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 Lorsque le passé, le présent et l'avenir s'emmêlent et s'entremêlent.

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Seiryuu Chō

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Taii

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MessageSujet: Lorsque le passé, le présent et l'avenir s'emmêlent et s'entremêlent. Lun 21 Aoû - 20:58

Pleure : les larmes sont les pétales du coeur.


    Passé et présent s’emmêlent et s’entremêlent et en ce jour où je retrouve cette femme. Je m’amuse à soulever sa chevelure. Elle bat entre mes bras protecteurs, je frappe et elle s’envole. Longue chape ténébreuse qui, en volute, tournoie tout autour de ce visage émacié. Je pose un doigt gracile et suit la ligne de son sourcil, je poursuis la longueur de ses cils faisant cligner ses paupières sous mon baiser taquin. Je découvre la rondeur abîmée de sa joue pour m’infiltrer dans sa tunique. Le corps de cette femme semble se perdre dans l’armure trop ample. Je crie contre le métal qui s’impose à ses frêles épaules. Elle ressemble à une gamine se déguisant en ce qu’elle n’est pas. Cependant, malgré son allure d’avorton et son teint pâlit, je sens la chaleur en elle que je ne retrouvais plus. Son être, malgré son aspect amaigri, palpite sous l’afflux de sang. Je prends refuge en son sein, rafraîchissant sa chair sensible. Difficilement, elle se meut. Puis-je l’aider ? Son pied bouge, sa jambe se soulève. Je la supporte discrètement afin que de ma voix elle puisse monter ces escaliers qui se présentent à elle et ainsi accéder à la maison des dieux. Et tandis qu’elle arrive au sommet, elle s’arrête. Je cesse et tombe, à l’écoute de son cœur en suspens.

    La brune au corps tatoué lève la tête vers le ciel, ferme les yeux et emplit ses poumons d’air. Elle rouvre les yeux, ses paupières se plissent sous un soleil qui se fait plus frais en ce début d’automne. Elle admire la bâtisse, se donnant peut-être le courage, craignant ce qu’elle pourrait découvrir d’elle même après son épreuve. Mais elle s’avance malgré tout et sur son chemin je reprends mon errance. Je sautille à chacun de ses pas, coups de vent taquin à ses chevilles. A son passage j’utilise les disciples de ma bien-aimée pour faire émouvoir leurs branches qui s’épanchent au-dessus d’elle. Sur la tête une pluie de pétales, ses yeux se lèvent, les volutes roses embrassent son front meurtrit, baisent ses paupières qui s’éveillent à la vie et colorient sa chevelure qui ne semble plus tant ténébreuse. Elle sourit, je suis la raison de son sourire. Puis elle arrive dans la cour et son esprit m’échappe car voici qu’elle passe à ses ablutions, d’abord ses mains qui ont perdues leur combattivité. Puis sa bouche sur laquelle je capture chaque goute une à une. J’assèche les larmes qu’elle n’ose répandre et lèche ses paumes humides dans l’attente que vienne un Kami pour lui pardonner et la bénir.



    La chute est longue et pénible, un cri lugubre se fait entendre et elle s’interroge jusqu’à ce qu’elle reconnaisse sa propre voix. Son corps n’est plus le sien, son esprit est saccagé, sa volonté assassinée par une force qui la dépasse. Le bras tendu vers le ciel qui s’éloigne d’elle, Chō s’aperçoit avec horreur que son corps s’embrase de l’intérieur. Et alors qu’elle le voit, elle le perçoit à l’intérieur de ses membres, elle le sent qui se propage, saccage et pourfend ses entrailles. Son sang devient lave et transperce sa chair par tâches et craquellements sombres.

    « Non, non, non… Gémit-elle. Pas encore, non ! »

    La peur l’envahit, une angoisse qui lui tord le ventre. La crainte que cela ne recommence et qu’à nouveau elle fasse du mal, à elle, ou à quiconque. Elle ne maîtrise plus rien, ne se maitrise plus guère. Peur de la folie, peur de ce qu’elle est vraiment, un monstre. La peur grandit et pourtant elle ne ressent pas cette colère habituelle et sa conscience est intacte. Les choses ne se déroulent pas comme la dernière fois. Cependant, malgré sa parfaite conscience elle ne peut rien contrôler. Pourtant son corps continue à se consumer et le ciel s’éloigne à une vitesse folle. Comme quittant le royaume des divins, immuable et immense. Le ciel devient ombre et Chō sent la terre s'ouvrir sous elle. L’englober et se refermer sur elle. Sa chute se poursuit, rapide et cependant incessante. Sa voix se froisse, se répercute contre les parois du rien. Le cauchemar se referme sur son subconscient et son esprit succombe.




    Je souffle sur toi, j'ondule sur tes mers, lèche tes plaines et m'enfouis dans tes forêts. Je t'enserre passionnément contre mon corps, fais chantonner les boucles à tes oreilles et raisonner les clochettes à tes pieds mais tu ne me réponds, tu ne réagis. Alors... Je me lamente à tes crevasses, j'hurle en tes lieux arides. Ma colère arrache ta chevelure et menace de te détruire pourtant je prends toujours plaisir à te soutenir. Dans un écrin délicat je porte encore ta semence et si violent je me montre, je préfère t'être doux. Je suis le Vent qui sur la Terre se fait gifle ou caresse tel un maître impérieux et comme un maître impétueux je me ris des insectes humanoïdes peuplant ma bien aimé. Je les bouscule et m’enfouis dans leur vêtement en persifleuse bourrasque pour leur rappeler qu’ils me sont soumis. Tel ce jour où je joue entre les brins des herbes hautes, les faisant siffler pour le plaisir des oreilles humaines.

    Je permets au soleil de scintiller sur leurs dorures, écartant les nuages sur la tête brune perdue au milieu de la plaine. Les petites bêtes grésillent dans les foisonnements, sous la chaleur qui se fait de plus en plus puissante après un rude hiver. Je porte leur rengaine aux oreilles de la robuste femme en armure tel des cantiques sacrés afin de lui chatouiller l’âme et la faire réagir à ma poésie. Cependant, elle demeure muette et étendue comme un être sans vie. Elle souriait pourtant il y a tout juste un instant. Se tenant fièrement debout, se tournant vers on ne sait qui, son visage noircit s’éclairant, ses sévères lèvres s’adoucissant pour m’embrasser de son rire. Vide et immuable que je suis et pourtant tous autant que vous êtes, m’entendez pleurer mon amour chaque jour. Et malgré votre ingratitude, je l’ai suivi dans sa chute, pour délicatement la déposer sur un coussin de végétation alors que le Yomi s’emparait d’elle…






Dernière édition par Seiryuu Chō le Sam 14 Oct - 17:34, édité 2 fois
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Seiryuu Ishizuka

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Taisa

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MessageSujet: Re: Lorsque le passé, le présent et l'avenir s'emmêlent et s'entremêlent. Mar 22 Aoû - 16:07

Autant en emporte le vent. Ce matin, allez savoir pourquoi, mais il soufflait fort, bien plus que d'habitude, et ce n'était pas anodin. Porteur de bien mauvaises nouvelles, il se faisait messager des victimes du Grand Sommeil. Quand un soldat de sa caserne vint l'interrompre dans un de ses entraînements matinaux, il semblait tout paniqué, comme si la mort lui était apparu. Bégayant, balbutiant quelques paroles insensées, des personnes ayant chuté et ne parvenant pas à se réveiller, un grand nombre de victimes, il ne le crut d'abord pas, c'était trop gros pour être vrai, mais lorsqu'il précisa que sa famille avait également été touchée, il s'empressa de vérifier l'état de sa soeur qui se trouvait être dans la même garnison.

A quelques pas à peine, il put l'apercevoir au loin, et elle dut l'entendre venir puisqu'à peine eut-il ouvert la bouche qu'elle se retourna vers lui. Mais la suite ne plut pas au taisa, un sourire de sa part, et son état rassuré fut aussitôt troublé par une chute de sa soeur contre le sol. Accourant vers elle, il redressa sa tête sur un de ses genoux posés au sol, puis tenta de la réveiller à sa manière... Quelques gifles plus tard, il comprit que cette méthode n'était clairement pas efficace, et à terme elle finirait par laisser des marques. Il la souleva alors du sol où elle gisait, puis il fit quérir à l'un de ses soldats de préparer une sorte d'escorte jusqu'à chez lui, où ils pourraient transporter le corps de sa soeur en position allongée. Pas question de laisser quiconque s'en occuper en dehors de lui, dans cet état de faiblesse, il pouvait se passer bien trop de choses.

Sa famille, son sang, qu'ils y touchent ! Il avait donc chevauché contre le vent, vêtu de sa tenue traditionnelle, jusqu'à son domaine où il avait fait prendre place la totalité de sa famille. Parents, frères, soeurs. En arrivant, il fut accueilli par un des serviteurs qui lui aussi était tout paniqué. Il lui expliqua que le plus grand nombre était tombé comme ça, sans crier gare, sans même une raison particulière, et que jusqu'à maintenant rien n'avait su les réveiller. Ishizuka demanda alors à ce qu'ils s'occupent de la même manière de sa soeur, qui fut donc placé avec les autres. Les "corps" inanimés mais pourtant bien en vie, avaient été transportés dans une grande pièce aménagée en une sorte de dortoir, quelques serviteurs passant leur journée à rester à leur côté, s'occupant de leur toilette et de tout autre acte nécessaire leur permettant de garder un semblant de dignité dans leur état. Descendant de sa monture, il s'empressa de les rejoindre et s'encquéra des nouvelles de chacun au près de chaque personne qui s'en occupait ou avait été présent lors de leur chute.

Pour l'heure, nul ne savait ce qui se passait, une maladie ? Pourtant il n'y avait pas de fièvre, et ils n'était pas morts non plus, alors c'était tout bonnement incompréhensible pour le moment. Le taisa ne chercha même pas à comprendre cela dit, le plus important étant de savoir qu'ils allaient bien et n'étaient pas en danger proche. Il passa plus de temps au près de sa soeur Chõ, en étant un peu plus proche que tous les autres. Une certaine forme de colère commençait à animer le corps d'Ishi, liée à l'incompréhension, prêt à se mesurer à quiconque ou quel que soit la cause de cette chose. De toute façon, que pouvait-il faire lui ? Il savait se battre, mais en dehors de ça... Alors il se contenta de les protéger tant qu'il le pouvait.

Plusieurs jours, puis des semaines, bientôt des mois s'écoulèrent sans qu'aucun ne vienne à se réveiller. Leur corps toujours en vie, commençaient à subir les aléas de ce sommeil ininterrompu. Tandis que l'espoir semblait quitter les habitants des diverses provinces touchées, ce fut sans signe avant coureur que quelques uns se mirent à émerger de cette "épidémie". La nouvelle s'était répandue comme une trainée de poudre et était parvenue jusqu'aux oreilles du taisa. Il se décida alors de passer plus de temps qu'à l'habitude auprès de sa famille. Ce qui restait incompréhensible pour lui, c'est que certains s'étaient comme réveillés, mais d'autres restaient toujours dans cette forme de sommeil. Ce n'était pas normal, pourquoi ne revenaient-ils pas tous en même temps ? Pourtant, un beau jour, les paupières de sa soeur se mirent à bouger alors qu'il semblait de son côté erreinté entre ses journée à la garnison pour assurer la stabilité au sein de la province de Boya, et ses heures maintenu éveillé auprès des siens, en quête d'un quelconque signe.

Ses yeux bougeaient, ça se voyait sous ses paupières, et bientôt il put voir ses pupilles. Faisant signe à l'un de ses gens, il attrapa la main de sa soeur et laissa le serviteur vérifier son état en silence. Les réflexes semblaient bons, elle émergeait progressivement de cette longue nuit qu'il pensait sans fin.


- "Tu t'es enfin décidée à revenir baka !"

Un marmon avec une voix plutôt chaleureuse, il était en parti satisfait de la voir reprendre "vie" progressivement, mais la partie n'était pas totalement jouée encore puisque d'autres membres de sa famille restaient encore sous ce sommeil étrange. Au moins, si tout se passait bien, ils pourront être deux pour les veiller... Mais ça, ce sera probablement une autre histoire, car avant tout il allait falloir comprendre ce qui venait de se passer. Et il était probable que les réponses allaient se trouver au temple si cela s'avérait être quelque chose de divin.
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Tachiyo Hikaru

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Yamabushi

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MessageSujet: Re: Lorsque le passé, le présent et l'avenir s'emmêlent et s'entremêlent. Sam 2 Sep - 14:52


"Alors pars" lui avait rétorqué Kareha. "Alors pars" et il partit, il ne se fit pas prier. Mais dès lors fut-il sur le départ, les étoiles héritant de l'autorité de sa belle qui ne fut plus la sienne, il l'entendit chuter, l'herbe bruisser sous sa trop fine silhouette.

"Kareha ? Kareha !"

Cinq ans de vie commune ne pouvaient se finir sans perte ni chagrin. Ainsi crut-il qu'elle s'était mise dans tous ses états à la nouvelle si abrupte de son départ, rendue fragile à cause de son ascétisme. Ils n'avaient pourtant jamais été ensemble et jamais elle n'avait eu besoin de lui, laissant en son cœur un vide insondable et douloureux. Cependant, quand il accourut vers elle pour la soulever et la mener à sa paillasse, il se rendit compte de l'inconcevable...

Dès lors et pour trois jours, il la porta sur son dos et traversa précautionneusement les bois en quête du temple Kaigen. Elle était un poids mort mais ne l'accabla d'aucune charge. Tout chez elle était squelettique et sincèrement, il pensait qu'elle ne lui reviendrait jamais. De temps à autres, une libellule marchait sur les lèvres fines et abîmées de la sorcière avant de s'envoler de nouveau à la moindre secousse. Etait-ce son âme qui disparaissait un peu plus à chaque instant ?

Sa flamme intérieure qui la différenciait des cadavres s'était dérobée -Hikaru s'en était aperçu au petit matin-, son corps restait un charbon mort, ce même consommable qu'il s'apprêtait à donner au feu puis à la terre. Au fond de lui, sous sa tristesse, il comprenait que cette fin était sans doute celle qu'elle avait toujours attendue. La fin de la souffrance et de son combat pour rester vivante et adorer les dieux et les esprits, attendant que l'un d'entre eux la gratifie de ses forces. A la lisière de la mort, la tutoyer en faisant fi de son attraction indéniable et de toutes les pertes terrestres. Elle n'avait d'ailleurs plus rien à perdre que sa propre vie qui importait peu en réalité. Itako sublime, elle avait trouvé sa voie.

Il aurait pu s'y attendre pourtant. Dans ses rêves, il avait vu la moitié des étoiles s'éteindre et plonger dans l'ombre le monde, un grand éclair les avaient embrasées toutes et tout d'un coup pour finalement les mener à l'obscurité. S'il ne comprenait pas encore pourquoi elles avait été tant nombreuses à chuter, il savait que l'une d'elles était Kareha...depuis lors, il arpentait les bois, troublé.

Le soir du deuxième jour, sur une ancienne route qui avait soudainement recouvré vie, la haute silhouette de Kaigen dominait monts et forêts.
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Seiryuu Chō

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Taii

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MessageSujet: Re: Lorsque le passé, le présent et l'avenir s'emmêlent et s'entremêlent. Sam 14 Oct - 18:38

"Rien ne donne tant de courage que la peur."


    J’abaisse mes mains dont la vue me fait souffrir. Mes poignets, devenus fragiles, ne peuvent plus supporter le poids d’un sabre. Je suis l’image même de la honte, je me fais honte… Peut-être devrais-je en finir ? Je sais que je me bute à moi-même, qu’un jour cette combattivité qui fait de moi une Seiryuu du Clan Setsu me perdra. Car je souhaite vivre ! Je veux vivre ! Je veux danser à nouveau sur les champs de batailles, verser mon sang pas loyauté ou par ambition, qu’importe ! J’aimes tuer, oui. Ôter la vie de celui qui me fait barrage, sentir ma lame glisser dans sa chair comme un fil tirant sa vie jusqu’à moi. Où est l’horreur ? Je ne souhaite la mort de quiconque, ne désire en rien la souffrance de personne, pas même de mon ennemi en fait… Mais ne nous leurrons point. Un véritable guerrier peut chérir la paix et la vie mais la mort fera toujours partie de lui. Telle une amie inconsolable mais fidèle, qui entre nos mains a remis son autorité suprême. J’aime lui obéir et savoir que mon bras lui est efficace. Alors oui, j’aime tuer et il ce serait pour moi un honneur que de m’allonger dans les bras de mon amie la mort, mais seulement si elle me les tend sur la terre assombrie de la guerre.

    Pour ce jour, c’est la vie qui fait ma fortune et j’ai décidé d’aller vers elle. Il parait que je dois être délivrée. De quoi ? Je ne sais… C’est pour cette liberté que j’ai mené ici mes pas, que je me suis soumise aux ablutions nécessaires mais voici, je n’ose aller au-devant de l’inconnu. Les temples, je ne les fréquente que lorsque cela est nécessaire. Peut-être est-ce à cause de la noirceur de mon âme, mais je ne m’y sens guère en paix, ni avec moi-même, ni avec mes ancêtres. Je dresse le menton, mes mains son sèches. Je sens le vent autour de moi caresser ma chair sensible. Comme un encourage, je le sens se presser dans mon dos, tout contre mes reins, alors j’avance. Le soleil brille bien qu’il manque de chaleur. C’est un beau jour pour vivre en fait, alors j’avance. Le bruit de la source, celui des feuilles bruissant au-dessus de moi, le murmure des chants religieux… Oui, c’est un beau jour pour vivre, alors je souris. Une personne sort justement de la bâtisse alors que j’arrive à son entrée, je m’approche d’un pas léger, mes lèvres assouplies par le bien être qui m’emplie soudain.

      « Je vous salue Dono. Je suis un simple samurai perdu, pouvez-vous m’aider ? J’ai connu l’enfermement du Yomi et on m’a conseillé de venir ici suite à mon réveil. Je ne sais où aller ni à qui me présenter… »


    Mon corps s’est baissé, plié de soumission par le respect que je veux exprimer alors que je salue l’étranger, que je me présente à lui et lui présente ma requête. Mon corps est tiraillé dans cette position, mes articulations ne rechignent à me répondre promptement, j’apprécie de le soumettre à cette sévérité, de le pousser à s’éveiller. Ma voix est plus douce qu’elle ne l’a jamais été. Des mots me viennent, des sentiments étranges aussi… Je dois admettre que quelque chose a changé. Ce n’est pas là de la grâce, ni de la féminité. Plutôt une réflexion qui me fait peser chacun de mes paroles. Je pense comme jamais je ne l’ai fait auparavant. Peut-être est-ce d’avoir communiqué avec la mort elle-même.


    « Laisse-moi partir. »

    Un rire éclabousse le néant. Je pleure du sang.

    « Laisse-moi partir ! »

    Elle ricane en guise de réponse. Je crie plus fort.

    « LAISSE-MOI PARTIR ! »



    Mes yeux s’ouvrent sur la voix qui m’a tiré du sommeil. Ma main se lève de ma couche jusqu’à son visage et de mes doigts, je suis le contour de sa mâchoire.

      « I…shh.. »


    Je n’arrive pas à prononcer son nom. J’ai mal. Dans ma gorge, dans ma tête, dans mon thorax… Mon âme est profondément blessée. Mes paupières sont lourdes, tellement lourdes ! Je souffre de les tenir ouvertes mais il est hors de question de repartir ! Je tourne ma tête, difficilement, pour le voir mieux mais c’est flou. Je reconnais son odeur, l’ensemble de sa tenue, la rugosité de sa peau. Mes doigts caressent sa barbe naissante, frôle sa bouche avant que mon bras ne retombe lourdement. Mes sourcils se froncent et enfin mes yeux trouvent la source pour laisser couler ma douleur. Des larmes s’écoulent les unes après les autres et m’étouffent tant ma respiration est difficile. Je n’arrive pas à parler, des sons m’échappent, je ne suis que douleur, faiblesse et honte.

      « O… O… Où… ssssu…j… ? »


    Je tente de demander. J’essaie de me relever. Tout tourne, j’ai la nausée pourtant j’ai faim ! Je pleure et je grogne. Je n’arrive pas même à éloigner ma nuque de plus de quelques centimètres de l’oreiller. Je n’entends guère plus qu’un brouhaha. Mes mains tâtent avec frénésie les draps autour de moi. Je ne me pose pas encore de question sur ce qui m’est arrivé. Je ne comprends pas pourquoi mon corps ne m’obéit pas ni pourquoi mon frère me regarde ainsi, d’ailleurs pourquoi est-il là à me regarder ? Oh et puis j’abandonne… Je veux à nouveau dormir. Ma tête balance, mes paupières faiblissent. Je tends à nouveau ma main vers mon Ishizuka, sa voix… Elle me revient comme un lent et vieux souvenir et je me souviens du noir, de la terreur et de la mort alors je rouvre les yeux pour ne pas céder à nouveau.

      « Ppp… Peur ! Réussis-je à sortir comme un crie pour moi qui explose dans mon crâne. »




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Seiryuu Ishizuka

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Taisa

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MessageSujet: Re: Lorsque le passé, le présent et l'avenir s'emmêlent et s'entremêlent. Mer 1 Nov - 18:05

Sa jeune soeur réagit tant bien que mal dans ses "premiers pas" après son réveil. Elle était encore faible, avait besoin d'un soutien certain et ses mots n'étaient pas encore totalement formulé. Il posa la paume de sa main sur son front pour la maintenir avec une certaine douceur allongée le temps que le serviteur fasse son inspection. C'est qu'il avait un peu de mal à cacher certaines émotions, c'était une chose nouvelle pour lui bien qu'il ait toujours gardé cet espoir au fond de lui. La voir yeux ouverts, tentant de parler tant bien que mal, lui faisait un bien fou. Il s'était fait du mouron pour elle et il avait encore toutes ces interrogations qui se cumulaient dans sa tête.

- "Chhhhht.... Tout va bien. Tu es à la maison."

Il voyait bien qu'elle n'était pas encore tout à fait remise de ce long sommeil. Ses efforts pour se relever ou pour parler était vains, il allait lui falloir du temps avant de se remettre à oeuvrer comme elle le faisait auparavant. Il ne voulait pas voir ses paupières se refermer, c'était quelque chose d'impensable pour lui, alors dès qu'il sentait une forme de faiblesse, dès que son regard se faisait plus vague, il la secouait quelque peu pour la maintenir éveillée. C'est seulement à peine quelques minutes après son réveil qu'elle se mit à crier, ou plutôt à parler plus fort que ce qu'elle avait fait depuis qu'elle avait les yeux ouverts. Peur ? Mais peur de quoi ? Que c'était frustrant de se sentir impuissant ou de ne pas pouvoir comprendre la raison de ce qui se passait autour de soi !

Il attrapa sa soeur par les épaules et la redressa pour la prendre dans ses bras un moment. Il connaissait ses petits "problèmes" qui s'étaient révélés avec ses pouvoirs, était ce de cela qu'elle avait peur ? Il la serra un instant en massant sa nuque comme il le faisait lorsqu'elle était bien plus jeune, puis il reprit d'un ton calme et tranquille.


- "Tu ne crains plus rien ici. Je veille sur toi."

Il se décala légèrement en arrière pour plonger son regard dans le sien et lui demanda donc.

- "As tu faim ? Soif ?"

Des questions toutes simples, mais qui n'étaient là que pour qu'elle puisse reprendre des forces. Il ne chercha pas à lui poser des questions sur ce qu'elle avait vécu tout de suite, il attendra bien quelques jours avant de pouvoir le faire. Ce ne devait certainement pas être la chose à faire tout de suite pour lui éviter de se remémorer ces instants difficiles, si tant est qu'elle pouvait se les remémorer. Là, la seule chose qui l'importait pour lui c'était de la remettre sur pied afin qu'ils puissent se rendre au temple et voir directement avec ceux s'y trouvant pour trouver les bonnes réponses à leurs questions.

Les jours, les semaines s'écoulèrent et sa jeune soeur parvint à retrouver ses pleines capacités ainsi que son ton normal, elle n'avait plus cet air cadavérique, cette finesse bien trop marquée par le manque d'alimentation, non elle s'était enfin de nouveau étoffée et avait même pu reprendre ses entraînements depuis peu. Ce jour là, elle s'était décidé à se rendre au temple, dans la région d'Hibana pour enfin pouvoir trouver toutes ces réponses aux questions qui s'étaient multipliées jusqu'à aujourd'hui. Ishizuka ne l'avait point accompagnée directement, il avait eu des choses à faire avec la garnison de Boya qu'il devait gérer entièrement, mais dès qu'il eut l'occasion, il s'équipa de sa monture pour la rejoindre. Il tenait à être présent pour la soutenir, tel qu'il l'avait fait durant son sommeil.

Sa famille en était finalement sorti, il n'y avait donc plus d'inquiétude à avoir, si ce n'est qu'une nouvelle vague d'endormissement fasse son apparition en Yokuni. C'est donc une heure ou deux avant le coucher du soleil qu'il arriva devant les marches qui menaient au temple. Elle devait certainement déjà s'y trouver, c'est ainsi qu'il attacha son cheval et gravit droitement les échelons jusqu'à l'entrée de la grande bâtisse. Lorsqu'un homme sortit du temple à sa rencontre, il s'exprima distinctement.


- "Ma jeune soeur est ici. Je viens la retrouver. Il s'agit de Seiryuu Chõ, elle a connu ce que l'on appelle l'enfermement du Yomi. Savez vous où je peux la trouver ?"

Il s'était par la suite incliné légèrement en signe de respect pour ce représentant du temple, espérant qu'il saura lui répondre à ses questionnements et le guider jusqu'à sa soeur.
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Tachiyo Hikaru

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Yamabushi

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MessageSujet: Re: Lorsque le passé, le présent et l'avenir s'emmêlent et s'entremêlent. Mar 14 Nov - 14:22


Un fleuve de morts se présentaient à lui, qui n’avaient plus d’âmes. Le Sanzu s’incarnait là alors qu’il allait pour s’y confondre, poussé par le dernier souffle d’une amie qui avait tant fait pour lui. Il revenait souvent à Kaigen mais jamais, ô grand jamais n’avait-il vu sa route tant pleine de vivants qui fuyaient la mort, leurs yeux pareils à ceux d’animaux affolés pour eux ou pour les autres. Chacun tirant fille ou fils, frère ou sœur, mari ou épouse, mère, père sans cœur, sans souffle, déjà malades de ces maux qui pourtant lui avaient paru bien mystérieux. Et toujours, toujours, cette absence de flamme qui pour la première fois le mit au supplice.

Le corps sans vie de Kareha venait de gagner plusieurs dizaines de livres sur ses épaules pourtant épaisses. Quand bien même la conduisait-il au temple Kaigen, allait-elle revenir ? Serait-ce pour un rétablissement...ou des funérailles ?

Une lune passa, des plus obscures et soudain, les flammes reparurent. Hikaru fut le premier à s’apercevoir du réveil de quelques uns des patients de Kaigen. Leurs flammes étaient petites et faibles, elles vacillaient avec tellement, tellement de facilité, mais est-ce que cela importait ? Ils étaient en vie. Pourtant, le corps de Kareha restait froid.

Une lune passa, chaque nuit les éveillés devenaient plus nombreux mais certains aimaient trop la mort pour en être séparés. Ils n’eurent que le temps de prononcer leurs derniers adieux avant de retrouver les limbes noires du Yomi. Kareha, Kareha, Itako en mal d’esprit, serais-tu de ceux-là ?

Une lune passa, noire. Davantage envahie par la fumée qu’illuminée par les flammes. Depuis trois mois, le temple Kaigen ne désemplit pas et on empilait les cadavres que les familles avaient abandonné. Parfois, rarement, un endormi se levait en délire, des cornes ou des serres lui ayant poussés et les Sohei et certains onmyoji partaient le chasser. Kareha n’était toujours pas levée.


La souillure, la corruption, l’immondice, la flétrissure sale, puante, obsédante...Ils avaient laissé partir plusieurs hommes et femmes abîmés par la mort, mais que pouvaient-ils faire ? Yokuni courrait à sa perte ! Le Yomi s’était propagé partout, avait gagné toutes les strates de l’humanité. Un nouveau joug Yokaï était en route. Lorsqu’il sut cela, lorsqu’il en reconnut le risque, Hikaru courut vers Kareha, glissa à genoux à son chevet. Elle ne pourrait plus revenir, il ne la laisserait pas marcher corrompue, étendre au monde ce qui la retenait prisonnière !

Une fumée aussi noire que la nuit étouffait son étincelle qu’il voulait sauver. Alors pris d’un ultime sentiment de détresse, il frictionna ses mains ensemble jusqu’à en souffrir et apposa celles-ci sur la peau blanche de la jeune femme...Cinq minutes furent suffisantes pour écarter une grande part de la souillure, une heure fut l’escalade de son impuissance. Sous la corruption, pas une lueur, pas une braise, même pas une étincelle...RIEN. Kareha était perdue, corps, âme et biens.

*

Peu après, les anciens patients reparurent, qu’il fallut purifier. Pas un n’avait réussi à se débarrasser de la saleté qui les gardaient en otage. On parlait de folie, instantanée ou continue, on parlait de dépression, de maladie, de malédiction. Aucun de ceux-là ne sauraient être guéris en un jour. Et les paumes d’Hikaru, miracles de résilience étaient rudement mises à contribution si bien qu’elles étaient rouges et pelaient en permanence.

Ce jour-là, pris d’une bouffée de chaleur, il se risqua au dehors frais du temple. Ses pas lourds de fatigue n’avaient pas quitté le bois de la véranda qu’une nouvelle patiente se présenta à lui, couturée de plusieurs tatouages. Cependant ce ne fut pas cela qui valut à la jeune femme la figure surprise d’Hikaru. Amer, bien amer, celui-ci se retourna, esquissa un geste discret pour l’inviter à rentrer et ne put qu’articuler comme pour lui-même :

«L-la sou-souillure…!»

Qu’avait-elle fait dans sa vie qui lui en valait tant ?

Il referma l'écran derrière elle, réprimant un grondement de douleur du fait de la pression qu'il fit exercer à sa poigne. De terribles sensations de brûlures lui grimpèrent les bras et il était parti pour les ressentir de longues minutes encore.

Derrière lui, alors qu'il avait le dos tourné, l'onna-bugeisha devenait spectatrice de la scène qui se présenta alors à elle. L'immense salle de réception avait été aménagé en dortoir où les religieux s'occupaient encore des endormis. Là, une famille pleurait le dernier souffle d'un corps allongé, ici, une miko changeait un vieil inanimé. Il y eut aussi le réveil d'un d'entre eux, subit, éprouvant à la lueur des flammes.

Lorsque Hikaru annonça une nouvelle venue à Kaigen auprès d'une vieille femme aveugle alors agenouillée en prière, celle-ci marcha vers la jeune fille, ses yeux blancs exorbités d'inquiétude, lui prit les mains et lui souffla :

"Il faut vous purger !"


*

Bien plus tard, il fit face à son frère auquel il rendit un regard sévère. Ce n’était pourtant pas à lui de juger les autres, mais depuis la mort de Kareha ses émotions étaient comme exacerbées. Sa voix bien échauffée déjà -il en allait pour le bien de Yokuni- et ses phrases tranchantes quand bien même sa langue était toujours aussi malhabile, il l’invita comme elle plus tôt à intégrer Kaigen et souffla :

«J-Je crains avoir une terrible…nou-nouvelle...à vous annoncer.»

Il s’apprêtait à répéter les phrases qu’il eut pour sa soeur, ces mêmes phrases qu’il avait répété à d’autres et qu’il répètera demain. Mais les graines de la sédition germaient malheureusement davantage dans le coeur d’aujourd’hui. Il murmura comme s’il n’en était pas certain alors qu’il était animé de tout l’inverse :

«Vou-vous avez eu raison...de vous présenter rapidement ici. Hikaru...c’est mon nom.»
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MessageSujet: Re: Lorsque le passé, le présent et l'avenir s'emmêlent et s'entremêlent.

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Lorsque le passé, le présent et l'avenir s'emmêlent et s'entremêlent.

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