci humait le doux parfum du thé avant de décortiquer le cadet qui avait grandi par deux ans d’absence. Les secondes passèrent où il sembla se retenir, se raisonner, peser le pour et le contre intérieurement, mais c’était inévitable qu’il retombait toujours sur les mêmes conclusions. Il prit la parole, ne pouvant s’empêcher de trouver un coupable à blâmer.

_ Ils auraient dû te protéger malgré tout. » Martela-t-il en détachant ses mots les uns des autres. « C’est leur devoir de protéger les moins expérimentés. Tu es jeune, quelle idée de te laisser combattre en première ligne ! Face aux vagues déferlantes de Yokaï ! N’y avait-il donc personne à Raimei ? Le temple Koumyou est bien gardé pourtant, je ne comprends … je ne comprends vraiment pas. Il est quand même impensable que dans tous les combattants présents ce jour-là, ça soit toi qui écope d’une telle blessure ! Ce n’est pas normal. Ils n’ont pas rempli leur devoir. Je me renseignerai auprès des familles nobles concernées.

Pour autant, sa voix témoignait toujours d’une réserve, d’un quelque-chose intérieur qu’il ne voulait pas faire sortir. Tel aurait été le cas tôt ou tard, mais réalisant le sourire en coin que son aîné adressait à son cadet, l’agacement lui monta au nez d’un coup. Chikanori, qui depuis le début, luttait pour ne pas lui envoyer sa tasse au visage, se raidit. Genki laissa alors libre cours à son discours de reproches.

_ Bon sang ! Tu aurais pu quand même faire attention ! Te souviens-tu des recommandations que je t’avais faites avant de partir ? Et je ne compte pas celles de ton grand-père ! Dois-je te rappeler qu’en tant qu’adulte, tu dois apprendre à devenir responsable de tes actes, et cesser d’agir sans réfléchir au préalable ! N’oublie pas que si Miwako est dans l’incapacité d’accomplir son devoir, tu seras celui qui héritera de cette charge. Et d’ailleurs, ton gardien y est aussi pour quelque chose, clairement il a faillit à son devoir et tu -
_ Je pense au contraire que Yuto a fait ce qu’on attend décemment d’un potentiel chef. » Coupa Chikanori en s’imposant d’un calme placide en haussant légèrement la voix. «  Il a prit part au combat, représenté la famille, c’est un acte courage et de volonté que très peu sont capables de faire. Malheureusement, il a été blessé, mais ce n’est pas la conséquence de son initiative. C’est la conséquence des risques de notre métier. Les routes sont dangereuses, les attaques de Yokaï qui nous avons subi l’étaient bien plus. Vous devriez le savoir. Et si vous pensez que Yuto est un inexpérimenté, je vous rappelle que deux ans passés seul sur les routes ce n’est pas vos quelques semaines occasionnelles que vous passez en dehors de Geki. Vous n’avez pas vu son carnet, et je n’ai aucun doute qu’il prouve qu’il est un Onmyôji tout à fait capable et même excellent.

Une fierté et une confiance sans faille émanait de ses propos, tant et si bien qu’on aurait pu croire qu’ils ne s’étaient réellement retrouvés que quelques minutes auparavant. Chikanori clamait haut et fort les qualités de son bien-aimé frère. La colère latente avait été soufflée par son élan de considération, mais elle revint aussitôt que le paternel reprit la parole d’un ton énervé et hâtif.

_ Le courage et la volonté sont des qualités qui deviennent inutiles si elles ne sont pas pondérées de prudence et de sang froid. Un chef doit être capable de maitrise, de responsabilité. » A ces mots, l’aîné resta muet, alors Genki tenta de nouveau d’établir un contact avec celui qui lui importait vraiment. « Une telle preuve d’impulsivité te sera un préjudice pour plus tard Yuto, j’espère que tu en es conscient. Tu as une image à tenir à présent.
_ Oh, il le sait bien. » L’interrompit Chikanori qui avait de nouveau du grain à moudre « Et il sait bien aussi qu’il y a des yeux plus importants que d’autres, mais soyez rassuré, tant que ce n’est pas les deux qui sont crevés, tout est encore possible.
_ Tes remarques déplacées sont insultantes et dégradantes vis-à-vis de ton frère, Chikanori ! » S’emporta Genki qui abattit sa main à plat sur la table qui en trembla. Provocateur et dédaigneux, l’insolent maudit appuya négligemment son menton sur le dos de l’une de ses mains.
_ Mais laissez-moi vous demander, êtes-vous venu pour les retrouvailles avec Yuto, ou êtes-vous venu en espérant pouvoir lui imposer la petite feuille de route que je connais par cœur ? Si ce n’était que pour recevoir vos déceptions et vos critiques, il suffisait de me le demander, j’aurais pu les réciter à votre place car je les sais aussi bien que mes Sutras.

Les prunelles incandescentes de Chikanori fixaient avec une profonde rancune son géniteur. Oh oui, ces petits plans tout bien pensés, pré-tracés, orchestrés dans les moindres détails et dans toutes les subtilités possibles, il les avait subi jusqu’aux environs de ses neuf ans ; jusqu’à ce que Yuto ne naisse et n’ait suffisamment grandi pour démontrer des talents pour l’Onmyodo. S’il avait été heureux et dévasté en même temps d’en être débarrassé, la vision détestable de ce schéma répété lui était insupportable, car il savait qu’il n’était que question de prendre revanche sur les choix du doyen de la famille ainsi que de son frère. Le bien être de Yuto était une variable dont il n’avait que faire.
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Abe no Yuto

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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Sam 17 Juin - 23:17

Le silence s’installa et, craignant le pire, Yuto chercha désespérément un moyen de relancer la conversation vers autre chose avant que son père ne le fasse. Malheureusement, il ne fut pas assez rapide. Alors Yuto subit calmement les remontrances de Genki. Même si ses sourcils se fronçaient, même si la dernière phrase lui donna des frissons, quand il ouvrit la bouche, il comptait répondre sans s’énerver. Il avait choisi de combattre en première ligne, il n’était pas le seul à avoir été blessé, voilà ce qu’il voulait dire. Mais il n’en eut pas le temps, encore une fois Genki prit la parole, toute notion de clame envolé. Cette fois, Yuto accusa le coup. Parce qu’on lui reprochait ses actions d’une part, parce que Genki reparlait une fois de plus de cette histoire d’héritage… Par les kamis, il n’était pas rentré depuis une demi-journée ! Mais c’est surtout l’accusation contre son gardien qui lui fit le plus de mal. Yuto baissa les yeux, partagé entre tristesse et colère.

C’est alors que la voix de son frère s’éleva, salutaire. Yuto regarda son aîné surpris d’abord, il fut reconnaissant à Chikanori de le soutenir. Mais peu à peu, l’émotion réchauffa son cœur alors qu’il percevait la sincérité des mots de son aîné, comme si ces jours froids de rancœur appartenaient bel et bien au passé. Et cela l’emplit d’une grande joie, il avait passé deux ans sur les routes, mais enfin il retrouvait son frère. Certes, tout n’était pas effacé, et peut-être qu’il faudrait plusieurs jours, plusieurs semaines même. Mais Yuto avait soudain bon espoir de réussir ce qu’il avait échoué deux ans aux parts avant.

Néanmoins, Genki reprit la parole et cassa un peu son élan de joie. Subissant les reproches, Yuto baissa les yeux et se tassa un peu sur lui-même. La remarque suivante de son aîné ne fit qu’accentuer sa réaction, agissant comme une pique glacée dans son cœur alors que Chikanori mettait l’accent sur ce qui les miner tous. La table trembla sous le coup de Genki et le cadet ferma les yeux, souhaitant ardemment quitter la pièce désormais, désespère de constater à quel point la situation se répétait. Ne pourraient-ils donc jamais être une famille comme les autres, sans toutes ces tensions qui les séparaient ?

La dernière pique de Chikanori, néanmoins, fit mouche. Et alors Genki restait un instant muet devant tant d’insubordination, le rire clair de Yuto soudain, s’éleva dans le silence. Un vrai rire d’abord, mais rapidement, il se teinta de rancœur et se fit désabusé.

"Par les kamis, deux ans que je suis parti et rien n’a changé. Vous êtes toujours aussi mesquin l’un envers l’autre… Bon sang ! Je rentre après un long voyage, ça ne fait même pas dix minutes que nous sommes dans cette pièce et voilà comment ça tourne ! » Peu a peu, mot après mot, la voix de Yuto avait pris de l’assurance, clairement, il réprimandait ici ses deux aînés.

Le jeune soupira, hésitant maintenant sur la marche à suivre. Devait-il trouver un autre sujet de conversation ? Se taire ? Partir ? Finalement, il fit ce qu’il savait faire le mieux, et parla à cœur ouvert, même si c’était loin d’être la solution la plus facile.

"Chikanori, je suis heureux de te retrouver, j’espère vraiment que nous pourrons reprendre sur de meilleures bases que celles sur lesquelles nous nous sommes quittés… Si tu savais comme je m’en suis voulu d’être parti, de t’avoir abandonné en somme, au pire moment possible. Mais je ne savais plus comment réagir, j’avais besoin d’un peu de temps. J’espère que tu me pardonneras, oniisan."

Se tournant vers leur père, le cadet poursuivit, plongeant son regard unique dans celui de Genki.

"Otoosan, j’entends vos remarques, et j’en prends bonne note. Cependant, je vous le répète, inutile de contacter les familles nobles de Raimei. Que vous l’acceptiez ou non, j’ai fait mon choix ce jour-là, j’ai choisi de me battre en première ligne et de défendre le temple. Ce choix m’a coûté un œil, ce n’était peut-être pas la chose à faire, j’ai peut-être présumé de mes forces, mais c’est ce qui me semblait juste… Je suis loin d’être le seul à avoir été blessé ce jour-là… Et Ketsuzuko a fait ce qu’il a pu pour me protéger."

Même s’il faisait tout pour paraitre assuré, le jeune l’était en fait de moins en moins. S’opposer ainsi frontalement à son père, assumer ces actes alors qu’en réalité il en regrettait amèrement les conséquences, son cœur battait plus fort à chaque mot… lui donnant l’impression que sa poitrine allait exploser. Aussi se garda-t-il de rajouter qu’il serait peut-être encore plus estropié, ou même mort, sans son gardien.

"De plus, ottosan, les remarques de mon frère n’étaient ni déplacées ni insultantes, elles traduisent au contraire une vérité qu’il serait grand temps de prendre en compte."

Sur ces quelques mots, le regard de Yuto se fit plus dur, chargé d’une colère qui, en cet instant, faisait dangereusement écho à celle de son aîné. Néanmoins, ses mains tremblaient sous l’effet de l’effort que tout cela lui demandait. Le cadet lutter ici contre des années de soumission fasse à leur père. Aussi, il se leva et s’inclina :

"Sur ce, je suis sûr que nous avons tous beaucoup de travail à cause des récentes attaques. Et puisque nous nous sommes déjà retrouvés en bonne et due forme, avec les cris et les sarcasmes habituels, il temps que j’aille me rende utile moi aussi, donc… si vous voulez bien m’excusez."

Yuto maudit sa voix qui tremblait à présent légèrement, montrant à quel point il était en réalité peu assuré. Néanmoins, il fit tout pour paraître digne jusqu’au bout, se dirigeant vers la porte avec calme. Essayant de se persuader qu’il cherchait à faire réagir ses aînés, et que, non, il n’était pas en train de fuir à nouveau… pas seulement tout du moins.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Mer 21 Juin - 3:43

Chikanori avait pour sa part le cœur bondissant d’une joie interne dont il ne résultait hélas aucun bien. Plusieurs choses ne lui plaisaient pas dans les propos de Yuto, mais il n’y aurait pu avoir de plus beau cadeau lorsqu’un semblant de rébellion pointa son nez ; la tentative rejet parental. Alors la haine si profonde de l’ainé avait dévoré la fugace surprise du paternel pris au dépourvu.  A ce moment, alors qu’ils n’étaient plus que deux autour de cette table dont le thé renversé coulait au sol, l’insolent souriait, toisait l’autre d’un brin d’arrogance et de supériorité. C’était une bataille gagnée de plus dans leur conflit perpétuel ; quand bien même l’aîné n’y avait été en rien acteur. Tout ce qui comptait était que Yuto se détache de celui qu’ils se devaient d’appeler “père”. Ce fut sûrement ça qui enclencha le torrent de remontrances et de cris : Yuto se  permettait de congédier ; Genki n’y voyait que ses pires cauchemars se réaliser.

La seconde suivant le calme annonça la tempête. Genki, explosant d’une colère qui ne reflétait que sa crainte profonde que son second fils suive les pas effroyables du premier, se rua sur le fuyard, l’accrochant par le bras alors que ce dernier s’apprêtait à partir. La violence que transpiraient ses mots et son attitude n’étaient pas inconnus à l’aîné dénigré, mais c’était un épanchement dont son frère n’avait jamais vu la couleur. Peut être même ignorait-il que son géniteur en était capable vis-à-vis de lui.
Ses mots imprégnés d’outrage, de colère, d’offense, reflétaient la volonté inébranlable qu’il reprendrait les rênes de la vie de son fils, en rasseyant une autorité parentale perdue pendant deux ans de vadrouillage dans tout Yokuni. Ses ambitions qui parlaient pour lui et il se justifiait par expérience et par connaissance qu’il ne pouvait en être autrement, qu’il n’allait y avoir d’autres options, que c’était pour le mieux ainsi, qu’il avait pensé à tout, qu’on éviterait de ce fait toutes les erreurs passées. Les questions oratoires pleuvaient et ne tournaient qu’autour d’une seule chose : que pensait-il réaliser ou prouver, quelle mouche l’avait-il piquée, d’où venait un tel comportement ; était-ce pour l’insulter, était-ce pour le défier ? Tout ce qui arrivait de travers n’était qu’un résultat d’un laxisme dont il allait se charger personnellement, des mauvaises influences de la route qu’il irait évincer, des choix terrifiants de son frère que tous condamnaient. “NON ! Les choses ne vont pas se passer ainsi !”

Face à la figure de son frère qui tremblait quelques instants auparavant, que faire ? La méfiance de Chikanori n’avait de limites que sa loyauté, il mourrait d’envie de savoir si le petit fils gâté, préféré, félicité, avait totalement foutu le camp par deux ans de maturation. C’était un très bon moyen de le savoir. Il fixait de sa prunelle au plus vif de a couleur la moindre trace de soumission honteuse, le moindre fléchissement par désir de plaire … il le scrutait, le décodait … mais ce comportement n’était pas digne d’un frère. Cela ne lui ressemblait pas. Il était patient.
Sa main se fermera sur celle qui tenait son frère si fermement, et il s’interposa entre les deux visages. Il se faisait sinistre, toujours animé des mêmes sombres sentiments qui enflammaient ses pensées les plus sordides. D’un ton dangereusement calme, il se montrait impitoyable.

_ Ca suffit. Yuto n’est pas votre chose. Vous n’avez pas à lui dicter ce qu’il doit faire de sa vie. Si vous continuez à vouloir le plier à votre volonté, je mettrai tout en œuvre pour détruire chacun de vos petits plans. A vous tout seul, vous avez déjà brisé deux vies. Je ne vous laisserai pas en briser une troisième.

Deux vies. Chikanori emporta Yuto contre lui ; les deux frères étaient à présents dos à leur père dont les derniers mots avaient remontés des sentiments terriblement douloureux et animés. Le seul et unique sujet qui mettait la petite famille des trois survivants à cran, avait été abordé.
Le coup ne vint pas. La figure la plus âgée de la famille venait d’entrer.
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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Sam 24 Juin - 19:32

À l’instant où la voix de Genki explosa dans l’air, le monde sembla s’écrouler autour de Yuto. Son comportement était-il si insolent ? Sa faute si grave ? Le contact physique fut brutal, choquant, paralysant pour le cadet, complètement préservé de ces accès de violence jusqu’à présent. L’œil écarquillé, Yuto se fit poupée de chiffon dans la poigne de son père. Il ne comprenait pas, le ciel était en train de lui tomber sur la tête. En cet instant, Yuto ne pouvait que subir, incapable de réagir. Même le contenu des cris de son père lui échappait, tout autant que le sens de tout ceci.

Kestuzuko réagit dès que Genki empoigna son fils, montant sur le visage de son petit maître pour être bien visible, le yokai déploya ses ailes et siffla, gueule ouverte, crocs en avant. Néanmoins, Genki était trop occupé à sermonner son fils pour en prendre compte. Alors Ketsuzuko changea de stratégie, il glissa rapidement sur le cou et l’épaule pour arriver au niveau de la main de Genki, serrant le bras de son fils. Dans le mouvement précipité du yokai, son aile vint frotter contre la cicatrice de son petit maître. Yuto fut alors assailli d’une douleur lancinante qui se répercuta jusque dans ses os. Fermant son œil valide, le jeune homme ramena alors sa main libre contre sa tempe, dans espoir vint d’apaiser sa souffrance.

Pendant ce temps, l’affrontement entre Ketsuzuko et Genki commençait. Le yokai ne pouvait pas attaquer physiquement l’agresseur de son jeune maître, en revanche, aux endroits où leurs peaux se touchaient, les énergies circulaient. Alors, l’uwabami pouvait s’en saisir, attraper l’énergie spirituelle de Genki, la mordre, la déchirer. La sensation devait se résumer à un tiraillement, un échauffement peut-être, des crampes si l’attaque durait suffisamment longtemps. Mais rien que quelques dizaines de minutes de repos ne pourraient réparer.

Néanmoins, on n’attaque pas un onmyoji impunément, et le gardien de Genki pourrait à tout moment intervenir. Heureusement, Chikanori s’interposa, au son de sa voix, son cadet rouvrit son oeil valide, toujours sous le choc, mais soudain rassuré : son frère le protégerait. Il ne fit cependant pas plus attention au sens des mots de Chikanori qu'il ne l'avait fait avec leur père. Tenant toujours sa tempe en ayant l’impression que des cloches sonnaient l’apocalypse dans son crâne, Yuto se laissa docilement entrainer par son aîné. Seul lui importait pour le moment de s’éloigner d’ici, que les cris cessent, que la violence cesse, ensuite il réfléchirait pour comprendre.

La porte s’ouvrit alors sur Hiroshi qui toisa tout ce petit monde de toute la sagesse de son regard. Comme s’il avait eu connaissait de la situation, de la place exacte de chacun, avant même d’entrer. Le vieil homme irradiait de calme en cet instant et, par sa seule présence, l’air de la pièce semblait soudain débarrassé de toute tension. Ses yeux tombèrent alors sur le plus jeune de ses petits-fils, il eut un sourire rassurant.

"Okaeri, Yuto"

"Ta…Tadaima, ojiisan." Réussi à murmurer Yuto, la lèvre tremblante, d’ailleurs, tout son corps tremblait.

Toujours très calme, Hiroshi avança doucement la main vers le visage de son petit-fils. Son mouvement était volontairement lent, et il gardait un œil sur la tête, crocs en avant, qu’il pouvait voir dépasser sur l’épaule de Yuto. Le vieil homme frôla alors le menton du jeune homme et l’encouragea à lever un peu sa tête qu’il tenait basse, ramassé sur lui-même. Hiroshi détailla alors le pansement de son petit-fils, comme s’il pouvait voir au travers.

"Cette blessure semble avoir été bien soignée. Viens me voir si la douleur persiste."

Yuto hocha timidement la tête, ce qu’il regretta aussitôt quand les cloches sonnèrent un peu plus fort.

"Genki, un cas requiert ton savoir. Chikanori, ton frère est fatigué de son voyage et encore convalescent. Pourrais-tu le conduire à sa chambre et veiller à ce qu’il se repose. Je repasserais plus tard."

Dans d’autres circonstances, Yuto aurait sans doute protesté, mais ici il était simplement soulagé par l’intervention de son grand-père qui facilitait sa fuite.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Lun 26 Juin - 16:26

Figé avec son petit frère dans les bras, Chikanori pressentit la personne qui venait d’arriver dont l’aura venait balayer les querelles intestines. Immédiatement, le climat avait changé ; le père était confronté à son propre géniteur, son autorité n’était plus.
Le regard méfiant et emplit d’une hargne qui s’estompait, il tourna la tête vers le paternel qui serrait son poignet tremblant et rougi de sa main, le visage fermé. Aucun éclat de voix ne se permettait devant la figure de la famille qui malgré qu’elle ne fut plus chef, continuait de se faire respecter sans avoir besoin de le demander. Père et fils ont le regard qui s’électrise lorsqu’ils se croisent, chacun se toise sans ouvrir la bouche. Le conflit est encore bien loin de sa résolution, et l’enfant dénigré le savoure presque comme une vengeance de ses souffrances passées. Dans cet épanchement de satisfaction douteuse, c’est le gémissement plaintif de son frère qui le ramène à la raison. Immédiatement son attention redevint toute entière pour son frère, son étreinte se dessert et il se penche vers lui en constatant avec appréhension ses traits douloureux, avant de laisser place au doyen dont la douceur parvient même à apaiser un peu cet aîné compliqué. Le silence de cet examen est savourable et apporte un calme presque serein au vu de la situation dans lequel la famille entière est placée à cause du Sommeil.

Hiroshi prend la parole, une simple demande que Chikanori accepte d’un signe de tête sans discuter, presque docile, contraste avec ces refus systématiques et provocations lancées au visage de Genki. L’aîné entoure de nouveau les épaules de son protégé de son bras, d’une douceur qu’on lui ferait rare de constater, et ils quittent tous deux la pièce sans plus d’esclandre, laissant leurs deux parents s’isoler dans une pièce.  

Le trajet est court jusqu’aux appartements du cadet, laissés comme ils l’étaient deux ans auparavant, dans une propreté impeccable. Une composition florale se trouve dans l’alcôve, déposées quelques jours avant pour ajouter un peu de gaieté pour le retour de l’héritier de Genki, dans une simplicité rafraichissante. Chikanori incite son frère à prendre place à la table basse de la pièce de jour, le temps d’entrouvrir les panneaux du jardin, de ramener le service à thé qu’une domestique avait apporté, et de récupérer une lanterne étrangère à la pièce posée jusque là auprès d’une bibliothèque. Allongée, elle comportait un paysage du château d’Ame, dessiné aux encres dont les touches rouges gagnaient en intensité une fois la bougie allumée, mélancolique et printanier. S’asseyant juste à côté, l’aîné la regarde, avec une certaine humilité, comme ne sachant comment annoncer la chose et la tourne sur son versant le plus réussi par souci de perfectionnisme.

_ Je m’ennuyais. » Avoua-t-il. « Je me disais que tu serais content d’avoir un peu de décoration à ton retour …

Puis il reporta son attention sur Yuto, une inquiétude visible cette fois. Tout semble aussi avoir changé depuis qu’ils ne sont plus que deux, dans la quasi-certitude de n’être dérangés ; ses mots, son ton, ses gestes. Peut être même Chikanori était plus franc et humain qu’il ne l’avait jamais été avec son frère depuis bien longtemps. Au fond de lui, le contentement tiré de sa bataille paternelle le tiraille de quelques regrets et tinte sa voix imperceptiblement. Un retour aussi âpre, ce n’était pas ce qu’il avait voulu pour Yuto. Mais il avait été incapable de s’en empêcher.

_ La douleur s’est-elle estompée ? Dénouer le bandage pourra peut être permettre à la plaie de respirer … sauf si tu as un cataplasme en dessous, le voyage et la poussière ne sont pas les meilleurs éléments pour la guérison …
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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Lun 26 Juin - 21:25

Quitter la pièce pleine de tension, sentir la présence rassurante de son frère, retrouver la sécurité de ses propres appartements, Yuto se sentit de suite plus détendue. Pour le moment, son cerveau se refusait encore à analyser ce qui venait de se passer, seul comptait le fait qu’il était là, seul à seul avec son frère, comme ce n’était plus arrivé depuis trop longtemps. Pourquoi donc d’ailleurs ? Était-ce seulement parce que Chikanori l’avait rejeté comme il l’avait ressenti à l'époque ? Leur père ne les avait-il pas sciemment éloignés, empêché d’être l’un avec l’autre, à une époque ? Yuto n’était plus sûr de rien à présent.

Aussi préféra-t-il se concentrer sur ces pièces qu’il avait habité avant son départ. Rien n’avait bougé. Quelqu’un, un serf peut-être, avait simplement fleuri l’alcôve pour rendre au lieu un peu de vie avant son arrivée. Yuto se laissa encore guider par son frère et s’assit à la table basse. Il attendit patiemment, le temps que Chikanori ouvre les portes donnant sur le jardin, laissant entrer la pâle lumière de la fin de journée.  Le cadet vit ensuite un service à thé passer dans son champ de vision, mais ce qui attira le plus son attention, ce fut la lanterne que son frère alluma avec précaution. Cet objet, Yuto ne le connaissait pas. Curieux, le jeune détailla le château d’Ame prendre vie avec grâce via la flamme dansante.

La voix de son frère lui donna ensuite l’explication à l’arrivée de cette nouvelle décoration dans ses appartements. Malgré les mots choisis, Yuto percevait ce que son aîné ne lui dit pas, du moins de son avis. Son visage s’éclaira alors d’un magnifique sourire, il était profondément heureux de cette marque d’attention.

"Merci beaucoup, oniisan. Elle est magnifique." Chantonna presque Yuto en réponse.

Néanmoins, le regard inquiet de son frère se posa sur lui, et rogna un peu son sourire. Yuto sentit que quelque chose avait changé, là, dans cette pièce, son aîné semblait plus… moins… différent. Peut-être plus proche à présent des souvenirs doux qu’il conservait de son enfance. Bien sûr, encore, sa blessure redevenait le sujet de conversation numéro un. Yuto se retint de soupirer, uniquement parce que l’inquiétude qu’il percevait dans les mots de son frère lui semblait réelle. Néanmoins, le cadet priait pour que tout cela s’arrête vite, pour qu’enfin sa blessure ne soit plus la première chose dont on lui parlait en le voyant. Malheureusement, avec un bandage lui prenant la moitié du visage, Yuto doutait que ses vœux soient exaucés rapidement. Il faudrait du temps, pour que les siens s’habituent à le voir ainsi, sans être surpris ou curieux. Et dans la rue, certains regards lui rappelleraient encore et encore sa faiblesse, pour le restant de sa vie peut-être. En cet instant, Yuto se sentait marqué au fer rouge.

"Je n’avais plus vraiment mal, mais Ketsuzuko à frôler la cicatrise quand père a…" Incapable de terminer sa phrase, Yuto se tut.

"Bref…, ça a ravivé un peu la douleur. Je comprends mieux pourquoi il évitait mon visage depuis l’incident." Réussit à finir le cadet en levant sa main à hauteur d’yeux, regardant presque tendrement la petite tête noire qui s’y dessinait.

"Mais je n'ais déjà presque plus mal !" Conclut le jeune onmyoji avec un sourire se voulant rassurant, en reportant son attention sur son aîné.

"Les mikos de Raimei ont posé un cataplasme oui, mais c’était à mon départ du temple, la peau l’a sans doute absorbé durant le voyage…" La voix de Yuto semblait mourir sur ses derniers mots. "Mais tu sais, j’ai la tête dure à force d’être tombé dessus en grimpant aux arbres ou aux murets pour essayer de m’échapper de la maison ! Alors pas besoin de s’inquiéter !" Le cadet ria doucement, puissant une assurance insouciante dans ses souvenirs d’enfance.

Pourtant, on le sentait bien moins sûr de lui que quelque temps aux parts avant. Ce n’était pas sa cicatrice, c’était la cicatrice. En cet instant, le jeune homme laissait transparaître qu’il était bien moins à l’aise avec ça qu’il n’avait voulu le montrer jusqu’à présent. Alors pour le moment, il voulait surtout éloigner son frère de cette chose. Car il savait l’aspect que ça prenait sous le bandage. Une orbite creusée, barrée à jamais par un lambeau de peau fondu puis cicatrisé en l’état ; une marque brunâtre, étoilée, qui lui mangeait une partie de la joue, remontait sur le front et la tempe… Une horreur donc… le feu des kistunes ne pardonne pas.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Lun 26 Juin - 22:39

Chikanori regardait son frère d’un sourire conciliant. Il savait que reparler de la blessure rappelait inconsciemment à Yuto sa “faute”, sa “faiblesse” … toutes ces accusations paternelles qui n’avaient pas lieu d’être. Les blessures arrivaient, ainsi la vie continuait …  et il était toujours rassurant d’avoir des proches inquiets pour sa santé que l’inverse, l’aîné en savait pour son compte. Passé la vague des étonnements, les choses se tasseraient petit à petit, mais pour le moment, c’était trop frais. Un soupir légèrement amusé lui échappa à la tentative de dédramatisation … décidément, son frère restait bien boute-en-train, et il n’allait pas l’empêcher de fuir ce sujet Ô combien délicat.
A moitié avachi sur la table, la joue posée sur le dos de sa main, l’aîné leur servit lentement le thé, à la goutte près, concentré sur le filet fumant remplissant les tasses de porcelaine bleue.

_ Bien bien … j’imagine qu’il est temps pour moi de déballer ce que j’ai pu faire pendant deux ans, car j’imagine que mon petit frère a plus envie d’écouter mes histoires que de raconter la sienne ! » Commença-t-il avec un rire, reposant tout doucement le service sur la table avec un regard entendu. « Mais ne penses pas filer, je suis impatient d’écouter tout ça.

Il se redressa, passa une main sous la mèche de son visage, cherchant où débuter son histoire dans la contemplation furtive du plafond. En vérité, il avait beaucoup plus que deux ans à raconter, plutôt quatre si on voulait tenir un décompte plus rationnel. Malgré les lettres, il avait été très évasif sur le contenu de ses escapades de pèlerinage et à son retour, sa bouche était restée close aux questions tant l’amertume et le désespoir l’avait enserré. Ils avaient décidément beaucoup à se dire.

_ Deux ans en arrière, tout fraichement sorti de notre demeure, j’ai décidé de réparer les catastrophes que j’avais causées pendant mon voyage antérieur puisque … comme tu le sais, à l’époque, j’étais plutôt un attire malheur qu’autre chose. J’ai revisité une bonne partie des villages concernés, notamment ceux dont les problèmes étaient toujours d’actualité … par exemple, les esprits qui étaient revenus, les malheurs qui n’avaient cessé ... ce genre de choses. Ces périples m’ont mené à retourner jusqu’en Okaruto. Je n’avais pas d’objectif particulier hormis ça, j’ai pu visiter d’autres endroits sans m’imposer de contraintes, j’ai été sur les chemins presque tout du long. Il n’y qu’à Birei où je ne suis pas retourné, sans trop de surprises. » Il regarda son cadet d’une légère fierté retrouvée, n’étant plus bafoué dans ses fonctions comme auparavant, cherchant à dissiper des craintes éventuelles. « Ca fonctionne, Yuto. Bien même. Je ne peux pas l’expliquer, mais je n’ai rencontré aucune difficulté pour réaliser les offices, les exorcismes, les prières. Les cas étaient parfois difficiles, mais ce n’était plus l’outil qui faisait défaut.

Une inspiration vint couper un peu son récit, alors qu’il nuançait son propos.

_ Certes je suis obligé d’être plus prudent que d’autres, mais je l’ai toujours été avec Kon, et cela m’épargne beaucoup d’erreurs d’inattention. Ce qui est le plus gênant est de ne plus être sûr de la nature de ce que je rencontre, mais un Sutra suffit généralement pour régler la question. Je ne suis pas le bienvenu de prime abord, mais les gens sont contents après coup que je me sois entêté pour les aider.

Mentionner son gardien était toujours compliqué au vu des sentiments contradictoires qui le déchiraient à ce sujet, mais il n’était plus tendu de le faire à présent. Il veillait son frère, surtout ses réactions, avec tout le recul dont il pouvait faire preuve.
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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Mer 28 Juin - 0:56

Un instant, Yuto crut que son frère allait insister, mais ce ne fut pas le cas. Mieux, il prit la parole avec visiblement l’intention de raconter ce qu’il s’était passé depuis son départ. Yuto porta alors toute l’attention dont il était capable sur son frère, son oeil restant grand ouvert, comme quand Chikanori lui racontait des histoires, plus jeune. Malgré le fait qu’il aurait trépigné sur place, le cadet réussit à patienter, laissant à son frère le temps de rassembler ses pensées. Il dut néanmoins prendre une tasse de thé entre ses mains pour s’aider à rester calme.

Enfin, Chikanori commença son récit. Un peu comme lui plus tôt, Yuto entendit dans la voix de son frère qu’il avait plus ou moins fait le deuil de cette période difficile où rien de ce qu’il entreprenait ne semblait fonctionner. À cet instant, le cadet se promit de questionner Chikanori sur Birei à l’occasion, mais pour le moment, il le laissa continuer, s’estimant déjà heureux que son frère s’ouvre ainsi à lui comme ce n’était plus arrivé depuis longtemps. Puis leurs regards uniques s’accrochèrent, et Yuto y perçut de la fierté :

"Ça fonctionne, Yuto. Bien même."

Alors le visage du cadet s’éclaira d’un sourire joyeux au possible. Il était heureux, tellement heureux pour son frère. Mais la suite fit se faner un peu son sourire et emplit son regard d’inquiétude. Alors Kon n’était pas revenu ? Bien sûr… Cela aurait trop beau. Les doigts du plus jeune se serrèrent un peu plus autour de sa tasse de thé. Pourquoi tant d’injustice ? Pourquoi lui avait le droit à tout ça et pas son frère ? Pourquoi cette différence de pouvoir devait, encore et toujours, se mettre entre eux ? Yuto en aurait pleuré sur le moment, Chikanori avait tellement sacrifié, non, il avait tout sacrifié… Le cadet détailla son frère, son expression calme. Mais comment pourrait-il l’être en ayant perdu à jamais son gardien d’âme ? Tout ça pour quoi ? Pour quels sorts et sutras ? Était-ce vraiment une bonne chose ?  Yuto était un peu perdu, ne sachant trop quoi penser. Était-ce bien le choix de son frère ? Ou le résultat du mépris de leur père ?

Yuto entrouvrit les lèvres, mais se ravisa, longtemps, il avait été prompt à juger son propre frère au travers du prisme déformé que projetait sur lui Genki. Il fallait que cela change. En vérité, une fois débarrasser des ombres paternelles, il ne savait que répondre. Fallait-il se réjouir ? Ou compatir ? Même Ketsuzuko s’était retiré, sur le dos, le torse ou même une jambe, peu importe, mais plus aucun trait noir du serpent ailé ne dépassait sur la peau visible de Yuto, comme si le gardien voulait lui aussi laisser leur intimité aux deux frères. Ou bien se cachait aux yeux de Chikanori pour éviter de raviver de mauvais souvenirs…

"Je suis vraiment content de savoir que ça se passe mieux pour toi sur le terrain, oniisan ! … Mais… euh… je suis terriblement désolé pour ton gardien…"

Yuto se serait donné des baffes, plus maladroit c’était pas possible là… Mais, lui avait-il seulement dit de vive voix ? Non. En apprenant ce qui s’était passé, que son frère avait perdu son gardien, il en avait été malade. Persuadé par Genki que c’était de la faute de Chikanori, Yuto n’avait plus su comment réagir, partager entre haine et compassion. Lui qui s’éveillait à peine à ce qu’il pouvait partager avec Kestuzuko à l’époque. Il ne pouvait admettre que son propre frère ait pu faire une chose aussi horrible. Et en même temps, lui qui avait toujours son gardien n’arrivait plus à regarder son aîné en face sans imaginer sa peine immense.

Alors à l’époque, il s’était tu, le sujet était devenu tabou entre eux, comme tous les autres, sans même avoir été abordé. Donc oui, pour Yuto, il était aujourd’hui important de prononcer ces mots. Car aujourd’hui, il ne savait plus que penser, seul Chikanori peut-être, pourrait éclairer les zones d’ombres, mais il ne se sentait pas en droit de le lui demander. Et d’ailleurs, il n’était pas certain de vouloir savoir. Alors Yuto eut un sourire sincère, comme pour assurer à son frère qu’il l’accepter, quel que soit la réponse.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Ven 30 Juin - 4:40

La joie de voir son frère emballé par ses histoires, avide et impatient d’en savoir plus fut littéralement engloutie lorsque l’incompréhension et le trouble tira les traits tendres de celui-ci.
Imperceptiblement, l’œil carmin s’était écarquillé une fraction de seconde. Le silence tomba. Sa mâchoire resta verrouillée, son figure figée dans cette expression neutre, ni bonne ni mauvaise qui cachait tout. Sur le coup, Chikanori ne sembla pas impacté. Pourtant … lentement, sa pupille assombrie descendit vers le sol, et lorsqu’elle rencontra ces mains serrées autour de la tasse se mit à fuir sur la gauche pour scruter le jardin, accompagnant avec cela son visage qui se baissa légèrement. A cet instant, l’Onmyôji sans gardien paraissait vide, vide dans sa neutralité, vide dans son silence … que pensait-il, souffrait-il au fond de lui ? Culpabilisait-il ? Que se passait-il ? D’un effort émergé de nulle part, il parvint à dire :

_ … oui. Moi aussi.

Ses mots étaient sortis sans qu’il les eus réfléchis, miraculeusement jaillis d’un esprit complètement figé sur lequel il n’avait pas d’emprise. Il ne s’autorisait pas à perdre la face, ainsi il ne se terrait pas dans le silence, s’obligeait à répondre quelque chose.
Il avait envie de fuir cette conversation comme il l’avait toujours fait, qu’importait les moyens. Tout était bon pour dissimuler, même si cela attisait la colère, le dédain et le dégoût des autres. A cette envie, s’affrontait celle inébranlable de son attachement fraternel, complètement attisé par cette réunion qui s’était si bien déroulée jusqu’ici. Il n’avait pas envie de l’envoyer bouler, pas la force d’être invivable. Les paroles juvéniles l’avaient en fait désarmé. Il avait fallu que Yuto grandisse pour que ce dernier fasse attention à ses mots, au lieu de les passer à la trappe comme avant. Son petit frère avait mûri, et ses espérances d’être entouré s’en retrouvaient déterrées. Peut être même pouvait-il souhaiter être compris et par la même occasion se comprendre lui-même. Il réalisait qu’il n’avait pas seulement récupéré son frangin, mais qu’il avait à présent la joie timorée d’avoir son soutien … et ce malgré l’époque chargée de problèmes où ils s’étaient quittés.

Chikanori occultait cette période de retour dure à assumer dont il ne parlait jamais. Pourtant, il savait qu’au fond il en avait besoin et que ses proches aussi ; il le sentait dans l’attitude de Yuto dont les questions muettes n’attendaient que d’être répondues.
Les rares souvenirs de ce jour maudit lui revenaient en cet instant de fébrilité intérieure et commencèrent à le poignarder, faisant écho à ces années de frustration accumulées qui l’avaient amené à cet acte irréparable. Cette action était si impardonnable que pour ne pas y penser, sa vie sous ses pires jours refaisait surface à l’état pur, réanimant ses déceptions passées à la place… Son père, qui dépité au possible avait tout détruit ; y compris son lien avec Yuto pour mieux le monter contre lui ; sa mère morte trop tôt qu’on lui avait attribué ; Miwako et ses deux gardiens que tous acclamaient, avec sa place donnée et prédestinée à la tête de la famille alors qu’elle n’en avait pas les compétences ; vis-à-vis d’elle, en somme l’histoire d’une jalousie maladive qui avait fini par engendrer une obsession grandissante. Plus flous mais tous aussi détestables, le traversaient l’image des villages le jetant dehors ; sa vie semées de difficultés à Birei ; Eirin sur lequel il avait dû tirer un trait avec des larmes amères ; l’Ama no Jakku qui l’avait trainé aux portes de l’enfer sous l’observation d’un Kon inactif ; Kon qu’il n’avait jamais pardonné de ce jour et qu’il avait presque haï ; la solution finale qu’il avait saisie à pleines mains, les couvrant d’un sang invisible mais indéniable. Mais c’était sans compter le songe …
Ce songe qu’il avait eu le jour de sa malédiction revenait régulièrement le solliciter, comme pour lui rappeler à quel point il pouvait être abject. C’était avec une honte inavouable qu’il subissait ces sentiments peu glorieux dans lequel s’entremêlaient ses désirs les plus condamnables, pourtant bien tentateurs dans ses heures les plus sombres. Entre la haine, la jalousie, l’envie, le désespoir et la tristesse, avaient fleuri de bien indécents fruits dans lequel s’étaient retrouvés des envies parricides, des instincts de destruction purs qu’affrontaient des volontés de conquête parfois même charnelles. Oui, il s’était vu à la tête des Abe no agrandie et magnifiée, sans plus un regard osant affronter le sien car tous dirigés au sol, a à un point où il aurait pu presque s’imaginer comme le nouveau fondateur des Abe no d’une millénaire réputation. Sa renommée s’évoquait grande, assumée dans la crainte qu’il engendrait, respectée et redoutée des ennemis, et étonnamment marquée par cet entre deux-mondes qu’il s’apercevait toujours fouler. Sa vie personnelle s’entrevoyait passionnée, ardente, sensuelle, envoûtante ; mais toujours cachée, enfermée derrières des portes, perdue derrière les rideaux et les étoffes, loin des regards … avec un visage qu’il n’avait jamais osé regarder. Il n’avait jamais voulu connaître l’identité que ses rêves délirants avaient choisie. Ironiquement, alors voyageant sur les chemins, combien de fois s’était-il vu visiter la tombe quasiment inconnue de son père ? Tout cela pour mieux en effacer le nom de sa propre main, comme pour non-seulement le faire disparaître de sa vie, mais également du monde entier, condamnant sa réincarnation. Avec tout ça qui l’éprouvait lorsqu’il osait songer à ce qu’il ressentait vraiment, où sa culpabilité pour Kon se cachait-elle dans ce ténébreux océan de sentiments qu’il ne voulait exprimer ?

De plus en plus envahi, Chikanori se sentait complètement grignoté de l’intérieur jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une coque inoccupée, impersonnelle. Son regard mi-clos se perdait dans une fausse contemplation, comme les figures inchangées des peintures dont le regard semblait ne rien saisir.
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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Ven 30 Juin - 19:43

Eh bien voilà, il avait tout gâché à nouveau, son frère fuyait son regard, se terrait dans un silence qui semblait pourtant crier au secours aux oreilles du cadet, le rejetait, encore une fois… Yuto baissa le regard et se mordit la lèvre, le silence s’installa, s'éternisa, un silence pesant de non-dits et de tensions sous-jacentes. Le jeune chercha dans son esprit le salue, un sujet, n’importe lequel, pour fuir, détourner la conversation, oublier les erreurs, les cacher sous le tapis, une nouvelle fois... Il crut avoir trouver, il masqua son trouble derrière un faux sourire et ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sorti. A cet instant un murmure sifflant de reproches et d’encouragement mêlés résonna dans ses pensées.

Le jeune baissa à nouveau la tête, mordit sa lèvre, ferma son œil restant, martyrisa ses doigts autour de la tasse tiédie. Le pouvait-il ? En avait-il le droit ? La force ? Alors la réponse s’imposa à lui, plus nette que jamais. Comme débarrassé de ses doutes, Yuto savait désormais qu’il voulait retrouver son frère, qu’importe en cet instant le prix a payé, qu’importe ce que son père trouverait à redire ou les regards des siens. Par Gekigami, c’était de son frère qu’il s’agissait ! Son autre moitié, la chair de sa chair, le sang partagé, le garant de souvenirs perdus.

Alors la main de Yuto lâcha précipitamment la tasse de thé, et vient se poser un peu brusquement sur l’épaule de Chikanori.

"Oniisan, Chikanori, regard-moi, regarde-moi !" Il y avait tant d’urgence dans sa voix.

Yuto attendit que l’œil carmin accroche le sien aux reflets verts embués de larmes.

"Chikanori,... je... tu n’es pas obligé de parler… Mais ne me repousse pas, s’il te plait... Je suis là si tu en as besoin, mais si tu ne veux pas, ne dis rien... Moi je m’en fou ! Tu es mon frère !"

Bien maladroit encore était le plus jeune héritier des Abe no. Pourtant l’essentiel du message y était, dans cette tentative presque désespérée de briser ces barrières qui les séparaient encore. Cette idée que, quelques soit les secrets de son aîné, Yuto voulait qu’il reste auprès de lui en tant que frère avant tout. Ils auraient bien l’occasion de parler plus tard. Et en cet instant, son regard exprimait cela encore plus profondément que ses mots.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Ven 30 Juin - 23:03

Il fut tiré de sa descente dans les profondeurs de ses enfers lorsque la main alarmée de son frère vint le saisir par l’épaule. Chikanori cilla, le regardant alors, l’expression presque toujours aussi lointaine, cruellement détachée … pour autant, les pensées de l’aîné s’invitaient, timides, dans cet esprit désensibilisé. L’avait-il vraiment … repoussé ? Il n’en avait pas eu l’impression. Cet instant lui avait paru si court … peut être était-il resté sans rien dire trop longtemps, ou peut être avait-il seulement cru lui répondre. Qu’importait. Tout cela n’avait pas d’importance. Il voyait les larmes qui vacillaient dans l’œil de son bien-aimé frangin, jeune homme encore si fragile, qui tremblait d’émotion, bégayait, cherchait à l’atteindre alors qu’il s’était renfermé dans sa forteresse de solitude et de culpabilité.  Lui qui avait intériorisé ses ressentis, si dur il lui était de réagir à cette détresse … mais tout cela finit par le rattraper.

Alors son regard s’anima enfin d’une lueur, et son expression s’ombra d’une certaine tristesse, mêlée d’une inquiétude … il éprouvait un regret intérieur également, il était si désolé de lui imposer tout ça. Au moins cette expression déshumanisée et neutre avait disparue. Il esquissa un sourire, qui se couvrait d’une certaine tendresse, et vint enserrer la main de son frère de la sienne, la regardant alors qu’il la tenait contre son épaule. Fuyait-il encore une fois ce regard qu’il ne pouvait ignorer ? Non, il était revenu, mais ses lèvres restaient hélas scellées. Il ne pouvait pas parler … il ne s’en sentait pas capable. Il avait bien trop peur de les perdre à jamais si ces derniers proches s’apercevaient des ténèbres qui l’assaillaient et que couvait son cœur. Qui n’en serait point terrifié ?
L’aîné releva la tête vers son frère, toujours de cette étrange expression qui ne disait mot, d’apparence sereine, un peu apaisée de ces tourments qui lui avaient embrumé l’esprit. Il n’était plus vide, il ressentait, même si cette sensation s’avérait douloureuse et houleuse. Doucement, il relâcha la main qu’il tenait … et ouvrit les bras et les paumes, le regard se fermant un peu. Ses doigts se refermèrent un peu pour lui faire signe de venir, en écho de leur enfance lorsque le très jeune Yuto, marqué par le décès de leur mère, venait trouver réconfort et s’endormait dans l’étreinte protectrice de son frère épuisé.
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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Dim 2 Juil - 17:11

Voir son frère avec une telle expression neutre, vide et absente sur le visage lui lacérait le cœur. À chaque fois, il avait l’impression que Chikanori partait loin, si loin qu’un jour il risquait de ne plus l’atteindre. Alors Yuto se sentait rejeté, abandonné. C’était cette expression qu’il avait fuie deux ans aux parts avant, incapable de gérer rationnellement les sentiments qu’elle lui renvoyait. Le jeune homme avait beau mieux maîtriser ses craintes depuis l’arrivée de Kestuzuko dans sa vie, il savait qu’il restait des situations quasi ingérables pour lui. Ces moments qui lui rappelaient implacablement ses pires frayeurs.

Deux en arrière, il avait été partagé, non, déchiré entre frère et père. Comme si choisir l’un signifiait invariablement perdre l’autre. Or cette simple idée était insupportable pour le cadet. Néanmoins aujourd’hui il affrontait les barrières que Chikanori créait entre eux, au mépris de ce que leur père pourrait dire. Voilà pourquoi le comportement violent de Genki avait tant choqué le jeune. Mais alors que le regard de son aîné se ranimait, Yuto eut un sourire de soulagement au travers de ses larmes. Chikanori avait l’air triste, immensément triste, mais il était revenu.

Il n’eut pas de mots, il n’y en avait pas besoin alors que les gestes tendres parlaient pour eux. Chikanori ouvrit les bras, et son petit frère n’hésita qu’une demi-seconde avant de s’y jeter, enserrant le cou de son aîné, la tête sur son épaule.

"Je suis là, je suis rentré."

Se sentit obligé de rajouter Yuto, alors que des larmes perlaient au coin de son œil valide. Sentant encore un écho de douleur résonnant sous son bandage, le jeune se dit qu’il voulait bien garder cette sourde gêne toute sa vie durant si cela pouvait lui permette de se rapprocher ne serait-ce qu’un peu de son aîné. De voir le monde au travers de ses yeux, comme il faisait pour les yokaïs quand il fusionnait avec Ketsuzuko.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Lun 3 Juil - 11:48

Rares étaient les moments de tendresse, mais il n’en était pas avare envers la plus personne qui lui était le plus cher. Chikanori entoura de ses bras  le dos sanglotant de son frère dans une douceur qui lui était presque étrangère, si profondément touché que son regard devint lointain comme pour se concentrer sur la sensation qui réchauffait doucement son cœur et l’en atteignait au plus profond. Puis finalement il ferma les yeux, posa doucement sa joue contre la tête de son cadet. La tendresse de cette étreinte qu’il s’était retenu de venir chercher lui-même le réconfortait. Il en avait besoin lui-aussi. Un pincement subsistait, résidu de sa tristesse. Alors contrôlant l’émotion de sa voix, il vint lui murmurer :

_ … je suis désolé, Yuto … je suis vraiment désolé.

Loin était à présent les jours, où plus petit que lui, Yuto pouvait se réfugier dans ses bras, être couvert par les manches de son kimono comme d’une couverture, et être bercé jusqu’à ce que son chagrin ne disparaisse … mais face à ce jeune homme qu’il savait dépendant affectif, et ayant presque encore un pied dans l’enfance, il tangua un peu, caressant sa tête en faisant très attention à ne pas effleurer par inadvertance les bandages qui s’y trouvaient. Il resta ainsi, laissant à son petit frère prendre le temps qu’il lui fallait, profitant mutuellement de ce rare instant d’affection. Une fois calmé, les soubresauts de sanglots tus, il s’écarta très légèrement, juste assez pour apercevoir son visage. Son intonation restait particulièrement douce, tout juste audible pour son frère seul.

_ Que veux-tu que l’on fasse, hmm ? Il suffit de le dire, petit frère … il vaut mieux prévoir que tu te reposes un peu pour être en forme demain … du monde voudra te voir … » Il eut un tout léger soupir. « Ils vont t’arracher à moi, pendant des heures, pour parler de ci, parler de ça … » Un petit sourire taquin l’anima un peu. « … sinon, mon petit frère veut-il que son grand-frère ne reste pour dormir avec lui ?

Il n’y avait pas de “pour le protéger des monstres du placard dans la nuit noire” car ils en avaient toujours été entourés, mais on n’en était pas loin. La proposition avait été lancée un peu comme ça, elle s’avérait relativement sérieuse. Ils avaient été tant habitués à dormir ensemble à cause (ou grâce) aux crises nocturnes du cadet que ce n’était pas quelque chose qui le choquait. Ils pouvaient encore se le permettre … encore un peu.
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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Lun 3 Juil - 15:17

A l’excuse murmurée de son frère Yuto répondit en secouant négativement la tête, toujours niché dans le cou de son aîné. Le jeune apprécia, savoura, cet instant de tendresse. Les barrières étaient tombées, il aurait presque pu percevoir le fracas qu’elles émirent en se brisant, au moins pour le moment. Ici et maintenant, dans les bras de son frère, Yuto retrouvait la sécurité et la sérénité qui lui avaient tant manqué. Des sentiments qu’il avait désespérément essayé d’atteindre seul durant son voyage, pour finalement comprendre qu’il n’en serait jamais capable. Il avait besoin d’être entouré, notamment par les siens, tous les siens.

Puis il s’écarta presque à contre coeur de son aîné, essuyant les traînées humides de sa joue d’un revers de main. Son visage exprima la gêne pendant une demi-seconde, puis son frère parla et un immense sourire vint éclairer l’expression du cadet.

"Oh oui, reste ! On pourra se gaver de mochis et raconter des histoires qui font peur !"

L'adolescent de 16 ans qui essayait de paraître adulte avait purement et simplement disparu quand Chikanori avait prononcé ses mots. Yuto avait même sciemment ignoré la partie de la phrase concernant son repos ou ses prochaines confrontations. Ne restait que l’enfant turbulent, trop content de pouvoir passer du temps avec son grand frère et pourquoi pas, fomenter quelques bêtises à ses côtés. Depuis combien de temps n’était-ce plus arrivé ? Et surtout, Chikanori avait-il seulement, ne serait-ce qu’une fois, été force de proposition sur le sujet ?

"Mais pour le moment..."

Yuto s’écarta pour de bon et son regard se fixa sur le sol, en une intense réflexion, main sur le menton. Pendant ce temps, Chikanori pu voir la tête de Ketsuzuko émerger sur le cou de son cadet, l’uwabami avait clairement les yeux posés sur lui. Néanmoins, cette forme n’était pas des plus expressives, aussi il était difficile de dire ce que le yokai cherchait à faire passer exactement. On pouvait au moins affirmer qu’il n’était pas agressif, peut-être était-il curieux, reconnaissant ou même attentif, ou bien un peu de tout cela, difficile de trancher.

"Bien sûr on pourrait continuer à parler, je suis sûr qu’on aurait encore beaucoup à se dire…" Yuto releva alors sur son aîné un regard brillant d’envie. "Mais on pourrait aussi jouer au Go ! J’ai eu quelques occasions de m’entraîner pendant mon voyage, peut-être que je te battrais enfin ! Ou non, jouons aux billes plutôt ! Ca fait si longtemps ! Oh, il faut que je te montre mes nouvelles techniques, et toi aussi ! Ah, et j’adorerais partir en mission avec toi ! Fin ce sera pas pour de suite avec tout ce qui se passe en ce moment..."

Et voilà le plus jeune reparti dans d’intenses réflexions. Excité comme une puce, il ne pouvait se résoudre à choisir parmi tant de possibilités. Il voulait tout faire, tout de suite, comme pour rattraper le temps perdu, ou bien pour s’assurer que Chikanori ne lui échapperait pas à nouveau. Il aurait une fierté à montrer ses progrès au Go à son frère. Quant aux billes c’était son jeu favori, ce n’était pas pour rien qu’il en avait fait une technique de combat. Et dans son impatience de tout partager avec son aîné retrouvé, le cadet oubliait de réfléchir à ses mots et à l’impact qu’ils pourraient avoir.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Mar 4 Juil - 21:47

Le grand frère resta calme à l’enthousiasme qui s’enflammait sous ses yeux, clignant des yeux plusieurs fois, mais il finit par laisser échapper un rire. Il vint poser la main sur la tête de son petit frère et tapota son crâne de ses doigts.

_ Olaa, olaa … doucement, doucement, Yutooo … je ne vais pas disparaître si jamais tu ne m’occupes pas voyons … plus, du moins. Faisons une chose à la fois. » Il s’appuya sur le bord de la table « Lorsque le domestique repassera, on lui demandera des mochis. Restons tranquilles pour ce soir, nous aurons les jours à venir pour tester nos techniques sur les malheureuses victimes du Sommeil … apporte-nous donc ton sac de billes, je reste moins passionné que toi, mais j’ai appris deux trois petits tours pour épater mon monde lorsque je m’ennuyais.

Les petits points noirs du serpent attirèrent alors son regard et Chikanori l’observa. Ni l’un ni l’autre n’avaient eu l’occasion de se rencontrer, et le gardien semblait complètement muet, contrairement à un certain Kon plutôt du genre pipelette. De la même nature, les Kamis faisaient les choses bien ironiquement d’ailleurs … pourtant ils étaient radicalement différents. L’apparence de tatouage du protecteur de son frère l’avait terriblement interloqué, cependant il ne l’avait avoué ni laissé paraître jusqu’ici. Actuellement, ses connaissances sur les serpents traversaient son esprit, notamment sur leurs capacités reconnues à pouvoir se transformer en n’importe quoi … et il sortit de ses pensées pour les exprimer à haute voix plutôt que de les garder pour lui.

_ Je me suis toujours demandé s’il pouvait passer d’un corps à un autre en fait … s’il ne quittait le tien que parce qu’il ne le pouvait pas, ou parce qu’il ne le voulait pas … ce genre de choses … vous avez déjà testé ? » Il plaça finalement son menton sur une main « J’aurais bien voulu faire connaissance de Ketsuzuko, je me disais que cela risquait d’être au sentiment si nous ne pouvions communiquer … j’ai l’impression qu’il est placide au point de ne pas avoir envie de parler !
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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Mar 4 Juil - 23:51

Le rire de son frère, puis son contact réchauffèrent son cœur. Bien qu’il avait encore un peu de mal à se persuader du contraire, Yuto s’efforça de croire les mots de son aîné et de se calmer et respira doucement. Sa tête fit de grands mouvements de haut en bas pour signaler son enthousiasme concernant les mochis. Il le regretta un peu quand la douleur fit scintiller des étoiles dans son regard, mais la sensation fut très brève et complètement balayée par son bonheur du moment. Yuto se força à écouter calmement son frère, sans l’interrompre pour protester et finalement, sauta littéralement de joie quand Chikanori proposa les billes. Se considérant alors comme le plus heureux des petits frères de la terre, il bondit sur ses pieds pour aller chercher son sac à trésor. Il fouilla un instant dans ses affaires, que les domestiques avaient déposées dans ses quartiers. Puis il revient vers la table, la tête déjà penchée dans l’écrin de tissus. Il avait obtenu de nouvelles billes pendant son voyage, achetées ou gagnées, il avait hâte de les montrer à son grand frère.

Alors qu’il se rasseyait, Chikanori parla et le cadet, trop concentré sur ses pierres rondes, mit une demi-seconde à comprendre le sujet de ses mots. Pour le coup, Yuto en aurait lâché son sac de billes. Son grand frère s’intéressait à son gardien, il voulait le rencontrait… Yuto avait l’impression qu’on lui offrait cadeau sur cadeau. Sa surprise heureuse marqua son visage avant qu’il ne le penche, cherchant à atteindre du regard son gardien. Puisqu’il ne pouvait croiser ses yeux tant que Ketsuzuko était dans son cou, le serpent se déplaça, sa petite tête apparaissant sur la main de son jeune maître. Yuto bougea un peu les doigts, son regard attendrit en cet instant.

"Il parle peu oui, il préfère communiquer par les sentiments en effet. C’est gardien discret, mais toujours présent."

Yuto releva vers son frère un regard partagé entre joie et tristesse. Il était heureux d’échanger avec Chikanori sur le sujet, très heureux même. Mais il avait aussi la sensation de marcher sur des œufs, mal à l’aise face à cet aîné qui n’avait plus son compagnon d’âme. Néanmoins, c’était Chikanori qui avait de lui-même lancé la conversation, alors le cadet supposa qu’il pouvait au moins répondre à ses questions sans trop à en craindre les conséquences.

"Est-ce qu’il peut passer d’un corps à l’autre ?" Yuto se fit pensif. "On n’a jamais vraiment essayé… "

Le jeune se retient de dire qu’il pensait bien que Ketsu fut présent sur sa peau bien avant qu’il ne devienne onmyoji. Néanmoins, il se questionna alors pour la première fois : si l’uwabami avec qui il partageait son corps et son esprit pouvait le faire avec quelqu’un d’autre, serait-il jaloux ? Il y eut un moment de silence, tandis que Yuto réfléchissait sérieusement à la question.

"Je crois même que je serais un peu jaloux si Ketsu allait balader sur un autre corps que le mien !" Déclara finalement le cadet. "Et tu imagines, c’est intime comme truc, s’il va serpenter ailleurs, je n’en veux plus sur ma peau, qui sait où il aurait pu trainer !"

Le rire clair du jeune onmyoji ponctua ses mots.

"Néanmoins," reprit-il après avoir calmé son fou rire, si c’est toi c’est différent." Il dédia à son frère un regard tendre.

Alors il entendit un sifflement dans son esprit, difficile de dire s’il était approbateur, mais en tout cas il faisait part de sa compréhension. Ensuite, le gardien quitta sa peau, s’élevant, dans les airs entre les deux onmyoji, toujours sous forme de trait noir. Puis, dans un courant d’air tourbillonnant et un jeu de lumière, l’uwabami reprit sa forme d’origine. Ses anneaux blancs entourèrent la table et les deux frères, le yokai se redressa et pencha sa tête arrondie au-dessus des onmyoji, déployant légèrement ses ailes pour les refermer sur les humains.

"Tu as toujours le sens du spectacle." Conclus Yuto en caressant affectueusement la tête du serpent.

"Chikanori, je te présente Ketsuzuko. Kestu, dis bonjour à oniisan." Proposa Yuto avec un grand sourire.

L’uwabami tourna la tête vers Chikanori, accrocha son regard carmin de ses yeux rubis et s’inclina légèrement. Puis, le yokai s’approcha doucement jusqu’à ce que ses écailles immaculées entrent en contact avec la peau de l’onmyoji. Alors le serpent ailé ouvrit son esprit, le tendit vers celui de Chikanori. C’était un esprit puissant, mais calme comme le ruisseau de la montagne, tranquille, placide. Avec délicatesse et sans un mot, Ketsuzuko saluait respectueusement l’onmyoji, puis lui demandait l’autorisation, la permission. Il lui fallait le lien de l’esprit avant de former le lien physique.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Mer 5 Juil - 14:11

Yuto semblait ravi, même au-delà : emporté. Son frère le laissait consumer son bonheur sans l’entacher … non sans hausser légèrement un sourcil, interloqué au mot “intime” couplé du bout de phrase “qui sait où il aurait pu trainer !” qui le laissèrent avec des interrogations en suspens. Elles le perturbèrent viscéralement jusqu’au moment où ils passèrent à autre chose, heureusement rapidement … mais surtout, le gardien fit son entrée, imposante, impressionnante, limite grandiose dans son genre, et estomaqua le frère de son compagnon d’âme qui déplaça son regard le long du corps écailleux avant de tomber sur les yeux rubis.

Chikanori avait l’œil écarquillé, le souffle avait disparu. Le gardien n’était sûrement pas sans savoir l’effet que cela lui ferait de voir l’immaculé de ses écailles qui lui manquait, tel qu’il n’avait jamais pu le voir. Son cœur se serra, alors que leurs regards mêlés s’avéraient presque étrangement similaires, et au contact, il recula comme s’il avait été brûlé, le buste penché en arrière, appuyé sur une main derrière lui. Il s’avérait farouche alors que le Yokaï devenu gardien ne demandait qu’un contact … lui qui ne livrait rien de ses pensées, ouvrir son esprit était un pas qu’il peinait à franchir. Il était méfiant, il l’était toujours depuis cet incident, ne pouvait s’avérer tout à fait à l’aise en ce qu’il s’agissait de laisser les démons mener la danse. Pour contrebalancer, ses pensées filèrent droit à Yuto. Etait-il déçu que son frère soit si peu ouvert, son sourire avait-il disparu de son visage ? Prenait-il cette attitude comme un refus de sa part ?
Il craignait tout de ses pensées internes, l’Uwabami muet qu’il ne connaissait pas pouvait être du genre à tout rapporter … ou au contraire, à tout garder, comme Kon ? Quelles étaient ses intentions ? Lorsqu’il repensait aux gardiens de Miwako, l’un était hostile à son égard, l’autre neutre. Il avait de nombreuses fois fait souffrir son frère, par maladresse, par rancœur paternelle, par dédain même, dans son enfance … il pouvait tout à fait comprendre que le gardien puisse avoir du ressenti vis-à-vis de lui. Ce pourquoi, d’autant plus qu’il n’y avait eu de demandes de son maître, que le gardien se propose de faire le lien avec lui, volontairement, le laissait désarmé.

Finalement, il osa regarder Yuto, brièvement, comme cherchant un soutien. Puis il se redressa, s’assit correctement. Ses craintes l’assommaient, mais il se força. Bien que tout son être dise le contraire, il avait l’impression que c’était le bon choix à faire. S’ouvrir au gardien de son si aimé frère, ou du moins essayer … il fallait qu’il le fasse.
Tout doucement, après avoir fait le vide, Chikanori présenta la paume de sa main ouverte, et avec toutes les précautions du monde, abaissa les barrières d’acier de son esprit. La toute petite ouverture sur son lui-intérieur, prête à se refermer sans hésitation au moindre changement de programme, à la moindre pensée dont il craindrait les conséquences.
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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Mer 5 Juil - 22:36

Yuto observait la scène avec une attention compréhensive, partagé entre joie et tristesse. Il n’était pas déçu du recul de son frère, loin de là, il ne pouvait que faire preuve d’empathie pour son aîné qui avait perdu sa moitié d’âme. Néanmoins, il espérait juste que ce recul était bien dû à la surprise comme il le supposait, et non à la peur. Mais après tout, pourquoi, par Gekigami, son frère aurait-il peur de son gardien ?

Ketsuzuko ne pressa rien, il laissa le frère de son petit maître prendre sa décision. Quand il eut un signe d’accord, l’uwabami tendit son esprit avec une extrême délicatesse vers cet humain qu’il ressentait craintif. Leurs mentals se frôlèrent, avec la légèreté des ailes d’un oiseau, mais c’était suffisant. Ce contact d’esprit à esprit permettait au yokai d’initier celui de leurs corps. Avec son petit maître, c’était une véritable fusion, ses cellules, son énergie, son esprit, tout son être devenait celui de Yuto et inversement. Le jeune onmyoji commençait tout juste à percevoir l’ampleur et le potentiel de leur lien, mais Kestuzuko savait, un jour, ils ne feraient plus qu’un.

En attendant, il pencha la tête vers les paumes de Chikanori et les effleura de ses écailles. Son corps originel vacilla, comme un mirage, il s’estompa puis disparut doucement. À la place, un tatouage serpentin était désormais enroulé sur l’avant-bras de Chikanori, ailes déployées. L’aîné de la fratrie pouvait sentir le léger poids qui s’était rajouté sur son bras, mais surtout les écailles de l’uwabami intimement collées à sa peau.  Pour lui qui avait déjà tenu un serpent en main, cette sensation devait lui être familière. Kestu ne serrait pas sa prise, il était juste posé, scotché étant peut-être le terme plus exact.

La petite tête noire située sur le poignet se tourna et regarda l’onmyoji, dardant sa langue, ce qui pourrait faire frissonner l’humain s’il était un peu chatouilleux. Alors, une voix sifflante et discrète, douce, presque chantante, murmura dans l’esprit de l’aîné des Abe no.

"Pour ton frère, merci."

Ketsuzuko laissa encore un peu de temps aux deux humains pour réaliser la chose. A Chikanori pour prendre conscience qu’il avait un yokai collé sur la peau. Et à Yuto pour admirer, avec un regard brillant de joie, le partage entre son frère et son gardien, les deux êtres les plus chers à ses yeux. Puis, l’uwabami mit en place son plan, un léger coup se répercuta dans l’air quand il abaissa ses barrières mentales. Alors, il devient le lien, le pont entre l’esprit de Chikanori qu’il touchait, et celui de Yuto avec lequel il fusionnait. L’échange fut inégal, seules les pensées superficielles de l’aîné circulèrent, avec peut-être quelques pensées plus secrètes s’il perdait un peu sa concentration à cause du choc. Mais pour Yuto, il était alors mis à nu. Ses joies, ses peines, ses espoirs, ses craintes, ses douleurs, tout était accessible à Chikanori d’un seul regard.

Le yokai était un peu désolé pour son petit maître, mais il n’avait pas voulu forcer un lien dont Chikanori ne voulait visiblement pas. Néanmoins, de l’avis du serpent ailé, ces deux humains ne communiquaient pas bien. Il voulait leur montrer, leur faire prendre conscience de leurs ressemblances comme de leurs différences, de ce qui les éloignés comme de ce qui les rapprocher. Ainsi, il espérait que cette petite impulsion leur permette de commencer à construire le lien que son petit maître recherchait tant.


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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Lun 10 Juil - 12:50

La douceur momentanée du serpent sur sa peau avait attiré la sympathie du nouvel hôte, plus heureux pour l’expression ravie et émerveillée de son frère que pour autre chose. Il ne s’était attendu à ce que celui-ci daigne lui adresser la parole, il n’eut le temps de le remercier à son tour qu’un événement inattendu ébranla son monde intérieur. Ce ne fut pas une brèche, mais une ouverture violente qui se fit sous son nez, volant certaines de ses pensées, certains de ses ressentis sans qu’il ne puisse y faire quoi que ce soit. Lui qui ne laissait plus rien au hasard, qui contrôlait tout ce qu’il filtrait … se retrouva dans l’ignorance de ce qui lui avait été volé. Immédiatement, il se lança dans la reconquête mentale pour le récupérer à temps, quitte à les arracher sèchement, protégeant jalousement son trésor maudit. Mais il ne put.  
Il ne put voulu rattraper ses traitres pensées, et sa main se crispa en s’avançant dans vide comme s’il avait pu le faire de cette façon. La stupeur et le choc se saisirent de lui lorsque les sentiments de son frère déferlèrent, détruisant sa concentration beaucoup trop axée sur la volonté de récupérer alors qu’il aurait dû laisser tomber et simplement couper le lien. Les émotions de son cadet le submergèrent totalement, et tel un fétu de paille, il fut emporté sans avoir pu résister ou combattre.

Du visage complètement choqué se mirent à couler des larmes. L’aîné était ailleurs, dans un conflit intérieur qu’il ne pouvait gérer, incapable de s’en sortir avec tout ce qui le traversait, surtout que cela n’était pas de lui. Tel un chef dépassé par la situation, il voyait, impuissant, tout lui échapper, rattrapant des lambeaux de son être, en étant dépossédé de nouveau, alors que l’angoisse montait à un niveau dangereux. Tout ce que Yuto ressentait … pour lui, pour tout, c’était bien trop. C’était indécent d’y avoir accès sous sa forme des plus pures. Il se sentait voyeur sans avoir voulu l’être, indiscret alors qu’il détestait l’être avec ses proches … mais surtout, il ne s’en sentait pas digne, et même plus : complètement indigne. Il ne méritait pas ça. Tant d’attention, tant d’affection … cela le touchait, pour autant avec tout ce qu’il avait fait … tout ce qui l’était, lui, il n’en valait pas autant. Toute son assurance de grand frère s’effondrait, il apparaissait à présent harassé par une tempête de tourments, basée sur la raison d’une frayeur grandissante qu’il ne savait pas ce que Yuto avait pu percevoir qui lui avait échappé, ni ce qu’il en pensait … il fallait cacher, il fallait taire ! Il n’avait pas le droit d’être affiché ainsi ! Et pourtant tout éclatait. Ce n’était pas ce qu’il avait voulu. Il n’avait pas voulu tout ça, il n’avait pas voulu être en contact avec l’essence de son frère, de même qu’il n’avait pas voulu livrer ce qu’il tenait écarté. S’il le faisait, c’était pour une bonne raison.
Alors réalisant la situation, Chikanori serra les dents, ses traits exprimèrent comme un miroir ce qu’il était en train de subir ; la détresse qui l’étranglait, la honte de son voyeurisme inopiné, la dévastation d’avoir laissé entrapercevoir ce qu’il était. Le refus pur et net s’exprima enfin, cri déchirant de l’intérieur qui rejeta le lien et la connexion entre les esprits brusquement, abruptement, violemment même, tel un couperet, causant douleur aux trois en même temps. L’aîné s’effondra, le visage enfoui dans les mains, le front quasiment au sol, les épaules agitées de soubresauts.

Les minutes passèrent où les deux humains durent se remettre de ce lien qui avait volé en éclats. Le maudit de la famille, en tous cas, ne pouvait se raccrocher aisément à la réalité où il perdait pied. Le serpent avait fait exploser de l’intérieur les murailles inaccessibles de son esprit, seul cas qu’il ne pouvait contrer, lui remontant des souvenirs très amers de soirs d’Okaruto où un Ama no Jakku avait infecté sa tête de terribles idées. Il tentait de reconstituer ses murs, en vain. Alors d’un coup, il se redressa, le bras devant son visage, trop mis à nu pour rester plus longtemps, s’appuyant sur la table pour se relever dans la précipitation. Il voulait fuir. Il fallait fuir.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore Mar 11 Juil - 23:56

Un instant, le plus jeune resta dans l’incompréhension totale de ce qu’il se jouer dans la pièce. Il vit la stupeur se peindre sur le visage de son frère aîné, et Yuto regarda, impuissant, la main de l’aîné se refermer dans le vide. Le cadet tendit sa main à son tour, inquiet, voulant aider son frère à combattre un danger que lui-même ne voyait pas, ou pas encore…

"Ketsu… ?"

La demande peu assurée précéda à la compréhension violente, alors que les premières pensées de son frère le traversaient de part en part. Trop habitué à la connexion totale avec son gardien, Yuto n’avait pas senti le drame arriver. Néanmoins, quand il sentit cette angoisse terrible, cette pointe acérée de jalousie…, il comprit rapidement d’où venait le problème.

"Ketsuzuko !"

Le cri de remontrance fut la seule réaction physique, autrement son corps se bloqua, assistant impuissant aux larmes de son aîné. Il ne pouvait rien faire de son côté, couper la connexion fusionnelle avec son gardien lui était purement impossible. Pourtant il essaya, dresser des barrières, comme il le faisait contre les yurei, et ses traits se tirèrent dans l’effort. Mais il ne pouvait pas, il n’arrivait pas à bloquer ce qui passait par Ketsuzuko lui-même. La détresse mêlée de honte de son aîné lui parvint donc, aussi corrosive que l’acide. Intérieurement, Yuto tremblait : alors c’était ça que ressentait son aîné. Et encore…, il était persuadé de ne percevoir qu’une infime partie de l’iceberg, et cela l’apeura en cet instant.

Enfin, le refus s’exprima, net et brutal. Même si concrètement, Yuto fut épargné, car Ketsuzuko absorba la majorité de l’impact. Néanmoins, la douleur remonta le long de leur lien, lui coupant la respiration. Et tandis que Chikanori s’effondrait au sol, le cadet se rattrapait sur ses mains, le souffle erratique. Le sac de billes tomba alors de ses genoux, répandant son contenu au sol en une suite de bruits sourds qui résonnèrent dans le silence choqué de la pièce. Son regard encore flou se posa sur son aîné secoué, prostré, les épaules secouées de sanglots. Ketsuzuko n’était plus sur son bras, mais Yuto ne le sentait pas sur sa peau non plus.

Chose extrêmement rare, le serpent était passé dans le plan de l’invisible. Heureusement, le lien mental était toujours présent, sensible et douloureux, mais présent, ce qui évita au cadet de se perdre dans sa panique. Car en cet instant, c’était son frère qu’il devait gérer, même s’il ne savait pas vraiment comment faire. Que dire en cet instant ? Il se sentait coupable et encore tremblant de ce qu’il avait ressenti. Il se refusait à l’analyser vraiment pour le moment, si tant est qu’il y ait quoi que ce soit à analyser. Mais quand son frère se releva maladroitement avec visiblement pour intention de quitter la pièce, Yuto fut sûr d’une chose : il ne voulait pas ça.

Aussi il rattrapa son aîné fébrile dans ses bras. Il l’entoura, le couva comme le grand le faisait quand ils étaient petits et que lui-même pleurait, comme il l’avait encore fait il y avait quelques instants à peine. La prise de Yuto fut franche, prête à retenir Chikanori s’il se débattait un peu. Mais elle fut aussi tendre, une main caressant son dos alors que les mots rassurants étaient prononcés.

"Du calme Chikanori, du calme. Ça va aller. Je n’ai rien vu. Je ne t’en veux pas. Ce n’est pas ta faute. Chut… Du calme. Je t’aime Chikanori. Daisuki, oniisan."

Toujours aussi maladroit, il ne savait pas quoi dire, alors il disait tout, tout ce qu’il avait sur le cœur. Espérant que quelque chose au milieu de ce foutoir sache toucher Chikanori et le calmer, ne serait-ce qu’un peu.


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