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 Plus la chute est rude, plus la joie qui s'en suit est grande

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Aoi Fuyu

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Taisa

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MessageSujet: Plus la chute est rude, plus la joie qui s'en suit est grande 6/3/2017, 11:28

C'était l'un de ces jours, où le froid était si intense que ce n'était plus l'habitude ni la rumeur du matin qui avait tiré Fuyu du sommeil mais la température qui en devenait presque douloureuse tant elle était saisissante. La douleur des extrémités des membres de Fuyu, raidies et glacées avait presque surpris la jeune femme. Calmement elle agitait ses doigts de pieds et ses mains afin de les sortir de leur torpeur et de leur presque atrophie qu'avait provoqué la nuit d'hiver Fukyuu en plus de l’immobilisme provoqué par le sommeil. Une fois le petit exercice matinal et saisonnier exécuté, elle sortait du doux cocon qu'était son futon et qui l'avait accueilli en son sein cette nuit-là, comme depuis ses débuts de soldat.


Le contact familier de sa peau sur le tatami rendait ce réveil rassurant, en plus des odeurs douces et chaleureuses qui émanaient des étages inférieurs, venant du réfectoire et des cuisines. Le soleil n'avait pas pointé le bout de son nez et la nuit commençait à peine à laisser place à un nouveau jour. Comme une chorégraphie inchangée, elle s'approchait comme chaque matin, de l'ouverture sur l'extérieur, faite de bois, couverte d'un fin volet du même matériau, qui séparait la pièce de l'extérieur, la protégeant un tant soit peu du climat glacial, des vents et des intempéries qu'offrait un début d'année en Ite.


Elle retirait délicatement la paroi de lames de chêne qui superposait le carré ouvrant sur un paysage de toits givrés. De petites flammes virevoltantes et faibles éclairaient mollement les rues désertes et en ces heures peu accueillantes. On pouvait sentir les cendres et les fumées sortant des foyers de chaque maisonnée. Des bruits, rares et isolés, raisonnaient bruyamment entre les parois des bâtiments. Chaque son faisait presque frissonner celle qui était postée en hauteur, en vigilante au regard protecteur de la capitale. Si parfois la nuit était rassurante, ce matin-là, le froid glacial s'étant déposé sur Ite et laissait pressentir de grands malheurs s'abattre sur Fukyuu.


La chorégraphie se continuait simplement, similaire encore une fois au jour précédent, et celui d'avant. Sa longue chevelure défaite, s'écoulant en une cascade infinie. Elle peignait et se coiffait calmement, sortant lentement son esprit des rêves qu'elle avait quitté quelques minutes plus tôt. Une fois sa veste déposée sur ses épaules, qui avait été mêlé de fourrures et étoffes rendant sa tenue plus propice à contrer la froidure s'étant invitée dans les quartiers militaires. Les couloirs étaient encore éteints, rendant la déambulation de Fuyu enveloppée d'obscurité, se miroitant parfaitement le ciel du pays des neiges.


Une fois arrivée aux réfectoires, pour calmer la faim grondant en son buste, sa solitude fut rompue. Peu de personnes s'étaient installées aux tables, qui avaient peut-être été, comme l'onna bugeisha, réveillés en pleine nuit ou juste très matinaux, ou même insomniaques, trop préoccupés par leurs devoirs. Parmi ces hommes-là, Fuyu était, la moins gradée. Il y avait quelques samuraïs, certains qu'elle connaissait, bien évidement, et d'autres que seul le nom et la réputation, en observant le visage, faisaient écho. En s'approchant d'eux, elle s'inclina poliment, y accrochant bien entendu les formules de politesse qui allaient avec. L'un d'eux écarquilla les yeux avec un grand sourire, accompagné d'un soupir de soulagement.


Celui-là était son taii, un homme brut, droit qui représentait parfaitement l'image que chacun a du militaire Fukyuu. Il paraissait inquiet, au regard soucieux. Ses traits étaient tirés. Quelque chose s'était passé, et de grave. Une missive importante devait être transmise à un éminent médecin de Fukyuu. Mystérieusement, Fuyu ne fut pas mise au courant de l’événement à l'origine de l'ambiance grave qui entourait la tablée. Bien que curieuse, elle se tût, comprenant son statut de subordonnée. Cependant, elle resta honorée qu'on lui confie cette mission, qui était de haute importance, et se devait rester secrète.


La mission naturellement acceptée, le courrier fut scellé et se retrouva caché dans le pli du vêtement de la jeune soldat. Elle se mit en route, le ventre vide. Le soleil lui, affichait ses tout premiers rayons. On pouvait alors admirer la fine couche de givre et de neige briller au contact de la lumière de l'astre, qui demeurait cependant froide. À chaque expiration, on voyait la brume s'évaporer dans l'air, et les joues et le bout du nez rougir au contact du vent froid et coupant fouettant le visage de l'inugami. Elle rentrait sa tête dans sa nuque, bravant les intempéries. Elle réchauffait parfois ses mains grâce à l'air chaud expulsé d'entre ses lèvres, la faim lui nouant toujours l'estomac.


Sa lutte lors de son cheminement vers une grande demeure était difficile. Pourtant, peu de choses étaient différentes aux autres hivers. C'était quelque chose de connu et d'habituel pour tout habitant vivant sous la bénédiction d'Itegami. Le paysage se déroulait, la suite de rues petit à petit étaient éclairées en plus des faibles lumières des lanternes accrochées régulièrement sur les rues et avenues de la cité. Bien qu'un peu plus accueillante, la ville rendait le pèlerinage de la jeune femme difficile, ralentie par les éléments de l'hiver, mais pas que.


Les seuls sons que l’on pouvait percevoir étaient le contact de ses chaussures d'hiver sur le pavé recouvert d'une fine couche de neige et le vent soufflant et frappant les parois des murs et s'engouffrant dans les creux et les impasses. La jeune femme savait où aller. Certains volets claquaient, en même temps que les longues branches d'arbres. C'est le visage fouetté par les fines particules de neiges qu'elle arrivait près du but. La fatigue et le ventre se creusant plus encore, plus quelques mètres et le message énigmatique qu'elle portait allait être transmis. Mais un lourd vertige et un frisson lui parcouru le corps, ses jambes faiblirent, ses iris se cachèrent derrière ses paupières et la totalité de son corps se retrouva au sol, son visage embrassant les flocons eux aussi tout récemment déposés.
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Maeda Ryohei

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MessageSujet: Re: Plus la chute est rude, plus la joie qui s'en suit est grande 7/14/2017, 23:25

L'hiver était toujours la saison la plus terrible pour le jeune kuge, froide, glaciale même, elle venait si facilement à bout de ses trop maigres résistances qu'il était bien rare qu'il n'en ait pas passé toutes les lunes enfermé chez lui, terriblement malade, ou au mieux, trop faible pour se priver de la chaleur d'un bon feu. Cette année pourtant, la félicité semblait être avec lui, car il était assez bien portant pour ne pas avoir à bouleverser de trop son quotidien. Peut-être était-ce le poids des années qui portait véritablement ses fruits sur sa santé. On lui avait dit que son état pourrait bien s'améliorer en grandissant et maintenant qu'il était adulte, il priait chaque jour pour que cette espérance devienne définitivement sa réalité.
Il avait donc décidé de profiter de cette énergie inhabituelle pour découvrir davantage ce monde extérieur dont la porte lui avait été fermée pendant si longtemps. Une fois dehors, il avait l'impression de respirer un air si différent que cela revigorait son esprit, à défaut de faire du bien à son corps. Évidemment, personne n'acceptait de le laisser sortir sans le couvrir de nombreux et épais kimono qui l'aidaient à supporter le froid mordant de Fukyuu et on couvrait constamment sa tête avec un grand parapluie pour empêcher les flocons de l'atteindre. Seul son visage était piqué par l'air glacial, mais ça ne lui importait presque pas, tant il se réjouissait de cette promenade dans les rues d'Ite, tant il était heureux de pouvoir admirer la neige sans l'intermédiaire d'une fenêtre.

S'il avait eu davantage d'énergie, il se serait probablement mis à courir, riant, jouant avec cette merveilleuse poudre blanche comme un enfant aurait pu le faire, mais il savait rester raisonnable. Il dérogeait peut-être aux règles qui voudraient le condamner à vivre éternellement entre les murs de sa demeure, mais il était assez sérieux pour savoir qu'il ne pouvait faire n'importe quoi sans se trouver sévèrement puni non pas par sa famille ou bien ses précepteurs, mais par son propre corps.
Alors il se contentait de marcher à petits pas, touchant de ses yeux ce qu'il ne pouvait faire avec ses mains, pour ne pas risquer de finir telle une statue de glace. Il souriait, simplement heureux de profiter de cette si récente liberté. C'était peut-être le quotidien de tout le monde, mais c'était si précieux pour lui ! À tel point, qu'il n'avait même pas cherché la moindre raison, la plus petite excuse pour faire cette sortie, il n'était allé voir personne, il n'avait aucun rendez-vous, ni quoi que ce soit à faire, il avait simplement franchi sa porte et il était parti errer au hasard avec son carnet. Malheureusement, il faisait bien trop froid pour dessiner et il avait dû renoncer à ce plaisir, ses doigts s'étant figés à peine les avaient-ils sortis des pans de son kimono. Il s'était donc occupé en faisant la conversation avec les quelques serviteurs qui l'avaient accompagné, trop inquiets qu'il lui arrive quoi que ce soit, un étourdissement, une agression ou même qu'il se perde ! Cela l'avait fait rire bien sûr, mais il n'avait pas refusé et il était maintenant plutôt content de les avoir avec lui, puisqu'il n'aimait guère la solitude.

Leur présence lui permettait de s'exclamer avec joie, de leur faire remarquer la moindre de ses petites découvertes. Cela les faisait rire parfois, tant il était bien le seul à pouvoir s'émerveiller de choses qui leur avaient paru jusqu'à maintenant si insignifiantes. Mais le regard de leur maître finissait par tout transformer à mesure qu'il leur narrait sa propre vision, qu'il leur expliquait pourquoi ça ou ça était si exceptionnel.
Captivé par tant de choses, il ne voyait pas le temps passer et il était encore moins capable de sentir la fatigue qui venait pourtant ankyloser son corps, ralentissant peu à peu son pas. Il aurait sans doute continué ainsi jusqu'à l'épuisement le plus total, incapable de s'arrêter une fois sorti, si une silhouette sur le sol n'avait pas attiré son attention. Qu'est-ce que… ? Brusquement, il se mit à courir pour rejoindre la pauvre femme qui s'était évanouie dans la neige et il s'agenouilla gracieusement pour se mettre à sa hauteur.

« Kaoru-san, Akio-san, Masaki-san, venez vite ! » S'écria-t-il. « Elle a perdu conscience, mais je pense qu'elle va bien. Dépêchez-vous, il faut l'emmener à la maison et appeler un médecin. »

Sans plus attendre, l'un des hommes prit la frêle jeune femme dans ses bras, tandis qu'un autre partit aussitôt quérir un guérisseur. Par chance, ils ne se trouvaient pas loin de la demeure des Maeda et il ne leur fallut que quelques minutes pour l'atteindre. Une fois à l'intérieur, elle fut installée dans un futon et on fit démarrer un bon feu pour qu'elle puisse se réchauffer, ainsi que leur maître qui, à force d'être resté si longtemps à l'extérieur, avait bien fini par devenir aussi froid que la neige elle-même.
Mais déjà, la jeune inconnue sembla reprendre conscience et Ryohei ne put résister à l'envie de venir s'installer à ses côtés, une fois qu'il fut débarrassé des couches de vêtements superflues.

« O...Ohayō gozaimasu ! Ne vous inquiétez pas, nous allons bien nous occuper de vous. » Bredouilla-t-il un peu maladroitement tout en rougissant légèrement.

Elle semblait avoir à peu près son âge et elle était vraiment très jolie, même s'il n'osait pas vraiment la détailler. Côtes à côtes, on aurait peut-être pu les croire de la même famille, car elle arborait une chevelure aussi blanche et pure que la sienne et même son teint n'avait pas beaucoup plus de couleurs que le sien.



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Aoi Fuyu

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Taisa

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MessageSujet: Re: Plus la chute est rude, plus la joie qui s'en suit est grande 9/18/2017, 21:44

La toison blanche se balançait, suivant le rythme des pas rapides et se couchant face au vent. Épaisse, elle ne semblait jamais subir les éléments. A jamais immaculée, la propriétaire semblait en prendre grand soin, et elle était devenue, au fil du temps, sa fierté. De tous, on ne voyait qu'elle parmi les siens : et l'ironie était qu'on la surnommait "la fantôme" : mais ce surnom ne lui plaisait guère : pourquoi voulait-on l'assimiler à quelque chose de révolu, de passé ? Quand bien même ils voulaient mettre en valeur sa discrétion, mêlée à sa blancheur. Elle se voulait héritière du futur, mais se contentait de grogner légèrement quand on l'appelait comme ils le faisaient.

La course longue et effrénée ne semblait pas l'atteindre, son regard était rempli de détermination et sa gueule affichait une grande satisfaction. A la tête d'un groupe d'une vingtaine d'âmes se trouvait sa presque copie conforme, à la différence de quelques éléments. Son pelage tout d'abord, se trouvait être un mélange exquis de poils bruns et gris. Ces derniers avaient-ils toujours étés là, ou était-ce le temps qui avait fait son œuvre? C'était un mâle qui avait vécu beaucoup d’épreuves : on pouvait le voir par son regard presque triste, et par les cicatrices qu'il arborait, presque fièrement, sur ces flancs. Il se savait fatigué, alors, il menait la troupe et ainsi imposait le rythme.


Ses semblables le suivaient aveuglement. Tous étaient différents : plus petits, trapus, abîmés par le temps et les duels, bruns, noirs ; aux yeux ternes, parfois vifs, mais tous étaient dirigés vers la même direction. Seule exception faite à celle qui finissait à la queue du groupe, qui regardait partout : à l’est, à l’ouest, et derrière. Celle même femelle à la fourrure de lune qui paraissait immense par rapport aux autres. En réalité, elle ne l’était pas tellement : la raison derrière cette impression presque faussée était certainement dûe à sa jeunesse et sa prestance. Elle fermait la marche et ainsi agissait en protection du groupe. Attentive, elle faisait attention que tous suivent, et qu’il n’y ait aucun danger aux alentours.

Comme un seul être, le groupe fendait les arbres blancs et les branches molles et nues jusqu’à faire face à la fin de leur chemin, qui, à cause des intempéries, s’était rompu. Le poids de la neige avait certainement fait cédé le large tronc qui se trouvait ici depuis des mois déjà, qui faisait office de pont de fortune pour passer l’immense ravin qui lui devait être éternel. Etait-ce à cause du gel qui avait fait briser le bois ou au contraire, l’humidité des intempéries qui l’avait fait se déchirer petit à petit pour finir en deux parties ? Ces deux parties avaient inévitablement penché, subissant la gravité, glissant et tombant dans le vide qu’offrait le vide de cet entre-deux monts enneigés. De son museau humide et frais, la ‘petite’ dernière encourageait ses prédécesseurs à faire comme ils le faisaient il y a quelques années : sauter.

Mais alors que vint son tour, la froidure qui l’avait envahie jusqu’à présent se remplaçait par une chaleur presque incongrue. Les quatre pates sur le sol, qui était de sensation presque friable et molle se changeait en quelque chose de doux et soyeux. La légèreté qu’elle éprouvait jusqu’à présent avait été remplacée par une lourdeur, pas désagréable, certes, mais qui l’empêchait de tout mouvement. Le silence d’or qui régnait lors de ce périple canin, s’était interrompu par de légers crépitements, non pas ceux qui signalent un danger, mais de ceux qui sont chaleureux. Ainsi, tout le décor s’effaça, pour ne laisser qu’un écran sombre, celui des paupières fermées de la jeune femme qui, s’était perdue dans ses rêves.


- - -


Les yeux à peines ouverts, elle comprenait pourquoi ce rêve s’était terminé ainsi : les flammes chaudes et rougeoyante, laissant échapper leur chuchotement caractéristique, les draps d’une qualité des plus luxueuse, et le futon sur lequel elle se reposait étaient les raisons de toutes ses sensations. Le lieu était raffiné et accueillant. Alors même qu’elle ne savait pas où elle se trouvait, elle ne se senti pas en danger. Les sens encore engourdis, les forces l’ayant un peu quittée, l’adolescente s’aida de ses bras pour lever son dos, pour se trouver assise afin de pouvoir regarder un peu mieux ce qui l’entourait. Une voix cessa le silence confortable qui régnait dans la pièce.

La future taisa se tourna vers l’origine de ce son mélodieux. Sa voix masculine, tranchait incroyablement de celle des hommes de la caserne. Sa prononciation, son timbre, le débit, le tout était un délice pour les tympans de l’inugami, si habitués aux tons rocailleux et bruts des confrères de sa propriétaire. Une fois que son regard se posa sur lui, elle ne put s’empêcher de rougir un peu, sa beauté était éclatante. Presque de peur d’être éblouie, elle détourna du regard. Il respirait la pureté et la douceur : était-il rééel ? La perfection de ses traits et la blancheur de sa peau, mêlés à la pureté de l’aura qu’il dégageait semaient le doute dans l’esprit d’Aoi Fuyu. Etait-elle en présence d’un être surnaturel, de ceux qui font naitre la fortune à ceux qui les rencontre ?

Alors qu’il se tenait près d’elle, elle ne put s’empêcher -alors que son esprit était encore à moitié dans les songes- de porter sa main, une fois sortie des somptueuses étoffes qui avaient été posées sur elle, vers son hôte. Ainsi, du bout des doigts, elle toucha la peau de celui qui était assis-là. Et à ce toucher, elle fit un sursaut. Elle qui s’attendait à voir cet être presque mystique s’effacer au moment du fameux contact, était resté là, immuable. Il était alors bien réel ! Fait de chair et d’os, comme elle ! Il devait alors avoir été béni par les dieux tant il dégageait de splendeur et d’éclat. Ainsi, se rendant compte de sa faute, la jeune fille rangea vite l’arme du crime, mortifiée face à sa propre impolitesse. Devenue plus blanche qu’elle ne l’était jusqu’à présent, elle s’inclina.


« Toutes mes excuses ! Je ne vous croyais pas réel ! Vous me sembliez si… »

Elle s’interrompit, pour reprendre aussitôt :

« J’étais encore dans ces mondes oniriques qui vous gardent un peu au réveil…  Je me nomme Aoi Fuyu, certainement la samurai la plus impolie de tout Yokuni-- ! Je… Je… suis un peu perdue. Que fais-je donc ici ? Que s’est-il passé ? Je ne me souviens de rien… Ah, ma tête... »

Finissant ses mots par un soupir, elle ponctua sa complainte par un geste de son autre main, collant la paume de cette dernière sur son front, cherchant une raison à ce mal de crane terrible et à ses légers vertiges qu’elle ressentait.
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Maeda Ryohei

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Dainagon

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MessageSujet: Re: Plus la chute est rude, plus la joie qui s'en suit est grande 12/16/2017, 02:03

Naturellement, son regard était resté baissé, préférant presque imaginer ce qu’il ne pouvait contempler, n’osant même pas rêver de faire une chose pareille. Dans ce monde familier qu’on avait bâti tout autour de lui, il n’y avait pas tant de place pour le mystère. Assis immobile entre les murs de sa propre demeure, la seule présence d’une inconnue suffisait à l’embarrasser et alors même qu’il avait trouvé la force de lui adresser quelques mots, voilà qu’il voulait déjà disparaître. Que faire ? Que dire ? Comment réagir ?

Une sorte de panique agitait son cœur sans qu’il ne puisse rien en contrôler. Sa respiration était inaudible, ses yeux fixés sur un point inanimé ne cillaient pas et on aurait pu aisément le confondre avec une statue si ses mains avaient su garder le même calme. Posées sur ses cuisses, elles se bornaient à crisper un pan de ses vêtements. Il peinait même à dissimuler son trouble, puisqu’il ne parvenait pas à masquer les expressions de son visage, pas même derrière sa longue chevelure qu’on avait soigneusement coiffée de manière à dégager et mettre en valeur ses traits d’une si grande finesse.
Assez âgé pour ne plus paraître enfantin, un observateur attentif pouvait aisément deviner qu’il ne connaissait pas grand-chose des relations humaines. Pourtant, son esprit vif restait déterminé à se battre contre toutes ces émotions qui l’empêchaient d’avancer.

Ainsi, tout occupé à lutter contre lui-même, il ne remarqua pas les doigts qui s’avançaient vers lui et sursauta tout autant de surprise que la demoiselle qui avait initié le contact. Étonné, son regard s’était à nouveau levé sur son visage, mais il se baissa tout aussi vite. Terriblement intimidé, il ne parvint pas à répondre à ses excuses et son malaise allait croissant, se transformant en une terrible angoisse qui vint tordre ses entrailles.

Lui… Pas réel… L’avait-elle pris pour un yūrei tant il lui arrivait d’être pâle ? Il savait bien que tout son être semblait mimer ces fantômes tant son teint pouvait être clair, lui donnant à son goût un air plus maladif que distingué. Sa chevelure de la même couleur n’aidait certainement pas à rehausser son portrait, aussi tentait-il de porter des étoffes colorées. Il n’avait pourtant pas assez d’assurance pour revêtir celles qui auraient attiré les regards sur lui, le laissant inévitablement bien transparent face à ce monde beaucoup plus chatoyant que lui.
Délicatement, il vint poser une main sur son visage, comme pour constater de lui-même qu’il était bien présent et qu’il se dégageait de sa peau cette chaleur qui témoignait de sa vitalité, certes faible, mais bien réelle. Presque sonné, il la laissa sans s’en rendre compte dans un étrange silence.

Les questions de la jeune femme continuaient pourtant de tourner dans sa tête et il s’inclina subitement, comme s’il venait de se rappeler qu’elle était bien là, qu’il n’était pas seul, pas juste entouré de tous ses fidèles domestiques dont la compagnie coutumière n’avait jamais causé en lui beaucoup d’embarras.

« Go… gomen nasai ! » S’exclama-t-il d’une voix qui lui parut à peine audible. « Je… dō… dōzo yoroshiku onegai shimasu Aoi-san. Je suis Maeda Ryohei, kuge et… calligraphe. »

Une nouvelle fois, une légère couleur rosée vint donner un peu de vie à son teint, trahissant avec autant de facilité que son ton hésitant sa grande timidité.

« Je… nous vous avons trouvé. Hum… je veux dire, vous étiez étendue sur le sol dans la rue quand mes serviteurs et moi vous avons aperçue. Je ne pouvais pas vous laisser ainsi… Ah ! Mais ne vous en faites pas, j’ai fait quérir un médecin, il devrait bientôt être là. En… en attendant vous devriez vous allonger, ne faites pas un mouvement qui risquerait d’aggraver votre santé, je m’en voudrais terriblement. »

Si prévenant et habitué à son propre état, on pouvait lire sur son visage toute son inquiétude. La jeune femme devait vraiment être mal en point et si elle continuait à s’agiter ainsi, elle allait peut-être s’évanouir à nouveau.

« Kaoru-san ! Apportez-nous vite un peu de thé, notre invitée a besoin de reprendre des forces. » Ordonna-t-il d’un ton plus assuré, mais empreint d’une grande douceur.



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Aoi Fuyu

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MessageSujet: Re: Plus la chute est rude, plus la joie qui s'en suit est grande 2/5/2018, 20:19

Aoi Fuyu était donc entrée pour la première fois dans la demeure de l’illustre famille des Maeda. Tout était décoré avec soin, et chaque parcelle de meuble et de mur transpirait la richesse et le pouvoir. En voyant tout cela, elle se sentit un peu mal à l’aise : elle se sentait comme chez elle, et c’était tout là le problème. Enfin « chez elle » était un bien grand mot. La bâtisse qui lui servait de maison, que beaucoup de monde admirait était plus un lieu d’angoisses et d’exaspération qu’un doux foyer dans lequel elle pouvait se réfugier après une longue journée.

Enfin, malgré cela, la présence de son hôte, toujours aussi lumineux et affable envers elle la rassurait. Il était donc Kuge… Ce qu’on disait d’eux s’appliquait fortement à lui. Ses très fins et sa peau si pâle le rendait semblable à une femme. Ses doigts, sa stature, sa longue chevelure aussi, renforçait cette aura féminine. Mais… cela faisait son charme, en réalité : Fuyu n’était pas indifférente à ce beau visage et se phrasé doux et éloquent. Mais le détail qui séduisait le plus l’inugami, c’était son regard si clair et bienveillant. Alors qu’elle croisait sa pupille, elle ne pouvait s’empêcher de regarder ailleurs, les joues prenant des couleurs.

Quelle honte ! On l’avait donc trouvée allongée, inerte dans la neige ? Comment était-ce possible ? Le froid avait été si virulent que cela ? Ou pire encore, l’avait-on attaquée sans qu’elle ne s’en rende compte ? La samurai-ko ne se souvenait de rien. Les seules images qui lui revenait était le paysage qu’on aurait cru offerts par Itegami, Kazegami et Kasugami, tant la vision était réduite, et la neige fouettant violemment les joues de l’adolescente. Elle ne voyait pas à quelques pas, tout étant embrumé par le temps enneigé.  Habituellement, une telle météo ne suffit pas à la faire tomber. Que s’était-il passé ?

Il demanda à sa suivante d’apporter le thé, comme tout bon hôte. Amatrice de thé et de tous les objets entourant la cérémonie s’y attachant, elle ne pouvait pas cacher sa satisfaction à l’idée de boire ce délicieux breuvage, qui dans un tel endroit, ne pouvait être que succulent. Elle espérait découvrir de nouvelles saveurs et apprécier le toucher et la vue d’un service délicat et choisi avec soin. La femme, Kaoru, disparut faire son office. La combattante guettait son retour, à l’aide de son flair et de rapides coup d’œil sur le seuil de la porte, tout en tendant l’oreille pour écouter ses pas feutrés.

La future Taisa tâtait son crâne, comme pour vérifier si elle n’avait pas été assommée précédemment. Mais aucune douleur ne répondait à son toucher. A peine commençait-elle à chercher une réponse au pourquoi de sa mésaventure, que son ventre lui souffla -à elle et à toute la pièce- un indice de la raison de cette déconvenue. Le son de ce puissant borborygme poussé par son estomac vide rendit l’invitée plus embarrassée encore. Ses joues colorées se transformèrent en une surface rouge écarlate.

Elle se cacha le visage. On ne pouvait voir qu’un petit bout de son nez, et le haut de son front, et il était certain que l’on pouvait toujours observer la honte se manifestant sur son visage… et même sur ses doigts. Elle se repliait sur elle-même, et ses cheveux la cachait plus encore.
« Je voudrais disparaitre, c’est une infâmie ! » pensait-elle. Elle voulait pleurer. A peine avait-elle rencontré ce jeune homme qu’elle se couvrait de honte en quelques instants. On entendit alors, à travers l’espace existant entre ses doigts, une petite voix tremblante et presque cassée, imbibée d’embarras.

« Je suis désolée, je suis la personnification de l’ignominie ! Vous pouvez me jeter dehors, je comprendrai… »

Elle ne pouvait s’empêcher de regarder son hote, par l’intérmédiaire des trous que lui laissait son masque improvisé. Elle espérait qu’il soit clément face à sa gaucherie. Même si elle n’avait apporté que discrédit sur sa propre personne jusqu’à présent, elle savait, pour une raison obscure -une intuition peut-être- qu’eux deux allaient devenir amis, malgré tout. La jeune fille au cheveux blancs espérait-là que ce ne soit guère un fantasme, mais une réalité.
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Maeda Ryohei

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MessageSujet: Re: Plus la chute est rude, plus la joie qui s'en suit est grande 3/14/2018, 20:24

Bien qu’il soit relativement peu habitué à la compagnie d’inconnus et surtout à celle d’une inconnue, le jeune homme parvenait à garder un calme extérieur en se réfugiant dans les leçons de savoir-vivre qu’on lui avait longuement apprises. Ce n’était que quelques certitudes dont il fallait parfois raviver les souvenirs à cause du manque de pratique, mais elles lui permettaient de conserver un minimum de contrôle sur une situation qu’il sentait lui échapper déjà. Réfugié derrière un sourire timide, il réfléchissait au sujet de conversation qu’il pourrait amener en attendant que le thé soit prêt. C’était une question bien difficile puisqu’ils ne se connaissaient pas vraiment et son caractère introverti ne l’aider pas le moins du monde.
Comme pour répondre à son cri de désespoir intérieur, le silence fut brusquement brisé par le bruit criant d’un ventre affamé. Le regard sombre de Ryohei vint retrouver celui de son interlocutrice pendant un très bref instant où il put deviner à quel point elle se sentait gênée. Mais c’était lui qui devait l’être davantage ! Quel piètre hôte devait-il faire alors qu’il n’avait même pas compris qu’elle était affamée et que c’était sûrement pour cette raison que son teint était si pâle et qu’elle lui semblait tant vidée de ses forces !

« V… voyons, ne… ne soyez pas embarrassée, Aoi-san ! »  S’empressa-t-il de répliquer aussitôt, tant bien que mal puisqu’il avait un peu de peine à trouver les bons mots. « C’est moi qui manque à tous mes devoirs. » Sa tête se détourna de la jeune femme et son regard vint chercher celui de l’un de ses domestiques. « Apportez immédiatement un bon repas à notre invitée, je ne saurais souffrir que l’on meure de faim chez moi. »

À peine commandait-il quelque chose que l’on s’exécutait. Sa bonté naturelle lui avait assuré depuis longtemps la fidélité de ses propres serviteurs et ceux-ci semblaient tout aussi empressés que lui d’accueillir en bonne et due forme la jeune samouraï qu’ils avaient trouvée un peu plus tôt. Que celle-ci se rassure, car Ryohei n’avait pas la moindre intention de mettre à la porte la noble samouraï. Il avait bien trop de respect pour cette caste dont il était issu pour faire quoi que ce soit qui irait à l’encontre de l’un de ses membres !

On apporta d’abord quelques plats froids qui avaient été les plus rapides à préparer, permettant déjà à la jeune femme d’apaiser en partie sa faim. Masaki lui tendit des baguettes en bois laqué, finement travaillées.

« Mangez, je vous en prie. » Dit-il en souriant doucement, portant sur elle un regard toujours inquiet.

Ensuite, le thé fut apporté et Ryohei leur servit à chacun une tasse. Il semblait aguerri à cet exercice, même si quelques détails dans ses mouvements trahissaient la faiblesse de son corps. L’odeur dégagée par les précieuses feuilles de thé qui avaient infusé dans l’eau chaude vint ravir ses narines tandis qu’il approchait le liquide jusqu’à ses lèvres.
Doucement revigoré par son breuvage favori, il se rendit compte par la même occasion que son corps avait été glacé depuis qu’il avait quitté sa demeure. Pour une fois, cette situation parvint à l’amuser et il sourit, le regard rieur.

« Je ne pouvais pas croire qu’un samouraï de Fukyuu soit vaincu par le froid, me voilà rassuré maintenant. » Dit-il en riant doucement. Son regard trouva alors à nouveau la force de rejoindre le sien. « Je n’ai malheureusement pas encore eu l’occasion d’entendre parler des Aoi, je suis donc ravi que les Kami aient permis que nos chemins se croisent. Lorsque vous vous sentirez un peu mieux, accepteriez-vous de me parler un peu de votre famille et de vous ? » Il s’interrompit un instant, subitement gêné. « Oh, ce n’est pas que je veuille être indiscret bien évidemment ! Je suis simplement passionné d’Histoire, de l’héraldique, des samouraï… entendre les autres me permet toujours d’en apprendre un peu plus. »

Il avait baissé la tête, fixant son thé inerte. D’ici quelques minutes, on devrait amener à son invitée des plats chauds et peut-être que cette nouvelle interruption le sauverait d’un embarras qui revenait plus vite qu’il ne parvenait à le chasser.



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Aoi Fuyu

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Taisa

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MessageSujet: Re: Plus la chute est rude, plus la joie qui s'en suit est grande 3/15/2018, 01:03

Et il l’était. Il était aussi clément que pouvait être un hôte parfait.  Il balaya d’une phrase l’embarras de son invitée, et parlait plutôt du sien de manquer soi-disant à ses devoirs. Car oui, quelques minutes plus tard la raison de toutes ces gênes disparaissait en même temps que les doux mets préparés par les servants de ce jeune Maeda, dégustés avec un plaisir presque caché de la samurai. On lui servait des petites tranches de poisson, qu’elle se surprit à admirer quelques instants observant leurs couleurs et la surface brillante qu’elles arboraient toutes chacune de leur manière.

Il lui glissait délicatement les précieux outils qui allaient lui permettre de gouter et de savourer l’objet de son désir immédiat, se trouvant dans les différents plats rectangulaires faits d’une porcelaine pratiquement immaculée. Le contraste entre le contenant et le contenu rendait et faisait en sorte que tout apparaissait tel une estampe vitaminée dans le reflet de l’iris de l’inugami. Peut-être était-ce la faim qui métamorphosait tous ses sens, mais elle n’avait pas encore touché du bout du bois laqué de ses baguettes qu’elle se sentait déjà presque rassasiée.

Elle ne se fit pas prier, aussitôt l’avait-il autorisée à commencer à manger, que d’un geste rapide et précis elle emprisonna de ses baguettes sa première victime soigneusement préparée par le-a cuisinier-ère de la demeure. Si la vue et l’odeur comblaient déjà la future Taisa, le gout procuré par ses fines préparations allaient au-delà de ses espérances. Elle ne put s’empêcher d’émettre un petit son venant du plus profond de sa gorge, marquant à tel point tout cela était délicieux. Elle appréciait même le toucher du bois sombre laqué qui se trouvait au cœur de ses doigts fins. Et alors qu’elle avait presque oublié la présence de son hôte, appréciant plus que tout ces œuvres culinaires, elle s’hydrata enfin avec le doux breuvage chaud à souhait, au gout simple mais pourtant exquis, qui se mariait à la perfection avec ce qu’elle venait d’ingérer goulûment.

« Ah… en vérité, je me suis levée si tôt ce matin et… à peine ai-je pointé le bout de mon nez que j’avais été chargée d’une mission, avant même d’avoir pu prendre ma collation du matin ! Et avec cet hiver si vigoureux qui s’installe… j’imagine que les deux n’ont pas fait bon ménage… Non pas que je m’en plaigne ! Cela m’a permis de faire une très belle rencontre aujourd’hui… et je me fais offrir un délicieux repas. »

Elle lui esquissa l’un de ses plus beaux sourires, la honte était aussi vite partie qu’elle était venue et alors qu’elle le regardait avec grande amitié, elle réfléchissait à comment répondre à ses autres questions. Elle regrettait de devoir parler de sa famille mais, alors que son hôte lui offrait le couvert et sa grande amabilité, elle ne pouvait se permettre de refuser de répondre, ou encore pire : changer de sujet comme elle le faisait si souvent avec ses camarades. Il était très récurrent qu’on lui pose cette question, et à raison, mais détestait toujours ces moments-là.

Et c’était alors avec déférence qu’elle répondit à ses curiosités, dont elle ne pouvait lui reprocher, tant il paraissait emprunt de gentillesse et dépourvu de curiosité mal placée :

« Pour être honnête… il est normal que le nom « Aoi » ne vous dise rien. Ce n’est pas mon vrai nom. En réalité, je fais partie de la famille des Hiroyuki qui… normalement doit vous être familier. Je préfère souvent ne pas en parler car j'aime qu’on me parle à moi et moi seule, sans que l’ombre de Hiroyuki Ichira plane sur moi, qui suis son héritière. »

Ce fameux Hiroyuki Ichara n’était autre que son oncle, maitre incontesté et incontestable d’une grande famille noble et riche du clan de la glace. Bien qu’il la prenait comme fille adoptive, elle refuse d’être assimilée à cette famille, qui porte de trop lourds secrets, inconnus de tous ceux qui ne partagent pas leur sang. Cette famille vit depuis des décennies, en plus de la fortune qui accompagne la noblesse, d’échanges fructueux entre d’autres familles marchandes de Yokuni, ce qui en fait une dynastie que nul ne peut ignorer.

« D’ailleurs, tout cela est délicieux. Vous pourrez féliciter votre personnel, c’est exquis. Je sais que ce n’est que le début, mais je suis impatiente de ce qui va suivre. Comme vous pouvez le voir, je n’arrive guère à cacher cet tare qu’est la gourmandise, haha ! Mais, vous ne mangez pas avec moi ? »

« Malheureusement, je ne peux vous retourner votre question… ahah, votre famille est incontournable et admirée de tous. Ah, je dois vous sembler terriblement ennuyeuse… J’ai si peu de conversation ! »

« Quelle chance » allait-elle ajouter, alors qu'elle parlait du clan Maeda. Mais elle savait intrinsèquement que non, être dans une immense famille noble, n’était pas forcément une « chance » et souvent même, était un fardeau.  
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Maeda Ryohei

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Dainagon

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MessageSujet: Re: Plus la chute est rude, plus la joie qui s'en suit est grande 3/15/2018, 21:36

Le simple fait de savoir que son invitée se nourrissait avec appétit réchauffait son cœur et suffisait à le rassurer sur son état. Elle n’était pas comme lui, si faible qu’il fallait bien plus que tous les meilleurs mets pour lui procurer assez de force pour vivre. Ce n’était qu’à mesure que les années avançaient qu’il commençait à voir le jour et à respirer plus librement. Même si la maladie ne lui offrait pas autant de répit qu’il l’aurait espéré, il ne pouvait pourtant qu’apprécier la nouvelle liberté qu’il avait acquise en grandissant.
Son explication vint apporter les lumières qu’il lui manquait à propos de son état. Pour qu’on lui ait demandé une telle chose, l’affaire devait être bien urgente ! Le jeune homme refréna pourtant sa curiosité, il ne voulait pas se montrer indiscret sur ses fonctions et c’était pour cela qu’il n’avait posé aucune question à ce sujet jusqu’à maintenant. Il n’avait pas vraiment l’intention de changer d’avis, préférant lui laisser le choix de s’exprimer ou non, sans qu’elle se sente obligée de quoi que ce soit.

Tranquillement et tout en l’écoutant parler, il buvait par petites gorgées son thé tant qu’il était encore bien chaud, tel qu’il en avait l’habitude. Les propos de son invitée au sujet de sa famille l’étonnèrent immédiatement. À mesure que les secondes s’égrenaient, il essayait d’analyser ses propos, oubliant presque d’écouter la suite, mélange de gentillesses et de flatteries dont l’intérêt était moindre.
Plus sa surprise se dissipait et plus il se sentait autant choqué que mal à l’aise. Sa naïveté cherchait vainement une explication légitime et rassurante dans les mots qu’elle avait prononcés mais non, il n’y avait rien. Pire, plus il tournait les phrases dans sa tête et plus l’embarras l’envahissait, semant l’incompréhension dans son esprit.

« Pourquoi » était une grande question à laquelle il ne trouvait aucune réponse. Elle faisait partie des Hiroyuki, une grande famille à laquelle bon nombre de samouraï Fukyuu rêvaient sans doute d’appartenir et pourtant, elle refusait de porter leur nom. Pire, il semblait être comme une ombre pour elle. Une ombre… Considérait-elle qu’elle la masquait ou qu’elle la salissait ? Le choix de la jeune femme le bornait à la stupeur. Il ne comprenait même pas comment on avait pu accepter cela, comment elle pouvait vivre librement ainsi. N’était-ce pas déshonorant pour eux qui lui avaient offert la chance de porter un grand nom et de vivre dans l’aisance ? Tout cela n’allait-il pas à l’encontre de son honneur de samouraï, de leur honneur à tous ?
Ryohei aurait compris qu’il ne porte pas le nom des Maeda. Il aurait compris qu’on le rejette, qu’on ne le compte pas dans cette illustre famille de grands guerriers, terriblement éprise du bushido et d’une fidélité sans faille, tant il ne pouvait se faire l’émissaire d’un tel portrait. La bienveillance était certainement la qualité qui l’avait sauvé de l’abandon et le jeune kuge se sentait depuis si longtemps éternellement reconnaissant envers sa famille qu’il s’efforçait chaque jour de s’illustrer un peu plus dans la voie qu’on avait choisie pour lui et dans laquelle il devait parfaitement briller pour qu’un jour il ne soit enfin plus la honte des siens.

Mais elle… Était-ce par dédain, par mépris, par prétention qu’elle les rejetait ? Pensait-elle n’avoir pas besoin d’eux ? Pensait-elle qu’elle pouvait n’en faire qu’à sa tête ? Ce n’était pas là la définition qu’il avait du devoir, ce n’était pas là ce qui la rendait honorable.
Qui était-elle pour se prétendre Aoi et non Hiroyuki ? Mais qui était-elle au juste ? C’était une inconnue qu’il avait trouvée par hasard, du moins c’était ce qu’il pensait. Elle se prétendait samouraï, l’était-elle vraiment ? Quelles raisons avait-il de la croire ? Devait-il lui faire confiance ? Qui était cette femme d’apparence si candide et qui parlait avec tant d’impertinence ?

Ses émotions vives lui avaient fait oublier sa timidité et tandis qu’il se posait tant de questions, son regard sombre s’était à nouveau levé pour la dévisager.

Elle aurait pu trouver une parade, ne pas les citer par exemple, mais elle semblait vouloir se montrer parfaitement sincère et si dans la plupart des circonstances il ne pouvait qu’encourager ce trait, cette fois-ci, il lui paraissait terriblement étrange. Ses mots, ce rejet si manifeste dont elle ne voulait dissimuler quoi que ce soit… qu’elle lui jetait ainsi au visage comme s’il s’était agi d’une banalité…
Plus que surpris, plus qu’embarrassé par cette vérité, il se sentait profondément blessé. Comme si elle avait planté son sabre dans son corps, comme si son comportement venait jusqu’à entacher sa propre famille. Lui qui chérissait tant son nom, comment aurait-il pu imaginer une seule seconde l’abandonner ? Les samouraï… les samouraï n’étaient pas tous les mêmes. Combien parmi tous ceux qui portaient ce titre étaient le reflet des Maeda ? Ses certitudes s’ébranlaient.

Brusquement, il se rendit compte qu’il avait presque cessé de respirer. Sa main vint reposer la tasse vide sur la table et même s’il sentait déjà des vertiges et un poids atroce dans son ventre, il fit l’effort de se lever pour faire un pas, se détournant légèrement d’elle. Son regard se posa un instant sur ses serviteurs qui amenaient les plats chauds.
Lui, il l’accueillait.
Sa bienveillance autant que sa candeur venaient s’opposer à ses réflexions, empêchant la colère de l’envahir. Il devait y avoir une raison, une très bonne raison. Il y en avait forcément une, n’est-ce pas ? Elle trouvait avoir peu de conversion, lui pensait qu’elle en avait trop.

« Ainsi donc, le nom Hiroyuki vous déplaît. Pardonnez-moi, je pensais bien connaître la caste des samouraï, mais il semble que j’en ignore encore certaines subtilités. J’ai toujours cru qu’abandonner son nom était quelque chose de terrible, mais vous dites cela comme si c’était dépourvu de conséquences. »

Quelque chose semblait s’enflammer dans son corps et pourtant, il se sentait terriblement glacé, si calme qu’il se croyait presque hors de lui-même. Quelques domestiques restés là fixaient d’un œil inquiet leur maître. Il se tourna à nouveau vers elle pour la fixer. Même s’il n’osait pas lui poser la moindre question, son regard semblait attendre tant de réponses. Maintenant qu’il lui avait offert la charité et qu’elle avait recouvré ses forces, il avait besoin de trouver la raison qui l’empêcherait d’abréger leur entretien.



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Plus la chute est rude, plus la joie qui s'en suit est grande

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