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 Le temps en suspens

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Okaruto no Momo

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Kannushi

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MessageSujet: Le temps en suspens 9/30/2017, 17:29

- Automne 41, temple Meisou -

L’air se rafraîchissait de jours en jours à Eiichiro. L’automne était désormais bien installé et les fines pluies se faisaient de plus en plus fréquentes. Assise près des écuries, Momo écoutait l’averse tomber, et à chaque goutte qui touchait le sol, elle s’émerveillait un peu plus de tous les délicats sons que la nature pouvait faire parvenir à ses oreilles. Un souffle chaud vint soudain lui chatouiller la nuque. Elle porta doucement sa main sur la paire de naseaux indiscrets qui troublaient son repos et caressa la tête de son cheval préféré, dont la robe était devenue plus épaisse en réaction à l’hiver qui ne tarderait pas à se montrer.
Elle se leva difficilement en prenant appui sur les murs de l’écurie. Profitant de l’occasion, Hai donna un léger coup de museau dans la chevelure décolorée, réclamant son repas du matin. Momo lui lança une grimace réprobatrice, versant quand même l’intégralité de son seau entre les pattes drues de son ami. Il se détourna presque immédiatement de sa maîtresse pour focaliser toute son attention sur sa nourriture. Momo flatta l’encolure de Hai une dernière fois, remit sa crinière en ordre, et s’écarta pour nourrir les autres pensionnaires des écuries. Momo se chargeait rarement des tâches liées au nettoyage, et préférait largement s’occuper des animaux et du jardin. Le plus souvent, on lui laissait le choix à cause de ses yeux et de sa faible constitution. Elle n’était pas sure de savoir si c’était une bonne chose ou pas, mais elle ne se posait que rarement la question.

Le temple massif était encore enveloppé dans cet air humide et cette pluie qui ne semblait pas vouloir s’arrêter, alors Momo traversa rapidement les écuries pour se mettre à l’abri. Elle s’essuya rapidement des vêtements, et une fois presque secs, elle se dirigea vers la fontaine. Elle se rinça la main gauche, puis la droite, et enfin la bouche. Simple rituel de purification, la jeune fille le faisait souvent. Elle s’essuya doucement et au lieu d’aller prier avec les autres, elle se dirigea vers la salle d’entraînement. Il était rare qu’elle se batte réellement, mais elle voulait toujours être prête. Elle n’était pas particulièrement douée, mais les exercices lui permettaient d’accroître encore plus ses sens et sa précision, et d’entretenir son corps. Bien qu’elle donnait toujours l’impression d’être sur le point de se briser en deux au moindre coup de vent trop violent, sa condition s’était en réalité vraiment améliorée depuis qu’elle s’entraînait régulièrement.
La salle était vide et silencieuse. A cette heure-ci, la plupart des gens du temple s’occupaient de leurs tâches ou priaient. Mais Momo prenait soin d’éviter les foules, et même s’il n’y avait jamais vraiment tant de monde que ça, elle se sentait toujours mieux seule et s’arrangeait pour faire le plus de choses au moment où elle était certaine que d’autres n’y serait pas. Elle resserra sa ceinture et s’empara d’un des bâtons d’entraînement laissés à disposition, ayant laissé le sien dans ses quartiers. Momo se mit en garde, face à son ennemi invisible. Elle était souple et légère sur ses fragiles jambes, comme toujours. Ses pieds rebondissaient sur le sol et elle pouvait enchaîner les mouvements avec une agilité peu commune. Elle s’arrêta brusquement pour reprendre son souffle. Comme toujours. Le moindre effort, la moindre action continue, tout ce qui pourrait pousser son corps à être un peu plus résistant, tout ça finissait par lui brûler les poumons et lui lacérer la poitrine au point que chaque inspiration était plus difficile et plus douloureuse que la précédente.

Elle se laissa tomber sur le sol, et attendit que son rythme cardiaque se calme. Elle avait beau faire l’effort, certaines personnes ne devaient juste pas être faites pour ça. Elle se força à respirer de grandes bouffées d’air, et la douleur finit par s’évanouir au fil de ses inspirations. Toujours allongée sur le sol, elle pensa à ses muscles endoloris, à ses forces qui la quittaient à chaque mouvement, à sa tête qui cessait de penser dès qu’elle forçait un peu trop. C’était comme si son corps tout entier lui refusait l’effort physique, peu importe la volonté qu’elle y mettait.

Elle fut interrompue soudainement par la voix sautillante et enjouée d’une autre Miko du temple.

« Momo ? »

L’intéressée tourna la tête, et s’appuya sur ses coudes pour relever le haut de son corps. Elle se replia sur elle-même et se dressa sur ses jambes, encore un peu tremblotantes.

« Tout va bien, Momo ? »
demanda l’autre fille, dont elle pouvait deviner l’expression inquiète et les traits tirés.

Momo lissa les plis de son hakama et passa une main dans ses cheveux. Elle fit quelques pas pour reposer le bâton là où elle l’avait trouvé. Essayant de retrouver une contenance, elle toussa et coinça ses mèches rebelles derrières ses oreilles. Elle prit une grande inspiration.

« Oui, excuse-moi. Tu voulais me parler ? »


La Miko la regarda l’air perplexe, et continua en souriant.

« Nous avons un visiteur, j’ai pensé que tu étais la mieux placée pour l’accueillir. »

L’accueil des voyageurs et des pèlerins, Momo ne s’en occupait presque jamais. Le peu de fois où elle l’avait déjà fait, c’était quand ils avaient besoin d’une prêtresse de Kasugami particulièrement, parce qu’elle était la seule ici. Autant dire que c’était plutôt rare, puisque ce temple était situé dans les terres  Eiichiro, même si le culte se partageait équitablement pour la déesse créatrice et Kazegami.

« Oh… Je vois, merci de m’avoir prévenue. J’y vais tout de suite. » Momo piqua un fard, et lui avait répondu presque en chuchotant.

Elle devina le sourire de la jeune femme en face d’elle, qui tourna les talons et s’en retourna à ses activités.

L’esprit de Momo était en ébullition et son cœur ratait un battement sur deux. Elle tripotait nerveusement les plis de son hakama tandis qu’elle essuyait les quelques gouttes de sueurs qui perlaient encore sur son front, et s’assura d’être présentable. C’était forcément quelqu’un d’Okaruto. Peut-être sa porte de sortie, ou peut-être son arrêt de mort. Prendre contact avec quelqu’un de sa terre natale la mettait à la fois dans un état d’anxiété peu commun, mais la remplissait également d’un bonheur incroyable. Le pays lui manquait, les gens de ce pays lui manquaient aussi. Les odeurs et les sons lui manquaient. Elle était évidemment bien traitée ici, à Eiichiro, mais elle ne s’y sentait ni bien, ni à sa place. L’idée de pouvoir avoir à nouveau un contact avec l’endroit d’où elle venait suffisait à la rendre plus exaltée que jamais.

Non sans une certaine appréhension, Momo se dirigea lentement vers l’entrée du temple. Elle passa une nouvelle fois une main dans ses cheveux et glissa ses insoumises mèches derrière ses oreilles. Chacun de ses pas libérait ses sauvages épis, mais elle n’abandonnait pourtant pas. Elle voulait être présentable pour accueillir le mystérieux visiteur. Sa frange trop longue se soulevait au rythme de son souffle rapide, et elle accéléra la foulée. On ne faisait pas attendre quelqu’un de si important.


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MessageSujet: Re: Le temps en suspens 10/10/2017, 23:29


Une cacophonie de douze sabots claqua en lenteur sur les derniers pavés qui liaient Kaze au temple Meisou.

"Bon, ça ira, maintenant..." Comme pour manifester son agacement, Riyu descendit promptement de sa monture avant de poursuivre sur un ton aussi sec : "Partez. L'armée a besoin de vous."

"Mais...Riyu-taisho ! Que dira Daiyuki-Taisa quand l'on reviendra sans vous ?!"

Elle roula des yeux. Toujours à faire son gamin celui-là... En effet, le Taii Koda Junpei continuait de la narguer avec un plaisir certain. Elle avait pourtant appris à apprécier son infatigable entrain mais ces jours-ci, la fatigue entamait déjà ses nerfs ce que son officier n'avait pas l'air de comprendre.

"C'est vrai, il était tellement inquiet de votre sort lorsque vous étiez à Asagiri ! Et si en colère que vous l'ayez laissé que personne n'osait l'approcher ! Si vous saviez, il..."

Misao Izaki frappa la croupe de celui qui transportait son compagnon de toujours, achevant par la même l'embarras qui naissait sur les joues de Riyu. Le canasson s'enfuit au triple galop, entraînant son idiot de maître au loin malgré la fatigue de ces jours à voyager sous la pluie. "Hé, c'est pas du jeu !" protesta-t-il alors que l'autre retrouvait son assiette.

"Merci, Izaki."
"De rien, Taisho. Faites seulement en sorte de nous revenir rapidement et un peu plus en forme."

S'en suivirent des salutations informels entre amis avant que Riyu ne se risque enfin dans la périphérie du temple Meisou. Elle confia sa monture piaffant et suant à un sohei avant de gravir la centaine de marches qui la séparait du Torii, immense portail rouge qui marquait l'entrée du temple. Puis, s'efforça de se laver de tous menus soucis qui n'avaient pas rapport avec ce pourquoi elle était là aujourd'hui en procédant à ses ablutions.

Petite et maigre, silencieuse, les cheveux en bataille et le hakama plein de la poussière, elle ressemblait à toutes ses femmes en fuite venues chercher asile au temple, si l'on oubliait la richesse de ses vêtements, ses dorures marquant son rang et les sabres à sa ceinture, témoignages tapageurs de la caste des samouraïs. Tout deux scellés et impossibles à dégainer heureusement. Un mon violet sur sa poitrine qu'elle avait pris soin de couvrir convenablement indiquait Okaruto. L'autre côté : Kasuga.

Elle se présenta ainsi, encore emmitouflée dans sa tenue d'apparat qu'elle avait présenté quelques jours avant au Taisho du clan lors de leur première rencontre. Si la noblesse de ses frusques pouvait gêner dans un lieu si pieux où seule la dévotion aux Kami comptait, personne ne vint lui faire la remarque. Au contraire, elle fut de suite accueillie malgré les temps troublés et demanda tout d'abord la Kannushi Iwako Hisae. Lorsqu'on lui annonça qu'elle était occupée au loin, Riyu ravala la boule d'orgueil qui l'avait suivie depuis Kaze et lui brûlait la gorge, et demanda plutôt de parler à une Miko Okaruto. Okaruto, car ce qu'elle avait à dire était confidentiel, même personnel et aucun Eiichiro n'avait à souffrir de l'écouter. On courut l'annoncer.

Elle n'était pas habituée à tant d'hospitalité, ni d'humilité de sa propre part à vrai dire. Cependant elle appréciait le calme et la quiétude de ces lieux sacrés et le temple Meisou forçait au respect. Il était aussi chargé de souvenirs pour Riyu. Ce fut ici qu'elle perdit son grand-père petite, ce fut ici qu'elle avait enterré son âme de petite fille et avait débuté d'être ce qu'elle était aujourd'hui. Pour tout cela et les âmes qui habitaient ce lieu de savoir, de religion et de discrétion, elle avait un respect profond qui la contraignait à l'humilité jusqu'à taire son rang.

Lorsqu'elle se retourna, arrachant sa vue borgne à la pluie sur les feuilles d'un arbre, à l'oiseau trop content de prendre son bain, elle découvrit une jeune fille comme la tige d'un roseau qu'elle espérait tout de même plus solide et à laquelle elle réserva une profonde inclinaison.

"Enchantée de faire votre connaissance, miko-chan. Je me nomme Kasuga Riyu, je voudrais m'entretenir auprès de vous d'un sujet préoccupant et personnel."
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Okaruto no Momo

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MessageSujet: Re: Le temps en suspens 10/17/2017, 17:34

Cherchant encore à replacer ses rebelles mèches, Momo s’approcha de l’invitée en quelques pas incertains. A peine arrivée et même pas essoufflée, elle sentit qu’elle avait affaire à une femme impressionnante, qui s’inclina alors très respectueusement. Elle n’avait pas l’habitude de tant d’égards et se sentit assez gênée. Personne ne saluait Momo comme ça, la plupart des gens lui signalait leur présence oralement. Mais personne se savait qu’elle pouvait percevoir quand les gens s’inclinaient devant elle, alors elle ne leur en voulait pas le moins du monde. Les choses étaient juste comme elles étaient supposées être.

« Enchantée de faire votre connaissance, miko-chan. Je me nomme Kasuga Riyu, je voudrais m'entretenir auprès de vous d'un sujet préoccupant et personnel. »

Malgré la légère appréhension pourtant évidente dans la voix de la femme qui se tenait devant elle, Momo sut immédiatement que ce n’était pas quelqu’un qui acceptait non pour réponse. Pas qu’elle eut une quelconque envie de lui refuser quoique ce soit, loin de là ; elle avait même toujours une certaine compassion pour ces âmes guerrières qui semblaient venir chercher la paix ou le renouveau au temple.
La jeune fille se concentra quelques secondes et put découvrir une femme plutôt petite et presque aussi maigre qu’elle – si c’était possible. Elle percevait la silhouette, les mouvements et l’énergie vacillante qui émanait d’elle. Elle entendait le frottement des vêtements entre eux, les cliquetis des parties métalliques de sa tenue et le souffle calme qui soulevait sa poitrine. Elle sentait la poussière, l’odeur de la sueur, du cuir et des chevaux. Momo en déduisit facilement que la femme avait voyagé, et qu’elle portait les même vêtements depuis quelques temps maintenant. Elle fut incapable de deviner précisément son age ou son rang, mais elle avait compris assez vite que la femme était plus vieille qu’elle, et probablement habituée à donner des ordres. Ce n’était surement pas la première fois qu’elle devait se présenter ici, Momo ne décelait aucune gêne ou curiosité dans son attitude, qui étaient de fréquentes réactions chez les nouveaux venus. Si elle avait pu voir les insignes que la femme portait sur ses vêtements, son manque d’éducation concernant l’histoire d’Okaruto et les clans ne lui aurait de toute façon pas permis d’en savoir beaucoup plus sur son invitée.
Il y avait beaucoup d’assurance dans ce qu’elle dégageait, une sorte d’aura qui murmurait beaucoup de choses aux fines oreilles de la miko. Tout dans sa silhouette, dans ses légers mouvements et dans son allure piquait la curiosité de Momo ; notamment cet œil vide qu’elle avait rapidement repéré, une chose qu’elle ne connaissait que trop bien pour pouvoir l’ignorer. Elle se doutait qu’il s’agissait d’une personne importante, mais le lien invisible qui la rapprochait de cette femme qui venait du même endroit qu’elle l’empêchait de la considérer avec la distance habituelle. Elle s’était sentie proche de cette personne à la seconde où elle avait été dans son champ de perception. Mais était-ce seulement une question de clan, une histoire d’infirmité physique ou une affaire de Kami ? Que ce soit l’un ou l’autre, Momo savait très bien, au fond d’elle, qu’une intuition comme celle là n’était jamais anodine.
Alors, quelles histoires cette femme borgne d’Okaruto avait-elle à raconter ?

S’apercevant qu’aux yeux de la nouvelle venue, elle devait probablement se tenir immobile et silencieuse depuis quelques instants, elle se reprit avec empressement et entreprit de corriger rapidement son attitude. La dernière chose que Momo aurait souhaité en cet instant, c’était bien de s’attirer les foudres de son interlocutrice. Elle n’avait que peu de considération pour les rangs, les titres et la hiérarchie, mais la politesse et le respect envers tous étaient des choses auxquelles elle tenait beaucoup. Pour elle, plus qu’une preuve d’humilité, c’était aussi un moyen d’accorder sa confiance aux gens. Allez savoir pourquoi.
Elle essayait de se rappeler de toutes les formulations, de tous les codes sociaux qu’elle avait pu apprendre ici et qui auraient pu rattraper son manque d’éducation, mais rien ne daigna venir jusqu’à son esprit. Rien d’assez bien, seulement des choses oubliables et éphémères. Prise de court, elle improvisa et fit de son mieux avec sa petite voix mal assurée.

« Soyez la bienvenue, Kasuga-dono. »


Elle s’inclina à son tour devant l’impressionnante invitée, peinant à cacher son mélange d’appréhension et d’entrain. Les sentiments se bousculaient et Momo, d’ordinaire si taciturne et calme, ne savait plus où donner de la tête. Elle avait soudainement tant à dire et à penser. Elle remercia silencieusement Kasugami de lui avoir donné un visage si peu expressif, sans quoi elle serait probablement déjà passée par une quantité assez impressionnante de mimiques ridicules. Elle sentait son cœur se réchauffer rien qu’à l’idée de pouvoir compter pour quelqu’un, de pouvoir aider et être utile. En se redressant, ses mèches sauvages vinrent s’emmêler devant son visage et elle tenta fébrilement de les coincer encore une fois derrière ses oreilles en poussant précipitamment sa longue frange de ses yeux éteints.

« Je serais honorée de pouvoir vous aider de quelque façon que ce soit, tout restera entre vous et moi. N’ayez aucune crainte ni aucune hâte, vous êtes ici chez vous et vous pouvez rester aussi longtemps que vous le désirez. » dit-elle d’une traite.

Elle avait fait de son mieux pour mettre toute la bienveillance dont elle était capable dans ces mots, mais Momo était plus réputée pour sa froide franchise que pour sa gentillesse ou sa compassion. Elle avait peur de sonner faux. Peu importe ce qu’elle disait, elle avait toujours peur de sonner faux. Elle était toujours tellement plus à l’aise à écouter et à agir qu’à parler, qu’elle semblait avoir oublié comment faire.
Momo avait tout un tas de questions mais ne voulait pas la brusquer. S’ouvrir comme ça, venir au temple, tout ça était quelque chose de difficile pour la plupart des gens ; il fallait du temps et de la confiance pour retrouver sa paix intérieure et sa santé. Elle était avant tout là pour l’aider et non pas pour se satisfaire elle-même, et l’invitée avait probablement des choses plus importantes à lui dire que lui raconter les histoires et aventures d’Okaruto pour satisfaire son besoin de s’évader de ce mal du pays qui la rongeait jours après jours.

Elle mit de côté ses émotions troubles pour proposer à l’invitée de déposer ses effets et de se changer avant de commencer. Après tout, la femme semblait avoir beaucoup voyagé pour venir jusqu’ici et elle souhaitait que Kasuga se sente à l’aise pour lui parler. Elle voulait qu’elle se sente comme chez elle, aussi longtemps que le besoin s’en ferait sentir. Compenser cet accueil qu’elle-même avait eu tant de mal à vivre était à la fois difficile et, bizarrement, chose aisée également. Aisée parce que Momo voulait sincèrement que cette femme se sente suffisamment en confiance pour ne pas hésiter à partager avec elle ses soucis et ses interrogations, et difficile parce que Momo ne se sentait même pas chez elle au temple. Comment faire semblant de recevoir quelqu’un chez soi quand on était soi-même un étranger en ces lieux ?
Momo ouvrait la voie dans le temple, mais s’arrêta brutalement et se retourna.

« Oh, mh... Je suis enchantée de vous connaître également, on m’appelle Momo. » hésita-t-elle après un long silence, se souvenant brusquement qu’elle ne s’était même pas présentée.

Elle lui adressa un grand sourire, les joues un peu rougies par la tension qui redescendait doucement. Momo commença à marcher et invita la femme à la suivre. Rebondissant légèrement sur la pointe de ses pieds, elle se dirigea tranquillement vers les quartiers.


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MessageSujet: Re: Le temps en suspens 12/1/2017, 22:32


Il y eut un très long silence...

"Vous...êtes...grande...." remarqua Riyu dans le vent comme pour se décharger d'un poids, légèrement sonnée de proférer un jugement alors qu'on l'acceptait comme elle était.

Et peut-être muette puisque la jeune fille ne lui répondait pas jusqu'à la mettre vraiment mal à l'aise. Pourtant, la combattante ne moufta pas non plus. Ou plutôt, elle reporta sa gêne sur ses pieds, se dandinant de l'un à l'autre comme le ferait une adolescente sous le jugement d'un paire.  Si son interlocuteur avait été quelqu'un d'autre, sans doute se serait-elle fermer à l'échange et l'aurait-elle provoqué de piques bien senties, mais elle n'était pas là pour se brouiller et ne ressentait aucune colère, juste de l'intérêt. Finalement, comme pour signifier qu'elle perdait patience, la guerrière croisa les bras. Ce fut apparemment assez de mouvement pour que la miko retrouve ses esprits et lui réponde, quoique timidement. Alors, elle poursuivit et précisa doucement en esquissant le début d'un sourire :

"Mais votre voix est petite."

Voilà qu'à peine sortie de l'expectative, la miko commençait à s'agiter. Elle paraissait à Riyu extrêmement tendue ou dispersée, elle ne savait pas trop, et dégageait ses cheveux de son regard qui paraissait pourtant aveugle, si bien que Riyu se demanda si elle l'était véritablement. Après tout, il y avait bien de quoi douter...Le silence hébété précédent ressemblait trop à la première observation lors d'une rencontre. Et elle eut cette formule dont l'intonation ressemblait à celle d'une élève modèle ayant bien appris sa leçon-ou l'ayant trop récitée ?

Curieuse personne..., pensa Riyu en la contemplant et elle risqua avec un sourire plus carnassier qu'elle l'aurait voulue et l'émission d'un rire : "Vous pouvez vous détendre, vous savez, je ne vais pas vous manger. Vous seriez après tout, bien trop grande pour moi !" Bien qu'elle avait la peau sur les os.

Elle repensa à cette taille, bien inhabituelle pour une jeune fille et se dit qu'elle avait en fait l'habitude des grands gabarits. C'était sans doute elle qui était vraiment trop petite, même si elle se refusait de l'admettre. Ah, le temple avait vraiment de drôles d'effets jusque sur ses pensées !

Riyu accepta silencieusement et docilement de se défaire de ses affaires les plus riches, puis de se changer après de nouvelles et courtes ablutions qui la débarrassèrent de la sueur et de la poussière du voyage. Le Keikogi et le Hakama enfilés, elle se sentait déjà un peu plus légère et beaucoup plus propre, ce qui était bien mieux. Et n'avait plus le poids des principes rigides des bushi sur les épaules. Elle paraissait maintenant se confondre avec les jeunes filles de Meisou et cela lui convenait très bien.

Ou plutôt cela aurait pu lui convenir si elle ne connaissait pas son état : souillée. Sa mine se rembrunit, comme si toute la fatigue du monde était tout à coup tombée sur ses épaules, son aura perdit de sa prestance tant ses mouvements se firent plus lents et plus lourds alors qu'elle marchait avec sa jeune hôte.

"Enchantée, Momo." prononça-t-elle, désillusionnée. Elle ne vit pas son sourire et fit plutôt parler ses craintes."Puisque vous êtes miko, vous pourrez peut-être m'ôter d'un doute : nous sommes bien en Yokuni ? Ou bien dans le Yomi ?"


Dernière édition par Kasuga Riyu le 1/26/2018, 14:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le temps en suspens 12/8/2017, 02:31

Paralysée par l’angoisse et la pression qui transformaient cette rencontre d'apparence pourtant anodine en traversée du désert, Momo n’avait pas réagit aux commentaires de Kasuga qui semblait pourtant bienveillante. Elle n’était même pas sûre d’avoir bien entendu, en fait. Les seules choses qui résonnait à ses oreilles étaient ses pas contre le sol froid, et son cœur battant.
Mais la remarque que la petite femme lança à propos du fait que Momo était bien trop grande pour qu’elle ne la mange détendit l’atmosphère. Elle s’autorisa à sourire en baissant la tête et pensa subitement qu'elle ne devrait pas oublier de respirer. Ses épaules crispées retombèrent ; elle s’était sentie touchée par cette simplicité et cette légèreté.
Bien que ça ne change rien pour elle, Momo se tourna et s’écarta un peu, histoire de laisser à son hôte le temps de se changer avec l’intimité qui lui était due.

Alors que l’ambiance avait tant tardé pour perdre de sa tension, il lui sembla brusquement que l’air s’était alourdi. C’était sûrement la pluie, et les nuages bas n’annonçait pas de rayon de soleil pour ce jour là.
Oui, c’était sûrement la pluie.

Brusquement bien plus sérieuse, Kasuga sembla hésiter et lui fit directement par de son appréhension.
Était-on dans en Yokuni ou dans le Yomi ?

Rassurant.
Mais inquiétant à la fois.

Momo se sentit libérée d’un poids colossal. La femme impressionnante n’était pas venue pour elle. Elle se trouva bien égoïste de penser ainsi à elle avant tout, mais elle n’avait pas pu s’en empêcher.
Et puis, la réalité la frappa en pleine tête. Elle ouvrit grand les yeux sous le coup de la surprise. Qu’est-ce qui pouvait bien lui faire penser ça ? Qui pouvait bien douter de ce genre de chose ?
Elle avait passé le torii, elle s’était purifiée deux fois. Elle n’était pas un yokaï, ni un yūrei. Une endormie, évidemment. Qui d’autre ?
Momo éprouva une vague de tristesse, et peut-être de pitié. L’âme survivante devant elle se tenait droite et fière, blessée mais toujours en vie. Elle secoua un peu la tête pour reprendre une contenance, et réalisa que personne n’aimait être pris en pitié. Sur le ton grave de la conversation entrecoupée de silences, elle coinça à nouveau ses mèches derrière son oreille gauche et répondit avec toute la compassion dont elle était capable.

« Vous errez bien parmi les vivants, Kasuga-dono. »

Il n’avait pas fallu longtemps à la perspicace Momo pour comprendre la raison de la venue de cette femme jusqu’à elle. Et si elle avait vu juste, alors, quelque chose de terrible était arrivé. Elle se sentait affreusement désolée. Pour avoir pensé à sa propre vie avant la sienne, d’abord, et surtout pour ce qui lui était arrivé. Personne ne méritait ça, et quand la moitié de la population s’était endormie, Momo avait cru se perdre dans un cauchemar sans fin. A ce moment là, elle aussi avait douté.
Elle avait pu aider, au temple. Elle avait vu beaucoup de gens frappé par la torpeur. Certains y avaient succombé, d’autres s’était relevés. Elle savait.

Momo invita Kasuga à la suivre dans la salle toujours vide qu’elle empruntait pour méditer, et lui proposa se s’asseoir sur les bien humbles tatami de la pièce. Ce n’était pas confortable, ce n’était pas éclairé. La lumière était bloquée par les arbres à l’extérieur, et la salle sombre était excentrée par rapport aux autres. On entendait simplement la pluie tomber, et le bruit des feuilles qui dansaient les unes contre les autres.
Toujours dans son éternelle et excessive retenue, elle prit une longue inspiration et s’aventura à demander si son intuition ne lui avait pas menti.

« Excusez-moi pour mon indiscrétion. Est-ce que-… Est-ce que vous faisiez partie des endormis, vous aussi ? »

De sa voix cassée et hésitante, Momo brisait le bruyant silence de la nature. On n’entendait même plus la rumeur du temple, depuis cet endroit. Elle l’appréciait, elle espérait que l’apaisement qu’elle éprouvait ici serait suffisamment contagieux pour que Kasuga soit à son aise.

« Vous étiez là-bas, n’est-ce pas ? »


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MessageSujet: Re: Le temps en suspens 1/26/2018, 20:17

La marche ne permit pas à Riyu de prendre en compte les réactions de la Miko, aussi sa réponse sonna creux à son ouïe fine et il lui sembla alors que seule elle pourrait trouver ses réponses à plusieurs de ses questions, le Temple l'aiderait seulement à entrevoir une issue de secours.

Elle avait traversé tant de mésaventures qu'elle ne savait plus distinguer la vérité du mensonge. Était-elle bien sortie du Yomi ? La Miko disait-elle juste ? Ce bonheur qu'elle avait trouvé dans les bras de Raiken allait-il lui être ravi de la plus cruelle des façons ? S'était-elle enfermée en tant que jouet du destin dans une satisfaction impie ? Le Royaume des Morts avait-il des frontières, finalement ?

Meisou accueillait encore des endormis : des morts, des miraculés ou des fous. Une saison entière s'était passé depuis le réveil de Riyu et à la vue de l'affaiblissement qu'elle avait subi au bout d'un mois de comas, elle n'espérait plus que quiconque revienne du fleuve Sanzu.

Elle s'assirent dans une pièce obscure et sans confort dont les tatamis usés ne les protégeaient pas de la fraîcheur du sol. Pourtant l'abris fut salvateur en cela qu'il les préservèrent tout à coup d'une pluie brusque et violente.

Le silence apaisant et tapissé d'un bruissement humide fut brisé par la voix de la jeune fille. Ce n'était pourtant qu'un souffle, qui toucha le cœur de Riyu comme la plus solennelle des interrogations. Après un frisson qui avait remonté toute son échine, elle ancra son regard nacre et or dans celui vide de la prêtresse.

"Oui."

Oui, avait-elle répondu on-ne-peut-plus clairement : oui, elle était souillée. Et peut-être pour toujours. Riyu ne savait pourquoi mais son aveu ébranla sa volonté de samouraï. Un peu comme si elle avait vécu un nouvel échec, elle baissa les yeux sans se défaire d'une certaine raideur pourtant.

"Qu'est-ce que je risque ?"

Riyu avait bien noté la crainte et le dégoût dans les regards de certains religieux.
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Okaruto no Momo

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MessageSujet: Re: Le temps en suspens 1/28/2018, 03:56

Le bruit des gouttes de pluie à l’extérieur se faisait de plus en plus lent, et c’était comme si le temps ralentissait. Dans le silence et la tension de la salle sombre, Kasuga ne répondit qu’un mot. Simple, tranchant, honnête. Désespéré.
Comme on se défaisait de son armure, comme on se libérait d’un secret trop lourd, comme on abaissait ses barrières et comme on retirait une épine empoisonnée de sa peau, il y eut un soulagement palpable dans l’air. Peut-être entaché par un aveu de faiblesse, par cette vulnérabilité qu’on offrait à celui qui tendait l’oreille, mais jamais Momo ne se serait permise de juger ou de repousser une âme qu’elle pouvait aider. Elle avait demandé, elle avait eu sa réponse. Et de sa culpabilité naissante, qui découlait de sa propension à se soumettre à sa spontanéité naturelle, la jeune miko aux cheveux bleus ne sentit plus qu’un embarrassement lui taillader l’estomac.

“Je vois.” chuchota-t-elle en baissant la tête, les joues rougies par la honte de sa propre curiosité malsaine.

Ce n’était pas la première fois. Mais elle espérait à chaque fois que ce serait la dernière. Le destin n'épargnait personne, et surtout pas ceux qui devaient rester en vie. Ici, personne n’était important. Tous égaux et simples devant les Kamis, tous étaient des hommes et des femmes. La grandeur mise de côté, les éveillés qui se rendaient au temple présentaient souvent les mêmes symptômes, les mêmes maux et les mêmes fins.

“Euh, je… je pense que vous devez d-déjà en avoir ressenti les effets. P-pour ce qui est du plus long terme, ce n’est certainement pas irréversible.” hésita-t-elle, persuadée de la fragilité de son interlocutrice et pleine de la volonté de la ménager. “Le chemin de la guérison est long et difficile, mais il n’est pas imprenable, Kasuga-dono.”

Elle s’était empressée de rajouter une note plus positive à sa déclaration funeste. Momo en avait cotoyé, des endormis, des malades, des souillés, des morts. La petite femme avait posé sa question du bout des lèvres, comme si elle redoutait sa réaction plus que sa réponse. Et la jeune miko lui avait répondu avec son coeur. Elle ne voulait pas l’effrayer, elle ne voulait pas qu’elle parte. Elle ne voulait pas qu’elle se sente encore plus mal que ce que la souillure devait déjà lui infliger. Elle ne voulait pas qu’elle se sente seule face à son épreuve.
Et quand on subissait déjà tellement, il faudrait être profondément mauvais pour vouloir aggraver le mal d’un être.

“Mais il faut agir rapidement. La souillure se propage et ne connaît de limite que la mort.”
dit-elle dans un ton grave et assuré qui dénotait avec le reste de ses paroles pleines de doutes et d’insécurités.

Mais qui avait peur de la mort quand on ne vivait que parce qu’on l’avait déjà vaincue une fois ? Pas Momo.
Momo n’avait pas peur, Momo était courageuse. Momo accueillait les anciens endormis, Momo s’en occupait comme ses frères, comme ses soeurs. Qu’ils soient fous ou sombres, s’ils soient au bord du précipice ou presque sain. Qu’ils soient morts ou vivants.
Elle laissa son regard vide flotter dans le vague devant elle, et elle coinça une mèche de cheveux derrière son oreille dans un geste si rapide qu'elle sembla se précipiter pour ramener sa main à plat sur ses cuisses.


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MessageSujet: Re: Le temps en suspens 3/12/2018, 22:45


Faisant suite à son aveu, la pluie qui avait presque cessé, reprenait de plus belle lorsque Riyu se défit du haut de son keikogi* purifié et révéla à Momo la peau de ses épaules dans la fraîcheur de l'automne. A travers celles-ci, des filaments et des tâches grises blessaient les muscles pourtant fuselés, les asséchaient comme pour les nécroser et infectaient les veines ...

"Je suis heureuse d'apprendre que cette atrocité n'est pas irréversible." souffla-t-elle dans un sourire rassurant comme rassuré à Momo. "Ces tâches s'étendent chaque jour. Il y a quelques semaines, elles étaient à peine perceptibles. A présent, je prends bien soin de les dissimuler sous du maquillage ou sous mes vêtements pour m'éviter le rejet de mes proches, mais certains dans mon entourage se doutent déjà de mon sort. Heureusement, elles ne sont que peu douloureuses." Et alors qu'elle pressait de ses doigts son épaule la plus atteinte comme pour prouver la souplesse de sa peau ou pour masser le muscle endolori, la ligne blanche de ses crocs se révéla à travers ses lèvres purpurines.

Riyu racontait cela avec tant de légèreté, comme si elle contait un voyage ou une anecdote amusante ; quelque chose du quotidien, sans tenir compte de la gravité de son état. Pourtant, sa joie était terriblement feinte. Se montrer forte face à l'adversité et face aux aléas du destin était plus que nécessaire lorsque l'on était Taisho. Oh ! Allez, la vie avait tant de choses à lui apprendre encore, en mal comme en bien : tout ceci n'était qu'un vaste plateau de Go, après tout.

"Rapidement ? Vous disiez que le processus est long mais mon armée m'attend, j'ai même été convoquée par l'Empereur ! J'ai tant de travail à rattraper à cause de ce mois de sommeil forcé et la fatigue qui a suivi..." Râla-t-elle mollement."Puis-je savoir combien de temps la guérison prendrait ? Deux semaines ? Un mois, tout au plus ? Ce serait déjà trop..."

Et la guerrière murmura : "Peu importe en vérité, l'honneur du clan vaut mieux que ma petite personne."




Keikogi : "Keikogi (稽古着) est un mot japonais signifiant littéralement « vêtement d'entraînement » ; il est composé de keiko (la « pratique », l'« entraînement », l'« action ») et de gi (« vêtement », « tenue », « ensemble de vêtements composant une tenue »). On parle parfois de dogi, « vêtement de pratique de la voie »."-Wiki.
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MessageSujet: Re: Le temps en suspens 3/19/2018, 04:30

Momo détourna les yeux et tourna légèrement la tête. A force d’erreurs, de situations gênantes et de remarques de la part de ses consœurs miko, elle avait fini par comprendre que même si elle ne pouvait pas les voir, les gens n’aimaient pas avoir un regard braqué sur eux quand ils se déshabillaient. L’intimité, la pudeur, quelque chose entre les deux. A quoi bon être aveugle si elle ne pouvait même pas s’épargner cet effort.
Mais en bonne élève, Momo avait accepté ces leçons de vie et il était presque devenu naturel pour elle de s’appliquer à baisser les yeux quand elle entendait un froissement caractéristique et qu’elle sentait ce genre de mouvement. Kasuga reprit la parole, presque légèrement. Comme si ça ne comptait pas, comme si sa peau ne portait pas de marques qui pouvaient la tuer.

« Je sais ce que les gens à l’extérieur pensent de ça et quelque part ils ont raison, il faut s’en protéger. Mais ici, vous n’avez pas à vous cacher. » dit-elle, hésitante.

Momo releva la tête pour braquer son regard vide vers l’épaule qu’elle devinait marquée.

« Il n’y a pas de honte à être une survivante, au contraire. Vous allez vivre pour voir le soleil se lever un jour de plus. » continua-t-elle, beaucoup plus sûre d’elle – presque optimiste.

La réaction un peu lasse lui provoqua un mouvement de recul. Armée ? Travail ? L’Empereur ? Toutes les informations filèrent dans sa tête à une vitesse folle, trop vite pour qu’elle ait le temps de tout assimiler correctement. Qui pensait à tout ça quand sa vie était possiblement en jeu ?
C’était bien quelqu’un d’important. De très important même. Les épaules soudainement crispées, Momo se sentait mal à l’aise, dépassée, pas assez qualifiée pour ça.

« L’Emp-… J-je suis désolée, Kasuga-dono. » s’excusa-t-elle, un peu secouée.

Elle afficha un air mi-désolé, mi-compatissant. Un peu abattue, elle se concentra tout de même pour essayer de trouver une solution. Une mèche rebelle vint tomber devant son visage, mais elle ne s’en préoccupa pas. Le murmure qu’elle n’était pas censée avoir entendu, elle l’ignora. Si murmure il y avait, toujours elle l’entendrait mais jamais elle n’en parlerait. C’était aussi une de ces choses qu’elle avait appris à force d’expérience. Et le son de la pluie contre les feuilles des arbres couvrait toutes les rumeurs. Après avoir longuement pesé le court et le contre, elle continua.

« Un mois… c’est peu. La purification complète est censée durer plus longtemps. Mais avec une semaine de quarantaine et des rituels réguliers, il est peut-être possible de faire reculer la souillure suffisamment pour vous permettre de continuer… votre… euh, travail. Plus vite, je veux dire. Enfin, même si vous ne devriez pas. Je ne vous le conseille pas, mais je pense que mes conseils ont l’air bien insignifiants face à une demande de l’Empereur. » bégaya-t-elle difficilement. « Seulement, gardez en tête que malgré ça, même si votre état semble s’améliorer à vue d’oeil… Il pourra toujours empirer à long terme, si vous ne finissez pas votre purification. Je comprends vos obligations, mais c’est un choix que je ne peux pas vous recommander. »

Sa voix d’ordinaire déjà cassée avait eu beaucoup de mal à sortir ses mots. Elle ne savait pas quoi lui dire et elle était pertinemment conscience que son propos était décousu et incompréhensible, voire peut-être même impoli. C’était dangereux. Mais c’était important, elle le savait, ça. Même si elle estimait bien plus la « petite personne » qu’elle avait devant elle que l’Empereur en personne. Lui, elle ne l’avait jamais vu. Lui, il n’avait pas besoin d’elle. Lui, il n’était pas souillé.


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