AccueilFAQRechercherMembresS'enregistrerConnexion

Partagez | .
 

 [Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Amadotsu Kodan

avatar

Admin
Taisho

Messages : 1209
Date d'inscription : 06/05/2014

Feuille personnage
Age: 36
Titre: Kazan Chinsei-ka, le volcan apaisé.
Liens:

MessageSujet: [Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins. Mar 20 Mai - 14:26


Raimei.

La matinée touchait à sa fin et le voyage serait encore long jusqu'à Geki, du moins, c'est ce que le guide de ces terres lui indiquait. Quoiqu'il en était, il se trouvait à présent dans le territoire de Raimei, des Kenshu. Ces Terres ne lui étaient pas inconnus, loin s'en faut. À la frontière du territoire Setsu, ce domaine avait été le champ de bataille de toute une vie pour de nombreux guerriers des deux clans et c'est en ce lieu que la haine des disciples de Moegami était la plus forte... Du moins, chez ses combattants.

Il voyageait léger. Son arme fétiche restée à Kazan afin de ne pas attirer l'attention outre-mesure sur lui et, plus simplement, de ne pas insulter les Kenshu avec ce symbole reconnaissable entre tous des lignes du front Ouest, il portait son kimono d'apparat sur sa simple armure légère en treillis. Seul son môn, un trèfle stylisé, était visible ostensiblement sur son dos et sa selle. Celui du clan était bien présent, mais de manière plus subtile. Le phénix-coq se trouvait sur les pommeaux de son daisho, mais aussi au niveau de son cœur, pas plus gros qu'un poing.

Il avait refusé le palanquin et la troupe d'escorte que les conseillers du clan lui avaient proposés et s'était simplement contenté d'un cheval et d'un guide. Il avait aussi renoncé à transporter son armure de combat, à nouveau afin d'éviter un affront qu'il aurait pu faire, mais aussi simplement car sa monture aurait eut quelque difficulté à maintenir un rythme stable avec la charge complète du bushi et de son harnachement de bataille. C'était un cheval de voyage, pas de guerre. Futsuu ? Furuu ? Kodan ne se souvenait pas du nom que la bête portait, et cela n'avait aucune importance.

Son guide cependant, se nommait Ômeïto. C'était un heimin affilié aux Kenshu et peu bavard, un paysan de métier au vu de sa peau tannée par Dame Soleil. Il ne portait qu'un fundoshi de mauvaise qualité et qui n'avait probablement pas été nettoyé ni changé depuis quelque temps. Ce qui était étrange, d'ailleurs... Car le petit homme ne sentait pas mauvais. S'échappaient de lui les fragrances du chaume et l'humidité des rizières, et sa peau était assez propre, surtout en considérant son sous-vêtement.

Plusieurs fois durant ce début de voyage, le Taisa avait tenté d'ouvrir le dialogue avec le paysan, histoire de passer le temps principalement, puis c'était devenu un petit défi personnel, un jeu dont seul Kodan connaissait les règles et les conditions de victoire. Dans un premier temps, il avait tenté de débuter la discussion avec des banalités. La pluie, le beau temps, l'état de la route, tout était prétexte à parler. Mais à ce premier test, le petit guide au visage bourru ne répondit que par des onomatopées brusques.

Il était, en réalité, à la limite de l'impolitesse dû au rang. Mais il se gardait bien de passer la frontière de l'outrecuidance, du moins, de cela, Kodan en était persuadé. Il ne pouvait que comprendre l'homme. Escorter un représentant militaire de haut rang du clan le plus belliqueux de Yokuni avait déjà de quoi se tenir dans l'inconfort. Mais si en plus, ce représentant militaire était le Taisa responsable du front de l'Ouest, les risques étaient encore plus grands. À tout moment, le bushi voyait le paysan surveiller ses côtés, certainement pour prévenir de toute attaques. De brigands ou de guerriers déguisés, de cela, le premier Amadotsu n'était pas certain.

En tout cas, le petit homme l'amusait grandement. Et ce fut heureux, car sans cela, le voyage aurait été aussi ennuyeux que désagréable. Les Terres Kenshu étaient sublimes plus on s'enfonçait dedans. Car les vestiges des batailles de la frontière ne rendait aucunement gloire à l’intérieure du territoire. L'émerveillement de Kodan allait croissant tandis que leur premier chemin entra sur la voie Impériale. Ses terres d'origines étaient arides et difficiles, celles ci étaient verdoyantes et riches de vie.

Il croisèrent de plus en plus de voyageur alors qu'ils empruntaient la route pavée qui se dirigeait vers Raimei la Grande, à la réputation d'un lieu d'échange, aussi bien matériel que corporel si le Taisa se souvenait bien ce qu'on lui avait transmis. Les paysans ne marchaient pas sur la voie impériale elle même, mais à son bord, laissant passer ou croisant Kodan avec respect, son guide devant se démener pour passer à travers la marée humaine du bord de route. Il était compréhensible qu'ils ne connaissent rien à l'héraldique et les voir le saluer comme ceci le conforta dans le fait qu'il passerait inaperçu aux gens du peuple.

Néanmoins, c'était sans compter le fait qu'il n'était pas le seul à aller vers Raimei, et ceux qui la quittait. Il croisa des palanquins dont les propriétaires ne lui adressèrent pas le moindre regard et d'autres cavaliers, certains en armure de bataille, le dévisagèrent de pieds en cap jusqu'à comprendre ce qu'il était, ou du moins, d'où il venait. Lorsque cela arrivait, les samuraïs le rattrapaient et lui ordonnaient de leur fournir son passe droit ou quelque papier officiel que ce soit qui lui octroyait la permission de traverser ainsi les nobles terres Kenshu.

C'était leur devoir, et Kodan obéissait sans mot dire, tendant sa missive signée par un magistrat impérial lui offrant la bénédiction et la protection du fils des Cieux lui-même en ces terres. C'était une invitation à parlementer, à calmer les ardeurs Setsu et Kenshu les uns contre les autres. Il était le porte parole militaire que le clan avait apparemment choisit et devait rencontrer l'un de ses homologues des disciples de Gekigami au cœur de ses terres. La situation ne jouait aucunement en la faveur du bushi de Kazan.

La logique aurait voulu un domaine neutre, mais quelqu'un en avait décidé autrement. Les déclarations ouvertes d'hostilités entre Kenshu et Setsu n'étaient pas rare et la missive de l'Empereur n'était pas une surprise, personne au sein de Yokuni n'ignorait l'hostilité qui régnait entre les deux clans. Depuis l'Enfer Ecarlate, tous craignaient de retourner dans une ère de destruction totale et de mort sans distinction. Cette demande Impériale était légitime et Kodan ne la remettrait jamais en doute, mais le choix de ses représentants ? L'injustice du lieu de rendez vous ?

L'insulte était claire. Au vu du terrain de pourparlers, les Setsu étaient pointés du doigts comme les seuls coupables du conflit qui les opposaient au Kenshu. Mais l'affront ne touchait pas le bushi le moins du monde. Au contraire, la missive lui paraissait un vrai cadeau des Kamis. Pouvoir ainsi traverser ces magnifiques territoires sans armes au poignet, simplement vêtu d'un atour d'apparat et de son daisho lui plaisait outre-mesure. Il avait hâte de découvrir Raimei et de rencontrer l'enfant des Kenshu qu'on lui confronterait.

La cité se dessinait déjà à l'horizon et elle ne paraissait pas moins qu'immense. Une véritable métropole apparaissait peu à peu sous le regard du Taisa Setsu, ce qui laissait présager de celle de Geki, la capitale Kenshu. Il la verrait peut être un jour, mais ce jour n'était pas arrivé et il devrait se contenter de Raimei pour le moment. Se contenter était un mot dur, car il s'enchantait à la vu de la capitale du district. De plus en plus de monde allait et venait depuis cette dernière et bientôt, même les pavés impériaux étaient foulés par de nombreux pieds et sabots, ce qui permit plus ou moins au bushi de passer inaperçu au sein de la foule de nobles, de samurais et de leurs escortes.

Ses atours étaient neutres, non aux couleurs rouge et or du clans. Les môn de ce dernier étant plutôt subtil, ils étaient quasiment invisible dans la foule montée. Restait sa taille et sa carrure, bien au delà des canons Yokuni... Mais il aurait été insultant de s'en formaliser, et personne n'osa l'affront de quelques remarques que ce soit. Les symboles de ses terres cependant pouvaient être vus de loin, mais il ne rencontra aucun problème en entrant dans la cité. Son guide put enfin revenir au devant du cheval lorsqu'ils quittèrent les voies Impériales pour les rues de la métropole.

Ce qui était une bonne chose... Car c'était véritablement l'une des plus grandes cités qu'il eut été donné de voir à Kodan et ses rues s’emmêlaient en une danse qui aurait perturbé l'éclaireur le plus téméraire lors de son premier passage. Il distinguait des gens, son guide en faisait partie, qui savaient exactement où ils allaient. Mais il y-avait aussi bon nombre de perdus demandant leur chemin, de serviteur s'excusant à son seigneur à cause d'un itinéraire mal choisit. Ômeïto l'emmenait cependant sans aucun mal, poussant parfois assez violemment sur son passage. Ceux qui se retournèrent pour faire front à ce petit paysan brusque se ravisèrent immédiatement à la vue de son escorte.

Ils se dirigèrent finalement, alors que l'après midi était en voie de se terminer pour laisser place à la soirée, vers une maisonnée magnifique et gardées de plusieurs rondes de ji-samuraïs et guerriers du clans Kenshu. Kodan fut quelque peu mal à l'aise en se rendant compte qu'aucun arbitre impérial ne semblait être présent. À ce niveau là, il était dorénavant clair que sa position était totalement inférieure à celle qu'aurait son homologue. Mais il ne serait pas celui qui plierait devant quiconque autre que son Daimyo. Le Volcan avait beau être apaisé, il n'en demeurait pas moins indomptable pour qui il ne souhaitait pas l'être.

Passé cet inconfort, il entra dans la demeure et fut envahit par des fragrances paradisiaques. Des mets étaient préparés de mains de maîtres et des parfums d’artisans volaient dans les couloirs et étaient tout autant de souvenirs d'un printemps du temps où les Kamis foulaient le monde sur leur pieds et pattes. Aussitôt, toute ses craintes s'envolèrent et il fut instantanément aussi apaisé que son surnom le disait. Son guide l'avait déjà quitté à l'entré, sans qu'il ne s'en aperçu et il regretta de ne pas lui avoir offert quelques pièces pour son service si admirablement rendu.

Une ravissante jeune femme le mena au travers du bâtiment avec politesse et l'invita à prendre place dans une pièce aux estampes colorées et produites de mains de maîtres. Les sens du guerrier étaient inondés de beautés en tout genre et ses soupçon d'insulte volèrent en éclat instantanément. Il reconnaissait déjà aux Kenshu leur valeur au combat, mais dès lors, il reconnu également leur sens de l'hospitalité. Et s'ils faisaient cela pour un homme de son origine, alors que faisait il pour un allié ?

Cette pensé manqua de le décontenancer tant elle paraissait incroyable. Il prit place sur un coussin disposé sur un tatami d'une grande qualité. Un autre coussin, identique, lui faisait face, mais était vide, pour le moment. Il sortit son daisho de son obi et le regarda un instant. Où allait il le placer ? À gauche, pour signaler son manque de confiance en ces lieux et en ses ôtes ? Ou alors le poserait-il à droite afin de montrer qu'il accordait cette confiance dans l'endroit et les personnes ? Il se mit à sourire, son homologue devrait arriver incessamment sous peu et il avait hâte de le rencontrer.

Gimu et Meiyo se trouvèrent à sa droite.


L-M-M-J-V-S-D

Kazan Chinsei-ka


Dernière édition par Amadotsu Kodan le Mar 2 Sep - 11:42, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Shigeru Juubei

avatar

Taisa

Messages : 177
Date d'inscription : 12/08/2013
Age : 24

Feuille personnage
Age: 38 ans
Titre: /
Liens:

MessageSujet: Re: [Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins. Sam 31 Mai - 4:31


Remis de tout ce qu'il avait pu subir ces derniers jours - à part bien sûr, la peine d'avoir quitté certainement pour toujours la femme qu'il avait longtemps convoitée-Juubei avait retrouvé sa place qui était sienne dans l'armée de Kenshu, aux baraquements de Geki. Quinze jours qu'il l'avait quittée de manière peu conventionnelle, une affaire dont il s'était affecté personnellement l'ayant éloigné , quinze jours que les baraquements n'avaient pas changé d'un pouce.

Le presque-quarantenaire sentait le jour de son retour lui nouer et la gorge et l'estomac, le rendre méfiant, car à tout instant, on pouvait lui sauter dessus pour lui demander où il était passé et pourquoi. Mais il essayait tant bien que mal de se tenir droit malgré son air culpabilisé et inquiet. De se dire qu'il n'était plus cet adolescent qu'il avait été, qu'il était maître de ses actes. Et que oui, il s'était éloigné par amour du Bushido... Afin de corriger un être acerbe, pour aider les plus malheureux que lui...Et bien que la raison pour laquelle Juubei s'était rendu à Raiu ne fut pas des plus heureuses, il avait été ravi de tomber sur Inuko, d'en apprendre un peu plus sur elle, bien qu'elle avait voulu à tout prix le fuir. Bien sûr, il s'était réjouis de ce baiser qu'il lui avait volé, moins de sa fuite...Mais il était prêt à assumer tout ceci, aussi étrange cela pouvait-il paraître.

Il n'avait pas à rougir de son comportement, il était certainement l'un des plus loyaux serviteurs que pouvait compter le clan Kenshu, puisqu'il connaissait les chances qu'on lui avait grâcieusement accordées en tant qu'anobli. Sur les terres Kenshu, beaucoup étaient dans sa situation, cependant, les jeunes générations prenaient leurs conditions comme acquises. Elles n'avaient pas connues la misère et tout ce qu'il fallut faire pour se donner les droits dont elles disposaient à présent par héritage. Oui, aujourd'hui, Juubei avançait la tête haute. Aujourd'hui, il n'avait pas à rougir. Il passerait ainsi une excellente journée parmi son jeune supérieur et ses subalternes.

Il était studieux, le sérieux même au milieu de ses rapports, lorsqu'on vint lui tendre un papier: une lettre frappée du sceau de l'Empereur...

*


Il avait repris la route, direction le Hanamachi de Raimei. Il avait au préalable accumulé tout ce qu'il pouvait connaître de la bataille des Vents de l'Ouest. C'est-à-dire pas grand-chose. Il savait seulement que la bataille avait eu lieu entre le front de Kazan et celui de Raimei, que les Kenshu en étaient sortis victorieux, mais qu'aux dernières nouvelles, les Setsus ne s'en plaignaient pas. Juubei avait pourtant participer à la bataille, en tant que Taii et n'avait pas pu donner de solides raisons à ses soldats de se battre. Le Taisa d'alors était secret, avait souhaité ne rien leur révéler. Cette rencontre allait certainement éclaircir bien des points.

Il était parti donc pour Raimei, bien qu'il montait toujours avec autant de maladresse. Et ce fut après quelques heures qu'il arriva, quelques instants avant son rendez-vous. Juubei put flaner et se rafraichir, la route lui ayant donné faim et l'ayant un peu sali. Dans une chambre d'auberge, il revêtit des habits propres et d'apparat aux couleurs du domaine Kenshu avant de se parer d'un Haori noir où l'emblème du Tigre était cousu dans le dos et sur les deux pans du col. Juubei se dirigea ensuite vers les lieux de son rendez-vous sans se presser.

C'était une Ochaya calme où une pièce avait été spécialement réservée pour l'évènement. Dans celle-ci, une divine créature servait un homme bien bâti, plus imposant que Juubei bien que ce dernier soit suposement plus grand. Le Volcan Apaisé, seigneur de Kazan et Taisa de l'armée Setsu, avait délicatement posé ses armes sur sa droite lorsque Juubei s'apprêtait à entrer dans la pièce à la suite de l'introduction de la jeune Maiko et après l'avoir remerciée et s'être incliné vers la Geisha au fond de la pièce. Le Kenshu se sentit soulagé de voir là un homologue aux airs tout à fait avenants. Bien qu'il soit très brun et que ses traits martiaux étaient bien marqué, il semblait bien loin de tout ce que l'on pouvait dire à propos des Setsu. On l'avait certainement appellé "Le Volcan Apaisé" pour la force tranquille qu'il inspirait à l'instant, mais Juubei soupçonnait une méfiance bien dissimulée. Il n'était pas chez lui, il ne pouvait pas être tout à fait à l'aise, surtout dans ces conditions.

"Amadotsu-san, c'est un honneur."fit Juubei en s'efforçant de cacher lui aussi, son air continuellement perdu. Pour une fois, il voulait paraître maître de lui. Il attendit que le Setsu se lève pour s'incliner avec politesse, sourit et continua: "Permettez que je me présente: je suis le Taisa Kenshu Shigeru Juubei. Mais, je ne suis Taisa que depuis quelques mois. Aussi, veuillez pardonner mon inexpérience si elle vient à se montrer."

Les présentations faites, ils s'installèrent et Juubei, imitant Kodan, posa son daisho à sa droite. A présent qu'ils étaient bien ancrés dans leur coussin respectif et que la geisha les avait servi tout deux, puis s'était effacée dans l'ombre de la pièce, la discussion pouvait commencer.

"Pour commencer, sachez que j'ai participé aux Vents de l'Ouest, mais ...comment dire...C'était bien plus par devoir que par une quelconque envie. J'aimerais que vous me parliez de votre expérience de votre côté, Amadotsu-san permettez moi de vous écouter calmement.A vrai dire,je ne suis pas aux faites de beaucoup de choses..."
Revenir en haut Aller en bas
Amadotsu Kodan

avatar

Admin
Taisho

Messages : 1209
Date d'inscription : 06/05/2014

Feuille personnage
Age: 36
Titre: Kazan Chinsei-ka, le volcan apaisé.
Liens:

MessageSujet: Re: [Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins. Mer 11 Juin - 8:27


Une faible nervosité s'était emparé de lui malgré son contrôle quotidien sur sa personne. L’enchaînement des circonstances et la défaveur de la situation l'avait travaillé à plus d'un titre. Kenshu devait le connaître, même un minimum. Et même si ce n'était pas le cas, il était un Setsu... Les Setsus n'étaient bien vu que lorsqu'ils restaient chez eux, de l’expérience du guerrier. Et si en plus, ils allaient chez leur plus jeune cousin de l'Ouest, réputé impétueux, il paraissait évident que l'affaire était tendue.

Et pourtant... C'était là tout l'inverse, même si on l'avait avisé avec une certaine méfiance, et si la cocarde impériale apposé sur son passe-droit n'y avait évidement pas été pour rien, son trajet avait été paisible sur ces terres où l'ennemi était prétendument partout. Kazan et Raimei étaient voisines, mais cette dernière était bien plus vaste que son domaine natale. C'était un territoire cosmopolite, le seul dans tout Yokuni à partager de si larges frontières avec des régions d'autres clans.

Voir arrivé un tel homme, alors qu'il était à la lisière de sentiments partagés, l'installa confortablement dans une paix intérieure bienvenue. L'homme auréolait d'un calme apparent parfaitement convaincant, même s'il trahissait une certaine nervosité, comme lui-même en avait ressentit une au préalable, et les Kamis savaient que ce rapprochement pouvait toucher leur tension... Mais plus l'enfant de Kazan jetait de regard sur l'arrivant, plus il se demandait s'il ne s'agissait pas là d'un coup de main des Fortunes.

Il était à peine plus grand que lui, mais autrement plus svelte. Son visage lui donnait un age approximativement identique au sien, à deux ou trois ans prêt. Ses cheveux, d'un blond étrange en ces terres, enroulait son visage de manière quelque peu désordonnés, même s'ils étaient bien plus courts que des siens. Il représentait merveilleusement bien Kenshu par son allure... Mais seule la tempérance et la bienveillance transparaissaient de ses actes.

Et lorsqu'il s'installa et que les présentations furent faites, quoiqu'en cela seul le premier Amadotsu eut à apprendre quelque chose de l'autre qui était évidemment bien au courant de celui qu'il était, le Taisa Kenshu apposa ses propres armes à sa droite, toute nervosité s'envola instantanément de son esprit. La coïncidence ajoutée à toute celles déjà présentes qu'il n'avait été nommé que récemment au poste qui était le sien frappa Kodan. On lui avait trouvé un homologue au sens stricte du terme. Il ne pouvait y avoir nulle par ailleurs un meilleur interlocuteur que ce Shigeru Juubei pour le Seigneur de Kazan.

Mais il ne le souligna pas. Il laissa le Kenshu penser qu'il était lui même plus expérimenté à ce rang. Non pas pour jouir d'un avantage quelconque, ces bassesses lui étant inconnues, mais simplement car Juubei paraissait vouloir entamer la conversation. Et derrière la façade de paix que son visage affichait, une curiosité faisait briller ses yeux clairs. Il aurait tout le temps, durant cette rencontre, de le rassurer sur le fait qu'il n'avait pas plus d’expérience que lui au poste qui était le leur.

À peine installé, Kodan fut très curieux du goût de la boisson qui leur avait été servi à tout deux et alla chercher sa coupe pour la s'en humecter les lèvres, laissant ainsi à Shigeru-san le soin de débuter comme il l'entendait. De cela, il était particulièrement heureux. Dans la fleur de l'age, il avait toujours été un stratège défensif, même à son rôle de première ligne. Les conversations inter-claniques n'étaient jamais différentes d'un champ de bataille, et il préférait que l'adversaire agisse en premier, de toute façon. Ce qui se passa :

"Pour commencer, sachez que j'ai participé aux Vents de l'Ouest, mais ...comment dire...C'était bien plus par devoir que par une quelconque envie. J'aimerais que vous me parliez de votre expérience de votre côté, Amadotsu-san permettez moi de vous écouter calmement.A vrai dire,je ne suis pas aux faits de beaucoup de choses..."

Il manqua de cracher le contenu de sa coupe à cette révélation. Les ressemblances qu'il avait avec cet homme était tellement nombreuses qu'un soupçon de méfiance pointa doucement au fond de son âme. Il s'obligea à avaler la boisson, sans pouvoir en apprécier la saveur et manquant de l'ingurgité de travers. Si il ne pouvait pas y avoir de sujet plus sensible que celui-ci aux yeux du Taisa Setsu, pourquoi par Amaterasu celui de Kenshu l'avait précisément remit sur la table ?

Il avisa son interlocuteur gravement un court instant, mais ce qu'il trouva sur son visage faisait écho à ce qu'il avait sentit auparavant : Une simple curiosité. Il y-avait même quelque chose de presque... Innocent... dans sa façon d'énoncer sa requête. Kodan ne pouvait rêver meilleur partenaire pour parler des Vents de l'Ouest. Il reposa sa coupe, regrettant son contenu et alla placer sa main droite sous son menton, afin de se remémorer par le menu ce dont il se souvenait de ce conflit. Il trouva rapidement ses mots, cette bataille ayant eut un rôle prépondérant dans sa vie, et sa voix se libéra alors, évoquant quelques chutes de pierres d'un ravin montagnard :

Shigeru-san, il m'est pénible et réconfortant à la fois de savoir que nous avons foulé le même champ de bataille. Je suis parfaitement heureux que nos lames n'eurent pas à se croiser en ce temps malgré ma présence sur la ligne de front principale. J'y ai vu de grands guerriers, et peut être fûtes vous parmi eux, plus couvert d'armures qu'en ce jour. J'étais un humble Taii lors de ce conflit, et pour être exact, je venais tout juste de le devenir, le précèdent étant tombé sous la lame de l'un de vos héros.

Vous partagiez alors mon point de vu sur le sujet. Je n'étais pas particulièrement heureux de me confronter à votre clan en ce temps, car les raisons énoncés justifiant cette bataille n'ont rien à voir avec notre voie, si je puis me permettre. Si vous ne savez pas pourquoi vous avez dû prendre la vie des hommes de mon clan ce jour là, laissez moi vous éclairer sur les raisons qui ont poussés Setsu et Kenshu à s'affronter...

De ce que j'en ai entendu et compris, le régent de Kazan, mon prédécesseur sommes toute, et le gouverneur de Raimei, dont je ne sais pas s'il s'agit toujours du même en ce jour, prétendaient tout deux leur droits sur des terres de la frontière séparant nos deux clans. Leur querelle alla jusqu'à la Cité Impériale, sans jamais obtenir la moindre décision du Fils des Cieux. Les débats se sont envenimés dans l'ignorance de l'Empereur, qui avait certainement des choses beaucoup plus importantes à régler que le petit confort de deux de ses vassaux.

Ils rassemblèrent chacun leur détachement afin de prétendre en ces terres par la force des armes. De mon côté, ce fut le Taisa dont je tiens le siège aujourd'hui, Hurodo Mafubu, qui s'empressa de dépêcher les légions dont je faisais partie... L'occasion fut trop belle à prendre pour l'ancien gouverneur qu'un des cinq piliers de l'armée Setsu se présenta si vite à lui. De fait, nous nous sommes enfoncés dans vos terres bien plus loin que ce que briguait ce seigneur.

Mais la patience et la tempérance aurait dû prendre le régent en poste... Mafubu justifia à lui seul votre contre-attaque, et j'aimerais éviter de ressasser ce qui se produisit sous son commandement. Mais votre armée eut alors toute la colère et la hargne nécessaire pour nous défaire. J'ai été sur vos terres un agresseur, et j'ai vu le sort que Kenshu réserve à ceux qui vont trop loin dans leur cruauté et qui les insultent en pensant pouvoir leur soutirer des parcelles de leur territoires.

Si vous me voyez toujours vivant en ce jour, c'est grâce à l'Empereur. Car finalement, il fut mit aux faits de ce qui se passait à la frontière de nos deux clans. Et fort des éléments qui lui furent fournit, il prit la décision que les terres reviendraient à Kenshu. La défaite fut totale pour Setsu en ce jour, mais les choses purent changer à Kazan grâce à cela. J'en suis dorénavant le maître et je ne permettrait pas que cela se reproduise. Qui plus est, je remplace aussi Hurodo Mafubu au rang de Taisa... D'une pierre deux coup, comme l'on dit souvent, n'est ce pas ?


Après un si long monologue, la gorge du bushi était sèche et il jugea qu'il était dorénavant temps de gouter à l'alcool en prenant plus de temps, cette fois ci. Il fut surprit de constater que sa coupelle était déjà pleine et que la geisha ne semblait pas avoir bougé de sa place, dans l'ombre de la pièce, silencieux objet de décoration qu'elle paraissait là. Elle avait été d'une grande discrétion et Kodan l'admira pour cela, puis se désintéressa d'elle pour humecter à nouveau ses lèvres dans sa coupe.

Il fut transporté par la qualité de ce dernier et il lui sembla qu'une éternité se passa avant qu'il n'indique avoir terminé son récit à son homologue d'un ton neutre  :

Ai-je satisfait votre demande, Juubei-san ? Cependant... Me voilà à vous parler de la guerre, alors que nous devrions traiter de la paix...


Il laissa sa phrase en suspend et leva les yeux vers Shigeru, un sourire débutant à la commissure de ses lèvres.


L-M-M-J-V-S-D

Kazan Chinsei-ka
Revenir en haut Aller en bas
Shigeru Juubei

avatar

Taisa

Messages : 177
Date d'inscription : 12/08/2013
Age : 24

Feuille personnage
Age: 38 ans
Titre: /
Liens:

MessageSujet: Re: [Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins. Sam 28 Juin - 19:10

A l'aide d'une attention appuyée et concentrée, Juubei observait calmement le Volcan Apaisé. Il ne sembla réagir, lorsque le Kenshu avoua sa propre inexpérience, que pour se saisir de la coupe de sake et la porter à ses lèvres. Juubei était donc entré dans le vif du sujet sans attendre, alors que son homologue était encore en train de boire. Et rougit comme un gamin que l'on grondait en remarquant la vive réaction d'Amadotsu-san. Le regard que le guerrier Setsu lui lança ensuite ne lui disait rien qui vaille. Mais rien, même les soldats, ne faisaient preuve de vaillance à la guerre.

Sa coupe toujours en main alors qu'il avait failli s'étouffer, il avisa Juubei dans un silence pesant alors que celui-ci se forçait à esquisser un sourire désolé et amicale pour l'encourager à parler. Juubei avait beau paraître peu assuré, il était aussi têtu. Il ne lâcherait pas le Setsu, surtout s'il était certain qu'il avait toutes les cartes en main pour lui avouer les détails de cette bataille. Si cela était douloureux pour Amadotsu-san, peu lui importait. Il n'était pour autant pas un monstre d'égoïsme. Juubei était allé en guerre, avait perdu des compagnons et des frères d'armes, avait risqué sa vie et avait souffert, lui aussi, pour des raisons inconnues jusque là. Le Bushido, le Clan, tout cela était bien beau, mais rien que des prétextes. Bon sang ! Il avait le droit de savoir, lui aussi !

Le colonel Setsu posa sa coupe, et bien heureux fut Juubei de constater que cela lui suffit pour préparer l'entame de son récit. Après une ou deux secondes de latence, il parla enfin, d'une texture de voix qui ne correspondait pas à l'image lisse que Juubei s'en était faite inconsciemment. Mais avec un vocabulaire soigné et poli qui adoucit d'un coup la surprise du tigre. Maintenant, il se devait de l'écouter avec la plus minutieuse des attentions, sans toutefois cacher la joie et l'honneur que le Setsu lui offraient en lui racontant une période douloureuse de sa vie.

Il l'écouta donc avec avidité, Amadotsu-san l'informa entre autres, qu'il était devenu Taii à cette époque suite à la mort d'un ancien sur le champ de bataille, qu'il ne se trouvait alors guère heureux d'avoir agressé les Kenshus, et surtout, que les raisons aux origines de cette bataille des Vents de l'Ouest ne suivaient pas le Bushido.

C'était là ce que Juubei voulut entendre...ou pas. Restait qu'il était bien content de savoir cela à présent, bien que l'histoire était passée et qu'ils entamaient en ce jour, ils l'espéraient, le début de son oubli. Cependant, les plaies étaient encore vives pour lui, et bien qu'il semblait bien moins atteint par cette période que le Volcan du domaine Setsu, la réalité était toute autre. Lui n'avait pas envie d'oublier, il avait envie de savoir. Ensuite, peut-être, pourrait-il considérer la bataille des Vents de l'Ouest comme de l'histoire ancienne.

Le Volcan poursuivit, expliqua à Juubei que cette bataille pour leurs deux clans étaient en fait une bataille de territoire. Comme celles de l'Enfer Ecarlate, remarqua Juubei en son for intérieur. Il remarqua également, comme maintes fois, que la paix, surtout à l'Ouest, était encore trop précaire... Le terrible spectre de la guerre flottait au-dessus d'eux, abattant parfois son courroux en espérant qu'il prenne feu, qu'il ravage tout sur son passage, avivé par la folie des hommes. Il ne put que contracter les mâchoirs et frisonner.

Il se prit à bénir la promotion d'Amadotsu-san, il lui semblait qu'un tel homme ne ménerait pas ses soldats à la bataille si ce n'était pour protéger son clan. Qu'il serait loin de convoiter des terres ou des pouvoirs, de chérir la guerre et la souffrance comme son prédecesseur, ou d'après les rumeurs, son jeune seigneur. Pauvre homme, être obligé d'abnégation pour obéir à la graine d'un démon...Heureusement, Kenshu Senkô n'était pas comme ça, et son Taisho, Denbee Eisei, semblait trop innocent et trop peu impliqué pour avoir des très grandes ambitions et des rêves de conquêtes, bien qu'il l'ait souvent vu indigné et hors-de-lui.

Après avoir tant raconté, la voix du Volcan Apaisé se perdit pour qu'il goûte de nouveau et de manière sereine au sake de la maison sous le regard bienveillant de Juubei. Il lui demanda ensuite s'il avait satisfait sa curiosité dans un début de sourire, alors le guerrier Kenshu hocha vivement la tête.

"Vous avez été parfait, Amadotsu-san ! Je ne sais pas comment je puis vous remercier et je suis heureux de boire avec un homme aussi avisé que vous. Je m'excuse de vous avoir embêté avec ça, mais je ne le regrette pas. Kanpai !"

Il profita lui aussi de sa coupelle, avant de poursuivre, enthousiaste:

"Mais, tout de même, quel curieux Setsu vous faites ! Pardonnez ma franchise...Mais vous avez changé de clan ? Ou bien, peut-être, n'aviez vous pas été atteint de ce qui fait les préjugés sur les Setsu aujourd'hui...Vous savez, l'éducation dans la famille ou à l'armée. Après tout, il n'y a pas de fumée sans feu, haha. Je dis cela sans vouloir vous offenser, bien entendu."
Revenir en haut Aller en bas
Amadotsu Kodan

avatar

Admin
Taisho

Messages : 1209
Date d'inscription : 06/05/2014

Feuille personnage
Age: 36
Titre: Kazan Chinsei-ka, le volcan apaisé.
Liens:

MessageSujet: Re: [Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins. Lun 30 Juin - 3:18


Rien n'aurait pu échapper au Taisa Setsu, dès lors qu'il était concentré sur son objectif. Et actuellement, celui ci était de percer à jour son homologue Kenshu tandis qu'il lui contait par le menu ce qu'il savait de la bataille des Vents de l'Ouest. Les expressions, aussi bien cachées furent elles derrière le masque avenant de son pair, se reflétaient dans son regard. Dans ces yeux étranges se révélèrent une myriades de sentiments et de jugements de sa personne. Alors qu'il parlait, il était pesé et jugé, et tout ceci se voyait clairement.

Lorsqu'il eut enfin finit et en avisa son auditeur, celui ci éclata presque, tranchant radicalement avec son visage paisible. Le premier Amadotsu fut intrigué par les flatteries qui suivirent et se demanda un instant si l'immense samouraï qui se tenait face à lui ne jouait pas au jeu de la cours. Il écarta cette idée d'un revers spirituel. Ce n'était pas le genre. Il était de part trop direct et sincère pour se plaire à ces petites fadaises. Cette révélation provoqua sans coup férir un sourire naissant répondant en écho à celui de son interlocuteur.

Mais si ce n'était pas de la courtisanerie, il fut évident par la suite que le membre de la famille Shigeru jouait bien à quelque chose... Quoique ce fut. L'avait-il mit trop en confort avec sa facilité à raconter de telles événements comme ceux qu'il avait décrit ? En tout les cas, le Tigre se mit à piquer violemment sur des zones que l'honneur ne permettaient pas d'atteindre en temps normal. Était ce voulu ? Prémédité tout du moins ? Ou alors était il si malhabile dans un échange qu'il ne savait pas voir lorsqu'il mettait les pieds dans le plat ?

À nouveau, Kodan balaya ces idées de son esprit. C'était légitime. Tout Yokuni pensait comme cet homme et il ne pouvait lui en vouloir, après avoir répondu si clairement à sa demande, de pousser un peu plus loin sa franchise. Il le disait lui-même... Tout cela n'étaient que des préjugés... Même si ce qu'il ajouta montrait qu'il prêtait une oreille attentive à ces derniers. Le ton était amical, joyeux. Et le représentant Setsu ne souhaitait pas qu'il en soit autrement. Il laissa passer l'affront que ces mots auraient pu avoir sur un autre et répondit simplement et sincèrement par un sourire franc.

Il vida sa coupe d'un trait et soupira avec ravissement, posa cette dernière et avisa un instant leur hôtesse. Il fallait la fixer pour concevoir ses mouvement, elle était d'une étonnante et effrayante discrétion. Elle vint remplir à nouveau son contenant dans un silence incroyable et même l'écoulement de l'alcool paraissait atténué. Elle ne releva pas le regard en biais que lui jetait l'héritier de Kazan, et repartit à sa place sans faire mine d'être gênée par son insistance. Il retourna à Juubei, intrigué par un talent aussi improbable.

Son inquiétude disparut aussitôt son esprit recentré sur la discussion. Il prit la coupe sans y tremper les lèvres et parla d'une voix ne souffrant d'aucune hésitation, ni de la moindre honte :

Heureux que cela vous convienne en ce cas. Vous trouverez largement de quoi me remercier en me parlant un peu plus de votre cas et de vos histoires lors de notre échange, j'en suis certain. Votre compagnie m'est agréable et tranche de beaucoup avec ce que je pressentais en arrivant en ces terres. Votre franchise est tout à votre honneur et il me plaît de vous parler avec cette liberté et que le résultat soit votre contentement.

Il prit un instant pour boire une gorgée avant de reprendre, non pas sans souffler de joie au goût qu'il savourait.

Vous ne m'avez pas embêté le moins du monde... Surprit tout au plus. Pour ce qui est de mon clan et bien... Veillez simplement à ne pas gâcher notre entente en vous livrant trop à ce sujet. Je suis depuis toujours et resterait fier à Setsu. Ma famille servait déjà les ancêtres de mon Seigneur avant même que l'Enfer Écarlate n'éclate. Nous servons dorénavant les desseins de Moegami, et comme le feu peut paraître parfois brûlant et affamé, il peut aussi être confortable et apporter sa chaleur dans les endroits les plus froids.

Il marqua une nouvelle pause, ses sourcils s'étaient froncés sans qu'il ne le souhaite véritablement. Il était fier, mais il savait entendre et comprendre aussi, et il s'en voulu un instant de montrer cette faible marque d'hostilité à cet homme qui ne méritait pas sa colère.

Peut être représente-je un aspect qui vous paraît rare et rassurez vous, votre ignorance à ce sujet ne m'offense pas un instant. Vous partagez un point de vu qu'ont beaucoup de gens en Yokuni et de cela, je ne peux vous en blâmer. Je ne vais pas non plus tenter de vous faire changer d'avis, ceci ne serait pas ma place. Vous seriez étonné des fruits délicieux qui se trouvent au cœur de mes terres. De la douceur de ses sources chaudes et de la plénitude que l'on peut y ressentir. Si nous venions à nous entendre, ce dont je ne doute pas, je vous inviterais avec plaisir à Kazan, si vous n'y avez pas déjà mis les pieds. Sous la terre dure qu'il montre, mon domaine a de nombreux bienfaits à vous dévoiler et vous feriez de moi un guide honoré.

Il ferma les yeux et bu à nouveau dans sa coupe. Son sourire ne le lâchait pas et son visage s’apaisa à la douceur mêlée de ses souvenirs et du saké de Raimei, s'il en était bien originaire évidemment. Il reposa le contenant, vide à nouveau, mais ne s’intéressa pas à la servante, ses yeux rivés sur Juubei. Il le fixait amicalement, sans la moindre arrière pensé et reprit la parole :

Parlez moi donc un peu de vous, Shigeru-san. Parlez moi de Kenshu et de ses beautés dont j'ignore l'existence, au delà de cet accueil merveilleux que vous me faite en ces terres. Apprenons à nous connaître en disciple du bushido, et non en serviteurs de clans qui pourraient être rivaux. On dit que le combat fait de deux guerriers des êtres liés n'ignorant rien l'un de l'autre. Or, nous avons partagé un même champ de bataille sans même nous rencontrer, ce que j’apprécie en vérité, si je puis me permettre, mais il en résulte que nous ne savons rien l'un de l'autre.

Il se rendit compte qu'il n'avait fait que boire depuis le début, et ce malgré les douceurs qui leur avaient été servies. Il avisa ces dernières sans arriver à en choisir une en particulier tant elles paraissaient sublimes. Toujours hésitant, le regard passant d'un met à un autre, il termina son monologue :

Parlez librement, et je ferais de même. N'ayons pas crainte de nous heurter. Je vous ai livré ce que je savais des Vents de l'Ouest et je n'ai rien à vous cacher à mon sujet. Je crois savoir par avance que nous allons fort bien nous entendre, Shigeru-san.

Il alla piocher dans un bol remplit de brioches vaporeuse d'une blancheur neigeuse. Il ne parut pas gêné le moins du monde par la chaleur évidente qu'elle dégageait et en prit une grosse bouchée qui ne sembla pas le brûler un instant. Il avala son morceau après l'avoir mâché avec ravissement, décidément, ce séjour en Kenshu était véritablement délicieux.


L-M-M-J-V-S-D

Kazan Chinsei-ka
Revenir en haut Aller en bas
Shigeru Juubei

avatar

Taisa

Messages : 177
Date d'inscription : 12/08/2013
Age : 24

Feuille personnage
Age: 38 ans
Titre: /
Liens:

MessageSujet: Re: [Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins. Lun 14 Juil - 0:41


Amadotsu-san parut heureux des dires de Juubei et ne sembla guère atteint par leur franchise mal venue. Un sourire fier et sincère s'était installé sur les lèvres du bushi Setsu. Sans rien ajouter, il vida sa coupe, fut apparement ravi du breuvage. Mais ce qu'il fit ensuite, observant avec intensité la geisha à leur service, piqua au vif la curiosité de Juubei pour le faire imperceptiblement frémir.
Tandis que son homologue continuait aussi discrètement que possible, Juubei vint jeter un très bref coup d’œil à ses armes. Il s'hérissa lorsqu'il constata qu'elles se trouvaient impossibles à dégainer rapidement avant de s'efforcer de se calmer. Si Amadotsu-san s'appliquait dans la discrétion, il se devait de faire de même. Peu importait le trouble qu'il avait fait naître en lui !

Restait qu'il était bien là, à s'agiter, à lui poser des tonnes de questions sans réponse. Son homologue Setsu mettrait du temps à dégainer aussi. Et malgré sa stature, Juubei espérait sincèrement qu'il sache se défendre sans arme. Avaient-ils raison de s'inquiéter, en vérité ? Peut-être que cette jeune femme n'avait rien d'une kunoïchi, après tout. Peut-être était-elle le plus simplement du monde très effacée ? Peut-être...Trop de "peut-être" !

Juubei sentit une lueur glaciale lui poindre dans le dos et n'avait pas imaginé une seconde que cette rencontre à but diplomatique aurait été une cible rêvée pour quelque réseau espion ou criminel que ce fut. Il avisa le Taisa Setsu avec un regard étrange, reflétant parfaitement ce qui se bousculait en son sein sans en avoir conscience et se concentra sur la voix du Setsu.

Celui-ci l'invitait à parler, mais Juubei n'y avait pas l'esprit. Son malaise grandissait à mesure que le bushi parlait et ceci jouant, il ne l'écoutait que d'une oreille, attendant l'offensive des ninjas, le sentant dans son dos avant l'heure. Ô combien dissipé, il ne releva pas ce que son homologue venait de dire à propos de l'opinion publique sur les Setsu, mais se crispa lorsqu'il but à nouveau dans sa coupe. Que faisait-il ? Ce breuvage était peut-être empoisonné ! Alors comment pouvait-il en boire et en boire encore ?!

Juubei se força à sourire, terriblement anxieux. Mais lorsque le Taisa Setsu vint à raconter les qualités de ses terres et lui proposer indirectement une invitation, rien n'aurait pu lui faire tant plaisir. Et bien que ce ne fut pas le moment, ces mots illuminèrent son sourire d'une lumière qui disparut dès que ce cher Setsu porta sa coupe à ses lèvres. Le Kenshu se trouva complètement perturbé.

Il dut tenir le regard d'Amadotsu-san, un peu forcé, mais mourrait d'envie d'en jeter un, haineux, à la douce geisha qui ne manqua pas de le servir une énième fois. Il lui somma de parler de lui et de Kenshu, qu'ils puissent apprendre à se connaître malgré les rivalités entre leurs clans. Et avant que Juubei puisse ouvrir la bouche, il posa sa main sur l'une des pâtisseries qui leur avaient été présentées. Cette action acheva le guerrier Kenshu qui émit alors un rire nerveux, très nerveux. A peine audible, cependant. Il espérait de tout cœur que l'assistance prenne ce signe évident d'anxiété pour de la timidité maladive. Et par ses dernières paroles, Amadotsu-san fit mine de tenter de le rassurer, ce à quoi le Kenshu répondit:

"Hum...alors...euh...Qu'est-ce que je pourrais bien vous raconter..."

En résultèrent deux minutes de pesant silence. Le guerrier blond cherchait ses mots, voulait raconter quelque chose sans risquer d'attirer le mauvais œil si cela venait à se savoir. Il prit enfin la parole, maladroitement avant de prendre de l'assurance.

"Vous...Vous avez dit que votre famille servait Moegami bien avant l'Enfer Ecarlate, c'est cela ? Hé ...Hé bien, ce ne fut pas le cas de la mienne qui oublia jusqu'à son Kami et se divisa en tribus. Vous devez savoir, Amadotsu-san, que le clan Kenshu est très jeune. J'y ai vu en sa naissance un moyen de prendre mon destin en main et j'ai donc été anobli à dix-sept ans pour trahir les miens. Ne me jugez pas, vous ne savez rien de cette affaire. Et si je ne suis pas né bushi, je suis alors plus sensible aux honneurs et aux privilèges qui m'ont été accordés. J'aime à dire que les jeunes générations ne sont guère conscientes de leur chance, parfois, elles négligent les responsabilités qui leur incombent. Et si je suis Taisa à présent, c'est que mes supérieurs ont finalement su remarquer mon sérieux. Voilà, en gros, pourquoi je suis fier d'être Kenshu et disciple de Gekigami et que j'aimerais ces terres jusqu'à ma mort.
Vous qui avait le sang de nombreux guerriers dans les veines, je m'attends tout de même à ce que vous compreniez mon point de vue."


Il se tut, très sérieux. Il espérait sincèrement que ces quelques phrases n'avaient pas assommé le Taisa Setsu et qu'il saurait quoi dire ensuite.
Revenir en haut Aller en bas
Amadotsu Kodan

avatar

Admin
Taisho

Messages : 1209
Date d'inscription : 06/05/2014

Feuille personnage
Age: 36
Titre: Kazan Chinsei-ka, le volcan apaisé.
Liens:

MessageSujet: Re: [Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins. Lun 14 Juil - 2:35


Alors qu'il s’apprêtait à avaler une deuxième brioche, durant les deux minutes d'intervalles qu'il fallut laisser à son pair Kenshu pour qu'il ne se décide enfin à répondre à la demande qui lui avait été faite, l'unique Amadotsu remarqua le trouble qui s'était installé chez son interlocuteur. Ce dernier suivait, avec une tension évidente dans le regard, le trajet de la sucrerie qu'il allait engloutir. Ce n'est qu'à ce moment qu'il se rendit compte qu'il ne buvait plus et n'avait pas touché à une seule des friandises disposées à leur attention.

Pas un instant l'héritier des Kiyooki ne se demanda si Juubei ne lui tendait pas là un piège. L’inquiétude qui se lisait sans mal sur son visage était nouvelle. Et il avait bien des difficultés à préserver son calme à présent. Depuis quand était-il dans cet état ? À partir du moment où le taisa Setsu s'intriguait des dons exceptionnels de leur ôte ? Pas avant en tout cas. Il avisa à nouveau la brioche et l'avala toute entière dans un haussement d'épaules imperceptible.

Le chemin de pensé du Kenshu s'était imposé à lui à ce moment précis. Mais il avait tant bu et déjà prit une confiserie. Trois possibilités se dessinèrent dans son esprit. Premièrement, les mets étaient empoisonnés. Mais pourquoi ici, à Raimei ? Pourquoi Juubei était-il visé aussi ? Il aurait pu comprendre la volonté d'un clan rival d'éliminer un Taisa des disciples de Moegami... Mais pourquoi impliquer l'un des leur ?

Cependant, cette possibilité n'avait aucun sens si on considérait la seconde. Si leur vie était en danger, ce ne serait probablement pas du au poison. Quel intérêt alors de soupçonner la serveuse dans ce cas là ? Sa capacité à se mouvoir, son effacement et sa discrétion étaient des armes en soit. Ou alors ceux qui souhaitaient leur perte prenait plus d'une mesure pour arriver à leurs fins. Mais à nouveau... Pourquoi ? Juubei jouait il si bien la comédie que cela ? Non. Sa franchise se lisait jusque dans ses manières inquiètes, il craignait pour sa vie.

La troisième possibilité... Et s'il n'y avait rien ? Et si il avait causé les craintes de son homologues pour du vent ? Une geisha, selon les règles de l'étiquette, ne voudrait sûrement pas briser la discussion de deux officiers aussi haut placés que ces deux là. Elle était peut être si douée de discrétion qu'elle aurait fait une parfaite ôte à cette rencontre à la limite de la diplomatie et de l'entente cordiale... Mais cela faisait beaucoup de si. Et Kodan ne pouvait ignorer le fait que l’inquiétude de son homologue déteignait sur lui, petit à petit.

À l'art de la guerre et celui du Go, il avait toujours été guidé dans le sens où il fallait envisager la solution la plus pessimiste qui soit, quelque soit le cas de figure, afin de trouver, au cœur d'une infinité de possibles négatifs, le cheminement victorieux qui se servirait des pires concours de circonstances. Son esprit partit dans toute les directions et imagina le pire. Mais une partie de lui-même regretta ce fait... Cette discussion avait si bien commencée... Ils avaient tant à se dire qu'il en conçu une grande tristesse par rapport à ce gâchis.

Mais il ne montra rien de tout cela. Poussant chacun de ses traits à présenter de l’intérêt pour les mots du Taisa Kenshu, plutôt que de révéler le trouble qui était le sien. De toute façon, Juubei y arrivait très bien tout seul et un aveugle aurait pu voir le chaos qui se jouait dans l'esprit de ce dernier. Si jamais quelque chose devait se produire, ce serait bientôt. Finalement, le qui-vive du disciple de Gekigami pourrait s'avérer utile à distinguer une bonne fois pour toute le fin mot de cette mascarade.

Néanmoins, dans la tentative de conversation que l'héritier des Shigeru lui tenait, le Setsu ne put s'empêcher d'écouter réellement ses propos. Il voulu réagir plusieurs fois, mais décida qu'il serait tout à fait temps pour cela une fois qu'il aurait terminé. Lorsque ce fut fait, le premier Amadotsu recula de sa place et se mit à genoux. Ses deux poings se posèrent face à lui, à un demi-mètre d'intervalle. Puis il exécuta un profond salut. Il ne laissa pas le temps à Juubei pour dire quoique ce soit de plus, sa voix fut seule à être entendue, tandis que son visage faisait front aux tatamis de la pièce :

Vous avez tout à fait raison, Shigeru-san. Je le comprend et je le respecte même.

Il se releva et continua d'un ton franc :

Vous avez tord cependant. Tord de penser un instant que je puisse juger votre passé et les actes qui vous ont amené à votre anoblissement. Vous êtes mon égal aujourd'hui, c'est tout ce qui importe. J'ai abandonné le nom illustre des Kiyooki pour prendre celui d'Amadotsu. J'ai fais cela pour des raisons qui pourraient vous paraître ridicules, rapport à votre histoire. Je souhaite inscrire ma propre marque dans Yokuni, prouver que je suis à la hauteur de mon héritage et du rang que je tiens aujourd'hui par mes propres actes, non ceux de mes ancêtres. N'y voyez pas là un manque de respect de ma part à leur égard... Nous nous ressemblons plus que vous ne le croyez, mon ami.

Il était sûr que Juubei aurait voulu réagir à ses mots... En bien ou en mal, il ne le savait pas. Sa révélation était sincère, mais il avait quelque peu feint le mouvement d'humilité, bien qu'il l'eut exécuté avec franchise. Son daisho était resté à la même place depuis le début. Sa position reculée lui permettrait au moins de ne pas avoir un demi-tour entier à faire pour pouvoir montrer la lumière à la lame de Gimu, son katana.

Il n'eut pas le temps de se fustiger pour la fierté qu'il ressentit en pensant à son stratagème. Tout alla bien trop vite. Était-ce son salut à Juubei ou la fébrilité de ce dernier qui avait déclenché ce qui advint ? Avaient-ils percés à jour la manœuvre du Taisa Setsu ? Ces pensés ne purent jamais cheminer dans l'esprit du bushi de Kazan.

Son regard se posa inconsciemment sur la geisha et le temps d'un clignement de paupières, elle s'envolait déjà sur lui, ses robes flottant au ras du plafond de la pièce, une très courte lame entre les mains, tout à fait dissimulable dans les pans d'un tel kimono. Gimu ne vit pas la lumière du jour comme promit, il se savait trop lent pour dégager la lame de son fourreau. Sa seule maîtrise du Jiujutsu lui permit de placer sa main gauche à la rencontre de la pointe du tanto qui fondait sur lui.

La lame lui perça la main de part en part, et il se servit de l'inertie de son assaillante contre elle-même, comme le voulait son art du combat au corps à corps. Il l'accompagna dans sa chute, sa main gauche blessée se refermant sur celle de l'ennemie et sa main droite saisissant l'ouverture de son kimono pour la faire basculer et la faire rouler sous lui. Il partit en arrière, bien trop lourd pour qu'elle puisse résister et la laissa passer par dessus lui pour enfin se retrouver campé, assit sur elle.

Il tendit son bras gauche, sa main blessé tenant toujours fermement celle de son agresseur. Elle tenta de se débattre, mais suffoquait déjà sous les cent dix kilos du taisa. Ce dernier voulut se retourner vers Juubei et de le prier d'aller chercher sa garde, ses hommes ou peu importait qui serait âpte à la mettre aux arrêts afin de l'interroger. Mais il n'eut pas ce temps à sa disposition. Des pans de murs de papiers étaient soudainement tranchés par de longue lames droite... Certainement pas celles de katanas... C'était tout autre chose.

Une... Deux... Trois... Il ne put en compter plus au moment où l'une d'elle vint à lui verticalement, avec pour objectif clair de le scinder en deux parties égales. Il roula instinctivement du côté gauche, sa main toujours percée par la lame de la fausse geisha, qui ne put pas même reprendre son souffle, l'épée droite se fichant purement et simplement dans sa poitrine.

Il était dorénavant accroché au bras d'une morte et s'était éloigné de ses lames... La posture de Kodan était pour le moins fâcheuse... Qu'en était-il de celle de Juubei ?


L-M-M-J-V-S-D

Kazan Chinsei-ka
Revenir en haut Aller en bas
Shigeru Juubei

avatar

Taisa

Messages : 177
Date d'inscription : 12/08/2013
Age : 24

Feuille personnage
Age: 38 ans
Titre: /
Liens:

MessageSujet: Re: [Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins. Lun 21 Juil - 16:32


Juubei fut à la fois peiné et heureux de constater que le Setsu avait remarqué son trouble. Heureux, parce que par là il l'avait mis en garde, ne souhaitant absolument pas qu'il soit attaqué et qu'il succombe sur les terres que le Kenshu protégeait depuis ses dix-sept ans, peiné car il avait finalement était plus clair qu'espérer et que cette clarté avait sans conteste mit la puce à l'oreille de leurs agresseurs. Bon, Juubei n'était pas une saloperie de ninja, il avait le droit d'être mauvais acteur, c'était tout à son honneur.

Et pourtant, sachant ceci, le Volcan continuait son manège, à sourire, à l'écouter attentivement. Il parut très concerné, perturbant Juubei de plus en plus. Il allait bientôt croire que l'homme en face de lui se trouvait derrière tout cela et qu'il était lui, Shigeru Juubei, la cible d'un plan machiavélique. C'était un Setsu, après tout. Il n'y avait pas plus agressif qu'un Setsu... Non, impossible. Pas avec le doute qu'il avait provoqué en lui l'instant d'avant. Et puis, l'attaquer sur ses terres et ne même pas essayé de l'empoisonner...Pff. Ce serait terriblement stupide !

Amadotsu-san s'inclina brusquement. Le geste ne fut pas le moins du monde brutal, mais frappa Juubei d'incompréhension, d'une telle force qu'il aurait pu en tomber à la renverse. Il fit mine d'avoir une poussière dans l’œil et réexamina la pose que prenait son homologue alors qu'il parlait. Oui, il s'était incliné, et pas de la façon qui convenait à leur rang. Mais qu'est-ce que c'était que ça ? Une coutume Setsu ? Juubei se gratta le bouc. Cependant, ses joues s'empourpraient et il commençait à suer à grosses gouttes. Feindre ou ne pas feindre, telle était la question. Il se rendit compte presque immédiatement de sa stupidité. Ils étaient découverts, ça ne faisait aucun doute !

Le plus drôle fut de constater que l'agressivité de la discrète ex-geisha, professionnelle jusqu'au bout après tout, attendit que le Setsu finisse sa phrase pour bondir sur lui, une arme dans la main. Aussitôt, Juubei s'accroupit et se retourna, dos à lui pour s'emparer de son propre katana. Il aurait préféré qu'elle le poignarde dans le dos plutôt que percer la main du Setsu. Maintenant, il était obligé de le laisser se démener contre la belle. Il était de toutes façons obligé de savoir se battre et désarmer son adversaire. Juubei attendait surtout les complices de la miss. Ils étaient trois de son côté et venaient d'esquisser leurs mouvements d'entrée.

Espérant que son homologue était toujours dos à lui, Juubei éblouit ses trois assaillants et recula brusquement, sourit lorsqu'ils manquèrent tous leurs attaques et ne comprirent pas. Alors qu'ils étaient en train de le chercher de leurs vues endommagées, il continua de reculer, bien plus prudemment cette fois-ci, avant de repousser une attaque de toute sa force puis ficher son Katana à portée de Kodan, aussi près que possible. Juubei venait alors de créer un champ de force autour d'eux deux.

"Sachez que je n'y suis pour rien, Amadotsu-san ! Armez-vous. Je ferais tout mon possible pour protéger nos vies. Il en va de mon honneur!" s'exclama-t-il en dégainant son Tanto d'une de ses manches.
Revenir en haut Aller en bas
Amadotsu Kodan

avatar

Admin
Taisho

Messages : 1209
Date d'inscription : 06/05/2014

Feuille personnage
Age: 36
Titre: Kazan Chinsei-ka, le volcan apaisé.
Liens:

MessageSujet: Re: [Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins. Mar 22 Juil - 2:08

Le ninjato s'élevait à nouveau, ruisselant du sang de l'infortunée imposteur qui les avait servie jusque là. Le bushi Setsu ne put que se fendre d'une moue de dépit face à l'homme qui se tenait devant lui, prêt à en finir. C'était une mauvaise blague évidente, tout dans les vêtements de son agresseur évoquait les estampes et les histoires de ces combattants prêt à tout, même à vendre leur honneur, pour mener à bien une mission.

Un kimono noir d'encre, une cagoule fine où l'on ne distinguait que les deux surfaces nacrés des yeux qui se cachaient en dessous, le visage maculé de charbon ou tout autre sombre matière. Aucune couleur, les jambes et les mains renfermées dans des gants et chaussures extrêmement fines. Un archétype de mauvais goût. Rien ne répugnait plus le Taisa Setsu que les sans visages. Le secret était, en soit, une ignominie et seule l'honnêteté et la franchise pouvaient payer en ce monde.

Tout dans le bushido allait à l'encontre de ce qu'il voyait là et il était hors de question que sa vie ne cesse par les mains d'un tel sous-être. Jamais l'expression du Volcan n'avait cessée d'être douce jusqu'à présent, mais à la vue de ces assassins assermentés par il ne savait quel contrat et pour le compte d'un être qui devrait payer cent fois la mort pour avoir fait appel à eux changea totalement la donne.

Il se ferma dans un fasciés de sourde haine, jusqu'à révéler ses dents serrées à son opposant. Ce dernier ne s'encombra pas d'un instant d'hésitation et abattit son arme sur l'officier à terre, toujours ancré par le tanto à la décédée. Il roula au dernier moment, trompant la mort qui lui fondait verticalement dessus l'instant d'avant, agrippant l'épaule de la geisha dans un seul geste de son bras libre et se protégeant d'un second coup latéral. Une projection d'hémoglobine dû à la pénétration du ninjato dans la chaire de son infortunée complice alla marquer le haori immaculé du serviteur de Moegami.

D'un coup de pied frontal, il se dégagea du corps, l'envoyant sur l'agresseur. Il hurla sa rage et sa douleur dans cette libération, l'arme de l'ancienne geisha quittant ses chaires dans le sens inverse et laissant à la place une blessure propre et béante dont le sang ne semblait pas vouloir cesser de couler. Il crispa son membre blessé aussi fort qu'il le pu, son adversaire passant sans mal par dessus l'obstacle improvisé que Kodan avait voulu utiliser contre lui.

Soudain, une lame tournoya jusqu'à ses pieds, se fichant nette dans les tatamis autrefois propre. Il entendit à peine l'injonction de Juubei, se contentant d'attraper la noble arme de sa main droite. Il para sans mal le coup qui vint. Le rapport de force était bien trop différent, même d'une seule main, pour que le maigre assassin pusse faire fléchir le guerrier Setsu. Et si le kenjutsu n'était pas la spécialité des Kiyooki, elle faisait néanmoins partie du bagage culturel qui était inculqué à chaque jeune garçon de cette famille, dès son plus jeune age. Et leur héritier actuel n'était plus du tout un enfant.

Il repoussa son opposant d'un coup sec, criant son mépris à cet être qui ne méritait aucune considération, et se fendit d'un coup diagonal, tranchant l'ennemi de l'épaule droite à la hanche gauche, non sans emporter dans le geste les deux bras tenant la pâle imitation de katana. Il laissa l'assassin se vider de ses entrailles dans ce lieu si paisible, il n'y avait pas si longtemps. Mais lorsqu'il voulut à nouveau s’enquérir de la santé de son homologue, un shuriken vint se ficher dans son épaulière gauche. Il leva son bras déjà blessé en travers son visage et un second projectile alla terminer sa course dans sa brassière légère et il en sentit la pointe à travers la manche de son kimono. Le troisième le rata de peu, tandis qu'il exécutait une roulade vers son nouvel ennemi.

Il ne s'attarda pas à en décomposer les traits, ils étaient tous identiques à ses yeux. Il se contenta de viser les jambes du lanceurs, balayant ces derniers d'un puissant revers. Le malchanceux s'effondra dans un cri strident qui mourut très vite dans un gargouillis lorsque la lame de Juubei lui traversa la gorge et la nuque en un instant. Kodan délogea le katana de sa victime éteinte et pu enfin attester de la santé du Taisa Kenshu.

Mais alors qu'il entreprenait ce demi-tour, il lui vint à se demander pour quelle raison aucun samuraï, ashigaru ou quelque homme de la garde Kenshu ne venait à leur aide malgré le vacarme. L'héritier des Shigeru était-il venu seul ? Et si ce n'était pas le cas, étaient ils tous morts ? Cette macabre idée manqua de faire perdre son rythme au guerrier de Kazan. Juubei arrivait à tenir en respect trois assassins par un don des kamis impressionnant. C'était le deuxième qu'il révélait ainsi à son pair Setsu.

Bien qu'il le faisait pour préserver sa vie, user de ses dons aussi ouvertement était risqué pour le Taisa Kenshu. Et durant un instant fugace, Kodan pensa à utiliser les siennes en remerciement de cette confiance... Ou alors ce n'était vraiment que de la survie. Il ne s'en formalisa pas et malgré toute la honte qu'il en conçu, il lança le katana avec toute la puissance de son bras valide vers l'un des ennemis de Juubei. La lame s'ouvrant un chemin à l’intérieur même du ventre du combattant en noir, jusqu'à la garde de l'arme.

Il exécuta un saut élevé avant vers son daisho, toujours posé à même le sol et attrapa le manche de Gimu qui put enfin voir la lumière du jour, hors de son fourreau, ce dernier éjecté par un geste sec de son maître vers l’extérieur. Des flammes iridescentes auréolèrent autour des yeux du bushi Setsu et soudain, deux rayons de lumière pure en émergèrent, entièrement condensés et orientés dans le creux des iris des deux ninjas restant et déjà bien aveuglés par le don de Juubei.

D'un saut, il passa par dessus la table, projetant ses plus de cent kilos à travers la pièce pour retomber sur l'un des malheureux agresseurs en phase de retournement de situation. La lame de Gimu faisait front, et passa au travers de la cible du disciple de Moegami à partir du plexus pour ressortir dans son dos, et épingler l'assassin au sol, comme une vulgaire punaise, mais empêchant le guerrier Setsu de bouger rapidement. Kodan hurla alors au suivant de Gekigami :

Vous avez ma confiance, Shigeru-san, alors finissons-en !


L-M-M-J-V-S-D

Kazan Chinsei-ka
Revenir en haut Aller en bas
Shigeru Juubei

avatar

Taisa

Messages : 177
Date d'inscription : 12/08/2013
Age : 24

Feuille personnage
Age: 38 ans
Titre: /
Liens:

MessageSujet: Re: [Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins. Lun 4 Aoû - 2:14


La cage d'éclairs sensée protéger les guerriers se dispersa d'un coup, réengageant le combat après quelques secondes. Un temps bien trop maigre pour encourager une organisation chez les shinobis déjà blessés. Dos à son homologue Setsu afin qu'ils puissent couvrir tout deux leurs arrières, Juubei avait dégainé son fidèle Tanto. Mais une arme si courte était-elle suffisante lorsque l'on avait plus d'un mètre quatre-vingt-dix de chair à protéger ? Assurément, non. Il para néanmoins avec une facilité assez déconcertante, même pour lui, les premiers coups des piètres assassins. Le rythme de son côté était timide, les ennemis se remettaient tout juste du sort qui leur avait blessé la vue et manquaient pitoyablement leur cible, jusqu'à risquer de se meurtrir mutuellement.

Ainsi, le défenseur devint attaquant. Juubei avait la mort en horreur et détestait tuer, cependant sa précieuse dague n'hésita pas à filer charcuter la gorge d'un malheureux. La lame y était si aiguisée qu'il put sectionner les poignets d'un autre tandis que le troisième eut la mauvaise idée de venir au contact en empoignant son haori de cérémonie. Il goûta à la plus puissante décharge que le Kenshu fut capable de produire alors et l'instant d'étourderie qui en résulta permit à Juubei de l'achever. L'autre avait disparu sans qu'il s'en rende compte, il remarqua qu'un écran était grande ouvert sur l'extérieur. Enfin, le guerrier put souffler, ses ennemis dégoulinant de sang à ses pieds. Ils avaient repeint les tatamis en rouge et les brioches paraissant si appétissantes sur la table basse autrefois, n'étaient plus qu'autant de bouillies et de souillures.

Tandis que la pression retombait d'un coup, Juubei entreprit de poser les yeux sur le Setsu, espérant qu'il se débrouillait sans lui. Mais il ne s'inquiétait pas outre mesure d'après les cris qu'il avait entendu, ils s'en sortiraient presque indemnes, il en était sûr. Soudainement, de vives piqûres traversèrent son dos et le firent ravaler des cris de douleurs dans une singulière expression de rage. Des shurikens. Il fallait bien des armes aussi lâches pour de tels fuyards !

Tandis que Juubei fit volte-face vers le lanceur, il aperçut Amadotsu-san  se lever pour s'en prendre violemment à l'infortuné qui chuta aussitôt. Et la tête de ce dernier roula sur le sol sans autre forme de procès. Juubei fut si subjugué par l'instant qu'il ne remarqua pas le shinobi qui tenta de l'attaquer, celui-ci mourut empalé sur son katana lancé par son homologue.

La plaie, lubrifiée par le sang, était nette et la chair n'accrocha pas à la lame lorsque Juubei s'en empara. Une nouvelle vague d'assaillants était arrivés, au nombre de cinq. Tandis qu'Amadotsu-san exprimait la confiance qu'il plaçait en Juubei, celui-ci passa une nouvelle fois à l'attaque...

*

Setsu et Kenshu s'en sortirent finalement, un peu moins indemne qu'ils ne l'auraient voulu. Alors qu'ils pataugeaient tout deux dans une immense flaque de sang, ils purent enfin sentir le vent du dehors sur leurs peaux et restèrent là un bref moment, les sens aux aguets au cas où une nouvelle offensive leur tombe dessus vicieusement.

Mais le calme était bel et bien revenu. Le silence aussi...Un silence macabre qui annonçait bien plus de morts qu'ils n'en avaient compté dans cette salle. Alors, Juubei sortit de celle-ci en trombe, visiblement très inquiet. Il trouva la petite Maiko qui l'avait introduit quelques minutes plus tôt proprement égorgée, se délesta de son Haori taché pour en couvrir la malheureuse maintenant sans vie alors que son cœur se comprimait de peine et de haine.

"Je ne sais pas qui a eu l'inhumanité de demander cela, Amadotsu-san... Ni pourquoi. Mais promettez-moi de ne pas m'abandonner avant la résolution de cette affaire. Mon honneur est déjà trop gravement entaché par les coups que l'on vous a fait subir sur ces terres et par la mort de ces innocents pour que je puisse fermer les yeux."
Revenir en haut Aller en bas
Amadotsu Kodan

avatar

Admin
Taisho

Messages : 1209
Date d'inscription : 06/05/2014

Feuille personnage
Age: 36
Titre: Kazan Chinsei-ka, le volcan apaisé.
Liens:

MessageSujet: Re: [Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins. Mar 5 Aoû - 1:21


Le temps peut paraître parfois capricieux. Tel le pendule, la perception que l'on a de son rythme est différente selon la façon dont on le regarde, de la position par rapport à laquelle on se place pour le fixer, ou bien de la distance qui vous en sépare. Il est des cas où le passage du temps s'arrête, et d'autres où sa vitesse est effrénée. Au milieu d'une surface de sang en telle quantité que les tatamis ne l'absorbe plus, deux forces de la nature se tiennent, couverts de fluides vitaux, ceux de leurs anciens ennemis de l'instant, dorénavant retournés à l'anonymat le plus total, et même un peu des leurs.

Les corps amoncelés ça et là se mêlent entre eux, tantôt amputés d'une bonne partie de l'être que chacun fut autrefois, parfois si intact qu'ils ne semblent que prendre du repos, à même le sol, les humeurs de leurs frères d'armes coulants sur leur visage paisible. Katana et wakizashi en main, le vaste volcan se tient dos au géant aux cheveux d'or, lui même équipé de façon similaire, à l'exception de sa courte lame en main gauche, un tanto ne l’ayant pas quitté du combat.

Rien ne bouge plus comme rien ne respire. Même les sons de la cité aux alentours et de l'activité de l'auberge semblent avoir cessés. Le haori blanc était devenu carmin, le môn des Kiyooki déchiré par endroit, révelant les plaques tressées de l'armure légère qu'il portait en dessous, elle même striée de quelques coups chanceux. De sa main gauche fermée, du sang s'écoule. Ainsi percée et serrée autour du manche de Meiyo, la plaie ne peut se refermer, mais à cela, le bushi ne préfère pas y penser, tout son esprit tourné vers une menace imminente.

Il ferme les yeux, tout s'était passé si vite qu'il avait l'impression de se réveiller d'un mauvais rêve, avec ce même frisson le long de son échine, ainsi que les perles de transpiration coulant dans son dos et hérissant le poil de ce dernier. Il retourne en pensé à cet instant où il tombait sur un infortuné assassin, coupant le fil de cette destiné dans un geste, mais offrant aux survivants l'opportunité de le frapper, tandis qu'il était ainsi cloué au sol avec sa victime de l'instant. Il se revit hurler, crier sa confiance à son homologue. C'était un brave guerrier, aussi surprit qu'il l'avait été lui-même, victime de circonstances inexplicables qui devraient pourtant l'être par tout les moyens.

Un homme de l'ombre souhaita profiter de la situation, joignant ses mains sur le manche de la pâle copie de katana qu'était le ninjato qu'il faisait fondre sur le cou dangereusement vulnérable du massif Setsu accroupit au sol. Mais quel ne fut pas sa surprise lorsqu'il put voir de ses propre yeux son dos tournoyer, ou plutôt, toute la salle vriller dans un chaos total et puis plus rien.

Juubei termina son geste avant même que la tête de l'infortuné assaillant ne touche le sol, suivit de son corps. Son regard croisa celui, reconnaissant, du maître de Kazan. Le sourire qu'il s'échangèrent ne dura pas plus de temps qu'un clignement de paupière. Le fer de Gimu se libéra de son piège de chaire et de bois pour retourner, plus vaillant que jamais, entre les mains de son propriétaire. Les pans restants inviolés des murs en papier de riz furent traversés à leur tour par une nouvelle vague.

Le tigre Kenshu s'empara de son katana, toujours planté dans un corps par le lancé réflexe du volcan Setsu et alla parer in-extremis un coup descendant d'une vélocité impressionnante. Il bouscula de l'épaule gauche son adversaire et se retrancha à nouveau auprès de l'héritier des Kiyooki. Ils se plaquèrent, dos à dos, n'offrant aucune ouverture aux parodies de tueurs qui paraissaient être vomit à l’intérieur même de la pièce.

Ainsi positionnés, deux êtres que la nature avait fait aussi haut que des pics rocheux surplombaient une marée d'une dizaine de créatures humanoïdes habillés d'ombres. De concert, ils hurlèrent leur colère, plein de l'accent fort de leurs contrées natales. De la rocaille de Kazan aux flots impétueux de Kousen, leur voix étouffèrent totalement le cri de l'assaut de leurs opposants, à cinq contre un, déjà vainqueurs d'une demi douzaine d'opposants, ils parvinrent à instiller le doute un infime instant dans le cœur de leurs assaillants.

Ils se projetèrent l'un l'autre de leur élan, profitant de ce moment fugace pour fondre sur leurs ennemis. La lame de Juubei frappait avec justesse et une force implacable, tranchant tissus, peaux, muscles comme s'il ne s'agissait que de jeunes pousses de roseaux. Les blessures mortelles si nettes et si terribles qu'elles ne se mettaient à saigner qu'un instant trop long après avoir été créées, comme si elles se rendaient compte trop tard de leur nature fatale. Il ne laissait pas de répit, imposant son rythme sans mal, afin d'éviter d'être lui-même touché en retour. L'initiative et la puissance étaient ses armes, son katana et son tanto les outils qui parachevaient son œuvre.

Kodan attrapa son wakizashi d'une roulade, renversant définitivement la table où s'étaient disposés plus tôt des mets fins et goutteux, et qui roulaient à présent dans le sang et la saleté. Dans le même geste, il libéra la lame de Meiyo comme il l'avait fait plus tôt pour Gimu, d'un geste vif et sec. Il n'était pas aussi rapide que son homologue, et lorsqu'il rua à son tour vers ses adversaires, il s'agissait plus d'un appel du pied pour provoquer leurs attaques. Ses deux lames dansaient autour de lui, créant un véritable mur d'acier, se trouvant exactement là où elles n'étaient pas, l'instant d'avant. Il paraît coup après coup et rendait autant de ces derniers qu'il n'en recevait. À plusieurs reprises, ses épées transpercèrent une gorge essoufflée, tranchèrent un bras épuisé, détachaient une tête éreintée.

Si le Kenshu représentait la puissance de la foudre, le Setsu consumait petit à petit ses ennemis tels des mouches approchant de trop près un âtre tranquille. Cependant, Amaterasu ne daigna pas leur offrir l'invulnérabilité de ses champions et à maintes reprises, le fer trouva le chemin des chaires des deux Taisa. Moins Shigeru que Amadotsu. Plus véloce, Juubei s'épargna nombre de coups, mais il sentit durant le combat qu'il compterait de nouvelles estafilades sur son corps couvert de cicatrices. Kodan, quand à lui, ne pouvait compter que sur son esprit pour aller vite et il dut offrir quelques opportunités aux assassins de le toucher pour s'épargner des blessures plus graves. Du reste, son armure le protégeait.

Puis ce fut le silence. Le vent et l'attente d'un nouvel assaut qui ne vint pas. La pièce était sans dessus dessous, recouverte de corps ouverts. Le bushi des volcans rouvre les yeux.

La réalité reprenant ses droits, le guerrier de Moegami lâcha son wakizashi de sa main blessée par un réflexe de douleur tardive. Il arracha ce qui lui restait de son haori et s'en servit rapidement pour stopper le flot qui s'écoulait de sa plaie béante. Il vit que son homologue fit de même, sur une autre blessure qui n'avait rien de physique, offrant son atour à une jeune morte, certainement pas liée aux envahisseurs de l'instant d'avant. Il sentit son cœur battre de concert avec celui du bushi de Gekigami. Peine et colère se mêlait en son sein alors qu'il suivait un Juubei effondré. Personne n'avait été épargné. Afin de les surprendre durant leur rencontre, aucune âme n'avait été laissée en paix, de quel-qu’origine que ce fut.

Lorsqu'il répondit au Taisa des Kenshu, sa voix n'était qu'un grondement. La rumeur d'une terre en proie à se scinder en deux partie dans un craquement, libérant un flot de lave en fusion :

Votre honneur à mon égard est intact, Shigeru-san. Vos plaies sont aussi franches et honnêtes que les miennes et ce qui vient de se produire ne peut être imputé à votre clan. Cependant, je ne saurais pas en dire autant du miens, de ne pas avoir pu protéger vos gens. Je vous promets que mon retour à Setsu ne se fera pas tant que le fin mot de cette histoire ne sera pas révélé. Il n'est effectivement pas question de fermer les yeux sur ce qui vient de se produire.

Le visage si aimable et chaleureux du seigneur de Kazan se ferma en un masque sombre, il retourna dans la salle qui avait été le lieu de leur rendez vous et celui de leur affrontement. Son regard passait sur les morts comme s'ils étaient la pire des malédictions que Yokuni eut connu aux yeux du bushi. Il se garda bien de toucher les corps impurs et souillés, alors qu'il était déjà bien imprégné de leur sang immonde. Ses deux iris tentant d'arracher la moindre information sur ces témoins muets. Puis il se retourna vers Juubei non sans récupérer le pauvre Gimu tombé au sol, un peu plus tôt et le ranger dans son fourreau, suivit de son grand frère.

Nous n'avons pas réfléchit, Juubei. Nous aurions dû mesurer dans l'instant notre courroux et laisser l'un de ces sous-hommes en vie. Tout ne sera que conjecture à présent et revenir dans mes terres... Dans cet état. C'est hors de question. Un Taisa ne peut cacher longtemps telle blessure sans que cela ne paraisse suspect.

Il leva alors sa main enroulée dans son haori en miette et la plaça entre son visage et l'héritier des Shigeru.

Il me faut une bonne raison à ça, au delà de ma propre maladresse. Mon clan posera des questions, je veux qu'il ait ses réponses.

Il abaissa son membre meurtrit sèchement, en proie à une profonde rancœur vis à vis de l'ignominie de ce qui venait de se produire en ces lieux. Mais son flot verbal n'était pas tari :

Il y-a pour le moment beaucoup d'hypothèses qui me viennent à l'esprit pour que tout soit clair et j'ai besoin de réfléchir calmement si cela m'est encore possible. Aidez moi à y voir plus clair, Juubei. Si nous n'étions pas les cibles de ce massacre, qui était la pauvre cible de ces démons qui n'ont d'humain que la forme ? Et qui aurait à gagner a attaquer deux Taisa de deux clans rivaux qui s'entretiennent à des fins d'ententes ? Qui pourrait vouloir tant la guerre que des officiers de notre rang en deviennent sacrifiable à ce point ?

Nous avons besoin d'étas pour dépouiller ces morts immondes. Je doute qu'ils possèdent quelque élément incriminant leur commanditaire sur eux, mais c'est un coup à jouer. Je ne possède pas d'ennemi vivant ou capable d'un tel déploiement de ressources et je doute que si vous aviez une Némésis de ce genre, elle aurait attendu que nous soyons ensemble pour frapper. Chacun de nous pourrait avoir été mis à mort par ces hommes indépendamment de cette rencontre, dans l'ombre de la nuit où ces couards se complaisent à agir.


Il se prit le menton dans sa main valide, en proie à une réflexion intense qui balayait petit à petit le trauma du combat. Un goban se dessinait déjà dans ses yeux, et il plaçait les pions un par un, mais ne possédait que la moitié du jeu, l'autre se tenant dans les mains de son pair Kenshu. Leur adversaire inconnu avait joué le premier et tout était particulièrement flou à son sujet. Mais Kodan se sentait en confiance en compagnie de Juubei. Puis, cela le frappa soudain comme un coup de poignard, et son monde vacilla. Il ne le dit pas clairement, mais ne put empêcher ses yeux de s’écarquiller à cette pensé :

Et si...

Et si tout cela avait été fomenté dans le seul et unique but de les rapprocher justement ? La paix de leurs clans pouvait elle justifier tout ces morts ?


L-M-M-J-V-S-D

Kazan Chinsei-ka
Revenir en haut Aller en bas
Shigeru Juubei

avatar

Taisa

Messages : 177
Date d'inscription : 12/08/2013
Age : 24

Feuille personnage
Age: 38 ans
Titre: /
Liens:

MessageSujet: Re: [Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins. Dim 24 Aoû - 16:06


Peur, Juubei avait peur et ses craintes augmentaient à mesure que la pression du combat se dispersait. Il se rendait compte de la gravité de ce qui venait de se passer et qu'en tant que représentant de son propre clan, ses actes dans cette affaire allaient être d'une importance capitale. Il était extrêmement nerveux et plus aucune once d'assurance ne l'habitait. Déjà, l'attaque de ces maudits assassins, puis les blessures du Setsu et la perte des gens de cette Ochaya...Juubei désirait plus que tout faire marche arrière. Il était le premier à faire preuve de paternalisme envers les jeunes recrues, cependant il se disait que n'importe laquelle de celle-ci saurait se débrouiller mieux que lui malgré son âge. Lui, qui n'était plus immaculé, lui sur qui le destin allait s'abattre sans retour, lui colonel si jeune. Avait-il véritablement mérité sa place ? Pouvait-il assumer tant de responsabilités ? Le Taisa Setsu avait beau dire, son honneur était déjà entamé par le seul sang qui coulait de la main lourdement endommagée de son "invité". C'était terrible !

Il était agité, irrité et dissipé, tiraillé entre le Setsu et les victimes dans cette Ochaya. Combien étaient-elles ? Avait-il le courage de le vérifier, de voir le sang souillé la beauté de l'endroit et de ses gens, de constater ces vies envolées et ces corps sans vie ? Il le faudrait bien. Juubei désirait se montrer fort, au moins pour rassurer son ami. Cependant, ses traits étaient tirés entre une stupeur qui l'empêchait de parler et l'envie impérieuse de faire quelque chose, de fuir peu importe comment, de ne surtout pas rester immobile. Ainsi, comme un tigre que l'on garderait en cage, faisait-il les cent pas sans omettre de prêter une oreille attentive aux dires d'Amadotsu-san.

Il le calma. Un peu. Il comprenait que Juubei avait besoin de sa présence dans cette affaire, c'était déjà ça. Celui-ci cessa de marcher pour aller il ne savait où et tourner en rond, mais sa main gratta furieusement son crâne tandis qu'il voyait le Setsu s’intéresser aux assassins qu'ils avaient tué. Il revint et rengaina. Comme réveillé, Juubei essuya soigneusement la lame de son katana sur une surface propre de son Haori troué et la rangea à son tour. Or, le déplacement de son Haori tira sur les shurikens fichés dans sa chair et il se rendit compte que son dos dégoulinait encore de sang et que la soie se collait grassement et salement à ses plaies . Il eut un très franc et très fatigué soupire. Il devait avoir une cible peinte en rouge pour que tous ses ennemis du moment s'amusent à le viser dans le dos ! Bref.

Juubei se rendit compte que comme Kodan combattait de son côté, il n'avait pas dû faire attention au shinobi qui avait filé. Il acquiesça d'un morne signe de tête, triste de devoir lui annoncer qu'ils étaient toujours surveillés et que ce temps de tranquillité n'était rien de plus que le calme avant la tempête. Mais le guerrier Kenshu ne se força pas à ouvrir son rictus de contrariété pour autant. Du moins pas tout de suite, tant il sentit que son compagnon cherchait encore à communiquer avec lui. Au lieu de cela, il s'assit avec une tranquillité d'apparence sur la terrasse et sans mot dire, l'écouta et l'écouta encore, baissa la tête lorsqu'il se mit à réfléchir, lui aussi en proie à une intense réflexion.

Juubei n'avait aucun ennemi mortel connu, en tout cas pas de ceux qui pouvaient se vanter d'un réseau d'assassins en tout point semblable avec des ninjas, tant les seuls qu'il avait en tête crachaient sur les clans et restaient le plus loin possible d'eux. Dix-sept ans qu'ils ne s'étaient pas manifestés et cela n'avait strictement rien à voir avec l'Amadotsu, que Juubei surveillait à présent. Il lui sembla d'un coup qu'il avait trouvé quelque chose et décida de ce moment pour ajouter ses informations à la recherche. Sa bouche se mouva alors avec facilité, ce qui l'étonna lui-même :

"Un des sous-homme a filé sous mes yeux alors que j'avais les bras pris, Kodan. Ne nous attendons pas à réfléchir tranquillement. Nos déplacements vont être la clé de notre sécurité. Tout d'abord, allons nous soigner et changer de vêtements , au moins pour ma part.... Nous ne réussirons pas à être discrets sans ça. Venez."

Juubei soupira en se levant, si bien qu'on aurait dit un petit vieux alors qu'il s'agissait bien d'un combattant athlétique d'une quarantaine d'années, puis il se mit à marcher à grands pas, en quête d'un cabinet médical assez éloigné de l'Ochaya, histoire de ne pas donner raison à quelques espions que ce fut.

Il avait dans l'idée d'organiser un renfort dans tout Raimei et de déposer une mission pour l'armée afin qu'ils puissent revenir sur les lieux du combat avec une relative sécurité et surtout, avec de quoi enquêter en évitant au mieux les souillures.

Le fait que les assassins aient attaqué alors qu'ils étaient tout deux dans la même pièce ne lui disait rien qui vaille et il craignait pour la vie du Setsu et pour son propre honneur. Or, il ignorait quand ils auraient frappé s'ils n'avaient pas percé à jour la fausse geisha... En réalité, Juubei était perdu mais le stade de l'angoisse passée, il se dissimulait derrière une carapace de nonchalance. Il savait qu'il allait pouvoir compter sur Kodan, mais ne pouvait s'empêcher d'avoir peur, si bien qu'il s'en trouva obnubilé.  

Les prochaines heures promettaient leurs lots de complications...

[Fin de "Le repos des armes à la croisée des chemins", première partie de Mashiro Tsume
Lien vers suite: ... ]


Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: [Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins.

Revenir en haut Aller en bas
 

[Terminé] Le repos des armes à la croisée des chemins.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» A la croisée des chemins
» Une croisée des chemins salvatrice [PV Mei Lee Huang / Sirina Dubarson]
» La croisée des chemins [PV Rosiel]
» Préval à la croisée des chemins; droite ou gauche?
» A la croisée des chemins || Louise


Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
-
..
.Abyndal.
...
...
..
..
...
.
.....Ewilan RPG..
....La Sérénissime..