AccueilFAQRechercherMembresS'enregistrerConnexion

Partagez | .
 

 Les Contes du Temple Kurayami - Histoires Effrayantes

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Sakai Kokoro

avatar

Animatrice
Geisha

Messages : 89
Date d'inscription : 21/09/2017
Age : 24

Feuille personnage
Age: 24 Printemps
Titre:
Liens:

MessageSujet: Les Contes du Temple Kurayami - Histoires Effrayantes Mar 31 Oct - 15:19

Les Contes du Temple Kurayami

    Sur les terres d’Okaruto se cache le Temple Kurayami. On ne sait où exactement, certains racontent même que sa localisation change sans cesse. Une ancienne légende raconte qu’il apparaît aux voyageurs perdus lorsque l’astre lunaire est leur unique guide. D’autres racontent que ce Temple est ensorcelé et qu’une fois qu’on y est entrée, il faudrait conter de nombreuses histoires à l’âme qui erre dans ce temple pour espérer s’en échapper…

    Par une nuit sans étoile et pourtant éclairée par la lune, toi, Invité, tu te retrouves à errer à ton tour sur les terres d’Okaruto.

    Tu as froid, probablement faim, peur ou juste fatigué(e) et il se trouve que face à toi se dresse ce fameux Temple. Une étrange énergie t'attire sur les marches et t’incite à t'approcher d'un grand foyer dont un feu aux flammes verdâtres semblent t'inviter à venir te réchauffer. Bientôt, d'autres voyageurs se joignent à toi et ils semblent ne pas savoir pourquoi ils sont ici, tout comme toi.

**********

☼ Les Règles:
 


Sur ces quelques règles, je vous laisse vous délecter du malheur et de l'horreur de vos camarades. Je vous souhaite de doux frissons, un soupçon d'angoisse et surtout beaucoup d’amusement ! Si vous avez des questions, venez me trouver. ♥️

Bon Jeu !



L - M - M - J - V - S - D




Dernière édition par Sakai Kokoro le Ven 1 Déc - 16:30, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Momo

avatar

Miko

Messages : 90
Date d'inscription : 24/08/2017
Age : 23

Feuille personnage
Age: 15 ans (automne 41)
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: Les Contes du Temple Kurayami - Histoires Effrayantes Ven 3 Nov - 23:36

Momo avançait lentement et difficilement, le froid de la pierre brute qui mordait ses pieds nus remontait si vite vers ses genoux engourdis qu’elle crut soudain ne pas pouvoir faire un pas de plus. Mais la chaleur qui émanait du foyer dont elle ne saurait jamais l’étrange couleur et l’aura terriblement attirante du temple mystérieux la poussaient à aller de l’avant. Le silence était bousculé par sa respiration saccadée et les bruits inquiétants qui remplissaient l'air. Le contact de sa peau contre le sol humide la fit frissonner. A moins que ça ne soit la sensation d’une lourde présence qui l’observait depuis les ombres ?
S’agenouillant devant les flammes, Momo posa ses mains sur ses genoux et lissa les plis de ses vêtements. Elle serra dans ses mains son bâton de bambou avec toute la petite force insoupçonnée dont elle pouvait faire preuve, qui laisserait sûrement des marques douloureuses sur ses paumes fragiles. Le temple semblait prendre vie avec le cri strident du vent qui s’engouffrait dans le temple et les lugubres craquements qu’elle pouvait entendre venant d’en haut. Un courant d’air plus froid que les autres vint lui glacer le corps jusqu’au sang, et elle sentit son cœur s’emballer quand le feu crépita de plus belle.
L’atmosphère était pesante, chargée. Quelqu’un ou quelque chose attendait son heure pour se montrer, la tremblante Momo en était convaincue.

Des hommes, des esprit, des yokai ou peut-être… autre chose ?


L - M - Me - J - V - S - D


Revenir en haut Aller en bas
Abe no Chikanori

avatar

Guide-Ambassadeur
Onmyôji

Messages : 390
Date d'inscription : 12/04/2017

Feuille personnage
Age: 23 ans
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: Les Contes du Temple Kurayami - Histoires Effrayantes Dim 19 Nov - 20:06

Un frisson secouait ses épaules, le froid raidissait ses doigts autour de son Shakujô dont le contact lui semblait glacé. Une forêt vide, désertée d’animaux et sans aucun bruit … son poil se dressait comme à l’approche de Yokaïs qui n’arrivaient jamais. Il s’arrêta, frappa le sol du pied, écrasant quelques feuilles mortes et humides. Enfin, du son. Mais autour de lui toujours rien. La lune éclairait au dessus de sa tête, mystérieuse, toujours muette. Il avait l’impression d’avoir échoué au bord de la frontière des vivants et des morts, dans un lieu qui devait lui être toxique et mortel. Peut être même était-il déjà mort et que son esprit lui jouait des tours dans ses derniers soubresauts. Toujours plus nerveux, les obscurités ne lui donnaient de réponse et se jouaient de lui.
Avancer, toujours aller de l’avant, le bas de son kimono effleurait le sol et tous les arbres et chemins se ressemblaient jusqu’à voir au loin, la lumière. Quelqu’un ! Quelque chose ! Mais tant d’appréhension. Derrière lui, la voie qu’il connaissait pour l’avoir empruntée, et devant, l’avenir incertain. Se raccrochant à ce qu’il connaissait, il se dit qu’un démon lui avait joué un tour, un kitsune ou pire en fait, et que s’il l’attendait là-bas, le moyen de se sortir de cet endroit s’y trouvait. Une à une, il passa les torii fatigués par le temps, réalisant à chaque marche la signification de ces arches rouges, le passage vers le monde spirituel, ses jambes s’avéraient de plus en plus lourdes, et l’escalier, toujours plus long. Sans doute son errance l’avait apporté à un domaine Yokaï. Annonce angoissante, en haut, il n’y avait pourtant encore rien qu’une place désespérée vide, un seul abreuvoir où l’on pouvait se purifier, d’où coulait une eau qui lui semblait noire. Mécaniquement, instinctivement, il s’en approcha comme pour aller se purifier mais son cœur s’emballa quelque peu à l’idée que l’eau même puisse être corrompue. Un bond sur le côté l’en écarta, alors qu’il comprenait enfin la couleur qui s’échappait du temple dont il ne connaissait pas le nom. Il ne se sentait pas bien, il pressentait quelque chose de grave sur lequel il ne pourrait poser de mots, tant et si bien qu’il ne remarqua qu’après plusieurs minutes qu’une ombre se dessinait dans cette lumière. L’hésitation lui comparut … avant qu’il ne s’approche, le pas sonnant comme un glas, et passa entre les portes ouvertes comme s’il avait l’impression de vendre son âme au diable.

Une enfant. Longue, pas épaisse, se réchauffait. Sans l’éclat de son œil rouge, la méfiance presque animale se lisait. Celle-ci ne bougeait pas, elle ne l’avait peut être même pas entendu. Peut être s’agissait-il de la raison pour lequel il était ici. Refermant l’œil, il prit une longue inspiration avant de s’approcher, se plaçant à côté d’elle sans rien dire, l’observant de son œil vermeil.

Spoiler:
 


Revenir en haut Aller en bas
Souteigai

avatar

Maître du Jeu

Messages : 442
Date d'inscription : 20/06/2013

MessageSujet: Re: Les Contes du Temple Kurayami - Histoires Effrayantes Ven 1 Déc - 19:39

La créature rampait sur les murs du temple, courrait sur les poutres, se glissait dans chaque ombre et sifflait avec le vent. Il était bien rare qu’elle reçoivent de la visite et c’est avec une excitation bien particulière qu’elle frémissait de plaisir à l’arrivée de cette frêle jeune femme aux yeux laiteux. Cette bête possédait quatre pattes se terminant par trois gros doigts griffus. Elle avait une large bouche aux dents longues et pointues et à la langue aussi longue et fine qu’un ruban de soie rouge. Ses yeux étaient au nombre de trois, mais ils étaient si petits et si enfoncés dans sa boîte crânienne qu’ils ne lui étaient pas très utiles. Pour palier à ce défaut, elle laissait sa langue et ses sifflements la guider.
Une bonne heure s'écoula avant qu’un jeune homme s’installe à son tour auprès du feu. Mais qu’est-ce qu’une heure lorsque nous n’avons pas la notion de celle-ci ? Le Temps lui même avait comme fuit ce lieu maudit. Peu à peu, des créatures venues d’horizon différent vinrent prendre place autour du foyer ensorcelé dans le plus grand silence. La bête, gardienne du lieu, tapit dans l’ombre jusqu’à présent, finit par sortir des ténèbres et se posta de l’autre côté des flammes, face à eux.

- Bienvenue à vous, délicieux voyageurs. Votre vibration à avouer mon appétit. Je suis enchantée de vous accueillir au Temple Kurayami. Ici, vos peurs sont des mets de grandes qualités.


La voix de la créature était lente, lourde et souvent entrecoupée par des petits grincements de dents.

- Ce soir, vous avez répondu à l’appel de mon Maître. À présent, il est disposé à entendre vos pires cauchemars.
Revenir en haut Aller en bas
Momo

avatar

Miko

Messages : 90
Date d'inscription : 24/08/2017
Age : 23

Feuille personnage
Age: 15 ans (automne 41)
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: Les Contes du Temple Kurayami - Histoires Effrayantes Jeu 7 Déc - 0:31

Quelqu’un marchait derrière elle. Momo pouvait entendre ses pas alertes et méfiants, comme si la personne hésitait à venir. Elle pouvait sentir le lourd regard posé sur elle, mais elle ne bougea pas. Était-ce la raison qui l’avait poussée, sans qu’elle ne sache pourquoi, à venir ici ? Ou bien était-ce simplement un autre voyageur, perdu et gelé jusqu’au sang comme elle ?

La réponse cessa de se faire attendre quand un bruit de craquements contre les murs se rapprocha dangereusement d’eux. Sans pouvoir le voir, Momo savait déjà que le monstre était effrayant, rien qu’au poids avec lequel il écrasait le sol à chacun de ses bonds. La créature était terriblement proche, et la flamme verdâtre sembla vaciller. Contre toute attente, une voix sourde et rauque les invita à servir leurs peurs les plus profondes comme repas.

« Mes pires cauchemars ? »

Le temple Kurayami était une légende connue, en ces terres. Mais de là à ce qu’il existe… Momo ne savait pas quoi dire. Elle pouvait sentir l’haleine putride et le souffle saccadé du monstre contre son visage. Elle se souvint brusquement de cette histoire qu’on racontait pour faire peur aux enfants, à propos d’une forêt hantée dans le sud de son clan. De sa petite voix cassée, elle commença en priant silencieusement pour que ça suffise.

« Peut-être...

Il y a longtemps, bien longtemps avant que Yokuni ne soit Yokuni, on raconte que les forêts recouvraient la plupart des terres du continent. Et dans ces bois, quelque part à l’abri des regards, un rassemblement d’humbles hommes avait vu le jour. Quand les travailleurs s’en allait s’occuper de faire vivre leurs familles, les enfants restaient livrés à eux-même.
Finalement, la curiosité de l’un d’entre eux finit par l’emporter sur les sages recommandations de ses parents. A la lisière de la forêt qui bordait les dernières maisons du village, le petit bout d’homme haut comme trois pommes crut apercevoir une ombre rapide et soudaine qui se déplaçait à travers les branches. Tiré de l’ennui par cet événement salvateur qui semblait si intéressant, l’enfant s’approcha ses premiers arbres. Il se sentit tout de suite écrasé par la hauteur vertigineuse des troncs, et rebroussa rapidement chemin pour essayer de convaincre ses camarades de se lancer à la poursuite de l’ombre avec lui.
Malheureusement, les trop prudents amis refusèrent pour se consacrer à des activités bien moins douteuses. Pas découragé pour autant, l’enfant prit son courage à deux mains pour enfin mettre un pied dans la forêt tant redoutée. De mémoire d’homme, il ne se souvenait pas d’avoir déjà vu quelqu’un y pénétrer, et on le lui avait défendu tant de fois qu’il ne pouvait plus les compter. Des fantômes, qu’ils disaient. Mais il avait passé l’âge de croire à de telles bêtises, alors c’est en intrépide aventurier qu’il se risqua à braver les interdits.

Quelques minutes de marche entre les arbres suffirent à faire disparaître le village derrière lui, et bientôt le jour se transforma en nuit à l’ombre de l’épais feuillage. La brume tout autour de lui étouffait les sons et réduisait sa vision, mais il restait proche de la chose vivace qu’il suivait. Attiré par le frisson de l’inconnu, il sentait son cœur battre jusque dans ses oreilles et entendait son souffle court briser le silence.
Au détour d’un arbre plus vieux que les autres, l’enfant se retrouva soudainement nez à nez avec un oiseau. Il lui sembla, du haut de sa faible expérience en la matière, qu’il s’agissait d’un canard. Le genre d’oiseau lent et inintéressant qui fait « coin coin » sans demander son reste et qu’on mange au dîner sans plus de cérémonie. Figé devant lui, la bête paraissait sonder son âme de ses petits yeux vides. L’enfant ne bougea pas non plus. C’était comme si le temps c’était arrêté, pendant un instant.
Curieux de sa nouvelle découverte, il se précipita sur lui pour l’attraper, mais l’oiseau réagit beaucoup plus vite qu’il ne l’aurait imaginé. Déployant ses ailes pour faire un bond sur le coté, le canard semblait toujours imperturbable et revint à son immobile position quand l’enfant s’arrêta. Il souffla doucement pour reprendre sa respiration, et se sentit irrésistiblement attiré quand l’oiseau commença à marcher pour s’enfoncer encore plus profondément dans la forêt.

Incertain, l’enfant prit soin de laisser des marques sur le tronc des arbres avant de suivre son guide. Comme ça, s’il se perdait trop loin dans la forêt, il saurait rentrer chez lui. Il trottina après le canard pendant peut-être une heure, ou deux. Quand la fatigue fut trop grande, il se posa au pied d’un tronc aux larges racines pour se reposer. L’oiseau s’arrêta également et recommença à le fixer. Gêné par se regard insistant, il essaya de l’effrayer pour le faire partir. S’il avait voulu le suivre au début, la balade commençait à se faire longue et ne menait nulle part.
Le canard ne bougea pas d’un poil. L’enfant lui lança des cailloux et des bouts de branche, mais rien. C’était comme s’il ne sentait rien, comme s’il n’existait pas. La présence de l’animal devant lui se faisait bien trop angoissante pour qu’il continue à la supporter, et il jugea qu’il était largement temps de rentrer. Il se releva, et épousseta ses vêtements sous l’œil attentif du canard.
Quand il tourna le dos pour suivre les marques qu’il avait laissé sur les troncs, l’oiseau hurla de son cri rauque et l’enfant sursauta. Il était immobile, encore une fois, les yeux morts. Cette fois hors de lui, l’enfant ramassa une pierre et la jeta de toutes ses forces sur l’animal. Il fut surpris du bruit qu’elle fit en atterrissant. De l’eau ? L’enfant se redressa pour scruter le brouillard qui occultait ses sens. Il n’avait même pas remarqué qu’il se trouvait au bord d’un lac.
Il observa le canard y tremper ses pattes avec un air ébahi, et s’approcha lentement. Le vent s’était levé et sifflait entre les branches des arbres, et l’ombre de la forêt rendait l’eau presque noire. Le clapotis de l’eau était si faible, le lac était si calme. L’oiseau se lança et commença à nager, jusqu’à ce que l’enfant ne puisse presque plus le voir. A la limite de son champ de vision limité par la brume, il pouvait voir l’ombre du canard danser devant lui, le fixer sans sourciller. Il n’entendait plus que le bruit de sa respiration entrecoupée par les pulsations sauvages dans son cou.

Un frisson glacé lui courut le long du dos, et il se baissa pour toucher l’eau sombre. Il vit ses doigts disparaître dans les ombres, et se figea, fasciné. Il releva la tête pour chercher le regard si inquiétant du canard, mais ne trouva rien d’autres que des ombres et des nappes de brouillard. Il joignit ses mains pour recueillir de l’eau, qu’il porta à ses lèvres. Le froid lui mordit les bras et coula jusqu’à ses fines manches déjà trempées de sueur. Tremblant, il replongea ses petites paumes dans le lac pour une seconde gorgée.
Mais il ne réussit jamais à en sortir ses mains. L’eau noire grimpa sur ses doigts, monta jusqu’à sa poitrine et entoura son cou. Il eut la sensation qu’une centaine de mains le tiraient vers l’eau, et il ne put même pas se débattre. Se laissant engloutir dans les ombres, il se sentit impuissant et berné par sa propre stupidité. Il ne s’inquiétait même plus, il se savait déjà perdu. Le monde s’effaça au fur et à mesure que la surface de l’eau se faisait plus lointaine et que le froid empoignait tout son corps.

L’enfant rouvrit les yeux. D’un coup, il se mit à se débattre pour s’en sortir. Il ne savait pas où il était, mais il se souvenait ses marques sur les troncs, et du chemin pour rentrer chez lui. L’eau lâcha prise devant se regain d’énergie soudain, et il put rejoindre la surface. Alors que ses poumons le brûlaient se l’intérieur, le lac tentait encore de geler son sang.
Il nagea tant bien que mal jusqu’au bord du lac, et cracha toute l’eau qu’il avait pu avaler. Tremblant et effrayé, il jeta un dernier regard derrière lui entre deux quintes de toux. Le souffle court et la respiration sifflante, il put apercevoir du coin de l’œil le canard, tranquillement posé sur le lac, disparaître dans les brumes qui couvraient toujours l’eau sombre.
Sans hésitation, il se mit à courir à travers la forêt dense, se rattrapant aux troncs sans retrouver leurs marques, et poussant son corps jusqu’à la limite. Il ne pouvait plus respirer et ses jambes étaient devenues cotonneuses dans sa précipitation. Alors que sa vue se troublait et que ses oreilles n’entendaient plus rien d’autre que ses pensées confuses, il continua sa course folle jusqu’à ce que la douleur soit telle qu’il soit obligé de s’arrêter.
Prenant quelques secondes pour regarder autour de lui, l’enfant s’aperçut qu’il n’était pas seul. Les âmes errantes autour de lui ne semblaient même pas se préoccuper de lui. Il était sans doute trop petit. Il se surprit à se demander si ses camarades allaient le croire quand il leur raconterait qu’il avait vu des fantômes. Étrangement, il n’avait plus peur. La forêt hantée lui semblait un bien agréable songe comparée au lac noir.
Très calme, il posa sa main contre le tronc le plus proche pour sentir l’entaille du bout des doigts. Mais il n’y avait rien du tout. Autour de lui, la forêt avait pris des allures de labyrinthe. Il n’avait pas peur. Pas de frisson, pas d’angoisse. Rien. L’enfant marcha lentement vers les derniers arbres qui semblaient terminer le bois. Au loin, il pouvait voir son village.

L’air était lourd et chargé d’un brouillard peu commun, et l’enfant continua d’avancer calmement vers les habitants. Il chercha ses amis, mais il ne reconnaissait rien ni personne. Même les bâtiments semblaient avoir changé de place. Peu porté sur ce genre de détails, il se précipita vers un groupe de personnes qui semblaient très occupées autour d’un canard, et déclara alors sa grande trouvaille.

"Vous n’allez jamais me croire, j’ai trouvé les fantômes dans la forêt !"

Personne ne tourna la tête. Sauf le canard.
»

Momo prit une longue inspiration après avoir terminé son histoire et releva la tête doucement vers le monstre. Elle sentait sa présence devant elle, et espérait simplement que si son cauchemar ne suffisait pas, celui de l’homme à côté d’elle satisferait l’insatiable soif de peur de leur hôte. Elle déglutit et tourna lentement la tête sur le coté en serrant fort son bâton entre ses doigts, jusqu’à s’en blanchir les phalanges, comme un dernier rempart bien fragile contre le monstre.

Spoiler:
 


L - M - Me - J - V - S - D


Revenir en haut Aller en bas
Abe no Chikanori

avatar

Guide-Ambassadeur
Onmyôji

Messages : 390
Date d'inscription : 12/04/2017

Feuille personnage
Age: 23 ans
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: Les Contes du Temple Kurayami - Histoires Effrayantes Ven 5 Jan - 4:13

La méfiance et la crainte vinrent assaillir ses nerfs d’ores et déjà sur le qui-vive. Il ressentit la créature se glisser dans les ténèbres, comme avec mille pattes visqueuses, chacun de ses crochets pour remplacer le précédent. Une palpitation le secoua, le derme s’hérissa ; il percevait les yeux noirs, ronds comme des billes, les fixer tous deux, et il réprimait un frisson de dégoût. L’Onmyôji, prêt comme toujours à donner sa vie, se releva et mit son bâton sacré en travers, devant l’enfant – car il était à présent certain qu’il en s’agissait d’une - pour barrer route à quelconque attaque. Il resserra sa poigne lorsque la créature se fit apercevoir au travers du feu verdâtre, et grinça de la mâchoire lorsque la voix gutturale retentit dans l’espace. Bien plus vif, le regard rougeoyant était prêt à en découdre. Il ne savait si c’était la peur de l’inconnu ou l’instinct de survie qui lui faisait aussi mal maitriser son calme.
Pour quelque conte, leur survie. Ainsi était le marché proposé. Le démon du temple perdu de Kurayami allait-il s’enhardir au fur et à mesure que l’étrangeté et l’absurdité inquiétante emplissait l’espace ? L’Abe no veillait, et au premier signe, bondirait. Au milieu de ses sombres réflexions, la voix fluette s’était tue. Et ils étaient à présent deux à désirer son histoire.  

Il s’obligea à se rassoir. Le regard rivé sur ses mains, Chikanori ne s’estimait pas bon aux contes, qu’allait-il pouvoir inventer, ou raconter ? Rien qu’il ne puisse imaginer ne pouvait le faire plus craindre que la réalité elle-même, dure et impossible à fuir. L’horreur, il l’avait vue plusieurs fois, et nombre étaient ceux qui rencontraient le malheur. Qu’animaient ses cauchemars, dans ce qu’il pouvait se souvenir ? Quelque chose qui l’aurait tourmenté, suffisamment, pour qu’il se soit gardé d’en parler, suffisamment pour qu’un Yokaï puisse s’en repaître et s’en satisfaire … Plongé dans le silence, il finit par émettre un long soupir alors que son regard se perdait dans les flammes surnaturelles. Fermant finalement les yeux, il eut pour lui-même une grimace. Enfin, il se décida. Sa voix devint grave et amère.

_ Il y a plusieurs années de cela, je … fis une immense et gravissime erreur. » Il reprit après un silence. « Je me souviens encore de l’odeur du lac et de la lande, et de celle inévitable du poisson évidé avant le crépuscule …

✧✧✧


Je resserrais mes mains endolories autour de la tasse de thé qu’il m’avait servie, profitai, dans le silence, de la chaleur qu’elle me prodiguait au travers de sa faïence abimée.

La boisson était bouillante. L’odeur était épouvantable. Un craquement de bois se faisait entendre, profond, tel le gémissement d’un monstre. J’étais inquiet, mais n’osais faire errer mon regard vers les issues calfeutrées. Au niveau du sol, les courants d’air s’infiltraient, cherchant à se faufiler entre deux vêtements. Parfois agité de grelottements incontrôlés, mon haori ne suffisait pas à me réchauffer. Je regardais toujours la tasse, la fixait pour tenter de ne pas la perdre de vue, mais ma vision se troublait seule.

Il était toujours là.

Mon regard était irrémédiablement attiré par la lueur diffuse qui filtrait de la seule lanterne de la pièce. Dans le coin, l’ombre d’une adolescente se dessinait, allongée, malade. Elle n’en avait plus pour très longtemps. Sa tête ronde dodelinait de gauche à droite, ses cheveux noirs s’emmêlaient. Ses doigts, tels des crochets, s’agitaient faiblement dans les manches d’un kimono bien trop grand pour elle, très serré par manque d’opulence. Kikoi. Je savais qu’elle s’appelait Kikoi. La lueur fixe de son regard était dirigée vers l’objet écarté de sa main et hors de sa portée. Un objet d’apparence anodin … une baguette à plumes.

_ Buvez.

L’homme n’avait jamais connu que misère et désolation, et ne connaitrait, pour sûr, plus jamais rien d’autre de sa vie. J’avais tenté de m’enfuir, une bonne idée d’un fiévreux ne pouvant marcher, et depuis, ce gardien fou surveillait. Malgré son instabilité, causée par le miasme qui l’entourait, sa figure réussissait à garder un air sévère et sérieux que je haïssais, tant il me rappelait mon paternel … l’insatisfaction … la colère. Le dédain. Les sourcils ne semblaient pas être mobiles tant ils étaient figés, et le coin de la bouche se tordait en grimace. Au début, j’avais supporté sa présence parce que j’y étais obligé et m’était obstiné par ressenti profond contre cet autre que je voyais au travers de lui, à le décevoir et le contrarier. Mais à présent, je le faisais par simple survie.

_ Buvez !!

Je sursautais lorsque, tout à coup, une main comme un tronc, s’abattit sur la petite table qui nous séparait ; la vaisselle vola et se brisa en mille morceaux. D’instinct, je me ramassais sur moi-même. J’étais si malade … jusqu’à peiner parler.
L’homme qui n’en était plus vraiment un, avait tout d’un tueur, et dans ma vision déformée, me donnait l’impression de pouvoir me briser le cou d’un simple tour de bras.

S’il pouvait mourir du miasme, tomber à terre, raide mort !

Mon état me rendait odieux.

Seul mon gardien empêchait à ce que le miasme ne s’acharne sur moi, mais il était incapable de pouvoir faire plus pour m’aider dans cette situation, face à cet être encore humain. Face au père, déchiré entre la folie violente et le désespoir de sa fille mourante … ma survie égoïste. Je le méprisais de tout mon cœur, de toute ma hargne cachée.

Qu’elle meure ! Ce n’est pas mon problème.

Mon regard étant sans doute tellement détestable que je méritais à quelque part la gifle qui s’en suivit, issue d’un nouvel accès de violence. Je crois qu’elle fut forte, mais qu’elle l’ait été ou non, j’aurais percuté le sol avec la même violence, la même … non-retenue … ce pauvre homme. Lui qui, sans doute, en des temps plus heureux, m’aurais accueilli “comme son fils”.  Mais sur le coup, il avait tout d’un monstre.
Ses sentiments, exacerbés, corrompus, exprimait tout haut ce qu’il n’avait osé demander, et ce que beaucoup avaient pensé dans mon dos. Il ne comprenait pas comment, moi, l’Onmyôji, le sorcier, se retrouvait aussi impuissant que lui. N’avais-je rien appris ? N’avais-je pas un gardien pour faire le travail, n’importe quoi ? Il n’arrivait pas à concevoir mon inutilité. Adieu mon semblant de suprématie à la Cité Dorée … je m’étais presque cru malin, utile, intelligent. J’avais, plus qu’en tout autre moment, tout d’un imbécile.

Je savais que la bestiole qui les tourmentait … c’était moi qui le leur avais ramenée.

Kikoi, entretemps, avait remis la main sur la canne à plumes et l’agitait encore de haut en bas, fébrilement, convulsivement. Son père, écumant de rage, s’en rapprocha à grands pas, le sol tremblait et je ressentais de tout mon être ses intentions, plus que ne les comprenais. Je tentais, misérablement, dans un souffle trop chaud, de le retenir de mes mots, car je savais qu’il allait empirer les choses, voire même les condamner. J’avais réussi, jusqu’ici, à retenir la bête. Elle n’était pas forte mais vicieuse.
Qu’aurait-il pu accepter comme conseil, d’un jeune homme au teint livide et le regard vitreux, tel que je l’étais ? Lui, voyait que sa progéniture s’épuisait à répéter ce mouvement compulsif, répétitif, qui lui crispait les muscles jusqu’à les tuméfier, jouant avec un chat invisible.

Invisible …

Bien évidemment, moi, je le voyais.

Était-ce réellement un chat ? En tous cas, cela avait pris cette forme, pour me narguer, sans doute. Noir, noir comme le plus noirs des noirs, comme le néant, comme le rien, il n’avait ni d’yeux, ni de langue rougeâtre, ni de crocs acérés, il n’était que profondément noir.

Le Mononoke était malin. Se nourrissait-il de leur vie s’effilochant, ou de mon désespoir ? Jamais il ne posa la patte sur moi. Il ne fit que tourmenter les individus de cette maison. Je le sentis s’hérisser de plaisir lorsque l’homme, excédé mais retenu par l’affection (il aurait pu facilement la tuer pour régler le problème), jeta au feu la canne à plumes, me dégageant du bras alors que j’avais tenté de le retenir. Je sentis la chose devenir tout à coup plus confiante. A présente elle était sûre qu’elle avait tout le champ libre, que je ne pouvais véritablement rien pour eux, malgré toutes mes tentatives de bluff. Tous les conseils que j’avais pu donner jusqu’ici brûlèrent en même temps, prouvant leur inutilité ainsi que la mienne.

La fille alla mieux, me semble-t-il, mais qu’un court moment. Quelques minutes, tout au plus.

C’était avant qu’elle ne se mette à délirer.

L’homme s’était décidé alors à me faire payer le sort de sa fille. Ses yeux fous me fixaient alors que détruisant le reste du mobilier, il me pourchassait dans la bicoque. S’il n’y avait pas d’autres options pour terminer cela que de le tuer, car je ne pouvais l’exorciser, je ne pouvais le contrer. Je m’y refusai à l’époque donc … à la place j’essayais de trouver une solution non létale, me protégeant comme je le pouvais.

“SAUVEZ-LA ! SAUVEZ-LA !”

Ses mots me hantent toujours, lorsque les nuits sont mauvaises, accompagné du tapotement répétitif et intense contre le bois.

Combien de temps hurla-t-il et détruisit sa demeure de désespoir, se blessant du même temps ? Je m’accrochais par l’adrénaline, par l’instinct de survie, qui me faisait garder les yeux ouverts, me convainquais que si je m’évanouissais, c’en serait fini. Il me traita d’incapable, de faible, de bon à rien, de bien-né, de parvenu ; d’inutile, de pavaneur, de beau parleur. Peut être avait-il vu les quelques regards admiratifs de sa fille … j’étais et j’avais tout ce qu’elle n’avait jamais pu effleurer. Quelques heures auparavant … où ces pauvres gens m’avaient recueilli … tout n’allait pas si mal, à ce moment là …

Les démons n’ont jamais aucune pitié.

J’aurais pu tenter mes Sutras ou mes Mantras, mais je savais pertinemment que cela n’aurait pas le moindre du monde fonctionné, parce que j’étais paralysé. Parce que je ne croyais plus pouvoir repousser les ombres par des prières à quelques dieux qui m’avaient abandonné.

Peut-on considérer que je l’avais tué, au moment où il s’est brisé la nuque sur l’un des meubles, ou était-ce plus juste de dire qu’il était déjà mort depuis longtemps à cause de mes choix ?  Face au cadavre au cou tordu, j’étais convaincu que cela avait été comme le tuer de mes propres mains. A présent la maison reposait dans le silence … ou presque … le tapotement, toujours. Celui-là était aussi sec qu’une baguette, mais plus lourd, car sans doute plus épais. Le bruit s’amortissait. Pesant, il repartait, puis retombait encore, et encore. Un liquide. Il avait un liquide.
Pour les Onmyôji, les contes d’horreurs arrivent trop souvent. Les histoires morbides finissent par peupler leurs souvenirs, ils s’occupent du mort, du maudit, du vengeur assoiffé de sang ; de toutes les créatures nées des pires sentiments humains. J’avais déjà vu le résultat de telles infamies. Pas le processus, juste sous mes yeux.
Je compris que l’enfant, n’ayant plus de canne avait continué avec ses doigts jusqu’à s’esquinter définitivement.

J’étais terrifié. Je sentais l’odeur du sang que je répugnais, l’odeur de la maladie et de la mort qui m’horrifiait. Irrationnellement, je me trainais vers elle. Mon gardien était contre.

Imbécile ! Tu ne peux rien faire pour elle !

A peine j’arrivais, encore sonné d’avoir échappé à l’autre, qu’elle sauta de sa couche pour se jeter sur moi, prise à son tour de folie furieuse. Cette fois, adversaire à sa taille, le serpent l’enserra de ses anneaux pour l’immobiliser avant qu’elle ne m’étrangle. Le feu animait le visage de Kikoi d’expressions encore plus sinistres.
Elle faisait tellement peine à voir. Son visage était sale, taché, cireux, bien que je l’imaginais rond et tendre auparavant. Sa main droite ne ressemblait déjà plus à rien, enturbannée d’un tissu sanguinolent qui s’avérait être sa manche. Ce que j’avais devant moi, relevait d’une chose, pas plus vivante que morte. Je sentais encore sa volonté de vivre, de se battre même si elle n’était plus réduite qu’à une bête violente et inhumaine, je voulais me convaincre qu’il restait encore quelqu’un, malgré tout la vérité que je pouvais entendre. Je ne voulais la fuir, comme je l’avais fait par égoïsme, cruellement. S’il y avait encore quelque chose qui restait d’elle … je voulais l’appeler à moi.

J’ai attrapé la main encore valide des miennes, la serrant, mon mala entourant nos paumes.

Je m’excusais. M’excusais de tout, d’être incapable de l’aider, incapable de comprendre. Inutile ! J’étais inutile ! Il fallait au moins s’assurer qu’elle passerait bien de l’autre côté, à défaut de pouvoir l’empêcher de se nuire, c’était minable. Il fallait prier qu’elle rejoindrait une réincarnation moins ingrate ... Je m’excusais de choses qui ne la concernait pas.
Ses forces s’amenuisaient. Je ne pouvais rien faire à part attendre. Il n’y eut pas de confidence, il n’y eut que des cris, et toujours des cris. Je serrais toujours sa main, comme pour la raccrocher à la réalité, mais je la perdais.

Il aurait fallut l’achever.

Je ne le pouvais.

Mais il aurait fallut l’achever. Par pitié.

Puisque j’étais un incapable, elle s’en chargea.

Sa main amochée s’éleva aussi haut qu’elle le pouvait et se mit à frapper le sol. Une fois. Puis deux. Puis encore et encore, si fort qu’il m’aurait été dangereux de l’arrêter. Bientôt chaque membre suivit le même mouvement, la tête y compris, excepté cette main que je tenais que je ne voulais lâcher, que je voulais garder intacte. Je fondis en larmes et me mis à prier. Je voulus tout lâcher lorsque la chose devint plus horrible qu’aucun mot ne pouvant le décrire. J’étais vraiment un idiot. La morte-vivante, s’accrocha à moi lorsque sa chair malmenée commença à éclater.

J’étais terrifié. Mais la poigne me retenait avec une force démentielle. C’était comme une vengeance de ne l’avoir achevée tant qu’elle avait encore un peu de dignité.

Son silence ne permit qu’à mon hurlement de percer.

Le Mononoke était parti.

✧✧✧


L’Onmyôji s’arrêta. Son œil dans lequel se lisait les fantômes du passé, fut animé d’un ressenti plus vif lorsqu’il croisa la bestiole de Kurayami. Raconter cette histoire l’avait placé dans un drôle d’état, entre la fureur et la honte. Il espérait que cela suffirait pour les sortir de là.

Spoiler:
 


Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Les Contes du Temple Kurayami - Histoires Effrayantes

Revenir en haut Aller en bas
 

Les Contes du Temple Kurayami - Histoires Effrayantes

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Histoires effrayantes de Colin Lockhart
» Histoires korriganes
» LES CONTES DE LA CRYPTE (SERIE TV)
» Un temple sous terre [PV Kusari]
» Les Elfes


Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
-
..
..
...Ewilan RPG
...
..
..
..
..
...La Sérénissime...
.......