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 La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ?

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Denbee Eisei

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MessageSujet: La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ? Mer 11 Déc - 21:59

« Oy, oy... hmm... je voudrais un thé aux algues s'il-vous-plait-bozu.
- Oh... Naguro-sama... vous n'avez pas ho-... »

Un bruit de vaisselle qui tombe résonna avec intensité dans les cuisines du réfectoire. Le cuisinier, maître de ces lieux depuis des années sans que jamais personne n'ait à redire sur ses dons inéluctables, rassasiait avec bonheur les papilles des samouraïs des terres de la Foudre du lever du jour jusqu'au coucher de la lune. Il en avait vu, des hommes. Au moins autant que des bols de nouille. Il se plaisait d'ailleurs souvent à dire qu'à chaque nouille correspondait un homme au caractère unique et inventait de nouveaux plats en conséquence. Il pouvait se vanter d'avoir tout vu. Surtout après avoir réalisé quelle espèce de créature se tenait devant lui ce matin.
« Vous n'êtes pas... commença-t-il en dévisageant celui qui se tenait dans l’entrebâillement de la porte. Il ramassa sa casserole et la pointa en direction du type rabougri, ramassé sur lui-même, au visage aussi rouge que le drap qui l'habillait était rose. Avec des papillons jaunes. Visiblement dessinés à la main. Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous fichez ici ?
- Bozu, mon garçon. Je viens de la part de vous savez qui-bozu. » La figure du cuisinier se fendit d'une grimace d'incompréhension totale. Il n'avait pas la moindre idée de ce dont on lui parlait ; la seule chose dont il était sûr c'était qu'il ne s'était plus fait appeler « mon garçon » depuis environ quarante ans.
« C'est une blague !? » Demanda-t-il finalement en haussant la voix, de telle sorte que tous les commis et autres travailleurs de l'ombre l'entendent. Mais personne ne lui répondit.

Il attrapa le vieillard par l'épaule et l'entraîna avec lui en dehors des cuisines. L'arrière cour dans laquelle ils se retrouvèrent n'avait rien à envier aux jardins centraux du dojo ; là où dans ce dernier se trouvaient des fleurs se tenaient ici des amas d'épluchures et des flaques de sauces froides. La pluie continuelle de Geki brassait les derniers relents d’arômes qui n'avaient pas trouvé acquéreurs la nuit dernière et parfumait l'air d'odeurs audacieuses. Le cuisinier, ici dans son univers, fort de sa carrure et de l'honorable réputation d'homme sage qu'il avait, se tint plus droit qu'à l'accoutumée et soutint du regard celui fuyant, tristounet, presque malade de ses années de labeur du vieux bonhomme. Il réalisa en même temps à qui lui faisait penser son accoutrement débile et trouva enfin une explication au surplus d'algue dans la réserve : l'horrible mangeur de kombu n'était plus venu réclamer sa dose. Il ne s'en était jamais réellement rendu compte, même si Naguro-sama passait son temps à se moquer du Taisho en venant chaque jour passer les mêmes commandes que lui. Mais il n'avait jamais vraiment réalisé que le Taisho ne venait plus. Il comprit tout ce que cela pouvait vouloir dire.
« Le Taisho est mourant ? C'est ça que vous êtes venus me dire ? Maintenant que vous le dites, c'est vrai qu'on ne l'a plus vu depuis des semaines... C'est lui qui vous envoie ? Par tous les kami, pourquoi vous portez un foutu rideau rose, jiji-san ?
- Un ami commun m'envoie incognito vous soumettre une requête, bozu, expliqua le vieillard en soulevant le kimono de fortune qui l'habillait, duquel il sortit un papier chiffonné et gras. Le cuisinier hésita à le prendre. Pouvez-vous, s'il vous plaît, satisfaire à sa demande, mon garçon ? C'est important-bozu. » ajouta-t-il en déposant le papier souillé dans la grosse main du cuisinier.
« Vous êtes un bon garçon. Bozu. Passez une bonne journée. »

Le vieillard lui tapota gentiment l'épaule et l'encouragea en silence avant de quitter les lieux. Le cuisinier resta là, dans ce jardin des pauvres jusqu'à trouver le courage d'ouvrir le parchemin dégoulinant de gluant.


« Je lui ai donné, bozu. » Je me retournai pour constater le retour de mon messager. Et quel messager, bon sang-den ! Je me retins de sursauter en constatant comment le drap que nous avions peinturluré de rose et graffité de papillons jaunes lui donnait un air de yokai perdu entre une tapisserie désuète et un dessin d'enfant aux mains atrophiées. J'étais l'enfant aux mains atrophiées en question-den.
« Merci, Bozu-san-den, dis-je en retirant mon kiseru de ma bouche. Est-ce que vous avez appris quelque-chose de nouveau-den ?
- Non-bozu. Rien du tout. Bozu.
- Vous n'êtes pas obligé de dire “bozu” tout le temps, vous savez-den.
- Je ne fais pas exprès, bozu. Je crois que vous m'avez refilé votre tic, bozu-sama.
- Oh ? Désolé pour ça-den. »

Il est vrai que nous avions passé beaucoup de temps ensembles. Bozu, ce vieux charretier, s'était révélé un compagnon de voyage idéal. Si on oubliait que c'était lui qui m'avait transporté dans une boite jusqu'à l'autre bout du monde à la demande de ce... den... sournois Naguro-teme-san-den... Hm... il s'était montré particulièrement intelligent et généreux. Il m'avait sauvé d'un bois hanté je ne sais dire où quand j'avais perdu tous les sens après une attaque de yokai-den. Il était même allé jusqu'à vendre son buffle pour nous permettre le voyage du retour-den. Il était, à l'heure actuelle, l'homme en qui j'avais le plus confiance. Celle-là devait être réciproque puisqu'il m'avait laissé le déguiser afin de remplir sa mission-den. N'importe qui aurait trouvé ça stupide, mais pas Bozu-san : il s'amusait de toutes ces intrigues idiotes dans lesquelles Kenshu était à présent plongé, à cause ou grâce à ce traître de Taisa-den. Mais tout allait prendre fin maintenant.

J'avais eu le temps de réfléchir à la chose et d'organiser mon retour-den. Geki n'avait pas changé en mon absence et ç'avait été à la fois un soulagement et une déception de le constater. Je ne m'étais attendu à rien et, a priori, personne n'avait réellement remarqué ma disparition. Même le marchand de Yakitori ne s'était pas étonné de ne plus me voir lire à son étal ; il avait cependant remarqué un petit soucis avec son stock de kombu, chose que j'avais réglé en même temps que les derniers papiers à transmettre. Bientôt Naguro Toro paierait, et je me régalais de le savoir en me jetant une algue dans la bouche, appuyé contre le mur de la résidence du Grand Seigneur de ces Terres-den. Il n'y avait plus qu'à attendre que les choses se fassent.
« Oy, bozu. J'ai aussi retrouvé votre Haori, Denbee-sama-bozu. Tenez-bozu.
- Vraiment-den ? Vous êtes sûrs de ne vouloir vous contenter que d'un poste de chauffeur, Bozu-san ? Vous avez l'air parfaitement qualifié pour être ninja-den, m'étonnai-je en attrapant le vieux chiffon qu'il me tendait.  
- Oy, oy, bozu. Vous aurez déjà bien assez à faire avec votre nouveau Taisa bozu.
- Comment ça-den ?
- Le cuisinier, l'avait pas l'air très fin, bozu. Je suis pas sûr qu'il lui transmette le message, bozu. » J'haussai une épaule en me rhabillant de ce bon vieux haori sale – mais chaud. Qu'est-ce qu'il m'avait manqué durant toutes ces pérégrinations-den...
« Oh, il peut paraître un peu bourru comme ça, Bozu-san, mais je sais qu'il le fera-den. Oublier de transmettre une convocation devant le Grand Seigneur n'est pas vraiment dans ses habitudes-den. Surtout si ça concerne tous les Taii-den.
- Et que c'est signé par Naguro bozu. » précisa-t-il en souriant, une certaine lueur de malice dans l’œil.
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Shigeru Juubei

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Taisa

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MessageSujet: Re: La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ? Ven 27 Déc - 5:26


Juubei vit la jeune Harei accourir vers l’attroupement des Taii devant les portes de la forteresse seigneuriale, certainement soucieuse de ne pas arriver en retard. Même de loin, on pouvait voir qu’elle avait soigné ses allures, qu’elle avait retouché ce qu’il fallait pour paraître impeccable devant le seigneur…et les autres. Juubei ne pouvait qu’apprécier la vue de cette charmante jeune femme. Comme de celles-ci qui savaient prendre soin d’elles et qui feraient d’excellentes épouses. Malheureusement, Harei était une intouchable. Oh, elle était très franchement désirable. Beaucoup avaient dû l’imaginer dans leurs moments de fantasmes. Mais il émanait d’elle tellement de douceur, tellement de gentillesse, que…Brr ! Non, vraiment, elle ne ferait pas une femme géniale…Et puis, il n’y avait que la chevelure ardente d’Inuko pour faire véritablement bouillir le sang de Juubei.

Bref, ils attendaient tous là. La pluie venait de cesser de tomber, brillait à présent un soleil radieux environné de quelques petits nuages gris. Il se mettrait très certainement à pleuvoir de nouveau et d’avantages. Mais à en croire le ciel, les Taii de l’armée Kenshu pouvaient patienter encore une ou deux heures en espérant se garder au sec. Juubei ne s’était pas dévêtu de son armure pour se dépêcher de les rejoindre. En fait, c’était surtout qu’il n’avait trouvé absolument personne pour l’en défaire, et le collègue qui l’avait averti du message s’était aussitôt mis en route, le laissant seul avec son poids, comme le revenant qui trainait son boulet. Ah, elle était lourde ! Il l’avait revêtu pour entrainer sa petite troupe à la porter durant quelques kilomètres de course, et maintenant, il regrettait. C’était bien sa veine !

Les Taii, des jeunes, surtout, et des moins jeunes, un peu, discutaient ensemble par petits groupes. Quelques rumeurs parvinrent aux oreilles de Juubei. On s’était tout à coup aperçu de la disparition du Taisho et il s’en racontait plusieurs histoires. Ah ! Le gringalet Eisei ! C’était ça, son petit nom, hein ?  Vrai qu’il n’avait pas vu ce Haori flottant depuis un bail. D’ailleurs, ce Haori, il se demandait où il avait pu le trouver, parce qu’il était vraiment très moche et il ne lui allait pas au teint, surtout les papillons dorés en fait. C’était un motif de femmelette. Enfin, bref…

« Shigeru-senpai ! »
_ « Ah, Kei-chan. Heureux de te voir en forme et très en beauté… si je puis me permettre. C’est pour plaire à Kenshu-sama ? » S’exclama le combattant en se grattant l’arrière de la nuque, ou plutôt en essayant de se gratter l’arrière de la nuque.
Foutue armure !

C’était lui, où la fillette avait rougi ?

_ « Shigeru, cessez de me taquiner. Je ne veux plaire à personne. Et vous n’êtes pas en état de me juger. »

Il avait rougi à son tour. Ok, elle avait remarqué l’armure et qu’il était le seul péquenaud à la porter en ce moment. Ils étaient quittes.

_ « Ah ? Ahaha, en effet, j’avais complètement oublié ! Mais dis-moi, Kei-chan, toi qui est si gentille, te serait-il par un très heureux hasard venues quelques nouvelles à propos du Taisho ? »
_ « Le Taisho ? Goro-sama ? »
_ « Non, tu sais, le jeune là, celui avec son Haori fuchsia. »
_ « Ah ! Denbee-sama ! Non, absolument aucune. » Il y eut un long silence puis il lui vint un éclair de lucidité. « …Il va bien ? »

Son air inquiet était dérangeant, elle était aussi mignonne qu’un chaton de trois semaines, mais quelque chose clochait dans l’expression. Etait-ce un très léger strabisme ? Trop doux pour qu’on le remarque à l’œil mais assez fort pour qu’on sente que quelque chose n’allait pas ? Juubei recula très discrètement d’un pas.

_ « Euh, je suppose. Du moins, je l’espère…On verra bien. »
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Sanada Senkô

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MessageSujet: Re: La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ? Dim 29 Déc - 12:36

Un rassemblement général des officiers, ni plus, ni moins. Cette folie avait été demandée par Naguro, un Taisa désagréable qui pensait que sa jalousie envers le Taisho et ses petites manigances d'amateur pouvaient échapper à la vigilance du Seigneur de ces terres. Senkô était sans doute le seul à s'être inquiété de la disparition du Taisho, et peut-être même un des seuls à l'avoir remarquée. En réalité, il avait appris sa disparition et son retour en même temps : il avait entendu parler, lors d'une promenade déguisé dans les rues de Geki, d'un charretier qui serait rentré sans sa charrette et sans son animal de trait, accompagné par un type habillé bizarrement et à qui personne ne s'était visiblement intéressé. Dans le même temps, le daimyo avait remarqué une légère... anomalie... dans les stocks de kombu de plusieurs échoppes dont les surplus anormaux avaient disparus aussi vite qu'ils étaient apparus.


Sachant cela, il n'était pas difficile de deviner le but de ce rassemblement des Taii. Naguro allait dans le même temps annoncer la disparition d'Eisei et demander à ce que l'on nomme son successeur. Il s'était même probablement assuré l'avis des autres Taisa afin d'être choisi à coup sûr. Cependant Senkô refusait catégoriquement d'avoir à la tête de son armé un général plus motivé par son égo et les intrigues internes que par la conduite des hommes en temps de guerre. Il comptait bien refuser l'intronisation de cet opportuniste au rang qu'il désirait afin de laisser le temps à son actuel Taisho de refaire surface.


Assis dans une tenue peut-être plus sobre que celles qu'avaient revêtu certains Taii, Senkô attendait dans la salle de réception que ceux-ci entrent et viennent s'installer devant lui. En les attendant, il lisait un recueil de poésie qu'il avait déjà lu une centaine de fois et connaissait presque par cœur, mais il lui fallait bien soigner son image...
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Denbee Eisei

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MessageSujet: Re: La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ? Sam 1 Fév - 7:18

« Je peux vous faire un aveu, Bozu-san ? Demandai-je en observant l'attroupement au loin. Le petit vieillard hocha gentiment la tête, encourageant-den. C'était vraiment un bon camarade de route. Je ne pensais pas que l'armée comptait autant de Taii-den.
- Vous êtes un Taisho chanceux, Taisho-bozu-sama-bozu. »

Je soupirai intérieurement tout en baissant la tête, peu convaincu. Devant nous, des dizaines et des dizaines d'individus s'étaient rassemblés et piétinaient dans l'attente-den. On pouvait en voir certains discuter entre eux, d'autres s'observer du coin de l’œil ; on entendait le chaleureux brouhaha de la masse et je ne pouvais m'empêcher de me dire qu'ils étaient tous de biens braves gens-den. Déjà parce qu'ils étaient venus, ensuite parce qu'ils ne semblaient s'inquiéter de rien. En les observant, je ne pus que me faire remarquer qu'il était dommage que je ne connaisse ou n'ai, tout du moins, jamais vu la moitié d'entre eux-den. Les trois-quarts, pour être franc. Oy ! J'en avais au moins croisé deux ou trois dans le quartier général, quand même-den ?
« Si seulement vous saviez à quel point-den... » répondis-je finalement au vieillard avant de m'avancer d'un pas traînant. Je n'étais pas bien sûr de ce qui allait suivre-den. Je savais qu'il faudrait faire un petit discours ou annoncer quelque-chose, bref, célébrer l'événement, le marquer d'un pinçon afin que tout le monde comprenne un peu ce qu'il se passait et, surtout, pourquoi ça se passait.

« Il s'est demandé si vous étiez mourant » ajouta le vieux charretier en me suivant. J'inclinai la tête dans sa direction, marquant ma surprise par une légère pause avant de reprendre le chemin vers la troupe-den. Puis je m'arrêtai de nouveau et me tournai encore vers Bozu-san pour lui souffler :
« Hm... euh... den... je crois qu'il va me falloir une boîte sur laquelle monter ou quelque-chose-den... Pour qu'ils me remarquent, vous comprenez-den ? » je désignai en même temps mon accoutrement-den. Ce n'était pas mon célèbre kimono fuchsia que je portais aujourd'hui. Je n'avais pas pris le temps de rentrer dans mes quartiers pour le remettre et avais toujours, de ce fait, le même habit de recrue que celui que Toro m'avait si gentiment prêté le jour de mon départ-den. On ne me reconnaîtrait pas, j'en étais persuadé d'avance, il n'existait pas plus sobre que cette tenue-là, hormis peut-être avec moi dedans, quand bien même j'avais sur mes épaules l'haori de Taisho. Bozu-san haussa simplement les épaules et disparu d'un air pressé en quête dudit objet-den.

J'attendis son retour en fumant ma pipe deux fois plus vite ; s'en échappait maintenant une fumée constante, au moins aussi dense que celle des cheminées les nuits d'hivers particulièrement rudes-den. Je réfléchissais mes mots, les visualisais, les imaginais en même temps que leur impact sur le monde...

Bozu revint quelques minutes plus tard, un pot de fleur avec les fleurs dedans dans les mains. Je le fixai tirer pelle-mêle terre et buisson d'un coup de poignet d'un œil ahuri avant de le voir retourner le pot et me le pousser devant les pieds-den. Son affaire conclue, il me gratifia d'un pouce levé vers le ciel et se positionna à mes côtés, attentif au devenir des prochaines minutes. Hébété, je le regardai et montai finalement sur la faïence-den. Je n'étais pas bien lourd mais je craignais quand même qu'elle ne puisse supporter mon poids infiniment. Bozu dût le sentir car il m'encouragea une nouvelle fois, me touchant le bras d'une main douce-den. Je tournai la tête en direction des Taii, maintenant parfaitement alignés, aux ordres et eus la désagréable impression de sentir mille yeux sur moi-den. Je plissai le mien et me détournai pour constater que Bozu tendait l'arbuste à bout de bras dans mon dos afin d'attirer leur attention.  
« Hm... merci, Bozu-san-den. Et... bonjour à tous-den, commençai-je d'une petite voix dans laquelle ni le stress ni l'angoisse ne transparaissaient. Ils étaient pourtant bel et bien présents mais seule la lenteur du débit de parole s'entendait réellement-den. Comme vous pouvez le constater... je... hm... je ne suis pas mort-den. Je vais même très bien-den... »

Il y eut un petit bruit de feuillage qu'on agite et je vis un semblant de vie renaître dans les rangs. Je vis surtout un rayon de soleil briller là où il n'avait pas à le faire et remarquai la présence d'un type en armure-den. Certains prenaient visiblement ce rendez-vous très au sérieux, ce qui me redonna un peu plus confiance en moi, il est vrai. Je croisai en même temps le regard fanatique, absorbé d'une jeune femme que je connaissais bien-den.
« Vous ne l'avez peut-être pas remarqué, mais il y a peu, poursuivis-je d'un ton plus fort, l'un des nôtres a trahi le clan-den. Vous le connaissez tous et avez tous, je pense, déjà travaillé avec lui-den. Rumeur dans les rangs. Je levai une main pour tempérer le bruit ; Bozu cria pour me venir en aide et rétablir le silence-den. … Hm... Ne vous inquiétez pas, aucun de vous ou de vos hommes n'est mêlé à cette histoire-den. Entre nous, ce type est un vrai... hm... chien-den. Enfin... Non, pas un chien-den. Les chiens attirent la sympathie-den. Ce n'est clairement pas son cas-den. Ça l'a peut-être été fut un temps, et je me suis montré indulgent envers lui en souvenir de ses actions-den. Mais ce n'est plus le cas non plus à... pré... sent...den. »  
Ma voix mourut quand, soudain, une silhouette se traça un chemin au milieu de la troupe silencieuse et vint jusqu'à se positionner devant tout le monde. Mais surtout devant moi-den.
Je penchai la tête en voyant sa figure me sourire et entendis, derrière moi, le vieux charretier cracher.  
« Merci pour votre indulgence, Taisho » lança un Naguro Toro en pleine forme. Il se tenait droit, fier, son allure transpirait l'orgueil et l'assurance comme rien d'autre-den. On ne voyait plus ses rides ni ses tempes battre colère et frustration comme d'habitude ; il était l'homme le plus serein du monde-den. Il me donnait l'impression d'avoir croisé ce Taisa dévoué, plein d'obédience, de bienveillance... d'honneur simple, peut-être, qu'il était autrefois et de l'avoir poignardé juste avant de venir ici.

Il s'était en outre fait particulièrement beau et était venu sans arme-den – du moins, semblait-il. Il était un simple homme au milieu des samouraïs et je tiquai en me faisant cette dernière remarque. Il avait la ceinture vide mais la tête pleine de fourberie.
« Naguro Toro-den, dis-je simplement en descendant de mon perchoir. Vous m'épargnez la peine d'aller à votre recherche-den. Une nouveauté-den. Il se mit à sourire de plus belle.
- N'est-ce pas ? Il se pencha pour regarder Bozu. … Il n'était pas nécessaire d'obliger ce... pauvre homme à porter un tel accoutrement pour attirer mon attention, Taisho. Je me serai rendu sans résistance. Tel que je le fais maintenant.
- Vraiment-den ? » J'en doutais profondément et n'arrêtais pas de jeter des coups d’œil par-dessus son épaule. Peut-être avait-il déjà endoctriné tous les Taii durant mon absence-den. Il avait fait tellement de chose pour me pousser vers la porte de sortie... Peut-être qu'une rébellion aurait lieu, maintenant, et qu'il m'achèverait ici-den. Dans quelques minutes-den. Dans le château-den. N'importe où-den. Mais Naguro Toro se contenta une fois de plus de sourire et de hocher la tête. Je le vis se retourner pour se positionner à côté de moi et faire face aux lieutenants-den. Certains semblaient surpris, d'autres se regardaient le bout des warajis. Personne ne parlait-den.

« J'ai échoué ! Annonça Toro. J'ai cru œuvré pour le bien du clan en essayant de démettre le Taisho incompétent mais j'ai échoué ! Chaque fois ! Quand j'ai cru avoir trouvé la meilleure façon de l'éloigner de nos terres, il est revenu, vivant comme il était parti et me porte aujourd'hui face à l'évidence de mon échec. Je ne peux que reconnaître mon erreur, ma faute et accepter ma punition ! Telle est notre loi ! Il fit une pause pour capter l'audience et je crus rêver. Qu'est-ce qu'il nous faisait-là-den ? Un repentir ?  Mais je ne peux, hélas, pas remettre au néant mes convictions ainsi que celles de tous ceux qui me soutiennent depuis votre ascension, Taisho, il se tourna vers moi. J'accepte la mort. Je la souhaite et la désire autant que vous. Autant que mes amis.
- Vous n'avez pas d'amis-den, dis-je d'un souffle, démonté. Moins pour le lui rappeler que pour essayer de me convaincre.
- Ah ! J'en ai plein, Taisho. Et vous le savez très bien. Tous ceux ayant signé mes parchemins, toutes les recrues, samouraïs, Taii ayant fait grève de faim, tous ceux m'ayant épaulé me suivront là où je me rends. »

Je secouai la tête en ayant peur de comprendre où il voulait en venir-den. Ma bouche parla toute seule cependant, de cette voix forte si peu de fois mise en avant. L'angoisse ou la fainéantise l'étouffait toujours d'ordinaire-den.
« Kei-san-den ! »
La jeune femme se dégagea rapidement de la foule et rejoignit notre trio en hâte-den. S'il y avait une personne capable de savoir qui étaient les amis de Toro et qui allait réellement le suivre dans la mort, c'était bien elle. Elle s'en doutait certainement, elle était connue pour connaître tout le monde et, bien qu'elle ne s'en vantait pas, reconnaissait souvent l'aide que ça pouvait apporter à tout un chacun-den. Elle se dirigea vers le buisson de Bozu qui me désigna du doigt pour ne pas qu'elle oublie de s'adresser à moi. Ce qu'elle fit-den.
« Taisho-sama... ?
- Vous comprenez ce qu'il se passe, Kei-san-den ? Demandai-je gravement, ne quittant pas Toro de l’œil.
- Hm... il me semble que Toro a trahi le bushido. Et qu'il souhaite se répandre. Se repentir, pardonnez-moi. D'autres veulent le suivre. C'est leur droit. J'acquiesçai et Toro se mit à rire.
- Vous savez qui sont ces “autres”-den ? »

Harei parut réfléchir un moment. Ses doigts s'agitèrent et ses lèvres bougèrent en silence tandis qu'elle comptait, formulait, cherchait les noms et les visages de ceux qui paraissaient partager les mêmes intérêts que Toro.
« Il y en a bien plus d'une trentaine, Taisho-sama, conclut-elle. Je restai coi face au sourire élargi de l'ancien Taisa. Et... Taisho... je pense qu'ils viennent d'un peu toutes les divisions. Ce serait un bain de sang et une vraie peine morale... Je me souviens avoir retrouvé certaines de mes recrues malades de faim... Taisho... Ils sont jeunes... Même pas majeur... Ils ne compr-...
- D'accord-den. Vous allez vous occuper de trouver ces gens et de leur parler-den. Essayez de... je ne sais pas-den... je ne savais vraiment pas quoi dire. Il y avait trop d'informations et mes pensées n'allaient pas assez vite pour toutes les traîter-den. Plus que jamais, je sentais mon handicap prendre sa lourde place de handicap. C'était énervant, frustrant, exaspérant-den...
- Vous ne savez pas, Taisho ? » Demanda l'autre Teme-san plein de cynisme.

Comme si mon esprit ne suffisait pas dans cette guerre contre le temps pressant, une servante sortie de la maison seigneuriale et nous annonça que le Grand Seigneur était prêt à nous recevoir-den. Elle parut surprise de voir un tel rassemblement et je compris bien, dans ses yeux qui me cherchaient sans doute ainsi que dans ceux des gardes présents, qu'il ne serait pas possible à tous d'entrer.

Je m'attrapai le haori et le replaçai sur mes épaules d'un geste vif puis m'en allai rejoindre les autres Taii, Harei sur les talons-den. Je la sentais tendue et me retrouvai d'autant plus désolé de ne rien trouvé à lui dire, pour le moment, pour lui assurer l'avenir de ses élèves. C'était pourtant là tout le véritable sens de mon rôle-den.
« Merci à tous d'être venus-den, dis-je assez fort pour capter l'attention de tous. Ou du moins, des quelques premiers-den. Je me surpris à parcourir l'assemblée de l’œil, en quête de tous leurs visages, seulement au cas où certains d'entre eux aient envie de disparaître bientôt. Vous allez rentrer au Q.G. et suivrez attentivement les ordres de Kei-san-den. Vous chercherez les partisans de Naguro-san et... j'éludai la fin de ma phrase d'un geste de la main. Faîtes en sorte de les connaître tous et de leur parler, je vous prie-den. Si vous êtes vous-mêmes d'accords avec son souhait-den... alors... den... Profitez-en pour vous préparer à l'exécution qui aura lieu bientôt-den, peinai-je à dire sans douleur dans la voix. Oh ! Et... den... je me mis à marmonner en fouillant l'intérieur de ma manche. Je ne parvenais pas à en retirer le papier gras sur lequel j'avais griffonné un nom-den. Je ne tardai pourtant pas à le retrouver : Shigeru-san-den ? Il est là-den ? Oui. Vous m'accompagnerez auprès du Grand Seigneur, s'il-vous-pl-... Ah ! C'est vous, le type à l'armure-den. Excellent-den. J'aime beaucoup-den. Au fait, vous êtes vous-même partisan de Nag-...
- On peut y aller, Taisho ? Lâcha Naguro-san, déjà devant les portes. Il ne faudrait pas que Kenshu-sama s'impatiente.
- Teme-den..., sifflai-je, les dents serrées, avant de me tourner vers Shigeru-san. Peu importe de toute façon-den. Allons-y-den. »

Il s'agissait d'un grand type, blond-den. C'était les deux premières choses qu'on remarquait chez lui, après, évidemment, l'armure. Il s'imposait carrément au monde, ce qui était réellement déboussolant quand on croisait l'expression de son visage-den. Elle me semblait montrer si non tout l'inverse de sa haute taille, une gêne et un inconfort parmi le monde-den. Je compris très vite ce qui avait touché mon prédécesseur chez lui, si bien qu'après quelques pas j'arrêtai cet imposant rêveur de la main. Je sentis mes os résonner suite au choc sur l'armure-den. Ma main trembla un petit moment sans que je ne puisse l'en empêcher.
« J'espère que je peux vous faire confiance-den, lui avouai-je. J'ai besoin que vous ne vous démontiez pas devant le Grand Seigneur, quoi que dise Naguro-san-den. Je sais que vous le connaissez-den. Vous êtes de la même génération-den. Je crois que vous êtes le mieux placé pour convaincre le Grand Seigneur de l'état dans lequel se trouve Naguro-san-den. Il doit mourir, peu importe comment-den. J'aimerais que vous en soyez convaincu-den. Pour les bonnes raisons-den. »

Je trouvai mes mots horribles et me murai très vite dans le silence, kiseru vissée entre les dents. Je ne dis plus rien jusqu'à ce que nous rejoignions la salle de réception où se trouvait le plus grand homme du clan et devant qui la servante nous abandonna-den. Je jetai un coup d’œil à ceux qui se trouvaient maintenant à mes côtés : le vieux charretier Bozu, toujours dans son drap fuchsia qui le rabougrissait plus, Shigeru Juubei, pauvre Taii qui devait se demander ce qu'il fichait-là et, de l'autre côté, Naguro Toro, seul avec son sourire-den. Lui ne se démonterait pas ; il mourrait et il le savait déjà-den. Nous le savions tous ; son corps mourrait sous les yeux du Grand Seigneur, on ne pardonnait pas la traîtrise, mais ce n'était plus réellement de son corps dont il était question.
Ni plus réellement de traîtrise-den.

Son nom perdurerait dans les mémoires, gravé dans celle de ses partisans et des autres-den. Il prolongerait sa vie ainsi. Il vivrait toujours de la sorte-den.
N'était-ce pas ce qu'il voulait, finalement, en se donnant la mort ?
Il fallait que tout le monde soit convaincu qu'il devait mourir pour les bonnes raisons-den. Des raisons qui impliquaient qu'il disparaisse réellement ; qu'il soit oublié comme le dernier orage de pluie-den.
Qu'il n'existe plus du tout-den.
Jamais.

En m'inclinant devant le Grand Seigneur, j'eus soudainement peur de ne pas être assez fort pour le balayer de l'Histoire sans emporter les victimes de ses belles paroles avec lui-den.
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MessageSujet: Re: La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ? Jeu 27 Fév - 22:06

Le jour se fit soudainement plus sombre, caché par d'imposants et lourds nuages gris. L'orage serait pour bientôt, et tous les Taii de l'armée seraient trempés jusqu'aux os si rien ne se passait encore. Pour un instant, Shigeru se trouvait content de porter son armure qui l'abriterait un temps soit peu de la pluie si celle-ci daignait tomber sur eux. Il surveillait le ciel depuis un petit moment lorsque la jolie Kei Harei le remit dans le droit chemin en tapotant plusieurs coups sur l'armure. Avant d'être complètement absorbée par le début de l’événement.

Mais que regardait-elle ? Que regardait-elle comme ça ? Avait-elle des visions ? Aperçu un fantôme ? Juubei chercha désespérément du regard ce qu'il pouvait donc se passer avec cet air irrémédiablement perdu qui le caractérisait si bien. Quelqu'un tendit le doigt. Non non, il ne voyait toujours rien. La jeune Harei s'en rendit compte, sembla exaspérée quelques secondes, porta ses mains, douces, à la tête de Juubei et la tourna comme elle le pouvait.

"Vous le voyez ?"
_"Ah ! Le petit Taisho...Eisei !"

Puis, elle le lâcha. Il la remercia et elle esquissa un timide sourire avant de se concentrer sur le spectacle de nouveau. Le sérieux de cette fille était vraiment effrayant...

Donc, cet évènement. Par Gekigami, qu'il se finisse vite...C'est que Juubei n'en pouvait déjà plus de cette armure qui s'enfonçait dans les creux de ses épaules. Raah ! Au moins, en tant de guerre, il n'aurait pas à s'en soucier tant il serait tout entier dans la bataille.

La voix du Taisho gringalet ne semblait pas vraiment assurée. Comme s'il allait avouer quelque chose sans vraiment le vouloir. Il lui faisait penser à un gamin qui s’apprêtait à avouer une bêtise, ou bien à un avorton très timide. Encore un peu et....

Ah ! Que les gens pouvaient être d'une impolitesse sans nom. Mais qu'ils se taisent, zut. Et qu'on en finisse. Heureusement qu'un vieillard le secondait, on ne serait pas rendus sinon. Mais pourquoi ? Pourquoi par Gekigami avoir choisi ce gamin-là ? Pourquoi ? Quelle mouche avait piqué Goro ce jour-là pour qu'à ce moment là, il pense à cette solution-là ?  

Le petit donc, avait assuré qu'il allait bien. Bonne nouvelle. Puis, il eut paru recouvrer un peu d'assurance pour exposer la raison de leur présence devant le château des Kenshu. Il disait qu'il s'agissait d'une trahison. Bien sûr, Juubei pouvait comprendre que cela agite les jeunes. Le clan Kenshu était sacré et béni par les kamis. Malgré sa jeunesse et la faiblesse de ses terres, personne ne pouvait oser le trahir. Personne. Juubei était bien d'accord. Et pourtant...

Il disait que personne ici n'était mêlé à cela. Mais alors, pourquoi leur avait-on demandé de venir ? Tous ? Que voulait dire tout ceci ? Juubei était, bien entendu, plus perdu qu'à l'accoutumée, mais il demeurait aussi calme que perplexe et le bruit ambiant l'agaçait plus qu'autre chose. Mais qu'ils se taisent, il était déjà un peu dur de la feuille...

Soudainement, une silhouette trapue et radieuse se mit à fendre la foule en deux, elle se présenta devant le petit Taisho et sans rien dire, le cacha derrière elle. Il s'agissait de Naguro Toro, et vu son comportement et sa fameuse hargne contre la très hâtive incapacité d'Eisei, le traître dont ce dernier avait parlé ne pouvait qu'être lui. Un bref échange eut lieu entre les deux supérieurs de l'armée et le vieillard sans qu'on ne puisse l'entendre. Tous les Taii tendaient le cou et l'oreille, ne saisissant que le bruit du vent et les rumeurs des rues. Jusqu'à ce qu'enfin, Naguro-dono se retourne.

Lui aussi s'était fait particulièrement beau en ce jour orageux, mais cette beauté n'était pas improvisée. Elle était attendue. Son jugement allait être prononcé aujourd'hui.

Les nuages commençaient tout juste à cracher. Oh, pas grand chose, pour l'instant.

Tous crurent que Naguro Toro allait finalement se ranger derrière Eisei et le soutenir comme la plupart des petits officiers ici présents. Mais non. Il était résolu à mourir. Du moins, c'est ce qu'il affirmait. Résolu à mourir avec ceux qui le soutiennent car il avait échoué....Ainsi avait-il parlé, ainsi lançait-il l'ultimatum. L'armée allait perdre bon nombre de soldats qui ne suivaient apparemment que leurs convictions, comme de stupide individualiste dans un monde de solidarité.

Pour Juubei, Toro était dorénavant, plus qu'un agitateur, un traître. Il en allait de même pour tout ceux qui le suivaient. Tous, autant qu'ils étaient, sans exception, n'avaient pas le droit de se donner la mort sans le consentement de leur seigneur.La mort elle-même n'y suffisait plus, il fallait trouver une autre sentence pour Juubei. Là où Eisei semblait démuni, Juubei faisait l'effort de chercher une nouvelle solution.

La jeune Harei allait à la rescousse du pitoyable chef des armées. Il se passa un petit moment et quelques ordres, avant qu'elle parte vers les baraquements de l'armée, une tripotée de Taii sur ses talons selon leur supérieur à tous, mais qui ne payait pas de mine.

A son tour, Juubei allait s'envoler au secoure de sa division lorsqu'il l’appela d'une petite voix peinée. Le Taii à la tignasse blonde tendit vers son visage un index filiforme, interloqué. Il ne savait pas ce que le petit Eisei lui voulait, mais il paraissait le désirer tant qu'il n'avait rien à redire. A contrecœur, il suivit donc le viellard et les deux guerriers, avançant à la rencontre de Kenshu-sama. Cependant, le jeune Taisho l'arrêta bien vite, posant une main risquée sur son imposante armure. Sa maladresse lui avait fait mal. Alors, voyant la main tremblante, Juubei souffla:  

"Tout va bien, Denbee-sa...?"

« J'espère que je peux vous faire confiance-den. J'ai besoin que vous ne vous démontiez pas devant le Grand Seigneur, quoi que dise Naguro-san-den. Je sais que vous le connaissez-den. Vous êtes de la même génération-den. Je crois que vous êtes le mieux placé pour convaincre le Grand Seigneur de l'état dans lequel se trouve Naguro-san-den. Il doit mourir, peu importe comment-den. J'aimerais que vous en soyez convaincu-den. Pour les bonnes raisons-den. »

_"Aussi longtemps que je serais dans l'armée, vous pourrez compter sur moi, Taisho. Mais si l'avis d'un humble Taii vous intéresse, je vous dirais de faire une croix sur les partisans du traître Naguro. Certaines recrues ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont. Ne laisser guère le temps à un haut officier de faire ses preuves et le juger trop vite est une erreur et une faute. Comme les plus honorables d'entre nous, je porte d'avantage de loyauté au clan que j'ai vu naître dans le néant grâce à des hommes forts qu'à votre inexpérience ou qu'à l'individualisme absurde de Naguro. Je ne fais là que mon devoir, vous en conviendrez."


Parler comme ça ne lui ressemblait guère, alors Juubei eut un petit sourire idiot et radieux pour adoucir l'atmosphère. Il glissa ensuite un regard sévère sur le dos puissant du traître. Celui-ci l'avait grandement déçu dès lors qu'il avait commencé à menacer le petit Eisei. Aujourd'hui, il dépassait tout simplement les bornes.

Les portes de la salle d'audience s'ouvrirent devant leurs quatre regards, dévoilant le seigneur Kenshu Senkô, tout juste sorti de son recueil de poésie. Juubei ne l'avait jamais vu, mais pour en avoir entendu tant parler, il ne fut guère surpris de le voir tant détendu.

Avec tout ceci, il en avait presque oublié son armure.
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Sanada Senkô

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MessageSujet: Re: La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ? Dim 2 Mar - 21:08

C'était un cortège bien singulier qui s'avançait devant le Daimyo du clan du Tigre. Un vieil homme, d'extraction modeste, vêtu d'un drap de couleur vive, deux gradés de l'armée en tenue civile, l'un soucieux, l'autre rayonnant, et un sous-officier en armure intégrale et à l'air visiblement perdu. Déposant avec cérémonie et précaution l'ouvrage qu'il lisait comme s'il s'était s'agit d'une relique sacrée, Senkô regarda un à un ses invités. Eisei n'avait donc pas perdu de temps pour réapparaître et, au vu de l'air radieux de Toro, celui-ci n'était pas surpris. Il n'y avait donc qu'une seule explication : Eisei avait accusé son subordonné de trahison et Toro attendait son châtiment avec une joie pour le moins étrange. Le Taii qui les accompagnait était probablement le successeur désigné par Eisei pour remplacer celui qu'il comptait voir mourir aujourd'hui.


Attendre si sereinement la mort, après tant d'efforts pour évincer son Taisho, signifiait très probablement que Toro s'était résigné à figurer comme un martyr aux yeux de tous. Senkô savait que la nomination d'Eisei au poste de Taisho avait créé un malaise au sein de l'armée et qu'une partie de celle-ci soutenait secrètement Toro dans ses tentatives d’évincement du général. Un beau parleur comme lui avait certainement séduit en outre de nombreuses recrues influençables. Il convenait donc de ne pas le laisser choisir sa fin et d'apaiser les sentiments des militaires. Étant supposé tout ignorer de cette histoire, le Seigneur se devait tout d'abord d'attendre les explications de ceux venus lui rendre visite.


"Bien le bonjour, Denbee-taisho, Naguro-taisa et... attendez je suis sûr de connaître votre nom... Shigeru-taii... est-ce bien cela ? Bien le bonjour également, noble vieillard. Denbee-taisho, auriez-vous l'obligeance de m'informer de ce qui vous amène aujourd'hui devant moi ? ... Ah... et l'un de vous désire peut-être une tasse de thé ?"


Les formules de politesse et le protocole étaient loin d'être respectés, le Seigneur ressemblait plus à un humble citoyen recevant des amis et son manque d'assurance était criard. Son masque était parfaitement en place, les pions étaient disposés devant lui... Eisei avait désormais la main et allait pouvoir jouer la première carte, et nul doute ne se faisait que Toro se ferait une joie de jouer la seconde.


Dernière édition par Kenshu Senkô le Jeu 15 Mai - 22:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ? Jeu 10 Avr - 2:51

Il était étonnant à voir-den. Je n'aurais pu dire le contraire tant je sentais l'expression de mon visage se décomposer devant lui pour tirer vers une grimace de surprise. Je refermai la bouche et relevai le sourcil en me ressaisissant à ses mots-den. Il était étonnant à voir - et à entendre - de part sa simplicité-même. Je ne le connaissais pas assez pour pouvoir dire qu'il était-là parfaitement normal, parfaitement habituel de le rencontrer dans cet accoutrement-den ; je ne l'avais pas assez côtoyé, même en trois ans, pour pouvoir comprendre sa familiarité et sa... den. Il était surprenant-den.

Je jetai un coup d’œil à mes camarades, rangeant ma pipe, pour me rassurer de leur soutient surtout après les mots de Shigeru-san, mais ceux-là me semblaient tout aussi désabusés que moi. A part Toro-teme, évidemment, qui avait pris soin de s'écarter de nous, les mains jointes dans son dos et la tête relativement inclinée vers le bas en guise de respect-den. Je l'imitai en tiquant, ne serait-ce que pour ne pas lui laisser ce point-là, rivaux que nous étions malgré tout, et pris ensuite mon courage à deux mains après avoir une nouvelle fois passé au crible mes compagnons.
"Hum... den... Euh... oui-den ? Oui-den ? Oui, nous allons prendre un thé-den. Parlons de la mort autour d'un bon thé mon Grand Seigneur-den, dis-je tout d'abord. Les moyens que j'avais perdu s'entendaient dans ma voix-den. Elle ne tremblait pas ; elle était étouffée, comme moi-den. Je tirai sur le haori qui me couvrait les épaules.
- Je n'en prendrai pas, je ne voudrais pas déranger notre Seigneur."

Je pivotai immédiatement la tête en direction du cochon qui venait de parler et le foudroyai sur place-den. Il me semblait vouloir jouer au plus sympathique ! Au plus mielleux-den ! Au bon gentil ! Telle était sa façon d'être avec les autres, ce fourbe... teme-den. Je réagis vite en levant le bras de la même façon qu'il l'avait fait :
"Je n'en prendrai pas non plus, finalement-den ! Ah ah !"
Toro répondit en haussant les épaules dans ma direction, un sourire contrit au visage-den. Je crachai entre mes dents, peinai à faire cesser le tambourinement de haine et de peur dans mon torse et m'inclinai finalement plus bas encore :
"Pardonnez-moi, Grand Seigneur-den... L'urgence m'a poussé à... hm... den... requérir audience-den... car une affaire grave occupe votre armée-den (je me tus un instant, le temps de retrouver les mots que j'avais tant pris le temps de préparer durant mon retour. Mais ils s'étaient enfuis avec l'arrivée de Toro.) Naguro-san vous a trahi-den, annonçai-je finalement sans détour. Le concerné se redressa sur ses pieds, visiblement fier de lui. Shigeru-san ainsi que Bozu-san qui sont avec moi peuvent témoigner de la honte qui lui ceint désormais le dos-den...
- Et je le confirme, confirma-t-il donc. Je me redressai aussi et l'invectivai en pestant intérieurement. D'ailleurs, j'aimerais que notre Seigneur  nous accorde l'autorisation, à moi et mes camarades, de mettre fin à nos jours.
- Non-den ! Non-den ! C'est moi qui demande l'autorisation à notre Grand Seigneur de te faire exécuter comme le fourbe que tu es sur la place publique-den !
- Il fallait parler plus vite" nargua-t-il en haussant de nouveau les épaules, avec cette désinvolture détestable-den.

Je m'échauffais tant, alors, que je sentais mes cheveux se dresser sur ma tête. Je tendis le bras dans sa direction, prêt à me récrier comme je ne l'avais jamais fait, en partie parce que j'avais perdu patience, en partie parce que je le détestais et... parce que, pour la première fois, il s'en prenait à d'autres que moi-den. Encore une fois, ses tentatives d'assassinats loupées ne m'avaient jamais affecté - et je ne m'expliquais pas très bien pourquoi - mais le voyage qu'il m'avait fait faire, cette torture du froid et de la route m'avait poussé à bout-den. Le fait qu'il veuille emporter avec lui plus qu'un bataillon de recrues et de vénérables anciens, tout le moral de l'armée et des familles rattachées me faisait littéralement fulminer. Je me sentais coupable plus que victime d'avance si bien qu'il fallut que Bozu, avec qui j'avais tant parlé sur le chemin du retour, me retienne de la main-den. Une fois de plus, je me ressaisis, expirai en silence, rattachai mon bras à mon buste et repris, plus calmement :
"Naguro-san-den... Vous n'étiez pas invité à cette réunion-den... Par pitié-den... (je me frottai la mâchoire pour me contenir) ... taisez-vous-den. Taisez-vous une bonne fois pour toute-den. Le regard qu'il jeta me fit clairement comprendre qu'il n'y comptait pas. Mais je poursuivis tout de même en l'espérant, pour Kenshu-sama cette fois :
- Naguro-san va être exécuté et il va mourir seul, si vous y consentez mon Grand Seigneur-den, parce qu'il est le seul à avoir cherché la fin de votre armée-den.
- J'assure que d'autres y ont participé, d'une façon tout aussi honteuse et fourbe, et je peux vous donner les noms, mon maître" jura-t-il malgré l'ordre, en se baissant plus bas, toujours plus bas avant de commencer à énoncer quelques noms qui, par mon oreille, vinrent prendre place dans mon esprit avec horreur, dévoilant des images de visages plus jeunes les uns que les autres-den. Je voulus qu'on le fasse taire avant qu'il ne poursuive plus, mais aucun mot ne sortit de ma bouche.
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MessageSujet: Re: La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ? Mar 15 Avr - 13:06

Le serpent avait enfin dévoilé sa vilénie, voilà qu'après avoir ouvertement, et avec le sourire, admis sa trahison qu'il demandait à son Seigneur le droit pour lui, et ses camarades de mettre fin à leur jours. Il convenait, bien évidement, de lui refuser ce droit. Cependant le Taisa devait être puni sous peine que les troupes se moquent de la discipline et que son Taisho ne perde toute autorité. Alors que Naguro commençait à faire la liste oral de ses acolytes, le Seigneur l'interrompit d'un geste las de la main.


"Il suffit, Naguro-taisa, il suffit. Allez faire la liste de vos compagnons auprès de mes scribes, nous déciderons ensuite des mesures à prendre."


Une fois que le traite fut conduit hors de la salle par les gardes du Seigneur, il disposait avec ses trois invités d'assez de temps pour discuter et prendre une décision, la liste des complices du Taisa risquant fort de prendre un certain temps à être rédigée. Croyant avoir gagné, l'officier allait joyeusement faire la liste complète de tout ceux qui le soutenaient ou qu'il avait embobinés.


"Je ne suis pas certain d'avoir bien compris la situation, mais je ne puis croire qu'il y ait autant de traitres dans notre armée. Je vais faire mettre aux fers Naguro Toro et je propose, Taisho, que nous fassions venir ici, l'un après l'autre, chacun de ses complices pour discuter avec tous. Nous pourrons ainsi savoir lesquels partagent réellement ses opinions et lesquels ne sont que des victimes de ses manipulations. Je n'ai jamais vu un homme annoncer sa trahison avec autant de joie, je refuse donc catégoriquement, par principe, qu'il obtienne la mort qu'il désire. Comme recevoir tout ses complices risque de prendre un certain temps, tant ils semblent être nombreux, il aura tout le temps de regretter ses actes dans mes cachots. Je me refuse à faire de cet homme un martyr.
Quand à vous, Juubei-tai, je vous confie la mission capitale de sa surveillance. Il n'est pas impossible que ses plus proches alliés tentent de le faire évader pour qu'il obtienne, finalement, sa mise à mort ou qu'il puisse fuir, voyant que son plan a échoué. Si vous parvenez à mener à bien cette mission nous pourrons discuter de votre succession à ce traitre au poste de Taisa... c'est bien pour cela que vous l'avez amené ici, Taisho ?"



Comme souvent pour ses grandes décisions, Senkô semblait agir de manière arbitraire, alors que le problème venait tout juste de lui être exposé sommairement. Pourtant cette décision était le fruit d'une mûre réflexion qu'il avait eut tout le temps de méditer. Il était nécessaire de trier le bon grain de l'ivraie et de renforcer l'autorité de son Taisho, et par la même occasion la sienne, tout en évitant d'offrir au traître la place de martyr dont il rêvait tant.


Dernière édition par Kenshu Senkô le Jeu 15 Mai - 22:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ? Mer 30 Avr - 3:52

Là où le seigneur le surprit était qu'il connaissait son nom. Pourtant, Juubei n'était rien qu'un Taii parmi tant d'autres et n'avait aucune origine noble qui aurait pu justifier l'honneur que lui faisait Kenshu-sama de connaître son nom. Il se souvint qu'il avait affaire au fils du Taisho qui avait vu sa promotion en tant que Taii, pourtant cette raison lui semblait bien légère pour ne pas dire complètement absurde. En même temps, il lui paraissait invraisemblable pour un seigneur de tant se préoccuper de son armée au point d'apprendre les noms de chaque Taii...On disait de Kenshu Senkô qu'il était un daimyo irresponsable, toujours fourré là où on ne l'attendait point, il échappait souvent à ses Hatamotos, et s'ils le trouvaient, il couchait avec eux. On disait même que le petit Eisei lui avait offert ses faveurs. Bien sûr, Juubei ne croyait pas tout ce qui se racontait, certains de ces dires étaient des aberrations, et il trouvait même présentement que Kenshu Senkô dissimulait bien son jeu...

Juubei était trop occupé à détailler discrètement le seigneur pour donner tout son soutien à son Taisho face à Naguro Toro. Ceux-ci semblaient s'affronter pour obtenir plus de faveurs de la part du seigneur que l'autre, ce qui était pour ainsi dire, assez ridicule. Mais l'aplomb de Toro donnait à Juubei des envies de meurtres et il fut bien forcé de compatir au sort du petit Eisei qui, face à lui, avait perdu tout le peu d'assurance qu'il avait réussi à emmagasiner jusque là et fulminait franchement, cela se voyait à la façon dont il regardait l'autre traître.

Un moment, Juubei crut qu'il allait finalement bondir sur l'autre et le rouer de coups et d'insultes. Heureusement, ce bras tendu vers Toro fut arrêté par ce paysan qui accompagnait le Taisho depuis qu'il avait convoqué ses Taiis. Finalement, Eisei intima avec un calme tout relatif l'ordre à l'ancien Taisa de se la fermer. Il parut alors à Juubei que Toro n'en avait en réalité plus rien à faire, s'il avait eu un jour quelque chose à faire des avis du nouveau Taisho. Et finalement, il décida de proposer, suite à la condamnation d'Eisei, une liste de tous ces gens qu'il avait embobiné.

Pour en avoir été victime une fois, Juubei connaissait ses méthodes. Toro s'était un jour assis à sa table alors qu'il se restaurait pour parler du Taisho, pour lui faire constater que Goro était tombé sur la tête. Et Juubei était d'accord, encore maintenant. Il se rappelait avoir hoché la tête deux-trois fois aux dires assez durs de ce manipulateur. Pourtant, il n'avait jamais obtenu ni la loyauté, ni l'aide, ni même l'encouragement qu'il attendait de la part de Juubei qui, comme certains dans l'armée, appartenait bien plus au clan qu'aux hommes qui le dirigeaient.
Le traître était au milieu de son deuxième nom lorsque le Daimyo l'arrêta d'un signe de main pour lui mander d'aller dicter sa liste aux scribes. Il sortit. Et le Daimyo fut d'une extraordinaire réactivité lorsqu'il proposa une solution au problème posé, bien qu'il eut dit qu'il n'était pas certain d'avoir saisi la situation. Peut-être était-il vraiment trop hâtif dans ses réflexions...

"Si vous permettez, mon seigneur, Taisho, et sauf vos respects, j'ai vingt-et-un ans d'expérience dans l'armée et je connais bons nombre de vétérans et bon nombre de jeunes recrues. Je serais certainement bien plus utile à vos côtés en tant que consultant, et je pense que le château serait une bonne prison pour Naguro Toro. Je voudrais qu'il lise dans les yeux de ses anciens subalternes la haine qu'ils éprouveront lorsqu'ils comprendront avoir été utilisés. Et à l'aide de l'autorité qui vous incombe, vous n'aurez aucun mal à le faire taire, Kenshu-sama."

Qu'il désobéisse au Taisho, c'était une chose, qu'il désobéisse au Seigneur, c'en était une autre. Et le peuple, s'il le savait, banaliserait sans aucun mal l’exécution du traître. Du moins, c'était ce que Juubei pensait.


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MessageSujet: Re: La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ? Mer 14 Mai - 18:10

J'avais regardé le traître quitter la salle avec humeur. Le voir partir devait me rasséréner, me permettre de récupérer mes moyens, de mieux me présenter et, pourtant, je gardais au fond de moi l'appréhension de le voir tout de même parvenir à ses fins-den. Tous ces noms, il allait les donner ; tous ces gens allaient être connus, désignés sur le papier officiel, désignés du doigt et jugés du regard-den. Peut-être se dirait-on : ''tiens-den ! Lui je le connais-den... je ne le pensais pas comme ça-den... il a vraiment mal tourné-den... je ne pensais pas que ses parents l'avaient élevé ainsi-den... quelle bande de traitres-den'' et alors peut-être qu'on ajouterait également le nom des proches et qu'ainsi non plus une trentaine mais bien une centaine de visages, de réputations et de loyaux services seraient souillés, salis, lynchés et... den... Je ne tenais pas à ce que les noms apparaissent de la même façon que je n'avais pas tenu à les connaître. Ils étaient coupables, mais c'était avant tout des humains-den. Les humains pouvaient faire des erreurs ; les monstres d'orgueil comme Naguro Toro, eux, non-den. Pourtant c'était ce qu'il convenait de faire dans une telle situation et l'on ne pouvait pas accuser le maître sans compter ses serviteurs...

Sans rien dire, j'avais ensuite tourné la tête vers le Grand Seigneur-den. Je l'avais écouté avec attention et la mesure qu'il prit me parut la plus judicieuse pour l'instant. Je ne pus que constater que nous avions là encore des points communs puisqu'il semblait avoir saisi tout l'enjeu de la posture dans laquelle avait choisi de se placer Toro-den. Cela me rassura suffisamment et, bien que je gardai quelques réserves quant à ces rencontres, je me contentai d'acquiescer en silence-den. Même lorsqu'il parla de nommer Shigeru-san comme successeur. Le fait que ce dernier ose s'exprimer à son tour me conforta d'ailleurs dans cette décision-den. Il était, et ce depuis longtemps, celui qui méritait le plus ce poste ; mon prédécesseur m'en avait fait part à plusieurs reprises, que cela soit grâce à sa loyauté, ses manœuvres ou son comportement d'une façon plus générale-den. Malgré le fait que je ne le connaisse pas réellement, j'écoutais et appréciais les recommandations de mon maître. Après tout, il connaissait mieux ces hommes que moi, il y avait prêté une attention toute particulière durant toutes ses années de Général-den. Ce que je n'étais pas capable de faire ou de reconnaître, il me le murmurait à l'oreille. Et parfois pas de la façon la plus délicate-den.

J'en vins une nouvelle fois à me gratter l'oreille, le temps de finir de me calmer. Puis je me décidai à mon tour à prendre la parole de cette voix lente habituelle-den :  
« … Un Taii s'occupe déjà de contacter ces hommes, mon Grand Seigneur-den. Je ne sais pas s'il est nécessaire d'ébruiter autant la chose-den... Je ne pense pas que du bien puisse ressortir de cette situation si on voyait des jeunes samouraïs se présenter au chateau-den. Les rumeurs vont vite, vous le savez-den, et les gens de cette ville peuvent parfois se montrer particulièrement... tempétueux-den. J'ai déjà informé les plus haut-gradés qu'une trahison avait été faite, ceux qui y ont participé essaieront peut-être de se faire seppuku tant qu'ils le pourront encore et à ce moment-là, les autres tâcheront de les en empêcher-den... mais jusqu'à quand-den... je ne sais pas-den... Et puis... den... il y a les autres-den... est-il nécessaire d'afficher les victimes de  cette manipulation aux yeux et aux oreilles de votre maison-den ? Les gens parlent et... den … je ne voudrais pas qu'ils parlent trop vite-den. Je ne voudrais pas qu'ils salissent votre armée comme Toro le souhaite-den. » Je soupirai finalement et serrai la mâchoire. Je détournai l’œil pour fixer le sol devant moi et réfléchir davantage-den. Je voulais protéger les faibles d'esprits qui s'étaient laissés prendre, leur donner la seconde chance qu'ils étaient peut-être venus chercher en intégrant l'armée et éliminer en même temps ceux qui s'étaient perdus – je nourrissais néanmoins l'espoir que tout ce qui était perdu finissait toujours par être retrouvé-den. Et tout ceci en provoquant le moindre mal. C'était idyllique et impossible à réaliser. Peut-être-den. Peut-être que si la tête de Toro tombait la première...
« Shigeru-san avait la confiance de mon prédecesseur-den. Il a de ce fait déjà une partie de la mienne-den. S'il se juge plus utile à vos côtés lors de ces entretiens, qu'il y aille-den. Je ne saurai qu'appuyer sa proposition-den. Seulement... den... la discrétion serait, à mon avis, un soutient à ne pas oublier-den. Je peux dépêcher une garde loyale et sourde à toutes les manigances pour Toro si vous le souhaitez-den. Des personnes sûres et serviles, évidemment-den. »
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Sanada Senkô

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MessageSujet: Re: La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ? Jeu 15 Mai - 22:01

Le Taisho soulevait un point intéressant qui n'avait, jusque là, pas été abordé. Il était en effet évident qu'une certaine confidentialité se devait d'être assurée... Diverses possibilités germaient dans l'esprit du Seigneur et il se devait d'y faire le tri afin de choisir la meilleure option possible. Le Taii, Juubei, faisait quand à lui savoir son désir de participer aux entretiens, fort bien, cela serait l'occasion pour l'observer en action et évaluer sa façon de fonctionner et son potentiel.


"Il est en effet indispensable que la discrétion soit de mise dans toute cette opération. Dès que la liste sera rédigée elle sera bien entendue strictement confidentielle. Bien que le risque de fuite existe, il n'est malheureusement pas possible de le limiter d'avantage... Je suis également d'accord sur le fait qu'il est préférable de ne pas faire parader les accusés en pleine rue... Puisqu'il n'est pas sage qu'ils aillent aux château, le mieux serait alors que le château vienne à eux. Si vous n'y voyez pas d'inconvénients, je viendrai avec vous aux baraquements rencontrer ces hommes, bien entendu ce déplacement purement officieux. Quand à votre souhait, Shigeru-taii, si mon Taisho soutient votre requête je n'ai nulle raison de vous la refuser. Taisho, il vous faudra me trouver quelqu'un d'autre, de confiance cela va de soi, pour superviser la détention de notre ancien Taisa."


Cet amendement à son plan initial était très probablement une bonne chose, restait à voir comment tout cela allait se passer réellement et si l'hécatombe allait avec succès être évitée. Malheureusement, la trahison d'un Taisa suffirait à ébranler le moral de l'armée et à ternir son image, il convenait cependant le limiter au maximum les retombées négatives de cet incident...
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Denbee Eisei

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MessageSujet: Re: La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ? Jeu 22 Mai - 2:05

Je m'inclinai devant le Grand Seigneur en réponse, rassuré d'avoir été entendu et de constater chez lui une sagesse qu'on ne soulevait que trop rarement-den. Ce simple fait-là me consola avec la possibilité, presque infime, de parvenir au moindre mal.

« Shigeru-san, dis-je en me redressant, puis-je vous laisser la charge d'accompagner notre Grand Seigneur jusqu'au dojo-den ? Vous y retrouverez … den... hm... ah-ha...den... K-... enfin... den... votre camarade qui se charge de reconnaître les partisans, s'il-vous-plait-den. Utilisez les quartiers de Naguro pour les rencontrer, je pense que cela peut-être une influence supplémentaire-den. Bozu-san et moi allons trouver la vigie et nous vous rejoindrons ensuite-den. Considérez-vous comme un Taisa pour les heures à venir, Shigeru-san.
 » Kenshu-sama, merci d'avoir pris le temps de nous écouter-den. Soyez sûr que je mettrai tout mon cœur et mon énergie dans la préservation de votre armée-den. »

Et, m'inclinant une nouvelle fois, imité par le vieillard, je quittai les lieux pour rejoindre le cœur même de la ville-den. Il était bon de retrouver Geki et sa monotonie. Les deux m'avaient manqué à un point qu'il m'avait jamais été possible d'imaginer, si bien qu'en ce jour je regrettai d'avoir tant de fois craché sur ses nuages vagabonds, que je regardais à présent avec un délice entier et l'impression d'être protégé-den. Il avait fallu que je la quitte pour l'aimer de nouveau, cette ville où j'étais né, où j'avais grandis, où je m'étais senti enfermé par des obligations et par une chance fortuite et malhonnête. La voir accablée d'une peine aussi importante que celle que projetait d'abattre Naguro-teme m'était inconcevable-den. C'était plus qu'un échec envers le Seigneur, c'était celui envers la ville même et tout ce qu'elle pouvait représenter.

« J'espère qu'elle sera-là-den...
- Il n'y a pas de raison pour qu'elle n'y soit pas-bozu.
- Il n'y en a pas non plus pour qu'elle y soit-den, soupirai-je en revoyant combien il m'avait été difficile d'écrire cette lettre-là. La destinataire était tout ce qu'il y avait de plus désintéressé par la politique, et bien qu'il s'agissait présentement d'une qualité, cela se révélait également être un inconvénient-den. Elle est encore jeune et... den... je ne sais pas-den...
- La fille est intelligente-bozu-bozu ! Vous me l'avez dit, bozu ?
- C'est aussi l'une des raisons pour laquelle elle pourrait ne pas être présente-den... Ah ah ah... den... Oy-den ! Vous n'arrêterez jamais avec ce bozu-den ?
- Si elle n'est pas là bozu, je veillerai sur le traître à sa place, Taisho-bozu-sama-bozu !
- Denbee-samaaaaa !!!
- Miwako-chan-den !  »
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Hasegawa Kioshi

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MessageSujet: Re: La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ? Lun 8 Sep - 22:58

Suite a l'arrêt inopiné de l'un des joueurs de ce Rp, il est maintenant fermé au jeu.

Les autres joueurs ont le droit de compter les messages poster ici dans leur somme de Rp, dans leur suivi. Ils ont ensuite le choix de considérer se Rp comme Rp Terminé, ou Rp abandonné et ne comptera alors pas dans votre histoire.
Pour retrouver un Rp des plus rapidement, vous pouvez poster une demande (où utiliser votre ancienne demande) dans les Demande de Rp
Ou bien passer en Chat box afin de trouver un autre partenaire libre: Chez Timmy

Pour toute question, n'hésitez pas à contacter un membre du staff ! ( On ne mord pas encore Wink )

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MessageSujet: Re: La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ?

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La parole d'un traître s'entend-t-elle à travers l'orage ?

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