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 La mort d'un fils, la naissance d'un père

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Yakuza Sorosoro

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MessageSujet: La mort d'un fils, la naissance d'un père Jeu 6 Mar - 18:31

Il y a deux ans...

«  (…) le vent soufflait fort comme à peu près tous les jours sur cette partie-là des plaines. On pourrait dire que le Kami cherche à la balayer du monde, peut-être parce que ceux qui y vivent salissent la terre et le ciel de leur existence. Pourtant ils sont toujours-là et font ce que d'autres ne pourraient accepter de voir ou d'entendre raconté ; tous ces ingrats travaux qui se passent de commentaire, qui mettent mal à l'aise, qui donnent la nausée mais qui permettent pourtant aux bonnes familles de se nourrir et de s'habiller convenablement.
Ils sont nombreux à vivre à l'écart des autres, interdits de commodité, d'usage et d'à peu près tout ce que la civilisation a à offrir, tout ça parce qu'ils plongent leurs doigts dans le sang ou enterrent les morts, qu'il s'agisse d'animaux ou de personnes d'ailleurs, puisque les gens de la ville ne veulent tout simplement pas être mêlés à ces histoires impures. Ils se croient peut-être trop biens pour ça.

Le problème c'est qu'il existe toujours des gens fascinés par l'interdit, qui osent en vérifier les limites, qui plongent dans les gouffres des lois juste pour voir ce qui s'y trouve au fond. Ils disent des trucs comme : ''les règles sont faites pour être contournées, non ?'' et finissent généralement une corde au cou sans avoir le temps de s'expliquer de rien. Les bandits et les gens de basse condition font souvent ce genre de choses, peut-être parce qu'ils ont envie de croire qu'ils peuvent avoir plus que ce qui leur est accordé par les dieux. ''Plus'' ne veut évidemment pas dire ''mieux'', aussi ils se contentent généralement du quart d'heure de gloire que leur apporte l’échafaud pour résumer leurs rêves de vie.  

Puis il y a ceux qui ne connaissent tout simplement pas le sens du mot ''limite'' et qui déraisonnent inconsciemment aux yeux de tous. Ils font un peu peur quand on les écoute parler, pourtant ils attirent la fascination des plus envieux qui croient qu'en les suivant toutes les portes s'ouvriront à eux. Ils se rendent généralement compte que c'est faux quand les fourches et les torches embrasées se lèvent devant leurs fenêtres et tentent d'ouvrir la leur, de porte. La limite franchie, ils rebroussent chemin, laissant seuls ceux qui avaient su leur parler de ''mieux''.  

''JE CONNAIS VOS VISAGES !!!'' criait quelqu'un à travers le vent. Dans la plaine, un groupe d'homme détalait à vive allure. On ne les vit bientôt plus dans la nuit, pourtant on cria encore : ''KUAHAHAHA !! JE VOUS CONNAIS TOUS !! JE VOUS CONNAIS TOUS !!! JE VOUS RETROUVERAI !!!!''

Le jeune crieur se tut et posa une main sur sa tête. Il fixa l'obscurité en silence, un sourire mauvais aux lèvres, puis cracha finalement entre ses dents. Le vent mugit plus fort un moment, balayant le ciel de ses nuages ; l'herbe se couchait et se relevait, chantant au passage, tantôt brillante sous les reflets de la lune, tantôt noire. On entendait crachoter les flammes des torches tout à côté.

Irohani Sorosoro se retourna et haussa les épaules devant la dizaine de villageois présents. L'attroupement était essentiellement composés d'homme du hameau, tous armés de leurs outils les plus dissuasifs. On pouvait cependant voir les femmes et les enfants derrière eux, sans doute venus les soutenir de leurs présences, ou simplement curieux de voir ce qui valait tant de remue-ménage à une heure aussi tardive.

On n'avait pas l'habitude des grands événements dans les plaines. Même s'ils se trouvaient proches de la capitale et des temples, les gens d'Eta n'avaient pas voix aux festivités et aux grands rassemblements ; ils étaient laissés de côté, forcés de continuer le labeur quand le monde entier était à la joie. Pourtant, ils avaient su se créer leurs propres raisons de faire la fête quand une nouvelle vie rejoignait leur quotidien bien laid. Chaque naissance accueillait les bénédictions de tous les habitants ; on défilait dans la maison du nouveau né, regardait son visage rondouillard et souhaitait à la famille qu'il puisse vivre assez longtemps pour reprendre le métier. C'était le meilleur moment de la vie. On se vantait souvent d'avoir vu untel naître et grandir. La communauté était fondée là-dessus, si bien qu'on aurait pu la voir comme une grande famille ; on se connaissait depuis des générations, les maisons avaient le nom des ancêtres et les nouveaux nés héritaient de leur savoir-faire.

Cependant ce n'était pas une naissance qui faisait se rassembler les gens ce soir. On ne se vantait pas non plus d'avoir vu naître le jeune homme contre qui les flammes s'étaient allumées depuis la tombée de la nuit. Au lieu de la joie, l'incompréhension et la culpabilité se lisaient dans les yeux de ceux qui étaient passés féliciter le père de cette nouvelle vie qu'ils avaient vu grandir. Les autres plaignaient le pauvre homme de s'être fait avoir par son propre fils ; rien n'était pire qu'une trahison dans une famille et, parce qu'il s'agissait d'une famille, on avait décidé de régler cette histoire en famille. On n'avait pas besoin de samouraï, de ninja ou de tout ce que la civilisation avait à offrir de plus ressemblant à une justice. Les limites ici n'étaient peut-être pas aussi concrètes que celles posées aux gens de bonnes venues, cependant, lorsqu'on constatait qu'elles étaient franchies, on parvenait à le faire comprendre de la même façon. Quand on s'en prenait à un homme du sang, on réglait ça dans le sang. Cela faisait partie de l'héritage de ces métiers. Tout le monde le savait et, de ce fait, personne ne comprenait comment on pouvait tenter la mort au milieu des gens qui travaillaient pour elle.

''Ça nous fait donc... moi... contre... vous tous !'' jubila le jeune homme, effectivement seul face à la foule. Il se mit à sautiller et entama des ronds d'épaules. Ignorant la consternation de tous, il s'étira les bras, les croisa et les décroisa devant lui, comme pour se préparer à une tache particulièrement difficile. On le dévisagea, fronça les sourcils et douta même qu'il ait conscience de la situation.
''Ce n'est pas un jeu, Irohani-kun'' lui dit le boucher en tête du mouvement.

Durci par la lumière, son air était grave et en disait long sur sa tristesse. Il était le plus proche ami des tanneurs et avait longtemps vu ce gamin comme le sien. Ce qui arrivait été peut-être aussi sa faute à lui. Il jeta un regard en contre-bas vers la maison qui avait reçu cette vie et constata que la lanterne sous le toit de fortune était éteinte. Il n'était pas capable de comprendre le mal qui tenait les parents en ce moment, quand bien même il avait connu la perte de son enfant. (...)
 »




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Yakuza Sorosoro

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MessageSujet: Re: La mort d'un fils, la naissance d'un père Lun 17 Mar - 20:22

Il y a vingt-trois ans...

« (…) la lanterne se balançait par à-coups. Le crochet qui la retenait au toit crissait sous le vent ; la flamme se couchait à l'horizontale, faisait mine de s'éteindre puis reprenait toute son ardeur de flamme vive la seconde d'après. L'homme qui se tenait à côté se mouilla les doigts dans la bouche et éteignit la mèche avant de décrocher la structure bouillante. Il jeta un dernier coup d’œil dans la nuit, avisa le voisinage absent et rentra chez lui, une barricade de bois sous le bras qu'il s'empressa d'aller appuyer contre le mur de l'unique fenêtre de sa maison. Il posa la lanterne à ses pieds ; l'odeur de brûlé, encore forte, embauma très rapidement toute la pièce. Il toussa et resta figé devant la petite ouverture faite de ses propres mains. On voyait l'irrégularité de son travail ; les marques discontinues de la lime de fer qu'il avait utilisé recouvraient le chambranle. Le vent la traversait, mais la chaleur de la pièce était telle que ça ne le dérangeait pas. Ça l'apaisait, même, surtout après une si longue journée. Il travaillait tant qu'il y voyait clair et on y voyait clair particulièrement longtemps en cette saison de soleil.

Sous les lueurs de la lune, et tandis que l'odeur de roussi se dissipait un peu, il regardait la maison d'en face, semblable à la sienne, à ceci près qu'un enclos était accoudé à la longueur. Il n'y avait plus aucune bête à s'y trouver-là depuis plusieurs jours. Plus aucun signe de vie n'émanait de cette maison. Elle n'était plus qu'une charpente sombre dans la nuit.
''Ils ne sont pas sortis de chez eux aujourd'hui non plus'', dit-il. Il s'essuya le front du bras et dégagea les quelques mèches qui y collaient encore de la main. Il avait le visage fermé, dur, fatigué. Ses cheveux, mi-longs, humides, gras, également coupés à la lime de fer, collaient et puaient à cause des bains de fumées aux odeurs atroces de vieilles peaux mortes dans lesquels il avait passé sa journée. La bise du vent, fraîche, saine, lui rendait de la vie là où le tanin et l'écharnage l'avaient faite fuir. Il caressa du plat de la main le rebord de la fenêtre creusée. Son regard parcourait toujours la lande inanimée devant lui.
''Elle ne va pas mieux. Je crois qu'elle ne s'en remettra pas. Ils vont devoir partir si elle ne peut pas se remettre et que lui non plus. Ça va nous causer des problèmes à nous aussi.''

A cette simple idée, son visage s'assombrit et ses yeux s'embrumèrent. Il se perdit à maudire intérieurement son ami, celui qui vivait là-bas, en face, ce boucher, cet homme qui avait voulu voir sa femme enfanter malgré la rudesse et la difficulté. Il avait désapprouvé depuis le début et il désapprouvait encore. C'était dangereux ; plus qu'ailleurs, il y avait ici autant de chance que la mère meure en couche que de voir le rejeton, le pauvre, trépasser avant son premier jour ou arriver du mauvais sexe. Les filles, quand elles naissaient vivantes, qu'elles fussent celles du boucher ou de n'importe qui d'autre, ne grandissaient pas longtemps dans les parages, n'héritaient pas du nom de leurs parents, n'héritaient tout simplement de rien, sinon du droit d'être fécondes et de partir se marier ailleurs. On avait besoin de rester entre hommes ici ; les petits garçons faisaient de bons hommes. On s'échangeait les filles entre hameaux. Le boucher le savait, il avait eu sa femme de cette façon comme tous les autres d'ailleurs et, pourtant, il avait voulu tenter le coup avant d'en avoir utilité – avant d'être trop malade pour pouvoir poursuivre son travail seul ! – et voilà qu'il avait gagné le gros lot : non seulement son enfant avait été une fille, mais une fille morte-née. Sa femme, qui avait tant souffert de la mise au monde, ne s'en remettait pas. Elle ne parlait plus, elle ne sortait plus, elle ne se nourrissait plus et, de ce qu'il en pensait, lui, le tanneur, l'ami, elle ne souhaitait plus vivre et attendait que la mort vienne la chercher, peut-être parce qu'elle croyait qu'elle l'avait oubliée en prenant son enfant. Son enfant déjà morte. Elle n'avait même pas pu voir la couleur de ses yeux ni l'entendre crier qu'on s'était déjà débarrassé du corps. Il l'avait fait lui-même, en désapprouvant, parce que cette mère était trop jeune pour être mère et encore plus pour supporter de ne pas l'être. Mais le boucher n'avait pas écouté.
''Il faudra peut-être que je lui conseille de prendre un apprenti. J'essaierai de le lui conseiller'', dit-il encore.

C'était peut-être une solution à leur calvaire, car, depuis, son ami le boucher ne travaillait plus. Il avait tout arrêté. Il avait tué toutes ses bêtes dans un excès de peine, si bien que l'enclos que ses ancêtres avaient construit était à présent vide. Il avait donné la viande à ceux qui avaient assisté à l'enfantement et les peaux que lui, l'ami, écharnait toute la journée durant, il l'avait fait aujourd'hui-même, en maudissant ce pauvre fou de plonger peut-être sa maison, son nom et son métier, ainsi que les siens à lui, car ils travaillaient ensembles, il le maudissait de les jeter tous les deux dans un gouffre à cause d'une enfant née morte à laquelle, de toute façon, il n'aurait jamais pu s'attacher, car les filles ne font pas de bons garçons et que les filles, depuis toujours ici, disparaissaient dès qu'elles avaient éclos. C'était absurde à son sens et voilà pourquoi, lui, le tanneur, l'ami, il désapprouvait, tant et si bien qu'il n'était plus allé voir le boucher depuis la naissance – ou plutôt la mort. Mais il se tenait tous les soirs-là, à se frigorifier devant sa fenêtre, à observer la maison mourir en face. Il avait l'impression de se voir mourir lui-même, ainsi que ses ancêtres. Il avait peur.

''Je peux vous poser une question, Irohani-san ?'' La voix venait de derrière lui. Il inclina à peine la tête pour montrer qu'il écoutait. La femme, qui se tenait assise dans la pièce, qui rapiéçait une couverture avec une aiguille de fer tordue et noircie, posa ses mains sur ses cuisses habillées d'un tablier de toile, jauni par le temps et ses tâches ménagères. Elle prit une voix douce, laquelle trahissait une curiosité brûlante :
''Est-ce que vous pensez que je ne pourrais pas m'en remettre non plus, Irohani-san ?
- Tu es trop jeune'', trancha-t-il immédiatement. Il n'avait pas envie d'avoir cette conversation une nouvelle fois. Il vivait dans la crainte d'avoir cette conversation une nouvelle fois – et surtout dans celle que sa femme, cette pauvre fille assise-là, qui n'était pas si jeune que ça en réalité, ne parvienne un jour à le convaincre qu'il était temps d'avoir un enfant. Il désapprouvait fermement. Il trouvait à chaque fois de nouvelles excuses et, elle, elle le savait.
''Vous me le dites à chaque fois, Irohani-san, et à chaque fois j'attends, et le temps passe, il passe lentement pour moi.
- Nous n'en avons pas utilité pour le moment. Un enfant serait une peine. Une vraie peine. Comme celle de ce boucher et de sa femme, s'il plaît aux Kami, ou comme celle de ce bourreau, s'il plaît encore une fois aux Kami, de nous donner une fille mal faite et laide, et un fils sans doigt. Tu ne pourrais pas les élever ni les quitter et un jour, s'il plaît toujours aux Kami, nous serions obligés de manger le bois de notre maison et de nous regarder mourir de faim les uns après les autres. Je me débrouille très bien tout seul. Je n'ai pas besoin d'enfant ni de peine de la sorte.'' Il recula de quelques pas et attrapa la barricade de bois qu'il hissa sur la fenêtre.

Il ne voulait plus discuter et, quand il partit en direction de l'autre pièce qui menait à l'appentis, il ne regarda pas sa femme. Il ne la regardait jamais. Pas qu'elle fut repoussante, mais plutôt parce que ses yeux, immenses, qui brillaient parfois comme l'ambre à la lumière du feu et qui pouvaient sitôt passer au grenat suivant la luminosité et le temps, exprimaient beaucoup trop de sentiments à son égard et, ces sentiments-là, il ne voulait pas les voir. S'il la regardait, il craignait de voir que c'était lui qui était trop jeune et que c'était lui qui ne supportait pas ces peines desquelles leur triste condition, leur triste destin, les accablaient depuis le premier fils jusqu'au dernier. Il disparut bien vite, mais pas assez pour ne pas entendre sa femme ajouter :
''Mais moi j'en ai besoin, Irohani-san.''

Il se fondit derrière le mur de l'appentis. Il s'y accola un moment, s'en servit de soutient, le cœur lourd, blessé par lui-même et son incapacité à se vouloir père à moins d'y être forcé. Il ne dormait pas avec sa compagne à cause de ça, aussi il se rendait volontiers dans cet appentis chaque fois qu'il rentrait chez lui et s'obligeait à y dormir, ou à faire semblant de s'y être endormis en tout cas. Le cheval qui s'y trouvait, le sien, lui offrait une bien meilleure compagnie, laquelle avait-il toujours apprécié plus que celle des hommes et des femmes. Peut-être parce qu'il s'agissait du seul animal vivant qu'il voyait au quotidien, le seul duquel il pouvait caresser la peau sans avoir à chercher où la meurtrir ou l'enduire de la meilleure façon. Par ailleurs, cette peau-là, douce et chaude sans qu'il n'ait à la traiter, ne puait pas aussi atrocement que toutes celles qu'il avait l'occasion de toucher habituellement. Celle-ci sentait la vie, la sueur, l'animal, l’excrément, la paille, l'herbe ; des odeurs qui lui donnaient envie de respirer à plein poumons et de se laisser aller à plus de tranquillité. Il attrapa une brosse de crins qui traînait sous ses yeux et se mit à bouchonner l'animal. (...) »




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Yakuza Sorosoro

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MessageSujet: Re: La mort d'un fils, la naissance d'un père Sam 19 Avr - 15:58

Il y a quatre ans...

« (…) le cheval renâclait. Ses naseaux étaient dilatés, ouverts à l'extrême et suant tant sa respiration était rapide. Il écumait. Il bavait également. Sa robe, pourtant claire, était noircie d'humidité là où les traits blancs de la sueur ne lui striaient pas les jointures des membres. Il avait l'encolure raidie, cambrée vers son poitrail, en place, le front bas et les yeux fous. Il ne hennissait plus ; il ne grondait plus non plus. Il tressaillait de temps en temps, fouettait de la queue sous son ventre et mordait dans le vide à défaut de pouvoir battre des sabots : ils étaient attachés les uns aux autres avec des cordes croisées entre elles ; les pattes arrières étaient ainsi reliées à leurs inverses antérieures, et les antérieures, reliées à la barbe, au chanfrein et à la ganache de l'animal. Toute sa tête était enserrée dans l'étau de chanvre.
On l'avait également attaché à un piquet de bois au milieu d'un champ vide, mais celui-ci pendait à moitié au bout du lien désormais.

Le cheval ne pouvait pas bouger. Il ne pouvait pas fuir. Il ne pouvait pas ruer sans se briser l'encolure. Il ne pouvait que rester dans cette position, mi-couché, mi-debout, qu'on aurait dite presque agenouillée, qui mettait à mal son dos et, en même temps, toute sa force, toutes ses défenses.
Il n'en avait d'ailleurs plus aucune.

Il s'était débattu tant qu'il l'avait pu, si bien qu'il était parvenu à arracher le piquet du sol ; il avait tenté de briser le reste de ses liens en rappant la terre, en piaffant, en mordant, en essayant de redresser la tête violemment, de se cabrer... Il avait chaque fois manqué tomber ou s'était infligé plus de blessures encore que ne lui en avaient provoqué les coups qu'on lui avait donné.
Les cordes résistaient bien. Le piquet lui alourdissait davantage la tête.

Ses yeux roulaient de peur, d'incompréhension et de souffrance animale. Le tout mêlé dans le brun révulsé de ses pupilles aliénées, dans la fatigue et les spasmes, on aurait pu croire voir que cette pauvre bête, pourtant objet d'un grand culte sur les terres de Kazegami jusqu'alors, regrettait de s'être laissée apprivoiser par l'homme. Car la vérité était-là : elle s'était laissée faire.
Jusqu'à un certain point.

L'homme qui l'avait attachée sans inquiéter sa vigilance se trouvait un peu plus loin dans le champ. Il était à moitié allongé dans les herbes et se tenait le flanc d'une main rendue sale par l'effort, par les coups donnés, par le froid mais surtout par le sang. Le cheval était également parvenu à le mordre.

L'homme, plutôt jeune, tremblait tout entier depuis, que ce soit de la main, du bras, des épaules ou de la tête. Son souffle était bruyant et frémissant quand il parvenait encore à respirer. Il riait plus qu'il ne respirait d'ailleurs. Parfois il cherchait même à cracher en direction de l'animal, mais il riait plus qu'il ne crachait, peut-être à cause de l'excitation qui retombait doucement, peut-être à cause du stress, du mépris qu'il semblait éprouver pour cette bête, voire, peut-être même, de la douleur. Il avait enlevé son habit de toile déchiré par la lutte et observait d'un air bien curieux sa blessure déjà enflée, marquée des dents, déjà un peu bleue et violette, déjà presque coagulée.
Et il riait.

Il referma ses doigts sur la plaie qu'il sentait chaude et se gaussa davantage en cherchant une position plus confortable. Il se hissa avec les jambes pour changer de coude et d'appui. Il grimaça à peine lorsqu'il pivota, lorsqu'il essuya la sueur qui perlait sur son front blême. Il était livide, même lorsque les nuages recouvraient la clarté de la lune.
Ça ne l'empêchait pas de sourire et de ricaner.
"Allez... Pachi-chan... kuku... avoue ta défaite... couche-toi... kukuku... couche-toi... vas-y... couche-toi !" dit-il. Sa voix tremblait aussi.

Le cheval ne lui répondit évidemment pas. Il ne se coucha pas non plus, malgré ses membres de plus en plus faibles, de plus en plus incertains. S'il se couchait, il était perdu. Définitivement.
Il luttait, alors.

L'homme le savait. Il tâta ses deux jambes en secouant doucement la tête de droite et de gauche, fermant ses grands yeux dans une fausse affliction. Il enfonça finalement sa main dans les restes de son habit et en ressortit un bout de lame de katana qu'il montra à Pachi.
On ne put évidemment pas dire si Pachi le regarda. Il fixait l'homme depuis le tout début.
"Je vais devoir t'aider si tu... te couches pas, Pachi-chan..." lui dit encore ce dernier. Pachi ne lui répondit pas plus que la première fois. C'était un cheval.

Ça ne parut pas déranger son locuteur qui se mit à jouer distraitement avec sa petite arme de fortune. Il la fit tomber plusieurs fois tant ses doigts étaient moites et transis.
"On dirait un âne quand tu... es comme ça, Pachi-chan... Kuahahaha ! … ah ! … Un âne ! Alors que... tu es un cheval ! ... Moi... j'aime pas trop les ânes... ils ont pas une belle peau... on peut pas faire du bon travail avec... leur peau... Toi tu as une belle peau... Pachi-chan, pas vrai ? … D'habitude je fais... pas comme ça... mais je vais pas abîmer ta... belle peau, pas vrai ? Oya...ji serait pas content... si j’abîmais ta belle peau parce que... tu fais l'âne !"
Pachi ne répondit pas davantage. L'un de ses postérieurs céda et se ramassa par terre. Pachi se retrouva les naseaux dans l'herbe avec surprise et stupeur, seulement le temps de faire naître et aussitôt mourir l'enthousiasme sur le visage de l'homme : Pachi se rétablit, bien qu'avec peine. Il fixa plus durement l'homme de ses yeux noirs. Pachi lutterait encore.

Il ne lutta pas longtemps néanmoins. Il ne le put pas et, sitôt ses quatre pattes étendues sous lui, sitôt l'échine et la tête couchées dans l'herbe, l'homme se leva. Pachi le regarda tituber jusqu'à lui. Pachi voulut se relever mais ne le put pas. Pachi ne parvint même pas à redresser la tête. Pachi dut le regarder approcher. Pachi n'eut même pas la force de tourner les oreilles pour lui montrer qu'il ne le laisserait pas le toucher. La queue de Pachi ne voulait pas se lever non plus. Pachi gronda muettement en guise d'avertissement, alors. Pachi tressaillit. Pachi essaya de bouger les sabots. Mais Pachi ne le put pas et l'homme vint lui caresser le flanc de sa main sale, transpirante et pleine de sang. Pachi dut le laisser poser son visage sur son ventre. Pachi l'entendit rire en baladant son oreille au rythme de sa respiration. Pachi ne put pas contrôler sa respiration. Elle était de plus en plus faible. Pachi aussi.
'' Tu vois ! Tu vois ! Quand tu... veux Pachi-chan ! Oyaji va être content !'' dit l'homme à Pachi. Mais Pachi ne répondit pas. Pachi était un cheval.

Pachi ne put rien faire lorsque l'homme l'enserra et frotta sa joue contre sa petite fourrure noire d'écume. Pachi était tout chaud mais Pachi avait froid. Pachi respirait sans bruit. L'homme ne faisait pas de bruit non plus. Il ne riait plus. Il souriait en l'observant. Il penchait la tête, touchait les pattes de Pachi, les déplaçait, regardait, jaugeait, mesurait, comparait en fermant un œil les longueurs de son bout de lame de katana et du ventre de Pachi.

Bientôt l'homme entreprit d'ouvrir le ventre de Pachi et Pachi parvint à bouger sous la douleur, ce qui fit ricaner l'homme. Pachi ne ricanait pas. Pachi était un cheval. L'homme s'en moquait. Il continua comme si de rien n'était à planter sa petite lame dans le poitrail de Pachi. Il eut du mal à la faire glisser le long de son ventre et se retrouva plusieurs fois bloqué, plusieurs fois avalé par l'intérieur de Pachi. Pachi se mit à puer quand son ventre se vida sur l'homme tout d'un coup. L'homme s'en étonna avec enthousiasme. Il essaya de préserver la belle peau de Pachi en sifflotant gaiement, en disant à quel point l'oyaji de l'homme et de Pachi serait content. Pachi n'était pas content. Pachi était mort. (…) »




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MessageSujet: Re: La mort d'un fils, la naissance d'un père Jeu 15 Mai - 2:52

Il y a treize ans...

« (…) le bœuf était mort. Ses yeux luisaient encore comme de petits œufs suintant leur blanc graisseux tant le traumatisme avait été violent. On l'avait enfermé dans un réduit de planche à peine assez large pour le contenir et suffisamment étroit pour l'empêcher de se retourner. On avait fermé l'ouverture par laquelle il était entré, attiré par de la nourriture, puis on lui avait asséné des coups de matraque sur le crâne afin de l'étourdir.

Il fallut beaucoup de coups ; les abatteurs durent s'y mettre à deux et y aller de leurs pieds quand l'effort demanda plus de vigueur. Même hébété, l'animal avait plusieurs fois cherché à se libérer de cet enfers, sentant sans doute la mort poindre et, la survie prévalant sur tous ses instincts, haletant de cette sueur d'angoisse bien puante, il avait essayé de se retourner contre le mur de fortune et était parvenu à surprendre l'un de ses agresseurs.

Celui-là avait basculé en déséquilibre à l'intérieur même du réduit. Il fallut qu'on achevât l'animal aussitôt alors, afin de ne pas craindre de voir l'homme se retrouver piétiné sous ses sabots, et on le fit salement, avec une lime de fer qu'on lui planta derrière la nuque à plusieurs reprises et qui fit jaillir des gerbes de sang, des râles d'agonie puis, finalement, la mort. L'animal était figé dans sa position de lutte, les articulations coincées contre les murs, la tête désarticulée et ses yeux, graisseux, révulsés de peur.

Le sol était déjà couvert de sang quand on prit la peine d'aller rouvrir la trappe d'entrée pour libérer l'homme qui était tombé.
''Tout va bien, Irohani-san ?'' demanda le boucher. Il s'agissait d'un homme qu'on comprenait de suite robuste, quoique au demeurant maigre et peu soucieux de son hygiène. Il avait les cheveux courts, très irrégulièrement coupés et ses sourcils, touffus et sombres, lui donnaient l'air sévère et colérique qu'il n'avait ni dans sa voix ni dans son attitude. Du reste, il avait l'habitude de ce travail et se montrait particulièrement soucieux de l'état de son camarade du jour. Celui-là était tanneur et, parce qu'ils se côtoyaient souvent, parce qu'ils s'assistaient souvent, le boucher prit la peine de l'aider à se remettre debout et lui tendit même sa veste pour qu'il essuya le sang qui repeignait son visage.
Le tanneur était blanc comme un linge et tremblait de toute part. Il peina à répondre, visiblement sous le choc.
''J'ai... j'ai eu la peur de ma vie... mais ça va... merci, Enchō-san.
- Ça va, là-haut ?''

Un petit garçon se tenait encore à cheval sur le réduit. Lui n'avait pas était déséquilibré par la fougue de l'animal. Les mains accrochées au rebord, ses grands yeux bruns, presque rougeoyant, admiraient la carcasse coincée entre les planches. Il ne parut pas entendre qu'on lui parlait ; il ne réagit pas, n'exprima rien d'autre qu'une fascination profonde pour ce qu'il contemplait en-dessous de lui, la bouche entrouverte et le poitrail soulevé par une respiration intense et excitée. On voyait son buste, pourtant menu, se gonfler dans un rythme saccadé.
''Descend maintenant, Sorosoro-kun ! … Eh ! Tu m'écoutes ? Descend ! … De suite !!'' lui lança alors d'une voix forte, autoritaire et paternelle le tanneur.

Le garçonnet disparut bien vite de son perchoir et réapparut aussitôt près des deux hommes. Il ne leur accorda pourtant pas d'attention. Même depuis le sol, il ne quittait pas le bœuf mort des yeux. Il avait suivi la lisse en la couvant du regard et avait trottiné jusqu'à l'entrée pour l'observer de nouveau. Les deux adultes ne remarquèrent rien, lancés qu'ils étaient déjà dans une grande conversation tout à côté concernant la façon d'extirper le cadavre de là sans l’abîmer davantage que ne l'avait fait la lime ou le sang. C'était une conversation de grand qui n'intéressa pas du tout le petit garçon. Il ne leur prêta même pas l'une de ses oreilles, aussi distraite eût-elle pu être, et il parut même, à un moment donné, juger que leurs bavardages étaient de trop dans cette scène magnifique. On put le voir grimacer, froncer le nez, renifler, tourner très subtilement et furtivement la tête dans leur direction, sans pour autant leur accorder son regard, pour leur signifier sa gêne et son agacement quant à leur présence durant sa rencontre avec la plus magnétisante des horreurs qu'il lui fût jusque-là permis de voir.

L'animal n'avait pourtant en lui-même rien de très impressionnant. Il n'aurait attiré l'attention de personne sur un marché de fermier et n'aurait su trouver acquéreurs que donné en plus d'un achat groupé, ou en échange d'une toison de laine à des mains pauvres d'autre bien. Il paraissait pourtant être ce que le garçon avait toujours rêvé de voir, surtout maintenant qu'il était mort et que son sang ruisselait sur sa peau sableuse. Ses yeux, qui reflétaient encore l'innocence de son âge, s'extasiaient, vénéraient et s'abreuvaient sans modération aucune, sans gêne aucune de ce tas de chairs ridées et maigres, pesamment abandonnée, contorsionnée dans l'étroitesse du réduit, qui dégouttait doucement par endroits, vite en d'autres pour remplir la flaque carmin qui nappait la terre éclaboussée en-dessous.

Il fallut qu'on posât une main solide et moite sur sa tête pour qu'il se détachât de son émerveillement passionné, solitaire, tout intérieur (bien que mal caché sur son faciès, on pouvait néanmoins deviner celui-ci particulièrement virulent dans son être : ce devait être une explosion de joie, de célébration, d'envies et de fantasmes nouveaux, créés en même temps qu'achevés, rendus possibles à la seconde même où ils étaient découverts, qui lui donnaient envie de crier sans mot, sans voix, jusqu'à en perdre tout souffle peut-être, toute énergie et toute notion de temps, de besoin et de devoir. Il se gavait certainement de cette image, compulsivement il happait les détails et, comme d'autres enfants pouvaient le faire avec des sucreries, il comptait bien, à l'intérieur de lui-même, s'en rendre lui aussi malade).
On le vit se faire violence pour retirer ses yeux de la bête et les reporter sur l'adulte qui lui parlait. Son expression changea aussitôt pour une moue ennuyée, effrontée et particulièrement peu conciliante.
''Tout va bien ?'' répéta le boucher. Celui-là le regardait avec amour et intérêt, visiblement soucieux de connaître la profondeur du nuage qui nimbait cette petite tête sous sa main. Lui devait sans doute s'imaginer que le garçon était choqué par la violence, dégoûté par l'horreur et par l'acte-même de la mort, choses qu'il aurait comprise et auxquelles il s'apprêtait déjà à répondre
''Il ne faut pas être triste pour sa mort, tu sais. S'il n'était pas mort, nous ne pourrions pas vivre. Irohani-san ne pourrait pas faire son travail et moi non plus. Et si on ne peut plus faire notre travail, ton okaasan ne pourra pas te faire à manger. Et elle non plus ne pourra pas manger...  
- Arrête de le traiter comme un enfant, Enchō-san, intervint le père tanneur. Ce n'est pas parce qu'il est petit qu'il est bête. Il sait très bien pour quoi il a dû assister à ça et pour quoi il est là.
- Il n'a que neuf ans, Irohani-san...
- Et dans moins d'une saison, il travaillera au tanin.''

Le petit garçon ne saisit apparemment rien de la suite de la conversation. Son esprit s'échappa une nouvelle fois pour aller sans aucun doute encore se lover contre cette carcasse exsudant tout ce qu'elle contenait en elle. Lui dut en profiter pour repartir en lui-même et poursuivre ses dessins sauvages d'un bonheur répugnant dans lequel il se lovait, se collait à cette dépouille encore chaude, tantôt la caressant pour sentir son souffle puissant et dernier se comprimer, s'accélérer, ralentir et puis s'éteindre, tantôt se baignant avec elle dans tout ce qu'il y avait de plus malpropre, à commencer par son intérieur à elle, lequel était-il, dans son esprit à lui et sans qu'on ne le soupçonnât avec un esprit sain, déjà en train de visiter pour s'en vêtir et exprimer sa satisfaction entière.

Mais cette satisfaction intérieure-là, si elle exista réellement, ne fut inéluctablement rien comparée à ce qu'il vit ensuite lui être accordé. Sans qu'il ne pût s'expliquer pourquoi ni comment, son père et le boucher se séparèrent, si bien que le premier disparut définitivement des rêves de grandeur de son fils quand le second, un couteau à la main, s'attela à la tâche complexe et particulièrement immonde du découpage et du vidage de la carcasse (...) »




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Yakuza Sorosoro

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MessageSujet: Re: La mort d'un fils, la naissance d'un père Ven 30 Mai - 23:40

Il y a six ans...

« (…) il laissa tomber son couteau et tituba jusqu'à son lit. Du sang tomba sur la toile colorée qui se trouvait par terre. Il gémit en pliant les jambes et se laissa très doucement tomber à genoux sur le drap et l'enchevêtrement de paille qui lui servaient de futon. Puis il posa sa joue sur le seul coussin existant. Pour la première fois de sa vie, il sembla le trouver confortable.

Il frotta son visage contre le tissu élimé et froid, étouffa un nouveau gémissement et se saisit du bourrelet pour le faire glisser sous son ventre. Il se recroquevilla, se mit en boule sur son lit et pressa le coussin contre lui avec ses bras. Il n'avait pas l'air très bien en point. La sueur perlait sur son front à grosses gouttes ; l'une de ses paupières était gonflée, du sang avait séché dans ses narines. Il respirait par la bouche, doucement, silencieusement. Ses lèvres étaient gercées, fendillées, couleur carmin ; on pouvait voir des ecchymoses au niveau de sa mâchoire et de son menton. Son cou, d'ordinaire fin, paraissait ce soir étranglé. Il peinait à déglutir.

Il peinait également à arrêter les tremblement de ses épaules. Quand son torse, griffé ici et là, se soulevait, il était parcouru d'un frisson incontrôlable qui lui donnait des spasmes jusqu'au bas de son échine dorsale. Là aussi, il avait des marques saillantes, des entailles et des lacérations fraîches. S'y trouvaient également des traces de sang à peine sec qui disparaissaient jusque sous ses habits. Ceux-là, neufs de la semaine dernière, avaient été particulièrement maltraités au cours de la nuit : déchirés, salis, on retrouvait des empruntes de pied et du sable, ainsi que des éclaboussures noires et des gouttes encore humides par endroit. Les parties qui avaient été épargnées avaient dû servir à essuyer le sang de ses plaies. Il y avait du sang partout.
"Sorosoro-kun... ?"
Il rouvrit les yeux et retint sa respiration. C'était la voix de sa mère. Elle était éraillée par le sommeil. Il sentit la masse sous les couvertures de peau bouger. Elle était tout à côté de lui. Il la sentit chercher à se redresser ; sa main frôla sa tête avec maladresse. Elle s'y posa ensuite délicatement.
"C'est toi, Sorosoro-kun... ? Demanda-t-elle encore.
- Oui.
- Tu étais dehors ?
- Oui.
- … Tu sais que Irohani-san ne veut pas que tu sortes la nuit. " Elle lui caressait les cheveux doucement. Sa main était chaude, apaisante, chaleureuse. Elle sentait bon le lait, le fruit, le sucre et le savon. Ses doigts boudinés par le travail devaient sentir la fièvre de son fils, la moiteur de ses cheveux, les granules qui y étaient coincées, les bosses qui y avaient poussé et ses tremblements. Ils devaient également sentir comment son garçon retenait sa respiration haletante, contractait tous ses muscles pour ne rien montrer de ses spasmes et cherchait à se faire le plus discret possible. On put croire qu'elle fit comme si elle n'avait rien remarqué de ses commotions diverses, pourtant c'était une mère attentive, amoureuse de son enfant et particulièrement indulgente.

Sorosoro restait les yeux fixés dans la pénombre. Il attendait qu'elle se rendorme. Il vit sa main glisser de sa tête et s'étendre devant lui, à la recherche de la sienne. Il la laissa papillonner des doigts devant ses yeux avant de lâcher son coussin pour les lui attraper.
"Ne le fais plus, s'il-te-plait, Sorosoro-kun." Il ne dit rien.
"Promet-moi que tu n'iras plus en ville la nuit, s'il-te-plait, elle serra doucement ses doigts. Je sais que Irohani-san est dur avec toi, mais c'est pour ton bien."

Il la sentit se retourner sous ses couvertures. Elle l'enserra de son autre bras, glissa sa deuxième main par-dessus le coussin qu'elle serra à son tour, ignora l'humidité de la plaie ouverte qu'il avait au niveau du buste, ignora les entailles de l'habit qu'elle avait cousu elle-même et qu'elle toucha pourtant, ignora sa fébrilité, l'odeur de fer qui se dégageait de lui et ses grelottements, ignora tout de sa froideur et des gémissements qu'il ne put retenir quand elle l'attira contre elle.
"Tu es un homme maintenant. Il faut que tu fasses attention à ce que tu fais, Souchou-kun, d'accord ?" Elle gloussa doucement en sentant comment il se contractait davantage. Elle fit semblant de croire que c'était à cause de son surnom. Elle l'enserra plus fort alors et appuya sa tête contre la sienne.
"Ne te bat plus, s'il-te-plait. " (…) »




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La mort d'un fils, la naissance d'un père

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