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 Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé]

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Abe no Chikanori

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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Mer 12 Juil - 3:00

La saisie qui l’empêchait de partir ne fut  pas la bienvenue car l’aîné repoussa son frère par les épaules, se recroquevillant sur lui-même à chaque tentative … cependant, face à la détermination contre lequel il se heurtait et trop faible et confus pour pouvoir s’y soustraire, Chikanori ne put fuir. S’y succéda l’étreinte, tendre mais suffisamment ferme pour l’empêcher de partir, tendue. Il manqua de glisser sur les billes, déséquilibrant leur duo qui chacun luttait pour des buts différents, le faisant retomber au sol du peu qu’il avait réussi à se relever.
Niché contre son gré dans les bras de son frère, il tentait de se débarrasser de ses angoisses, de ses peurs, de sa honte, mais il en restait incapable, récupérer son rassurant contrôle n’était pas possible, et ses yeux le brûlaient tant il les maintenait clos dans l’espoir qu’ils s’arrêtent de pleurer. Alors la douleur s’exprima par la rage et il se mit à crier, car dans sa tête, les refus des mots rassurants de Yuto s’accumulaient. Chikanori ne pouvait pas retenir sa voix cassée qui s’époumonait, irascible et blessée, couvrant les mots qu’il ne voulait pas entendre :

_ NON ! Non !… Non, non, non ! Ca ne va PAS ! RIEN ne va !! RIEN ! RIEN !! RIEN !!! YUTO, LÂ … LÂCHE-MOI !!

Et sa respiration le coupait car il respirait mal. Cela n’enrayait en rien sa souffrance qui voulait s’exprimer, il fallait juste le temps qu’il récupère suffisamment d’air. Car non ! Il n’était pas calme ! Non ! Ça ne pouvait pas aller ! Et si ! Il avait vu, il avait tout vu ! Et il lui en voulait, tout cela c’était de sa faute ! Tout était de sa faute, il ne pouvait que lui en vouloir …

_ A… Arr ... ARRÊTE ! C’est MA FAUTE ! NON ! C’EST MA FAUTE !

Les choses ne pouvaient pas en être autrement, c’était impossible … ! Il ne pouvait pas être aimé … pas après ça … les faits avaient déjà parlé par le passé … pourquoi seraient-ils différents à présent ? Pourquoi … pourquoi Yuto l’aimait-il toujours malgré tout ?

_ TU !… TU ne peux PAS ! Tu ne peux pas … tu ne … peux pas …

La résistance de l’aîné s’effrita, et d’un coup s’effondra. Ses poings serrés sur le kimono de son frère lâchèrent prise, la crise de nerfs se résolvait en larmes amères et brûlantes, son esprit le lâchait, son corps le lâchait. Tout lui échappait.

Les épaules du fils maudit se libérèrent de la crispation alors qu’il respirait enfin, laissant couler de nouvelles gouttes sur ses joues. Cette fois il s’abandonna, trop épuisé moralement pour continuer de tenter d’être fort et intouchable. Comme il ne l’avait jamais fait, si ce n’était peut être avec une mère il y a fort longtemps, le mauvais né de la fratrie se laissa bercer, enserrer avec affection, remit momentanément la protection de son être à quelqu’un d’autre, son petit frère qui avait tant grandi et qu’il aimait plus qu’il ne le soupçonnait lui-même. Cet instant, il oublia qu’il était Chikanori le maudit, mal-aimé et fui. Il mit de côté ces émotions qui le noyait et il n’attendit seulement qu’elles ne disparaissent au fur et à mesure que son cœur relâchait la pression. Minute après minute, ce moment se prolongea, longtemps. Il fallait bien ça pour des années d’une discipline stricte où les erreurs n’étaient pas permises. Tout doucement, maladroitement, il reprit contrôle de lui-même, mais brisé, il n’était qu’une coquille momentanément vide qui cherchait un endroit stable.
Cette stabilité, il la retrouva de nouveau en Yuto. Pour contrebalancer le contrôle sur sa vie qu’il n’avait plus, il se redressa légèrement et entoura son frère de ses bras, comme si récupérer cette place de veillant plutôt que de veillé le rassurait, le convainquait que tout cela n’avait été qu’un cauchemar. Que les choses allaient à présent rentrer dans l’ordre. Il était de nouveau le protecteur. Il en avait besoin quand bien même ce n’était qu’une illusion, car à l’intérieur, il était encore complètement démoli.


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Abe no Yuto

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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Mer 12 Juil - 23:47

Yuto tient bon, interdisant à son frère de fuir et, déstabilisés, ils finirent assis au sol. Le cadet couva son aîné, tremblant et choqué, luttant contre sa propre culpabilité qui lui piquait les yeux ainsi que la douleur de voir ainsi son frère ébranlé. Alors la colère s’exprima, dans cette voix brisée et blessée. Yuto ne savait que faire, les mots avaient déjà été dits, si son frère les rejetait, il restait impuissant. Alors jeune continua simplement à bercer son aîné, refusant d’obéir à l’ordre de le lâcher, ponctuant le tout de quelques murmures apaisants "chut…". Alors qu’entendre son frère s’accuser lui transperçait le cœur, un souvenir lui sauta à la gorge : celui d’une femme, berçant un enfant et chantonnant une berceuse. Néanmoins, Yuto n’osa pas essayer et préféra repousser cette vision d’un autre temps qui s’accompagnait d’une tristesse infinie. Il ne pouvait pas quoi ? La question resta en suspens alors qu’il sentait le corps de frère se détendre enfin.

Yuto laissa tout le temps à son aîné de déverser ses larmes, il les recueillit, accepta la douleur de son frère, comme il avait toujours voulu le faire. En cet instant, le cadet sentit que quelque chose s’était brisé, mais qu’autre chose venait de doucement prendre forme. Son frère semblait enfin s’abandonner, accepter ce qu’il voulait par-dessus tout partager avec lui. C’était douloureux, mais cette fois, Yuto ressentit aussi de la joie, acceptant, endossant ce rôle qu’il espérait pouvoir tenir sans faillir. Ce même rôle de soutien que Chikanori avait jadis rempli pour lui. Le rôle d’un frère, tout simplement.

Quand son aîné se redressa, Yuto suivit le mouvement et se laissa couver à son tour. Il ne savait pas vraiment pourquoi, mais cela semblait important pour Chikanori en cet instant. À ce moment, il vit du coin de l’œil Ketsuzuko se faire de nouveau visible à côté d’eux. Devinant que ce n’était pas le moment, Yuto fit signe au serpent de ne pas intervenir. Ce dernier inclina la tête, pour le coup, il semblait vraiment désolé, et quand son corps originel disparut et que Yuto sentit de nouveau les écailles de l’uwabami dans le bas de son dos, ce fut ce sentiment qui passa par leur lien. Le gardien était désolé que les choses aient tourné ainsi, il pensait bien faire.

Yuto se promit en cet instant d’essayer de questionner son compagnon d’âme plus tard, pour tenter de comprendre quelle mouche l’avait piqué exactement, bien qu’il doutait d’y parvenir. Ketsu étant parfois assez mystérieux sur ses raisons ou ses objectifs, l’onmyoji avait appris à faire avec, habitué à se laisser guider par ce gardien muet, mais qui n’agissait jamais sans raison et souvent pour le mieux. Même si pour le moment, le mieux de la situation présente ne lui apparaissait pas vraiment. Néanmoins, il profita de la chaleur de son aîné dans le silence, laissant celui-ci reprendre pied doucement.

Cependant, le silence s'éternisa, aussi Yuto se décida-t-il à bouger un peu, commençant à s'inquiéter et à gamberger sur les conséquences de ce qu'il venait de se passer. Il se redressa légèrement pour regarder le visage encore marqué de son frère :

"Oniisan... ?"

Demanda-t-il dans un murmure timide.


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Abe no Chikanori

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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Ven 14 Juil - 3:43

La respiration de l’ainé s’était apaisée, avait retrouvé un rythme régulier, lent même. De sa position le grand-frère ne semblait vouloir en bouger, ses bras toujours entourant son protégé à qui il ne pouvait offrir d’autre protection qu’une affection qui ne faiblissait pas. Pour autant, le temps s’écoulait grain par grain et la fatigue l’assomma d’un coup … il songea à partir se reposer, mais il ne le voulait. La douce chaleur le retenait, il garda les yeux fermés, prolongeant encore cette étreinte dans lequel il souhaitait tout oublier. Encore un peu … encore quelques minutes … encore quelques instants …
Quand la timide question de son frère troubla l’air, elle resta sans réponse. Les très délicats mouvements qui firent sa tête ne purent réveiller celui qui s’était assoupi d’épuisement moral. La prise s’était desserrée, le maudit s’était quelque peu ramassé autour de son cadet, figé dans cette position assise comme il pouvait le faire lorsqu’il se décidait à se reposer en nature ou le coin d’une pièce. Ainsi appuyés l’un contre l’autre, les deux frères orphelins de mère restèrent ainsi, la bougie continua de se consumer goutte après goutte, provoquant à un moment l’ouverture discrète du panneau de l’entrée par leur aïeul qui n’osa alors qu’un silencieux passage.

✧✧✧


Tensions et soucis s’étaient enfuis avec les heures de la nuit. L’engourdissement de ses membres fourmilla, le tirant de son sommeil contre son gré … en voulant changer de position et bouger, le poids fléchi contre lui rappela les derniers instants avant son assoupissement. C’était ainsi que … ? La fatigue l’avait emporté … combien de temps ils … ? Le regard entrouvert chercha une source de lumière, celle de la lune qui filtrait au travers des portes de papier. Se perdant dans les ombres que les feuilles projetaient sur elles, la remémoration des derniers événements se fit seule. Souvenirs peu agréables, son attention endormie préféra se recentrer sur l’être blotti de ses bras qui avait également cédé au sommeil.
Chikanori posa un regard bienveillant sur son frère dont la tête reposait contre son torse, sourit tendrement d’une expression tranquillisée. Aussi délicat qu’une feuille effleurant le pavé, il vint caresser les mèches de jais qui se jouaient rebelles sur le crâne de son cadet, précautionneux à ne heurter aucune bandelette de son pansement fin. L’infatigable hyperactif semblait si bien dormir… et n’avait osé le sortir de son assoupissement, c’était contenté de se pelotonner entre ses bras pour y trouver un moindre confort et le laisser retrouver son énergie siphonnée par les larmes. En cet instant, le solitaire aîné se sentit comblé par cette simplicité qui lui était offerte. Aucun cadeau n’aurait pu être à la hauteur du bienfait qu’il ressentait à ce moment-là.

Loin de vouloir ternir ce présent, il était néanmoins évident que ce n’était pas la meilleure position pour dormir. Avec toujours autant de précaution, il entoura de ses mains les épaules relâchées appuyées contre lui et se pencha, appela le cadet d’un murmure à peine audible : “… Yuto …Yuto …” puis le laissa reprendre ses esprits à la vitesse dont ce dernier en avait besoin. Lorsqu’il put bouger sans le brusquer, il attira la lanterne vers eux dont la flammèche affaiblie rendait à la pièce une lumière des plus tamisées, éclairant les billes de verre d’éclats solitaires. A présent qu’il était alerte, il estima que quelques heures étaient passées, et ce n’était qu’à cause de leur période de troubles que la maison restée animée aussi tard.

_ … il semble … que nous étions tous deux épuisés … » Chuchota-t-il, constatant que ni la faim, ni rien n’avait pu l’empêcher de s’assoupir. « Comment te sens-tu ? …


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Abe no Yuto

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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Sam 15 Juil - 23:53

Quand il comprit que son frère s’était endormi, épuisé, Yuto n’osa plus faire un seul geste. Il reposa simplement sa tête contre le torse protecteur. Il songea bien qu’il faudrait peut-être bouger son aîné, l’allonger dans une position plus confortable, mais n’en eut pas le cœur. Ce calme après la tempête, il avait trop peur de le briser. Alors les minutes commencèrent à défiler doucement et avec elles, les pensées. Le plus jeune se repassait la journée dans sa tête. Son arrivée, stressée, ces retrouvailles qu’il appréhendait. Et finalement ce moment qui lui avait donné raison, lui prouvant que deux ans de voyage n’avaient pas suffi à effacer les tensions qui planaient sur leur famille. Sa tentative, un peu maladroite certes, de refus. Non, il ne voulait pas retomber dans ce cercle infernal d’insultes et de sarcasmes. Les conséquences, qu’il ne comprenait toujours pas. Pourquoi tant de violence de la part de son père ?

Un moment, le cadet resta bloqué là-dessus, il finit naturellement par chercher des excuses à son père : le stress et la fatigue de la situation présente, ces deux ans d’éloignement. Oui, c’était forcément ça… Ensuite, il chercha un moyen pour enfin briser cette routine de cris et de reproches, mais il ne trouva rien de concluant. Ses pensées dérivèrent alors vers son frère qui reposait contre lui en ce moment même. Ce frère qui avait tant changé. Chikanori semblait aller mieux, il n’était plus agressif envers lui, ne le repoussait plus. Ce frère qu’il avait pourtant découvert si fragile, traînant avec lui un énorme fardeau dont Yuto n’aurait jamais pu prendre la mesure et ne le pourrait probablement jamais complètement. Si il ne pouvait forcer son aîné à s’ouvrir à lui, il se promit néanmoins de lui faire comprendre qu’il était présent, et prêt à tout pour le soutenir !

Puis ses pensées s’attardèrent sur son gardien, son compagnon d’âme, dont il commençait tout juste à comprendre les raisons qui l’avaient poussé à agir ainsi. Se faisant, il se perdit dans l’esprit infini et calme du serpent. Psychiquement bercé par son gardien, physiquement entouré par son frère, entre les deux êtres qui lui étaient les plus précieux au monde, le cadet finit lui aussi par être vaincu par le sommeil. Il remarqua à peine le passage de leur grand-père.

Le mouvement, un souffle doux comme la brise de printemps dans les feuilles, le plus jeune bougea doucement, mais resta coincé dans ce demi-sommeil propre aux phases où le cerveau rêve et fantasme. La mauvaise position avait ravivé la douleur et la réalité, un instant, se confondit avec le rêve qui troublait son esprit. Un mouvement devenait une agression, une lueur dansante, des flammes destructrices. Le cadet écarquilla son œil restant et cria brusquement, se débattant, cherchant à fuir avec un corps qui lui répondait encore qu’à moitié, donnant des mouvements désordonnés. Il commença à réciter un mantra de protection qui se mélangeait avec un autre de défense (rendant le tout inefficace), tout était bon pour éloigner son attaquant qui, dans son cauchemar éveillé, prenait la forme d’un kistune terrifiant.


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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Mar 18 Juil - 14:26

La situation lui échappa, dramatiquement, tant et si bien qu’il ne sut et put y faire quoi que ce soit. Comme si le malheur s’acharnait sur eux, l’Onmyôji maudit, à qui aucun gardien ne pouvait dire que les seuls cauchemars éveillés de son cadet étaient la cause d’un tel fracas, aiguisa son esprit de Sutras incandescents, prêts à éradiquer la créature invisible qui malmenait son frère. Pas une vape de sommeil n’embrumait plus son esprit, personne ne pourrait arrêter les vagues de représailles qui s’échapperaient bientôt du pavillon … pourtant les gestes incohérents de la victime cependant l’arrêtèrent alors que ses sens lui indiquaient l’absence de bestiole spirituelle ne trainait aux alentours. L’idée de quelque chose de plus simple, mais pour autant pas moins triste l’effleura ; lui apparut alors comme une évidente, bien plus cohérente que les scénarios catastrophes qu’il avait imaginés en quelques secondes.

Son regard changea, se mua en inquiétude, en désarroi. D’un geste fraternel et précautionneux, il tenta de se rapprocher du terrifié mais cela ne faisait qu’encore plus l’agresser … les mantras se mélangeaient les uns aux autres, son bras le repoussait comme s’il avait été un monstre. L’aîné s’en retrouva figé un instant … il pensait alors que peut être le noir faisait apparaître des ombres qui troublaient son esprit, mais les cris s’intensifiant à peine la lampe s’approchait, cela finit de persuader sur l’origine de cet effroi nocturne. Chikanori, dans la précipitation, éteignit la flammèche, et ne laissa plus le choix à son cadet lorsque, dans l’obscurité, il vint l’attraper pour à nouveau le ramener à lui, le forcer à rester dans ses bras pour éviter qu’il ne se blesse sur les meubles, se mettait à l’appeler dans un calme pressant.

_ Yuto, tout va bien, je suis là, reviens à moi, Yuto, Yuto, Yuto …

Et comme ce dernier avait tenté de réciter des mantras pour se protéger, il vint se joindre à l’unisson de son apprentissage rigoureux, de cette voix monotone et profonde qui apaisait les esprits, comme pour l’amener à se concentrer sur ces mots de prières pour sortir du rêve, ou se préserver de ce qui l’attaquait à l’intérieur. La lente liturgie créa une douce barrière, engloutissant les cuisants sutras de l’aîné pour qu’il n’en reste alors qu’un océan imperturbable.


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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Mer 19 Juil - 10:58

Sans ses flammes, le kitsune était moins impressionnant mais resté présent et si proche… Soudain une voix résonna dans son esprit, lui dictant les prières à réciter. Il l’a suivi, se joint à elle, les deux frères récitant leurs mantras comme quand leur grand-père leur enseignait l’onmyo tous ensemble. Alors son cauchemar vacilla, le terrifiant kitsune fut repoussé par les mots emplis de pouvoir et disparut tel un mirage. La brume ayant envelopper son esprit s’estompa et Yuto calma peu à peu sa respiration, continuant par habitude à marmonner les mantras avec son frère. Peu à peu, les murmures se turent et Yuto se redressa, émergeant enfin complétement de son sommeil agité, le cadet se frotta les yeux en gémissant.

"Chikanori, c’est déjà l’heure de s’entrainer ?" Grogna le jeune encore un peu somnolant.

Puis la douleur vague dans son crâne, la pièce, le visage barré par les sceaux de son frère et le poids de Kestu serrant son cou lui fit faire un bon de plusieurs années jusqu’au présent. Rapidement, les souvenirs de la soirée lui revinrent en mémoire.

"On a… dormi ?" Lâcha le cadet, sceptique.

Instinctivement, il chercha du regard la bête qu’il l’avait agressé, mais ne trouva rien naturellement. Il passa la main sur ses bandages que ses mouvements apeurés avaient desserré. Les bandelettes de tissus relâchées s’emmêlaient dans ses cheveux désordonnés.

"Que… Je…" Murmura le jeune visiblement perdu.

Puis il sembla retrouvé un peu ses moyens et agrippa l’avant-bras de son frère.

"Chikanori ! Je… Je suis désolé, pour Ketsu, pour tout ça… Le tout ça n’incluant pas le petit passage terrorisé dont il ne parvenait pas démêler le rêve de la réalité, le jeune n’ayant pas vraiment conscience de la frayeur qu’il avait collé à son aîné. Si j’avais su ce qu’il préparait, je ne l’aurais pas laisser faire. Crois-moi !"

Yuto se sentait visiblement coupable et avait peur que son frère lui en veuille ou pire, le repousse. Néanmoins, il ne se dégageait pas totalement de sa responsabilité, c’était son gardien, sa faute si ça avait dérapé ainsi.


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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Jeu 20 Juil - 2:17

Son frère était un sensible, comme lui, et Chikanori s’était étrangement retrouvé propulsé dans le passé à devoir gérer les cauchemars et crises de son frère. Ca n’avait pas été facile, ça ne l’avait jamais été mais … l’essentiel était que le calme soit revenu, quand bien même il peinait à l’être. D’ailleurs, le réveil s’avéra à peine moins chaotique que le reste, son cadet restait perdu entre ses terrifiants songes et la réalité, ne parvenait pas à savoir ce qui avait pu créer un tel désordre, alors que le souvenir de ce qu’il s’était passé lui revenait.
A ses craintes, son grand frère leva les mains doucement, sifflant entre ses dents un chuchotis pour l’apaiser, qu’il cesse de paniquer, qu’il puisse constater que sur son visage dans la pénombre, aucune lueur de reproches ne luisait. Pour finir de rassurer son sang, il posa la main sur l’épaule secouée par les craintes qu’il serra doucement. Il attendit le silence, que celui-ci se pose, avant de parler d’une voix timorée.

_ Ca ... ca va Yuto. Je sais que tu n’y es pour rien. C’est passé. » Sa tête se pencha un peu sur le côté. « Mais … je préfèrerais que l’on n’en parle pas. Ou … plus tard, si jamais … tu souhaites en reparler.

Le tabou était toujours présent, quoiqu’atténué. Au moins l’ainé faisait un effort pour le crever.
Un autre sujet restait en suspens lorsqu’il reprit, toujours d’une douceur qui imposait à son frère de l’écouter.

_ Tu étais … en plein cauchemar, et tu étais éveillé en même temps. Tu criais. » Explicatif, il voulait doucement réanimer la mémoire confuse et traumatisée face à lui. « Tu fais le fort pour assumer les blessures et ne pas nous inquiéter … tout comme je l’ai fait, il y a quelques années … mais il m’a fallu plusieurs semaines pour m’y habiter et que la douleur finisse par s’évanouir ... Comme ça sera le cas pour toi.

Une expression plus entendue s’afficha sur son visage, légèrement plus résolue également. Yuto ne pouvait plus longtemps lui nier que les choses allaient bien … tout comme lui-même ne devait fermer les yeux là-dessus en pensait qu’il gérait correctement la chose. Avec une lenteur exagérée, contrôlée, attitude volée au grand père qui avait su correctement se comporter, il vint approcher la main de la tête ébouriffée, soulever quelques mèches noires. Son expression était presque lointaine, transcendait ce qui se passait comme pour atteindre cette espèce de proximité compréhensive.

_ Ton bandage est défait. » Dit-il simplement. « Ca va aller. Tu n’as pas à avoir honte, peur, ou craindre de me décevoir ou de m’inquiéter. Laisses-moi arranger ça … je t’en prie.


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Onmyôji

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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Ven 21 Juil - 23:33

Tourmenté par le trop-plein d’émotion de la soirée, par l’image de ce kitsune de feu qui restait imprimée dans son esprit, Yuto ne remarqua pas de suite que sa respiration s’était accélérée. Ce fut l’attitude de son frère qui lui fit en prendre conscience, son chuchotis, son silence, sa main sur son épaule. Finalement, Chikanori parla et son cadet secoua positivement la tête, ignorant la douleur qui tambourinait dans son crâne, en essayant de reprendre une respiration plus calme.

Son frère ne semblait pas lui en vouloir, cela le rassurait et s’il ne voulait pas en parler ils ne le feraient pas. Yuto ne voulait pas forcer quoi que ce soit surtout que, pour le moment, il ne savait pas lui-même s’il tenait vraiment à revenir sur le sujet...

Aux mots suivants, Yuto baissa un peu la tête. Ah, il avait bel et bien cauchemardé alors... Il était désolé d’avoir inquiété son frère, et en même temps un petit sourire prit place sur ses lèvres. Son aîné l’avait consolé et protégé dans son mauvais rêve, tout comme à l’époque. Il avait bel et bien retrouvé son grand frère… Il allait s’excuser quand même, il avait passé l’âge après tout, mais Chikanori reprit la parole et le laissa perplexe. Effectivement, ils se ressemblaient sans doute beaucoup. En tout cas, les mots de son frère trouvèrent écho en lui, même s’il ne savait pas vraiment quoi en faire sur l’instant. À nouveau, le cadet baissa le regard.

La lenteur du geste fut suffisante pour que Yuto ne prenne pas peur et qu’il ne réagisse que quand il sentit les doigts de son frère dans ses cheveux. Le cadet eut un léger sursaut et releva rapidement le regard, les mots furent assez calmes pour ne pas l’effrayer davantage et la demande douce, si bien que ses barrières vacillèrent.

Oui, il pouvait laisser son frère s’occuper de lui, comme à l’époque. Il était bon de se laisser chouchouter parfois, non ? Son hésitation dut se lire sur son visage, ou dans la détente de ses muscles, le cadet avait toujours été très expressif. Mais de la même manière, son refus fut tout aussi visible. Il avait passé l’âge, il n’était plus le petit garçon qu’il fallait protéger, il était largement capable de prendre soin de lui-même, il le devait ! Il devait être fort ! Et puis surtout, il ne voulait pas, il ne fallait pas que son frère voie cela ! Cette immonde cicatrice, preuve de son échec… Alors la colère se dressa, rempart de défense idéal. Après tout, il n’obligeait son frère à rien, il lui laissait ses silences et ses secrets, il avait bien le droit à cette intimité lui aussi !

Allons bon, ils n’étaient pas frères pour rien ces deux-là, voilà que c’était au tour du cadet de repousser l’aîné maintenant. Se dégageant brusquement de la prise de Chikanori, le plus jeune fut soudain sur ses pieds :

"C’est bon, je peux le faire moi-même !" Le ton était sans doute plus sec qu’il ne l’aurait voulu.

Et alors Yuto fit un mouvement pour partir, mais dans la pénombre, il oublia les billes qui parsemaient le sol, si bien qu’il glissa sur quelques-unes et finit genoux en terre. Puisqu’aucune prise ne le vint le retenir, Yuto se redressa prestement et couru presque vers sa chambre, ouvrant et fermant brutalement le panneau de bois. Fébrile, tremblant, il trouva une lanterne et de quoi l’allumer. La lumière lui piqua un peu, puis il se mit devant le meuble soutenant un morceau de miroir. Le jeune regarda le reflet déformé que lui renvoyer l’objet, il approcha les mains de son visage, déterminé, mais stoppa son geste. Sa résolution fondit comme neige au soleil, et des larmes coulèrent sur sa joue. Il ne pouvait pas, ça lui était impossible, il ne voulait pas regarder cette horrible balafre.

Gémissant, retenant en vint ses larmes traitresses qui menaçaient de le submerger, Yuto sentait que Ketsu serrait son cou. Le serpent bougea, plaçant sa tête sur sa joue, recueillant ses larmes, soutenant son maître. Mais même ainsi, c’était trop dur. Alors, rageux, Yuto se tourna dos à ce maudit miroir qui lui renvoyait ce maudit reflet, et il tenta tant bien que mal de refaire son bandage ainsi. Néanmoins, par manque d’habitude, sans voir ce qu’il faisait, il n’arrivait pas à grand-chose.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Lun 24 Juil - 2:47

Le cadet s’était finalement rebiffé et avait laissé son frère dans la pièce, esseulé. Dans la pénombre, le regard rougi du Maudit se raffermit, brilla d’une lueur fixe, presque dure. Les billes percutaient finissaient de rouler entre les tapis, le silence retombait … troublé par les reniflements et les gémissements provenant de la chambre, tristes et retenus avec peine. La main auparavant fraternelle se referma puis se reposa sur ses genoux ; il ferma les yeux et ne les laissa qu’à peine entrouverts. Peut être aurait-il dû le retenir. A présent il était trop tard.

Cette soirée le fatiguait. Bien sûr, il n’allait pas le lui reprocher. Yuto n’y pouvait rien, il avait cauchemardé, brisant son instant de fugace bienêtre pour de nouveau l’emplir de démons de crainte et d’angoisses. La chute n’avait été plus dure et cuisante qu’il avait savouré cet instant de quiétude et de sécurité. Etait-ce vraiment à cause de Raimei qu’il était ainsi agité … ou … son petit frère n’avait-il pas tant changé que ça ? C’était autre chose qui à présent la lui mettait mauvaise, la confrontation avec le démon.
Le gardien. Le Fameux Ketsu. Il avait bien du mal à ne pas considérer coupable celui qui était sans aucun doute plus âgé qu’eux deux réunis. L’analyse lui remontait au cerveau qui décortiquait l’événement alors qu’il était face à lui-même pendant quelques minutes. Il n’avait senti d’hésitation. Le Yokaï avait ouvert son lui intérieur alors qu’il lui avait fait confiance, et en ça il s’auto-flagellait mentalement. L’erreur de débutant. Avoir confiance en un être spirituel qu’il ne connaissait pas personnellement. Il avait agi stupidement, tel un imbécile, un crétin. De l’autre côté de la balance s’osait le timide argument que ce dernier ne connaissait probablement pas la communication non-innée, non-fusionnelle … cela n’expliquait rien, ne pardonnait rien. Ketsu muré dans le silence ne donnait d’explications, il n’avait pas à lui chercher d’excuses. Cette histoire le faisait grincer des dents, remuait un grief dont il devrait se débarrasser … et pendant ce temps, Yuto faisait le fier, l’entêté … avec les années, ce trait ne s’était pas arrangé. Le souvenir d’heures tardives passées la nuit à le réconforter alors qu’il se devait de travailler et que le cadet ne songeait qu’à jouer lui revint. D’un soupir intérieur, il l’écarta. Le vide placide l’envahit. Chikanori s’était de nouveau détaché.

Calmement, il écarta quelques billes du pied et vint se placer à côté du volet, entendant plus nettement la crise du petit. Sa voix resta douce, mais moins attendrie qu’auparavant, plus ferme car sa patience était élimée.

_ Yuto, ne sois pas borné. Cela ne fait que quelques jours, tu vas te faire plus de mal à vouloir le faire seul. Tu me fais confiance, non ?

Lentement, il ouvrit le panneau de la pièce, prêt à mettre son pied pour empêcher son frère de le refermer.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Mar 25 Juil - 0:31

Chikanori put ouvrir la porte et même entrer dans la pièce sans problème s’il le souhaitait. Yuto ne l’empêcha pas de le faire, car il n’était pas en état, tout simplement. L’aîné trouva son frère genoux en terre, prostré, la tête dans ses mains. Mains qui auraient pu faire le mal en cet instant. Car on était loin de la simple crise, du simple cauchemar d’un enfant qui a peur du noir. Ce n’était pas non plus de la fierté entêtée. Non Yuto rejetait tout, les évènements, leurs conséquences, sa propre image… Tout. Et du rejet naissait la colère, contre le monde, contre les gens, contre lui-même. Et voilà les pensées autodestructrices qui s’installaient, cette voix qui susurrait des horreurs dans l’esprit pour l’empoisonner, pour creuser ce gouffre insondable dans lequel Yuto avait la sensation de chuter sans espoir de retour.

Il s’en voulait d’avoir été faible, il en voulait aux kistunes d’avoir attaqué, il en voulait à son gardien de ne pas l’avoir protégé, il en voulait aux soldats présents ce jour-là de ne pas l’avoir défendu et il en voulait aux miko d’avoir laissé une telle cicatrice sur son visage. Puis venait la culpabilité, celle d’avoir déshonoré son nom, celle d’avoir failli devant la fierté de son père, celle d’être si faible devant Chikanori qui n’avait rien demandé, et surtout pas de devoir gérer ses pleurs, celle enfin horrible, d’être vivant à la place de ceux qui avaient péri ce jour-là, des êtres sans doute bien plus dignes et nobles que lui… Ainsi il n’était plus que larmes, gémissements et tremblements. Qui sait ce qu'il aurait pu tenter en cet instant où il perdait pied dangereusement ?

Pourtant, l’arrivée de Chikanori lui donna quelque chose auquel se raccrocher pour stopper sa chute infernale. Le cadet se redressa et tourna la tête à l’opposé de son frère, pour être sûr qu’il ne puisse voir sa blessure, cette horrible marque qui cristallisait en cet instant tous ses tourments. Il hoqueta, tentant de se calmer suffisamment pour pouvoir répondre à son aîné.

"Je… Je suis désolé, oniisan… Je… Ça va aller… Je vais trouver un linge et juste… cacher ça pour ce soir, et demain je demanderai à ojiisan de refaire le pansement. Je… Je ne veux pas que tu voies ça… C’est comme pour toi, tu ne voudrais pas que je touche à ton sceau, non… ? Je vais faire ça… Et puis… Il est peut-être un peu tard pour les mochis… Les billes… ? Je ne sais pas… Quelque chose de calme… Ou juste dormir si tu veux… J’arrive…"

Yuto renifla, toujours à terre, tremblant, tenant ses bras contre lui, attendant que son frère referme la porte pour bouger.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Ven 28 Juil - 2:36

Oh oui, son frère n’était pas en très bon état, mais il n’allait pas le laisser filer comme ça. Le silence qui suivit les propos hoquetants l’exprima plus que n’importe quelle autre action. Le vide se prolongea dans l’attente, cet étrange mutisme dans lequel l’aîné se plongeait qui ne lâchait rien. Dans l’ombre se reflétait toujours cette prunelle rougie, de façon presque surnaturelle, rappelant celle des démons qu’ils chassaient. Toujours doucereuse était cette voix, continuellement cachait-elle une certaine dureté qui rappela une réalité bien présente.

_ Contrairement à toi, je n’en ai pas honte, et je ne le serai jamais. Pour autant, nombreux sont ceux qui me pointent du doigt. Toi à l’inverse, tu n’auras pas ce traitement à moins que tu te l’imposes Si tu n’oses assumer cette blessure face à moi, devant qui le feras-tu ?

Tranquille ombre qui s’introduit dans la pièce, l’aîné s’avançait alors, comme ne laissant que peu de choix à ce petit être recroquevillé qu’il avait devant lui, dont, il le pense, a encore besoin d’une présence pour prendre en main ces malheurs. Pas de la manière d’un père surprotecteur, d’un gardien prêt à tout, ou d’une mère bienveillante, mais d’un frère à qui parfois … parler fatiguait, alors qu’il estimait ne pas avoir besoin de mots pour le convaincre. C’est cette silhouette la plus chétive des deux qui, droite, s’invite vers celui qui partagea son sang, qu’importe si ce dernier fuit, il passe une main sous le sceau maudit qui protège sa vie, décidé à ôter tout prétexte. Centimètre après centimètre, il écarte ce fin tissu qui supporte tous les temps sans bouger, découvre la seconde moitié du menton de son visage, de sorte à ce qu’une contre plongée permette d’apercevoir ce qui y est dissimulé en s’approchant.

_ Si ce n’est que cela qui te retient réellement Yuto, je t’autorise à regarder. Mais il n’y a rien de plus particulier qu’un autre œil maudit.

Dans les ténèbres de cette orbite à jamais cachée, qui ne voyait la lumière que quelques minutes pas an, s’entrouvrit un œil trop souvent fermé et endormi. Personne n’aurait-pu dire la couleur sur lequel s’animait cette seconde pupille, mais celle-ci apparut, aussi sanguinolente que sa jumelle, mystérieuse. Inconnue.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Sam 29 Juil - 23:21

Dans le silence, la présence de Chikanori resta, s’imposa. Yuto tournait toujours la tête, il ne disait rien, espérant dissuader son frère. Mais ce ne fut pas le cas, les mots résonnèrent et Yuto se tendit, il voulut protester. Son frère n’avait pas honte ? Grand bien lui fasse, il était heureux pour lui, mais lui-même n’était pas assez fort pour repousser ce sentiment déchirant. Pourquoi on ne le pointerait pas du doigt ? Il était tout aussi marqué, tout aussi fautif… Quant à la question, la réponse claqua dans son esprit avec violence : personne. Il ne l’assumerait jamais devant personne, ni son frère, ni un autre membre de sa famille, ni un étranger, et encore moins devant lui-même ! Yuto tremblait, rejetant toujours la situation avec cette même violence. Néanmoins, il n’y eut aucun éclat de voix, aucun cri, le cadet était trop fatigué, trop meurtrie pour même penser à contredire son frère à haute-voix. Aussi il soupira lourdement et se mura davantage dans son silence, espérant que Chikanori partirait de lui-même.

Mais au contraire, Chikanori s’imposa et le plus jeune ne bougea pas, toujours prostré, incapable même de prendre une décision sur comment réagir. Il voulait se retourner pourtant, laisser son cri de refus s’exprimer, repousser son frère, mais il n’y parvient pas, trop épuisé en cet instant. Et alors qu’il était crispé au possible, sentant les pas de son aîné se rapprocher telle une ombre menaçante, les mots furent prononcés, surprenants, effarants. Yuto rouvrit son œil valide et se tourna brusquement, l’incompréhension se peignant sur son visage.

"Qu’est-ce que… !"

Chikanori s’était suffisamment rapproché pour qu’il ait à lever un peu la tête pour le regarder. Il se pencha légèrement en avant, prenant appui sur ses mains, tourna un peu la tête, donnant à son œil restant le bon angle pour zyeuter dans l’ombre du sceau à demi retirer.

Puis la curiosité instinctive laissa place à l’effroi quand il vit distinctement ces deux pupilles rougeoyantes le fixer. Il eut un mouvement de recul, craignant soudain qu’un kistune ait pris l’apparence de son frère pour le tromper. Ses lèvres bougèrent même au rythme du mantra silencieux qu’il récita, dans un réflexe apeuré. Un sifflement dans son esprit, non, c’était bien un humain face à lui, un humain maudit, mais un humain quand même.

Les secondes s’engrangèrent, lentement, longuement, mais rien ne se passa, rien ne lui sauta à la gorge. Qu’avait-il imaginé caché sous ce sceau exactement ? Une immonde balafre si semblable à la sienne ? Un démon logé dans une orbite creuse, prêt à sauter hors de sa boîte sitôt le couvercle retirer ? Alors Yuto se calma peu à peu, prenant conscience que son frère découvrait simplement un œil droit identique au gauche. Ils étaient tous les deux marqués, certes, mais de manières bien différentes. Puis un éclair de compréhension et la peur à nouveau tira les traits de son visage : c’était avec sa vie que son frère était en train de jouer !

Alors Yuto se dressa sur ses pieds, dominant son aîné de ses quelques centimètres de plus. Leurs forces étaient équivalentes, mais la prise de Yuto était chargée de sa frayeur. Il empoigna la main de son frère et la força à lâcher le tissu imbibé d’encre et de pouvoir. Celui-ci retomba sur le visage, couvrant à nouveau l’œil maudit, le sceau reposait mal, mais Yuto n’osa pas y toucher. À la place, son regard fit des aller et retour nerveux entre le côté droit à nouveau caché et l’œil gauche écarlate. Néanmoins, comme rien ne bougeait, la respiration affolée du cadet se calma peu à peu et avec elle, le jeune homme s’apaisa doucement.

Alors il frémit en comprenant la situation : lui, debout, visage découvert, faisant face à Chikanori. Il eut envie de fuir, de se terrer dans un trou, profond le trou de préférence, mais c’était trop tard, le mal était fait. Alors, plutôt que de s’écrouler au sol en pleurant, le cadet préféra se draper dans la colère, celle qui soutient les jambes et repousse la détresse. La prunelle verte accrocha celle rougie de son frère et son regard se fit réprobateur, son menton se levant légèrement. Il semblait dire : "Tu l’as voulu ? Tu l’as eu ! Voici ce que je suis devenu. Qu’as-tu à dire face à ce visage défiguré ?" Néanmoins, l’échange fut muet, les lèvres de Yuto restèrent pincées, sa prise toujours tremblante sur la main de son frère, il guettait ses réactions.

Pour rappel : ce que tu vois :
 


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Lun 31 Juil - 23:40

Sans doute était-il un peu fou pour jouer ainsi avec sa vie. Parfois les choses ne comptaient plus telles qu’elles auraient dû. Son maudit état, il le prenait avec désinvolture. Comment gérer autrement dans la mesure où un simple tissu le tenait en vie ? Avec le couperet qui chancelait au dessus de sa tête comme le vent cajolant une lame acérée, il aurait pu vivre dans la terreur, pétrifié que chaque jour soit le dernier. Au lieu de ça, il était plus volontaire que jamais.
La mutilation de son frère s’entrevoyait entre les cheveux et le bandage défait. Heureusement qu’il était détaché et que le calme l’avait atteint avant qu’il n’entre dans cette pièce, sinon, qu’aurait-il ressenti ? Se serait-il emporté, aurait-il été catastrophé ? Sans doute. Depuis déjà plusieurs minutes s’effaçaient les âpres des questions lancinantes, de la colère sourde, du désespoir mordant. Comme l’affection que l’on porte à un proche aimé est aveugle, surpasse tout, elle sait se concentrer sur cette moitié de visage valide comme si l’autre n’avait rien vécu, elle sait ne pas s’attarder là où il aurait été dangereux de rester bloqué. Chikanori regarde son frère comme s’il était toujours entier, de la même façon qu’il aurait parfois aimé oublier sa condition qui détruisait sa santé et son rapport aux autres.
D’un léger souffle, le sceau se repositionne, gardant tout son mystère car bien sûr, l’aîné n’a pas délivré un dixième de vérité à son frangin qui lui est pourtant si cher. Son expression est difficilement décryptable, dardée de ces commissures relevées formant son bien énigmatique sourire.

_ Je t’aime, Yuto. Il n’y a rien ni personne qui m’empêchera de t’aimer, jamais rien ni personne qui m’empêcherait d’être fier de toi.

Sa voix pose ces mots tels que l’on écrit une vérité absolue et immortelle qui ne saurait changer au fil des années et des siècles, presque comme un sage, bien que sa modestie n’oserait se qualifier de cette façon. Jamais rien ni personne ne semble connaître de limites, comme ne considérant pas les kamis eux-mêmes. C’est une exactitude sans failles, un ciel sans nuages, un instant d’éternité immuable.  

_ Si tu ne peux te regarder dans un miroir je te renverrai ton image tel que je te vois, même si le monde entier te blâmait je n’autoriserai nul à oser mettre en doute ta dignité. Devant moi il n’y a que le visage que j’ai toujours connu, tu es toujours aussi beau, tu es toujours le même, cette blessure ne te définis pas, tu te relèveras, pour le peu que tu t’accordes du temps et que tu acceptes d’en prendre un peu pour toi et pour nous ; le recul viendra, tu feras ton deuil et je le ferai avec toi.

La main libre de l’ainé vient alors se poser sur celle tremblante qui le retient. Il parle de nouveau, vole peut être les mots de réponse qui auraient pu lui être adressés, se les appropriant comme pour même empêcher qu’ils ne lui fassent un quelconque mal. Son regard semble perçant, semble vouloir transcender, de mêmes que ses propos, les sentiments mêlés que son jeune frère de sept ans son cadet éprouve.

_ Mère n’aurait pas voulu que tu te sentes honteux pour une blessure … nous avons déjà trop perdu pour nous perdre de nouveau. Tu n’es pas obligé de tout porter seul, cela ne te rendra pas plus fort, seulement plus solitaire et meurtri. Utilises ta colère pour t’améliorer, crie pour te défouler, pleures tes larmes pour te libérer. Mais ne te prives pas du seul être qui saura toujours te protéger et te soutenir quoiqu’il t’arrive. » Et alors n’existait dans son regard que son seul frère.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Sam 5 Aoû - 22:16

Il fallait au moins reconnaître ça à son frère : il était très calme, trop calme. Il n’y eut pas d’horreur ni de dégout dans le regard qui couvait toujours le cadet. Puis les mots l’entourèrent, telle une promesse éternelle, inébranlable. Celle-ci fit trembler le plus jeune, embuant son regard vert, partagé entre la tristesse, l’émotion et la colère. Et l’aîné continua, semblant graver ses paroles lourdes de sens dans l’air qui les entourait, ou au moins, dans l’esprit de son jeune frère.

La colère qui vibrait toujours dans ses membres l’encourageait à répliquer : non, il avait changé, il n’était plus le même. Mais c’était difficile à argumenter alors qu’il était là, les joues humides de larmes, toujours aussi faible, toujours aussi dépendant des siens. Car en cet instant, le fait que Chikanori reprenne sa place auprès de lui, sa place de frère, de soutien, lui était salutaire. Et à mesure qu’un poids s’allégeait dans sa poitrine, que ses résistances tombaient, accueillant avec soulagement la présence rassurante de son aîné. Sa colère, elle, s’embrasait. La colère d’être toujours aussi faible, toujours aussi dépendant.

L’évocation de leur mère fut comparable au coup de poignard de trop. Ses épaules s’effondrèrent alors que la tension quittait ses muscles, fatigués d’être trop crispés. Il baissa la tête, lèvres pincées et regard plein de larmes que son œil trop sec ne voulait pas laisser couler. Sujet tabou s’il y en avait… Souvenir flou et doux amer pour lui, perte infinie et poids de culpabilité pour Chikanori. Lui se souvenait à peine de leur mère, tout juste avait-il parfois des échos de la tendresse avec laquelle elle le câlinait quand sa santé le lui permettait encore. Parfois, il revoyait le sourire fatigué, mais infiniment aimant de cette femme qu’il ne se souvenait pas avoir vu debout un jour, toujours alitée, son corps frêle noyé sous les couvertures. A contrario, Chikanori avait eu le temps de réellement connaitre leur mère, de l’aimer, de s’y attacher, de souffrir de sa perte.

Le sujet était rarement évoqué entre eux, s’ajoutant aux nombreux silences qui les séparaient. Parfois, son aîné lui en avait parlé, à sa demande d’enfant innocent. Mais les mots n’étaient pas partagés. Sa mère était pour lui une présence aussi effacée par ce souvenir incertain que pesante par cette peur viscérale de l’abandon et de l’absence. Car le cadet n’était pas dupe, il savait bien d’où cela lui venait. Mais pour Chikanori, c’était un souvenir clair, chargé d’autant de tendresse et d’amour que de tristesse et de regret.

Finalement, Chikanori était doué avec les mots, bien plus que lui qui laissait davantage parler son cœur et ses actes au besoin. Mais il n’avait plus ni mots ni gestes. Il n’y avait plus ni colère, ni cris, ni larmes. Il n’y avait plus que lui, mise à nu, épuisé. Pourtant il essayait, vraiment, de trouver quoi répondre. Car il devait répondre, il avait la sensation que Chikanori s’était offert à lui dans ses mots, et c’était un sentiment aussi grisant qu’effrayant. Savoir que son frère serait toujours là, envers et contre tout, pour le jeune homme en mal d’affection et de stabilité, c’était le plus beau des cadeaux, ce dont il avait besoin. Mais qu’il était effrayant d’avoir ainsi quelqu’un qui semblait s’offrir à soi tout entier, sans retenue.

Alors Yuto aurait voulu répondre, s’offrir à son tour, mais les mots ne parvenaient pas à se former dans sa gorge. Pourtant, il éprouvait les mêmes sentiments que Chikanori, cette envie d’être l’ancre de son frère, toujours et à jamais, d’être son soutien, son protecteur. Mais, de manière intime, il sentait que leur relation était pour le moment inverse et non partagée. Il était celui à protéger, pas l’inverse, et cela lui faisait mal. Il aurait tant voulu devenir fort et capable d’aider son frère à son tour, mais 2ans de voyages n’y avaient pas suffi.

Alors, à défaut de répondre, il aurait au moins pu accepter ce que son frère lui offrait. Il savait que son frère serait toujours là pour lui. Quoique, non, il en avait douté, après ces années de rejet grandissant, cet accident, ce mutisme de son frère, il avait douté. Alors entendre ces mots lui faisait un bien fou. Sa vie pleine de questions et d’incertitudes retrouvait son ancre et ses bases. Mais, pour les mêmes raisons, exprimer cela lui était tout aussi impossible que pour le reste. Comment approuver ce qu’il aurait voulu combattre ?

De plus, au fond de lui, le cadet doutait de sa capacité à répondre ou même à approuver la situation. Si consciemment, cela venait simplement d’un manque de confiance en soi, inconsciemment, il y avait autre chose. Une ombre, un poids qui grandissait en lui, prenant encore et toujours plus de place, asséchant son cœur, étirant peu à peu ses liens au point de les rompre. Y avait-il suffisamment de place en lui pour tout cela ?

Puisqu’en cet instant les mots lui manquaient, il devrait faire passer tout cela par ses gestes. Il releva son regard, planta son œil vert dans la prunelle rouge de son aîné, un pauvre sourire étirant légèrement ses lèvres. Il fit passer dans cet échange tout son amour, son attachement, sa reconnaissance et son soulagement. Puis il démêla pour de bon les bandelettes de tissus de ses cheveux, les roula et donna le tout à son frère : il acceptait sa présence, son aide, ses paroles. Il lui tourna le dos et s’agenouilla pour rendre la suite plus simple : il lui prouvait ainsi sa confiance.

Une autre fois, il se posterait devant le miroir et observerait et les gestes de Chikanori, mais pas ce soir, il était trop épuisé pour cela.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Sam 5 Aoû - 23:06

Yuto rendit les armes. De son calme insolite, presque anormal, l’aîné observa les mouvements de son frère roulant la bandelette sur elle-même pour la lui donner. Oui … il avait décidé de le laisser faire. Ca y était. Enfin. Le blessé cessait de se débattre, abandonnait les paroles inutiles. De cela, il n’en n’était même pas heureux : il y avait seulement la tranquillité et la possible quiétude qu’il n’y ait plus de heurt, plus de tensions, même s’il avait senti de nombreuses émotions passer dans l’œil émeraude subsistant. Dans sa main ouverte, il reçut le tissu, et à présent docile, l’invalide alla s’assoir au sol. Il l’y rejoignit, sans tarder, sans dire mot, comme si la tirade les avaient tous deux soufflés.

Ses gestes furent simplement doux. Les kamis seuls savaient qu’il avait du aider des blessés dans les temples qu’il avait visité, entre autres, celui de Fukyuu où il était resté de longs mois. Des conflits, de ses aventures, Chikanori avait vu des amputés, des estropiés en tous genres, des traumatisés. Bien sûr, c’était autre chose lorsqu’il s’agissait d’un proche, mais il faisait tout pour mettre cela de côté. Méthodique, ayant besoin d’écarter les mèches de son frère pour correctement appliquer le bandage, il vint dénouer ses propres cheveux pour en récupérer le nœud. Du bout du doigt, il écarta chaque brin de chevelure qui l’embêtait et l’attacha en arrière.
La lumière n’était que tamisée, cela lui suffisait à peu près. Méticuleux, il vient restituer en état le bandage; il effleurait le menton imberbe de l’index et du pouce pour orienter le visage vers lui lorsqu’il le devait, ces derniers glissaient sur la peau pour y déposer la bande de tissu à plat, pour s’assurer qu’elle tenait bien, qu’elle ne comprimait rien. Petit à petit, l’affreuse orbite disparut sous un pudique couvert. Une dernière fois, l’ainé amena la figure en sa direction, parcourut de la main les bandelettes par précaution à cent fois prise. Son jeune frère fut scruté sous toutes ses coutures avant que, satisfait, il vienne détacher la franche et la laisser retomber. Parachevant son action, il finit par replacer quelques mèches. Dehors, quelques insectes solitaires chantaient.

_ Comment te sens-tu ?… » Murmura-t-il doucement.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Dim 6 Aoû - 0:31

Les gestes de Chikanori furent doux et méticuleux, le cadet se laissa faire, s’exhortant au calme et à la patience durant ce qui lui parut des heures. Il n’avait qu’une envie : que cela cesse vite. Néanmoins, il parvient à rester sage et immobile, laissant son frère faire ce qu’il avait à faire. Il était si tendu qu’il ne profita pas vraiment du contact de son frère, ou si peu. Finalement, l’aîné parut enfin satisfait de son travail.

"Comment te sens-tu ?"

Pour toute réponse, Yuto se pencha et enserra son frère dans ses bras.

"Arigato… Daisuki…"

Par Gekigami que c’était frustrant, après 2ans passés avec Ketsu pour principale compagnie, Yuto s’était habitué à communiquer directement ses sentiments. Ici, aucun mot n’était assez fort pour exprimer ce qu’il ressentait, alors il aurait voulu pouvoir communiquer de même manière avec son frère. Mais c’était impossible. Alors il restait les gestes, peut-être qu’alors, il parviendrait à lui faire passer un peu de ce qu’il ressentait en cet instant où il retrouvait son frère, son ancre, sa raison de vivre, presque.

En reculant, il planta un baiser sur la joue de son frère, juste à la commissure des lèvres. Un contact doux, qui se voulait tendre. Puis, profitant peut-être de la surprise et de la fatigue de son aîné, il se releva et lui prit la main. Le guidant vers le futon, il souffla la lanterne, invitant Chikanori à s’allonger avant de faire de même. Il se lova alors contre son frère, le prenant dans ses bras, lui caressant les cheveux. Partageant ainsi intimité et contact, il espérait faire comprendre à Chikanori à quel point il l’aimait, à quel point il lui était reconnaissant, à quel point il s’offrait à lui. C’était comme cela que faisaient les grandes personnes non ? Comme cela que faisait Ketsu avec lui. Gardien qui était désormais sur la main et l’avant-bras de son maître, il n’osait pas passer sur Chikanori à nouveau pour ne pas l’effrayer, mais caressait l’ainé de son énergie calme et rassurante, autant que le plus jeune le faisait de ses mains. Yuto qui sombrait d’ailleurs doucement dans le sommeil, comme le prouver sa respiration calme et régulière.


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MessageSujet: Re: Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé] Dim 6 Aoû - 4:23

A l’éteinte, son regard se referma presque, le menton par-dessus l’épaule de son frangin. Sans même trop y penser, instinctivement même, l’une de ses mains s’éleva pour se placer sur le bras qui l’enserrait. Yuto était câlin, il ne l’était qu’à peine moins. Il constatait à quel point l’affection était peut être ce qui lui manquait le plus dans l’existence, à présent qu’il avait sa puissance … sûrement était-cela, l’attrait du mariage, avoir l’assurance d’avoir quelqu’un avec qui s’endormir une fois rentré à la maison. Ses pensées égarées s’échappèrent, la tendre accolade prit fin, de même que son égarement lorsque, éclatant la bulle insouciante que son esprit adouci s’était créé, l’étrange baiser lui fit vivement reculer la tête sur le côté, légèrement interloqué. Quelque chose l’effleura, cependant il n’eut pas vraiment le temps de s’en offusquer que son cadet l’emportait au futon dans la volonté plutôt claire d’y dormir.
En deux ou trois mouvements, Chikanori se retrouva avec le jeune homme dans les bras, pelotonné contre lui, dans une étreinte bien familière, infantile même … comme avec une mère ou une amante, le petit entremêlait ses cheveux, et dans cette position qui s’avérait presque embarrassante pour l’aîné, assez pudique sur certains sujets, il ne sut comment réagir. A plusieurs reprises il tenta de l’envelopper de cette même affection innocente, autant de fois il se retrouvait paralysé, à se demander si tout cela était bien réel.

Alors il ne bougea pas. Les minutes défilant, il oubliait leur situation, ne finissait qu’à prêter attention à la présence humaine qui partageait sans arrières pensées sa nuit, qu’à ses épaules qui s’élevaient et se rabaissaient doucement au rythme des respirations lentes. Là ainsi, il n’avait pas envie de dormir, aurait préféré rester conscient le plus longtemps possible pour pouvoir profiter de l’instant. Yuto avait peut être fini par s’endormir qu’il venait installer sa joue sur la tête de son frère, se détendait, se décidait à le garder contre lui … les deux orphelins, car ils en étaient de mère, s’étaient finalement retrouvés.
Tant d’années et d’événements les avaient tenus écartés l’un de l’autre. Différentes vies, différents destins, différentes épreuves … deux ans auparavant, leurs retrouvailles avaient été teintées de remords, de jalousies, de rancunes. Aujourd’hui il était heureux d’avoir réussi à passer par-dessus tout ça pour tenter de récupérer ce qu’il avait autant dédaigné que rejeté. Aucun regrets n’auraient pu le faire revenir sur la décision qu’il avait prise de renouer avec sa famille … surtout quand, malgré leur houleuse soirée, ils se retrouvaient comme des enfants se rassurant l’un l’autre au milieu de la tempête. Typhon imprévisible d’ailleurs, entre ses détachements subits, leur expérience tournant mal, le cauchemar éveillé … Ce qui venait troubler son moment était la présence intrusive de Ketsu qu’il venait tout juste de sentir. Que venait faire le gardien entre lui et son frère ? Surtout après ce qu’il s’était passé ? Chikanori se ferma à lui, complètement, emportant un peu plus dans sa prise le corps blotti à ses côtés, comme s’il avait voulu jalousement le lui reprendre. Son esprit était trop épuisé pour chercher plus loin, il se contentait de garder fermées les portes spirituelles de son être avant de pouvoir se laisser aller pour dormir. Le regard entrouvert qui fixait jusqu’ici les luminescences de la nuit laissa les ténèbres emporter sa vision.
Peut être y avait-il encore un peu d’espoir dans ce monde. La soirée avait été trop riches en événements pour qu’il puisse se concentrer sur les bons moments … sa tête ne souhaitait plus fonctionner … il se focalisa sur l’affectueuse présence qui l’accompagnait … sur la douce chaleur qui l’emportait … et ses pensées s’expièrent.

Son sommeil fut dénué de songes.


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Quand les yeux se ferment, les cœurs pleurent encore [Terminé]

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