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 Méditations interrompues [PV Kitai]

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Iwasaki Chieko

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Itako

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MessageSujet: Méditations interrompues [PV Kitai] Mer 9 Aoû - 14:25

Un voyage aussi long. C'était la première fois qu'elle sortait de ses forêts, de ses montagnes. Et même alors. Ce n'était pas une de ces multiples fuites qu'ils avaient dû effectuer alors, dans la nuit, elle, guidée sur des chemins inexistants, à trébucher et se relever sans attendre, sous peine d'une mort certaine. C'était un lent voyage. Les trois hommes, marchands, qu'elle avait trouvé se relayait souvent pour pousser ou tirer leur lourde carriole. Et juste durant ce voyage, elle avait déjà découvert beaucoup, ne mesurant qu'encore plus son ignorance.

Les auberges, avec les brouhahas ambiants, chaleureux, les odeurs de nourriture de certains quartiers, qu'elle n'arrivait même pas à identifier. Elle s'était plue à écouter ces trois hommes au cœur grand se transformer en astucieux marchands, rivalisant entre eux de verbe et d'astuce, d'argumentations choisies pour faire grimper leur prix de vente, et faire baisser ceux qu'ils achetèrent par la suite. Avant de retourner à leur nature d'hommes bons. Ils la laissèrent même, elle, l'albinos aveugle et pauvre, dormir dans les chambres qu'ils louaient, profiter de ces bienfaits inconnus.

Ne plus avoir peur de la nuit. Ne plus avoir peur du froid. Ne pas redouter, en se réveillant, qu'une des âmes proches puisse s'être envolée. Cela sonnait véritablement comme un autre monde. Et même s'ils n'étaient pas allés jusqu'à lui acheter de nouveaux vêtements, se disant probablement que si la jeune femme était acceptée dans le temple, ceux-ci se chargeraient de cela, ils avaient déjà tant fait qu'elle ne pouvait que les remercier.

Après de longues semaines, où elle apprit tant, et où elle se rendit compte d'autant plus tout ce qu'elle avait à apprendre, ils finirent enfin par arriver dans la province de Fuyu, jusqu'au temple Gakushiki. Arrivait alors cette dernière pente à gravir. Celle qui, après quelques autres efforts, allait permettre aux trois marchands de déposer leurs offrandes, pour célébrer leur réussite. Celle qui, après une vie de pauvreté, pouvait résonner pour Chieko comme le changement dans sa vie, comme le moment où le destin allait enfin lui être favorable.

Il y eut plusieurs contrôles le long de la route. Chieko, elle, attendait patiemment sur le côté, laissant les offices se faire. Vu la maigreur apparente, la pauvreté et le reste. Elle ne fut pas plus dérangée que cela. Là où elle ne dût répondre qu'à une ou deux questions à chaque fois, les trois hommes étaient fouillés, le contenu du chariot détaillé et observé. Mais à part ces quelques contraintes nécessaires et acceptées, aucun problème ne survint. Au fur et à mesure de la montée vers leur but, Chieko put entendre les hommes souffler des soupirs d'admiration devant une vision qui lui était interdite. Une main toujours sur le rebord du chariot, elle s'avança au-devant pour quémander quelques descriptions.

Chose presque impossible pour le pauvre homme qui était en train de tirer, aidé des deux autres qui poussaient en arrière, leur chariot. Mais dans les quelques mots qu'il réussit à transmettre, elle put s'imaginer. Cette lourde structure en haut d'un plateau, aux murs blancs, cintré de rouge, et aux toits d'or. Imposante et magnifique, cette vision semblait parfois couper le souffle à celui déjà court des marchands.

Et vint le moment où la pente cessa, et où le chariot s'arrêta. Ici et là, elle l'entendait clairement, de l'activité. Loin de l'image qu'elle se faisait d'un temple, celui-ci était vivant. Des gens s’entraînaient, en cœur, plus loin, dans ce qu'elle pensait être une cour intérieure. D'autres personnes venant du village en contrebas allaient et venaient, pour diverses raisons. Et ceux qui habitaient le temple lui-même qui devisaient. Une dernière fois, quelques gardiens vinrent vers eux, non pas pour fouiller, vu tout le chemin parcouru, mais pour s'enquérir de la raison de leur présence ici.

Pour les offrandes, les trois hommes et leur chargement furent conduits plus loin, après de courtes embrassades et de chaleureux adieux. Après tout, Chieko avait passé quelques semaines en leur compagnie, les avait même sauvés, ou enchantés, apaisés. Mais comme toutes choses, cette rencontre prenait fin ici. Chieko, dont l'étrange demande fut entendue, fut posée de côté. Le soutien des trois hommes sur ses dires, sur les visions de cette jeune femme avait eu leur poids, et l'un des gardiens lui avait dit qu'il irait prévenir quelqu'un, qui pourrait la recevoir et statuer sur son cas.

Alors, elle avait attendu. Plantée à l'endroit où elle avait été laissée, une branche en guise de canne. Elle se plaisait à écouter tous ces nouveaux sons, cette nouvelle ambiance, tentant, ici, de comprendre un début de dispute légère, là, de deviner les activités en cours, par les bruits et le reste de ses sens. Même l'air avait une odeur, un goût différent. Plus pur ? Ou peut-être n'était-ce que son esprit, qui savourait enfin une pause. Elle prit de ses hanches une gourde d'eau qu'on lui avait offert, pour se désaltérer après le dernier effort consenti. Mais déjà, le pas du gardien qui l'avait laissée ici revint, elle le reconnaissait.

Celui-ci lui expliqua qu'il devait l'accompagner, que la personne qu'elle allait rencontrer avait trouvé du temps libre pour cela. Lui offrant son bras, qu'elle saisit de sa main squelettique, il la guida, pour la faire se purifier, chacune des mains, puis la bouche. Puis, traversant l'imposante entrée, son guide s'enfonça avec elle un peu dans le temple par quelques couloirs où résonnait leurs pas, jusqu'à une salle. L'amenant jusqu'à un siège, il fit s'y asseoir Chieko, lui disant que sous très peu allait arriver l'homme qui pouvait peut-être changer sa vie.

L'attendre ici. Chieko, seule dans cette pièce se gratta une joue. A la réflexion, elle faisait bien pâle figure. Un corps décharné, des habits probablement sales, troués, définitivement pauvres, les traces de sa vie douloureuses visibles, ici et là. Et pourtant, elle gardait le menton droit, haut placé, fixant devant elle, toute patiente du haut de ses seize ans. Si ses visions pouvaient être utiles au temple. Si elle pouvait y trouver une place, et devenir utile malgré toutes ses faiblesses, ce n'était pas en se cachant qu'elle allait y arriver.


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Akogare Kitai

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Sohei

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MessageSujet: Re: Méditations interrompues [PV Kitai] Lun 14 Aoû - 14:53

Premier coup de manche, large et circulaire suivi d’un piqué fendant l’air, la lame kozori sifflant dans le vent du cœur de l’automne. Ramenant à lui sa lame sœur, il pivota, calant la hampe de celle-ci contre son dos, orientant le fil de l’acier dans le sens de sa vrille, puis s’arrêta d’un coup alors que le métal mordait dans l’imaginaire d’un ennemi invisible et incapable d’offrir la moindre résistance. Le contrepoids de sa prothèse était savamment étudié et s’il s’était habitué à la perte de son membre d’antan, Kitai était ramené au souvenir quasiment exacte de l’équilibre de sa masse générale et de son centre de gravité.

Ce dernier s’était révélé totalement perturbé lorsqu’il avait souhaité reprendre l’entraînement, soustrait de se bras, mais il avait fait des efforts afin de s’en accommoder, de se réhabituer, de s’adapter comme il l’avait toujours fait, un talent qui lui était propre et dont il n’était pas ignorant. Pour Seiko et elle seule, il avait accepté de remplacer cette perte, sans réellement prendre en considération les arguments que son amante et l’artisan qu’elle avait dépêché à la conception de l’objet lui avaient déclarés.

Mais c’était là l’idée de son élue, dépourvue de pitié ou méchanceté et il n’avait pas même cherché une raison de ne pas y accéder. De plus, quand bien même le fait de retrouver l’harmonie que son corps avait eut avant ce combat fratricide lui facilitait grandement sa rééducation, il ne pouvait s’empêcher de voir la situation comme un retour en arrière.

Le sohei ne boudait cependant pas son plaisir nostalgique, regrettant même de ne pas pouvoir enfermer dans ces doigts de bois articulés inutilement la longue poignée de sa lance et comme pour tout, il se familiariserait à sa condition, s’accommoderait et recréerait un nouvel ordre prenant en tenant compte de ce qu’il était devenu. C’est alors qu’on vint le quérir tandis qu’il procédait à l’élaboration concrète d’une danse inédite intégrant l’ensemble des paramètres façonnant cet homme transformé qu’il incarnait.

Passant sa pique dans le creux de son membre tronqué et complété, il s’essuya la légère pellicule de sueur s’étant formée sur son visage à l’aide d’un linge propre, entendant la nouvelle de la présence d’une âme errante et atteinte, de toute évidence, de cécité et de malnutrition. Ce n’était ni la première, ni la dernière fois que Gakushiki accueillait une pauvre âme sur lequel le destin semblait jouer d’un poids certain et pour toute, le Temple devait être capable de montrer un visage aimable et devenir un asile, celle-ci n’y ferait pas exception.

De plus et dans son état, se charger d’un handicapé était devenu normal, montrant ainsi la tolérance que l’on attendait des disciples du sage des monts éternels. Renvoyant le messager aller chercher le récent visiteur tandis qu’il se débarbouillerait sommairement et ce fut apprêté de sa traditionnelle tenue de sohei qu’il vit arriver leur invité qui s’avéra en être une plutôt qu’un.

Kitai ne put s’empêcher de sourire à sa propre bêtise, lui qui avait ajusté les pans de son kimonos afin de se montrer le plus présentable possible alors que le reflets du regard vide de la jeune fille lui fut adressé sans qu’elle en ait vraiment eu l’intention, du moins le pensa-t-il. Elle se tenait à l’attendre, son port digne malgré la pauvreté et l’usure de ses atours, sans parler de son état de sous-alimentation avancé.

Derrière la maigreur et la pâleur de ses traits, il devinait une jeune fille aux traits fins et à la beauté rare dont la présence apparaissait toute naturelle en ces lieux. En réalité, il était même persuadé qu’elle aurait pu se trouver en n’importe quel endroit sans jamais en briser la paix, la logique et l’harmonie.

Le sohei se prit même à rougir tandis qu’il se disait qu’en d’autre circonstance, une telle apparition aurait probablement pu chambouler son cœur sans que le moindre mot ne s’échange entre eux et cette simple considération balaya sa gêne soudaine pour laisser place à une immense curiosité : Celle de connaître la voix qui pouvait émaner d’une femme comme elle. Avant de s’agenouiller face à elle en seiza, il s’annonça doucement :

O’hayo gozaimasu, je suis Akogare Kitai, sohei du temple d’Itegami dans les murs duquel je vous souhaite la bienvenu.

Une fois installé et s’inclinant poliment devant elle, quand bien même ne pourrait-elle le distinguer procéder de la sorte, il reprit avant de lui laisser le soin de se présenter à son tour, déjà charmé malgré l’état de sa vis à vis :

S’il est quelque chose que vous désirez avant que nous débutions notre entretient plus concrètement, n’hésitez pas à me le faire savoir, vraiment. Considérez que si vous le souhaitez, vous venez de parvenir au bout de votre chemin que j’imagine difficile en vous découvrant ainsi…

Si la fin de son propos se montra affecté, son ton ne portait pas la trace de la moindre pitié. Tout ce qu’il avait dit s’était fait au son de la sollicitude et avec chaleur.
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Iwasaki Chieko

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Itako

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MessageSujet: Re: Méditations interrompues [PV Kitai] Lun 14 Aoû - 15:52

Elle patientait, se plaisant à distinguer les différents bruits qui parvenaient à ses oreilles. A distinguer les différents pas. A distinguer les intonations de voix. Outre le voyage qui l'avait menée jusqu'à ces lieux, il n'y avait pas vraiment eu de moments de calme et plénitude, où elle avait pu juste se poser, et écouter. Sans craindre un coup, une remarque. Elle en profitait, assise un peu gauchement, tentant de suivre au mieux les conseils que le Trio au grand cœur qui l'avait menée jusqu'ici lui avait prodigués.

La posture n'était certainement pas parfaite. Mais elle se rapprochait peut-être de ce qu'on pouvait attendre d'une personne civilisée. Et fière ou pas, Chieko savait qu'à partir de maintenant, si tout allait bien, elle ne pourrait qu'aller de l'avant. Apprendre et toujours plus. Et surtout profiter de ces moments d'attente. Avant, il y avait toujours eu quelque chose à faire. Ou plutôt à ne pas faire. Eviter de se retrouver sur le chemin de telle ou telle personne. Tâtonner le sol à la recherche de plantes dont elle devait deviner la nature, rien qu'avec ses doigts, aux risques des coupures, et autre blessures que cela pouvait offrir.

Et surtout, l'harmonie qui régnait en ces lieux l'appelait. Comme si c'était quelque chose que, finalement, elle avait recherché depuis toujours. Et si l'envie, la curiosité, et une certaine douceur envahissaient son cœur. Une inquiétude couvait par dessus. Et si. Et si son passé, non choisi, se mettait sur le chemin de cette vie. Et si, son ignorance ne pouvait lui permettre que de faire des erreurs. Mais ce n'était pas avec ces "Et si", qu'elle pouvait ou voulait avancer. Alors, Chieko, d'un souffle, balayait ces pensées, ne gardant que l'instant présent, et la vérité du moment. Elle était arrivée au temple.

Des pas finirent par attirer son attention. Réguliers, sûrs et calmes, tranquilles. Les froissements de tissu. Un sourire amusé éclaira son visage, creusant les joues un peu plus. Jusqu'à ce que la personne s'approche en se présentant. Chieko garda son sourire, perdant la lueur amusée, et ne gardant que la douceur. Suivant la personne du regard, suivant les sons offerts, elle répondit d'une voix claire et légère.

- O'hayo gozaimasu, je suis Iwasaki Chieko, et je vous remercie pour m'avoir acceptée entre ces murs.

Et au froissement de tissu qui suivi la présentation et l'installation de l'homme, elle suivit le geste, s'inclinant assez bas, avant de se redresser, l'écoutant, attentive. Aux mots d'Akogare, la jeune aveugle ferma les yeux, prenant le temps de laisser ces paroles resonner en elle. Au bout d'un long voyage. C'était une belle vision de ce qu'elle avait pu vivre, même si pour elle. Le véritable voyage, vers ce qu'elle aspirait, allait peut-être commencer maintenant. Elle tripota du bout des doigts sa pauvre tunique pour garder contenance.

- Je vous remercie, Akogare-san, reprit-elle alors, mais le simple fait d'être là répond pour le moment à mes désirs. Et j'espère de tout cœur qu'un nouveau chemin pourra être écrit en ces lieux.

Elle pinça les lèvres, une seconde, réfléchissant. Devait-elle parler. Dire d'elle-même son passé. Assumer son voyage, pour s'offrir. Le doute revint un instant, posant son voile sur ses réflexions. Doute qu'elle déchira, cette fois-ci. Elle était venue pour être elle-même. Inspirant, puis expirant longuement, elle commença, de cette même voix, posée et légère, sans hésitation.

- Je ne sais pas comment se font les choses. J'ignore tellement, que mon savoir tiendrait presque dans une outre vide. Juste à me voir, même sans préjuger, il y a des choses que l'on ne peut cacher. Je suis née, et ai été élevée dans un camp nomade, reclus en forêts dans une des provinces du sud. Camp qui parfois volait. Jusqu'au moment, comme une providence malheureuse, le sommeil en a emporté beaucoup. Ce n'est que peu après, que j'ai pu me détacher de ce monde, pour parcourir le chemin qui pourrait me mener vers un meilleur. Où les visions de futurs incertains pourraient être plus utiles.

Et elle se tut. Elle en avait beaucoup dit. Trop même, ce n'était pas dans son habitude. Mais elle ne voulait commencer sur une ignorance, sur un mensonge. Sur une omission. Alors, pour elle, autant le dire directement. Son passé avait marqué son corps, durablement. Entre pauvreté, famines, coups et maladies, elle ne pouvait rien cacher des raisons. Mais toujours, sa voix avait été fidèle à sa posture. Directe, et lumineuse. Finir sur ce vœu. Sur ce don d'Itegami. Sur cette volonté que son esprit voulait parfois crier, mais que son être exprimait simplement. Être utile. Trouver une place.

Mais le dire lors d'une rencontre. Ce n'était peut-être pas sa meilleure idée. En effet.


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Akogare Kitai

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Sohei

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MessageSujet: Re: Méditations interrompues [PV Kitai] Mar 22 Aoû - 0:50

Le joli sourire qu’elle lui offrit ne manqua pas de lui laisser monter le rouge aux joues et il faillit se répandre en excuses avant de se voir son reflet renvoyé par les prunelles immobile de son invitée. Kitai s’était laissé leurrer un fugace instant par le suivi des iris de la jeune fille sur lui et bien qu’il se croyait sincèrement capable de reconnaître un aveugle lorsqu’il était en présence de l’un d’eux, le voile du doute s’était instillé, le rendant pour partie légèrement mal à l’aise.

Le sohei s’apaisa néanmoins aussitôt la musique de la voix de la jeune fille s’élevant dans la pièce, au son de laquelle il s’abandonna tranquillement le temps qu’elle dura. Elle se révéla aussi consciencieuse d’usages dont ils auraient tout aussi bien pu se passer ici, en vérité, il avait du mal à concevoir qu’elle puisse tenir si droit tout en apparaissant si fragile, si bien que l’esprit qui l’habitait n’apparaissait pas être celui du corps qu’il animait.

Cette même conscience à qui il accordait grand crédit à l’écoute de la sagesse embusquée dans ses paroles et pourtant, Chieko, puisque c’était ainsi qu’elle s’était présentée, laissait transparaître qu’elle était à peine sortie de l’adolescence. Tout à l’appréciation de ses propos, il ne démordait pas de la dévisager, lui trouvant un port étrangement altier qu’il n’avait plus vu depuis ce kuge des Maeda qu’il n’oublierait pas de si-tôt.

Le fait s’avérait d’autant plus étonnant lorsqu’il s’attardait à décrire du regard les parures bien humbles la recouvrant. Parallèlement à cela, il n’échappa pas au dernier Akogare une profonde humilité dans les mots et les gestes subtils qui les accompagnaient. Non pas que le moine fut un lecteur doué dans ce domaine, ni même un expert en empathie, juste que cela lui semblait évident rien qu’en la détaillant.

Il devait bien avouer lorsqu’elle le dit elle même qu’il s’était mis à juger son apparence, tâchant de recréer son histoire avant même qu’elle ne la lui dévoile partiellement. Le plus étonnant pour lui au vu de sa propre et récente expérience était de constater que, si maigre fut-elle, si modeste pouvait-elle apparaître et malgré son dramatique handicap… Elle ne montrait pas les blessures extérieures qu’une enfant livrée ainsi au monde aurait pu subir.

Finalement, il se dit qu’elle devait soit jouir d’une bienveillante étoile ou d’un ancêtre protecteur, soit qu’elle cachait bien les traumas de son existence. Aussi et en guise de réponse immédiate, il leva l’index de sa main valide et annonça d’une voix claire :

Je sais ! Un thé ! Voilà ce qu’il nous faut dès à présent et après tout ces aveux !

Kitai n’en pensait rien, ce qu’elle avait pu lui dire était resté sommaire, comme la préface d’une épopée dont il fut gêné de se sentir curieux d’en connaître la suite. Il balaya néanmoins ce sentiment et en appela à l’un des siens pour que leur soit apporté des boissons chaudes avant de retourner à son échange, un sourcil haussé et la voix curieuse :

Ne sommes nous tous pas la sommes de nos expériences ? Je doute du vide de l’outre que vous décrivez lorsque vous parlez en parallèle de la vie que vous avez menée avant d’entrer en nos murs. C’est aussi ironique, d’ailleurs, que le fait que votre passé est ce qu’il est et qu’il n’aura pas traversé les portes du temple, contrairement à vous.

Il se mit à sourire franchement, le fait changeant son ton par la même occasion :

Vous avez plus raison que moi lorsque vous dites qu’un nouveau chemin pourrait s’écrire en ce domaine, car il ne fait aucun doute que Itegami vous aura portée en Gakushiki pour cette raison précise, j’en suis convaincu. Vous pourrez nous raconter tout ce que vous souhaitez révéler de cette existence que vous quittez. Nous sommes ici issue de tout les horizons, parfois par la volonté de notre sang, tantôt poussés par le destin. Vous avez terminé une partie de votre trajet face à la demeure d’Oyamatsumi et de son hôte divine à votre façon, depuis vos origines à vous. J’ai moi-même été mené en ces lieux après… Après avoir du quitter mon chemin précédent sans vraiment choisir cela.

Il avait baissé légèrement la tête à ces mots, mais se reprit bien vite avant d’annoncer clairement :

Bref, il y-a ici tout ce qu’il faut pour vous ouvrir une nouvelle voie !

Enfin et comme si cela lui était revenu en souvenir soudain, il s’avança subtilement, intrigué par la pensée qui lui vint :

Mais… Vous avez parlé de futurs incertains et de visions… Seriez vous onmyôji ou douée du talent de divination ? Si ce n’est pas le cas, qu’est ce qui vous laisse à penser une telle chose ? Mmh ?
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Iwasaki Chieko

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Itako

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MessageSujet: Re: Méditations interrompues [PV Kitai] Mar 22 Aoû - 5:23

La jeune femme restait droite. Quelles que fussent ses frusques, elle ne pensait pas qu'ils convenaient à un tel lieu. Et elle devait faire bien pâle figure face à l'homme en face d'elle. Mais elle avait encore deux choses pour elle. Sa voix, qu'elle s'étonnait apprécier parfois, et sa posture. Elle avait bien vite appris, durant sa toute jeunesse, que porter un petit masque pour cacher souffrances et pensées était bien utile. Juste pour se sauver soi-même. Ou bien pour ne pas inquiéter l'autre. Ou ne pas le tenter plus. Elle n'y pensait pas vraiment, mais si elle pouvait paraître avec une certaine prestance malgré son corps et le reste. Assez sûre d'elle pour emprunter le chemin qui se dévoilait sous sa canne et ses pieds. Alors c'était souvent une bonne chose. Le destin a beau être tissé, si on ne fait rien de ce qu'il offre, il ne mène à rien.

Ceci dit, elle triturait quand même, à quelques moments, ses guenilles, suivant du bout des doigts quelques bords irréguliers, ou trous qui traînaient. Tout en écoutant le Sohei. Quoi que ce soit. D'ailleurs, chose qui devait être éclaircie pour sa propre compréhension, elle demanda alors, après l'appel au thé.

- Excusez-moi. Mais pourriez-vous me renseigner sur.. ce qu'est un Sohei ?

Après tout, l'outre devait bien se remplir. Peu à peu. Même s'il en doutait. Son éducation avait été bien vague. Sinon inexistante. Alors quantité de vocabulaire, quoi qu'elle tentait d'articuler correctement, lui échappait parfois. Chose qu'elle ressentit bien rapidement, dès que l'homme reprit parole. Son phrasé, agréable et lisse, filait bien vite, en usant d'images, et tant d'autres. Plissant légèrement le nez, sortant juste un peu la langue sous la concentration de l'écoute, pour ne pas se faire dévier par les bruits alentours, elle écoutait.

Et elle se posa plusieurs questions. Curiosité de l'adolescence, ou née de l'ignorance. Quel était ce chemin qu'il avait dû quitter. Les changements de tons vers la fin évoquaient-ils du regret, ou bien une honte ? Mais Chieko n'eut guère le temps de s'attarder sur la question, car il reprit directement. Jusqu'à même s'avancer vers elle, put-elle entendre avec les froissements de tissus.

Imperceptiblement, l'aveugle se crispa un temps, ses petites mains gercées et abimées se refermant sur ses vêtements, avant de se détendre bien vite. Elle ferma les yeux, sans que cela ne l'aide à rien, et poussa un petit soupir désolé.

- Je ne suis pas sûre, malheureusement, que je ne laisse mon passé à la porte du temple. Et... Je ne comptais pas vraiment en raconter plus. Il n'y a, dans ma vie, courte, que peu de choses intéressantes pour une personne telle que vous. Et je ne voulais pas faire naître de la pitié. Quand ce n'est pas de la peur, celle-ci naît assez vite par rapport à ma vue.

Elle souriait un peu, tristement peut-être, et porta une main à sa joue pour la gratter distraitement avant de la reposer sur ses cuisses. Au moins, elle avait retrouvé son calme, à nouveau droite malgré l'approche de Kitai. Et en mesure de répondre à sa dernière question.

- Je.. ne saurais dire ce qu'est exactement un Onmyôji, et donc si je suis de ceux-ci. Mais il arrive qu'Itegami m'envoient des rêves, éveillés ou non. Visions d'un futur. Est-ce que c'est aussi ce que vous appelez divination ? Je suis née aveugle. Dans un groupe de bandits, voleurs, nomades d'une province plus au sud. Sans Son don, ils n'auraient jamais eu de raison de me garder, et de ne pas trop, trop m'esquinter. Je Lui dois la vie, et sûrement, mon arrivée ici, je le pense sincèrement.

Elle bougeottait un peu, assise en seiza, n'étant pas très habituée à tenir la posture très longtemps. A dire vrai, elle avait appris cette façon de s'asseoir durant le voyage avec les trois marchands, qui lui avaient donné quelques bases, pour se tenir en de tels lieux. Ou face à d'autres personnes respectables. Et si elle avait bien assimilé la façon de faire, les fourmis envahissaient ses jambes un peu trop vite à son goût. Elle préféra les ignorer pour le moment, pour continuer.

- Ce don pourrait-il être vraiment utile ici ? C'est bien ce qu'avaient dit les trois braves marchands qui m'ont guidées, sans pouvoir préciser réellement la façon, ni ce qui pourrait m'attendre.


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