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 Remuer le couteau dans la plaie [Mori]

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MessageSujet: Remuer le couteau dans la plaie [Mori] Mar 5 Aoû - 16:18

"Dame Akito ?"

La voix la tira de sa confortable torpeur. Elle ouvrit un œil teinté de beige terne sur l'intérieur confortable de la calèche, passant distraitement sur les soieries et les fleurs qui s'y trouvaient. Que lui voulait-on ?

"Nous allons arriver au village, comme vous l'avez demandé."

Son œil s'alluma d'un éclat jaune, indiquant son regain d'intérêt. La Geisha se redressa un peu sur ses coussins moelleux et entreprit de vérifier sa tenue, sans même daigner répondre à son conducteur.

Elle ne voyageait pas pour le plaisir, mais bien pour gagner sa croûte. Un de ses clients les plus riches, gouverneur d'un joli lopin de terre dans la province de Kokyuu, lui avait fait parvenir une invitation formelle il y avait quelques semaines de cela. Son anniversaire approchait et il souhaitait la présence de la jeune femme lors de la réception qu'il comptait donner. La Mère de son Okiya avait négocié un tarif exorbitant pour l'apparition d'une des deux étoiles de sa maison à cette fête : le transport, la nourriture et les kimonos qu'elle y porterait seraient tous à la charge du gouverneur et elle serait de plus payée au-dessus son tarif normal. Il fallait bien ça pour qu'elle s'aventure une semaine hors de Kaze, sur les routes dangereuses de la campagne.
Apprenant qu'elle partait, la Yokai avait profité de l'occasion pour organiser un détour par Machikashi. Il y avait dans ce village une jeune fille, Mori, qu'elle connaissait. Sa mère, une compagne Geisha des plus agréables à fréquenter, lui avait souvent parlé de sa fille si douce et si curieuse. Elle lui avait également confié ladite fille, la nommant sa marraine en même temps que d'autres filles de compagnie qui se trouvaient là.
C'était à la fois un honneur aux yeux de la Lamie et une malédiction, car la fille était encore jeune et d'apparence assez fragile. Elle n'était pas sûre de pouvoir supporter la vue de cette enfant plus de quelques minutes sans risquer de briser un peu plus sa pauvre âme mais elle avait néanmoins accepté ce fardeau avec un stoïcisme impressionnant.
Les années qui suivirent cette promotion au rang de marraine non officielle, elle croisa plusieurs fois sa filleule. Il s'agissait effectivement d'une ravissante enfant, et Akito avait beaucoup de mal à rester près d'elle plus d'une poignée d'heures. Elle mit donc au point un stratagème ingénieux pour s'éviter de trop souffrir : elle ne rendait visite à l'enfant que lorsqu'elle était en voyage. Elle pouvait ainsi prétexter un retard lorsqu'elle commençait à se sentir trop mal, se laissant toujours une porte de sortie.

Maintenant qu'elle arrivait non loin de Machikashi, la traditionnelle appréhension qui l'habitait lors de ses visites commençait à pointer. Elle essaya de se distraire en retouchant rapidement son maquillage et les plis de son kimono, mais la calèche s'arrêta alors qu'elle n'avait pas fini de chasser ses craintes.
Elle n'avait plus trop le choix.
La Geisha se hissa hors de ses coussins pour atteindre le pan de lin qui la protégeait des poussières de la route. Sa main délicate écarta le tissu afin qu'elle puisse passer, et elle descendit avec une lenteur toute royale les quelques marches qui la séparait du sol. Un petite nuage de poussière vint ternir le bas de son kimono et ses hautes chaussures en bois décoré, mais elle se fichait bien de gâcher sa tenue. La jeune fille qu'elle venait voir était bien plus importante que la soie couleur citron de son kimono.
Juché sur la calèche, le chauffeur payé par le gouverneur baladait son regard sur tout le village. Il essayait sans doute de savoir ce qui pouvait pousser une célèbre fille de compagnie à s'arrêter dans un tel endroit. La Yokai dissimulée sous sa peau humaine lui fit distraitement signe de se diriger vers l'auberge du village. Autant que le cocher et le cheval puissent se reposer quelques heures, le temps qu'elle resterait près de Mori, et qu'elle les récupère frais et dispos pour la dernière partie du trajet.
Le jeune homme ne se fit pas prier et il conduisit rapidement son attelage hors de vue de sa passagère.
Cette dernière s'avança tranquillement dans les rues du village dès qu'elle fut sûre que son transport était parti à l'auberge, sans se soucier des passants. Elle déambula ainsi sur les voies terreuses jusqu'à tomber sur la forge qu'elle cherchait. Akitsuka, le forgeron, était planté derrière le fourneau. Il travaillait dur, comme à chaque fois qu'elle passait voir sa filleule, mais elle savait que sa présence serait remarquée d'ici à quelques minutes. Akito pénétra donc tranquillement dans la boutique et s'installa près du comptoir.

"Vous cherchez quelque chose ?"

La voix jaillit puissamment de la forge pour rebondir sur les murs. S'il n'était pas sourd, la Lamie ne savait pas trop ce qu'Akitsuka était…

"Je cherche Mori."

Sa voix à elle était douce comme un petit vent de printemps, mais elle porta néanmoins jusqu'aux oreilles du forgeron. Ce dernier lâcha son ouvrage avant de relever la tête. Son visage s'illumina rapidement lorsqu'il vit Akito, et il lui sourit franchement.
La Geisha hocha gentiment la tête en souriant pour saluer le vieil homme.

"Je vais vous la chercher, Dame Akito ! Gardez la boutique !"

Et la jeune femme de hocher de nouveau la tête alors que le forgeron ôtait son tablier et quittait le bâtiment pour aller trouver l'enfant. Elle imaginait que Mori ne devait pas se trouver très loin si Akitsuka ne craignait pas de quitter la forge pour aller la chercher… Elle resta donc debout près du comptoir, totalement incongrue dans ses jolis vêtements de parade au milieu des sabres et des outils.
Elle sortit de son petit sac une jolie boite en bois laqué qu'elle caressa distraitement du bout des doigts, le regard dans le vide.
Pourvu que la jeune fille aime son cadeau cette fois !
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MessageSujet: Re: Remuer le couteau dans la plaie [Mori] Ven 8 Aoû - 2:22

Ma mère m'a réveillée très tôt ce matin, alors que le soleil commence à peine à darder ses rayons au-dessus des collines. Les oiseaux matinaux emplisse de leur chant l'air surchargé de bonne humeur, car aujourd'hui est une journée un peu spéciale. Maman ne travaille pas aujourd'hui, et papa est déjà parti pour aider aux travaux de reconstruction de la palissade et des dommages infligés par la dernière attaque et la tempête y ayant mis fin. Nous allons donc pouvoir profiter toutes les deux d'un long moment de tranquillité et peut-être même de complicité.

«Un repos bien mérité
Qui aide l'être aimé  
À profiter des jours heureux
»

Je me prépare du mieux que je peux pour l'occasion, sans chercher à paraître trop formelle, j'endosse donc une belle tenue, pour les événements d'exception. J'enfile donc un Iromuji fort simple, d'une bleu paon uni, coloré mais pas trop, attirant ainsi le regard sans être tape-à-l’œil, apaisant et vivifiant tout à la fois. Pour parfaire le tout, j'enfile mon plus beau Obi, de couleur blanche, avec un motif de grue rouge sur des vagues de couleur noire. Je place une fleur de tournesol dans mes cheveux, car je me sens l'âme rayonnante. Puis je m'applique un peu de maquillage rosé autour des yeux, très discret, afin de ne pas heurter les esprits trop rigides. Maman viens me trouver,  et me fait signe qu'il est temps de partir.

Maman veut se rendre à un endroit à l'écart du centre de Machikashi, afin de demeurer au calme et de pouvoir discuter toutes les deux. Je passe malgré tout par acquit de conscience à la forge d'Akitsuka, pour m'assurer qu'il n'est pas surchargé. Le vieil homme me regarde d'un air attendri et m'informe que tout va pour le mieux et que je peux rester là-bas avec ma mère. Nous traversons donc le village encore très calme à cette heure fort matinale, pour s'asseoir près du bassin aux carpes. C'est un grand bassin circulaire entouré de pierres rondes, qui abrite les carpes koï qu'on dit les plus belles et les plus réputées de Yokuni. La plupart ont été rapportées par de riches marchands depuis des contrées lointaines et offertes au village, on raconte même que certaines ont survécu à l'Enfer Écarlate, du moins c'est ce que mon père m'a raconté. Je cherche du regard ma préférée, une carpe Karasugoï, couleur du corbeau. Mais il semblerait qu'aujourd'hui elle ne veuille pas me voir, et qu'elle reste terrée à l'abri de l'obscurité des profondeurs.

---

Après quelques heures fort agréables passées avec sa mère, Akitsuka vint rejoindre la jeune fille pour lui annoncer la nouvelle de l'arrivée d'Akito. Bien que sur le moment, elle fut désappointée d'apprendre qu'elle devait mettre fin à sa conversation avec sa mère, elle se dit qu'elle avait tout de même eu suffisamment de temps pour en profiter, et que voir sa marraine était aussi une occasion pour elle de se détendre et de se changer les idées. Sa mère la laissa donc partir seule, elle irait voir des amies de son côté. Tout en suivant le vieil homme, elle ne pouvait s'empêcher d'appréhender quelque peu l'entrevue avec sa marraine.

---

C'est une femme magnifique. Elle paraît une vingtaine d'années, et pourtant elle doit en avoir près de quarante, puisqu'elle est ma marraine depuis que je suis toute petite. C'est un peu comme si le temps n'avait pas de prise sur elle. J'aimerais bien connaître son secret ! En fait, en y réfléchissant bien, je ne sais pas grand chose sur elle, sinon qu'elle vit à Kaze, et qu'elle est amie avec maman, bien que cette dernière ne m'ait jamais expliquer précisément la façon dont elles se sont rencontrées. Il est vrai qu'on ne se voit pas souvent. C'est une dame très occupée, il me semble qu'elle ne m'a jamais rendue visite en dehors de ses voyages dans la région. J'ai souvent l'impression de la mettre mal à l'aise, je n'ai jamais su pourquoi. Pourtant, elle est si gentille avec moi, attentionnée…
Tiens ! On arrive à la forge. J'imagine qu'elle ne nous a pas trouvé chez nous, puis qu'elle est venue voir si je n'étais pas venue prêter main forte à Akitsuka. Ça prouve qu'elle me connaît bien mieux que je ne la connais moi-même. Les adultes semblent toujours avoir tant de secrets.

M'avançant dans la forge, je la vois près du comptoir, déjà entourée de plusieurs clients attendant impatiemment le retour du forgeron. Son kimono est si coloré, comparé au terne de la forge, de la même couleur que ses yeux, la couleur d'un soleil pâle en hiver, à la fois douce et chaleureuse. On dirait bien que nous sommes d'une même humeur aujourd'hui, rayonnantes. C'est si étrange de la voir là, au milieu des lances, des katanas, des fourches et des couteaux, de toutes ces couleurs ternes et froides – comme un coquelicot au milieu d'un champ de lys. Je m'élance vers elle, sans dissimulé ma joie ni ma surprise.

« Marraine ! C'est si bon de vous voir ! », m'écris-je.

Aux regards à la fois curieux et amusés des convives, je me rends compte que ce n'est peut-être pas le meilleur endroit pour me montrer si entreprenante avec une femme plus âgée que moi. Je lui susurre donc doucettement.

« Peut-être aimeriez-vous que nous discutions en tête-à-tête dans un endroit plus approprié ?  ».

Mais c'est à ce moment précis, m'étant approché un peu plus d'elle, presque penchée contre son oreille, que j'aperçois la petite boîte en bois laquée qu'elle tient fermement entre ses mains.

« Oh ! vous m'avez apporter un cadeau ?!  » m'écris-je alors de nouveau.

J'espère ne pas l'avoir mise mal à son aise. Si seulement j'étais moins curieuse...


Dernière édition par Toshiko Mori le Lun 25 Aoû - 23:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Remuer le couteau dans la plaie [Mori] Ven 15 Aoû - 20:07

L'attente n'était pas désagréable. Elle pouvait laisser son enveloppe là, près du comptoir, debout comme un arbre solitaire et se retirer dans ses pensées. Essayer de colmater la brèche plus noire que la nuit qui se trouvait dans son âme et qui commençait à s'étirer à la simple idée de voir sa filleule, d'endiguer les flots qu'elle n'avait pas pu circonscrire alors qu'elle était sur le chemin pour venir jusqu'au village. Là, cachée dans les ombres chaudes de son propre esprit, elle n'avait pas peur, elle n'appréhendait rien, elle n'avait pas besoin de maintenir sa carapace. Elle savait ce qu'elle y trouverait, les monstres étaient des visages connus et les cauchemars devenaient de vieux amis.
Akito entendait, voyait les villageois qui se regroupaient non loin d'elle, cherchant des yeux le forgeron, essayant de comprendre ce qu'elle pouvait bien faire là dans sa jolie tenue et ses chaussures de parade. Elle n'y porta guère d'attention après avoir posé ses yeux pâles sur eux : tant qu'ils ne lui parlaient pas, elle était tranquille pour lécher ses plaies. Ca l'arrangeait.

Mes doigts suivent les motifs de la petite boite en bois, mes yeux parcourent la rue lorsque je vois Mori. Elle est superbe dans sa tenue toute simple mais élégante, son joli obi blanc, noir et rouge soulignant le bleu du tissu simple, rappelant sa peau pâle. C'est assurément une belle enfant, dont sa mère peut être fière. Je sens les volutes sombres dans mon âme s'entortiller autour de mon cœur et je les chasse promptement : elles se replient. Pour l'instant.
Je la vois s'élancer vers moi, joyeuse et spontanée, et les villageois me regardent. Je sens l'amusement, l'interrogation dans leurs yeux qui se fixent sur moi, mais je ne veux pas y répondre. Pas maintenant, alors que j'ai plus important à faire.
Saluer ma filleule par exemple.

"Mori, mon enfant !"

Les iris du monstre à apparence humaine s'allumèrent d'un beau jaune en écho à sa propre tenue et au tournesol que l'enfant portait dans ses cheveux. Un sourire radieux vint ensuite animer son visage, métamorphosant totalement son langage corporel dans la foulée : elle s'avança, ouvrit les bras et détendit chaque muscle de son dos afin de se pencher un peu pour accueillir la jeune fille qui s'élançait vers elle.
L'enfant arriva près d'elle, précédée par une odeur d'herbe de fraiche et d'eau sur les pierres qui ravit les sens de la Geisha. Elle put voir que sa protégée portait un léger maquillage, et cela la fit sourire : elle avait une idée pour le prochain cadeau qu'elle lui apporterait, même si sa mère risquait de ne pas être tout à fait d'accord.

Non loin des deux femmes, Akitsuka revint à sa forge. Il passa assez loin pour ne pas risquer de les déranger mais les couva du regard comme si elles étaient un duo de pierres précieuses, comme si leurs retrouvailles étaient la chose la plus importante de la journée.
Akito en doutait, mais elle apprécia le geste du forgeron. Il faudrait, songea-t-elle, qu'elle le remercie un jour de sa présence auprès de sa filleule. Il passait après tout plus de temps avec l'enfant qu'elle ne pouvait le faire… Pourquoi Hisasada ne l'avait-elle pas promu lui au rang de parrain, plutôt que sa propre personne ?

"Peut-être aimeriez-vous que nous discutions en tête-à-tête dans un endroit plus approprié ?"

La Yokai sourit gentiment à la jeune fille, haussant les épaules. Elle allait lui répondre qu'elle n'avait pas à craindre les regards des gens, qu'elles pouvaient bien discuter au milieu de la rue que ça ne le dérangerait pas mais qu'elle la suivrait bien où elle voudrait… Mais sa filleule changea de priorité avant même qu'elle ne puisse ouvrir les lèvres.
La femme au kimono jaune éclata d'un rire cristallin puis embrassa les cheveux de l'enfant sans cesser de sourire. Elle était… Adorable. Radieuse. Pleine de promesses. Tout ça en même temps, et c'était à la fois merveilleux et horrible pour la pauvre Lamie.

"Oui, j'ai un cadeau pour toi. Que dirais-tu de l'ouvrir autour d'un bon thé et de wagashi ? A moins que tu ne sois trop impatiente…"

Sans se départir de son air aimable, elle lui fit un clin d'œil et tendit la boite entre elles, prête à laisser l'enfant satisfaire sa curiosité sur le champ si elle le voulait. La curiosité, après tout, n'était pas faite pour être réprimée en permanence ! Il n'y avait aucun secret honteux caché dans la petite boite, juste un joli peigne en bois de rose incrusté de pierres colorées pour figurer des carpes. L'artiste avait été séduite par l'élégance des poissons, la précision des courbes taillées dans les pierres et le jeu de la lumière qui caressait les écailles.
Elle espérait que Mori l'apprécie autant.
Son ongle peint passa sur la boite en bois, suivant les fibres sombres qui se détachaient de la base plus claire. Elle plongea ses yeux dans ceux de la jeune fille, se noyant avec délectation dans leur couleur brune si chaude, souriant sans retenue.

"Mais rien ne vaut la satisfaction de savoir qu'on a résisté à la curiosité quelques temps, si tu veux mon avis."

Toujours ce sourire complice sur ses lèvres et un éclat de malice au fond de ses yeux.
Pour l'instant, les volutes sombres se tenaient à carreau.
C'était bien.
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MessageSujet: Re: Remuer le couteau dans la plaie [Mori] Mar 26 Aoû - 0:05

Elle ne l'avait pas mise mal à son aise. Bien au contraire, sa marraine était encore plus radieuse qu'auparavant, maintenant que son visage arborait un sourire délicieux ; que son gosier soubresautait, faisant ainsi jaillir des notes aiguës et nuancées, un rire éclatant mais réconfortant aux oreilles de la petite Mori qui se sentit soudain beaucoup mieux : la peur d'avoir pu offusquer sa marraine s'estompa au profit du plaisir à venir, lorsqu'elle découvrirait enfin son présent.

« Le rire jette dans l'âme
Une cascade miroitante
De sentiments suaves 
»


C'est alors que dans ce qui lui sembla un geste de pure bonté, la jeune dame posa ses lèvres sur les cheveux grisés de l'enfant, qui fermant les yeux quelques instants, apprécia sa débonnaireté, qui lui semblait toute naturelle. Alors, relevant la tête, rouvrant grand ses deux quinquets couleur noisette, elle plongea ses yeux dans les siens.

---

Qu'ils sont grands ! Jaunes, si jaunes, exactement comme le tournesol que je porte dans mes cheveux. C'est comme si j'avais deviné qu'elle viendrait me voir aujourd'hui, et que j'avais préparé cette fleur pour que nous soyons en plus parfaite harmonie. De fait, ils ressemblent à la peau d'un citron ! Ou mieux, ils ont la couleur du miel de lavande, ce miel au jaune pâle, mais dont la pâte est si onctueuse…  Peut-être que si je les lui mangeais, ils auraient la même texture. Ce qui est sûr, c'est que je peux y lire la tendresse qu'elle me porte, et cela me rassure.

"Oui, j'ai un cadeau pour toi. Que dirais-tu de l'ouvrir autour d'un bon thé et de wagashi ? A moins que tu ne sois trop impatiente…"

Trêve de rêverie, et revenons à mon cadeau. Je veux savoir ce que c'est. Je suis si curieuse. Elle me dit que je devrais attendre, qu'il faudrait ritualiser cet instant, le desceller lors d'une cérémonie du thé. Mais je n'en ai pas envie, j'aimerais l'ouvrir tout de suite. La curiosité est probablement mon plus grand défaut, j'ai l'esprit si curieux que j'ai tendance à me disperser, à vouloir m'intéresser à tout, à chercher quelque chose de nouveau qui m'en ferait apprendre plus sur le monde qui m'entoure. Pour ma part, je vois ça comme une qualité. Hum… même si cela peut provoquer quelques problèmes, de-ci de-là.

Elle lit dans mon âme comme dans un livre. Elle me tend la boîte. Il faut croire qu'elle sait à quelle point je suis curieuse. Son doigt crisse lentement sur le bois brun laqué de la boîte, comme un appel au laisser aller, à la satisfaction de ses bas instincts. Les tigres ne se jettent-ils pas sur leur proie sans l'ombre d'une hésitation ? Tiens, marraine me regarde de nouveau, toujours avec ce même sourire, ces même yeux rieurs, pleins d'une complicité toute enfantine. On dirait qu'elle partage ce que je ressens, que contrairement à beaucoup d'adultes, elle connaît les sentiments tourmentés qui agitent les corps puériles.

---

Alors que Mori s'apprêtait à prendre la boîte des mains de sa commère, elle arrêta net son geste au moment où elle entendit prononcer ces mots, qui lui semblèrent plein d'une profonde sagesse.

"Mais rien ne vaut la satisfaction de savoir qu'on a résisté à la curiosité quelques temps, si tu veux mon avis."

La jeune fille pris soudainement conscience qu'elle avait eu tort. Vouloir ouvrir son présent à la vue et au su de tous les auraient mises toutes deux dans l'embarras, et surtout cela n'aurait fait qu'attirer les convoitises et la jalousie des clients de la forge, qui se serraient empressés de voir ce que contenait la boîte, et auraient colportés la nouvelle dans tout le village. Elle décida donc, sur les conseils de celle qu'elle considérait comme une seconde mère, de s'abstenir pour l'instant. Après tout, les adultes étaient là pour lui apprendre les lois qui régissaient la société, la civilité. Elle n'était pas un fauve sans scrupule, mais un félin attentif au moindre mouvement, prêt à bondir sur sa proie au moment opportun, et non dès que l'instant ce présentait à elle.

« Oui, bien sûr, vous avez raison. Bien que l'envie m'en brûle les doigts, je vais faire durer l'impatience de l'attente encore un peu. Si nous allions à la maison pour boire ce thé ? Nous pourrons ainsi passer un peu de temps seul à seul, puis maman nous y rejoindra plus tard. »

Tout en guignant subrepticement vers la boîte, elle recula d'un pas, pris d'un geste lent et sûr sa marraine par la main, l'invitant, sans vouloir paraître impétueuse, à sortir de la forge pour commencer à se diriger vers son logis, dans lequel elles pourraient apprécier la douce intimité d'un lieu familier. Se faisant, tous les regards étaient tournés vers elles, tous emplis d'une malice quelques fois malsaine, sauf dans ceux du vieil Akitsuka, qui eux débordaient de tendresse et d'empathie.
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MessageSujet: Re: Remuer le couteau dans la plaie [Mori] Dim 31 Aoû - 14:51

Ce qu'elle avait appris de ses enfants, c'est qu'il ne fallait jamais leur interdire quoi que ce soit. Leurs esprits emplis de contradictions et de pulsions parfois dangereuses ne s'orientaient alors plus que sur une chose : faire exactement ce qui leur avait été interdit. Akito avait ainsi dû récupérer sa propre descendance dans des arbres, sur des rochers au milieu d'un torrent impétueux et même, une fois, dans la tanière d'un ours. Tout cela parce qu'elle leur avait formellement interdit, de sa voix grave de mère préoccupée, de se rendre dans ces lieux.
La Lamie avait donc développé une toute autre stratégie consistant à proposer une alternative tout à fait honorable aux actions moins malines tout en ne les interdisant jamais réellement. Sans le mur délectable de la rébellion à charger, les enfants se retrouvaient souvent à choisir très exactement ce que la jolie artiste voulait. Le nombre d'incidents impliquant la chair de sa chair avait énormément diminué depuis qu'elle utilisait cette tactique.
Et Mori, avec sa curiosité et son sens de l'honneur et des convenances déjà si ancré dans sa petite personne, ne faisait pas exception. La Yokai put presque voir ses pensées s'entrechoquer, se mélanger à toute vitesse avant qu'elle ne parvienne à la conclusions que sa marraine pouvait, en effet, avoir raison.
Akito souriait déjà, mais si elle l'avait pu elle aurait rajouté un autre sourire solaire, ravi, au dessus de celui qu'elle affichait.

"C'est la bonne décision, mon enfant. Allons boire ce thé !"

Et la femme en kimono de blottir sa main fine dans la petite patte de sa filleule, se laissant paisiblement guider par l'enfant pour rejoindre sa maison. Un seul petit détail l'agaçait, à vrai dire...
En essayant de ne pas s'énerver trop rapidement pour ne pas montrer le mauvais exemple à la jeune fille, l'adulte tourna sa tête vers les clients de la forge. Leurs regards curieux, presque inquisiteurs, se fixaient sur les deux femmes. Que cherchaient-ils ? Des ragots à raconter en société pour le reste de la semaine ? Des informations quelconques ? Elle ne le savait pas mais elle sentait très clairement son sang s'échauffer. La teinte de ses yeux devint plus agressive, à la limite du vert et du jaune, soulignant de manière effrayante son agacement.
Les ombres de son coeur prirent cette soudaine vague de colère pour une invitation et commencèrent, presque sans y paraitre, à s'agiter. Le malaise d'Akito n'en fut que renforcé.

"N'avez-vous rien de mieux à faire ?"

Sa voix était une lente rivière charriant des tonnes de glace. Toute la chaleur qui l'habitait lorsqu'elle parlait avec Mori s'en était évanouie.
Akitsuka sembla saisir le message mieux que les autres villageois. Il fit claquer son tisonnier sur une enclume, occasionnant un grand bruit métallique qui fit se retourner toutes les têtes.

"Allez, laissez-les tranquilles."

Son ordre ne souffrait d'aucune discussion : le vieil homme pouvait être aussi aimable qu'intimidant semblait-il, et les clients de la forge se détournèrent promptement des deux femmes en kimono dès qu'ils entendirent le rappel à l'ordre. Le forgeron fit signe à Akito de décamper, non sans lui offrir un clin d'oeil au passage.
La Geisha lui sourit et inclina sa tête en signe de respect. La scène n'avait duré que quelques secondes.

Engoncée dans son épais kimono, l'artiste allongea le pas autant que possible pour pouvoir suivre sa filleule. Ce n'était pas toujours une tâche aisée que de déambuler dans ces tenues de parade, et le passage des années n'y changeait rien : elle craignait toujours de finir par tomber si elle allait trop vite. Sur sa propre queue, elle aurait pourtant pu traverser toute la cité en quelques instants...
Cette idée la fit sourire.
En attendant, elle trottinait sur ses hautes chaussures, restant gracieuse malgré l'adversité et la menace permanente. La petite main de Mori la guidait fermement jusqu'à la maison qu'elle occupait avec sa famille. Le trajet n'étant pas très long, l'adulte décida d'en profiter pour s'enquérir de l'état de son amie, Hisasada.

"Ta mère va bien ? Cela fait tellement de temps que je ne l'ai pas vue... J'imagine qu'elle est toujours aussi belle. Et combative."

Combative, c'était l'image qu'elle avait gardé de l'autre Geisha. Fière malgré tout ce qui pouvait arriver, une très bonne disposition d'esprit aux yeux du monstre à peau humaine.

Le temps que l'enfant lui réponde, elles étaient déjà parvenues à l'entrée de la maison. Akito ne se souvenait pas d'y avoir jamais été, aussi observait-elle attentivement le bâtiment, fixant le moindre détail perceptible dans sa mémoire, étanchant sa propre curiosité.
Après avoir dit qu'il était de bon ton de la modérer, oui. Mais elle était adulte après tout, elle avait le droit de passer outre ses propres recommandations, non ?
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Tobimaru

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Date d'inscription : 22/03/2014

MessageSujet: Re: Remuer le couteau dans la plaie [Mori] Mar 2 Déc - 20:05

Sans nouvelle de Mori, ce Rp est clos. A toi de voir si tu veux le reprendre ou pas. Si repris, je supprimerais ce message et déplacerais le sujet.

Bon jeu !

Riyu
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MessageSujet: Re: Remuer le couteau dans la plaie [Mori]

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