AccueilFAQRechercherMembresS'enregistrerConnexion

Partagez | .
 

 De l'Envol de l'Oiseau aux Méandres des Cendres (Libre)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Setsu Akane

avatar

Jônin

Messages : 193
Date d'inscription : 26/08/2013
Age : 27

Feuille personnage
Age: 27 ans
Titre: Jônin
Liens:

MessageSujet: De l'Envol de l'Oiseau aux Méandres des Cendres (Libre) Ven 1 Déc - 22:27

HRP :
 

Chaque jour qui passait était un jour de plus où Gekido se rapprochait dangereusement de la fin. Le point de non-retour était dépassé depuis longtemps, même si d’hypocrites médecins lui intimaient de ne pas perdre espoir. De l’espoir ? Il ne mangeait pas de ce pain. Voilà un moment qu’il se savait mourant. On lui assurait que non, qu’un traitement pouvait le sauver mais il ne se faisait aucune illusion, la Souillure le rongeait trop rapidement et il en aurait mis sa main à couper que ce soit l’œuvre de Moegami.

Le Kami des flammes l’avait renié. Ame avait aussi subit ce traitement, un peu avant lui et sans la présence de Moegami, sa santé fragile l’avait vite rattrapée. Affaiblie et malade, l’ancienne Kannushi de Setsu et future épouse de Gekido avait rendu son dernier souffle peu après… Cruelle punition de la part d’un Kami qui ne tolérait pas l’échec. Le décès d’Ame avait brisé quelque chose en Gekido. Jamais il n’aurait cru être atteint à ce point par ce genre d’événement mais, mû par sa rage et sa détresse, il en était venu à maudire le dieu même qu’il représentait. Moegami pouvait pourrir dans le Yomi pour ce qu’il en pensait. Ame avait été sa servante la plus pieuse et une Kannushi dévouée au peuple et à la gloire du Phénix, de quel droit avait-il osé la condamner à mort ? Comment avait-il pu la sacrifier inutilement ? Elle méritait mieux. Tout mais pas ça. Le Daimyo avait déversé toute sa haine sur ce Kami ingrat, craché sur lui et tout ce qu’il représentait. Il savait que la destitution d’Ame, en plus d’une punition, était un avertissement quant à ce qui l’attendait s’il venait à échouer à nouveau. Une deuxième chance gâchée le soir de son hérésie, alors qu’il avait blasphémé à l’encontre de Moegami. Ce dernier s’était aussitôt vengé et la sentence était tombée tel un couperet : Gekido avait dès lors été privé de ses pouvoirs et laissé en proie au Kegare, la Souillure corrompant son esprit après son passage dans le Yomi.

Depuis, il glissait vers la folie. Ce qui au début était des crises d’angoisses avait empiré jusqu’à devenir des épisodes de démences. Il entendait des voix, voyait des choses qui n’existaient pas. Cela n’arrivait pas tout le temps car il restait à peu près lucide la plupart du temps. Son esprit était une barque qui prenait l’eau au milieu de cet océan de souillure. Il s’en rendait de plus en plus compte à chaque fois qu’il parvenait à avoir les idées claires. La fin était proche, il le sentait et ce n’était pas la folie qui parlait. Gekido se sentait étrangement bien aujourd’hui, il parvenait à réfléchir et avait conscience du monde qui l’entourait. Il n’était pas naïf au point de croire qu’il faisait ses premiers pas vers la guérison. Il mourrait et ce jour était le calme avant la tempête. Il ne lui restait plus beaucoup de temps et il comptait bien mettre à profit le peu dont il disposait. Il avait ainsi fait demander Akane, sa sœur. Elle dirigeait le clan losqu’il n’en était plus capable et d’après ce qu’il en savait, elle s’en sortait plutôt bien. S’ils ne s’entendaient pas, Gekido n’avait aucun doute sur le fait que sa cadette soit à la hauteur de la tâche.

Elle demeurait cependant occupée à administrer les terres Setsu et il était impossible de savoir quand elle allait pouvoir se libérer. Dans la journée, il n’en doutait pas mais en attendant, il restait à Gekido des choses à faire. Il avait ainsi passé quelques heures avec Isuzu, la jeune femme qui était à son chevet depuis le début, celle-ci avait même été émue aux larmes de voir son Daimyo aussi bien portant. Il ne lui avait rien révélé de ses projets, c’était mieux ainsi… S’il était trop faible pour marcher seul, il avait néanmoins demandé à ce qu’on l’aide à se déplacer hors de sa chambre. Il avait rencontré de vives protestations mais ce fut l’occasion pour lui de rappeler qui dirigeait ici. Il désirait voir les jardins du palais… et Ame. Elle n’était plus là, bien évidemment mais cela ne l’empêcha pas de se rendre auprès de l’autel érigé en l’honneur de celle qui devait être sa future épouse. Il s’y recueillit en silence, priant une nouvelle fois pour le repos de son âme. Là où elle était, elle ne souffrait plus et Gekido n’allait pas tarder à la rejoindre. Ce lieu était rempli de souvenirs douloureux et pourtant cela renforça sa détermination. Une part de lui hésitait encore sur ce qui devait être fait mais plus maintenant, il était certain de la démarche à suivre et à n’en point douter, c’était à la Kannushi qu’il devait cela.


L - M - M - J - V - S - D
Revenir en haut Aller en bas
Setsu Akane

avatar

Jônin

Messages : 193
Date d'inscription : 26/08/2013
Age : 27

Feuille personnage
Age: 27 ans
Titre: Jônin
Liens:

MessageSujet: Re: De l'Envol de l'Oiseau aux Méandres des Cendres (Libre) Ven 1 Déc - 22:37

Tout avait été si vite et si lentement à la fois. Il semblait à Akane qu’elle était déconnectée du monde, mise à l’écart des choses dures qu’elle avait pu connaître par le passé. Elle s’était installée confortablement dans le déni et dans les bras de son amant. Depuis le « retour » de ce dernier, la Jônin ne voyait que lui, que ce bonheur que Yukino Seishin lui apportait et auquel elle ne pouvait échapper. Aucun lieu n’avait été épargné par leur fougue et, bientôt, elle se demandera quelles conséquences auront tous ces ébats. Avant cela, pourtant, la jeune femme est confrontée au décès de son amie, Kannushi du Clan, reniée visiblement par Moegami. Elle vit tout cela très mal mais savoir et être convaincue que son frère gouverne la rassure, tout en l’aidant à garder courage. En proie aux faiblesses de la Souillure quelques fois mais tout à fait pris en main et soigné par ses guérisseurs, médecins comme religieux, il assure la continuité et la pérennité du Feu. C’est une nouvelle désillusion qui la heurte quand elle se rend compte qu’il n’en n’est rien, lorsqu’on la fait officiellement demander au Château.

Il y a du monde devant elle, autour du Seigneur et beaucoup de bruit d’abord. Akane se présente en tant que sa sœur, on la respecte et on lui laisse la place de s’avancer mais elle n’échange pas avec lui, elle n’en n’a pas vraiment le temps ou l’occasion. Impassible, elle saisit alors la gravité de l’état de son aîné. Amaigri, encore plus qu’au sortir de son sommeil, il a la force de s’exprimer mais son esprit semble tenter de s’échapper à tout moment de ce corps proche de la fin. Sa prestance et son autorité sont toujours là mais elle réalise également qu’on ment à son frère. Il n’y a plus d’espoir. Finalement, elle attend la nuit pour s’infiltrer dans la chambre, par la fenêtre, sans que personne ne la voit, tant elle connaît cet endroit par cœur et les façons d’y entrer incognito.

« Entre, ma sœur, entre. La régence doit t’occuper, j’apprécie que tu sois revenue aussi vite. »

Mononoke est là physiquement, masquée mais l’âme et le cœur de ces trois identités palpitent d’une curiosité qu’elle n’a jamais connue jusqu’ici. La jeune femme retire son masque en arrivant vers son aîné, pour mieux le distinguer dans la pénombre.

– Tu n’as pas souvent été ravi de me voir. Que t’arrive-t-il ?

Gekido est assis dans son lit, pas aussi léthargique qu’à son habitude et parait même lucide.

« Ai-je été quoi que ce soit ces derniers temps, sinon mourant ? Il y a des sujets importants que je dois aborder avec toi. Non seulement parce que tu diriges le clan en mon absence mais aussi parce j’ai des choses à te dire, de la part d’un frère à sa sœur. Alors installe-toi, je serai bref. »

Mourant. Le mot la choque parce qu’il n’en n’a plus l’air. Il a toujours été fort. Même quand, lorsqu’il y a quelques mois, il s’est endormi et en est revenu gravement atteint. Il est le Feu, la Flamme, choisi par Moegami, choisi par Ame. Akane se rapproche en silence, comme il le lui demande et s’assied à son chevet plutôt qu’en face de lui. Seule la lueur de la lune permet à la Jônin de distinguer que son frère semble plus lucide et concentré qu’un peu plus tôt dans la journée.

– Je t’écoute.

« Je vais bientôt mourir. Cette nuit ou demain, je ne sais pas mais je risque de ne pas me réveiller la prochaine fois que je ferme les yeux. »

Un battement de cœur raté et elle avale sa salive difficilement. Sans savoir pourquoi, la jeune femme attrape sa main tendrement, sans pourtant oser croire ce qu’il lui dit.

– Tu ne peux pas dire ça, Gekido. Setsu revient à la vie. Beaucoup de gens sont morts mais tu ne les rejoindras pas. Je reste ici si tu le souhaites, pour veiller à ton rétablissement...

Elle désavoue l’état du Daimyo. Mais si les religieux n’ont pas réussi à soigner son frère pendant quatre longs mois, c’est qu’il n’y avait déjà plus rien à faire.

Un vague sourire passe sur ses lèvres décharnées. Il a le regard d’un père attendri par la naïveté d’un enfant.

« Ce rétablissement ne viendra pas. La Souillure me ronge depuis trop longtemps et bien trop rapidement. Je la sens imprégner tout mon être. Elle coule dans mes veines, gâche le goût de tout ce que j’avale et obscurcit mes pensées. C'en est écœurant. L'air est fétide et mon estomac ne demande qu'à la vomir. »

Il n’a pas l’air d’être en train de délirer comme il le faisait dernièrement.

« Je suis affaibli et chaque matin, je suis un peu plus fou que la veille. Si j’avais dû guérir, cela se serait passé il y a bien longtemps. Je n’ai pas perdu espoir, Akane car depuis le début il n’y aucun doute quant à l’issue de tout ceci. Voilà un moment que j’ai accepté la mort et pourtant, elle vient plus vite que je ne l’aurais cru. »

La Jônin avait souvent rêvé de mettre un terme à l’existence de son frère. Ils ne s’étaient pas entendus et pas réconfortés depuis bien des années. Pourtant, cette séparation lui fait terriblement peur. Qu’adviendront Setsu Akane, Mononoke, la commandante des Shinobi, sans forme d’opposition, sans autres directives que ses propres ordres ? L’angoisse l’empêche de respirer correctement. Elle serre un peu plus fort sa main squelettique et les larmes lui montent rapidement aux yeux.

– Tu ne me laisses même pas le droit de m’opposer à ça. Quel grand frère bien cruel tu auras été, tout au long de ton existence... Et je ne veux pas que tu partes... Je t’ai dit des choses terribles et je les pensais si fort. Maintenant... Ame est partie et tu comptes la rejoindre. Que puis-je regretter de tout cela ?

Elle se ressaisit sans trop savoir comment puis elle baisse la tête et essuie rapidement son visage.

– Que voulais-tu demander à ta sœur ?

Un rire amer s’échappa de la gorge de Gekido, un rire qui ne se communiqua pas à ses yeux.

« Je ne m’excuserais pas pour ce que j’ai dit ou fait. J’ai toujours agi de la manière que j’estimais juste et je ne dirais jamais le contraire juste pour avoir un peu de sympathie sur mon lit de mort. »

Le ton était dur, il restait l’homme qui avait dirigé Setsu pendant toutes ces années.

« J’ai des choses à te révéler avant tout. Comme tu le sais, Ame a été destituée par Moegami. En ce sens, elle n’est pas partie à proprement parler : la décision du Kami l’a condamnée à mourir de sa faible constitution. »

Il marque une pause, réfléchissant aux mots qu’il va employer.

« Elle n’a pas été la seule à perdre la faveur de Moegami… »

Comme rassurée par le fait qu’il reste lui-même, elle n’en n’est pas moins surprise par sa réaction et par sa révélation. Si le Kami lui-même a renié son frère, où réside encore sa force ? Il lui semble mieux comprendre cet abandon, ce Destin accepté, ces ressources perdues. Il lui faut accepter que Moegami a choisi de rendre son frère malade ? Akane ne s’emporte pas et accepte ce jugement.

– Personne ne te demande de t’excuser. À part le peuple, peut-être... Mais même des excuses ne suffiraient pas. Il y a des choses qu’on ne répare pas. Penses-tu que tout cela soit dès lors une punition ?

Elle savait être crue quand elle le voulait aussi. Et comme pour se rattraper de ces mots tranchants, elle n’attend pas sa réponse tout de suite.

– Je pense t’avoir assez montré le bon chemin pour ne pas te fouetter doublement. Tu restes mon frère... la décision d’un Dieu, aussi puissant soit-il, n’y changera rien.

« C’est une punition. »

Il confirma sans ciller. Gekido était habitué aux paroles incisives de sa sœur et il ne comptait pas s’emporter aujourd’hui.

« Pas pour les raisons que tu penses, ceci dit. Comprends-moi bien, si c’était à refaire je ne changerai rien à mes actes de ces dernières années. J’ai élevé le Clan, passé des mois à réparer les erreurs de notre père jusqu’à faire de Setsu une puissance redoutable. Nous n’avons connu ni guerre ni famine et si certains ont souffert, tant pis. Ne te limite pas à quelques individus, essaie d’imaginer les choses dans leur ensemble. Je me contrefiche du peuple et cela convenait à Moegami, le destin de quelques vies ne le préoccupait pas. Non tout a commencé il y a quelques mois, les événements ont mené Ame à être reniée par le Kami du feu parce qu’il l’a jugée incompétente. Mon cœur saigne encore de l’avoir vue mourir… Cela m’a mené à commettre une erreur. J’ai sans doute été celui qui a renié Moegami en premier mais il s’est assuré que je n’en sorte pas indemne. Si ça n’avait tenu qu’à lui il m’aurait laissé mourir de la Souillure après une longue agonie mais je risquais d’en sortir. Si mon état se dégrade de manière aussi fulgurante, il en est le seul coupable. »

Elle retrouve son frère vigoureux, celui qui impose ses idées en se fichant de la vision des autres. Pour ceci, elle est encore une fois confortée : Setsu Gekido vivra éternellement en chacun. Akane y veillera, en tout cas. Mais elle est plus surprise de ce qu'il lui révèle ensuite. Parce que le Daimyo mourant avoue pour la première fois : il aimait sa future épouse. Mieux encore, il n'avait pas accepté son sort. Et ainsi fut-il mené à sa perte par Moegami lui-même. Lentement. Sinueusement. Akane passe de la tristesse à l'étonnement. Un éclat de rire manque de lui échapper mais elle est bien trop émue par ce qui se passe pour se moquer de son aîné.

– Lui diras-tu jamais, lorsque tu rejoindras celle que tu aimais ? J'ose l'espérer... Elle ne le montrait pas mais c'est bien tout ce qu'elle espérait dans ses derniers instants.

Un léger silence et elle s'installe plus près de Gekido.

– Je ne répèterai pas que tu es mort par amour... on pourrait croire à une malédiction familiale. Ou simplement imaginer cette faiblesse et la porter longtemps. À moins que tu me le demandes, je garderai seule ces dernières traces de toi.

Elle pose sa tête sur l’épaule de son aîné et répète, doucement, au rythme de ses derniers soupirs.

– Que voulais-tu demander à ta sœur ?


L - M - M - J - V - S - D
Revenir en haut Aller en bas
Setsu Akane

avatar

Jônin

Messages : 193
Date d'inscription : 26/08/2013
Age : 27

Feuille personnage
Age: 27 ans
Titre: Jônin
Liens:

MessageSujet: Re: De l'Envol de l'Oiseau aux Méandres des Cendres (Libre) Ven 1 Déc - 22:48

« Sa santé était sur le déclin et je refusais de la laisser partir ainsi. J’ai pu apaiser ses doutes avant qu’elle ne s’en aille. Ne t’en fais pas Akane, elle a entendu tout ce que j’avais à lui dire. »

Entre sa future épouse et lui, Gekido était celui qui avait le moins cette mort injuste. La colère avait ensuite parlé et l’avait mené là où il était aujourd’hui. Une drôle de fin pour le Seigneur Setsu.

« Ame connaissait mes sentiments, c’est tout ce qui m’importe. Laisse-moi être aux yeux du peuple une énième victime de la Souillure. J’ignore quelles seront les réactions face à l’idée d’un Daimyo renié par Moegami, inutile de prendre des risques. »

Savoir que son amie a pu partir l'esprit apaisé la conforte dans son idée de toujours. Il reste bien un bon fond à son frère, quelque part. Mais personne ne l'aura vu à part elle. Gekido souhaite que sa soeur mente, qu'il soit aux yeux des Setsu une victime des Yokaï, des évènements de ces derniers temps. Alors elle lui promet en joignant sa main à la sienne, comme deux enfants qui liraient leurs auriculaires.

L’homme déglutit, réfléchissant à la meilleure façon de présenter les choses.

Il n'hésite pourtant jamais... A-t-il profondément peur ? La Jônin le pense. Et jusqu'ici, elle n'avait pas écouté son aîné avec autant de respect.

Quelques secondes passèrent encore avant que les premiers mots ne franchissent ses lèvres.

« Je t’ai dit que j’allais mourir mais je suis certain que mon âme ne trouvera pas le repos. Je crains de connaître le même destin que Fukyuu Yukimura. Moegami n’est pas connu pour sa bienveillance, j’ai été Daimyo assez longtemps pour saisir en partie sa manière de penser et je suis certain qu’il ne me laissera pas mourir. La mort est un châtiment trop doux pour le fou qui se détourne de lui. J’ai de bonnes raisons de penser qu’il ne restera de moi qu’un Yokai. Je les haïssais, ce n’était pas un secret et y a-t-il une punition plus appropriée que de me changer en l’un deux ? »

Ce n’était pas son esprit qui divaguait, il avait vaguement conscience de l’issue de tout ceci depuis la seconde où il avait perdu la faveur de son Kami.

« Akane… Je vais te demander une chose, une seule chose. J’ai besoin que tu mettes un terme à ma vie. »

C’est la colère qui la saisit face à cette demande insensée. Akane se place alors en face de Gekido, le regard planté dans le sien, la voix tremblante.

– La folie a-t-elle emporté tout l'honneur qui te restait ? Tu ne sais même pas la moitié de ce que j'ai fait dans ma vie... Le guerrier en toi n'a-t-il aucun principe ? Je ne suis pas Samouraï... Il n'y a pas plus sale que mes mains. Pourquoi ne pas demander cela à ton Taisho ? À des personnes qui effectueraient la tâche avec une immense reconnaissance ? Tu meurs, Gekido. Accorde-toi un peu de prestige, bon sang. Pourquoi moi ?

À nouveau, les larmes lui montent aux yeux. Elle sait qu'elle ne rira plus, aujourd'hui. Et peut-être plus qu'en présence de Seishin, désormais. Pour un bon bout de temps, du moins.

Le Seigneur pinca les lèvres. S’il n’avait ni l’envie ni la force de s’énerver aujourd’hui, il n’appréciait quand même pas qu’on discute aussi ouvertement ce qu’il disait. Officiellement, il restait Daimyo tant qu’il était en vie et il comptait bien se faire obéir, même quand ses demandes pouvaient paraître insensée.

« Voilà des jours que je n’ai pas eu l’esprit aussi clair. » lâcha-t-il sans la quitter des yeux. « Les médecins te l’ont dit, non ? Je suis condamné dans tous les cas. Ils refusent de me le dire en face et pourtant tous parlent comme si je n’étais déjà plus là. Je ne suis pas encore totalement fou, Akane, et je compte bien partir avant de perdre toute ma tête. »

Isuzu avait été la première à lui dire la vérité mais au fond, il s’en doutait déjà depuis un moment. Les dés étaient pipés depuis le début, jamais il n’avait eu sa chance mais tant pis, il comptait bien faire un ultime pied de nez à Moegami.

« Tu ne provoqueras pas de réaction chez moi en me parlant d’honneur. C’est à la fois la baguette et le levier que j’utilise mais ne compte pas sur moi pour prendre part à ce petit jeu. Mourir est la seule chose qui m’importe et quitte à choisir une main pour le faire, j’aime autant que ce soit la tienne. Laisser n’importe qui porter atteinte à ma personne serait une mort déplorable. »

Un sourire sans joie étira ses lippes, comme s’il avait trouvé quelque chose de vaguement drôle à cette situation.

« Combien de fois m’as-tu pensé fou et envisagé de me passer une lame au travers du corps ? Et maintenant que mon esprit s’embourbe dans la Souillure et que tu as l’occasion de le faire, tu refuses ? Je ne te suis pas. Je suis trop faible pour me suicider sinon j’aurais mis un terme à tout cela moi-même. »

Tout objet dangereux avait été retiré de la pièce afin qu’il ne se blesse pas lors de ses épisodes de démences. Si on ajoutait à cela le fait qu’il soit incapable de faire plus de quelques pas lorsqu’il était en forme, son seul espoir était de se briser la nuque sur le sol…

« Est-ce trop te demander de me permettre de mourir en paix ? »

Le discours ne change pas. Il reste figé, comme ce regard qu'elle lui adresse. Le Daimyo est décidé, préparé à la fin. Et il en veut une digne, en présence de la seule personne de confiance qui reste proche de lui. N'existent plus le Samouraï et le Dirigeant. Seul reste l'homme et sa fierté. Celui qu'Akane à chéri toutes ces années. Alors doucement, elle murmure.

– Je t'ai pensé fou, oui. Et j'ai pensé à t'éliminer plus d'une fois. Mais tu restes mon frère. L'affection que je te porte est sincère, encore marquée du peu de complicité que nous avons partagé il y a fort longtemps... Je voulais que tu vives, que tu continues à régner. Je voulais continuer à t'envoyer sur les roses parce que c'est le seul lien qui nous restait. Tu es mon sang. Et il ne me restera de Setsu que le nom, une fois ta demande exaucée. Ce que tu me laisses n'implique pas que toi.

Il faudra qu'elle parte si vite après son ouvrage... Et qu'elle s'occupe de la suite, en attendant le nouveau choix de Moegami. À l'aide de gestes précis, elle sort l'un de ses wakizashi de sa saya et de l'autre main, délicatement, la Jônin dégage la poitrine et le ventre des vêtements de son aîné.

– Ne pas être n'importe qui me suffit... Mais as-tu encore des pensées à exprimer ? Que je puisse transmettre ou répandre ?

Le Seigneur Setsu ne tressaillit pas lorsqu’il sentit la pointe d’acier froide se poser contre son torse. Il n’avait pas peur, c’était ce qu’il voulait.

« Eh. À peine convaincue et te voilà déjà prête à le faire. »

À quoi bon résister encore, le contredire alors qu’il parle si bas qu’elle l’entend à peine ? À quoi bon l’énerver encore, alors que tout ce que souhaite Akane est d’entendre dans le discours de sa chair un moindre intérêt pour elle.

Il appréciait qu’elle ne discute pas ses ordres plus que nécessaire. Cela lui facilitait la tâche. Gekido souhaitait partir sans attendre, tant qu’il parvenait à rester lucide. Il avait terminé tout ce qu’il avait à faire aujourd’hui, plus rien ne le retenait parmi les vivants.

« Une dernière chose cependant… » ajouta-t-il à demi-voix. « Appelle ça une prophétie si tu veux mais sache qu’il est probable que tu me succèdes de manière officielle. »

Si Moegami était capricieux, il n’était cependant pas complètement demeuré. En choisissant Gekido, il avait opté pour quelqu’un lié au précédent Seigneur, éduqué pour diriger et surtout, quelqu’un qui connaissait les rouages de la politique. Aux yeux du mourant, il était probable qu’Akane lui succède. Elle aussi était une Setsu en plus d’être compétente. Puis, après avoir sacrifié Ame et Gekido, ne serait-ce pas la cerise sur le gâteau que de mettre le grappin sur la sœur de ce dernier ? Mais peut-être était-ce seulement la folie qui parlait…

Il est fou, c’est effectivement ce qu’elle pense. Quelle idée aurait le Kami de la choisir ? Il ne lui restera que l’ambition d’un Clan protégé par les Ombres, par les valeureux guerriers des Flammes. Elle servira le prochain Seigneur, s’il est disposé à avoir un bras droit discret. Ou se révoltera contre le prochain Élu qui décidera de tout pour son lieu de naissance. Elle le suivra dans les couloirs de ce Château qu’elle n’aimait pas jusqu’à maintenant mais qu’elle trouvait chaleureux, ainsi habité par son aîné. Ame et lui n’auront pas d’enfants... Il ne restera qu’elle, seule représentante de sa famille qu’elle connaisse. Une sang pure qu’on cherchera probablement à marier.

« Dans tous les cas, prends garde au Phénix. Vois comment il s’est débarrassé de la Kannushi et du Daimyo sur un coup de tête… Tu risques de ne pas avoir d’échappatoire s’il te marque alors fais attention. Je ne sais pas s’il est possible ni même sage de te détourner de lui mais garde en tête que parmi tous les coups de couteau dans le dos qu’on risque de te donner, le sien sera là aussi et ne frappera qu’une fois. »

Elle ne l’écoute plus que d’une oreille, tant cette possibilité lui semble insensée. Mais perdue dans ses pensées, elle relâche la pression de la lame, que Gekido s’empresse de replacer correctement. Akane doit tuer son frère. Il lui demande à elle. La jeune femme sera la seule à porter ce fardeau, à avoir vécu ce moment.

« Je n’aurais jamais cru désirer la mort aussi ardemment… Allez, finissons-en. »

– Je vais faire vite et bien.

Un sourire mais une larme roule sur sa joue. Elle tente une dernière approche, la voix tremblante.

– Te soucierais-tu de mon sort, mon frère, pour me donner de tels conseils ?

« Le clan Setsu doit perdurer. »

Ainsi donc furent ces derniers mots. Elle n’aura donc pas ce qu’elle souhaitait entendre. Sans hésitation, elle transperce son cœur, dans un élan de haine, de plaisir, de professionnalisme. Mais aussi et surtout, sur une impulsion d’amour inconditionnel. Elle serre son aîné quelques secondes dans ses bras avant de le reposer délicatement sur son futon. La Jônin pleure silencieusement tout en essuyant absolument toutes les traces de son passage ici. On pensera à un meurtre aux vues de la faiblesse de l’homme mais l’assassin restera introuvable. La seule fierté de Setsu Akane sera que la fin de Setsu Gekido aura été signée de son sang. Tout le reste sera tristesse et devoir.


HRP :
 


L - M - M - J - V - S - D
Revenir en haut Aller en bas
Setsu Akane

avatar

Jônin

Messages : 193
Date d'inscription : 26/08/2013
Age : 27

Feuille personnage
Age: 27 ans
Titre: Jônin
Liens:

MessageSujet: Re: De l'Envol de l'Oiseau aux Méandres des Cendres (Libre) Ven 1 Déc - 22:56

HRP :
 

Quelques propos de la missive officielle envoyée aux Samouraï, Kuge et autres familles nobles qu'Akane a écrit:
Setsu Akane, fille de feu Setsu Ichigo, Daimyo Setsu en son temps, vous annonce avec tristesse le décès de son frère aîné et Seigneur du Clan, Setsu Gekido. La Souillure l'a emporté en date du 7 décembre de l’année 41. La date de la cérémonie publique vous sera communiquée ultérieurement, une fois la veillée funéraire honorée par les proches.

Dans les heures qui suivirent le décès de Setsu Gekido, on l’avait appelée en panique pour lui annoncer cette nouvelle qu’elle savait déjà. Akane avait eu le droit de s’éterniser dans la pièce, de pleurer son frère, seul membre restant connu de sa famille. On lui avait demandé d’accomplir le matsugo no mizu et elle avait installé, avec de l’aide, le makura-kazari. C'était sans grandes convictions, bien sûr, étant données les dernières paroles de son frère qui attendait la mort comme une délivrance. Autour des mains encore souples du Seigneur, elle avait lié elle-même le juzu, là encore sur un scepticisme qu’elle dissimulait aux yeux de tous. Il n’est qu’un seul Dieu que son aîné vénérait et c’était lui-même. Faisant suite à la Souillure dont il avait été victime ces derniers mois, un tantô fut disposé sur le torse encore sali de cet emblème des Flammes. Akane était allée quérir une bonne fortune à lui laisser pour ce passage qu’elle espérait pouvoir traverser lorsqu’elle trépasserait à son tour.

Volontairement et sans exagération, la cadette s’était écroulée sur le corps de son aîné. Ses talents de comédienne lui avaient valu une semaine d’isolement et de purification dans la chambre-même du défunt, semaine qu’elle exploita pour préparer les obsèques prévues le 12 décembre. Comme il n’existait plus de « fils aîné » pour s’en charger, elle fut désignée et décida d’aller à l’essentiel. Le Temple Kaigen souffrant encore de sa destruction récente, elle choisit un autre Temple, proche du Château, pour effectuer les rites funéraires auxquels seraient conviés les pontes du Clan mais également les gens du peuple. Pendant ce temps, on envoie des Eta nettoyer l’enveloppe charnelle et l’habiller formellement, comme le désire la coutume. Et c’est lorsqu’elle assista à l'après des soins qu’Akane comprit toute la souffrance physique et psychologique que son frère avait subi ses dernières semaines d’existence.

Après tout cela, l’on aurait presque dit qu’il avait meilleure mine que ce soir-là, une fois que le Seigneur fut apprêté dans son cercueil. Il avait conservé un visage paisible, même après l’introduction de cette lame au travers de sa poitrine. La jeune femme ne fit alors que soupirer et s’occuper conventionnellement de tout ce qui s’en suivit. La Jônin se présenta au peuple et aux pontes durant toute la veillée en tant que Setsu Akane et même après, lorsqu’on la demandait. Elle aussi vêtue de blanc, elle afficha une féminité et une grâce qu’elle cherchait à tout prix à masquer pendant des années. Mais elle devait cela à son frère et à ce qui restait de sa famille... un peu de dignité. Bien que son identité publique soit largement moins renommée que Mononoke, ces derniers temps, elle tenait à affirmer l’existence des Setsu malgré cette fin.

Le sôryo fit son office et affubla Gekido d’un « Kyokai-sama » pour la longue route qui l’attendait. Et tandis que chaque personne retournait chez soi, Akane resta à Moe avec Seishin, le temps de se faire à l’idée qu’elle devra elle-même saisir avec des baquettes les restes de son frère, après la crémation. Cette dernière eut lieu à la date précise énoncée et annoncée officiellement. Encore une fois, c’est en se retrouvant devant une assemblée si immense que la jeune femme réalisa à quel point son aîné représentait la force et l’avenir. Le Clan, affaibli par les incidents de la Faille, aurait de la peine à se remettre de cette disparition, comme il avait eu des difficultés à surmonter la mort de Setsu Ichigo. Mais elle avait fait la promesse de tenir Setsu et de faire exister cette famille. Et du peu de promesses qu’elle fit, Akane les avait toujours tenues.

Ainsi, le corps de Kyokai-sama ne fut réduit qu’à une urne, que sa cadette déposa dans son ancienne chambre, avant qu’elle ne soit finalement entreposée dans le caveau familial. Cette pièce du Château devint un autel, au fil des semaines qui défilèrent, où les gens du lieu n’allaient pas si souvent. Quarante-neuf jours passèrent ainsi et, en temps et en heure, on rendait aussi hommage aux défunts de la Faille par un lâché de lanternes magnifique. En temps en heure, la Jônin délégua quelques-uns de ses pouvoirs et de ses tâches à son bras droit pour mieux gérer Setsu en attendant le nouveau choix de Moegami, resté discret jusqu’ici.

Elle ignore tout de la suite. Elle ne sait pas ce qui grandit en elle physiquement, intellectuellement et spirituellement. Tout ce qui arrivera avant la fin du deuil changera drastiquement le Clan en quelque chose d’autre. Mais peu lui importe, à l'aube de l'Hiver. Car du haut du Château Nikkou, scrutant les foules et la vie de son Clan, Setsu Akane veille au bien-être du peuple, avant d'être choisie par la Divine Incandescence. Sous son masque de Mononoke, elle admet que le choix prochain du Kami rendra à nouveau l’espoir possible. À cette idée se dessine finalement, sur son visage, la joie d’un sourire.


ANNONCE :
 


L - M - M - J - V - S - D


Dernière édition par Setsu Akane le Lun 18 Déc - 16:32, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Seiryuu Ishizuka

avatar

Taisa

Messages : 129
Date d'inscription : 17/05/2017
Age : 32

Feuille personnage
Age: 30
Titre: Taisa de Boya
Liens:

MessageSujet: Re: De l'Envol de l'Oiseau aux Méandres des Cendres (Libre) Dim 17 Déc - 16:28

Le daimyo était donc mort.

Lorsque le moustachu de Boya apprit la nouvelle, ce fut comme un choc. C'était en partie grâce à lui qu'il en était arrivé là. Souvent déprécié par ses choix, sa rigueur et sa rudesse, lui ne voyait qu'en cet homme un homme fort, sachant tenir d'une main de fer tout un clan et en faire une renommée de par tout le Yokuni. Il n'avait pas été choisi par Moegami pour rien après tout. De cette famille, il ne restait plus qu'une jeune femme que lui ne connaissait pas, ou vraiment peu. C'est qu'elle ne s'était jamais vraiment montrée publiquement, mais il était assez logique que ces habitudes changent avec cette triste disparition.

C'est donc après quelques jours que la crémanation fut annoncée, datée, et en tant que taisa de Boya, il se faisait un devoir d'y assister et de porter la voix de ses hommes d'armes pour lui rendre un dernier hommage, tout comme il le méritait. Beaucoup de choses se racontaient à son sujet, comme quoi il était souillé et que la Mort elle même était plus une libération qu'une épreuve en soi. C'est durant la cérémonie qu'Ishizuka aperçut la soeur du défunt daimyo, une certaine Akane. Elle semblait décidée pour faire avancer les choses, et pas s'apitoyer sur le cadavre de son frère éternellement. Après tout, c'est aussi à cela que l'on reconnait les grands hommes et les femmes de renom, de par leur capacité à surmonter les épreuves et s'en servir pour devenir plus fort que la veille.

Le taisa arborait les couleurs de son clan, les symboles de son clan, ses armes qui représentaient sa fonction, et se posta dans l'assemblée, ni sur le devant, ni sur l'arrière, comme cherchant à se mêler à la foule, ne souhaitant pas se mettre en avant dans un jour pareil, mais souhaitant tout de même montrer son soutien à la famille du défunt. D'ailleurs, lorsqu'il croisa furtivement le regard de la jonin, il inclina directement le buste en sa direction, marque de respect qu'il montrait en ce jour et qu'il saura faire perdurer dans les mois qui allaient venir. Le clan allait évidemment souffrir de cette perte, et il comptait bien dès son retour à Boya, prier leur Kami Moegami pour qu'il leur offre un nouveau daimyo ou une nouvelle dame digne de porter plus haut les étendards des flammes éternelles Setsu.

Ils étaient un clan, plus que ça, une nation, une volonté, une fierté, et celui ou celle désigné par Moegami allait devoir incarner tout cela. Il savait pertinemment que l'exercice se fera difficile, de surcroît lorsque l'on se doit de succéder à un personnage aussi haut en couleur que Gekido, mais il faisait clairement confiance en son kami pour les guider vers le meilleur des chemins qui leur était possible.

Il passa quelques instants à la fin de  la cérémonie, non loin de la porte de la chapelle, à saluer quelques personnes qu'il reconnaissait, parfois des soldats hauts gradés qu'il avait eu la chance de cotoyer sur divers champs de batailles, ou bien des kuge, et tout autre représentant de tel ou tel domaine qu'il connaissait à minima de visu. C'était aussi l'occasion de voir comment le peuple se porterait, comment il réagirait à cette disparition, et surtout, il espérait voir ces flammes chaudes et pleines de vie et de hargne briller dans les yeux de chacun.

Tout daimyo du Feu ne meurt pas. Tel le phoenix, il ne fait que disparaitre pour revenir sous une autre apparence. Il lui tardait de savoir de quel bois sera fait le prochain oiseau de feu.
Revenir en haut Aller en bas
Etsuko

avatar

Civil

Messages : 31
Date d'inscription : 21/12/2016

Feuille personnage
Age: 20 ans
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: De l'Envol de l'Oiseau aux Méandres des Cendres (Libre) Lun 1 Jan - 21:06

Une fois faite, l’annonce de la mort du daimyo avait traversé le clan en un clin d’œil. L’ancienne kannushi avait été reniée, la nouvelle était morte, puis ça avait été le tour de celui qui avait été autrefois élu. Etsuko n’était pas quelqu’un de très pieu, elle ne fondait pas tous ses espoirs dans la religion ni dans les volontés incompréhensibles d’un Kami, mais dans tous ces bouleversements, elle ne pouvait s’empêcher d’y voir un signe. Le vent tournait, les choses allaient changer. Elle était persuadée qu’un Kami avait largement les pouvoirs de sauver la vie d’un simple mortel, que la souillure aurait tout à fait pu lui être épargnée. N’avait-il pas été abandonné ? Pour ses actes. Pour ses décisions. C’était ce qu’elle pensait.

Elle n’avait pu s’empêcher de sourire, discrètement, simplement. Elle y voyait un espoir. Après les souffrances, le chaos, les conflits, la misère et les pleurs, un nouvel air se diffusait peu à peu sur les terres du clan du Coq. Rien n’était encore fixé, il n’y avait encore eu ni Élu ni Hôte pour succéder à ceux qui avaient rendu leur dernier souffle. On ne pouvait pas deviner de quoi l’avenir serait fait, mais on pouvait espérer, imaginer, prier.
Elle voulait que ces événements sonnent la fin d’une ère contre laquelle elle avait voulu se battre de toutes ses forces, ce qu’elle avait fait en partie, avec ses moyens réduits et sa vie insignifiante. Demain, un soleil différent se lèverait-il ?

Ce n’était certainement pas dans ses habitudes de prier ainsi. Elle ne le faisait généralement qu’en dernier recours, persuadée de ne plus avoir d’autres alternatives ou au contraire, pour des choses bien frivoles. Aujourd’hui cependant, elle avait une pensée pour tous les Setsu et elle espérait sincèrement que ses pensées seraient entendues. Ils avaient besoin d’un autre avenir, pas de celui qui avait été tracé dans la douleur et la violence par Setsu Ichigo puis par Setsu Gekido. Il ne restait d’ailleurs presque plus rien de cette famille, peut-être anéantie par ses ambitions trop grandes, étouffée par sa cruelle prétention. De cette sœur qu’il restait, elle ne savait pas grand-chose.

Elle voulait désormais que la douleur s’efface, que la paix renaisse, maintenant que Yokuni était sauvé de ce danger qui les dépassait, maintenant qu’il y avait encore tant de deuils à porter. Il fallait que ça cesse. Pour une fois, elle voulait que Moegami accomplisse ce simple vœu.



~
L-M-M-J-V-S-D
Disponibilités RP sur le compte Maeda Ryohei
Revenir en haut Aller en bas
Matsui Yūko

avatar

Jushoku

Messages : 19
Date d'inscription : 08/10/2017

Feuille personnage
Age: 30
Titre: Jushoku
Liens:

MessageSujet: Re: De l'Envol de l'Oiseau aux Méandres des Cendres (Libre) Dim 7 Jan - 18:27



Lorsque le message fut apporté au temple Kaigen, Matsui Yuko était en pleine prière. Les paroles du messager ne furent pas nécessaires et ne furent donc pas écoutées. La Jushoku avait su lire à travers son regard. Sa voix n’avait pas été entendue. Elle n’avait pas su convaincre le phénix. La vie du Daimyo était sienne et il l’avait retirée.

Ses paupières se fermèrent alors que dans un silence sans faille, elle reprit sa médiation.

Il était inutile d’en connaître les raisons. Aucun homme, aucun être sur terre ne pouvaient prétendre comprendre l’esprit complexe d’un Kami, même les Kannushi ne pouvaient tout expliquer. Les dieux les mettaient à l’épreuve. Et ils devaient se montrer à la hauteur, s’ils ne voulaient pas subir leur colère.

Sa présence le jour lors des funérailles était une évidence. Jamais, elle n’avait eu la chance de réellement côtoyer ce dernier. Elle n’avait pas toujours partagé ses ambitions. Cependant, il n’en restait pas moins un chef, un élu, un pilier pour son clan. Si elle était ici, c’était avant tout pour lui. Son rôle était d’assister le sôryo désigné par la famille, faire en sorte que feux Setsu Gekido quitte le monde des vivants sans mal. Ses vêtements, généralement flamboyants, étaient aujourd’hui aussi sobres et blancs que possible. Aucun bijou, aucun ornement ne décoraient sa personne. Son maquillage avait également disparu. Son regard rempli d’assurance devenait discret. C’était sa façon d’exprimer sa peine et de ne pas imposer sa présence. Ce n’était pas à elle de briller, ce n’était pas à elle de diriger ce voyage. Elle n’était qu’une accompagnatrice, une guide supplémentaire.

Ce ne fut que lorsque la cérémonie fut terminée, qu’elle se permit de penser. Ses craintes se dirigeaient vers la famille Setsu. L’angoisse et la colère des citoyens envers le phénix grondaient dans les villes du feu. Et même si cela restait compréhensible, il était dangereux, trop dangereux de se détourner des Kamis. Il fallait donc apaiser les esprits. Est-ce que le nouveau pilier en avait conscience ? Elle osait l’espérer, pour l’avenir de tous.

L’impuissance la rongeait depuis la destruction de son temple. Son pouvoir était limité, son influence presque anéantie. Mais si elle se tenait encore debout, c’est qu’elle n’avait pas encore déçu l’Oiseau de feu. Il lui restait donc encore à faire, beaucoup à faire.


L M M J V S D
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: De l'Envol de l'Oiseau aux Méandres des Cendres (Libre)

Revenir en haut Aller en bas
 

De l'Envol de l'Oiseau aux Méandres des Cendres (Libre)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» [Thème 5] L'envol de l'oiseau bleu(MIS)
» Grady Tyler, l'Oiseau qui ne pouvait pas prendre son envol.
» Un oiseau qui chante....
» L'oiseau messager
» Deux oiseau etrange(PV Duscisio)


Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
-
..
..
...Ewilan RPG
...
..
..
..
..
...La Sérénissime...
.......