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 Ô kamis, sauvez nos âmes, si nous en avons une.

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Okaruto Kasumi

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Mort

Messages : 351
Date d'inscription : 15/09/2013

Feuille personnage
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Titre: Dame Okaruto
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MessageSujet: Ô kamis, sauvez nos âmes, si nous en avons une. Mar 4 Fév - 1:06

Elle ne dormait pas. La nuit ne portait pas conseil et elle ne parvenait à trouver le repos, comme trop souvent.
Dans sa main, des feuillets couverts d'encre pas encore séchée, aux caractères parfois illisibles, aux mots de temps à autres mal orthographiés.
Si elle avait hésité à confier ces courriers au temple Eiichiro-Okaruto, afin qu'ils y soient à l'abri jusqu'à ce que vienne le moment de les ouvrir, elle n'y songeait plus. Elle ne souhaitait plus qu'ils soient lus.


Elle fixait son travail, perdue. Son regard englobait le tout, sans pourtant prendre connaissances des détails.

Il lui fallut du temps, pour choisir la décision la plus sensée à prendre.
Lentement, automate engourdi par une position tenue trop longtemps, elle se redressa et sortit de ses quartiers. Apparition fantomatique au milieu de la nuit, elle se déplaça sans un bruit, muette, jusqu'à une pièce où un brasier veillait, baisant la nuit de ses embrassades légères. Nul ne troubla sa démarche ; à cette heure le château ne fourmillait plus d'activité depuis bien longtemps.
Sans davantage hésiter, d'un geste délicat, elle déposa son présent dans le foyer et regarda, l'air ailleurs, le feu lécher le papier ; - jusqu'à ce que volent les derniers morceaux carbonisés.

Citation :

A l'intention de mon successeur.

Puissent les kamis veiller sur vous et vous apporter le courage nécessaire à votre nouvelle fonction. Vous en aurez besoin.

Il m'est arrivé de regretter de ne pas avoir mon prédécesseur à mes côtés, quitte à ce qu'il soit diminué ou blessé, pour lui demander mille choses, apprendre de lui les ficelles qui m'auraient permis de mieux gérer le travail qui fut déposé sur mes bras tel un nouveau né sans que je n'en comprenne la teneur exacte au début. Peut-être cela vous arrivera-t-il aussi. Hélas, les défunts sont tellement sans remèdes, si absolument hors de notre portée.
Il est facile de dire " Vous devez diriger. ". Il l'est bien moins de le faire sans guide expérimenté et l’Épreuve n'y change rien.

Je ne saurai jamais ce que fut la vôtre, ni celle de celui qui vint avant moi. Je ne puis que raconter ma propre expérience, mais les mots, quand je tente de l'exprimer, s'entortillent dans ma bouche et brûlent ma langue. Il y a si longtemps que j'ai gardé ce secret que je ne sais plus comment en parler. Puisque vous l'avez passée, vous savez tout comme moi combien ce moment mystérieux aux yeux des autres devient subitement intime. Un instant chéri et si honni à la fois. Un caillou noir, que vous ne pouvez jeter dans l'étendue calme et placide qu'est l'oubli, alors vous le gardez par amour.
Que vous a fait subir notre Seigneur et Maître ? L'aimez-vous toujours, malgré tout ? Cela fut-il simple et aisé pour vous que d'en sortir victorieux ? N'avez-vous ce sentiment frustré, cet instinct qui en votre sein se réveille et vous chuchote que vous avez raté une marche ? Qu'une information vitale a disparu de vos pensées ou n'y a du moins jamais trouvé refuge ?

Je ne connais rien de votre histoire. Je ne sais pas si, depuis l'enfance, l'on vous a préparé aux responsabilités qui viennent avec les pouvoirs et aux tourments qui leur sont liées. Dans tous les cas, j'ose supputer que n'importe quelle aide vous serait utile.

Je vous offre donc mon conseil ; espérez. C'est là le seul mot que j'ai pour vous. Aspirez à ce que vos rêves pour notre peuple se concrétisent. Si je suis décédée de vieillesse ou de maladie, il y a de fortes chances pour que aucun autre clan ne lève la main sur les Okarutos. Mais si l'on m'a assassinée, la guerre pourrait bien être votre seule alternative. Dans ce cas vos désirs ne doivent pas faiblir. Laissez-les vous guider, pour que vive toujours la brume qui est la nôtre. Si la paix se fait au prix de batailles, combattez et vainquez. Vous n'avez guère le choix.
J'ose simplement avoir l'espoir, à mon tour, que je ne vous léguerai pas un pays en flammes et en sang. Que nos terres seront alors en bonne santé et riches de tous les bienfaits de Yokuni. Dans chaque cas, imaginez-vous que vos journées sont telles un tissu brodé. Leur unique motif doit être votre volonté de faire de votre mieux.

Nous ne sommes qu'humains, nous, avec nos défauts. Comment dépasser cela, pour servir ceux qui nous guident ? Retenez ce simple fait : la satisfaction du peuple est la fondation de notre gouvernement. Cependant, elle ne suffit pas. L'enfer écarlate ne l'a-t-il prouvé ? Je voudrais être un esprit, pour pouvoir contempler la Grandeur de nos Kamis chaque jour et avoir l'éternité pour rattraper mes torts. Mais, peut-être parce que nous leur apprenons combien la vie est précieuse, nos maîtres nous aiment, nous chérissent et veillent à notre bien-être. Leurs tortures ne sont que de simples frappes, pour nous faire nous souvenir d'où nous tirons nos dons et notre mode de vie. Que deviendrons-nous si ils nous abandonnaient à cause de nos péchés ? Je n'ose imaginer les nouveaux tourments que nos plaines verdoyantes pourraient endurer, que nos forets pourraient pleurer. Le cycle de la haine et de l'abjection absolue ne reprendrait-il point alors ?
Je n'ai pas peur de la mort. Laisser derrière moi cette vie déjà bien remplie ne m'affole pas. Je n'ai pas de sueur froide quand je songe au fait que demain peut-être un contrat sera mis sur ma tête. Je prie juste pour qu'elle soit rapide, afin que les remords qui me viennent déjà ne m'envahissent pas trop. Bien pire que de perdre mon dernier souffle, l'idée de faillir envers notre Kami me tourmente quotidiennement.

Je ne serai jamais une héroïne dont le nom fera soupirer les jeunes hommes et sourire les femmes dans cent ans de cela, mais vous avez le pouvoir de le devenir, vous. Je n'ai commencé à comprendre que dernièrement, alors que les cauchemars qui sont les miens devenaient plus virulents et atroces, combien, en fait, j'étais aveugle des choses évidentes.
L’Épreuve ne nous prépare pas à notre rôle. Nos ainés non plus. Nous le sommes depuis notre naissance et rien n'est un hasard.
Quelqu'un, ailleurs, écrit sur un parchemin comme je le fais à présent les lignes de notre destinée. Si il ne tient qu'à nous de le faire mentir, certains évènements sont inscrits dans les pierres les plus dures. Un Kannushi ne renait-il pas, chaque fois qu'un autre décède ? Est-ce vraiment une coïncidence que ce fait ? Mais je m'égare.

Je suis née dans une famille aisée, dernière arrivée sur trois enfants. Un fils, deux filles, chacun ayant leurs dons. Mon frère ainé est doué avec les lettres, ma sœur est formidablement belle et talentueuse dans les soins qu'elle procure à autrui. Quant à moi, je suis difforme. Peut-être cette différence, cette malédiction fut-elle mon premier rappel à l'ordre lorsque je criais pour la première fois, je ne sais pas. J'ai cependant souvent haï depuis mes yeux de sang et ma chevelure de mort. Les poètes les nomment plus galamment "lys d'automne" et "rideaux d’achillées", mais cela n'y change rien. J'ai été différente depuis lors et cela m'a toujours collé à la peau. Certains me disent jolie, malgré mes défauts. Mais si les hommes parfois ne résistent pas à l'envie de me charmer pour profiter de mon pouvoir, ils finissent envahis de désespoir lorsqu'ils croisent mon ainée. Ils ne peuvent supporter qu'une telle splendeur existe et leur soit à jamais inaccessible. Alors, comme toujours, je finis oubliée. Ma discrétion est, sans doute, mon meilleur atout.
Vous entendrez sur mon caractère toute sorte de rumeurs étranges. N'y prêtez qu'une oreille distraite. L'on m'éduqua pour faire de moi une épouse, avant toute autre chose. Cependant, à cause de mon physique, je crains que mes pères aient rapidement perdu tout rêve à mon égard. Je demeurais enfermée dans mes quartiers, jusqu'à ce que notre Kannushi m'éveille.
L'on pourrait dire que je suis morte à ce moment-là, tout comme vous-même n'êtes plus l'enfant que vous étiez. Cependant, c'est l’épreuve qui enleva de moi les dernières touches naïves que l'adolescence m'avait laissé. Elle tua mes chimères, sans compassion. Brisa mes supputations candides et frivoles pour les remplacer par des faits que j'aurai voulu ne jamais entendre.

Je n'avais jamais connu d'autres affres que des coups de bâtons sur le postérieur. Acte peu reluisant, il faut avouer, qui laissait des marques physiques et émotionnelles durables. Si je ne regrette pas de pouvoir servir notre Kami, je me demande toujours ce que je serais devenue, si rien de tout cela ne s'était produit. Me serais-je mariée ? Aurais-je eu moult moujingues tous plus différents les uns que les autres ? Serais-je rentrée dans un temple pour y passer le reste de mon existence ? Ce qui me terrorise aujourd'hui, l'aurais-je tout de même perçu ?
Kanzaki dont je suis la puinée m'a dernièrement dit qu'elle pensait mes doutes raisonnables. Ne rêvons-nous tous pas de changer notre passé ? Mais si cela arrivait, que deviendrait notre présent ? Serait-il pire ? Je n'ai su répondre à ses interrogations, pas plus que je ne trouve de pistes pour les miennes.
Elle ne sait pas ce qui me ronge.

Vous comprendrez, avec le temps, combien notre position est synonyme de solitude. Nous pouvons avoir des amis, des amants. Nous pouvons nous faire épouser, avoir des enfants. Mais eux n'auront pas sur les épaules le poids des décisions à prendre qui est le nôtre. Ne vous fiez pas à autrui. Écoutez-le, pesez ses arguments, mais choisissez de vous même les actes que vous souhaitez effectuer ou ils feront de vous, parfois sans le désirer, leur pantin désarticulé. Les routes des mondes des morts ne sont-elles pavées de bonnes intentions ? Ne portez pas les conséquences de faits que d'autres que vous ont formulé et mis en place. Peut-être ferez-vous alors le même choix que moi ; celui de ne pas s'attacher, pour ne pas finir trahi.


Voici cependant que je change encore de sujet. Pardonnez, je vous prie, les digressions de votre servante. Je crains que l'effort que je m'impose soit au delà de mes possibilités. Si écrire m'avait paru plus simple, à première vue, je doute même d'y arriver. Ne trahirai-je notre Seigneur en faisant cela ? Je ne sais pas. Je suis perdue. Cependant, si il me punit, mais que ce parchemin volant vous est utile, la condamnation ne vaut-elle le coup ? Je n'en sais rien. Me le murmurerez-vous lorsque le vent et le temps vous porteront ces lignes ?
Je me souviens avoir suivi notre délicate Kannushi au travers de ce qui me semblait un labyrinthe, jusque une salle qui ne me parut aux premiers abords pas bien différente d'une autre. Je ne le sus qu'après. Je rêvais. Pourtant, devant la grandeur que je percevais de notre Kami, une fois seule dans ces lieux étranges, j'étais sûre d'être parfaitement éveillée.
Il me montra... L’immanité. Je ne saurais décrire plus succinctement ce qui se déroula sous mon regard épouvanté. A votre époque, le jeu des sept histoires est-il toujours adoré par les plus jeunes ? Laissez-moi vous en rappeler les règles, si vous les avez oubliées.
Chaque enfant doit trouver sept contes et les proposer à ses interlocuteurs. Parmi tous, l'on choisit son préféré et on le compare à celui des autres. Ce vote permet de désigner le vainqueur qui ne remporte rien d'autre que la satisfaction d'avoir gagné. J'y jouais souvent, seule, enfant. Je me racontais des histoires et m'amusais à me contredire sur celle qui me touchait le plus.
Notre maître m'offrit tout autant de vues que chaque petit a le droit de tentatives. Aucune, cependant, n'abritait d'innocence puérile. Il n'y avait qu'un maelstrom abominable et intense, aride des délicats sentiments que j'affectionnais. J'ai peur encore aujourd'hui, rien qu'à y penser.


Il m'attira donc dans un songe cruel, me prouvant par là combien nous autres, hommes et femmes, avions été formés à l'image de leur sadisme. Celui-là même qui est parfois démontré dans les légendes et contes que l'on se raconte au coin du feu.
La première image qu'il me fit parvenir fut une attaque de notre capitale. Notre patrie est d'une beauté que peu de femmes peuvent égaler, vous comme moi serons, j'en suis certaine, d'accord sur ce point.
Il ne manque rien, le matin venu, à notre cité pour parfaire sa douceur et sa magnificence. Quand la rosée brumeuse et matinale enveloppe les rues de ses tendres voiles éphémères, je suis sûr que votre cœur bat autant que le mien. Les maisonnées, une à une, éclosent de ces jupes grisâtres, tels les arbres qui nous entourent et dégagent un parfum mystérieux.
J'aime contempler leur spectacle, l'on dirait une danse à laquelle seule la nature est conviée.
Avez-vous remarqué combien l'aube menaçante parait délicate dans le sillon de ces faits ? Son baiser cramoisi n'en resplendit que davantage quand elle s'avance et dissipe les dernières marques de la nuit.
J'apprécie aussi la mirer le midi, notre ville. Lorsque l'astre du jour est au plus haut dans le ciel, ses rayons cristallins traversent notre élément pour nous faire découvrir mille trésors enfouis jusque là uniquement dans notre imagination. Avez-vous déjà perçu ces halos de lumière dans les dédales des petites rues ? Ils sont des miracles ineffables, qui ne transparaissent hélas qu'à certaines heures.


J’abhorre ce que j'ai vu à la place de ces souvenirs que mon âme chérit. Ma plume tremble de vous exposer les détails de mes tourments.
Au lieu des rires de joie, des discussions véhémentes qui peuplent la place du marché, un silence terrible avait envahi les lieux. Il devait être le milieu d'après-midi, je crois. L'on entendait plus, dans ce néant, que des râles d'agonie et des pleurs entrecoupés par la douleur.
La terre, notre terre n'était plus brunâtre, mais presque noircie. La brume n'était pas claire et légère, mais étouffante et pesante. Le ciel ? Pers. Je me remémore avoir eu froid en contemplant des chaumières aux trois-quart dévastées. Ce n'était pas un frisson, mais de la glace qui coulait dans mes veines, me faisant frémir d'horreur malgré mes nombreuses couches de vêtements. Les cadavres s'empilaient, par centaines, par milliers, innombrables. A perte de vue, mélangés aux pierres et aux armes tombées, il n'y avait que des morts et des blessés. Les seuls survivants encore capables de marcher se pressaient, fantômes serviles, auprès de leurs camarades dont le fluide vital profus se mêlait à notre sol si fertile. Imaginez mon envie de hurler. Je déambulais, désemparée, incapable d'entendre ce qui se disait ou même exactement ce qui se passait, jusqu'à comprendre que je ne pouvais rester les bras ballants. Je ne sais combien de temps je mis à m'en rendre compte cependant.
Les ennemis qui nous avaient défaits n'avaient nul faciès à qui les identifier. Aucune de leur bannière n'avait été abandonnée. Il n'y avait de mourants que dans notre camps. Notre peuple. Nos gens. Malgré la nausée que m'inspirait le sang, malgré mes souhaits de mourir avec ceux qui à coté de moi passaient de vie à trépas, je me portais volontairement à l'aide de ceux pouvant encore être sauvés.
N'ayant nulle formation médicale, j'écoutais ceux qui en avaient. Pour beaucoup hélas de mes patients, je ne pus rien faire que murmurer quelques mots rassurants. J'aidais à nourrir ceux qui ne pouvaient le faire seuls quand vint l'heure. Ne me demandez pas où les ressources furent trouver, je n'en n'ai aucune idée. Comme d'autres femmes, je soulageais les innocents de leur chagrin en les enlaçant, ne pouvant faire mieux que pleurer sur leur enfance volée.
Il ne restait rien. Que des ruines, témoins attristées de notre déchéance.

Mais surtout, se rajouta à cela le désespoir. Chaque fois que nous enterrions un corps, un nouveau énième cadavre paraissait surgir de nulle part, rendant notre tâche inachevée et infaisable. Lorsque la vision prit fin, de mes kimonos il n'en restait plus qu'un. Les autres avaient fini en linceuls et bandages. Depuis longtemps, mes décorations de chevelure avaient disparu, transformées en atèles de fortune et mes cheveux étaient tout autant tâchés de marques incarnates que le reste de mes vêtements.

La seconde partie fut sans nul doute la plus calme de toutes. Plongée dans les ténèbres tandis que des larmes coulaient toujours malgré moi, secouée par l'expérience, j'entendis une voix de garçonnet. Douce, naïve. Rieuse. Il me salua, sans se montrer. Je ne répondis rien et cela dû l'agacer. Aussi il recommença, mais, cette fois, prit le soin de se mêler à une quinzaine d'autres, toutes différentes. Anciens, gosses, adultes des deux sexes, ils parlèrent tous en même temps. Voici le discours qu'ils me tinrent.

" Nous sommes un et le tout. Nous sommes plusieurs et le néant. Nous sommes vie et mort. Changement et constance. Le présent, passé et futur. Nous sommes un monstre et des chimères, le possible et l'impossible. On peut nous défaire, nous réduire à une mort illusoire, mais tel l'oiseau de feu Setsu que nous sommes aussi, nous savons renaître et frapper à notre tour avec vaillance. On ne nous vénère pas, pourtant, nous contenons une magie certaine. Nous sommes amour et haine, tout comme vous nous détestez et nous adorez. Nous pouvons détruire, tout autant que rassembler. Armes et pouvoirs, idées immortelles et tourbillonnantes, nous t'écoutons. Donnes-nous notre nom. Nous en avons plusieurs, ayant tous leur genre, mais nous voulons au moins l'un de ceux-la, qu'importe sa forme. "

J'éclatais, malgré moi, d'un rire abasourdi. Alors que je souhaitais faire mon deuil, simplement, on me posait une interrogation de plus. Pour celle-là, contrairement aux nombreuses qui me suivirent au delà de l’Épreuve et qui me possédaient déjà alors, je trouvais ce que l'on me demandait et cela fit disparaitre les ténèbres. Mais guère complètement.
Comprenez bien mon état d'esprit sur l'instant. J'étais perdue, apeurée, inquiète. Je ne comprenais pas pourquoi on me montrait la démence humaine avant de m’interroger comme si cela n'avait été qu'une futilité et que je devais passer à autre chose. Abalourdie, je mis du temps à trouver cette deuxième solution et ne la prononçais que chargée d'amertume et ab irato. Malgré tout mon entrainement de jeune fille en fleur, je ne pu retenir ce cri de mon cœur.

Si vous n'entendez ce que ces êtres inconnus souhaitaient ouïr, laissez-moi vous donner une simple piste. Ils sont aussi leur nom. Ce qu'ils demandent est si facile, si aisément usité, que nous n'y pensons guère. Jusqu'à ne plus avoir que cela en tête.

Pardonnez-moi en tout cas de vous partager mes songes si rudes, mais il m'apparait utile de le faire. Ainsi, si vous êtes passé par les mêmes étapes, sachez que vous n'êtes seul. Mais revenons en à mon récit, si cela ne vous importune, car je ne sais toujours pas si, à force de m'interrompre moi-même, je tiendrai mon serment et vous l'écrirai jusque son dénouement.


La troisième proposition que me fit notre Kami me sembla au début bien plus douce et délicate que toutes les précédentes.
Ce que je vais vous conter n'est pour aucun autre œil que le vôtre. Jurez moi que nul ne le saura. Tous ceux qui me connaissent peuvent dire que je n'ai jamais aimé. Moi même me le crie, intérieurement, parfois. J'ai de la tendresse pour certains, une affection sincère pour d'autres, mais qu'on ne me mande davantage. Je ne puis le donner. J'ai tenté d'offrir plus et cela ne m'a réussi, mais ce n'était qu'illusion. Une fantaisie de notre Kami. L'ai-je seulement ressenti ainsi ?
Notre maître avait effacé de mes réminiscences nos dernières incartades et m'avait replongée dans un simili de notre vie réelle. Il m'apparait après réflexion, que ce n'était qu'une copie grossière de notre monde, mais je n'y prêtais attention alors. J'y grandis, perdue dans les méandres de mes espoirs enfantins. J'étais seule à la maisonnée, mes ainés étant tous deux mariés. Père et Mère adoptèrent un autre fils afin de s'assurer une descendance au cas où l'union de mon véritable frère ne porterait pas ses fruits.
On me laissait davantage libre de mes allées et venues aussi fis-je vite la connaissance de ce nouvel être qui allait devenir à mes yeux bien trop important. Il était charmant. Adroit dans le maniement des armes, empreint de douceur et prêt à se plier à tous les ordres que mes géniteurs lui donnaient. Son appellation était Akimune.
Il riait de mes différences avec tendresse, trouvant toujours une seconde pour baiser le bout de ma chevelure qu'il aimait détacher.
Nous devînmes plus proches. Comme deux enfants d'une même portée. J'étais heureuse. Il était l'air que je respirais. Il était mon frère, mon ami. Mon galant. Bien davantage que ceux de mon sang. Il ne caressait que mes cheveux, comprenant mon manque d'expérience. Jamais il ne tenta de prendre ma main, mais approchait parfois ses lèvres de ma joue pour chuchoter quelques délicates palabres qui me faisaient rougir.
Je me souviens de chacun de ses traits. De son air bravache quand il disait qu'il faudrait que mon futur mari lui passe sur le corps avant de m'emporter et chaque détail fait saigner mon cœur. Alors, pour guérir, je l'oublie. Il n'était qu'un espoir enfoui, un dilemme de petite fille dont on s'est servi pour me malmener. Il ne peut pas me toucher, ce fantôme qui murmure encore parfois à mes oreilles des mots d'amour. Cette chimère à la pulentine bien cachée. Je le hais, je l’abhorre de m'avoir forcée à faire un choix.
Si il vivait, je lui arracherais la langue de ma propre main pour que ne sifflent plus à mes tympans ses mensonges stupides. Pourtant, quand je ne m'y attend pas, je sens encore parfois le bout de ses doigts sur ma chevelure et je frémis. D'horreur et de joie.

Il déshonora notre foyer. Il trahit la confiance que nous avions mis en lui dès sa venue au sein de notre famille, mais je ne le sus point. Son arrivée coïncida avec des pertes de mémoire des Mikos du coin. Je ne m'en doutais pas. Il s'absentait bien parfois, mais mes Pères comme moi l'imaginions à courir la campagne.

Je n'appris ses méfaits que plus tard. Une nuit comme une autre, alors que je dormais dans ma chambre sereinement, une main se posa sur ma bouche pour m'empêcher de crier. Une autre me força à me réveiller en imprimant quelques brusques mouvements sur mon corps éreinté. L'individu qui me tenait prisonnière me fit m'affoler. jusqu'à ce que je reconnaisse son faciès adoré.
D'une voix que je ne lui reconnus pas il me demanda de le soigner et de le cacher. Je m’aperçus enfin qu'il était blessé ; une longue estafilade barrait son bras droit et une autre son dos. L'inquiétude revint. J'obéis, trop aimante pour le laisser seul avec sa douleur et suivis ses conseils pour lui créer un bandage de fortune. Je restais à son chevet quand la fièvre monta, je ne bougeais pas tant qu'il ne fut pas capable de se tenir au moins assis dans mon lit. Moi ? Je couchais au sol, telle une esclave, un chien. Mes repas étaient livrés à ma porte, suite à ma demande et nulle domestique n'était la bienvenue. Au début, je prétextais être seulement impure. Ensuite, une légère indisposition. On ne m'importuna point, c'était là le seul avantage d'être le mouton noir de la famille.
Je ne posais aucune question, me contentant de tenir compagnie à Akimune. Lorsqu'il regagna enfin assez de force pour tenir une discussion, je recommençais à sortir. C'est alors que les rumeurs m'apportèrent ce que je ne désirais savoir. Ce que je craignais.
Une semaine auparavant, date à laquelle mon ainé, mon aimé était revenu auprès de moi, une Miko avait été attaquée, mais elle s'était défendue mieux que les autres. Capable de décrire son agresseur, elle offrait, au nom de son temple, une récompense à quiconque le capturerait. On la disait blessée, cependant.
Je laissais couler. Je refusais de voir la vérité.
La description d'Akimune circula et avec elle, mon désarroi augmenta. Grand frère n'était nullement un meurtrier, je pouvais peut être l'aider à s'échapper ? Je changeais d'avis, brusquement, lorsque l'on m'annonça le décès de l'infortunée prêtresse. Ses blessures avaient eu raison d'elle. Atterrée, je ruminais plusieurs jours. Que faire ? Ce fut la mort dans l'âme que je finis par trahir l'homme que j'adulais telle que ma conscience me le dictait. Je lui avais demandé des explications. Il n'en n'avait pas formulé.
L'argent de la récompense fut reversé entièrement au temple. Et comme tous les êtres à qui j'ai tenu, Akimune m'abandonna donc à son tour.

Comment après un tel évènement voulez-vous seulement encore croire quiconque ? La scène passa, et je récupérais les connaissances que notre vénérable déité m'avait dérobé. Chamboulée par tout ce qu'on me faisait subir, incapable de tout analyser, de décrypter chaque chose, c'est à ce moment précis que je perdis ma voix. Je ne la retrouvais que plusieurs mois plus tard, une fois remise en partie de ce qu'on m'avait fait traverser. Je ne suis que peu quinteuse, mais tout cela aurait pu me donner envie de le devenir.
Je savais, sans connaître comment, qu'un mot de moi aurait suffi pour faire taire mes tourments. Notre Kami m'aurait tuée alors, mais je me refusais à mourir. Je voulais vivre. Venger ces morts qui n'existaient pas, tuer cet inconnu que l'on m'offrait pour frère absent, faire taire ces voix odieuses et cavalières. Alors, en punition pour mon souhait de sang, vint ma quatrième histoire.

Adonc il y eut le noir. Et, avant lui, les ténèbres. Mais celles-ci, parfaitement obscures, n'étaient pas franchissables. La couleur jais elle, étrangement, me rassura. Je tâtonnais. Je découvris autour de moi des murs. Au sol. Sur mes cotés. Mais guère tout droit. Sans ne rien y voir, aveugle, j'avançais en me demandant ce que l'on espérait de moi. Je trébuchais, parfois, me prenant les pieds dans mes kimonos. Il n'y avait aucune lucarne. Pas un rai de lumière, mais de l'air respirable en abondance.
Mon plus grand ennemi fut l'ennui. Je crus devenir folle tandis que je cherchais la sortie de ce labyrinthe. Le vent jouait à cache-cache avec moi et j'entendais son écho hurler, ici et là. Je ne sais combien de fois je passais par les mêmes couloirs. Je ne comptais plus. Je n'étais jamais certaine. Je n'avais nul moyen de les marquer. Je me trompais tant et si bien que j'en finis par mélanger ma droite et ma gauche - cela m'arrive toujours -. Les pierres anciennes, couvertes d'un lierre mouillé, me semblaient identiques les unes aux autres. La première avait exactement la même forme que la seconde, et ne différait pas de la troisième, ni de la sept-cent vingtième que je touchais. Devenais-je folle ? Je pense. La rage au fond de mon ventre refusait d'éteindre son feu ardent.
Je pense que c'est cette colère, ce caprice d'enfant devenue trop rapidement adulte qui me sauva.
Ce souvenir restera toujours pour moi l'un des plus incompréhensibles. Le but m'échappe encore. Tout comme comment je trouvais, enfin, la sortie. Il y eut alors de nouveau le noir. Puis les ténèbres m'enrobèrent dans leur chape.


Je hurlais, silencieuse créature, incapable de maudire à haute voix mes ancêtres et ce que j'appelais torture jusque présent changea de nom pour ne devenir que d'ineptes jeux de mortels. Les coups de fouet déchirèrent la peau de mon dos au début de mon cinquième périple. Mes pieds menus étaient fatigués et d’énormes ampoules ensanglantées pullulaient sur leurs plantes. Autour de mon cou, un collier si lourd qu'il me sembla peser la terre entière. Esclave. Le mot résonna alors qu'un homme que je ne connaissais ni d'hier ni d'aujourd'hui m'apostrophait. Il me saisit le bras avec violence avant de me pousser vers deux jeunes aussi peu fièrement vêtus que moi. J'étais une esclave. Je n'avais plus de nom. Plus de vie. J'appris auprès de mes compagnons d'infortune qu'ils ne savaient pas exactement où nous étions, mais que le bonhomme comptait nous faire construire une maison. Comment ? Pourquoi ? Le silence fut ma seule réponse. Je commençais à en prendre l'habitude, mais cela n'en devenait pas moins navrant pour autant.
Autour de nous, le désert. Il m'apparut plus serein que les ruines de ma cité, de mon amour fraternel parti en fumé. Je m'endormis en rêvant d'obscénités que je me refuse à vous décrire en détails.
Considérez, simplement, que je songeais aux pires créations que je pouvais imaginer pour me venger de ceux qui avaient osé dépouiller ma ville, massacrer tant d'innocents et mon petit cœur meurtri. Vous serez alors encore en dessous de ma volonté. Notre clan est mon petit. Je n'arrive pas à me voir mère d'enfants humains, mais cela ne m'empêche pas de comprendre en partie l'instinct des mères qui montrent les dents pour protéger leurs chérubins. Toucher à Kasu était toucher à mon histoire, je ne pouvais le permettre.
Le réveil du soleil sonna le mien et celui des autres. Nous étions devenus inhumains, privés de nos droits. Moins considérés que des Etas. Je savais l'esclavagisme interdit dans la plupart des clans, mais je n'arrivais pas à comprendre on nous avions été amenés. La suite de notre séjour forcé me renseigna.
Nous commençâmes notre travail et bientôt le soleil ardent nous éclaira si fort que nos bras nous donnaient l'impression de brûler sous sa caresse et son baiser. Un trio de journées épuisantes passa. Nous remplissions de notre mieux notre mission, sous peine de nous voir cravachés. Le quatrième soir apporta avec lui son lot d'horreur, une fois n'est pas coutume.

Pardonnez mon ironie. Mais les Yokais déferlèrent sur le campement mal dressé où nous étions parqués. La suite est devenue floue, je me souviens, simplement, avoir poussé les pauvres hères qui se trouvaient avec moi pour que l'un d'eux évite une lame tranchante et me l'être prise dans l'épaule. Tout le reste se perd tandis que je m'évanouissais de douleur.

La souffrance, parlons en. Elle devint mon amour, mon amante à son tour. Son goût indicible sur mes lèvres se mêla à celui du sang dans ma sixième vision. Je l'aimais, je la chérissais et elle me raccoisait quand j'aspirais à la fin de tout. Notre Seigneur et Maitre me tua. Je me mourais donc. Mais ce ne fut guère rapide. Il me fit me vider de mon sang, presque goutte par goutte. Inerte, je gémissais, plaisir et agonie jonglaient chacune l'une avec l'autre, tout en baignant dans la flaque de mon fluide vital qui s'égrenait hors de moi. Mes membres refusaient de m'obéir. Cela dura des heures. Des secondes. Des jours. Des minutes. Puis, alors que je m’apprêtais à lui demander de terminer son supplice d'une faible pensée, il m’accordât Sa Faveur.

Vient alors la dernière phase. Si je la sépare maintenant de la précédente, c'est parce que, pour moi, ce n'est point la même chose. Et ce nonobstant le fait que je demeurais toujours presque morte. J'entendis au fond de mon crâne une pensée qui ne venait pas de moi.
Mes kimonos rougis par mon traitement infernal me collaient à la peau et chatouillaient mon cou. Mes cheveux poisseux encadraient mon visage aussi contusionné que le reste de mon corps qui n'allait pas tarder à devenir vide. Mais cette voix,- et quelle voix -, me fit oublier mon état. L'espace de son chuchotement, calme, aimant et chaleureux, je ne ressentis que de l'amour, comme un enfant niché dans le ventre de sa mère. Je me sentis bien.

" Veux-tu mourir, recréer ton passé ou me servir ? "



Vous savez quel choix fut le mien. Tout stoppa alors. Brutalement. Je me retrouvais en vie et éveillée. Déboussolée, étonnée, ressentant encore la douleur fantôme qui avait été la mienne jusque là. Je crus ouïr un rire juvénile que je ne connaissais pas mais ne vit personne.

A ma sortie de la salle, l'épaule rougie, l'on me nomma Daimyo et ainsi commença mon arrivée au pouvoir. Ma renaissance.
Si j'avais choisi le second choix, aurais-je réellement pu être une autre ? Ou m'aurait-il fait décéder ? J'ai laissé passer cette unique chance, mais je ne le regrette pas vraiment. Je rêve toujours de changer mon histoire, si je le pouvais, pour corriger mes torts. Malgré tout, j'aime notre Kami. Il est notre Tout. Parce qu'il m'a fait l'honneur de me juger digne, qui serais-je, si je refusais d'être sa servante dévouée ?
Ainsi, je peux aspirer à protéger nos terres. Les amours de nos gens et leur cœur.

Me comprendriez-vous, cependant, si je vous avouais ne pas comprendre sa réaction ? Il m'apparait avoir raté la plupart des sujets qu'il m'a imposé. Pourquoi, alors, suis-je encore là ? Comme tant d'autres choses, je ne le sais toujours pas.

Je prierai pour vous à partir de ce jour. Pour que vous soyez, à notre tache commune, bien meilleur que moi.

Puisse notre Kami ne jamais vous retirer sa tendresse et que votre foi en lui ne flétrisse pas davantage.


Que les gens sont terriblement envahissants lorsqu'ils ne sont pas là.


Dernière édition par Okaruto Kasumi le Mar 4 Fév - 20:16, édité 1 fois (Raison : 2/3 changements suite aux conseils de Riyu. ♥)
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Ô kamis, sauvez nos âmes, si nous en avons une.

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