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 [Terminé] La girafe et la montagne

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Amadotsu Kodan

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MessageSujet: [Terminé] La girafe et la montagne Jeu 17 Juil - 13:23


La pluie bat à torrent sur la plaine, dorénavant boueuse. Les deux collines s'affaissent en un petit vallon où s'écoulent les larmes céleste, depuis leurs sommets. Après la charge, ce fut le premier heurt, les deux lignes s'étaient rejointes dans un bruit fracassant d'acier contre l'acier, étouffant même le grondement du tonnerre lorsqu'il intervint. Les hauts sashimono claquaient dans le vents, d'un côté, l'or des Kenshu, de l'autre, le rubis des Setsu. Le jeune contre l'ancien, la fougue tentant de faire vaciller l’expérience.

L'infanterie de son clan est loin d'être légendaire, souvent amenée à être jetée à l’abattoir afin que les ingénieurs de siège ne préparent les armes tout aussi étranges que mortelles qui pourront offrir la victoire aux enfants de Moegami. Néanmoins, le Taii et ses hommes sont un rempart sur lequel les flots des alliés du Tigre se brisent invariablement. L'arme grotesque qu'il manipule fait la taille d'un adulte, aussi bien en long que dans sa largeur. Il la fait tournoyer autour de lui en une tempête d'acier que rien ne semble pouvoir ralentir.

Son visage est emprunt d'un sourire, celui de la fierté du combat. Sans être carnassier, il est confiant dans ses capacités. Deux chevaux gisent à ses pieds, leur cavalier sous leur masse. La charge avait été un échec cuisant pour les héritiers de Gekigami. La surprise de voir les gens du Phénix posséder une défense aussi efficace au sol, alors que la réputation de ces derniers sur le sujet était au plus bas dans l'Empire tout entier, causait un tord incalculable à ceux du Tigre, leur coûtant probablement la victoire dans ce conflit.

Et puis vinrent les flammes... Le sourire confiant disparut face à la colère et la honte. Les corps calcinés se dessinant sous ses yeux, alors qu'il fouille dans les décombres fumants d'une masure paysanne, loin de tout rapport avec la Guerre. Incompréhension. Déshonneur. Les heimins n'étaient pour rien dans cette bataille. Ils n'étaient pas des soldats. La punition était injuste. Le ciel était clair à présent, pourtant, le sol, aux pieds du guerrier, était frappé par une petite série de perles d'eau salée. Cela ne resterait pas impuni. Sa jambe est attrapée par des bras morts, réduits à l'état de charbon, trop petits pour ceux d'un adulte.

Il se réveil enfin dans un coup de tonnerre. Derrière le ventail, l'orage bat son plein et la pluie martèle les parois de sa chambre. Une fine pellicule humide le recouvre, son souffle est court. Il porte la main à son visage, la laissant glisser lentement de son front, passant par ses joues et terminant sa course au bat de son menton. Il se lève, le sommeil l'ayant définitivement abandonné à la blessure béante de son âme.

Inari Mida avait souhaité retrouver ses terres d'origines, emportant à sa suite son yoriki, malgré la réserve de ce dernier. Son service auprès du magistrat impérial était récent, mais sa loyauté envers lui était déjà sans faille. Il était devenu une exutoire à sa colère et avait réellement attaché une importance capitale à l'avoir dans sa suite pour ce retour à la terre de ses ancêtres. C'était une leçon, un défi... Ou peut être cherchait-il à apporter la paix dans le cœur de l'ancien guerrier Setsu.

Le domaine des Kujikawa n'était plus loin à présent. Mida avait énoncé sa volonté de transmettre ses respects au seigneur local, un ami de longue date semblait-il. Il n'avait pas tari d'éloge au sujet de ce Daigo, mais Kodan avait écouté ces derniers d'une oreille distraite, hanté par ses fantômes passés. Il se nettoya et se se couvra. D'abord son kimono beige et brun, aux épaules marquées du mon de l'Empereur lui-même, symbole de son nouveau devoir. Puis il se recouvrit de son armure légère de treillis noirs estampillée de l’héraldique de son nouveau maître. Il ajusta ses brassières et ses grèves, trouvant dans leur mise en place une forme de méditation. Enfin, il attacha son daisho à sa ceinture et harnacha sa bien trop grande épée en travers de son dos.

Ils prirent la route au petit matin et arrivèrent en vu de la maisonnée assez rapidement. Les hommes du Seigneur Kujikawa ne portèrent aucune attention au premier Amadotsu, tant rien de son ascendance Setsu ne paraissait dans son attirail, si ce n'était les flammes stylisées, le long de la lame de son épée, et couvrant en partie ses protections de membres. Son esprit était de toute façon trop éloigné de cela pour s'inquieter d'être reconnu... Et quand bien même, il était un yoriki de magistrat, son passé au service du clan semblant bien lointain dorénavant.

Mida prit congé de lui, afin d'aller visiter son ami, laissant libre d'aller, dans la limite du raisonnable, ou bon lui souhaitait à son serviteur perdu dans ses pensés. Ainsi il erra, le cœur loin de toute volonté de quelque visite que ce soit. Il n’apprécia pas la beauté des jardins, ni ne s'attarda sur les lignes de conduites martiales calligraphiées de fort belle manière, le long des couloirs de la demeure. Il passa le jardin zen sans lui prêter la moindre attention. Son rêve assombrissant toujours son humeur.

Puis soudain, il entendit un cri. Aiguë, perçant, précis. Cela l'éveilla totalement, le fit revenir à la réalité. Il perçu le souffle de l'air fouetté par une arme d'hast, qu'il ne connaissait que trop bien. Sa curiosité balaya sans aucun mal son état mélancolique et tel un félin appâté par un poisson frais, il se dirigea vers la source de ces bruits si familiers. Il arriva rapidement en vu du dojo familial et y pénétra, le visage ouvert d'une expression attentive et intriguée.

La jeune adolescente était seule. Fine et élancée, les vetements qu'elle portait alors laissaient deviner la musculature acérée de ses membres. Sa peau pâle quelque peu rougie par l'effort présent tranchait avec ses yeux cuivrés. Son regard était fermé, concentré sur son enchaînement et rien n'aurait pu détourner celui de l'ancien Setsu de la samouraï-ko, tant la danse de l'omi yari l’envoûtait. Il était incapable de se dire si elle était belle ou non, mais la tempête qu'évoquait cette suite de coups le séduisit immédiatement tant cela faisait écho à son propre style. Il se fit aussi discret que possible, s'asseyant, ses jambes croisés sous lui et ses mains sur les genoux, dans un coin de la salle.

Lorsqu'elle eut enfin terminé la chorégraphie sublime de son art, il ne put s'empêcher d'applaudir. Son humeur avait été ensoleillée par la jeune fille et il voulait l'en remercier chaleureusement pour cela. Néanmoins, il fut quelque peu confus par son geste après coup. Il s'inclina aussi vite, afin d'éviter toute image d'irrespect qu'il aurait pu montrer, car rien n'aurait pu être plus loin que cela de son état de pensé. Il lança rapidement de sa voix roulante comme la pierre sur les flancs d'une montagne, portée par son accent abrupte :

O'hayo gozaimasu ! Je vous présente mes excuses pour mon manque de politesse évidente. Je suis Amadotsu Kodan, en visite à la suite du Seigneur Inari Mida-dono, enchanté. Je ne voulais pas vous importuner... Mais vous avez honoré mon cœur de bushi par votre maîtrise et j'ai réagis sous le coup de l'émotion.

Après quelques courbettes polies, et quelque peu étrange venant d'un homme de sa stature, il adressa un sourire franc à la jeune utilisatrice de l'omi yari, dans l'attente de sa réaction et priant son Kami de ne pas avoir courroucé cette dernière.


L-M-M-J-V-S-D

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MessageSujet: Re: [Terminé] La girafe et la montagne Jeu 17 Juil - 17:16

Elle ne sentait pas ses jambes, engourdies par le froid matinal et l'effort. Elle était le vent qui lançait, la lame qui cognait. Nagi virevolta encore, enchaînant les passes d'armes qu'elle connaissait par coeur. Son corps décrivit un arc scintillant alors que son bras armé semait la mort dans une rangée d'adversaires fictive. Un seul moment d'inattention et elle perdait toute concentration à l'entraînement. Cela, et la suprême ambition d'être meilleure la galvanisaient, chargaient ses mouvements d'une hargne résolue.
Elle acheva son enchaînement par une percée fulgurante, qui vint transpercer le mannequin de part en part.
Rien. Rien ! Pas un petit éclair, ni une étincelle. Pour un samouraï de son âge, un tel dégagement d'énergie aurait déclenché, presque instinctivement, un déchaînement d'éclairs autour de lui. Peut-être pas plus qu'une petite traînée d'étincelles, ou un effet d'électricité statique. Mais pour elle, rien. Un vide, un néant ahurissant.

Nagi soupira, avec la certitude déprimante de perdre son temps. Peut-être qu'ils avaient raison, finalement. Peut-être que les Kamis l'ignoraient. Elle haïssait ce corps incapable, elle haïssait ceux qui l'appelaient infirme. Elle haïssait, mais ne pouvait rien faire. Mako avait des pouvoirs, elle. Au final, son ressentiment se retournait sur la seule qu'il pouvait atteindre, il la rongeait elle-même comme une horrible larve. C'était une émotion encore plus crue que celle qui la faisait se lever plus tôt que tout le monde tous les jours pour aller au dojo. Une petite bête dans son ventre qui lui rongeait les circuits des tripes jusqu'aux neurones, lui chuchotait sa propre faiblesse.
Elle était fatiguée de lutter.

Ses mains s'emparèrent de la lance à nouveau. Son sang battait à ses tempes, tandis que ses pieds traçaient des pas précis dans une nouvelle série de frappes. Nouvelle brassée d'air fendue. Lorsqu'elle en eut assez, elle cessa tout mouvement.

Un bref coup d'oeil derrière elle l'informa de la présence de quelqu'un d'autre, de l'autre côté de la salle. L'information resta en périphérie, perdue dans la chape brumeuse de son esprit engourdi par l'effort.
On lui parlait. Nagi cligna des yeux à plusieurs reprises, avisant l'homme qui venait de l'applaudir. Les nuages dans sa tête se dissipèrent, la ramènant à l'instant présent et, en l'occurence, son interlocuteur. Ses habits n'étaient pas familiers, et son accent lui était tout aussi inconnu. Un étranger - auquel cas, qu'est-ce qu'il fabriquait hors de la salle de réception ? Puis elle se souvint du mouvement qu'elle avait senti dans la demeure, le jour précédent, et des domestiques qui murmuraient qu'un quelconque seigneur viendrait les visiter bientôt. L'homme devant elle devait donc être l'un de ses subordonnés, et, de toute évidence, avait arpenté l'endroit en vue de passer le temps jusqu'à la trouver.

C'était un guerrier, pas de doute. Un bushi, d'autant plus, sa stature ne laissant aucun doute. Elle ne s'attendait pas à ça. Elle était confiante en ses capacités en tant qu'apprentie ; mais elle n'aurait jamais imaginé recevoir de compliments de la part d'un guerrier accompli. Elle se méfia d'abord ; puis elle déposa sa lance à terre, réalisant qu'elle devait avoir l'air benête. Elle avait tellement été prise au dépourvu par cette arrivée qu'elle en avait oublié les politesses qui lui incombaient.

« — Ravie de vous rencontrer, Amadotsu-san. Je suis Kujikawa Nagi, fille de Kujikawa Daigo.
Elle ajouta, avec l'impression déplaisante de faire une piètre hôtesse d'accueil :

— Faites ici comme chez vous, vous êtes, hum. Le bienvenu ici, après tout. Vous et votre seigneur. »

Bon sang ! De quelle malédiction les Kamis l'avaient-elle affublée, pour qu'elle ne sache pas aligner deux mots en présence d'un invité ? C'était le rôle de sa grande soeur, ça, pas le sien ! Mais Amadotsu était un samouraï. Peut-être pourrait-elle déplacer la conversation dans une sphère où elle était plus confortable, à défaut de le jeter dehors.

— Alors, vous êtes un bushi ? Vous savez manier une lance ? »
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Amadotsu Kodan

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MessageSujet: Re: [Terminé] La girafe et la montagne Ven 18 Juil - 0:40


Aucun mouvement ne lui avait échappé, et inconsciemment, il se jouait encore la danse qu'elle avait exécutée pour son plus grand ravissement. Il avait visualisé chaque ennemi fantomatique, compté les coups mortels, les situations où l'usage d'une volte mettait à l'avantage sa lance. Il avait encore en tête les impulsions de chaque muscle et imaginait ce que deviendrait la jeune adolescente plus tard. Ce chemin de pensé fut tortueux et ses joues rougirent imperceptiblement. Il du faire le vide dans son esprit pour recouvrer sa paix.

Il leva les yeux vers son ôte improvisée et tout à fait mal à l'aise dans sa tentative d'entamer la conversation. Il l'y avait poussé et le regrettait quelque peu, mais sa surprise et son intérêt avaient été piqués au vif. Aucune arme d'hast, ni lourde, n'était inconnue des Kiyooki dont il était l'héritier. Mais aucun traité détaillant la vie de l'un de ses ancêtres ne parlait d'un lancier émérite. Il la laissa se débrouiller un instant, tout à fait adorable dans sa façon d'aligner les mots et de concilier l'étiquette alors qu'elle ne s'était très probablement pas réveillée ce matin là en pensant devoir endurer ce calvaire.

Il en fut désolé, importuner les gens était bien la dernière chose qu'il souhaitait. Aussi profita t-il de la politesse qu'elle mit en œuvre pour garder une mine éclairée et souriante. Elle lança un sujet inespéré et un chemin s'ouvrit devant lui quand à la première chose qu'il avait voulu en la voyant ainsi jouer de son omi yari. Mais il n'allait pas lancer l'idée aussi vite, il allait falloir répondre au préalable à ses attentes.

La première question lui arracha un sourire attendri. Mais il était vrai que l'on n'était pas obligé de croire ce que l'on voyait. Certain brigand dépouillait les corps sur les champs de bataille, déshonorant les morts et portant leurs atours pour se faire passer pour ce qu'ils n'étaient pas. Mais la curiosité de la jeune enfant était dénuée de ce genre de soupçon, elle amenait simplement le véritable intérêt par la suite. Habile.

Il lui répondit du même ton qui avait été le sien l'instant d'avant. Il n'avait pas de problème pour parler aux autres, contrairement au malaise évident que l'héritière des Kujikawa semblait avoir. Mais sa voix et son accent ne jouaient pas en sa faveur la plupart du temps. Il fut touché par le fait qu'elle ne parut pas un instant intimidé ou gênée par ces derniers.

Vous êtes aimable. Je suis sûr que mon Seigneur profite très bien de l’accueil de votre illustre père. Je n'abuserais pas de votre hospitalité, vous en avez ma parole. Et pour répondre à votre question... Il m'est difficile d'être concret. Jusqu'à ce jour, je pensais savoir manier une lance, oui. Mais une jeune fille vient de faire voler ma conviction en éclat à l'instant. Néanmoins, pour être honnête, je vais vous laisser attester de cela par vous même.

Il se leva de sa position assise en un seul mouvement. Puis il alla chercher un yari d'entraînement dont la pique était arrondie pour éviter les accidents. Il soupesa l'arme factice dans une main, puis dans l'autre, puis se mit en garde. C'était un pas tout à fait conventionnel et impersonnel, apprit dans les écoles militaires partout dans Yokuni. Ses jambes arquées, gauche devant, droite derrière, son corps de flanc, ses yeux rivés vers ce que la fausse pointe de la lance venait à cibler. Cette dernière fermement tenue dans le même ordre que sa pose au sol.

Il piqua d'abord au devant de sa position, un geste académique, mais efficace. Puis fit passer l'arme par dessus sa tête, la maintenant un instant tout en exécutant un demi-tour et la faisant battre enfin, du côté opposé de son attaque précédente. Rien d'impressionnant à cela. Un ashigeru aurait pu en faire autant. Cela n'avait absolument rien à voir avec le talent qu'elle avait déployé. Il avisa l'arme en souriant. Ce n'était qu'une prise en main, un échauffement.

Il lâcha la prise qu'il avait sur l'arme dans sa main gauche et ramena cette dernière derrière sa tête. Son bras libre parut ballant, il adopta une position de cavalier avachit, laissant le poids de la lance reposer presque intégralement sur ses épaules. Il imagina tenir son épée, qu'il avait laissé à l'entrée de la demeure aux serviteurs des Kujikawa plus tôt. Bien entendu, la masse du Yari était très largement inférieure à son zanbato. Ça allait être intéressant.

Puis il se mit à tournoyer sur lui même, jouant de l'inertie de son corps comme élan, lançant son arme d'entraînement en un arc de cercle latéral, tournant à nouveau dans le même sens pour redonner un nouveau coup du bâton de l'arme, récupérant ensuite cette dernière de sa main libre et inverser le sens de la danse. Il était tout à fait conscient de ne pas être rapide, loin de là même, aussi jouait-il de la taille du yari comme d'un bouclier permanent entrecoupé d'assaut large, et terminant son enchaînement dans un coup de la pique d'un seul bras.

Son allonge était autrement plus lointaine que celle d'un Yokuni de grande taille, et cette arme, beaucoup plus légère que sa fidèle et grotesque épée démesurée. Il savait aussi avoir beaucoup plus d'amplitude que la jeune fille, et en joua. Chaque frappe de manche, chaque fente de la pointe et chaque placement sur les tatamis projetait un bruit de tambour martelé par l'acier. Il portait son armure et son propre poids sans que cela ne paraisse le gêner un instant.

Faute de célérité, il usait de précision. Faute de grâce, il déployait un pragmatisme martial retentissant à chacun de ses pas. Sa chorégraphie, qu'il avait commencé à fabriquer de toute pièce, quatorze années plus tôt, était dédiée aux vaste champs de bataille et correspondait à merveille à une arme de ce format. Néanmoins, la différence flagrante entre cette dernière et son épée l'obligea à en changer le rythme et les angles d'attaques...

Le rendu final le satisfaisait, mais paraissait bien terne à ses yeux face à la prestation dont la jeune Nagi lui avait fait le spectacle. Il arriva à la fin de son enchaînement et salua humblement son interlocutrice, alla poser l'arme d'entraînement sur un support prévu à cet effet et vint se rasseoir devant l'adolescente. Puis lui offrit à nouveau un sourire avant de parler :

Avez vous eut votre réponse ? Est elle positive, ou ne l'est elle pas ?


L-M-M-J-V-S-D

Kazan Chinsei-ka


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MessageSujet: Re: [Terminé] La girafe et la montagne Ven 18 Juil - 17:47

Elle avait suivi les mouvements du samuraï avec attention. Au moins, ça avait suffi à faire oublier son accueil maladroit. Si son père l'avait vue, il lui aurait sûrement fait avaler un livre de bonne conduite. Fort heureusement pour elle, il était occupé à d'autres affaires, et elle pouvait parler comme bon lui semblait.

Amadotsu enchaînait les passes d'armes avec une sûreté déconcertante. Tout en lui n'était qu'assurance, il avait une confiance aveugle en quelque chose qui échappait complètement à Nagi, quelque chose qu'elle aurait bien aimé saisir pour obtenir une même aura. Certains mouvements lui étaient familiers, mais elle n'avait pas l'expérience pour en reconnaître d'autres. Elle ne connaissait que les guerriers du village et des alentours, que la manière de combattre locale - les mouvements souples et précis, les feintes, la lâcheté dans l'honneur, l'anatomie et l'endurance. Douleur ne voulait rien dire, alors que précision prenait tout son sens.

C'était drôle, d'ailleurs. Chacun des mouvements du bushi, même la moindre manoeuvre offensive, semblait pouvoir remplir une autre fonction, celle de défendre. Il palliait à sa lenteur par une sûreté habile. Percer la garde d'une telle personne devait être un défi.
Ca en jetait plus que d'être un loup à la tête brûlée, qui déferlait toutes griffes dehors sur l'adversaire. Mais leurs deux styles, aussi différents qu'ils soient, avaient leurs avantages, pensait-elle alors qu'elle l'observait.
Nagi en avait presque oublié sa frustration, alors qu'elle applaudissait son invité avec enthousiasme.

« — Nos styles de combat sont assez différents pour qu'essayer de les comparer soit une perte de temps. Vous êtes très doué ! Plus que mon instructeur, en tout cas. Mais vos compliments me touchent.


Sa démonstration avait rendu son enthousiasme à Nagi, qui reprit sa lance posée à terre. Elle était ridiculement grande comparée à elle, mais le poids ne semblait pas la gêner, les années ayant rendue l'arme familière à sa porteuse. Son visage s'anima de nouveau :

— D'ailleurs, j'ai une autre idée. Pourquoi pas nous entraîner ensemble, si vous avez le temps ? Et par s'entraîner, j'entends croiser le fer. »

Bien sûr, le geste était intéressé ; elle ne doutait pas que s'entraîner avec son invité serait un défi et qu'il en résulterait probablement une défaite; mais elle n'avait pas fait face à un adversaire aussi imposant depuis des lustres. Peut-être que se retrouver face à un tel opposant provoquerait le déclic tant attendu. Le style de combat d'Amadotsu l'impressionnait. Elle voulait apprendre de l'autre, accomplir l'évidence qui s'imposait à elle : être meilleure que la veille et moins accomplie que le lendemain.

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Amadotsu Kodan

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MessageSujet: Re: [Terminé] La girafe et la montagne Sam 19 Juil - 14:48


Rien n'aurait pu faire plus plaisir au guerrier Setsu que la mine enjouée de la descendante des Kujikawa alors qu'elle se laissait aller à ses applaudissements, faisant ainsi écho aux siens. Malgré leurs différences si nombreuses qui auraient pu séparer les deux adeptes des arts martiaux qu'ils étaient, ils étaient unis de manière évidente par un souhait commun. L'humeur maussade et les rêves ombrageux du matin s'étaient envolés devant le visage éclairé qu'elle lui offrit alors.

Il se contenta de sourire lorsqu'elle lui offrit son analyse et intérieurement, il fut touché par ses félicitations. Il se savait bien meilleur à l'usage du ono, du tetsubo, du dai-tsuchi ou du masakari, et cela sans compter sa technique au no-dashi et au zanbato. Mais les armes d'hast faisaient partie du répertoire des Kiyooki, et s'il brillait moins dans leur usage que dans celui des armes lourdes, il savait pertinemment être un représentant émérite de leur maîtrise... Enfin, rien de comparable à ce qu'elle lui avait proposé comme spectacle lorsqu'il était arrivé, quelques instants plus tôt.

Une fois les éloges et son remerciement passés, elle remit la main sur son yari. Un instant, il la suivit du regard, appréciant l'image qu'elle rendait. La taille de la lance dominait très largement celle de sa porteuse, mais il n'en conçu pas le moindre ridicule, trouvant l'image particulièrement exaltante. Décidément, elle serait redoutable plus âgée, à tout point de vu. Ce qu'elle lui proposa ensuite lui avait parut évident  dès qu'il avait vu sa danse et c'était exactement ce qu'il avait espéré alors qu'il lui avait fait la démonstration de ses maigres talents.

Il se releva donc en silence, dominant à plus d'un titre l'adolescente. La comparaison de leur physique respectif était écrasante. Il était plus grand, bien plus large et son poids devait être au moins le double de celui de la jeune fille, sans compter son armure qui s'ajoutait à celui-ci. Elle lui fit penser à une kirin et il se savait aussi vaste qu'une montagne. Il ne put s'empêcher d'offrir un sourire carnassier à son hôte, jubilant en son fort intérieur au défi qu'elle lui offrait.

Tandis qu'il se dirigeait à nouveau vers le support des armes d'entraînement pour se ré-équiper à son tour, son esprit visualisait déjà le combat qui allait s'offrir à lui. Elle le harcèlerait probablement. Cela allait être un véritable siège dont il serait la forteresse et elle l'assaillant. Il frémit imperceptiblement à l'idée de devenir l'adversaire invisible qu'elle affrontait lors de son enchaînement précédent. Il se repositionna au centre des tatamis, la pique de sa lance levée vers le ciel.

Son sourire de guerrier enthousiaste se fondit en une expression plus chaleureuse. Il était largement avantagé par les éléments qui le couvrait. Le considérer comme alourdi par la masse de son armure aurait été malavisé. Il était habitué à leur port bien avant d'avoir eut l'age de Nagi et il avait même été amené à dormir dans certaine d'entre elles lorsqu'il n'en avait pas eu le choix, pour des gardes en tant que yojimbo ou samuraï... Ou lors des veille de batailles. Son chemin de pensé devint tortueux et risquait de faire passer à nouveau un voile d'ombre sur son visage, aussi l'écarta t-il grâce à l'enthousiasme que l'adolescente avait révélé. Il n'aurait pu lui en être plus redevable à présent.

Je pense que nous avons tout à fait le temps pour cela, Kujikawa Nagi-san ! Vous me feriez un honneur que je ne saurai exprimer par des mots en opposant votre talent au mien pour quelques passes. Mais n'y allez pas trop fort quand même, yaridoka, mon Seigneur ne serait pas ravi d'avoir à me porter inconscient jusqu'à notre auberge de passage lorsque sa visite à votre père sera terminée !

Il ponctua sa dernière phrase d'un rire franc, mais son esprit était déjà dans le futur duel. Néanmoins, il ne pouvait s'empêcher de voir dans le regard de celle à qui il allait s'opposer une attente étrange. Elle cherchait autre chose, à combler un manque. Il avait hérité d'une force d'empathie depuis qu'il avait été yojimbo et plus encore lorsqu'il prit service au prêt du Seigneur Inari, mais ce don ne lui permit pas de voir plus loin que ça. Il espéra juste pouvoir satisfaire à l'attente de sa jeune adversaire.

Allez y comme vous le souhaitez, je m'adapterais si je le peux à votre degré d'agressivité. Et je ne vous ferais pas le déshonneur de vous sous-estimer !

Sur ces mots, il reprit la garde atypique qui avait été la sienne lors de la deuxième partie de sa démonstration. Le corps voûté, la lance soutenue sur ses épaules, tenue de sa seule main droite et les jambes arquées. Néanmoins, une subtilité vint à poindre au tableau. Son bras gauche, précédemment ballant, était dorénavant tendu vers la jeune fille, paume orientée vers les cieux. La suite allait s'avérer passionnante !


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Dernière édition par Amadotsu Kodan le Ven 25 Juil - 17:00, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Terminé] La girafe et la montagne Dim 20 Juil - 13:08

« — Alors en garde ! »

Tête haute et épaules droites, elle avait sa main sur le manche d'Ara Mitama et fixait son adversaire, les yeux mi-clos et pourtant alertes, attentifs.

C'était une volonté de la part de Kodan de lui accorder le premier coup, un mouvement cohérent avec ce qu'il avait démontré quelques minutes plus tôt. Une posture toute en défense tranquille, tel un bloc rocheux. Ca allait être difficile. Il lui sembla un instant être face à une montagne, un obstacle incontournable. Ce sentiment s'effaça bientôt pour laisser place à la frénésie du combat. Elle s'élança vers son adversaire, d'une impulsion violente sur le tatami. Sa lance virevolta brusquement sur le côté, pour porter un coup d'estoc violent à son adversaire. Ca n'avait fait que l'effleurer, tout au plus. Le contraire l'aurait un peu déçue.

Elle enchaîna avec une série d'attaques, sa lame dansant devant elle en une myriade de coups en piqués ou par le tranchant de son arme qui semblait former un voile meurtrier entre elle et son partenaire. Il était endurant, comme prévu. Elle esquivait tantôt un coup d'un pas vif, reculait parfois sous le coup d'une attaque.
Rester imprévisible, en tout temps. C'était la devise Kenshu. Jaune, couleur de l'éclair. Ne pas espérer qu'il se fatigue vite. Ne jamais compter sur la faiblesse d'un adversaire, lui avait un jour dit son père.

La suite de frappes qu'elle administra était une combinaison d'attaques lancées. Il ne pouvait que reculer à chaque assaut, ce qui avait pour atout de faire naître un faux sentiment de victoire chez l'autre tout en réfléchissant à d'autres attaques. Les lames s'entrechoquaient dans un fracas presque élégant, un cliquetis qui semblant ne jamais prendre fin, rythmé par le bruit sourd des talons contre le sol et de leurs respirations parfois perceptibles. Son souffle s'était agité, son regard qui devenait fièvre, fournaise, puis volcan, ses veines saturée d'énergie. Elle ne relâchait pas l'assaut, déterminée à percer les défenses de la Montagne.

Nagi pivota sur ses hanches dans un mouvement aussi rapide qu'inattendu ; elle mit toute son énergie dans ce mouvement et la lame de sa lance fusa vers Kodan dans une percée brutale.
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MessageSujet: Re: [Terminé] La girafe et la montagne Dim 20 Juil - 15:15


Et la foudre s'abattit sur la montagne.

Prêt à tout depuis qu'il avait admiré le savoir martial de son opposante lors de son entraînement, il aurait très certainement dû s'attendre à la furie de précision qui s'était jetée sur lui à l'instant. Néanmoins, il avait pensé avoir à gérer une légère montée en mesure, non pas l'abandon de soit dont elle fit preuve en un instant fugace. Le combat aurait pu tourner court dès le premier assaut si son instinct seul n'avait pas dévié la pointe de l'arme de son adversaire au dernier moment.

Il ne pu empêcher la surprise de s'afficher sur son visage si maîtrisé habituellement. Ses yeux s'ouvrèrent en grand, interloqués par la débauche d'effort dont elle usait. Elle ne paraissait pas intéressée le moins du monde pour donner de sa personne progressivement, afin d'évaluer le niveau dont il était capable. Non, c'était un quitte ou double impressionnant. L'héritier de Kazan était sous le feu d'un nombre incalculable de frappes-éclair qui n'avaient jusque là jamais portées aussi bien ce nom.

Il se protégeait de façon erratique, incontrôlée, complètement prit au dépourvu. Qu'une enfant, aussi douée soit elle, parvienne à cet exploit lui coupait le souffle. Il ne s'était pas attendu à un fait qui était pourtant une évidence. Elle avait été plus maline à tout point de vu, analysant les forces du premier Amadotsu et en tentant de tirer partie immédiate de ses faiblesses. Il para un coup en lui opposant la brassière de son bras libre à la pointe de la lance de l'adolescente,  frappa d'un arc circulaire le bâton de dette dernière alors qu'une seconde attaque tentait de passer outre sa défense.

Par deux fois, il tenta de mettre de la distance entre eux afin de profiter de son allonge, nettement supérieure, pour contre-attaquer. Par deux fois, elle répondit à cette tentative en infiltrant son cercle et le poussant à chaque essai dans une défense désespérée. Les coups rares et hasardeux qu'il lançait étaient rapidement compensés par une retraite immédiate et suivit par un assaut fulgurant. Ce qui se produisit ensuite n'avait eut lieu qu'en des cas si exceptionnels qu'il en fut presque abasourdit.

Elle habilla le monde de coups de piques multiples, tant et si bien qu'il fut totalement submergé et, dans le refus du moindre impacte, il mit un pas en arrière, suivit d'un autre. Ce n'était jamais arrivé. Toute sa vie durant, l'ancien Setsu avait apprit à subir, à tenir, à être un barrage que rien ne pouvait briser, ni encore moins faire reculer. Et pourtant, c'était exactement ce qui se produisait. La jeune artiste lui imposait un rythme que personne n'avait réussit à lui faire prendre.

C'était une enfant d'une quinzaine d'années. Talentueuse, certes... Mais à ce point là ? Il avait été Yojimbo, puis Taii en première ligne des forces Setsu. Des guerriers expérimentés s'étaient brisés sur lui et n'étaient plus à présent. Des samuraïs adultes, fort d'années d'entraînements et même parfois éveillés au don des Kamis, n'avaient pas réussit à faire vaciller le descendant des Kiyooki. Il vit la lueur dans les yeux de sa partenaire. Elle marqua soudain un temps, vrillant sur sa position de base, usant de l'inertie de son corps pour projeter un coup d'une violence inouïe pour une si jeune adepte.

La montagne devint un volcan.

Le coup rencontra l'arme du guerrier. Sa lance était fichée au sol, pointe vers les cieux, totalement perpendiculaire. Elle était soutenue par le bras et la jambe gauche du Kazanien, ainsi que du reste de sa masse plaquée derrière. Le claquement du bois qui s'entrechoque fut tel qu'il manqua de faire siffler les oreilles aux deux belligérants. Le visage du yoriki était fermé dans une expression de froide colère qu'on aurait pu croire impossible en rencontrant ce dernier pour la première fois.

La tension de son corps jouait sur les attaches de son armure légère. Le cuir et le treillis se mirent à bruisser, tiraillés par la contraction des muscles qu'ils couvraient. Les deux pieds du bushi s'enfoncèrent presque dans les tatamis. Ses jambes s'arquèrent, assurant une prise totale au sol. Et durant un instant qui parut une éternité, ils gardèrent tout deux la position. Les choses seraient différentes à partir de maintenant.

Le Hagane Towaringu-jutsu était encore jeune et il donnait le meilleur de lui-même lorsque son utilisateur maniait le Zanbato Tsuma yōji no kamigami. Mais la technique de l'acier virevoltant pouvait très largement se transformer en technique de la lance virevoltante. Le bushi leva son arme et lui fit décrire une série de cerles au dessus de sa tête, puis autour de lui, créant un véritable mur de bois et d'acier mêlés.

Il ne se contenta pas de faire vriller et danser la lance autour de lui. En utilisant la vitesse accumulée par le mouvement qu'il imposait à cette dernière, il lançait un coup et reprenait sa chorégraphie l'instant suivant. Tout cela dans un rythme brisé, sans cohérence apparente. Comme celui du cri de la terre, lors de l'irruption d'un volcan. Lorsqu'une frappe alla se ficher au sol, habilement esquivée par Nagi, la marque qu'elle laissa sur l'infortuné tatami témoigna de deux faits avérés : Si elle était portée, elle briserait les os de sa victime, sans aucun doute.

Le second fait était que le tatami était bon à jeter...


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MessageSujet: Re: [Terminé] La girafe et la montagne Mer 23 Juil - 17:02

Elle serra imperceptiblement les dents. Elle avait déversé toute l'énergie dont elle pouvait faire preuve sur lui, toute la hargne dont elle était capable et face à laquelle un adversaire normal aurait, peut-être, cédé. C'était la première fois qu'elle se donnait au combat ainsi. Elle usait de toutes ses parades, toutes ces bottes et coups brutaux qu'elle apprenait jour après jour sans vraiment les mettre en application. L'adrénaline pulsait dans ses veines dans sa forme la plus distillée. L'étonnement dans les yeux de Kodan, elle en était l'auteur. Une sensation de paix l'envahit. Elle décida de s'y laisser absorber.

Sa lame rencontra celle de Kodan, solidement fichée sur le sol. Ils restèrent ainsi pendant ce qui parut une éternité à la jeune Kujikawa, le fer crissant légèrement alors qu'aucun des deux combattants ne semblait vouloir lâcher sa prise. Puis la lame de son adversaire virevolta soudain, et sans qu'elle ait pu amorcer une quelconque parade à ce qui était sur le point de lui tomber dessus, Nagi vit la lance virevolter en un cyclone furieux qui entourait totalement son adversaire, reprenant ainsi l'avantage qu'il avait perdu durant quelques secondes. Elle recula vivement.

Le fer la frôla un instant, laissant une trace sur la peau de son bras en guise d'avertissement. La frappe suivant vint percer le tatami avec puissance alors qu'elle se décalait de justesse. C'était bien plus puissant de ce qu'elle avait imaginé. Elle savait que ce n'était qu'une question de temps avant que ses coups deviennent plus hasardeux, avant qu'elle commence à s'épuiser totalement. Elle fronça les sourcils et fit tournoyer sa lance, décidée à en finir. C'était toujours à qui désarmerait l'autre.

En garde. Nagi avait l'initiative, cette fois. Elle poussa un cri alors qu'elle s'élançait pour porter un coup d'estoc brutal. Elle ne calcula pas l'ouverture qu'elle laissait à sa gauche, alors que tout son corps était élancé dans un mouvement se voulant décisif.
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MessageSujet: Re: [Terminé] La girafe et la montagne Jeu 24 Juil - 18:05


Le Hagare était une technique protectrice par excellence. Il préservait le corps, usant de la taille de l'arme utilisée, favorisant les plus lourdes ou les plus longues d'entre elles. En attaque, il visait les cibles les plus massives, préservant des assauts d'escouades entières, voir d'une charge de cavalerie. Ce qui se jetait sur ce rempart était le plus souvent éjecté et si par malheur il venait à être absorbé dans ce typhon, il finirait broyé dans le cœur du cyclone. Mais il avait un autre effet défensif, non pas sur le physique, mais sur le mental de son propriétaire.

Lancé lorsqu'il était acculé, sous la pression du combat, son utilisateur pouvait en son centre imprenable reprendre l'assise sur son esprit. La colère de s'être laissé débordé de façon inédite par la véritable tensaï que s'était révélé être la jeune Kujikawa se dissipait peu à peu dans l'espace de paix qui se créait autour du yoriki. L'analytique reprenait le dessus sur l'instinct, la tranquillité domina l’excitation du combat. Il n'avait pas à sentir des pulsions aussi violentes pour un entraînement.

Son visage s'ouvrit à nouveau sur son expression bienveillante, presque paternelle envers Nagi. C'était à n'en point douter une étudiante impressionnante, qui deviendrait parfaitement redoutable dans un avenir proche. Ce tempérament effacé et maladroit qu'elle avait pu avoir pour tenir son rang et afin de respecter l'étiquette disparaissait en faveur d'une fougue magnifique dans la fureur du duel. À qui serait aussi sensible que Kodan envers les guerrières, elle serait aussi probablement dangereusement séduisante.

Son dernier coup avait fort heureusement provoqué la retraite temporaire de la samuraï-ko en devenir et il décida que cette image qu'elle lui offrait s'inscrirait à jamais dans son esprit et il l'en remercia silencieusement pour ça. Il admirait la tension des muscles de son adversaires qu'il devinait sous les pans de son kimono. Tout dans l'expression de la lancière Kenshu révélait sa résolution, une détermination et une conscience de la fatalité d'un dernier assaut.

Il accueillit d'un sourire la lueur de son regard, tout à fait prêt à recevoir sa charge. Durant cet instant infime, il vit à quel point elle lui était semblable. Elle grandirait, parviendrait à sa hauteur en force, ce qui était déjà exceptionnel en soit. Il lui manquait la tempérance et la confiance en ses capacités, elle donnait tout beaucoup trop vite. Il aurait voulu être du clan Kenshu pour battre le fer rouge qu'elle était, prête à être façonnée, forgée, aiguisée. Elle était une pierre brute dans l'attente d'un affinage.

Il pensa un instant à faire appel à Moegami, mais elle n'avait pas invoqué les dons de Gekigami sur lui, il en était certain. À moins qu'elle ne puisse tout simplement pas le faire. C'était envisageable et il était parfaitement bien placé pour le comprendre, elle pourrait même ne jamais entendre la voix de son Kami. Cela ne changeait absolument rien. Elle n'en aurait pas besoin vu ses capacités actuelles. Quoiqu'il en soit, il se refusa finalement à cet usage.

Elle fondit sur lui, d'une manière étonnamment présomptueuse. Il eut un frémissement plaisant à l'entente de son kiai retentissant. Le combat était véritablement la conversation qui révélait totalement la prestance de la future samuraï-ko. La pointe de sa lance était telle une flèche tirée par un yumi tendu à l’extrême, sa trajectoire rectiligne, sans défaut, probablement capable de le transpercer de part en part si il avait été tout autre qu'un descendant des Kiyooki.

Tout ce qu'il vit fut le flanc qu'elle lui offrit et ce qui suivi parut durer des heures. Il bloqua brutalement les tourbillons de sa lance sous son bras droit, laissant son gauche totalement libre, il déplaça de façon imperceptible sa jambe gauche, changeant son centre de gravité dans la direction perpendiculaire à l'assaut de la guerrière. L'acier de la lance passa si prêt de son visage qu'il sentit une mèche de ses cheveux arrachée par cette dernière, mais il ne la regardait déjà plus, ses yeux sombres rivés sur ceux de l’héritière des Kujikawa.

Il attrapa le bois de l'arme de la duelliste, juste au dessus des mains de cette dernière, profita de l'inertie qu'elle lui offrait dans son assaut pour tourner sur lui-même en deux pas. Il se servit de la largeur de son corps comme poulie pour emporter celui de sa partenaire d'entraînement, la faisant passer par dessus ses épaules dans un harai-goshi improvisé. Pas un instant il ne cessa d'accompagner la chute de Nagi, afin de rendre le choc au sol le moins violent qu'il put et jusqu'au bout, il ne lâcha pas la lance de la jeune guerrière.

Enfin, il desserra sa prise de l'arme que n'avait pas cesser de tenir, même dans la chute, la seconde fille des Kujikawa. Puis il recula d'un pas et salua son adversaire au sol. Il n'était plus question de continuer le combat et il ne souhaitait pas insulter l'honneur de sa jeune adversaire en poursuivant cet échange martial.

Domo arigato, Kujikawa-san. Ce court échange dépassait mes plus folles espérances à votre sujet. Si la moitié des adeptes du Yari de Kenshu ne possèdent que le quart de votre talent, j'espère que je n'aurai jamais à avoir à affronter une ligne de vos lanciers !

Il avait dit cela avec sincérité et une profonde chaleur dans la voix. Priant les Cieux que l'adolescente ne serait pas trop touchée mentalement par la fin précipitée de leur duel. Il ne s'était passé qu'une poignée de minutes depuis le début de leur affrontement et tout cela lui avait pourtant donné l'impression d'avoir duré des jours entiers. Pourtant, il n'avait pas fait entièrement connaissance de l'âme de la jeune guerrière, et son esprit bouillonnait de curiosités à son égard.


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Dernière édition par Amadotsu Kodan le Ven 25 Juil - 17:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Terminé] La girafe et la montagne Ven 25 Juil - 14:19


Au moins elle n'avait pas lâché son arme, mais quelle chute... Nagi se frotta la tête, secrètement reconnaissante à Kodan de n'avoir pas profité de son avantage pour rendre la défaite humiliante. Elle n'avait pas atteint ses limites, mais elle avait tout donné, trop tôt. Elle avait l'impression d'avoir perdu deux fois : face à elle-même, sans pouvoirs ; face à Kodan, sans maîtrise.

Plein de questions martelaient son esprit, mais aucune ne semblait plus importante qu'une autre. Elle voulait lui lâcher sa bile de questionnements en plein visage, apaiser sa curiosité et peut-être se rassurer elle-même. Mais elle ne pouvait pas, car ses pensées ne faisaient que s'entre-croiser et qu'une seule réussissait à lui revenir : il ne fallait l'importuner.

« — Arigato, Amadotsu-san. Vous êtes un bushi de talent ; merci de m'avoir fait l'honneur de ce combat. (un geste amusé vers le sol) Je me garderai de mentionner le tatami à mon père, il risquerait de ne pas apprécier...

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire aux mots du bushi.
Il lui faisait croire, l'espace d'un instant, qu'elle n'était pas infirme, qu'elle pouvait passer outre sa faiblesse et être un honneur à défaut d'une honte. Mais il ignorait que cette maîtrise du Yari, aussi imposante soit-elle pour une samuraï de son âge, ne vaudrait rien, plus tard, sans pouvoirs. C'était un fossé qu'elle ne pourrait franchir. Chaque jour qui passait augmentait le poids sur ses épaules, l'urgeait de devenir "normale" comme les autres.

— Je vous ai défié parce que je cherchais à atteindre quelque chose, mais... j'ai échoué, encore.

C'était vrai. Tout ça avait été égoïste du début jusqu'à la fin. Ce n'était pas tant par intêret pour le samurai qu'elle avait en face d'elle que pour tester ses limites à elle, pour défier le néant. Elle s'en voulut de s'être servie de lui ainsi. Gekigami la foudroierait, si il était seulement conscient de son existence. La pensée lui arracha un sourire amer.
C'était tellement injuste.

Elle avait versé son sang, enduré les coups, les entraînements, et les Kamis savaient qu'elle détestait ça. Cela aurait été tellement plus facile de s'appeler infirme. Un label bien confortable, pour justifier sa faiblesse. Ne pas avoir de pouvoirs, être la cadette d'une famille bourgeoise de maigre influence, mais être la brave fille qui avait remonté la pente malgré cela, c’est tellement plus facile. C'était horrible à dire, mais c’était tellement plus simple pour elle.

— Y a-t-il des guerriers indignes de... de la bénédiction des Kamis ? »
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MessageSujet: Re: [Terminé] La girafe et la montagne Lun 28 Juil - 17:07

Il soupesait toujours l'arme d'entraînement, jugeant de son poids, cherchant inconsciemment la meilleure utilisation dont il pourrait en faire si l'occasion se présentait à nouveau. Puis il se décida à aller reposer la lance sur son support, en haussant les épaules. Son esprit était en réalité orienté vers les réactions de sa jeune partenaire. Nombre de choses paraissaient se passer derrière ces yeux d'adolescente, ainsi qu'une gêne évidente dont il ne sut aucunement déceler la source.

Il s'assit en tailleur, non loin de l'étudiante, se refaisant le combat de mémoire, revisitant de façon consciente ce que l'instinct avait obstrué. Il crispa sa mâchoire au souvenir de sa retraite surprise. Il pouvait accepter tout le talent de la guerrière, mais pas son manque évident d'ouverture d'esprit à lui. Avoir été prit de court était une nouvelle, un sentiment désagréable qu'il ne souhaitait pas réitérer. Pourtant, l'échange avait été plaisant, à tout point de vu. Son étonnement était toujours aussi frais quant au déploiement de compétences dont Nagi avait avait fait preuve et il revoyait ses mouvements, extrapola quelques années d'affinage et frémit de plaisir à l'idée de ce que donnerait sa technique, quelques années plus tard.

Il salua le compliment qu'elle lui fit en inclinant la tête, tout sourire et se frotta la tête, gêné, à l'évocation des dégâts qu'il avait provoqué. Mais malgré la légèreté de ces propos et la douceur d'un instant sur les traits de la jeune fille, le yoriki décela la détresse dans les mots qu'elle lui tint par la suite. Son aveu porta une nouvelle lumière sur sa volonté empressée de croiser le fer avec lui. Il avait aussi souhaité cet affrontement, certainement sous le charme certain de la belle combattante qu'elle deviendrait un jour, mais aussi, il se refusait parfois à l'avouer, probablement poussé par le bushi fier en quête de défi qui sommeillait en lui.

L'importance qu'elle accordait à la bénédiction des kamis le choqua presque, sans qu'il ne laisse rien paraître. Ils n'étaient pas si nombreux que cela à être élus par ces derniers et il fut étonné qu'elle se pense indigne des faveurs des Cieux. Leurs voies étaient impénétrables et il ne s'était jamais posé la question auparavant. Il connaissait bon nombre d'excellents bretteurs sans le souffle de Moegami à Setsu, ni celui d'aucun autre esprit, à la cour impériale.

Il se demandait dans quelle condition elle pouvait penser ce qu'il devinait à présent. Ce qui l'avait poussée à cette conclusion si particulière. Le bushido ne comptait pas sur ces faveurs et l'homme était tout à fait capable de prouesses sans que le regard des Dieux ne se pose sur eux. Cela piqua sa curiosité, mais il ne s'en formalisa pas. Il se releva de sa position et se dirigea simplement vers l'adolescente. Tant pis pour l'outrecuidance de son geste, c'était une enfant qui avait besoin de réconfort, et il ne serait pas celui qui l'enfoncerait dans sa tristesse.

Il apposa sa mains droite sur la tête de l'héritière des Kujikawa, et ouvrit son visage dans une expression paternelle et chaleureuse. Malgré son accent violent, cette voix qui ressemblait à de l'acier que l'on frappait continuellement, il se voulut aussi apaisant que possible :

Je ne suis pas apte à connaître la réponse à cette question, Nagi-san. Ma place n'est pas de tenter de comprendre la volonté des Cieux, mais je ne crois pas qu'un seul enfant de Yokuni soit indigne de leur volonté supérieure.

De sa main gauche, il vint se frotter le menton et leva les yeux, comme si son esprit remontait dans la ligne de son passé, son sourire ne le quittant pas un instant, il poursuivit :

Dès mon plus jeune age, j'ai été amené à forger mon esprit et mon corps, parfaire mes connaissances et maîtriser les arts qui rendraient honneur à mes ancêtres. Je suis né Kiyooki, un nom fort et glorieux. Mais j'en ai refusé l'héritage du sang et me voilà dorénavant Amadotsu, un choix que j'ai fais lors de mon passage à l'age adulte afin de prouver à tous que je serais capable de mériter la gloire de mes aïeuls.

Je ne peux pas dire si j'en suis encore digne aujourd'hui, non, ce serait vous mentir que de dire cela. J'ai perdu une partie de mon honneur et je le recouvre peu à peu. Notre destin est parsemé d’embûche et seul ce dernier peut dire si l'on est capable de passer outre ces obstacles ou non. Je sers mon Seigneur avec fierté, mais je n'oublie pas mes racines. J'aspire à les retrouver, mais je laisse ce choix aux Kamis.


Il baissa à nouveau le regard sur son interlocutrice, rien n'ayant obscurcit sa mine enjouée :

Vous parlez de la bénédiction des Kamis. Certains ne la recevront jamais. Une majorité d'entre nous à vrai dire. Je ne vous cacherai pas être un élu, mais la suite de mon histoire va probablement vous intéresser plus que le reste à dire vrai. Je me suis illustré dans bien des domaines, mais ne vous assommerait pas en les détaillants, sans pour autant que le kami de mon clan ne m’octroie la moindre de ses faveurs. J'ai douté bien sûr, mais ce fut un instant si court que je ne saurais vous dire exactement quand.

Je suis devenu un samuraï, puis un Yojimbo sans que la moindre capacité extérieure à ma propre force ne me soit révélée. Je n'étais pas seul, loin de là. C'est à peine si, en ce temps, j'eus croisé un utilisateur élémentaire. Je n'ai jamais cherché à comprendre finalement. C'est arrivé sans que je ne m'y attende. Ne cherchez pas à forcer le destin, il arrive tôt ou tard, j'en suis la preuve vivante.


Il souleva la main qu'il avait apposé sur le chef de Nagi et la plaça entre elle et lui, sans que son regard ne quitte le siens.

Il y-a tout juste quatre ans, lorsque je fus présenté au kannushi de mon clan d'origine, une flamme s'est emparée de mon âme et de mon cœur. Je l'ai sentie débordante, d'une implacable fureur mêlée d'une douceur réchauffante. Mon Kami, par le biais de son avatar, m'avait enfin remarqué et cela était arrivé sans que je ne l'attende. Depuis, je suis porteur de son feu, mais je vivais tout à fait honorablement mon existence avant ça.

Il ferma son œil droit, un sourire conspirateur sur le visage et continua :

Je ne suis... Digne, comme vous dites, que depuis quatre années et j'ai actuellement vingt-neuf printemps. Ne soyez pas trop prompte à recevoir vos dons si vous êtes destinée à en être réceptacle. Surtout, ne les appelez pas. Vivez simplement l'instant présent et ne tentez pas de forcer votre destin, cela ne se peut.

Vous êtes merveilleusement douée, Kujikawa-san. L'idée de vous revoir un jour, forte de l’expérience que vous emmagasinerez sans aucun doute, fait frémir mon âme. Brisez le cocon de vos doutes et parcourrez votre voie en samuraï, acceptant ce que votre destinée vous offre à chaque instant.


Il se redressa, les mains sur les hanches, mimant un air triomphal et s'attacha à décrypter ce que son discours avait pu provoquer en elle.


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MessageSujet: Re: [Terminé] La girafe et la montagne Ven 22 Aoû - 23:04

Nagi regretta instantanément la franchise teintée de détresse dont elle venait de faire l'étalage devant un illustre invité Setsu. Elle réprima sa honte, le feu lui montant aux joues. Sans le vouloir, elle buvait les paroles du guerrier, toute son attention étant portée sur lui. Les discours des Setsu étaient-ils toujours aussi enflammés, ou était-ce la facette impressionnable d'elle-même qui parlait ? De tels mots d'encouragement étaient loin de tout ce qu'elle avait pu entendre jusqu'alors, plus personnels, plus elle, peut-être. Ces mots reflétaient ce qu'elle voulait entendre. Ainsi, Kodan avait obtenu ses pouvoirs à vingt-quatre ans... Si tard ! Pourrait-elle attendre jusque là ?
Sans répondre à ses questions - car elle n'attendait pas de réponse - il avait un peu réussi à calmer cette tempête en elle.

M-merci. Vous m'honorez !
Un sourire chaleureux passa sur son visage à ces mots. Mon chemin me paraît... un peu plus clair.
Si vous dites vrai, alors je serais ravie de croiser le fer à nouveau avec vous, quand le temps dont vous parlez sera arrivé.
Elle ponctua sa phrase d'un sourire, ayant regagné un peu de contenance.


J'ai... tendance à vite me décourager, et mes doutes pèsent alors plus lourd que n'importe quelle armure sur mes épaules. N'importe quel faux-pas suffirait...

Elle ne termina pas sa phrase, regardant un instant par une des fenêtres rondes qui donnaient sur le jardin encore ensommeillé. Oui, l'erreur n'était pas permise, alors autant redoubler d'ardeur pour progresser et chasser ces idées noires de son esprit. De plus, elle avait conscience d'être au milieu de l'adolescence, avec son lot de difficultés. Nagi secoua légèrement la tête.

Mais je dois vous ennuyer, à déblatérer sur mes problèmes. Vous, moi, et probablement chaque guerrier traverse des épreuves comme... celle-ci... c'est probablement égoïste de ma part. Vous faites preuve d'une grande bonté et je ne sais comment vous en remercier, Amadotsu-san.
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MessageSujet: Re: [Terminé] La girafe et la montagne Mer 27 Aoû - 9:49


C'était irrémédiablement une adolescente. Il la dévisageait tandis qu'elle lui répondait tantôt timidement et l'instant d'après avec une franchise étonnante. Mais le bushi était ravi de voir le visage de l'héritière des Kujikawa s'éclairer ainsi. Il avait un peu honte néanmoins, à s'être fait le donneur de leçon d'un moment, il avait encore tant à apprendre que de partager ainsi son peu de savoir ne le rendait pas fier. Le jour où il serait un maître d'armes respecté était loin, si tant était que ce jour adviendrait.

Quoiqu'il en était, à sa place ou non, son petit discours avait fait son effet. La jeune guerrière en quête de savoir paraissait plus heureuse à présent que lorsqu'ils avaient échangés leurs premiers mots ensemble. Il la redécouvrit alors. Il l'imagina bien plus adulte, forte d'une expérience acquise au combat, par un entraînement intensif et une rigueur qu'elle n'avait pas besoin d'apprendre, la possédant déjà bien suffisamment comme ça. Il poursuivrait son chemin, évoluerait de son côté et se forgerait un nom, tandis que la jeune fille deviendrait une samuraï-ko redoutable.

Son imagination n'allait pas jusqu'à deviner les dons que Gekigami prêterait à Nagi, si cela devait arriver un jour, mais si c'était le cas, leur prochaine rencontre se révélerait intéressante... Quoiqu'un doute subsistait, mais cela ne la concernait pas elle, le problème venant de lui. Elle serait une femme probablement merveilleuse selon les critères du yoriki. Combattante, déterminée, puissante. Son visage d'adolescente montrait déjà ce qu'il allait devenir une fois la maturité acquise, et la force de l'exercice en ferait autant sur son corps déjà parfaitement dessiné.

Cela ne manqua pas de troubler l'héritier de Kazan qui du faire appel à sa maîtrise sur lui pour ne pas s'enfoncer dans ce sentiment qui ne lui était pas inconnu, loin s'en faut. Il se focalisa sur les mots de l'héritière des Kujikawa, balayant d'un coup sa faiblesse personnelle. Elle commençait à s'épancher sur un certain manque de confiance en elle et les paroles qu'elle avait pour elle même étaient à mettre sur le compte de la jeunesse, supposa-t-il. Elle n'alla pas au bout de sa pensé, s'égarant sur le lointain qu'une fenêtre lui offrait.

Elle présumait à nouveau, souffrant indéniablement d'un syndrome d'imposture ou de manque de confiance en elle. Il n'avait connu cela qu'un jour un seul. Elle lui ressemblait à plus d'un titre et il supposa qu'elle venait d'atteindre la même marche que lui, lorsqu'il avait le même age qu'elle, à peu de choses prêt. Les raisons de l'époque n'étaient pas les mêmes, mais il savait à présent quels mots il aurait voulu entendre à ce moment, bien que ce fut à partir de cet instant qu'il se révéla à lui-même.

Il s'assit en tailleur à même l'endroit où il s'était dressé de manière triomphal, quelques instants plus tôt. Il posa ses mains sur ses genoux et leva les yeux vers le plafond. Il ne le regardait pas vraiment, concentré sur ses souvenirs remontant à un peu moins d'une quinzaine d'années, puis énonça d'une voix rêveuse :

Il parait si simple de dévaler le flanc d'un mont et si complexe de l'escalader. Il s'agit pourtant du même flanc. L'impression confortable de la chute arrive plus que de coutume à prendre le pas sur la difficulté de se hisser, mètre après mètre, jusqu'au sommet. À votre age, j'étais déjà un homme à part entière depuis presque deux ans, mon gempukku à Moe vibrait encore dans ma mémoire et je dirigeais les terres de mes ancêtres comme mon père l'avait fait avant moi et le sien avant lui.

Néanmoins, de son héritage, il y-avait une chose que je ne parvenais pas à dominer. Voyez vous, Nagi-san, Kiyooki Hayato, mon père, était un colosse, même comparé à l'image que je rend parfois aux gens. C'était un vrai Seigneur de Kazan qui participa à la reconstruction d'après l'Enfer Écarlate et à la naissance de mon clan. Son arme fétiche était un tetsubō, Shūnenbukai yama, que je ne parvins jamais à maîtriser.

J'ai douté. J'étais certain d'avoir failli à mes ancêtres et à mon géniteur plus particulièrement. J'avais tant donné dans l'apprentissage de l'art des armes lourdes que ma maîtrise du sabre laissait à désirer.  Et de me voir ainsi dans l'impossibilité de comprendre la logique martiale nécessaire au maniement du don de mon aïeul manqua de me briser comme vous le décrivez si bien : Un découragement total, l'impression que je pouvais chuter à n'importe quel faux pas.

J'ai choisis en ce temps de me retourner vers la prière et avant même de m'épancher auprès de mon Kami, je vis ma destinée s'ouvrir à moi.


Il montra du bout de son index droit l'immense sabre qu'il avait laissé contre le mur avant de prendre le Yari d'entraînement.

Ceci est Tsuma yōji no kamigami. Il n'existe pas deux armes comme elle. Elle est à l'image de l'épée d'un Dieu que je vis représentée dans le temple où je souhaitais trouver refuge et dont j'avais demandé une réplique dans mon caprice d'adolescent. Il fallut trois années pour qu'elle me soit confectionnée selon mes critères égoïstes, mais le résultat fut au rendez vous. Elle n'a jamais connu la défaite au bout de mes bras et son tranchant ne s'émousse pas. J'en suis l'unique maître et, même si ça n'est pas encore parfait, j'en crée chaque jour l'art de son maniement, dont vous avez pu voir un aperçu lors de notre échange.

Avant que cette histoire ne vous assomme, Nagi-san, comprenez où je veux en venir : Nous avons le droit de tomber. La chute nous est permise par les Dieux. Dans l'apprentissage, la perfection n'existe pas, car elle est son aboutissement. Avant d'y parvenir, nous tombons invariablement. Tout ce qu'il faut ensuite, c'est de se relever, de reprendre l'ascension et de passer à un nouveau pallier. J'ai abandonné Shūnenbukai yama, qui repose dorénavant aux côtés de l'armure de mon père. Mais j'ai pris  Tsuma yōji no kamigami et j'avance à présent, chacun de mes pas s'ouvrant sur mon destin.


Son regard retomba vers la jeune Kujikawa et son sourire se fut de nouveau franc, il poursuivit avec une chaleur sincère dans la voix :

Lorsque vous aurez trouvé votre chemin, la chute vous sera à jamais épargnée. Je prie Gekigami de m'accorder le droit de vous revoir après cela. Vous ne m'ennuyez aucunement, Nagi-san, nous avons tous nos instants de doutes et il est bon de pouvoir compter sur un pair pour nous guider. Si j'ai pu vous montrer ne serait-ce qu'une direction à suivre dans l'obscurité de vos doutes, alors vous m'en voyez honoré et cela pourrait être la seule récompense que j'espère de cet échange.

Il marqua une pause puis se leva, lissant les plis de son kimono et réajustant son armure légère, il alla récupérer son zanbato et harnacha à nouveau ce dernier sur son dos. Tout en serrant ses liens, il se retourna vers la jeune fille et conclu :

Néanmoins... Si je puis voir un autre remerciement que l'honneur que vous m'avez fait aujourd'hui, je le soupçonne de se révéler à nous deux à l'avenir, lorsque nos routes se recroiseront. Vous pourriez m'offrir un nouveau combat, fort de nos deux expériences enrichies... Ou bien tout autre chose. Je suppose que vous aurez la réponse à cette question le moment venu.

Il s'inclina alors très poliment en direction de la yaridoka, l'acier qu'il portait sur lui crissant doucement.

Domo arigato pour ce jour que je n'oublierais pas même dans l’au-delà, Kujikawa Nagi-san. Si vous ne voyez pas de mal à cela et si vous n'avez rien à ajouter, alors je m'en vais retourner auprès de mon Seigneur et de votre père. Vous avez su changer mon humeur et me montrer un trésor des terres de Kenshu qui restera gravé dans mon esprit. Finalement, c'est peut être à moi de ne pas savoir comment vous remercier... Ha ha ha ha ha ha !

Son rire roula un certain temps avant de cesser, mais son sourire parut encore longtemps après. Décidément, malgré son début quelque peu désagréable cette journée était bien l'une des meilleures qu'il eut vécu jusqu'à ce jour.

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[Terminé] La girafe et la montagne

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