AccueilFAQRechercherMembresS'enregistrerConnexion

Partagez | .
 

 Rencontre à Venise

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Abe no Chikanori

avatar

Admin
Onmyôji

Messages : 676
Date d'inscription : 12/04/2017

Feuille personnage
Age: 23 ans
Titre:
Liens:

MessageSujet: Rencontre à Venise 4/8/2018, 18:10

La réponse que je fais est suite au magnifient post de Bara pour l'épreuve de séduction de la Serenissime. Pour le lire, c'est par là, ou en quote ci-dessous.

Citation :
Venise. Ces drapés brillants et lourds, ces couleurs chatoyantes, ces masques impressionnants par leurs diversité et leur détails, ce monde, ce bruit, cet air frais et un peu humide, cette chaleur, ces lampes tamisées le long des quais.

Hateku Bara ne cessait de s’extasier depuis qu’elle était ici. Tout était différent, tout était beau et grandiose. Un feu d’artifice explosait dans son coeur et dans ses yeux à chaque nouvelle découverte.

Le carnaval était largement digne des plus grandes fêtes d’Ite, la capitale des Glaces qu’elle chérissait tant chez elle. Elle n’avait pas eu peine à croire que six longs mois étaient utilisés pour préparer cette période si particulière, tant le nombre de moyens et de gens étaient mis visiblement à contribution.

Les arts, par dessus-tout, intéressaient bien sûr particulièrement la geisha. C’était principalement pour ça qu’elle était là. Elle s’arrêtait pour écouter les musiciens, essayer de comprendre leurs rythmiques, leurs chants, leurs mélodies. Pour cette artiste qui apprenait pourtant depuis de longues années, il lui semblait qu’un autre monde s’ouvrait à elle.

Bien sûr, nombre de gens laissaient leur regard s’attarder sur cette petite jeune femme d’une beauté orientale simple et naturelle, vêtue de son kimono de soie. Elle portait en ce jour l’un de ses préférés : bleu, brodé de fils argentés. L’ouvrage représentait des roseaux et fleurs sauvages, la qualité en elle-même du tissu était exceptionnelle. Ses cheveux longs, noirs comme la nuit, étaient partiellement rassemblés en un chignon complexe, réalisé avec une grande attention. Des épingles fines ornées de perles laquées venaient ajouter de la couleur avec parcimonie. Elle portait bien sûr son maquillage traditionnel de geisha, et était, comme toujours, grimpée sur des okobo* très hauts qui à eux-seuls parfois provoquaient l’étonnement. D’aucuns se demandaient sans doute comment une femme si petite et frêle pouvait avoir un si bon équilibre en portant de pareils souliers sur les pavés parfois mouillés de la ville.

C’était avant que tous ne puissent profiter d’un spectacle de danse qu’elle et quelques unes de ses soeurs eurent le grand honneur de pouvoir présenter au grand public. Une assemblée assez conséquente s’était rassemblée pour elles, et elles avaient dansé sur un air traditionnel d’Ite. A la suite de quoi, Bara s’était également retrouvée à jouer un morceau de flûte en soliste, devant un public instantanément assez calme et interloqué par ces sonorités exotiques pour lui porter toute l’attention afin de garantir une exécution parfaite. Ses doigts agiles et coordonnés s'alliaient avec grâce à l’exactitude de son souffle.

C’était pendant ce spectacle, un peu improvisé tout de même, qu’elle le vit. Aussitôt sa curiosité fut piquée au vif. Elle ne cessait de l’observer, il se dégageait quelque chose chez cet homme, qui était masqué pourtant, et dont elle ne vit que les yeux. Elle eut la sensation étrange de retrouver chez lui quelqu’un de familier ... Grand, visiblement bien bâti, il était là et ne la quittait que rarement du regard. C’était presque un jeu auquel ils s’étaient mis implicitement d’accord de jouer, tous les deux, comme cela arrive parfois. C’était, pour sûr, un illustre inconnu, mais elle se sentait rougir à chaque clin d’oeil, et certaines notes qu’elle jouait s’en retrouvaient grandies par la force de ses émotions. Chacune de ces notes là, faisaient revenir le regard de ce mystérieux duelliste. Ces quelques secondes furent bien trop courtes et la fin de son interprétation arriva beaucoup trop vite. Elle fut longuement applaudie, une fois qu’elle eut terminé, mais elle ne put s’empêcher de ne pas se tourner vers cet individu là en particuliers, pour faire son salut.

Une fois que le public commença à se disperser, elle vit qu’il fut abordé par plusieurs personnes. Ils discutèrent, tous les uns après les autres, il lui semblait voir tour à tour, de loin, des sourires puis des interjections plus rudes, ses yeux pétillants changeaient à eux seuls toute l’expression de son visage. Bien sûr, elle ne pouvait se douter de quoi ils pouvaient bien parler, et, ne parlant pas leur langue, même en étant plus proche elle n’aurait pas pu comprendre un traître mot. Mais elle pouvait presque sentir, dans l’intensité de ses yeux noirs, ce qui le traversait.

Alors elle décida de ce qu’elle devait faire. Elle roula la partition du morceau qu’elle avait joué, et ajouta un court message au paquet qu’elle était en train de constituer. Sa calligraphie n’était certes pas aussi précise qu’à l’habitude, mais elle s’en contenterait, il fallait faire vite, avant qu’il ne file de là tandis qu’elle était occupée. Elle prit un écrin à parchemin pour y ranger le tout, c’était une petite boite en bambou, toute simple. Elle vint y ajouter une touche un peu plus personnelle en y accrochant un ruban qu’elle portait quelques secondes plus tôt à l’une de ses mèches de cheveux.

Elle se demanda si cela ne faisait pas trop, puis se ravisa, le voyant partir. *Oh non!*, se dit-elle intérieurement, avant de se redresser le plus vite possible. Elle mit le petit cadeau dans sa manche et courut à travers foule pour tenter de le rattraper.

La nuit commençait à tomber et l’animation du quartier était folle. Bien sûr, l’idée lui traversa l’esprit qu’elle était en train de se perdre elle-même dans cette ville qu’elle ne connaissait pas à force de courir après cet homme, mais pourtant, là, tout de suite, ça ne lui paraissait pas important.

Elle le vit alors monter dans une gondole sur l’eau. Elle se permit de bousculer un ou deux badauds qui passaient par là pour pouvoir le rattraper. Alors que le petit bateau allait partir, elle tira sur la manche du galant, tentant le tout pour le tout. Elle était non seulement rougissante de l’effort qu’elle venait de produire, mais aussi par un accès de timidité.

Sans rien dire, elle lui prit la main, plaçant le petit coffret dans sa paume, puis lui faisant refermer ses doigts sur ce présent qu’elle lui imposait, elle lui fit un sourire léger, doux et gracieux, comme pour le mettre en confiance. Elle plongea une nouvelle fois son regard dans le sien, intensément, se rendant bien compte que ce serait sûrement la dernière fois qu’elle pourrait le faire … Une larme coula presque sur sa joue, montée là par cette simple idée. Puis, s’apercevant de la proximité qu’elle avait instauré entre eux sûrement contre son gré à lui, elle se referma sur elle même, le salua, et laissa la gondole partir en s’éloignant.

Dans le coffret de bambou, le message, qu’il devrait sûrement faire traduire pour arriver à le comprendre, contenait le haïku* le plus spontané qu’elle ait pu produire sur le coup :

“Sur les bords de cette eau claire,
Deux âmes soeurs se croisent,
Se reconnaitront-elles ?”





Revenir en haut Aller en bas
Abe no Chikanori

avatar

Admin
Onmyôji

Messages : 676
Date d'inscription : 12/04/2017

Feuille personnage
Age: 23 ans
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: Rencontre à Venise 4/8/2018, 18:51

Je joue Desiderio Ravagnini, assassin autrefois noble et chef de la garde de Venise. Après avoir fui à l'étranger pendant plus de 10 ans pour sauver les quelques membres de sa famille de la vengeance sanguinaire de ses ennemis ainsi que sa ruine financière, il est revenu à Venise pour finir le chapitre de son existence.

✧✧✧


Quelle impression lui avait-il laissée, avec ce masque blanc, impersonnel couvrant son visage ? Qu’avait-elle senti, dans son maintien, dans son regard, qui la pousse ainsi à l’aborder ?

Troublé ! Mais quel trouble lorsqu’il avait entendu sa flute, enchanteresse, et ses sonorités exotiques ! Fière et humble en même temps, proposant sa culture sans l’imposer, que l’on pouvait cueillir pour se l’approprier, ou simplement la mirer avec respect et fascination. Quel coup au cœur ! Lorsqu’elle était venue le retenir ! Un bref échange, si intime et chargé d’émotion au milieu d’une foule qui ne s’arrêtait jamais se tourner et de s’amuser. Un legs, sans un mot, et pourtant si mémorable …
Au loin, sa silhouette si élégante, si fine, si délicate, tout comme le thé que l’on apportait des contrées du Soleil Levant. Elle était détachée de la foule sans pour autant la briser, alors que sa gondole s’éloignait paresseusement. Le bruit de Venise s’était estompé. Ses couleurs étourdissantes avaient fané, emportant son apparition dans son sillage.

Depuis il était distrait. Non pas amoureux, cela n’était pas ainsi possible, mais il songeait souvent à cette inconnue étrangère. Esseulé dans ses pensées qui remuaient les frais souvenirs de cette entrevue si singulière, réfléchissant à ce qu’il avait éprouvé en essayant de le rationnaliser, il avait attendu d’être dans l’intimité de son minuscule appartement,  l’impasse de la Mezzaluna, pour ouvrir ce trésor qu’elle lui avait offert.  

La dame s’était refusée à lui, mais de cette façon il se sentait devenir encore plus fou. Leurs langages étaient étrangers. Il avait bien quelques notions en chinois, mais elles n’étaient d’aucune utilité face aux caractères de cette main délicate. Au dépourvu, il s’était vu récupérer le ruban avec une telle précaution, comme si s’eut été du cristal. Il était touché par la douceur et la finesse des motifs au sein de ses mains abimées, mais encore plus par l’arôme qui s’en dégageait. Comment pouvait-il ne pas l’aimer ? Comment aurait-il pu s’empêcher de la chercher ?

L’assassin, puisant dans ses ressources de l’ombre, remua toute la cité – n’y avait-il pas là, quelqu’un, n’importe qui dans cette ville aux milles couleurs, dans cette Sérénissime, cette Cité des Doges, étant capable de déchiffrer un tel langage ? Immédiatement, il s’était dirigé vers la Giudecca, parler à quelque asiatique désireux d’aider ; à regret. Si seulement avait-il pu recopier le message pour ne pas le tâcher, pour ne pas l’abimer, pour ne pas le perdre ! Voir le message ainsi passer de mains en mains le mettait mal à l’aise ; ainsi, il mettait son intimité à la vue de tous, quand bien même l’on pouvait prétexter que cela fut pour un autre. Il se sentait incapable de mentir, cela aurait été comme salir l’émoi nouveau qui le prenait alors que l’espoir le portait.
Qu’y avait-il sur ce parchemin, sur ce papier ? Quelques mots doux, ou peut être quelque chose de bien plus heurtant ? Au bord de la désillusion, les jours passants sans trouver une moindre indice sur les mots écrits ainsi que sur la dulcinée concernée, il finit par trouver un quelqu’un qui put lui traduire ce qui s’avérait être un dérivé de l’écriture chinoise.

Dès lors les mots devinrent reliques. Desiderio Ravagnini s’était senti mettre à genoux. Non point de vulgarités ni de coquettes attentions que l’on pouvait recevoir des femmes vénitiennes, mais une simple expression qu’il n’avait pu comprendre. Une question, appelant une réponse, son cœur criait « Oui, bien sûr ! » et lorsque sa raison disait « Mais comment ? », l’âme répondait un « Je sais. » confiant et énigmatique.
Pourvu d’un nouvel objectif, pressé par l’idée qu’un bateau ait pu l’emmener pour toujours, l’assassin s’était vu espionner la moindre maison, passer la journée des heures à regarder les visages, à chercher parmi les recoins dont il se souvenait et redécouvrait l’existence, et passer les nuits à rassembler les bribes de son éducation pour écrire quelque chose à répondre à l’appel qu’elle lui passait. Contre toutes ses attentes, et c’était pour lui réellement fascinant, les mots maladroits avaient fait place à des mots sensibles qu’il ne serait cru coucher un jour sur le papier. Trop enflammé, retenu par sa rationalité et la crainte que tout ceci ne soit qu’une passade, il avait mis les premiers vers de côté.

Puis finalement, il l’avait retrouvée. Sans doute n’habitait-elle pas seule, il avait compris qu’elle vivait avec des sœurs, alors il avait fallu agir avec finesse. Se disant que si celle qui l’avait bouleversé était prise des mêmes émois que lui, la nuit ne lui apportait nul repos mais nombre de pensées lointaines rêveuses. Alors il guetta l’extinction des lumières de cette demeure, une par une, et frappa à la porte en espérant qu’il ne se soit point trompé.

Leurs regards se croisèrent de nouveau. Ils étaient si proches, face à face. L’homme ne se sentit plus respirer, pris d’une sensation qui l’effrayait presque un peu. La reconnaitrait-il ? Toujours dissimulé dans ses vêtements de carnaval, le masque, les gants, les chausses, la cape et l’apparat cachaient tout de ce qu’il était ; un homme bien plus âgé qu’elle, abimé par la profession, halé par les voyages, désabusé des charmes de Venise, mais porté par un sentiment nouveau de curiosité et d’attirance. Il esquissa un large mouvement du bras et s’inclina bas face à cette dame, serrant une boîte de bois contre son torse battant.
Dans le silence, il invita de sa main à ce qu’elle lui présente les siennes, et déposa l’objet. Malgré la rugosité du cuir qui couvrait ses mains, il faisait preuve d’une attention infinie pour cette jeune personne qui l’avait arrêté dans sa vie avec autant de précautions et de finesse. Relevant le regard vers elle, ses yeux en vérité gris s’arrêtèrent puis se dérobèrent, filant dans la nuit.

A l’alentour de la Giudecca,
Se trouve la dame qui, courageuse,
Bravant la foule masquée dangereuse,
Retint l’anonyme sous sa bauta.

Qui aurait pu penser que quelques mots
Pouvaient autant bouleverser un cœur ?
Comment celle qui parle d’âmes sœurs
S’est-elle perdue en la Cité des Eaux ?

Depuis lors, harassé de questions,
Le sommeil se refuse, là où le rêve
Songe dénué d’interrogations.

Malgré le vœu de la traduction,
Celle qui vient de naître sur la grève,
Veut-elle de cette déclaration ?





Revenir en haut Aller en bas
Hateku Bara

avatar

Geisha

Messages : 220
Date d'inscription : 17/05/2015
Age : 26

Feuille personnage
Age: 22
Titre: Geisha
Liens:

MessageSujet: Re: Rencontre à Venise 5/2/2018, 16:45

Ainsi donc, était elle arrivée à charmer suffisamment l'homme masqué pour qu'il se mette en quête de la retrouver. Ce n'était pas vraiment ce à quoi elle avait pensé à la base. A vrai dire maintenant, avec du recul, elle n'avait pensé à rien d'autre qu'à suivre ses sentiments et ses désirs les plus instinctifs la première fois qu'elle l’avait vu. N’avait-elle pas toujours fait ainsi… ? N’était-ce pas pareil lorsque Kanzen s’était présenté à elle lors de cette nuit du mizuage qu’elle redoutait tant à l’époque … ?

Mais pourtant c'est vrai … Parler d'âme soeur à quelqu'un dont on n'a même pas vu le visage … Cela peut paraître pure folie et si elle avait été chez elle, son Okasan l’aurait châtiée sévèrement si une telle aventure lui était parvenue jusqu'aux oreilles. Mais après? Si elle avait employé ces mots ce ne pouvait être par pur hasard … Était-ce le simple attrait du mystère, l’excitation de ne point savoir ? Etait-ce par goût du risque ou par sincère curiosité? Depuis elle se voyait en images tomber le masque du bel inconnu. Beau ? L'était-il ? Quelque part il l'était forcément, mais parfois elle se prenait à imaginer une gueule tout à fait laide et répugnante derrière ce masque. Elle imaginait cent autres têtes sans arriver à se défaire de l'idée que cela n'avait pas de réelle importance.

Qu'est-ce ce qui l'avait poussée à faire ça? Elle ne savait rien de lui. Absolument rien. Dès que l’agitation de son action -que certains qualifieraient surement de naïve voire puérile- était retombée, elle s’était sentie incroyablement stupide. Pourquoi tenter de faire naître un sentiment chez quelqu'un qu'on a toutes les chances de ne jamais revoir … ?

Il s'était déjà passé quelques temps. Les geisha continuaient leur conquête de cette cité des eaux dont elles ne connaissaient ni les coutumes ni la culture. Mais Bara n'était plus tout à fait en phase avec le monde. Elle s’amusait, s’émerveillait, mais gardait le secret espoir de recroiser ces yeux et ce masque …

Ce fut un soir qu'il vint la trouver. Comment avait-il fait ? Il devait être un maître hors pair de la cité sinon magicien ou sorcier pour y parvenir … C'était bien lui, elle le sut tout de suite. Son aplomb, sa démarche, sa carrure … Elle ouvrit les yeux sur lui comme on retrouve une image trop longtemps perdue dans les flots des souvenirs trop courts, ceux que la mémoire classe bien trop vite dans les épisodes sans importance … Ceux que la tête cherche à épingler pour ne pas oublier mais qui se retrouvent bien trop vite déformés.

Lorsqu'il salua elle sentit son coeur faire un bond incroyable dans sa poitrine. Était-ce une façon de dire bonjour ? Une inclinaison respectueuse ? Ou une simple coutume ? Difficile à dire. Elle choisit de se laisser guider. Il demanda ses mains, elle les lui offrit. Il vint y glisser un présent, doucement, délicatement, ses gestes discrets trahissant d'une parfaite maîtrise et adresse.

Ce fut très rapide, encore une fois. Pourquoi est ce que les instants qu'on attend depuis longtemps filent aussi vite ? C'est proportionnellement aussi rapide que la langueur presque éternelle des temps où l'on attend … Elle était pourtant en éveil, essayant de retenir la moindre image, le moindre détail des plus insignifiants … Elle fut marquée par ce regard gris sur elle, bien plus que la première fois. Il y avait toujours ce masque, mais assez paradoxalement, elle avait l'impression de le connaître un peu plus. Bien trop rapidement il la quitta de nouveau, ne laissant aucun nom, aucune adresse, aussi anonyme et fantomatique que la première fois.

A l'intérieur de la boîte dont elle ne se séparait plus par la suite elle trouva ce qui ressemblait à un poème… Elle ne comprit pas un traître mot bien sûr, étant bien incapable de déchiffrer ces lettres et courbes horizontales. Plus tard, il fallut qu'elle use de ruse pour trouver un interprète qui ne la juge pas sur ce morceau de papier. Elle demanda après de nombreuses recherches et jeux de regards à un guide qui était visiblement là pour s’occuper des itinérants comme elle.

Une fois qu'elle eut comprit le sens du message elle fut bien confuse et troublée. Le mystérieux inconnu abattait ses cartes et montrait à son tour son côté poétique. Cela faisait sourire la Rose qui reconnaissait bien des preuves d'une attirance plutôt partagée et qui donnait naissance à des moyens bien travaillés de faire la cour. Elle rougit allègrement en songeant que cela faisait bien longtemps qu'elle n’avait pas échangé des mots doux avec quelqu'un… C'était joyeux de retrouver de telles sensations et pour autant des piques de nostalgie s’emparaient d'elle.

Mais pourquoi était il parti si vite ? Allait-elle pouvoir à nouveau le revoir ? Tant de questions … C'est comme ça que chaque soir la Fleur ne pouvait s'empêcher de longtemps regarder par la fenêtre au clair de lune.


L - M - M - J - V - S - D



.:♫♪ Thème ♪♫:.

Hateku Bara
Revenir en haut Aller en bas
Abe no Chikanori

avatar

Admin
Onmyôji

Messages : 676
Date d'inscription : 12/04/2017

Feuille personnage
Age: 23 ans
Titre:
Liens:

MessageSujet: Re: Rencontre à Venise 6/10/2018, 15:34

Immédiatement, cet abusé de la vie avait, par la fuite, choisi d’ignorer cette sensation nouvelle. Cela était si irréel que cela ne pouvait être que faux. Pourtant le visage pâle et gracieux le hantait comme un fantôme magnifique. Son nom ! Il ignorait encore qui elle était, ce qu’elle était !… Qu’il était bête, il ne savait rien de plus que les quelques mots qu’elle lui avait écrits la première fois ! Des bribes, un pas-grand-chose. Il avait fui par peur de la connaissance. Elle était si jeune ! Aucune ride ne venait creuser ses traits, elle avait des yeux brillants et vifs, des lèvres qu’il rêverait de voler, un cou d’une peau frémissante sur lequel il souhaiterait s’abandonner, se perdre en emmenant sa propriétaire dans les voluptés célestes. Ses joues s’enflammèrent d’un brasier, et il s’adossa à une bâtisse, haletant, remarquant il s’était mis à courir. Le masque lui fut étouffant et il l’ôta, secouant sa tête dans l’air frais de la nuit, mirant les étoiles, souffrant. Les vies des fêtards de la nuit, aux étages, étaient bien inconscientes de ses états d’âme.

Si jeune …

Il la réalisa, et il prit peur d’être fermement rejeté. Il n’était plus celui de sa jeunesse. Il n’était plus apollon, car tous les jeunes sont marqués par cette beauté éphémère. Non, il n’était plus qu’un homme à l’âge bien passé pour une ingénue. Le pot aux roses serait découvert une fois ce masque ôté, pensa-t-il en fixant l’immaculé mascarade. Les cils papillonnant de surprise, la gêne s’installant, l’ambiance se fanant comme un vieux rêve délavé, l’étrangère finirait sans doute par… par…
La scène était insupportable à envisager et à imaginer. Si jeune qu’elle ne pourrait voir en lui qu’un acariâtre intéressé ! Un homme bavant sur ses atours de demoiselle, sur sa chair blanche, osant s’imaginer ses pattes se l’approprier, le survivant Ravagnini repartit, boitant tant son cœur se déchirait en lambeaux. Peut être, de cette façon, oublierait-il. Une fois rentré, il jeta brouillons et essais, persuadé se faisant, en complément de cette déclaration dont il s’était débarrassé en la donnant, qu’il pourrait être de nouveau libre. C’était bien naïf. Au contraire, il se retrouva dévitalisé, à regarder les sombres poutres du plafond de sa minuscule demeure, vestige d’un couvent remanié en appartements. Dénué d’envie, il ne fit pas avancer ses affaires, encore moins ses ambitions vengeresses, son laboratoire resta scellé derrière sa bibliothèque. Perdu dans les feuilles, les livres et les affaires éparpillées – l’exception était les instruments dangereux – le ruban délicat asiatique dont le parfum s’était évaporé.

“Sur les bords de cette eau claire,
Deux âmes sœurs se croisent,
Se reconnaitront-elles ?”


L’assassin se découvrait bien stupide, complètement à l’ouest, alors qu’il s’était englué dans une toile avec joie pour y chercher son araignée dulcinée. Fermement convaincu qu’il s’était trompé, et qu’elle avait écrit ces mots avec la légèreté d’une fraiche adolescence qui se veut séduire tout son prochain,  il se mit à réfléchir à des moyens de prouver son point de vue, celui comme quoi elle  ne chercherait pas à le recontacter.
Les premiers jours confirmèrent cette pensée. Son seuil de porte resta vide, les places publiques n’affichaient pas l’étrangère, là où elle aurait pu se produire. Soulagé, mais toujours déprimé, il rentrait, se nourrissait, dédaignait les livres, ressortait occasionnellement pour la boisson. Rien n’avait le goût que celui qu’il avait eu pendant quelques jours, celui sucré de l’espoir, de sentiment mielleux naissants. Tout au juste, parfois, le vin lui permettait de dormir un peu plus sereinement. Quelques jours passèrent ainsi, puis une semaine. Il n’allait pas mieux, et comprenant ainsi qu’il ne pourrait se secouer sans électrochoc, gambergea. Savoir. Il lui fallait savoir. Pourquoi ne savait-il pas déjà ? Le silence n’était-il pas déjà assez explicite, criant de lui-même ? Il ne l’intéressait pas. Elle ne répondait pas à ses mots. Peut être était-elle déjà repartie.

L’homme, tournant comme un fauve dans sa cage tel qu’il le faisait dans sa salle de vie dérangée, se prit la tête comme un fou. Il tendait de déduire de ses souvenirs ce qu’il n’avait pas su voir, pas voulu comprendre, tentait de découvrir un sens caché. Le fait que ces derniers ne s’étendent que sur quelques minutes d’échanges d’œillades (suggestives ? ou non !) le faisait d’autant plus perdre l’esprit. A chaque remémoration, ses trippes le prenaient de part la culpabilité qu’il s’infligeait à lui-même, les remarques désobligeantes de sa raison sur des émotions contraires et sentiments inavoués. L’étrangère, le voulait-elle ? Oui, ou non ?! Si elle avait voulu déclarer son intérêt elle l’aurait déjà fait. Elle aurait, elle aurait…

Les pas s’immobilisèrent tout à coup, se rejoignant dans une ombre unique. L’envie de se jeter par la fenêtre fut passagère.

La nuit était tombée, une nouvelle fois. Nulle fièvre hantée de cauchemars, il était de sortie, tenant à son côté une nouvelle lettre, directement traduite. Non plus de vers, mais une ligne d’écriture penchée par la précipitation du dicteur - le bougre avait été grassement payé pour ces minutes arrachées à son foyer. Traversant la Giuudecca par les toits, l’inconnu qui ne s’était résolu à enlever son accoutrement de mascarade, parvint à celui de la belle, dont la chambre n’était pas éteinte. Il craignait tout à coup d’en découvrir le contenu. Pour autant, son courage se raffermit en voyant une silhouette se poster à l’ouverture, sans que personne ne vienne s’y loger en dessous pour lui compter sérénade. Pour ne pas lui faire peur, il apparut à sa vision, découpé sous la lumière lunaire, sur les toits en face d’elle, avec ce geste d’inclinaison connu. L’adrénaline avait renversé la peur ; si elle n’acceptait pas l’homme de la nuit, leur idylle pouvait bien s’arrêter ici.
D’un grappin correctement coincé à l’architecture, il se rapprocha de sa fenêtre et y descendit, fermement accroché pour parer à toutes éventualités. Son regard ne décrocha pas de la personne qu’il venait rencontrer, quand bien même son habitat aurait naturellement attisé sa curiosité. Sans autre cérémonie, il lui tendit le parchemin.

«
J’aurais tant de choses à vous dire, mais j’ai si peu de mots pour le faire. Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Partirez-vous ?

Si vous m’accordez la promesse de savoir votre nom, alors je vous dirai le mien.

»





Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Rencontre à Venise

Revenir en haut Aller en bas
 

Rencontre à Venise

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» VENISE ET SES GONDOLES
» Le pont de la constitution a VENISE
» VIVE VENISE
» le carnaval de Venise
» disparition des oiseaux!


Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
-
..
..
...Ewilan RPG
...
..
Chute de Rozan..
..
..
...La Sérénissime....
.......

Tournoi Cross-Forum
Organisateur
Organisateur
Vainqueur
Vainqueur
Autres participants
Deliciously Evil.tasty tales