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 Belles de jour, belles de nuit [PV Chieko]

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Mitsuhide Aije Yue

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Jônin

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MessageSujet: Belles de jour, belles de nuit [PV Chieko] 4/25/2018, 20:41

21 Lune du chien,
Le jour le plus court de l'année,
Au temple d'Ite


Toujours, elle choisissait sa date, choisissait son heure. Étrangement attirée par la coïncidence des chiffres, c’était sur le jour où l’on verrait moins le jour qu’elle avait jeté son dévolu, désireuse de marquer ce moment avec une petite once d’importance. Aujourd’hui, son âme souillée serait lavée, ses péchés seraient momentanément oubliés et les cicatrices de ses actes effacées. Ainsi, l’eta qui ne vivait que du sang de ses ennemis tombés avait repoussé son passage purificatoire, se perdant avec satisfaction de la déliquescence dans lequel elle s’avilissait volontairement par simple caprice.

Dès l’heure du singe, elle s’était approchée du temple de Ite, s’avançant chaudement habillée parmi ceux qui quittaient le lieu, gravissant les marches glissantes qui menaient à l’édifice là où d’autres les descendaient avec prudence. Il n’y avait guère visage qui regardait le sien, tous étaient rougis par les morsures fraiches qui déjà, les assaillaient. C’était parfait ainsi, car il ne lui était pas forcément aisé d’avancer de jour. Celle qui était connue sous le nom de Natsumi était censée être au loin, mariée à quelque traitre Kenshu venu demander la main d’une Fukyuu hystérique dont on ne voulait plus. On avait été bien heureux de se débarrasser d’elle. C’était d’ailleurs cela qui était embêtant dans sa quête actuelle d’anonymat, on aurait tôt fait de se rappeler celle dont on parlait bien trop en comparaison de ses apparitions publiques. Même si les ires de colères qu’elle avait fait subir à son entourage n’avaient été que des rumeurs confirmées par quelques fous… Celles-ci étaient du genre tenace, elle le savait bien. C’était bien malgré que les quelques idiots concernés par leur langue trop agitée eussent vite fait de se taire, volontairement, ou moins volontairement…

S’approchant de la fontaine où déjà, les bords se couvraient d’une pellicule immaculée et dure, l’isolée femme s’occupa des premières purifications, lava ses mains spirituellement poisseuses de cette eau gelée qui faisait infiltrer la douleur du froid jusque dans ses os, la but et la recracha, meurtrissant ses dents. L’eau la plus froide était nécessaire au processus, alors il ne pouvait y avoir de meilleure efficacité, n’est-ce pas ?

Ce fut sans un soupir de soulagement qu’elle parvient dans l’enceinte à l’abri du vent et de ses flocons naissants. Dans l’obscurité du lieu, les montagnes ayant englouti le soleil, les feux, dansant comme des créatures, crépitaient, attirant le regard de cette femme qui ne croyait plus aux dieux que pour les blasphémer. Elle fit tomber sa capuche, découvrant ses cheveux noirs qui lui tombèrent dans son dos, emmêlés et sauvages. Vaniteuse, elle s’était osée à se parer de quelques étoffes bien trop chatoyantes et colorées pour la saison. Et si quelqu’un la reconnaissait ? Cela serait un bien triste hasard pour elle… la Kunoichi attendait, aux aguets, dans cette entrée où le vent avide de pénétrer gémissait sous les portes, que quelqu’un remarque l’invitée surprise. Les Kami la voyaient-ils mieux ici ? Elle, la preuve chose pitoyable du sol, Pensait-elle en levant la tête vers la voûte dont elle parcourait le relief du regard, dodelinant, comme fiévreuse.

Ailleurs, Aije Yue se déplaça, pas après pas, dans la bâtisse, sans bruit, par habitude, le manteau à demi baillant sur son épaule, le pan trainant au sol, ayant oublié sa mission, cherchant une proie sur lequel tomber au détour d’un pilier carmin parmi cette forêt d’arbres peints.


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Iwasaki Chieko

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MessageSujet: Re: Belles de jour, belles de nuit [PV Chieko] 4/28/2018, 13:20

Enfin, elle retrouvait le froid. Celui qui, si brûlant, si mordant, avait fait tant de fois frissonner son corps dans ces forêts inquiétantes. Enfin, elle retrouvait ces sensations qui lui ravivaient quelques souvenirs. Ce n'était pas encore grand chose, et cela allait sûrement devenir de plus en plus présent, mais maintenant, elle était armée face à cela : elle portait des habits qui tenaient chaud, sans trous. Même si elle ne pouvait que s'imaginer à quoi elle pouvait ressembler, l'aveugle aimait porter ces habits lourds de symboliques et de couches de tissus, même si elle se moquait bien de les salir quand elle voyageait. Son maigre corps semblait vouloir ployer à chaque instant sous les tâches qu'elle accomplissait, mais pourtant, à chaque fois, après chaque possession, après chaque purification, elle se relevait, droite.

Elle était cette fois de retour dans la capitale pour une raison plus personnelle, pour la première fois. Rencontrer à nouveau la femme à qui elle avait transmis sa vision. Cette fois-ci, ce n'était pas seulement pour faire un éventuel point sur la situation -elle doutait qu'il y ait eu déjà des mouvements-, mais pour en apprendre plus sur ce monde dont elle ignorait tout. Celui de l'art non religieux. Avant cela, elle avait cependant tenu à faire un détour au temple de la capitale pour y loger et y officier. Il y avait certes d'autres Itako qu'elle, mais dans les temps qui courraient, il semblait n'y en avoir jamais assez. Purification, cérémonies, conseils... La capitale avait une atmosphère que le Temple Gakushiki ne possédait pas et qui l'intriguait. Alors elle logeait là pour quelques jours.

Et cette soirée qui glissait le soleil loin du temple, elle en sentait la chaleur disparue, avait été jusqu'alors calme. Ses doigts tordus s'étaient plusieurs fois plongées dans l'eau gelée des fontaines pour purifier quelques âmes qui passaient au temple pour cela. Et une fois, une femme était venue pour baptiser son enfant mort né. C'était là toujours un exercice éprouvant, comme toutes les autres transes, mais à laquelle il fallait rajouter le poids de cette mort pour la mère, qui venait chargée d'émotions, pour le supporter ou au moins, l'alléger.

Alors, elle s'était finalement un peu reposée, assise dans un coin du temple reculée, adossée à un des piliers du temple, laissant ses doigts agripper un petit peigne gravé pour détendre ses longs cheveux blancs. Maintenant qu'elle y pensait, ceux-ci commençaient à être plutôt long, non ? A tâtons, elle devinait qu'il lui arrivait à la moitié du dos, c'était une chose nouvelle, et rassurante, nouvelle preuve du changement. Mais, comme un lièvre alerté par ses sens, Chieko se figea, relevant sa tête et rangeant maladroitement le peigne dans un des pans de son vêtement. Était-ce une odeur, un son ? Quelque chose de familier.

La jeune femme se redressa, prenant appui sur le pilier qui lui avait permis ce repos, pour faire face au frottement qui s'approchait dans le silence environnant. Vu la façon de se déplacer, ce n'était pas quelqu'un qui officiait habituellement au temple. Quelqu'un qui s'était perdu ? Un Yokai ici ? Elle commença d'ailleurs par parler, d'une voix basse, pour ne pas déranger le lieu, légèrement tendue.

- Si je peux vous aider si vous ê....

Silence. L'Odeur. C'était ça, oui. Elle s'en souvenait. Alors, un sourire éclaira son visage et creusa ses éternelles maigres joues. Chieko lia ses doigts devant elle, et s'inclina légèrement pour la saluer.

- Ai-sama, je suis heureuse que Itegami-sama vous ait guidée à nouveau sur mon chemin.

L'Itako se redressa alors, gardant ses doigts liés, offrant sa personne renouvelée entièrement. Ces habits religieux, chauds qui ne cachait pourtant pas les indices de son corps toujours décharnée, osseux.


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Mitsuhide Aije Yue

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Jônin

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MessageSujet: Re: Belles de jour, belles de nuit [PV Chieko] 5/8/2018, 19:23

Entre deux piliers, se cachant, l’air trop pâlot pour être en bonne santé, elle tenait là. Ses mains hésitaient sur le bois, le parcourant, le palpant. Il ne fallait pas y aller. Elle était toujours faible lorsqu’il s’agissait de se jeter dans l’inconnu, de faire deux pas en dehors de son univers, et pourtant, une faim d’impétuosité la rongeait, il n’avait suffit qu’à la déclencher pour qu’elle devienne insatiable. Autour, le silence de sa solitude. Cela paraissait être le bon moment, personne ne regardait ! Elle voulait y aller. Les questions l’assaillaient, les yeux clairs se posaient sur le sol, en quête de réponses et de porte de sortie dérobée. Rien. Il n’y avait pas d’aide providentielle. Le plafond restait tout aussi muet. Alors en plein songe, elle voyait autour les venues des autres, dans le bruit furtif des étoffes se caressant, dans le flou de leur mouvement. Tout ce monde, allant et partant.
Que penseraient les autres ? Que dirait-on d’elle ? L’avenir serait sans doute trouble. L’air lui manquait, elle souhaitait retrouver cette légèreté où plus rien ne comptait, celui-là même qui lui donnait l’impression d’avoir les poumons empli d’énergie supérieure.

C’était nécessaire, d’y aller. Les raies étaient là, à ses pieds. Elle bougea. Quelques pas dans la lumière, se découvrant à une audience invisible, redressée et provoquante, elle avait quitté l’ombre, son visage rayonnait sous les feus, ses prunelles, éclairées de rouge. Que lui était-il arrivé ! Transformée, elle avait choqué, on s’était dit que cela ne serait qu’un caprice, mais le temps passant, elle s’était mis à effrayer. On s’était mis à l’appeler yasekokeru, “décharnée”. Quelque chose était arrivé, quelque chose de terrible, ou alors, celle-ci avait toujours été habitée d’un vice. On ne voulu pas creuser pour savoir. D’une éducation apparemment sans faille il n’était resté qu’un lambeau de manières ; l’élégante et sage démarche s’était mutée en la errance d’un fantôme, zigzaguant pour s’accrocher au bois comme elle l’aurait pu faire d’un homme, agrippée de ses griffes ; le parler était parfois un murmure inaudible, parfois une proclamation couvrant de honte ceux qui l’entendaient. Les épaules oscillant au rythme de lourdes vagues invisibles, elle se découvrait languissante, désireuse de plaire. Des gloussements lugubres lui échappaient. En ce froid, débraillée ainsi comme l’auraient pu dire certains, les couches supérieures des kimono tombant sur les autres, une démone.

Mais le murmure lui agressait les tympans, et les yeux vides la regardaient, la retenaient dans ce monde – Non ! Elle voulait être seule avec eux, elle ne voulait pas être dérangée, elle avait été reconnue, c’était dangereux ! Tout à coup tirée de ses images, cette voix qui lui rappelait où elle se trouvait, ne pouvait-elle pas se taire ? Là, ainsi, c’était bien mieux. Pas de bruit. Pas d’appels ridicules. Les choses rentraient dans leur ordre juste. Encore un peu de mouvement, et cela serait terminé. Ses mains se crispaient sous l’effort, elle regrettait de ne pas avoir procédé ainsi la première fois ! Tant de tension, la peau se colorant de rouge, puis finalement tournant grain par grain au gris, les secondes passaient, et les ombres s’évanouissaient, replongeant le temple dans sa torpeur, mettant les souvenirs à leur place. Aije Yue lâcha soudainement sa prise, le noir disparaissant de sa vision, prenant une grande inspiration que son corps à l’unisson d’un autre avait hurlé pour avoir. Elle haletait, regardait le plafond, si profondément morne.

Une miséreuse, encore, était à côté. D’yeux gris-rouges, de cheveux gris, de vêtements étrangers. C’était effectivement elle !... L’aveugle du village… quand était-ce ? Cela importait peu. Les marques dessinées sur son cou imprimaient comme une sorte d’étranger collier qu’elle trouvait tout à fait à son goût. Mais quelle imprudente… L’aveugle souhaitait-elle donc tant mourir ? La Kunoichi se penchait et tentait de reprendre sa prise sur l’enfant, l’attirer à elle de mains trop douces pour être rassurantes. Sa voix commençait dans un murmure précipité mais s’élançait rapidement plus fort jusqu’à résonner dans l’endroit.

_ Oh Chi !… tu as survécu ! Oh pauvre chose, pauvre Chi ! Parmi les loups !

Une euphorie nerveuse germait, Aije la quittait de quelques pas alors que son esprit malade essayait de recoller les morceaux. Le froid la mordait, tirant les vêtements dérangés distraitement, elle réfléchissait à ce qui l’avait vraiment amenée ici, ce qu’elle avait vu. Que c’était drôle ! Que c’était… terrifiant ! Elle reprit plus doucement, plus placide dans son propos. La main sur la tête, elle calmait son pouls. En entrant ici, elle s’était sentie partir. Délicieusement dangereux, trop, même.

_ Tu es donc ici, la maison des dieux. Ton voyage t’a donc échoué là. » Elle lui tournait à moitié le dos, mais n’était pas moins alerte même si guidée par l’instinct ou les pulsions. « Parle, parle-donc, que je ne te prenne pas pour d’autres…


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MessageSujet: Re: Belles de jour, belles de nuit [PV Chieko] 5/8/2018, 22:12

Son sourire s'était figé en une expression de surprise. Toujours, quand on la touchait sans qu'elle ne s'y attende, la jeune aveugle avait des mouvements de reculs ou des protestations audibles. Mais là, ce n'était que la surprise qui avait arrondi ses yeux rouges sans éclat. Des mains sur sa gorge. Ses doigts. Maintenant qu'elle se souvenait de qui il s'agissait, les sensations aussi revenaient. Et elle se les remémorait précisément, dans cette maison abandonnée assise sur un banc, le menton piégé dans ses doigts, alors que l'autre main parcourait presque avec douceur sa gorge. Mais là...

Elle poussa un cri étouffé, si maigre qu'il ne franchit qu'avec peine ses lèvres entrouvertes qui cherchaient déjà un souffle. Pourtant, elle les connaissait, alors Pourquoi ? Alors que son esprit reprenait lentement un cours affolé, la jeune femme leva ses mains pour toucher de ses propres doigts tordus ceux d'Ai-sama, tentant de les faire desserrer un peu de cette prise implacable. Mais ce n'était que chose vaine. Trop faibles, ils ne faisaient que gratter ceux qui s'enfonçait dans sa maigre peau, faisant changer de couleur son visage trop pâle.
Puis, au moment où elle pensait que son cou allait finalement craquer sous cette pression continue, au moment où son esprit allait basculer vers le yomi ou pire, elle fut relâchée. Crachotant, la religieuse glissa sur ses genoux, pliée, reprenant une respiration avec douleur et peine. Puis, pendant un instant, un bref instant, elle fut attirée à nouveau vers celle qu'elle connaissait, se crispant en attendant la suite, mais ce ne fut qu'une phrase qui fut prononcée, et à nouveau lâchée avec son effort et sa priorité du moment.

Lentement, elle se redressa, un souffle distant, forcé, bruyant. Finalement, elle avait été reconnue ? Ce... Qui n'expliquait certes pas ce geste, encore moins en ce lieu consacré au dieu qu'elle servait. Était-ce sa faute, de l'avoir dérangée, accostée ? L'avait-elle froissée ? Mais alors que Chieko allait répondre, elle fut devancée par son étrange protectrice.

- Ai-sama, Je... commença-t-elle d'une voix enrouée.

Elle se racla en silence la gorge, se la massant d'une main en plissant son petit nez, dont le fil droit remerciait Aije, avant de reprendre.

- J'espère ne pas vous avoir dérangée... Mais je n'ai pas échoué ici.

La religieuse enfin redressée, enfin droite, lissa son vêtement en tapotant de ses mains espérant que cette rencontrée pour le moins peu conventionnelle n'ait pas dérangé une des couches de tissu.

- Comme l'avaient dit les marchands, j'ai suivi la voie qu'Itegami-sama avait tracé dans mes rêves et mes pensées, et suis devenue Itako. Et si j'officie plus particulièrement à Son Temple en Fuyu, le Temple Gakushiki, je suis ici de passage. Mais ce doit être Lui qui vous a mis à nouveau sur mon chemin !

Elle souriait, jeune, levait son menton vers le supposé emplacement du visage d'Aije, offrant à qui voulait le voir les traces sur son cou, inconsciente qu'elle était de celles-ci. Seule la douleur qu'elle y ressentait et la chaleur rémanente des doigts avaient pour elle une signification.

- J'ai un rendez-vous bientôt au château d'Ite, pour retrouver une personne. Mais...

L'albinos secoua la tête, s'interrompant et remis une de ses mèche lacée de l'éternel fil tressé rouge, derrière son oreille. Reprendre un cours de conversation après cette entrée en matière particulière était pour le moins compliqué, mais, l'inquiétude afficha un pli sur son front tandis qu'elle lia à nouveau ses doigts tordus devant elle.

- Que faites-vous par ici ? Vous allez bien, vous ne ... sembliez pas dans votre état normal ? Si vous venez pour une purification, comme les autres. M'autoriserez-vous à officier pour vous aider ? Ce ne serait.... qu'une chose normale.


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Mitsuhide Aije Yue

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Jônin

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MessageSujet: Re: Belles de jour, belles de nuit [PV Chieko] 5/24/2018, 23:31

L’apôtre se releva. Tremblante, troublée. Mais elle obéit, enchaina la discussion d’une voix presque claire par rapport à ce qu’on lui avait fait subir. L’enfant n’avait pas fui, elle restait, malgré la violence, à s’offrir à elle par son manque de conscience. Ce délicat et délicieux présent qu’un détestable dieu lui offrait, jouissait-il tant jouer de ses sujets ?

Les soupirs accélérés et gémissants que cette femme dérangée émettait jusqu’alors s’espacèrent, et se raréfièrent force de longues respirations, alors que ses soubresauts insidieusement hystériques se calmaient. Heureusement, ils n’étaient pas partis trop hauts. Les sifflements de ses dents firent place à son silence. La Kunoichi, Jônin de surcroît, se redressa, dépliant sa colonne vertèbre par vertèbre, obligeant chaque fibre de son dos à se décrisper par la traction subtile de ses muscles. Elle sortait de sa torpeur, chassait ses souvenirs agglutinés à sa conscience. Peut être était-elle restée trop longtemps à la merci du froid. Elle étendait ses doigts comme pour faire disparaître leur soif de mort. Ses paupières s’écartaient, chassant le noir, pour lui offrir un plein champ de vision. Alors elle accorda regard à sa suivante.
Gagnant en lucidité alors qu’un intérêt pointait dans son esprit, son timbre s’éleva, plus clair qu’avant, entre les voûtes, à cause de la nuance impérieuse toute retrouvée de son ton.

_ Nous échouons tous du destin.

La petite était têtue. Trop pour être appréciable en l'état comme animal de compagnie, il fallait la dresser un peu, mais plus important, elle était peut être assez tenace pour aller plus loin que les autres, et qui sait, repousser les limites qu’on lui attribuait. Durant ces dernières semaines, elle avait oubliée l’aveugle boueuse et sanguinolente du village miteux des montagnes, elle se remémorait de pourquoi elle l’avait épargnée, avec le sentiment que le salut datant d’il y a quelques minutes était dû à cette décision prise apparemment par caprice.
C’était avec une espèce de candeur que l’investissement lui souriait, Aije résistait à l’envie de dévisser cette tête qui se présentait à elle. Ite ? Le château d’Ite ? Qui ? Pourquoi ? La petite tête blanche dodelinait. La Kobayashi, revenant à un intérêt plus sain, songeait à relier les propos à ses objectifs. Animée de bonnes intentions à l’idée d’un plan plus engageant et plus complexe qu’elle n’avait imaginé à la base, elle se félicita de ne pas avoir cédé à la simple et banale pulsion meurtrière.  

_ Retrouver quelqu’un ? Au château d’Ite ? Qui est-ce donc ? Pourquoi donc ? » Répéta-t-elle, séduite, cette fois à haute-voix.

C’est en s’entendant en vague écho qu’elle ajouta, confidente et aimable :

_ Nous devrions aller dans un endroit plus intime que cette entrée austère, ne penses-tu pas ?


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MessageSujet: Re: Belles de jour, belles de nuit [PV Chieko] 5/25/2018, 15:23

La jeune femme restait avec un souffle un peu fort, récupérant douloureusement de cette entrée en matière. Et si la rougeur commençait à disparaître de ses joues, Chieko passa ses manches sur son visage pour enlever les larmes qui semblaient sûrement accentuer le teint si pâle qu'il se rapprochait de la douceur translucide de l'albâtre. D'un petit pas sur le côté, elle se rapprocha vers l'emplacement d'un pilier qu'elle atteignit du bout de sa main tendue, incertaine, avec un soupir de soulagement. Et si la peur étreignait tout de même le petit cœur de l'Itako, c'était son éternelle sollicitude qui chassait d'éventuels sentiments parasites.  

Au moins, de ce qu'elle entendait, sa Protectrice, car il s'agissait bien d'elle, elle en était sûre, son état avait changé. Des souffles étranges, elle était redevenue humaine. D'ailleurs, le destin évoqué faisait écho à un souvenir déjà flou de leur rencontre. Une fois évoqué par Ai-sama, après son sauvetage, et une autre fois par elle-même, lors de leur séparation. Et si elle ne pouvait se souvenir des mots exacts, sa mémoire étant parsemée des derniers apprentissages et visions que lui octroyait Oyamatsumi-sama, l'écho en restait tout de même présent.

Et comme lors de leur première rencontre, aussi, Ai-sama avait gardé cette habitude de ne pas répondre à ses questions. Étendant une main sur le côté, vers une des ailes de couloir, elle prit parole.

- Je suis ici depuis peu, mais je pense m'y retrouver assez pour satisfaire cette demande, commença-t-elle avec un sourire. A cette heure-ci, il y a sûrement plus d'une salle libre, notamment pour une purification.

Et attendant juste un assentiment, la religieuse tourna les talons pour se diriger avec une lenteur assurée dans les couloirs qui longeait les différents bâtiments du temple. Visiblement, son sens de l'espace s'était aussi amélioré, ou sa connaissance de l'architecture typique d'un temple l'aidait dans cette démarche. Toujours est-il, qu'elle n'était définitivement plus la jeune enfant ignorante crasse. Quelques minutes plus tard, après s'être enfoncée dans le temple, elle tâtonna pour chercher la porte qu'elle fit coulisser en silence. Tout comme elle l'avait gardé durant ce chemin, pour respecter ce lieu, et les gens qui officiaient encore tardivement. Elle se décala pour laisser passer son hôte, avant de refermer derrière elles.

La salle était austère, et n'avait pour décoration que ce petit autel pour Itegami, ainsi qu'un Ōnusa* et deux bols, l'un de sel, l'autre d'eau fraîche.

- J'espère que cela vous va... s'enquit Chieko.

L'aveugle avança de quelques pas, les comptant consciencieusement, avant de s'arrêter pour se tourner vers Aije.

- Nous pourrons ainsi aussi procéder à la purification dès que vous le voudrez. Votre état n'était vraisemblablement pas normal, et c'est un domaine où je puis enfin vous être utile. Pour vous répondre...

Elle se glissa au sol, en seiza, qu'elle maîtrisait décidément de plus en plus, proprement, le dos droit.

- Je vais retrouver la Dame Hateku-sama. Nous avions devisé quelques mois auparavant à propos d'une vision que m'avait offert Itegami-sama à propos de... (Un petit silence.) D'un évènement compliqué qui aura lieu bientôt, dans un clan lointain, dans le Clan Okaruto. Il m'avait alors semblé que la meilleure chose était d'aller au château d'Ite pour demander audience. Mais ma jeunesse et mon manque de notoriété ont fait que plutôt que d'avoir une oreille capable de m'entendre, j'ai été au départ éconduite. Seulement, la Dame Hateku-sama, invitée à la cour de notre Seigneur Fukyuu-sama, a bien voulu entendre mes paroles.

Chieko pinça un moment les lèvres, se demandant jusqu'où elle devait aller dans ses explications, et enchaîna rapidement, abrégeant un peu.

- Toujours est-il qu'elle m'a demandé de revenir, pour me faire une démonstration de ses talents. Et ayant reçu de nouvelles informations, qui étayent ma vision et ma compréhension de celle-ci, je voulais profiter de cette nouvelle rencontre pour ajouter cela, souffla la jeune femme, en commençant doucement à se tordre ses doigts déjà peu droit. Elle reprit sur un ton de confidence. Il faut dire, il s'agit de la vie de la Dame Okaruto, qui est en jeu. Et même s'il y a toujours des éléments qui me sont encore incompris dans les images reçues, peut-être mes dernières confidences pourront apporter quelques nouvelles pistes à tout cela.

Elle leva son nez vers Aije, ouvrant grand ses yeux rouges sans éclats. Et d'ailleurs, elle n'y pensait que maintenant avec tout ce qui occupait son esprit, y avait-il du feu ? La nuit s'était déjà posée sur la montagne où se trouvait le temple, elle le sentait clairement, mais elle ne s'était pas posée la question à un seul instant de savoir si son hôte pouvait voir ou non. De même que le froid, s'il était son quotidien, pouvait gêner Ai-sama. Elle rosit soudainement, bafouillant un peu avant de poser à nouveau quelques mots d'une voix pleine de soucis.

- Avez-vous besoin d'un feu ? Ou d'une simple torche ? Je ne m'étais pas rendue compte... Je vous prie de m'excuser, Ai-sama !!

Elle était confuse, et tritura ses manches, avant de se relever.

- Avant... que nous ne continuions, voudriez-vous que je procède à la purification rituelle ?



*Ōnusa, le bâton avec du papier.


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Mitsuhide Aije Yue

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Jônin

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MessageSujet: Re: Belles de jour, belles de nuit [PV Chieko] 5/29/2018, 22:03

Un léger gloussement de sa part et il n’y eut plus rien. L’enfant passa sous ses yeux d’un pas confiant.

La pièce était plongée dans le noir à l’exception de quelques charbons faiblement ardents. L’Itako n’était pas le moins du monde gênée par cette absence de luminosité. Ressentant les vibrations de leurs pas et entendant les étoffes frotter le sol à sa suite, que pouvait-elle déduire de la démarche de l’étrange femme auquel tout cela n’était guère peu familier ? L’on devinait les formes des objets plus qu’on ne pouvait réellement les voir. Aije Yue glissait sans faire de vagues. L’ambiance sonore et visuelle lui convenait parfaitement.
Elle ne s’assit pas en face de l’enfant. Parcourant la pièce à pas ralentis, mesurés pour tenter de se faire disparaître des sens de l’autre – n’y avait-il meilleur entrainement ? - elle attendait patiemment que ses pupilles s’ouvrent et s’adaptent. Une intimité reliait cette fille à cette femme, mais elle n’était pas forcément saine et cette dernière le tordait en ce sens. Dans sa tête pourrie, elle évaluait la situation, même si ses actes étaient mués d’un instinct parfois primitif qui ne survivait qu’avec un profond tic envers les fausses coïncidences et la connaissance parfaite.

Encore, elle écouta, encore, elle ne répondit pas. Comme souvent, son attention s’accrocha sur certains mots et ne lâchèrent plus. L’errante se figea. Miroitait devant elle le teint d’albâtre et les yeux-démons perdus quelque part, dans le vide, entre deux mondes. Deux billes rougies, fixes, qui parfois erraient, ça et là, que voyait-elle, n’y avait-il qu’un éternel noir, comme celui de la lune absente ? Bien que cela soit absurde, elle aurait aimé avoir cette vision, quelques instants. Mais autre chose l’intéressait.

Pas plus qu’une plume, pas plus qu’une poussière, elle enleva un appui du sol avec le velours d’un félin, en posa un autre avec l’absence d’un flocon. Malgré sa dextérité, elle s’entendait encore. Le tissu. Le frottement. C’était le tissu qui la gênait. La Jônin continua son tour, rôdant autour de son idole –la gamine ou les charbons rougis ?-, à cran intérieurement comme un loup affamé, toisant comme un faucon impatient, mais elle n’était ni l’un ni l’autre, elle faisait encore du bruit. Elle était encore gauche, humaine. Imparfaite. D’un geste long et lascif elle déplia son bras, tendit son coude, ses doigts, effleurant cette deuxième peau d’étoffes, elle se mit à la caresser, la repousser, et elle s’effeuilla. Les lourdes étoffes tombèrent dans un étouffement, que lui restait-il ? L’aveugle ne pouvait pas voir, pas plus qu’elle ne pouvait compter, cette fois.

Qu’en est-il qu’elle disparut, ou du moins, elle eut l’impression de faire ainsi. Gagnée par l’assurance, elle franchit les quelques mètres qui la séparait du dos tant miré et plaça ses mains fraiches sur les paupières qui ne servaient pas à la religieuse à lui octroyer la nuit.  

_ Parle-moi de cette… vision… » Reprit-elle de cette voix lascive et trainante qui appelait au rêve. « Quelles sont-elles donc ces images que tu souhaites transmettre à notre Fukyuu-sama ?...


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MessageSujet: Re: Belles de jour, belles de nuit [PV Chieko] 5/29/2018, 23:09

Un pli apparut sur le front blafard de la religieuse.

Puis un soupir.

Elle s'y attendait, mais le silence suivit, seulement marqué des pas de plus en plus léger, comme si sa Protectrice Muette -ce surnom lui allait si bien parfois- tentait d'échapper à ses oreilles. Espoir vain, mais si cela pouvait distraire et amuser Ai-sama, elle pouvait bien lui laisser cela. La jeune femme porta une main aux doigts toujours aussi tordus à sa gorge pour y faire traîner le bout de ses doigts abîmés. Les nuits commençaient à être froides, surtout dans ce temple dans cette capitale qui grimpait la montagne haute ; elle tremblait légèrement à cause de cela, et de cela uniquement.

Mais son statut indiquait aussi cette souffrance, et ce fardeau à porter. Cette faim qui la berçait toujours, compagne de son enfance qui s'était pourtant calmée un peu. Ce froid dont elle se drapait sans crainte. Elle lui avait déjà donné tant, voulait-il vraiment lui prendre plus, maintenant ? Et elle supportait ça assez vaillamment, là où d'autres subissait de plein fouet une telle vie, après tout, elle avait vécu dans de pires condition. Elle ne craignait plus de mourir.

Mais elle craignait son ignorance. Pour cela que les questions filaient, jusqu'à obtenir réponse. Même face à Celle qui préférait le silence.

- Que faites-vous... ? murmura Chieko quand elle entendit des bruits de tissus tomber au sol.

Vêtements ? Sûrement enlevés pour la purification. Au moins cela répondait à une de ses questions. Mais avant qu'elle ne puisse faire un pas en direction de l'autel et des bols, les pas se firent plus précipités, et des mains froides se posèrent sur ses paupières.

Hoquet de surprise.

La religieuse parvint cependant à ne pas sursauter plus que cela, mais plissa son petit nez droit, avant de porter ses propres doigts sur ceux qui traînaient sur ses yeux. Sans faire mine de vouloir les enlever, elle était très consciente de la différence de force, mais juste pour les y poser. Sentir un peu ces doigts par les siens.

- Vous... commença-t-elle d'une voix incertaine.

Puis elle s'interrompit, reprenant une respiration plus posée, tentant de calmer son coeur qui avait manqué un battement. Pouvait-elle vraiment parler de tout cela ? Certes, c'était sa protectrice. Mais... De sa conversation avec Hateku Bara, il en était aussi ressorti qu'il ne valait mieux pas trop en raconter. D'autant que le frère jumeau d'un hatamoto était possiblement impliqué. Et que c'était quelque chose qu'il tenait peut-être de sa mère. Elle n'avait pas compris cette partie là... Cependant, elle était aussi certaine que rien ne pouvait aller contre la volonté de son kami. C'était le destin après tout, si sa Protectrice était apparue pour elle à ce moment là.

- Vous aussi avez peur de mes yeux ? De leur malédiction ? demanda-t-elle alors d'une voix habituellement aiguë, curieuse.

L'Aveugle laissa ses mains glisser le longs des doigts de Ai-sama, avant de descendre sur ses joues, son cou, et se rejoindre devant elle, entrelaçant ses doigts.

- Les images ont déjà été transmises... Je pense. Il s'agit là de rajouter un détail. Mais... pour vous répondre, Ai-sama, Oyamatsumi-sama m'a fait voir la mort de la Dame Okaruto. Sa tête, aux cheveux comme les miens, aux yeux comme les flammes. La tête au plus haut d'un.... grand château, je pense. Les brumes étaient présentes et ont vite caché la forêt en bas. Trois silhouettes étaient présentes, je ... ne peux pas les décrire. Je n'ai ni les mots, ni les notions. Ils avaient posé une outre, le symbole Okaruto, à côté de la tête... Et... Un des détails que nous n'avions pas compris, et que je ne comprends toujours pas. Là où leurs mains se posaient, il y restait une trace blanche, de la main. Mais surtout, avec l'un d'eux... Il me restait un sentiment étrange. Comme si je l'avais déjà rencontré sans que ce ne soit vraiment lui.

Elle reprit sa respiration qui avait tendance à manquer.

- C'est quand le Hatamoto, Kazuo-sama est venu au temple, comme promis, que ... le tout est devenu un peu plus ... clair ? Sa mère était un esprit qui le suivait depuis des années. Et après avoir effectué les rituels de purification sur Kazuo-sama, j'ai officié en tant qu'Itako. Par mon esprit-marié, mon corps a servi de réceptacle pour sa mère, qu'elle puisse enfin exprimer les raisons de sa présence aux côtés de son fils pendant tout ce temps...

Elle pinça les lèvres et secoua la tête, enchaînant finalement directement avec le sujet important, et laissant l'intimité de la mère retournée au repos et du Hatamoto dont elle espérait la bonne santé tranquille.

- C'est à ce moment là que j'ai compris, en tous cas, que la silhouette qui me semblait familière, était en fait le frère jumeau du Hatamoto de Fukyuu-sama. Disparu depuis longtemps. Mais toujours Fukyuu. C'est cette information que je devais transmettre maintenant. Maintenant, si vous le voulez-bien... Puis-je faire mon office, et purifier votre être ? C'est bien pour cela que vous êtes venue au départ, non, Ai-sama ?

A nouveau, le doute, l'inquiétude et la confiance en même temps. Son cou lui lançait toujours un peu, mais elle ne s'en faisait pas. Et ces mains dont elle ne comprenait pas la présence sur ses paupières avaient tué pour elle. Pour sauver la jeune fille perdue qu'elle était. Alors, elle s'en remettait à celles-ci. Elles ne pouvaient pas la tuer. C'était bien pour cela qu'elles s'étaient arrêtées, plus tôt, non ?


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Dernière édition par Iwasaki Chieko le 6/10/2018, 16:16, édité 1 fois
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Mitsuhide Aije Yue

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Jônin

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MessageSujet: Re: Belles de jour, belles de nuit [PV Chieko] 6/10/2018, 16:06

Convoitise et désir de chaos s’allumèrent dans ses yeux momentanément plus ouverts. L’excitation du meurtre, même lointain, de la plus haute tête d’un clan ! De qui ? Qui donc ? Un ancien Fukyuu – et elle parlait de La Main ? Cela ne pouvait être que cela, c’était leur spécialité. Qui aurait pu donc avoir autant d’audace pour commanditer un tel meurtre, qui aurait pu avoir autant de cran pour l’accepter ? La Dame n’était-elle donc pas bien protégée ?... Ou... peut être… peut être La Main avait-elle décidé d’œuvrer pour ses propres buts. Cette perspective était si attrayante, si innovante. Il fallait qu’elle SACHE. Que ferait La Main ? Que ferait Fukyuu ? Peut être serait-il motivant de s’intéresser à cette organisation, le jour où elle se lasserait de Jônin, car oui, elle songeait déjà à s’en ennuyer.

Malheureusement, il n’y avait pas de “quand”. Son entrain retomba en partie. Il lui fallait absolument voir celui qui se murait dans son château, marmonnait et grondait un hiver politique, refusait les alliances passées, cherchait sa Kannushi –telle en était la rumeur. En attendant, elle était avec l’aveugle. La petite aveugle du coin. Celle sauvée de sa main, éclaboussée du sang qu’elle avait fait verser. Et qu’elle devait dresser.

_ Ai-je l’air d’avoir peur, ma petite chose ?

Elle se pencha vers elle, autant qu’elle la tirait vers l’arrière de ses mains sur son visage appliquées sur son front, ses yeux.

_ Ai-je l’air effrayée ?

Saisissant une partie des doigts tordus avec une langueur qui n’appelait, ceci dit, pas à la négociation, la Kunoichi descendit la menotte de l’Itako, et amena les dextres à effleurer la peau nue de son bras, trop habitué à la froidure pour déjà s’hérisser de ses poils. Encore plus proche de son oreille, elle lui murmura au creux, une question formulée comme un secret à garder de quiconque.

_ Ai-je l’air… de frissonner ?

La jambe glissa en avant et d’un mouvement souple, félin, la Kunoichi passa par-dessus l’enfant assise, par le biais d’une souplesse travaillée, effleurant ses cheveux comme un esprit, comme un démon tentateur rôdant autour d’un pieux être humain qui se voulait insensible à ses gestes. Ce faisant, elle recula jusqu’au aux tréfonds de la pièce où ses vêtements gisaient en un tas informe. Ainsi, elle était retournée dans la nuit. Elle récupéra ce ton lointain et se voulant omniscient, comme si une autre s’exprimait pour elle.

_ Si tes yeux étaient maudits, je le saurais. » Elle reprit, trainant les étoffes du pied vers le centre de la pièce. « Pourquoi être si pressée ? Pourquoi tant de hâte, de volonté d’en finir ? Lorsque je serais purifiée je n’aurai plus rien à faire ici. Veux-tu te débarrasser de ma présence ?


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Itako

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MessageSujet: Re: Belles de jour, belles de nuit [PV Chieko] 6/10/2018, 17:33

Elle n'avait pas pu tout dire. Et tout ne devait pas être dit. Les confidances des morts à leurs proches restaient d'abord entre eux. Et l'Itako avait eu beau être le vaisseau de ces mots et de ces émotions, ou son corps le receptacle de ces esprits. Les paroles ne lui appartenaient pas. C'était ainsi, sa voie. Elle n'était pas assez sage pour pouvoir prétendre connaître ou penser les volontés des kamis. Alors, elle restait prudente, au possible. Perdre la confiance des morts ne la tentait pas le moins du monde. Déjà qu'obtenir celle des vivants était une tâche pour le moins compliqué...

C'était aussi pour cela qu'elle avait décidé de voyager, au départ, pour offrir ses dons aux villages reculés, tout comme à ceux proches du pouvoir. Pas par ambition, mais pour trouver sa place, celle qu'Itegami-sama avait bien voulu lui montrer. Et cela passait par ces étranges rencontre avec sa Protectrice. Et comme à chaque fois, ses propres questions étaient ignorées. Elle poussa un petit soupir, l'écoutant, profitant de ce curieux contact des deux corps. Etait-ce cela, une étrainte ? Etaient-ce là les douceurs qu'offraient les humains ? Elle entendait son souffle si proche, sentait racler ses couches de tissus sur le corps d'Ai-sama, respirait son odeur.

Tout en réfléchissant aux questions qui s'ajoutaient, elle se laissait manipuler, docile, jusqu'à enfin être abandonnée, son hôte passant par dessus elle, Chieko baissant sa tête par réflexe, se recroquevillant sous ce passage innatendu. Puis elle se redressa, glissant ses yeux aveugles vers la présence, vers la voix, pour les y fixer à nouveau.

Doucement, de la main qui avait touché le bras de cette visiteuse si tardive, elle en referma les doigs, comme pour garder cette sensation pour elle, pour un temps. Aussi rémanante que possibe.

- Je ne pense pas que vous soyez effrayée, même si les voies qu'offre Itegami-sama ne sont qu'inconnues, commença-t-elle d'une petite voix avant de s'enhardir après s'être raclée la gorge. Mais... Je pense que vous avez peur, de perdre tout intérêt pour ce monde. Que ferez-vous, une fois vos objecifs atteints ? Quand l'ennui aura balayé toute volonté ?

Elle étendit son bras droit sur le côté, Là où les portes menaient vers l'autel pour leur Kami.

- Et je ne compte certainement pas me débarasser de votre présence, Ai-sama, protesta-t-elle. Simplement votre bien. Les purifications sommaires à l'entrée des temples ne suffisent pas, et il n'est jamais bon de rester trop longtemps...

Puis, après un bref silence, Chieko pencha la tête, légèrement sur un côté.

- Pourquoi m'avez-vous sauvée ? Et que peut signifier cette main dans la vision que j'ai pu vous décrire ?


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MessageSujet: Re: Belles de jour, belles de nuit [PV Chieko]

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Belles de jour, belles de nuit [PV Chieko]

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